08 novembre 2009
Les mystères d'Udolphe
Ann Radcliffe
Folio Gallimard
905 pages
Résumé:
Émilie explore le château mystérieux, chandelle à la main, à minuit. La menace (surnaturelle?) est partout présente. Les séquestrations, les tortures ne sont pas loin. Quel est le dessein du maître des lieux? Quels sentiments éprouve la jeune fille pour son tuteur et geôlier? Qui épousera-t-elle, après cette quête de soi à travers les corridors du château, qui ressemblent à ceux de l'inconscient?
Mon commentaire:
Les mystères d'Udolphe, roman gothique qui marqua son époque, a été publié en 1794. Une courte biographie se retrouve dans la section des dossiers. Vous pouvez la consulter ici.
Les mystères d'Udolphe raconte la vie d'une jeune femme pure et innocente, Emilie. Le roman est sensé se dérouler en 1584, mais tout au long de ma lecture, j'ai eu le sentiment de lire un roman de l'époque de Jane Austen. Emilie a toujours eu une enfance rangée et heureuse, à la campagne, à La vallée, un magnifique domaine. Quand elle perd ses parents et se retrouve orpheline, elle est prise en charge par sa tante et son mari, le terrible Montoni, qui veut l'éloigner de La Vallée. Il la prend en quelque sorte en otage et l'amène à Udolphe, un château mystérieux rempli de couloirs, de secrets et de revenants. Au fil des pages, la pression est insoutenable sur cette pauvre Emilie qui se voit confinée au château sans aucun espoir pour le futur. D'autant plus qu'à cette époque, l'Italie est déchirée par les guerres civiles. Les invasions de château, les brigands et les criminels sont légion.
"Au-delà de Milan, le pays portait le caractère d'un ravage plus affreux. Tout alors y paraissait tranquille; mais ce repos était celui de la mort sur des traits qui conservent encore la hideuse empreinte des dernières convulsions." p.254
Le roman raconte les aventures et mésaventures d'Emilie, de la France à l'Italie, avec à la fois l'homme qui fait battre son coeur, ses domestiques et femme de compagnie, ses amis qu'elle rencontre au fil du temps et ses ennemis, qui sont de plus en plus nombreux. Entre les châteaux et les voyages, Emilie devra affronter ses sentiments, son geôlier, se battre pour recouvrer ses bien et faire face à plus d'un fantôme! Les revenants et les secrets mystérieux sont une bonne part de ce roman gothique. Toutefois, même si certaines scènes sont marquantes (le voile noir, la tour où se trouve Madame Montoni ou encore, la chambre de la marquise) Ann Radcliffe a opté pour une explication rationelle des événements.
Il est d'ailleurs intéressant de comparer Udolphe à Northanger Abbey de Jane Austen. Le second roman se voulant une parodie du premier, on retrouve dans les deux le thème récurrent de l'imagination débridée. Dans Northanger Abbey, Catherine lit Les mystères d'Udolphe et son imagination lui fait croire toutes sortes de choses sur l'abbaye où elle séjourne. Dans Udolphe, Emilie aime les livres, mais ce ne sont pas vraiment eux qui lui offrent l'occasion de s'enflammer l'imagination. Elle vit trop d'évenements brutaux et violents pour que sa raison prenne le pas sur son imagination. Alors elle se contente de croire ce qui semble être. Une imagination fertile au service d'une âme sensible ne peut que produire des malentendus et de grossières erreurs...
Les mystères d'Udolphe est-il encore effrayant aujourd'hui? Oui et non. Si l'on compare ce livre très descriptif qui s'attarde sur les paysages et les sentiments, aux productions d'horreur d'aujourd'hui, il est très peu terrifiant et les deux ou trois scènes qui donnent le frisson paraissent bien légères par rapport à ce que nos yeux contemporains sont habitués de voir et de lire. C'est de cette façon que l'on constate aussi que notre seuil de tolérance est beaucoup plus haut aujourd'hui face à l'horreur, qu'il pouvait l'être à l'époque. Cependant, si on se replace dans le contexte d'écriture de ce roman, il peut procurer quelques frissons. Udolphe est un roman issu du préromantisme. Il priorise les sentiments à la raison, la sensibilité à la rationalité. Il met en avant les sentiments et la nature pour chercher à stimuler la rêverie chez le lecteur. Nous avons donc droit à de longues descriptions du paysage, des scènes courtoises, les bonnes manières, qui tendent à rendre le texte lent et sensible. Le temps s'écoule doucement, au gré des journées de contemplations et des promenades. Ces scènes contribuent à rendre l'histoire inoffensive si bien que lorsque les événements s'enchaînent, que les éléments gothiques tels des revenants ou des visions interviennent, tout cela contribue à frapper l'imagination du lecteur et à offrir quelques surprises. Et pourquoi pas un ou deux frissons, si on s'offre le luxe de laisser vagabonder notre imagination.
Le personnage d'Emilie est assez intéressant si on le replace dans son contexte. Tout d'abord, c'est une jeune fille issue d'une famille où la tranquilité, un bonheur simple et des lieux bucoliques sont à la base de tout. Elle a été protégée du monde. Sa rencontre avec Montoni, véritable brute sanguinaire, la plonge dans un monde qu'elle ne doutait même pas. L'auteur en a fait une héroïne qui s'évanouit souvent, qu'on doit relever et rafraîchir régulièrement. C'est une jeune fille au bonheur exalté ou à la sensibilité exarcerbée, toujours au bord des larmes. Cependant, sans excuser son comportement un peu enfantin et fragile, il demeure qu'elle fait tout de même face à tout ce qui l'attend. Ce n'est pas une héroïne modèle, mais elle reste en symbiose avec la façon dont elle a été élevée.
Le titre du roman, Les mystères d'Udolphe, est plutôt curieux. Le volume est divisé en quatre livres. Udolphe ne prend qu'un quart, peut-être un peu plus, du roman. Les scènes à ce château tardent à arriver et ne sont pas l'objet même de l'histoire. Il se produit énormément d'autres choses. Le titre laisse penser que tout tourne autour d'Udolphe, alors que ce n'est en fait qu'un événement parmis d'autres. J'ai d'ailleurs une préférence pour les secrets entourant le château de la Marquise à ceux de Montoni et d'Udolphe.
