01 décembre 2009
Un Noël d'enfant au Pays de Galles
Dylan Thomas
Lettres modernes (Passeport)
47 pages
Résumé:
Un texte qui raconte le Noël d'un enfant qui vit au Pays de Galles.
Mon commentaire:
Dylan Thomas est surtout connu pour sa poésie. Il meurt jeune, à l'âge de trente-neuf ans. Il buvait énormément. Son oeuvre est malgré tout très riche pour une si courte vie et il fut l'un des plus grands poètes de sa génération. Son travail se rapproche, dit-on, des poètes romantiques.
On dit de l'écriture de Dylan Thomas qu'elle est intraduisible. Il existe peu de ses oeuvres traduites en français. Quelques poèmes, les Lettres d'amour et un texte biographique, Portrait de l'artiste en jeune chien. Il existe aussi une traduction d'une toute petite histoire qu'on suppose inspirée des souvenirs de Dylan Thomas: Un Noël d'enfant au Pays de Galles.
Il existe trois versions de ce texte. Une version plus courte, commandée par la BBC et parue ensuite sous le titre Quite early one morning. Une version plus longue est parue en 1850 dans le Harper's Bazaar. Finallement, une version sous forme de dialogues a aussi été écrite sous le titre Conversations about Christmas. La version de mon exemplaire est un mélange des deux dernières versions et avait été éditée en 1954 sous le titre A Child's Christmas in Wales.
Un Noël d'enfant au Pays de Galles est en fait un tout petit livre qui raconte les jours entourant Noël du point de vue d'un enfant. La prose de Dylan Thomas est très lyrique, très imagée. On sent littéralement l'atmosphère qui baigne le pays dont parle le garçon (qu'on suppose être Dylan Thomas lui-même). On sent le froid et la neige, les odeurs de vêtements humides, de nourriture qui cuit sur le feu. Thomas ne nous décrit pas un Noël romantique, comme ceux que l'on s'imagine parfois, mais plutôt un Noël tout ce qu'il y a de plus normal dans une famille normale. Les enfants qui jouent dehors. Les histoires qu'on raconte. Les oncles et les tantes qui passent à la maison. C'est un tout petit livre très agréable à lire, d'autant plus que la plume de Dylan Thomas est une vraie découverte. Son écriture est très différente de ce à quoi je suis habituée.
Mon édition qui n'est plus toute jeune et date de 1967, comprend sur les pages de gauche la version originale en anglais et sur les pages de droite, la traduction que l'on doit à Monique Nathan. En faisant quelques recherches, j'ai constaté qui'il existe une version plus récente, traduite par Lili Sztajn et illustrée par Miles Hyman. J'ai réussis à le trouver et je l'ai lu. J'en parlerai demain.
Quelques extraits:
"Notre neige ne tombait pas seulement du ciel, secouée d'un seau de badigeon blanc, elle montait de la terre comme un châle, nageait, flottait, échappant aux bras, aux mains et au corps des arbres. La neige poussait en une nuit sur les toits des maisons, comme une mousse pure et ancestrale, elle sculptait minitieusement les murs de lierre blanc et s'amassait sur le facteur qui ouvrait la porte, comme un orage muet et gourd de blanches cartes de Noël déchiquetées." p.19
"Les poissons peuvent-ils voir qu'il neige?" p.39
30 novembre 2009
La guerre des lumières
Louis Émond
Soulières
130 pages
Résumé:
« – On lui demande de décorer sa maison, il refuse et, le lendemain, on lui apporte des décorations de Noël ! Vous ne trouvez pas ça un peu gros ? C’est presque de l’intimidation.
– Pas de l’intimidation, de l’intégration. On a donné aux Kosky l’occasion de s’intégrer à leur quartier par ce cadeau. (…) »
Jusqu’où les résidants de la rue des Carillons iront-ils pour forcer Nicolas Kosky à faire comme eux ? Faire valoir ses principes relève-t-il de l’humanité ou de l’entêtement ?
Mon commentaire:
L'auteur s'est inspiré de la crise du verglas de 1998 qui eu lieu au mois de janvier. Il s'est questionné à savoir si cette crise aurait été vécue différemment si elle avait eu lieu à Noël. C'est donc le point de départ à toute une réflexion sur la société de consommation, l'acceptation de l'autre, les différences et le respect.
Les Kosky sont de nouveaux venus dans la rue des Carillons. Ils viennent d'arriver au pays. Les autres habitants ont pour coutume de participer à un concours chaque année, concours dont ils sont lauréats, sur la rue la plus illuminée et la plus décorée. Cependant, la maison des Kosky jure dans ce décor de Noël grandeur nature: Nicolas Kosky refuse de la décorer. Pour leurs convictions et parce qu'ils ne veulent pas perdre la face au concours, certains habitants iront très loin pour faire valoir leurs idées...
Le roman est magnifiquement bien construit. Il met en scène en quelque sorte une mini-société en créant un voisinage pour le moins intéressant, avec ses meneurs, ceux dont la conscience est mise à rude épreuve et les nouveaux arrivants qui font face à l'intimidation et au chantage.
La guerre des lumières est une histoire parfaite pour susciter des questionnements et des débats, échanger sur nos valeurs et sur nos idées, qu'elles soient relatives à la fête de Noël et à notre façon de célébrer, à la surconsommation ou à nos liens avec les autres. Un roman profondément humain sur le respect. Ce roman est un petit bijou pour le temps des Fêtes. C'est une histoire qui saura toucher les adolescents comme les adultes. Il est trop peu connu à mon avis et gagne à être lu. L'écriture est d'autant plus de qualité qu'elle est agréable à lire. Une très belle découverte!
Quelques extraits:
"Les vraies raisons de fêter Noël n'existent plus. Et il m'apparaît de plus en plus clair que ceux qui les ont tuées sont ceux-là mêmes qui tenaient tant à les garder en vie." p.60
"Mon impuissance à faire reculer le mouvement enclenché par Ken Prescott, M. Ed et moi-même, me bouleversait. Noël que j'aimais de tout mon coeur, devenait, dans ma propre rue, un objet de discorde dont le champ de bataille était le terrain de nos voisins." p.60
"C'est la loi du conflit, de l'escalade symétrique. Chacun ajoute une pièce à l'édifice jusqu'à ce que tout s'écroule. Le conflit entre l'homme et son voisin puise sa source dans la certitude qu'ils ont tous les deux raison." p.95
26 novembre 2009
Les meilleurs desserts pour diabétiques
Barbara Selley
Guy Saint-Jean éditeur
259 pages
![]()
Résumé:
Terminer un bon repas avec une petite douceur sucrée fait partie des plaisirs de la vie. Ceux qui doivent gérer leur diabète ne devraient pas s’en priver. Malgré la croyance populaire, il est possible de s’offrir des sucreries en suivant un régime alimentaire équilibré pour diabétiques. Voici 150 tentations à savourer sans remords. À vous de choisir! Du Gâteau danois à l’orange aux Biscottis au chocolat et aux cerises, en passant par les Brownies au triple chocolat, les Croquants à la vanille et aux amandes, le Gâteau au fromage marbré au café ou la Tarte au citron meringuée, tous ces desserts irrésistibles sont à la portée des diabétiques!
