06 mars 2006
La musique d'une vie
La musique d'une vie - Andreï Makine
Seuil, 144 pages
Résumé:
Le premier concert du jeune pianiste Alexeï Berg est annoncé pour le 24 mai 1941. C'est un événement magique qui se prépare - la porte ouverte à de nouvelles fréquentations parmi la jeunesse dorée de Moscou, la fin des années de terreur, la puissance d'évasion de la musique, la célébrité... Or, non seulement ce concert n'aura pas lieu, mais Alexeï va devoir fuir de plus en plus loin. Sa vie se jouera désormais sur une partition différente, marquée par l'amour sans nom, par la familiarité avec la mort, par la découverte de la dignité des vaincus.
Mon opinion:
Je dois l'avouer: j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire au début du livre. Cependant ça n'a pas duré: l'écriture de Andreï Makine est douce, savoureuse, poétique. J'ai beaucoup aimé sa façon de raconter, la musicalité des mots sur un fond qu'on sent difficile, souffrant. La musique d'une vie est remplie de musique, tant dans son sujet que dans les mots pour la raconter. C'est une histoire remplie aussi de tristesse, une tranche de vie difficile, mais où semble quand même pointer au loin, un peu d'espoir, une sorte de résignation à la vie. J'ai été agréablement surprise d'aimer autant ce roman. Je regrette seulement de ne pas m'y connaître plus sur l'histoire de la Russie pour pouvoir être en mesure d'apprécier à sa juste valeur, toutes les subtilités du récit. Je crois que c'est un roman à lire et relire à différent stade de notre vie car son histoire parlera alors au lecteur, différemment. J'ai bien envie de découvrir d'autres romans d'Andreï Makine, juste pour savourer à nouveau ses mots.
Un extrait:
"Je regarde ma montre: trois heures et demie. Plus que l'heure et le lieu où naît cette musique, c'est son détachement qui me surprend. Elle rend parfaitement inutile ma colère philosophique d'il y a quelques minutes. Sa beauté n'invite pas à fuir l'odeur des conserves et de l'alcool qui stagne au-dessus de l'amoncellement des dormeurs. Elle marque tout simplement une frontière, esquisse un autre ordre des choses. Tout s'éclaire soudain d'une vérité qui se passe de mots: cette nuit égarée dans un néant de neige, une centaine de passagers recroquevillés - chacun paraissant souffler tout doucement sur l'étincelle fragile de sa vie -, cette gare aux quais disparus, et ces notes qui s'instillent comme des instants d'une nuit tout autre."
p.23 (ma version diffère de celle illustrée)
9/10
Commentaires
Un agréable petit livre
Allie, le seul défaut de ce roman est qu'il est trop court. Je dois cependant avouer que les dix premières pages (une sorte d'essai) annoncent mal le récit qui va suivre.
trop court et décrochant
J'ai trouvé ça aussi... trop court et le début est assez "décrochant" si on ne pousse pas plus loin la lecture. Sommes toutes, un excellent livre. Un auteur à relire!
Vive Andreï Makine!
C'est un de mes auteurs favoris. J'ai lu tous ses livres et j'attends les suivants avec impatience. Les meilleurs, à mon avis : "Au temps du fleuve amour" et "Le testament français", tous les deux dans la même veine : enfance en Sibérie et quête des origines. Et aussi : "La fille d'un héros de l'Union Soviétique" et "Confessions d'un porte drapeau déchu" : les désillusions des héros de l'URSS. (Rien que de l'écrire,ça me donne envie de les relire). J'ai été moins emballée par ses livres plus récents (dont "La musique d'une vie"). Je les ai parfois trouvés moins aboutis. je me suis demandé s'il n'était pas un peu pressé par son éditeur.
Agnès: alors si tu as été moins emballée par "La musique d'une vie" et que j'ai adoré, je pense que je devrais lire ses autres romans! Je note les titres et je tenterai de lire tout ça prochainement! :D Merci à toi!
Merci du partage
Bonjour,
Votre titre de site m'a accroché.Bravo pour votre travaille et surtout merci de me faire connaître AndréÏ Makine.
Je mettrai votre site dans le miens d'ici quelque jours
Félicitation
Merci Françoise! J'espère que vous aimerez Makine :) J'ai bien envie de lire d'autres livres de cet auteur! Je vais jeter un oeil à votre site de ce pas!
Allie, je laisse des commentaires sur des critiques que tu as deposees il y a des mois de cela... mais je navigue dans ton blog petit a petit et ne peux m'empecher de donner mon avis sur les livres que j'ai aimes...
Andrei Makine est un de mes (nombreux) auteurs preferes. "La musique d'une vie" m'a laisse un souvenir emu et je l'ai beaucoup offert.
Puisque tu as aime aussi, je te conseille "le Testament Francais" et "Requiem pour l'Est". Les auteurs Russes ont ce petit qq chose de nostalgique dans leur facon d'ecrire, je trouve ca tres beau et emouvant.
J'ai moins accroche avec "La Femme qui Attendait", mais je sais qu'il a eu bcp de succes lui aussi.
Dilinette: est c'est bien parfait comme ça! Ça fait (re)vivre certains livres :)
Comme toi, j'aime beaucoup les auteurs Russes. Je n'en lis pas suffisamment. J'aimerais éventuellement découvrir un peu plus l'univers de Makine :)
Je viens de lire ce roman et j'ai, moi aussi, beaucoup aimé. Cet auteur a vraiment une plume agréable! Je retenterai certainement de lire autre chose de lui un jour!
Karine: idem pour moi!
le Concerto d'une vie...
...et Makine , comme beaucoup d'auteurs russes, sait toucher la corde sensible , avec des mots simples, et marcher dans la vie comme vers le destin marche le soldat russe, s'abandonnant tel l'homme dans le désert à la providence, parfois prenant l'initiative et provocant une catastrophe libératrice et salutaire. On retrouve ce ton chez Boulgakov, mais davantage chez des écrivains moins connus comme Evguéni Zamiatine ( je te recommande l'extraordinaire petit livre de nouvelles intitulé "Le Pêcheur d'Hommes"), où l'âme russe - qui est vraiment une réalité dans le sens de la sensibilité qui explose dans le corps de l'homme le plus insignifiant ou le plus humble - mais aussi une forme d'énergie qui prend les commandes dans les situations les plus dramatiques.
D'autres romans comme "La femme qui attendait" sont plus psychologiques, plus "européens" dans le deroulement de l'intrigue.Ce qui reste profondement russe, c'est finalement les comportements.
Même son roman "le crime d'Olga Arbelina" -qui se déroule en France- reste russe dans sa pensée, plus que dans l'argument, melting-pot d'inspirations diverses qu'il a certainement glanées en occident, son heroïne étant aussi complexe que l'était Marina Tsvetaeva, poétesse dont la biographie nous a été restituée par le grand Henri Troyat, autre russe (de son vrai nom Lev Tarassov) qui écrivait en français également.
Il reste que "la Musique d'une Vie" est le roman de Makine que je préfère .
Jess: heureuse de savoir que "La musique d'une Vie" vous a plu à ce point! J'ai toutefois bien envie un de ces jours de découvrir les autres écrits de cet auteur...