Il est aussi intéressant de faire une parenthèse avec L'Italien, ou le confessionnal des pénitents noirs, un autre roman d'Ann Radcliffe que j'ai lu il y a un moment. Les deux racontent en quelque sorte une histoire similaire. Udolphe est un sacré pavé alors que L'Italien se lit assez rapidement. L'Italien met en scène les desseins d'une mère infâme, alors que Udolphe a son Montoni qui ne donne pas sa place non plus. Dans l'un comme l'autre des romans, un jeune couple devra faire face au diable incarné qui fait tout pour contrecarrer leur amour. Ils vivront des questionnements sur la relation qui les unie et devront faire face à des gens malintentionnés qui souhaitent les séparer.
Il n'existe pas, à ma connaissance, d'adaptation cinématographique d'Udolphe. On se demande bien pourquoi, puisque ce pavé est un vrai roman d'aventures et se transposerait merveilleusement bien au cinéma. En tous les cas, Les mystères d'Udolphe est une lecture qui fut très intéressante, que j'ai énormément aimée et qui donne envie de poursuivre la découverte des romans gothiques.
J'ai pris beaucoup de plaisir à en parcourir les pages. Aimant les belles descriptions de paysages et de voyage, je n'ai personnellement pas trouvé de longueurs à ce roman. J'ai aussi lu tout ce que j'ai pu trouver autour du préromantisme, de cette façon de décrire les choses et d'Ann Radcliffe. On peut d'ailleurs, en replaçant le livre dans son contexte, comprendre qu'il ait fait couler beaucoup d'encre à sa parution! Ce n'est pas le type de lecture qu'on aurait tendance à prescrire à une jeune fille de bonne famille. Un livre qui peut effrayer par sa longueur et par ses descriptions, mais qui est étonnament très abordable et très intéressant à lire. Je le conseille fortement, même si je suis consciente qu'il peut en rebuter plus d'un.
En terminant, quelques mots au sujet des traductions disponibles des Mystères d'Udolphe. L'éditions chez Gallimard, en Folio, est probablement la plus complète de celles existant en langue française. Elle offre 905 pages et s'accompagne d'une préface intéressante, de notes sur le texte et d'un dossier. Nous devons cette traduction à Victorine de Chastenay, en 1797. Cette dame, dont la vie et le travail d'écriture nous est raconté à la fin du roman, a énormément de points en commun avec l'héroïne, Emilie. Cette parenthèse est très intéressante. Pour l'édition Folio, Maurice Lévy a révisé le texte. Le texte de base est donc celui de Victorinne. Les erreurs de traduction ou les interprétations erronées ont été corrigées par Lévy. Si on le compare à l'édition originale anglaise, il subsiste toutefois deux choses que Victorinne de Chastenay n'a pas cru bon de traduire. Tout d'abord, les vers choisis par Radcliffe en épigraphe à ses chapitres n'apparaissent pas dans la version française. N'apparaissent pas non plus les traductions des poèmes qui se glissent à travers le texte original. Je ne sais pas jusqu'à quel point ces éléments sont intéressants et apportent quelque chose au récit. C'est un peu dommage de ne pas les avoir, cependant après avoir parcouru quelques commentaires sur l'édition anglaise, plusieurs lecteurs ont carrément passé par-dessus ces poèmes pour se concentrer sur le texte. D'autres éditions ont été publiées des Mystères d'Udolphe, mais elles sont soient tronquées d'un nombre important de chapitres, soient beaucoup trop modernisées pour soit-disant "plaire au lecteur d'aujourd'hui". Cependant le texte originale en perd toute son essence...
Quelques extraits:
"En cultivant son esprit, Saint-Aubert lui avait assuré un refuge contre l'ennui et l'oisiveté. La dissipation, les brillants amusements, les distractions de la société dont sa position la séparait, ne lui étaient point nécessaires." p.168
"Hélas! je conçois bien à présent que la force du courage est préférable aux grâces de la sensibilité. Je m'efforcerai d'accomplir ma promesse; je ne me livrerai pas à d'inutiles lamentations et j'essairai de souffrir sans faiblesse l'oppresson que je ne puis éviter." p.296
"Emilie regarda le château avec une sorte d'effroi, quand elle sut que c'était celui de Montoni. Quoique élcairé maintenant par le soleil couchant, la gothique grandeur de son architecture, ses antiques murailles de pierre grise, en faisaient un objet imposant et sinistre. La lumière s'affaiblit insensiblement sur les murs, et ne répandit qu'une teinte de pourpre qui, s'effaçaant à son tour, laissa les montagnes, le château et tous les objets environnants dans la plus profonde obscurité." p.312
"Qui donc a pu inventer les couvents? Qui donc a pu le premier persuader à des humains de s'y rendre, et, prenant la religion pour prétexte, les éloigner de tous les objets qui l'inspirent?" p.633
"Sûrement, il est quelque magie dans la fortune, qui fait courir à sa suite les personnes même quand elles n'en bénéficient pas! Combien il est étrange qu'un sot ou un fripon soit traité, moyennant sa fortune, avec plus d'égards qu'un homme de bien, qu'un sage réduit à la pauvreté!" p.767
En complément:
Voici un extrait intéressant issu d'une parodie des Mystères d'Udolphe où le personnage principal parle du roman en disant:
"Quel roman! C'est le beau idéal de la laideur souterraine. Comme ils sont gais auprès de celui-là tous les triste ouvrages du même auteur! Jamais Ann Radcliffe n'a fait plus de dépenses de frayeur que dans Udolphe. Chaque page semble tourner avec accompaghement de ferrailles; chaque ligne est sablée avec de la poudre de tombe; chaque lettre est un oeil éteint qui regarde le lecteur. Un homme nerveux ne peut dormir dans une chambre habitée par ces quatre volumes sulfureux; il est obligé de les exiler, dans l'intérêt de son sommeil."
Joseph Méry, Le château d'Udolphe, Les nuits anglaises, 1840.
07 novembre 2009
Noisette l'écureuil
Beatrix Potter
Gallimard
58 pages
Résumé:
Mais Noisette s'assit sur un gros rocher plat et joua aux quilles avec une pomme sauvage.
Mon commentaire:
Ces petits livres de Beatrix Potter sont bien mignons. Le format est adapté aux petites mains des enfants. Les aquarelles de l'auteur apparaissent sur une page et sur la seconde, le texte. Les illustrations sont soignées, méticuleuses, avec la précision d'un naturaliste. L'histoire garde l'intérêt du lecteur jusqu'à la fin, qui veut savoir ce qu'il adviendra de Noisette et du Vieux Brun, un hibou...