Mon commentaire:
Aimant cuisiner (surtout les desserts) et ayant des diabétiques dans mon entourage, je trouve parfois difficile de savoir quoi leur servir. Des petits douceurs qui plairont à tous et que chacun pourra déguster. J'ai souvent feuilleté des livres de recettes pour diabétiques, mais je n'y trouve jamais mon compte. Je trouve plus simple de préparer des plats principaux sains que des desserts. Il me fallait donc un bon livre de recettes de desserts pour diabétiques. Celui-ci est un véritable coup de coeur puisqu'il répond à tout ce que j'attends d'un tel volume.
Les recettes sont claires. Les ingrédients se trouvent facilement dans le commerce. Les recettes offrent les deux types de mesures, métriques et impériales, ce qui est un impératif pour moi en cuisine. Beaucoup de recettes se congèlent ou peuvent être apportées dans des lunchs. Le début du volume est consacré au diabète. On nous offre des informations intéressantes pour comprendre la maladie, des notes sur les différents ingrédients (par exemple, les différents types de sucre que l'on trouve dans le commerce ou les nutriments compris dans les ingrédients) et de l'aide pour réaliser les recettes. Le volume comprend une calculette et un feuillet pour compter les portions et les glucides. Le livre est conçu en collaboration avec l'Association Canadienne du Diabète.
On a longtemps pensé que les diabètes ne pouvaient intégrer aucun sucre à leur alimentation. Il est possible de s'offrir un petit dessert à la fin du repas, tout en tenant compte des portions que l'on ingère. Certaines recettes en contiennent plus que d'autres, alors que certains desserts se contentent des sucres déjà présents dans les aliments.
On peut toutefois reprocher une seule petite chose au volume: les recettes, toutes tentantes, auraient méritées d'être un peu plus illustrées. Il y a quelques photographies au centre du volume, mais la plupart des recettes n'en n'ont pas. C'est un tout petit bémol, qui en y réflchissant, augmenterait conséquemment le prix du livre. On lui pardonne donc volontiers. Les recettes sont si clairement expliquées et si simples, qu'au fond, le livre n'a pas réellement besoin de photographies.
Lorsque j'ai reçu le livre, j'ai eu envie de faire la plupart des recettes qu'il contenait. J'ai d'ailleurs commencé à en tester et je suis ravie des résultats. Elles sont toutes très faciles à faire. Il y a aussi beaucoup de recettes à base d'orange ou parfumées aux agrumes, ce qui nous convient bien puisque nous sommes toujours à la recherche de desserts différents. J'ai d'ailleurs cuisiné mes premiers biscottis et j'en referai volontiers!
Les meilleures recettes pour diabétiques m'a beaucoup emballée et c'est devenu un livre-clé lors de la préparation des desserts à la maison. N'importe qui aime agrémenter un repas d'une petite douceur, sans nécessairement manger beaucoup de sucre. Qu'on soit diabétique ou non, les recettes de ce livre donnent véritablement le goût de cuisiner. Pour se gâter, gâter notre entourage. Le temps des Fêtes qui approche en est d'ailleurs une excellente occasion!
23 novembre 2009
Les contes d'outre-tombe
Jacques Lamontagne
Les 400 coups
78 pages
Résumé:
Si un mystérieux brocanteur vous propose l'objet que vous convoitez en échange d'une simple signature au bas d'un parchemin, il vaudrait peut-être mieux vous abstenir. Sachez également que, la nuit de Walpurgis, il n'est pas bon de laisser des étrangers entrer chez soi. Et surtout, si la maison de vos rêves vous est offerte à un prix ridiculement bas, demandez-vous où se trouve le vice caché... Ce sont là quelques-uns des conseils que l'amateur pourra tirer de la lecture de ces Contes d'outre-tombe.
Mon commentaire:
Les contes d'outre-tombe sont une lecture parfaite pour s'octroyer une soirée de frissons. Cette bd a un format "comic book", donc plus petit (et plus épais) que les bandes dessinées régulières. L'histoire s'inspire d'ailleurs des Contes de la Crypte, célèbre série télévisée et avant tout un comic book des années cinquante, en fournissant nombre de petites histoires d'horreur absolument réussies. La bande dessinée commence par un trio de jeunes voyous qui s'ennuient et décident d'entrer dans un cinéma où l'on présente un festival de films d'horreur. Ils sont seuls, ce qui leur convient très bien. La bande dessinée nous présente les histoires que les jeunes visionnent et ce sont elles qui composent la bande dessinée. Nous retrouvons les jeunes à la fin de la représentation...
Tantôt suggérées, tantôt macabres, toutes les histoires sont dans la même veine et offrent quelques moments de frissons et d'horreur au lecteur. Jacques Lamontagne est bien connu pour sa série Les Druides. Il est aussi, entre autres, l'illustrateur de plusieurs couvertures de la maison d'édition Alire. Qu'il illustre des oeuvres didactiques pour un jeune public ou qu'il rende une atmosphère d'horreur absolue, son travail me plaît énormément. Le dessin est très détaillé.
Les Contes d'outre-tombe me rappellent beaucoup ces histoires dont j'étais très friande à l'adolescence. Le diable, le démon, le malain n'est jamais bien loin... À lire si vous aimez le genre, cet album est vraiment bien fait!
En complément:
Jacques Lamontagne a un site Internet où il est possible de contempler son (magnifique) travail. Il tient aussi un blogue où il parle de ce qu'il fait.
22 novembre 2009
Sherlock Holmes et l'ombre du M
Barral & Veys
Série Baker street tome 4
Delcourt
46 pages
Résumé:
Parvenu à Ceylan pour hériter des plantations de thé de son oncle, Clipton, accompagné de Holmes , Watson et Lestrade, prend connaissance des dernières dispositions testamentaires du riche planteur. Le retour en Angleterre doit se faire en six semaines et Clipton doit parvenir à se faire embaucher comme clown dans un cirque pour donner une représentation devant la Reine! Le groupe va aussi devoir affronter le terrible Moriarty, engagé par la Teawings pour empêcher Clipton d'hériter...