Noisette est un petit écureuil bien impertinent. L'impertinence et l'idée de franchir les interdits posés par les adultes (ou par les règles en général) semblent des thèmes récurrents dans l'univers de Beatrix Potter. Peut-être parce que celle-ci vivait une relation étouffante avec ses parents, sa mère surtout, qui la surprotégeait? Noisette est donc l'incarnation d'un jeune sot impertinent, qui de travaille pas, ne pense qu'à s'amuser et à embêter les autres. C'est lorsqu'il met sa vie en danger que la panique de mourir le fera changer de comportement...
Ces petits albums ne sont pas si innocents qu'il n'y paraît. Dans celui-ci, l'auteur n'hésite pas à risquer la vie de son petit personnage afin de faire passer en quelque sorte un message. Ce n'est pas vraiment une leçon de morale, puisque Noisette doit affronter la conséquence de ses actes. Il n'y a pas de repentir en tant que tel mais plutôt, un changement d'attitude de l'écureuil. C'est ce qui différencie, selon moi, les oeuvres de Potter à ceux d'autres auteurs pour la jeunesse de son époque: il n'y a pas de morale à proprement parlée, ses personnage font à leur tête, mais ils doivent affronter ce qui résulte de leur comportement. Comme dans la vraie vie!
04 novembre 2009
Les champignons
Beatrix Potter
Bibliothèque de l'Image
128 pages
Résumé:
"De toutes les choses impossibles à dessiner, je crois bien que la pire est un bon gros champignon." -Beatrix Potter
Mon commentaire:
Je m'intéresse plus ou moins à la mycologie. J'aime les champignons, mais pas au point d'aller en cueillir moi-même. Cependant, si je me suis intéressé à l'ouvrage de Beatrix Potter c'est essentiellement d'un point de vu littéraire et artistique.
Avant de créer Pierre Lapin et tous les autres petits personnages de ses livres pour enfants, Beatrix Potter a d'abord été une naturaliste talentueuse. N'ayant reçu que peu d'éducation, elle s'est intéressée d'elle-même à la nature, la botanique, les animaux, l'archéologie. Ses travaux d'études sur les champignons étaient très avancés pour l'époque. La mycologie est essentiellement amateure à ce moment-là et l'étude, réservée aux hommes. Beatrix, à force de travail, d'esquisse, d'observation, découvre de nouvelles espèces alors inconnues. Elle travaille aussi ses dessins en y ajoutant le type de sol dans lesquels poussent les champignons, ce qui ne se faisait pas vraiment. Beatrix Potter s'intéresse à la germination des spores et sera la première en Grande-Bretagne à en faire germer.
Son oncle la présente au directeur des Jardins bontaniques de Kew. Elle y est reçue froidement. Ses travaux seront dénigrés. Elle est une femme, amateure de surcroît. Cet état lui ferme des portes. Elle ne peut même pas assister à la lecture de ses travaux en public. Elle ne peut pas les présenter elle-même et reste cantonnée à dessiner pour son plaisir. C'est cette frustration de sa condition qui l'amène à créer les livres pour enfant... et à devenir celle que l'on connaît aujourd'hui. Ses albums ont connus et connaissent encore aujourd'hui, un immense succès.
Beatrix Potter en est donc venue aux livres pour enfants en passant pas les champignons. Son livre illustré est d'ailleurs magnifiquement conçu. Chaque espèce est peinte et dessinée avec ses dimensions réelles et son apparence est celle d'un vrai champignon. Pas celle d'un dessin tout plat. Elle offre aussi des coupes de certains types de champignons et les dessine dans leurs sols respectifs. L'album en est véritablement un d'images. Le texte qui accompagne chaque planche est de M. Cailleux, maître de conférences au Musée d'histoire naturelle et de Madame Roquebert, professeur au même musée. Une petite introduction présentant Beatrix Potter et ses travaux complète le volume.
L'intérêt d'un tel volume aujourd'hui est essentiellement pour les amateurs de mycologie, d'art ou alors, ceux qui s'intéressent de près à Beatrix Potter, à ce qu'elle a été comme femme, comme artiste, mais aussi comme naturaliste, même si elle ne fut pas reconnue de son vivant. Aujourd'hui, certains de ses travaux sont toujours étudiés avec intérêt. En y réfléchissant bien, c'est assez paradoxal de penser qu'à l'époque de Beatrix Potter, ce livre qui est un vrai travail de naturaliste, fut boudé par les spécialistes comme étant du travail d'amateur, essentiellement parce que Beatrix était une femme. Je me demande ce qu'elle penserait de savoir que ses travaux, des années plus tard, se retrouvent même sur les tablettes de ma petite bibliothèque de village, au Québec...
03 novembre 2009
Pierre Lapin
Beatrix Potter
Gallimard
62 pages
Résumé:
Quatre petits lapins partent en promenade. Leur maman leur a interdit d'entrer dans le jardin du terrible monsieur MacGregor, mais Pierre Lapin a envie de désobéir...
Mon commentaire:
Pierre Lapin (Pierrot ou Peter selon les éditions) a été créé en 1893. Il s'adressait en premier lieu à un petit garçon malade de sa connaissance. Il fut imprimé pour la première fois en 1901 à compte d'auteur. Le succès fut immédiat! De nombreuses personnalités du monde littéraire et autre en achetèrent pour leurs enfants et les réimpressions se succédèrent. Il est intéressant de savoir que Beatrix Potter n'est pas allée à l'école et a appris sur la nature en l'observant et en travaillant. Son travail fut d'abord l'étude des champignons, dont elle publia un guide, puis les contes pour enfants mettant en scène des animaux.
Son univers est particulier. Précis, sans être académique et ennuyant. Son trait dénote une douceur enfantine qui plaît immédiatement. C'est pourquoi ses oeuvres sont toujours lues aujourd'hui et appréciées.
Pierre Lapin raconte une journée chez les petits lapins. La maman interdit à ses enfants d'aller s'amuser dans le jardin de Monsieur MacGregor. Beatrix Potter n'épargne pas ses personnages. On apprend que le Père Lapin est mort cuit dans une tourte par la famille MacGregor. Mais Pierre Lapin confronte l'interdit en s'y rendant quand même. On peut en quelque sorte voir le parallèle entre cette histoire et ce que Beatrix et son frère vivaient à la maison: des parents surprotecteurs qui ne laissaient aucune liberté à leurs enfants.
Pierrot Lapin raconte en quelque sorte l'histoire d'un enfant qui brise les interdits qui lui sont faits. Il expérimente la vie à sa façon, comme il l'entend, malgré l'interdiction de sa mère. C'est en quelque sorte l'étape de tout enfant pour apprendre et se forger une personnalité: défier l'interdit pour constater par lui-même ce qu'il en est. Pour l'époque, je me dis que ce livre est en quelque sorte subversif, tout en gardant ses allures de parfait petit livre pour enfant. Il est très intéressant d'en étudier les détails et l'histoire, tout en replaçant le livre dans son contexte. Même aujourd'hui, l'intérêt de cet album demeure.
Une jolie lecture, qui me donne envie de me pencher sur le reste de l'oeuvre de Potter, de ses travaux en mycologie jusqu'à la vingtaine d'autres albums qui suivront l'histoire de Pierre Lapin.
En complément:
Il est possible de rendre visite à Pierre Lapin et ses amis en visitant le site officiel. Je vous conseille fortement cette visite. Le site est de toute beauté (et disponible en français) et il contient de nombreuses informations et photos sur l'univers et la vie de Beatrix Potter.
Un très beau film sur la vie de Beatrix est paru en 2006, Miss Potter. C'est Renée Zellweger qui incarne Beatrix et son monde fantaisiste, film que je ne peux que conseiller pour en apprendre un peu plus sur Beatrix Potter, puisque malheureusement, la plupart des biographies, journaux et ouvrages la concernant ne sont pas traduits en français.
01 novembre 2009
Zoom sur... Saint-Élie-de-Caxton: Sur la trace du merveilleux
Fred Pellerin
Éditions Sarrazine
128 pages
Résumé:
L'événement photo Zoom sur... est un événement nomade qui s'est donné deux objectifs : réunir des photographes de presse et découvrir les beaux endroits de notre pays. Pour cette cinquième édition, ils étaient trente, hommes et femmes, qui partagent la même passion : la photographie. Ils travaillent pour différentes publications, parmi les plus prestigieuses.
Cette fois-ci, ils se sont donnés rendez-vous à Saint-Élie-de-Caxton, le village mythique de Fred Pellerin, situé au Québec dans la région de la Mauricie. Les photographies prises en 15 heures, inspirées des textes de Fred Pellerin, vous feront découvrir une partie du merveilleux de Saint-Élie-de-Caxton.
Mon commentaire:
Le projet initial de ce livre est très intéressant, soit celui d'envoyer différents photographes à Saint-Élie-de-Caxton. L'objectif? Imager l'imaginaire. C'est ce que tenteront de faire trente photographes à partir des mots tirés des contes de Fred Pellerin. L'idée d'avoir le regard de différentes personnes sur un même village est un très beau projet. J'étais donc curieuse de découvrir les images de ce petit village dont tout le monde connaît maintenant le nom grâce à Fred Pellerin.
Le livre de photographies nous offre donc différents regards de la vie de tous les jours, du village et de ses habitants. Le merveilleux est capté à travers des prises de vues parfois loufoques, parfois inquiétantes, parfois sombres ou lumineuses. Des objets merveilleux, comme des pas ou des chapeaux de lutins, ont aussi été ajoutés dans certains décors.
L'idée à la base du projet me séduit, le livre un peu moins. Certaines images sont magnifiques, d'autres me semblent beaucoup moins soignées. Toute l'équipe de production a dû beaucoup s'amuser, on le sent à travers leur démarche et leurs photos, mais le produit fini me semble plutôt inégal. La photographie est tout de même une forme d'art subjectif. Tout est dans l'oeil de celui qui regarde. La plupart de ces photos ne viennent pas me chercher. À mon goût personnel, il manque justement un peu de merveilleux dans ces images. J'ai eu parfois le sentiment de regarder des photos très urbaines, soit à cause des couleurs ou du cadrage, alors que l'univers de Fred Pellerin est perdu quelque part dans le passé. C'est ce côté urbain qui m'a déçue. Ce n'est pas le cas de toutes les photos et certaines d'entre elles sont vraiment très belles. Toutefois, je m'attendais à quelque chose de très différent. Pour moi, cet ouvrage a été agréable à feuilleter pour un moment, sans plus. Même si je sais que le coût d'un livre de photographies sur papier glacé est élevé à produire, je trouve finallement son prix de vente très élevé par rapport au plaisir de la lecture. À réserver aux inconditionnels de l'univers de Pellerin ou aux collectionneurs.
30 octobre 2009
Bois du thé fort, tu vas pisser drette!
Fred Pellerin
Éditions Sarrazine
87 pages
Résumé:
Brodain Tousseur, ce fut un homme de science infuse. Un grand buveur de thé, du type à laisser traîner sa tasse toute la journée, à se réchauffer l'eau aux heures, à se laisser tremper le thé du matin au soir. Un mijoteux, qui vous trouvait du sens même ou on ne voyait pas de fond.
-Bois du thé fort, tu vas pisser drette!
Si on n'a toujours pas compris la teneur de cette phrase qu'on se répète à longueur de village, on sent toujours le sourire malgré l'hermétisme. Il est de ces mystères qui transportent la bonne humeur.
Mon commentaire:
Ce tout petit livre en est un à part dans l'oeuvre de Fred Pellerin. Le format est tout petit et peut surprendre. De plus, le livre ne contient pas de cd. Toutefois, c'est un ouvrage fort intéressant. Dans ce livre, Pellerin nous parle plus en détail de Toussaint Brodeur, le marchand général du village de Saint-Elie-de-Caxton. À travers sept chapitre, une introduction et une épitaphe, l'auteur nous brosse un portrait tout en humour de Monsieur Brodeur. Le conte n'est jamais bien loin et se cache au détour d'une phrase, d'une anecdote ou d'un événement.
Comme à son habitude, Fred Pellerin joue avec les mots et les phrases, nous plonge dans un temps qui n'est pas si lointain mais qui vit à travers les histoires qu'il nous raconte. Ses personnages, issus de la vraie vie, sont tous passionnants, humains, drôles, avec leurs lubies et leur sens de la répartie. Monsieur Brodeur ne fait pas exception!
L'oeuvre que construit Fred Pellerin au fil des ans reprend tout son petit monde de Saint-Élie-de-Caxton. C'est donc avec plaisir que nous retrouvons les références d'un livre à l'autre, d'un personnage à l'autre.
Un petit livre bien amusant à lire!