Mon commentaire:
Ce quatrième volume de la série Baker Street est en quelque sorte une suite directe à Sherlock Holmes et les hommes du Camellia. Il est d'ailleurs préférable de les lire ensemble ou alors rapprochés dans le temps, afin de mieux saisir tous les clins d'oeil et les allusions qui unissent les deux albums. On retrouve un peu moins cette continuité dans les premiers tomes. Nous retrouvons donc ici Clipton et Teawings, qui se battent en quelque sorte pour des plantations de thé. L'un en héritera s'il parvient à réussir les conditions stipulées dans l'héritage qui les accompagne, l'autre a intérêt à ce le premier n'hérite pas...
Toujours remplie d'humour, que ce soit à travers les personnages qui, sans être ridiculisés, prennent une certaine revanche sur l'oeuvre originale; ou à travers les noms et les événements, cette bande dessinée nous offre un moment bien agréable. On y retrouve aussi le célèbre ennemi de Holmes, Moriarty. Ce n'est pas ma préférée de la série, cependant elle demeure dans le même esprit que les autres. Humour et aventure sont donc au rendez-vous!
Il me reste le cinquième tome à découvrir. Une série à suivre, assurément!
19 novembre 2009
La vallée de la peur
Arthur Conan Doyle
Le livre de poche
256 pages
Résumé:
Sherlock Holmes vient à peine de déchiffrer un message codé le prévenant qu’un certain Douglas, de Birlstone Manor House, est en danger, qu’il apprend par l’inspecteur MacDonald de Scotland Yard que Douglas vient d’être sauvagement assassiné. Grâce au signataire du message, Sherlock Holmes sait que, derrière cette affaire, se trouve son ennemi juré : le professeur Moriarty, criminel génial et machiavélique. Accompagné de son fidèle Watson, Holmes se précipite à Birlstone...
Mon commentaire:
La vallée de la peur est un roman très intéressant. Il met en place les personnages, puis la demande d'aide de la police pour résoudre une affaire très étrange qui a eu lieu à Birlstone, dans un manoir entouré d'une douve. Sherlock Holmes et le Docteur Watson s'y rendent pour enquêter. La première partie nous raconte les recherches et les interrogatoires. Alors qu'on se rapproche du dénouement, cette partie prend fin et nous amène à la Vallée de la peur, aux États-Unis. C'est là que nous faisons connaissance avec Les Éclaireurs et principalement McMurdo, un jeune homme en provenance de Chicago, arrivé à Vermissa pour trouver du travail. Il est membre de l'Ordre ancien des Hommes libres, un regroupement d'hommes pour l'entraide, qui a plusieurs ramifications à travers les États-Unis. Il devra alors s'enregistrer à la loge de Vermissa. Nous sommes alors à deux pas de vivre avec lui ce qu'est La vallée de la peur...
Cette partie, qui constitue la plupart du roman, est très intéressante. Elle nous amène aux États-Unis, en 1875, à une époque où certaines régions éloignées offraient des rumeurs de travail et de conditions avantageuses pour les hommes prêts à travailler. La police avait du mal à assurer un certain contrôle et c'est ce portrait assez peu flatteur de certaines de ces régions que nous trace Arthur Conan Doyle. Si l'histoire sociale vous intéresse, on en retrouve beaucoup dans ce roman, même si c'est l'intrigue qui est à l'avant-plan. Beaucoup se sont rendus dans ces régions reculées en ayant l'espoir au coeur et ont rapidement déchanté. Le cadre de la Vallée de la peur nous amène à cette époque de l'histoire tout en nous offrant une intrigue captivante et un dénouement pour le moins inattendu. Le travail des Éclaireurs est terrible et les personnages vivent pour la plupart dans la peur. La Vallée porte particulièrement bien son nom...
Le cadre de ce roman est tout à fait dépaysant. Il me semble très différent des autres livres d'Arthur Conan Doyle mettant en scène Sherlock Holmes. On voit assez peu le détective lorsqu'on y réfléchit, l'essentiel de l'histoire nous est rapporté par écrit et met en scène d'autres personnages, dans un pays totalement différent de l'Angleterre. On retrouve Sherlock Holmes à la fin pour une rapide conclusion. L'intrigue est cependant, comme toujours, très recherchée et particulièrement bien rendue. La forme que prend le roman, en débutant par l'enquête et en offrant l'histoire du passé d'un personnage, nous permet en quelque sorte de lire une histoire dans l'histoire. C'est à la fin de cette partie que tous les morceaux du casse-tête se mettent en place... Un très bon roman!
Quelques extraits:
"Je m'intéresse à une affaire pour aider les fins de la justice et le travail de la police. Si je me tiens à l'écart de la police officielle, c'est d'abord parce qu'elle me tient à l'écart. Je n'ai nul désir de marquer des points à ses dépens. Cela dit [...] je revendique le droit de travailler selon mes méthodes personnelles et de vous communiquer en mon temps mes résultats... une fois complets, plutôt que par étapes."
"Je ne suis pas un admirateur forcené du sexe faible, comme vous le savez Watson, mais si j'en juge par mon expérience de la vie, peu de femmes éprouvant le moindre sentiment à l'égard de leur mari auraient accepté qu'une simple parole les éloignât du cadavre dudit mari. Si je me marie un jour, Watson, j'espère inspirer à ma femme un sentiment qui lui interdira de se laisser emmener par la femme de chambre quand mon cadavre sera à quelques mètres."
16 novembre 2009
Tom chaton
Beatrix Potter
Gallimard
58 pages
Résumé:
L'histoire de trois chatons chahuteurs que leur maman aimerait habiller convenablement avant l'arrivée de ses amies.
Mon commentaire:
Beatrix Potter a de l'affection pour les petits personnages désobéissants. La dédicace qu'elle offre en page d'accueil de Tom chaton le démontre bien:
"Ce livre est dédié à tous les petits garnements, et particulièrement à ceux qui montent sur le mur de mon jardin."
Tabitha Tchutchut a trois chatons et tente de les habiller et les préparer convenablement avant l'arrivée de ses amies pour le thé. Tout de suite, on sent la scène typiquement victorienne des conventions et du bien paraître devant les autres. Sauf que Tabitha a trois garnements en guide de chatons et ils ne gardent pas leurs beaux habits bien longtemps! Ils vont jouer dans le jardin, se salissent, rencontrent d'autres animaux qui leur voleront leurs vêtements et désobéissent à leur maman.