Quelques extraits:
"M'sieur Brodain Tousseur - ou Toussaint Brodeur, selon le degré de dyslexie - fut un personnage original dont les tours d'esprit hantent les souvenirs du village de Saint-Élie-de-Caxton. Il fut, par métier, un marchand général très particulier. Petit inventaire, mais grand inventeur! Il tenait tout ce qu'il ne vous fallait pas, et encore plus. Il vous cuisinait de la vente sous passion, en mélangeant le sens des affaires au sens de l'humour. Il fut l'un des rares." p.13
"Pour chaque tristesse, il y a une joie de cachée quelque part!" p.30
28 octobre 2009
Citrouilleville
Katie McKy, illustré par Pablo Bernasconi
Scholastic
32 pages
Résumé:
"Rien n'est mieux ni pire que des citrouilles."
Mon commentaire:
José et sa famille sont cultivateurs de citrouilles. Ils prennent très à coeur leur travail. Ils vivent sur la colline, en haut du village. Un jour ils constatent que le village est très orangé vu d'en haut et ils décident d'aller voir ce qui s'y passe...
Ce petit livre très coloré, aux illustrations conçues par des collages originaux, est tout approprié à cette période de l'année. L'histoire est dynamique, les personnages sont très vivants et l'histoire des citrouilles et amplifiée pour faire rire et sourire les petits. Dans le livre, il y a opposition entre les cultivateurs qui sont heureux de cultiver les citrouilles et les villageois qui les ont maintenant en horreur. On apprendra pourquoi à la lecture de l'album.
Cette histoire est plaisante et amusante. C'est un joli livre pour l'automne. Je ne suis habituellement pas fan des collages comme illustrations, mais dans ce livre-ci, ils sont minutieux et réussis et donnent à l'album un dynamisme intéressant. À découvrir.
À partir de 4 ans.
Un extrait:
"Lors d'une journée d'octobre particulièrement venteuse, José et ses frères se débarrassent des graines de citrouilles trop petites et trop ternes. Ils les jettent dans le champ qui surplombe le village.[...] L'histoire aurait pu se terminer là, mais..."
26 octobre 2009
Ne le dites pas aux grands
Alison Lurie
Rivages
253 pages
Résumé:
Winnie l'Ourson n'est pas un ouvrage habituellement considéré comme subversif, pas plus que Les Aventures de Tom Sawyer, Alice au pays des merveilles ou Peter Pan. Néanmoins, si de tels classiques apparemment anodins connaissent un succès durable, c'est en partie parce qu'ils font la satire de la société adulte et de ses conventions. Si les enfants forment une tribu à part, possédant une culture propre, ces ouvrages en sont les textes sacrés. Avec les contes de fées, les comptines et les histoires drôles, ils constituent la littérature clandestine de l'enfance.
Mon commentaire:
Cet essai passionnant s'attarde essentiellement à la littérature enfantine anglo-saxonne, couvrant une large période, mais s'attardant sur la littérature victorienne. Les analyses y sont donc toujours en lien avec cette époque et avec les moeurs couramment acceptés, même si les oeuvres présentées vont aussi au-delà de cette période, jusqu'en 1975. Le livre nous parle d'auteurs différents, en accompagnant chaque chapitre d'une petite biographie ponctuée d'extraits d'oeuvre ou de notes. Certains auteurs ont aujourd'hui sombré dans l'oubli. Leurs oeuvres n'ont pas traversé le temps. Elles étaient soit beaucoup trop moralisatrices, de piètre qualité, ou alors essentiellement alimentaires. D'autres auteurs ont réussis à sortir de l'anonymat tout en voyant leurs oeuvres presque dénaturées au fil des années. C'est le cas de Winnie l'ourson de A.A. Milne (dont peu de gens se souviennent de l'apparence originale de l'ours - qui était une ourse - et la véritable histoire de sa création - la vraie Winnie, appelée en fait Winnipeg, est d'origine canadienne). C'est aussi le cas de Peter Pan et d'Alice aux pays des merveilles, dont on a adapté l'oeuvre initiale au temps et aux valeurs d'aujourd'hui, tout en édulcorant le personnage. Il y a aussi des auteurs, en avance sur leur temps, qui sont encore lus aujourd'hui: Beatrix Potter et son Pierre Lapin, Frances Hodgon Burnett et sa Petite princesse ou son Jardin Secret.
En lisant cet essai on constate que la littérature enfantine se classe en quelque sorte en deux types: la littérature enfantine trop parfaite et ennuyante, qui met en scène des petits enfants modèles, des adultes autoritaires et une morale se voulant édifiante. La majorité des autres oeuvres qui n'entrent pas dans cette catégorie se retrouvent dans la littérature subversive. Une littérature où les enfants se salissent, transgressent les lois établies, s'amusent beaucoup, vivent des aventures et remettent en question l'ordre établi par les adultes. Plusieurs de ces livres ont reçu un accueil assez froid à leur parution. Bousculer les valeurs et l'éducation est loin d'être socialement acceptable. Edith Nesbit, avec la parution d'une série de livres subversifs pour enfants, en est un bon excemple. Elle met en scène les deux extrêmes du livre pour enfants dans une scène qui paraît tout à fait inoffensive aujourd'hui, mais qui avait de quoi choquer les esprits d'adultes bien pensants de l'époque:
"[Mathilda qui refuse de visiter sa tante, explique pourquoi] On la questionnerait sur son travail scolaire, sur ses notes, on lui demanderait si elle a été sage. Je ne m'explique pas pourquoi les grandes personnes ne voient pas le côté impertinent de ces questions. Supposez que vous répondiez: Je suis la meilleure de ma classe, tata, merci. Et maintenant, parlons un peu de toi. Ma chère tante, combien d'argent possèdes-tu, as-tu encore sermonné tes domestiques, où t'es-tu efforcée d'être gentille et patiente comme il convient de la part d'une tante bien élevée, dis-moi un peu ma chère?" p.122
Les livres pour enfants véhiculent souvent des propos qui ne sont pas clairement acceptés dans la société. C'est étrange que des livres pour enfants, se permettent de la fantaisie et des éclats, alors que ces deux excès ne sont pas couramment admis dans l'univers des adultes. Heureusement qu'il en est ainsi! C'est aussi ce qui fait souvent le succès commercial d'un livre ou qui, au contraire, attire les foudres. Plusieurs auteurs utilisent la théosophie, la psychologie et l'écologie dans leurs livres. Certains sont aussi en avancent sur leurs époques et font office de devins, en prédisant par exemple, ce que deviendra le monde, ou en créant un univers qui n'est pas encore d'actualité aujourd'hui.
Au XVIIIe et au XIXe siècle, plusieurs sommités du monde de l'enfance et de l'éducation voient dans les contes de fées et les livres pour enfants l'enseignement de la violence et de l'immoralité. Le désir de s'élever au-dessus de sa condition (les petits enfants pauvres deviennent riches, les jeunes filles sans le sou épousent des Princes avec de grandes fortunes, etc) n'est pas bien vu. Les contes de fées ont souvent une avance du point de vue social sur le reste du monde. Ce qui n'est pas acceptable dans la vie réelle, du moins selon les moeurs de l'époque (une femme qui travaille, qui a de l'ambition ou qui fait de l'exercice physique n'est pas bien vue) est tout à fait présent dans les livres dits "subversifs" pour la jeunesse.
L'essai aborde aussi le goût du fantastique chez les adolescents et la présence de lectures classiques comme ceux de Tolkien ou de Stevenson. Winnie l'ourson, par exemple, est populaire aujourd'hui même chez les adultes, qui même s'ils n'ont pas lu les livres originaux, connaissent le personnage et portent souvent toutes sortes d'objets à son effigie.
La majorité des textes qui composent cet essai sont captivants, que l'auteur nous parle d'auteurs toujours bien connus aujourd'hui ou non. Les petites biographies des auteurs sont remplies d'anecdotes intéressantes. Kate Greenaway par exemple, a entretenu une relation très étrange avec John Ruskin. Ce qui la motivait à dessiner des fillettes bien belles et bien sages est assez étonnant.
Beaucoup d'oeuvres sont analysées selon les motivations ou la vie de leur auteur. Plusieurs d'entre eux ont vécu des enfances malheureuses, difficiles ou ont subies des pertes pénibles. Leurs vies ne sont pas toujours un chemin de croix, mais elles sont suffisamment remplies d'événements malheureux pour forcer l'imagination des auteurs et le goût de prolonger l'enfance encore un peu. Certains comme James M. Barrie et Ford Madox Ford perdent en quelque sorte leurs illusions lorsque le public à qui s'adressent en premier lieu leurs livres - souvent leurs enfants ou les enfants dont ils s'occupent - grandissent et délaissent les univers qui ont été créés pour eux.
Ne le dites pas aux grands est un intéressant essai, très abordable, sur la littérature enfantine, essentiellement anglo-saxonne. Le livre parle d'auteurs variés, de toutes les époques, mais se concentre sur l'époque victorienne, où beaucoup de choses ont changées. La seule chose qui m'attriste, c'est que certains auteurs ne sont pas traduits en français alors que d'autres, ne sont connus aujourd'hui qu'à cause des adaptations édulcorées qui ont popularisé les personnages. Les livres originaux (les Winnie l'ourson par exemple, ceux de A.A. Milne et non pas ceux de Disney) sont difficiles à trouver.
Ne le dites pas aux grands est bien écrit, facile à lire. La construction par chapitres traitant d'auteurs différents et de genre m'a beaucoup plu. Une très belle découverte, qui me conforte dans mon goût pour la littérature jeunesse et mon plaisir d'en lire régulièrement.
Un extrait:
"Les livres d'enfants sont depuis longtemps la brebis galeuse de la littérature dite sérieuse; tout comme les romans policiers et les westerns, c'est essentiellement l'affaire de spécialistes, de folkloristes ou de sentimentaux souffrant de la nostalgie du passé. Dans les bibliothèques, ces ouvrages sont rassemblés dans une pièce séparée ou mis en quarantaine sur des rayons portant la rubrique: Divers." p.205
"Trop souvent, en laissant derrière nous la culture tribale de l'enfance, avec ses récits et ses poèmes volontiers subversifs, nous perdons tout à fait ces joies instinctives: l'imagination créatrice, l'émotion spontanée, la libre expression et le pouvoir de percevoir notre monde comme un monde merveilleux." p.231
22 octobre 2009
Cerise Griotte
Benjamin Lacombe
Seuil Jeunesse
17 pages
Résumé:
Cerise adore les romans, le chocolat et le gorgonzola, et déteste les cerises. Lorsqu'à la fourrière où travaille son père on recueille une petite chienne, Cerise la surnomme Griotte et elles deviennent inséparables. Après un mois, si personne ne vient la réclamer, Cerise pourra la garder. Mais un jour, devant la grille de la fourrière, la famille de Griotte arrive...
Mon commentaire:
Cerise Sullivan est une petite fille solitaire, qui aime profondément les livres et qui vit avec son papa qui travaille dans une fourrière. Elle a l'habitude d'être seule. Les autres élèves ne sont pas très gentils avec elle. Dans son monde, il y a Angelo avec qui elle va à l'école et qui lui plaît bien. Il y a aussi Griotte, un Shar-pei pour qui elle se prend d'affection à la fourrière de son père et dont elle s'occupe dès qu'elle a un moment. Dans un mois, si personne ne vient la réclamer, Griotte sera à elle. Mais les choses ne se déroulent pas toujours comme on le souhaiterait...
Pourtant cet album se termine bien. Il est aussi magnifique que son titre est évocateur. Les illustrations sont sombres, jolies et transmettent à merveille la solitude qui entoure Cerise. Elle n'a pas vraiment d'amis. Elle vit dans son monde de livres et d'animaux. Je me suis tout de suite prise d'affection pour ce petit personnage différent, un peu sombre. Elle semble souvent traîner avec elle une certaine tristesse et c'est Griotte qui remettra un peu de bonheur dans sa vie.
Cet auteur jeunesse est absolument merveilleux! C'est le second album que j'ai la chance de lire de lui et je suis tout simplement sous le charme. Ses histoires sont variées, magnifiques, les illustrations nous plongent carrément dans des univers merveilleux, différents, un peu sombres. Je suis enchantée par son travail, qui ne s'adresse pas qu'aux jeunes. Ses illustrations, son univers un peu sombre charmera nombre d'adultes. Un auteur à découvrir, assurément!
Un extrait:
"Les livres sont décidément bien plus intéressants que les enfants!"
18 octobre 2009
Les amants papillons
Benjamin Lacombe
Seuil Jeunesse
31 pages
Résumé:
Le jour de ses quatorze ans, Naoko, une jeune Japonaise, apprend qu'elle doit quitter son village natal pour l'immense ville de Kyoto. Son père a prévu qu'elle y complète son éducation pour devenir une 'jeune fille convenable'. Mais l'art de servir le thé, de jouer du luth ou de faire danser les éventails n'intéressent pas Naoko...