Dans ces livres, c'est la vie qui se charge de montrer aux animaux que ce qu'ils font n'est pas toujours bien ou acceptable. Les contes de Beatrix Potter, sans glorifier la désobéissance, sont toutefois très impertinents. Ils vont à l'encontre de ce que l'on souhaite voir se produire dans la vie de nos enfants et c'est, je crois, ce qui les rends attrayants.
On retrouve comme toujours l'affront des plus jeunes sur leurs parents. Le jeu, l'amusement, le désintéressement face à ce que les adultes trouvent importants est toujours traité par Beatrix Potter comme étant chose convenue, même si la punition n'est pas bien loin.
Sauf que dans ce cas-ci, même punis, les chatons n'en font qu'à leur tête! Au grand plaisir des petits, toutefois...
13 novembre 2009
Maudite poutine!
Charles-Alexandre Théorêt
Éditions Héliotrope
160 pages
Résumé:
De roulottes à patates en cantines, la poutine en a fait du chemin depuis son apparition dans le Québec rural des années 1950. Plus d'une fois qualifiée d'inexportable et suscitant souvent le dédain chez les plus raffinés, la poutine aurait pu rester une simple curiosité culinaire québécoise. Son originalité, son pouvoir d'attraction et son goût inégalable en ont décidé autrement. Aujourd'hui, alors que plusieurs grands chefs d'ici s'amusent à la réinterpréter, que des chansons lui rendent hommage, qu'à la grandeur du territoire les sortes de poutine se multiplient au gré de l'imagination débridée des restaurateurs, la voilà qui amorce une carrière internationale. Maudite poutine ! raconte l'histoire sans pareille de ce plat pittoresque.
Mon commentaire:
La poutine est une curiosité culinaire québécoise qui suscite à la fois la fierté et la honte. C'est un plat un peu "primitif", de fast-food, qui suscite parfois le dédain des gastronomes ou des touristes. La poutine est un plat qui a fait couler beaucoup d'encre, une étrange invention, mais connue de tous et appréciée par la majorité des gens d'ici. À peu près tous les restaurants de fast-food y compris les grandes chaînes nationales comme Mc Donald's offrent de la poutine sur leurs menus. Certaines salles à manger aussi. Chez moi, on en fait aussi à la maison de temps à autre. Le mélange fromage en grains / sauce brune / patates frites peut sembler étrange aux yeux des visiteurs ou des étrangers, alors que pour nous, ce plat fait tout simplement parti du paysage culinaire depuis bien longtemps.
Le livre très sympatique de Charles-Alexandre Théorêt a comme sous-titre "L'histoire approximative d'un plat populaire". Parce que l'histoire de ce plat n'est pas une science exacte. Plusieurs régions se battent depuis des années pour en obtenir la paternité. Qui a été le premier à l'offrir sur son menu? Qui l'a commercialisé? Drummondville et Warwick sont les deux plus féroces compétiteurs pour obtenir le titre de l'inventeur de la poutine (un restaurant de Drummondville a toutefois fait enregistrer ce nom pour lui!)
Le livre est intéressant puisqu'il nous parle de cette histoire s'étendant sur plusieurs régions. Il nous parle aussi du rapport de la poutine à l'étranger, de ceux qui ont eu l'idée de l'exporter (on retrouve aujourd'hui de la poutine aussi loin qu'à Séoul) et de ceux qui lui ont rendu hommage dans la littérature ou les chansons, comme le groupe Mes Aïeux ou alors dans l'album de Lucky Luke, La Belle Province. Succès, échecs, essais, notes, Maudite poutine! nous parle de ce plat tel qu'il est dans notre culture populaire. Il offre aussi des recettes et certains endroits où en déguster. Le livre est aussi l'occasion d'aborder l'identité culturelle et l'identité québécoise par rapport aux autres. Cet aspect est très intéressant. On parle de ceux qui aiment la poutine et de leurs détracteurs. Certains voient aussi dans ce plat populaire un met qui peut nous faire mal paraître, donner l'illusion que nous sommes inférieurs culinairement parlant. Cette comparaison touche à l'essai sociologique. Il y aurait beaucoup à creuser de ce côté là...
Je trouve intéressant pour un peuple, peu importe lequel, d'avoir des plats, des idées, des choses originales qui font parties de son patrimoine. Car que nous soyons amateurs de poutine ou que nous levons le nez sur ce plat populaire, il ne laisse pas indifférent et fera parti, à en voir la popularité toujours grandissante, de notre menu pour encore bien longtemps.
Maudite poutine! est un livre innovateur, amusant et très intéressant à lire. Il mélange l'histoire, la cuisine et la culture populaire, dans un ouvrage coloré et rempli de photos. Il a été bien apprécié à la maison!
12 novembre 2009
Le cadeau de Siméon
Julie Andrews Edwards
Emma Walton Hamilton
Illustré par Gennady Spirin
Gautier Languereau
40 pages
Résumé:
Siméon humble musicien, est fiancé à la noble Béatrice. Mais sans fortune et sans gloire, Il se sent indigne d'elle. Pour perfectionner son art et devenir un compositeur reconnu, il entreprend un long voyage à la découverte de nouvelles sonorités qui lui permettront, peut-être, de créer ses propres œuvres.
Mon commentaire:
Le cadeau de Siméon se passe au temps des Chevaliers. Les illustrations rendent bien cette époque et chaque page est remplie d'enluminures rappelant la romance, la musique, la nature et les sentiments. Cet album est très beau pour les enfants, mais plaira tout autant aux adultes. Le style y est classique, indémodable et c'est malheureux que ce très bel album ne semble plus édité. Vous pourrez probablement le trouver en bouquinerie ou à la bibliothèque.
L'histoire est celle de Siméon, un humble jeune homme qui aime profondément sa Douce, mais qui se sent indigne d'elle, puisqu'il n'a ni fortune, ni position. Il décide donc de partir à la conquête du monde, voir si ce voyage peut transformer son simple luth en un instrument duquel il réussira à composer les plus belles mélodies. Il aura la chance de voir toutes sortes de magnifiques choses, d'entendre les mélodies les plus sublime, mais ce voyage sera surtout un regard sur lui-même pour lui apprendre que l'amour, la volonté et le travail, sont le véritable chemin vers le bonheur.
Un très bel album, aux illustrations classiques, doux et lumineux. Une belle leçon de vie et d'amour.
À partir de 5 ans.