Mon commentaire:
Ce livre de Benjamin Lacombe est un magnifique album, pas seulement réservé aux enfants. D'ailleurs, je me demande si un jeune enfant saurait y apprécier et y déceler toutes les subtilités de cette véritable oeuvre d'art qui est un véritable enchantement pour les yeux. Le format de l'album est d'ailleurs beaucoup plus grand que ce à quoi nous avons l'habitude. Un grand format tout en longueur. Des illustrations magnifiques et un peu tristes, qui représentent bien l'amour, l'attente, la solitude, la tristesse.
Les amants papillons est une histoire d'amour tragique, dans le Japon où les mariages forcés sont encore de mise. Naoko est une jeune femme à l'esprit remplie de liberté, fonceuse, qui souhaite faire ses propres choix, dont celui d'épouser celui qu'elle aime et de faire des études littéraires, ce qui la passionne vraiment. L'histoire de Naoko est à la fois belle et tragique, triste et magnifique, rempli de poésie. Un album pas (que) pour les jeunes, qui se laisse regarder et lire comme un véritable enchantement!
C'est le premier album de Benjamin Lacombe que je lis et ce ne sera pas le dernier, même s'ils sont plus difficiles à trouver ici.
À découvrir.
15 octobre 2009
La route du thé et des fleurs
Robert Fortune
Petite bibliothèque Payot
205 pages
Résumé:
Rien ne prédisposait l'Écossais Robert Fortune (1813-1880), paisible botaniste, à une vie d'aventures. A la fin des années 1840, l'East India Company le fait quérir de toute urgence : il est le seul à pouvoir percer les secrets du thé chinois et de sa qualité exceptionnelle ; on attend donc de lui qu'il se fasse espion pour pénétrer en Chine, dérober les plans des meilleures variétés, étudier les techniques de préparation des feuilles. Fortune réussira : il ramènera pas moins de vingt mille pieds qui seront aussitôt plantés sur les contreforts de l'Himalaya puis à Ceylan. Ce qui fait le bonheur de son récit, outre les aventures en cascade, c'est la curiosité gourmande du voyageur rendu inconscient du danger par son émerveillement inépuisable devant les splendeurs qu'il découvre. Curiosité telle, d'ailleurs, qu'il n'aura qu'une envie au terme de sa mission retourner en Chine
Mon commentaire:
Robert Fortune est un brillant jeune botaniste lorsqu'on fait appel à lui pour infiltrer la Chine et se rendre dans les régions normalement inaccessibles aux étrangers. Déguisé en Mandarin, il prend la route avec quelques domestiques et des porteurs pour découvrir le secret du thé chinois. Il devra réussir à détourner l'attention qu'un étranger peut attirer, circuler aisément dans la Chine centrale, tout en ayant des manières conformes à ce qu'attendent les chinois entre eux. Le maniement des baguettes, les coutumes et la nourriture n'ont plus de secret pour lui. Au fil du temps et de son voyage, il récupère de nombreux plants de thés, de fleurs et d'arbustes en tout genre, il enverra également à la compagnie qui l'emploie, des quantitées de graines. Après avoir constaté qu'elles ne se rendent pas toujours en gardant une bonne qualité, il devra remédier à cette situation en trouvant un moyen de faire parvenir sa précieuse cargaison à bon port.
Ce livre de voyage est très intéressant puisqu'il nous plonge dans la Chine des années 1840, à travers le parcours d'un anglais fort habile à trouver ce qu'il veut. Son récit nous parle de son voyage, des différents arrêts en cours de route, des personnages rencontrés, des coutumes auxquelles il a dû se plier et de sa découverte du magnifique paysage ainsi que son travail pour rapporter des jeunes plants sains pour l'East India Compagny.
Seul bémol à ce très beau récit: l'impression d'une carte dans le volume, retraçant le périple de Robert Fortune aurait grandement été appréciée et aurait contribué au plaisir de la lecture en nous permettant de se faire une idée du voyage du botaniste. Un autre point à soulever: une note de l'éditeur en début de page nous indique qu'un récit partiel de ce texte avait déjà paru chez Hachette et que celui de Payot est le texte de l'édition originale parue chez John Murray en 1852. Toutefois on y indique que cette version ne comprend pas les chapitres techniques concernant la culture du thé et sa préparation. Je me demande à quel point ces chapitres sont importants et à quels points leur traduction aurait pu être intéressante... C'est un peu dommage que ces chapitres ne soient pas inclus dans ce volume.
Bref, La route du thé et des fleurs est un beau récite de voyage, que j'ai très apprécié faire et dont je lirai probablement la suite: Le vagabond des fleurs. À conseiller à tous ceux intéressés par le thé et aussi par la Chine.
Quelques extraits:
"Prenez les choses avec calme, et ne perdez jamais votre sang-froid. Telle doit être la devise de tout voyageur, mais surtout du voyageur en Chine." p.22
"Nos chaises étaient prêtes; nous ne nous fîmes pas dire deux fois de partir, et, un peu avant la nuit, nous arrivions à notre destination, au pied de la célèbre montagne de Sung-lo-shan, où le thé vert fut, dit-on, découvert jadis par un saint homme, fondateur d'un monastère qui subsiste encore en ces lieux et qui passe pour produire les thés les plus précieux du pays." p.59
"Le thé a toutes les vertus: cultive-le et il répandra généreusement ses bienfaits; bois-le et les esprits animaux s'en trouveront rafaillardis et magnifiés." p.155
12 octobre 2009
Le violon: à la découverte d'un instrument
Barrie Carson Turner
Éditions Gautier-Languereau
48 pages
Résumé:
Un livre passionnant pour ceux que le violon fascine, mais aussi une véritable source d'information pour tous les jeunes musiciens, débutants ou initiés.
Mon commentaire:
Ce livre, classé jeunesse mais s'adressant plutôt à tous, est un magnifique ouvrage carré, coloré, accompagné d'un cd de musique. Il nous offre tout d'abord un aperçu de l'instrument en abordant la famille des violons et des instruments à cordes, les ensembles instrumentaux, la fabrication d'un violon, l'histoire de l'instrument en passant des luthiers aux interprètes.
La seconde partie du livre peut être accompagnée par le cd, qui contient douze pièces. Chacune d'entre elles est liée à son compositeur. Le livre nous offre donc une capsule "sur le cd" par compositeur, avec des informations sur la pièce que nous allons entendre. Une courte biographie du compositeur, des reproductions d'oeuvres, de partitions et de portraits complètent chaque page. Nous suivons donc le parcours de Vivaldi, Bach, Tartini, Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Saint-Saëns, Tchaïkovski et Dvořák. À la toute fin, nous avons droit à un tour d'horizon des plus grands interprètes d'hier et d'aujourd'hui.
C'est un volume très intéressant pour quiconque souhaite s'initier au violon, en apprendre plus sur cet instrument et s'offrir également la musique. Le cd est de qualité et le choix des pièces, plutôt judicieux. J'aurais aimé retrouver plus de violonistes connus dans la section des interprètes (comme Angèle Dubeau par exemple), mais le livre se contente de survoler les biographies. C'est toutefois un très bel ouvrage, agréable à feuilleter pour s'initier. Il s'adresse aux jeunes et aux adultes.
09 octobre 2009
Le sport vu par Schouster
Hélène Vachon
Série Les carnets de Schouster -3
Foulire
92 pages
Résumé:
Que dois-je privilégier, le corps ou l’esprit?... Pourquoi pratiquer un sport?... Quel sport pratiquer?... Quel genre de sportif suis-je?... Autant de questions existentielles épineuses auxquelles Schouster répond sans ambages, y prenant même un certain malin plaisir.
Mon commentaire:
Après le carnet 1 que j'avais beaucoup aimé et le carnet 2, quelque peu dans la même veine, voici le troisième carnet de Schouster, cet hybride philosophe, qui écrit des carnets humoristiques sur les choses essentielles de la vie. Dans ce nouveau carnet, Schouster nous parle du sport. L'auteur tente de répondre à différentes questions autour du sport: la différence entre le corps et l'esprit, quel sport choisir?, pourquoi faire du sport?, quel sportif est-on?
Ce carnet (qui comme les deux autres en a aussi le format) est dans le même style que les précédents. C'est un essai en quelque sorte sur le monde du sport, surtout en lien avec le corps humain et l'esprit sportif, en philosophie et en humour. J'aime beaucoup, comme d'habitude! L'auteur a un humour particulier, qui me plaît. Il est aussi intéressant de lire les livres dans l'ordre, puisque certaines blagues reviennent d'un carnet à l'autre. Vivement le prochain!
Un extrait:
"L'aspirant sportif est doué d'un sens inné du sacrifice. C'est un obsessif en quête d'absolu, manie qui se traduit par une profonde aversion pour le vide. Chaque minute non consacrée à l'exercice est une minute perdue. En hiver, l'aspirant fait du ski, du patin, de la raquette, de la motoneige, de la planche à neige; en été, il fait du ski nautique, du patin à roues alignées, du vélo, de la moto, de la course à pied, de la natation, de la plongée sous-marine... En automne, il attend l'hiver, aiguise ses skis, cire ses patins, lubrifie ses raquettes et farte sa motoneige; au printemps, il attend l'été, nettoie sa piscine, dort dans sa piscine, fait du vélo dans sa piscine, s'achète de nouvelles palmes et débouche son tuba." p.47
08 octobre 2009
Mon papa ne pue pas!
Andrée Poulin, illustré par Jean Morin
Isatis
24 pages
Résumé:
Dans la classe de Madame Montjoie, chaque élève présente le métier de son papa. Quand Margot annonce que son papa est éboueur, plusieurs enfants se mettent à rire. À la récréation, les garçons la taquinent: "Ton père sent le fromage moisi...", "Ton père sent le poisson pourri...". Margot a beau répéter que son papa ne pue pas, personne ne l'écoute.
Mon commentaire:
Ce joli petit album présente une thématique d'intérêt: les préjugés et les moqueries des enfants entre eux. C'est aussi l'occasion d'aborder les différents métiers et de comprendre que chaque métier est utile et apporte beaucoup, même si on croit qu'ils ne sont pas honorables. Dans cette histoire, le père de Margot trouve une belle idée afin d'aider sa fille à se sentir mieux face à son métier et à faire comprendre aux enfants qu'il est essentiel.
L'album est amusant, avec une bonne dose d'humour. Les illustrations sont colorées, vivantes et expressives. Il est matière à discussion avec les enfants, que ce soit autour du bricolage, du recyclage, du respect et des différents métiers.
À découvrir. À partir de 4 ans.
Un extrait:
"- Eugène Poubelle a demandé aux gens de mettre leurs ordures dans des boîtes avec des couvercles. La ville est devenue plus propre et le choléra a disparu.
Margot murmure à l'oreille de Manuel: -Si mon père ne ramassait pas tes déchets, tu mourrais du choléra et ce serait bon débarras. "
En complément:
L'auteur, fort sympathique, a son site web et son propre blogue. Le tout accessible ici.
06 octobre 2009
Pourquoi les chiens reniflent-ils les derrières?
Dawn McMillan et Bert Signal, illustré par Ross Kinnaird
Éditions Les 400 coups
32 pages
Résumé:
Tout a commencé, il y a bien longtemps, un jour où l'on donnait un grand concert canin dans un théâtre du quartier. Tous les chiens étaient conviés à cet événement et l'on venait de très loin pour y assister. Le portier était bien sévère et ne laissait que passer les chiens ayant une tenue impeccable, les dents étincelantes de blancheur et qui ne portaient pas de derrière. C'est comme ça que le premier vestiaire de derrières fut créé...
Mon commentaire:
Ce livre carré au titre humoristique, propose une réponse loufoque et l'occasion d'une histoire pleine d'humour à la question "mais pourquoi donc les chiens reniflent-ils toujours les derrières"? Les chiens se reniflent toujours entre eux et parfois, ils nous reniflent nous, les humains! Mais pourquoi?
"Eh bien! on sait comment ç'a commencé. Il y a longtemps, il s'est passé quelque chose à un concert canin..."
Et ce "quelque chose" est assez amusant! L'album ne donne pas véritablement de réponse mais offre plutôt l'occasion d'une bonne histoire et d'une hypothèse imaginaire. Les dessins sont amusants et feront rigoler les plus jeunes. La quatrième de couverture a la particularité de n'offrir aucun résumé et propose une mini-biographie des auteurs. À noter que Bert Signal est décédé avant la parution de cet album. Dawn McMillan lui offre un petit hommage en page d'accueil.
Pourquoi les chiens reniflent-ils les derrières? est un album qui offre des sourires et une histoire ludique. Un bon moment de lecture pour qui aime les chiens... et les histoires loufoques! L'album en plus, est bien joli, un carré cartonné, des couleurs franches sur fond pastel. J'adore!