08 novembre 2009
Les mystères d'Udolphe
Ann Radcliffe
Folio Gallimard
905 pages
Résumé:
Émilie explore le château mystérieux, chandelle à la main, à minuit. La menace (surnaturelle?) est partout présente. Les séquestrations, les tortures ne sont pas loin. Quel est le dessein du maître des lieux? Quels sentiments éprouve la jeune fille pour son tuteur et geôlier? Qui épousera-t-elle, après cette quête de soi à travers les corridors du château, qui ressemblent à ceux de l'inconscient?
Mon commentaire:
Les mystères d'Udolphe, roman gothique qui marqua son époque, a été publié en 1794. Une courte biographie se retrouve dans la section des dossiers. Vous pouvez la consulter ici.
Les mystères d'Udolphe raconte la vie d'une jeune femme pure et innocente, Emilie. Le roman est sensé se dérouler en 1584, mais tout au long de ma lecture, j'ai eu le sentiment de lire un roman de l'époque de Jane Austen. Emilie a toujours eu une enfance rangée et heureuse, à la campagne, à La vallée, un magnifique domaine. Quand elle perd ses parents et se retrouve orpheline, elle est prise en charge par sa tante et son mari, le terrible Montoni, qui veut l'éloigner de La Vallée. Il la prend en quelque sorte en otage et l'amène à Udolphe, un château mystérieux rempli de couloirs, de secrets et de revenants. Au fil des pages, la pression est insoutenable sur cette pauvre Emilie qui se voit confinée au château sans aucun espoir pour le futur. D'autant plus qu'à cette époque, l'Italie est déchirée par les guerres civiles. Les invasions de château, les brigands et les criminels sont légion.
"Au-delà de Milan, le pays portait le caractère d'un ravage plus affreux. Tout alors y paraissait tranquille; mais ce repos était celui de la mort sur des traits qui conservent encore la hideuse empreinte des dernières convulsions." p.254
Le roman raconte les aventures et mésaventures d'Emilie, de la France à l'Italie, avec à la fois l'homme qui fait battre son coeur, ses domestiques et femme de compagnie, ses amis qu'elle rencontre au fil du temps et ses ennemis, qui sont de plus en plus nombreux. Entre les châteaux et les voyages, Emilie devra affronter ses sentiments, son geôlier, se battre pour recouvrer ses bien et faire face à plus d'un fantôme! Les revenants et les secrets mystérieux sont une bonne part de ce roman gothique. Toutefois, même si certaines scènes sont marquantes (le voile noir, la tour où se trouve Madame Montoni ou encore, la chambre de la marquise) Ann Radcliffe a opté pour une explication rationelle des événements.
Il est d'ailleurs intéressant de comparer Udolphe à Northanger Abbey de Jane Austen. Le second roman se voulant une parodie du premier, on retrouve dans les deux le thème récurrent de l'imagination débridée. Dans Northanger Abbey, Catherine lit Les mystères d'Udolphe et son imagination lui fait croire toutes sortes de choses sur l'abbaye où elle séjourne. Dans Udolphe, Emilie aime les livres, mais ce ne sont pas vraiment eux qui lui offrent l'occasion de s'enflammer l'imagination. Elle vit trop d'évenements brutaux et violents pour que sa raison prenne le pas sur son imagination. Alors elle se contente de croire ce qui semble être. Une imagination fertile au service d'une âme sensible ne peut que produire des malentendus et de grossières erreurs...
Les mystères d'Udolphe est-il encore effrayant aujourd'hui? Oui et non. Si l'on compare ce livre très descriptif qui s'attarde sur les paysages et les sentiments, aux productions d'horreur d'aujourd'hui, il est très peu terrifiant et les deux ou trois scènes qui donnent le frisson paraissent bien légères par rapport à ce que nos yeux contemporains sont habitués de voir et de lire. C'est de cette façon que l'on constate aussi que notre seuil de tolérance est beaucoup plus haut aujourd'hui face à l'horreur, qu'il pouvait l'être à l'époque. Cependant, si on se replace dans le contexte d'écriture de ce roman, il peut procurer quelques frissons. Udolphe est un roman issu du préromantisme. Il priorise les sentiments à la raison, la sensibilité à la rationalité. Il met en avant les sentiments et la nature pour chercher à stimuler la rêverie chez le lecteur. Nous avons donc droit à de longues descriptions du paysage, des scènes courtoises, les bonnes manières, qui tendent à rendre le texte lent et sensible. Le temps s'écoule doucement, au gré des journées de contemplations et des promenades. Ces scènes contribuent à rendre l'histoire inoffensive si bien que lorsque les événements s'enchaînent, que les éléments gothiques tels des revenants ou des visions interviennent, tout cela contribue à frapper l'imagination du lecteur et à offrir quelques surprises. Et pourquoi pas un ou deux frissons, si on s'offre le luxe de laisser vagabonder notre imagination.
Le personnage d'Emilie est assez intéressant si on le replace dans son contexte. Tout d'abord, c'est une jeune fille issue d'une famille où la tranquilité, un bonheur simple et des lieux bucoliques sont à la base de tout. Elle a été protégée du monde. Sa rencontre avec Montoni, véritable brute sanguinaire, la plonge dans un monde qu'elle ne doutait même pas. L'auteur en a fait une héroïne qui s'évanouit souvent, qu'on doit relever et rafraîchir régulièrement. C'est une jeune fille au bonheur exalté ou à la sensibilité exarcerbée, toujours au bord des larmes. Cependant, sans excuser son comportement un peu enfantin et fragile, il demeure qu'elle fait tout de même face à tout ce qui l'attend. Ce n'est pas une héroïne modèle, mais elle reste en symbiose avec la façon dont elle a été élevée.
Le titre du roman, Les mystères d'Udolphe, est plutôt curieux. Le volume est divisé en quatre livres. Udolphe ne prend qu'un quart, peut-être un peu plus, du roman. Les scènes à ce château tardent à arriver et ne sont pas l'objet même de l'histoire. Il se produit énormément d'autres choses. Le titre laisse penser que tout tourne autour d'Udolphe, alors que ce n'est en fait qu'un événement parmis d'autres. J'ai d'ailleurs une préférence pour les secrets entourant le château de la Marquise à ceux de Montoni et d'Udolphe.
Il est aussi intéressant de faire une parenthèse avec L'Italien, ou le confessionnal des pénitents noirs, un autre roman d'Ann Radcliffe que j'ai lu il y a un moment. Les deux racontent en quelque sorte une histoire similaire. Udolphe est un sacré pavé alors que L'Italien se lit assez rapidement. L'Italien met en scène les desseins d'une mère infâme, alors que Udolphe a son Montoni qui ne donne pas sa place non plus. Dans l'un comme l'autre des romans, un jeune couple devra faire face au diable incarné qui fait tout pour contrecarrer leur amour. Ils vivront des questionnements sur la relation qui les unie et devront faire face à des gens malintentionnés qui souhaitent les séparer.
Il n'existe pas, à ma connaissance, d'adaptation cinématographique d'Udolphe. On se demande bien pourquoi, puisque ce pavé est un vrai roman d'aventures et se transposerait merveilleusement bien au cinéma. En tous les cas, Les mystères d'Udolphe est une lecture qui fut très intéressante, que j'ai énormément aimée et qui donne envie de poursuivre la découverte des romans gothiques.
J'ai pris beaucoup de plaisir à en parcourir les pages. Aimant les belles descriptions de paysages et de voyage, je n'ai personnellement pas trouvé de longueurs à ce roman. J'ai aussi lu tout ce que j'ai pu trouver autour du préromantisme, de cette façon de décrire les choses et d'Ann Radcliffe. On peut d'ailleurs, en replaçant le livre dans son contexte, comprendre qu'il ait fait couler beaucoup d'encre à sa parution! Ce n'est pas le type de lecture qu'on aurait tendance à prescrire à une jeune fille de bonne famille. Un livre qui peut effrayer par sa longueur et par ses descriptions, mais qui est étonnament très abordable et très intéressant à lire. Je le conseille fortement, même si je suis consciente qu'il peut en rebuter plus d'un.
En terminant, quelques mots au sujet des traductions disponibles des Mystères d'Udolphe. L'éditions chez Gallimard, en Folio, est probablement la plus complète de celles existant en langue française. Elle offre 905 pages et s'accompagne d'une préface intéressante, de notes sur le texte et d'un dossier. Nous devons cette traduction à Victorine de Chastenay, en 1797. Cette dame, dont la vie et le travail d'écriture nous est raconté à la fin du roman, a énormément de points en commun avec l'héroïne, Emilie. Cette parenthèse est très intéressante. Pour l'édition Folio, Maurice Lévy a révisé le texte. Le texte de base est donc celui de Victorinne. Les erreurs de traduction ou les interprétations erronées ont été corrigées par Lévy. Si on le compare à l'édition originale anglaise, il subsiste toutefois deux choses que Victorinne de Chastenay n'a pas cru bon de traduire. Tout d'abord, les vers choisis par Radcliffe en épigraphe à ses chapitres n'apparaissent pas dans la version française. N'apparaissent pas non plus les traductions des poèmes qui se glissent à travers le texte original. Je ne sais pas jusqu'à quel point ces éléments sont intéressants et apportent quelque chose au récit. C'est un peu dommage de ne pas les avoir, cependant après avoir parcouru quelques commentaires sur l'édition anglaise, plusieurs lecteurs ont carrément passé par-dessus ces poèmes pour se concentrer sur le texte. D'autres éditions ont été publiées des Mystères d'Udolphe, mais elles sont soient tronquées d'un nombre important de chapitres, soient beaucoup trop modernisées pour soit-disant "plaire au lecteur d'aujourd'hui". Cependant le texte originale en perd toute son essence...
Quelques extraits:
"En cultivant son esprit, Saint-Aubert lui avait assuré un refuge contre l'ennui et l'oisiveté. La dissipation, les brillants amusements, les distractions de la société dont sa position la séparait, ne lui étaient point nécessaires." p.168
"Hélas! je conçois bien à présent que la force du courage est préférable aux grâces de la sensibilité. Je m'efforcerai d'accomplir ma promesse; je ne me livrerai pas à d'inutiles lamentations et j'essairai de souffrir sans faiblesse l'oppresson que je ne puis éviter." p.296
"Emilie regarda le château avec une sorte d'effroi, quand elle sut que c'était celui de Montoni. Quoique élcairé maintenant par le soleil couchant, la gothique grandeur de son architecture, ses antiques murailles de pierre grise, en faisaient un objet imposant et sinistre. La lumière s'affaiblit insensiblement sur les murs, et ne répandit qu'une teinte de pourpre qui, s'effaçaant à son tour, laissa les montagnes, le château et tous les objets environnants dans la plus profonde obscurité." p.312
"Qui donc a pu inventer les couvents? Qui donc a pu le premier persuader à des humains de s'y rendre, et, prenant la religion pour prétexte, les éloigner de tous les objets qui l'inspirent?" p.633
"Sûrement, il est quelque magie dans la fortune, qui fait courir à sa suite les personnes même quand elles n'en bénéficient pas! Combien il est étrange qu'un sot ou un fripon soit traité, moyennant sa fortune, avec plus d'égards qu'un homme de bien, qu'un sage réduit à la pauvreté!" p.767
En complément:
Voici un extrait intéressant issu d'une parodie des Mystères d'Udolphe où le personnage principal parle du roman en disant:
"Quel roman! C'est le beau idéal de la laideur souterraine. Comme ils sont gais auprès de celui-là tous les triste ouvrages du même auteur! Jamais Ann Radcliffe n'a fait plus de dépenses de frayeur que dans Udolphe. Chaque page semble tourner avec accompaghement de ferrailles; chaque ligne est sablée avec de la poudre de tombe; chaque lettre est un oeil éteint qui regarde le lecteur. Un homme nerveux ne peut dormir dans une chambre habitée par ces quatre volumes sulfureux; il est obligé de les exiler, dans l'intérêt de son sommeil."
Joseph Méry, Le château d'Udolphe, Les nuits anglaises, 1840.
07 novembre 2009
Noisette l'écureuil
Beatrix Potter
Gallimard
58 pages
Résumé:
Mais Noisette s'assit sur un gros rocher plat et joua aux quilles avec une pomme sauvage.
Mon commentaire:
Ces petits livres de Beatrix Potter sont bien mignons. Le format est adapté aux petites mains des enfants. Les aquarelles de l'auteur apparaissent sur une page et sur la seconde, le texte. Les illustrations sont soignées, méticuleuses, avec la précision d'un naturaliste. L'histoire garde l'intérêt du lecteur jusqu'à la fin, qui veut savoir ce qu'il adviendra de Noisette et du Vieux Brun, un hibou...
Noisette est un petit écureuil bien impertinent. L'impertinence et l'idée de franchir les interdits posés par les adultes (ou par les règles en général) semblent des thèmes récurrents dans l'univers de Beatrix Potter. Peut-être parce que celle-ci vivait une relation étouffante avec ses parents, sa mère surtout, qui la surprotégeait? Noisette est donc l'incarnation d'un jeune sot impertinent, qui de travaille pas, ne pense qu'à s'amuser et à embêter les autres. C'est lorsqu'il met sa vie en danger que la panique de mourir le fera changer de comportement...
Ces petits albums ne sont pas si innocents qu'il n'y paraît. Dans celui-ci, l'auteur n'hésite pas à risquer la vie de son petit personnage afin de faire passer en quelque sorte un message. Ce n'est pas vraiment une leçon de morale, puisque Noisette doit affronter la conséquence de ses actes. Il n'y a pas de repentir en tant que tel mais plutôt, un changement d'attitude de l'écureuil. C'est ce qui différencie, selon moi, les oeuvres de Potter à ceux d'autres auteurs pour la jeunesse de son époque: il n'y a pas de morale à proprement parlée, ses personnage font à leur tête, mais ils doivent affronter ce qui résulte de leur comportement. Comme dans la vraie vie!
04 novembre 2009
Les champignons
Beatrix Potter
Bibliothèque de l'Image
128 pages
Résumé:
"De toutes les choses impossibles à dessiner, je crois bien que la pire est un bon gros champignon." -Beatrix Potter
Mon commentaire:
Je m'intéresse plus ou moins à la mycologie. J'aime les champignons, mais pas au point d'aller en cueillir moi-même. Cependant, si je me suis intéressé à l'ouvrage de Beatrix Potter c'est essentiellement d'un point de vu littéraire et artistique.
Avant de créer Pierre Lapin et tous les autres petits personnages de ses livres pour enfants, Beatrix Potter a d'abord été une naturaliste talentueuse. N'ayant reçu que peu d'éducation, elle s'est intéressée d'elle-même à la nature, la botanique, les animaux, l'archéologie. Ses travaux d'études sur les champignons étaient très avancés pour l'époque. La mycologie est essentiellement amateure à ce moment-là et l'étude, réservée aux hommes. Beatrix, à force de travail, d'esquisse, d'observation, découvre de nouvelles espèces alors inconnues. Elle travaille aussi ses dessins en y ajoutant le type de sol dans lesquels poussent les champignons, ce qui ne se faisait pas vraiment. Beatrix Potter s'intéresse à la germination des spores et sera la première en Grande-Bretagne à en faire germer.
Son oncle la présente au directeur des Jardins bontaniques de Kew. Elle y est reçue froidement. Ses travaux seront dénigrés. Elle est une femme, amateure de surcroît. Cet état lui ferme des portes. Elle ne peut même pas assister à la lecture de ses travaux en public. Elle ne peut pas les présenter elle-même et reste cantonnée à dessiner pour son plaisir. C'est cette frustration de sa condition qui l'amène à créer les livres pour enfant... et à devenir celle que l'on connaît aujourd'hui. Ses albums ont connus et connaissent encore aujourd'hui, un immense succès.
Beatrix Potter en est donc venue aux livres pour enfants en passant pas les champignons. Son livre illustré est d'ailleurs magnifiquement conçu. Chaque espèce est peinte et dessinée avec ses dimensions réelles et son apparence est celle d'un vrai champignon. Pas celle d'un dessin tout plat. Elle offre aussi des coupes de certains types de champignons et les dessine dans leurs sols respectifs. L'album en est véritablement un d'images. Le texte qui accompagne chaque planche est de M. Cailleux, maître de conférences au Musée d'histoire naturelle et de Madame Roquebert, professeur au même musée. Une petite introduction présentant Beatrix Potter et ses travaux complète le volume.
L'intérêt d'un tel volume aujourd'hui est essentiellement pour les amateurs de mycologie, d'art ou alors, ceux qui s'intéressent de près à Beatrix Potter, à ce qu'elle a été comme femme, comme artiste, mais aussi comme naturaliste, même si elle ne fut pas reconnue de son vivant. Aujourd'hui, certains de ses travaux sont toujours étudiés avec intérêt. En y réfléchissant bien, c'est assez paradoxal de penser qu'à l'époque de Beatrix Potter, ce livre qui est un vrai travail de naturaliste, fut boudé par les spécialistes comme étant du travail d'amateur, essentiellement parce que Beatrix était une femme. Je me demande ce qu'elle penserait de savoir que ses travaux, des années plus tard, se retrouvent même sur les tablettes de ma petite bibliothèque de village, au Québec...
03 novembre 2009
Pierre Lapin
Beatrix Potter
Gallimard
62 pages
Résumé:
Quatre petits lapins partent en promenade. Leur maman leur a interdit d'entrer dans le jardin du terrible monsieur MacGregor, mais Pierre Lapin a envie de désobéir...
Mon commentaire:
Pierre Lapin (Pierrot ou Peter selon les éditions) a été créé en 1893. Il s'adressait en premier lieu à un petit garçon malade de sa connaissance. Il fut imprimé pour la première fois en 1901 à compte d'auteur. Le succès fut immédiat! De nombreuses personnalités du monde littéraire et autre en achetèrent pour leurs enfants et les réimpressions se succédèrent. Il est intéressant de savoir que Beatrix Potter n'est pas allée à l'école et a appris sur la nature en l'observant et en travaillant. Son travail fut d'abord l'étude des champignons, dont elle publia un guide, puis les contes pour enfants mettant en scène des animaux.
Son univers est particulier. Précis, sans être académique et ennuyant. Son trait dénote une douceur enfantine qui plaît immédiatement. C'est pourquoi ses oeuvres sont toujours lues aujourd'hui et appréciées.
Pierre Lapin raconte une journée chez les petits lapins. La maman interdit à ses enfants d'aller s'amuser dans le jardin de Monsieur MacGregor. Beatrix Potter n'épargne pas ses personnages. On apprend que le Père Lapin est mort cuit dans une tourte par la famille MacGregor. Mais Pierre Lapin confronte l'interdit en s'y rendant quand même. On peut en quelque sorte voir le parallèle entre cette histoire et ce que Beatrix et son frère vivaient à la maison: des parents surprotecteurs qui ne laissaient aucune liberté à leurs enfants.
Pierrot Lapin raconte en quelque sorte l'histoire d'un enfant qui brise les interdits qui lui sont faits. Il expérimente la vie à sa façon, comme il l'entend, malgré l'interdiction de sa mère. C'est en quelque sorte l'étape de tout enfant pour apprendre et se forger une personnalité: défier l'interdit pour constater par lui-même ce qu'il en est. Pour l'époque, je me dis que ce livre est en quelque sorte subversif, tout en gardant ses allures de parfait petit livre pour enfant. Il est très intéressant d'en étudier les détails et l'histoire, tout en replaçant le livre dans son contexte. Même aujourd'hui, l'intérêt de cet album demeure.
Une jolie lecture, qui me donne envie de me pencher sur le reste de l'oeuvre de Potter, de ses travaux en mycologie jusqu'à la vingtaine d'autres albums qui suivront l'histoire de Pierre Lapin.
En complément:
Il est possible de rendre visite à Pierre Lapin et ses amis en visitant le site officiel. Je vous conseille fortement cette visite. Le site est de toute beauté (et disponible en français) et il contient de nombreuses informations et photos sur l'univers et la vie de Beatrix Potter.
Un très beau film sur la vie de Beatrix est paru en 2006, Miss Potter. C'est Renée Zellweger qui incarne Beatrix et son monde fantaisiste, film que je ne peux que conseiller pour en apprendre un peu plus sur Beatrix Potter, puisque malheureusement, la plupart des biographies, journaux et ouvrages la concernant ne sont pas traduits en français.
01 novembre 2009
Zoom sur... Saint-Élie-de-Caxton: Sur la trace du merveilleux
Fred Pellerin
Éditions Sarrazine
128 pages
Résumé:
L'événement photo Zoom sur... est un événement nomade qui s'est donné deux objectifs : réunir des photographes de presse et découvrir les beaux endroits de notre pays. Pour cette cinquième édition, ils étaient trente, hommes et femmes, qui partagent la même passion : la photographie. Ils travaillent pour différentes publications, parmi les plus prestigieuses.
Cette fois-ci, ils se sont donnés rendez-vous à Saint-Élie-de-Caxton, le village mythique de Fred Pellerin, situé au Québec dans la région de la Mauricie. Les photographies prises en 15 heures, inspirées des textes de Fred Pellerin, vous feront découvrir une partie du merveilleux de Saint-Élie-de-Caxton.
Mon commentaire:
Le projet initial de ce livre est très intéressant, soit celui d'envoyer différents photographes à Saint-Élie-de-Caxton. L'objectif? Imager l'imaginaire. C'est ce que tenteront de faire trente photographes à partir des mots tirés des contes de Fred Pellerin. L'idée d'avoir le regard de différentes personnes sur un même village est un très beau projet. J'étais donc curieuse de découvrir les images de ce petit village dont tout le monde connaît maintenant le nom grâce à Fred Pellerin.
Le livre de photographies nous offre donc différents regards de la vie de tous les jours, du village et de ses habitants. Le merveilleux est capté à travers des prises de vues parfois loufoques, parfois inquiétantes, parfois sombres ou lumineuses. Des objets merveilleux, comme des pas ou des chapeaux de lutins, ont aussi été ajoutés dans certains décors.
L'idée à la base du projet me séduit, le livre un peu moins. Certaines images sont magnifiques, d'autres me semblent beaucoup moins soignées. Toute l'équipe de production a dû beaucoup s'amuser, on le sent à travers leur démarche et leurs photos, mais le produit fini me semble plutôt inégal. La photographie est tout de même une forme d'art subjectif. Tout est dans l'oeil de celui qui regarde. La plupart de ces photos ne viennent pas me chercher. À mon goût personnel, il manque justement un peu de merveilleux dans ces images. J'ai eu parfois le sentiment de regarder des photos très urbaines, soit à cause des couleurs ou du cadrage, alors que l'univers de Fred Pellerin est perdu quelque part dans le passé. C'est ce côté urbain qui m'a déçue. Ce n'est pas le cas de toutes les photos et certaines d'entre elles sont vraiment très belles. Toutefois, je m'attendais à quelque chose de très différent. Pour moi, cet ouvrage a été agréable à feuilleter pour un moment, sans plus. Même si je sais que le coût d'un livre de photographies sur papier glacé est élevé à produire, je trouve finallement son prix de vente très élevé par rapport au plaisir de la lecture. À réserver aux inconditionnels de l'univers de Pellerin ou aux collectionneurs.
30 octobre 2009
Bois du thé fort, tu vas pisser drette!
Fred Pellerin
Éditions Sarrazine
87 pages
Résumé:
Brodain Tousseur, ce fut un homme de science infuse. Un grand buveur de thé, du type à laisser traîner sa tasse toute la journée, à se réchauffer l'eau aux heures, à se laisser tremper le thé du matin au soir. Un mijoteux, qui vous trouvait du sens même ou on ne voyait pas de fond.
-Bois du thé fort, tu vas pisser drette!
Si on n'a toujours pas compris la teneur de cette phrase qu'on se répète à longueur de village, on sent toujours le sourire malgré l'hermétisme. Il est de ces mystères qui transportent la bonne humeur.
Mon commentaire:
Ce tout petit livre en est un à part dans l'oeuvre de Fred Pellerin. Le format est tout petit et peut surprendre. De plus, le livre ne contient pas de cd. Toutefois, c'est un ouvrage fort intéressant. Dans ce livre, Pellerin nous parle plus en détail de Toussaint Brodeur, le marchand général du village de Saint-Elie-de-Caxton. À travers sept chapitre, une introduction et une épitaphe, l'auteur nous brosse un portrait tout en humour de Monsieur Brodeur. Le conte n'est jamais bien loin et se cache au détour d'une phrase, d'une anecdote ou d'un événement.
Comme à son habitude, Fred Pellerin joue avec les mots et les phrases, nous plonge dans un temps qui n'est pas si lointain mais qui vit à travers les histoires qu'il nous raconte. Ses personnages, issus de la vraie vie, sont tous passionnants, humains, drôles, avec leurs lubies et leur sens de la répartie. Monsieur Brodeur ne fait pas exception!
L'oeuvre que construit Fred Pellerin au fil des ans reprend tout son petit monde de Saint-Élie-de-Caxton. C'est donc avec plaisir que nous retrouvons les références d'un livre à l'autre, d'un personnage à l'autre.
Un petit livre bien amusant à lire!
Quelques extraits:
"M'sieur Brodain Tousseur - ou Toussaint Brodeur, selon le degré de dyslexie - fut un personnage original dont les tours d'esprit hantent les souvenirs du village de Saint-Élie-de-Caxton. Il fut, par métier, un marchand général très particulier. Petit inventaire, mais grand inventeur! Il tenait tout ce qu'il ne vous fallait pas, et encore plus. Il vous cuisinait de la vente sous passion, en mélangeant le sens des affaires au sens de l'humour. Il fut l'un des rares." p.13
"Pour chaque tristesse, il y a une joie de cachée quelque part!" p.30






