La bibliothèque d'Allie

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28 mars 2006

L'attrape-coeurs

attrape_coeursL'attrape-coeurs - Jerome David Salinger

Pocket, 252 pages

Résumé:

"Phénomène littéraire sans équivalent depuis les années 50, J.D. Salinger reste le plus mystérieux des écrivains contemporains, et son chef-d'oeuvre, L'attrape-coeurs, roman de l'adolescence le plus lu du monde entier, est l'histoire d'une fugue, celle d'un garçon de la bourgeoisie new-yorkaise chassé de son collège trois jours avant Noël, qui n'ose pas rentrer chez lui et affronter ses parents. Trois jours de vagabondage et d'aventures cocasses, sordides ou émouvantes, d'incertitude et d'anxiété, à la recherche de soi-même et des autres. L'histoire éternelle d'un gosse perdu qui cherche des raisons de vivre dans un monde hostile et corrompu."

Mon opinion:

L'attrape-coeurs est un roman-culte à travers le monde depuis sa parution. L'histoire, racontée par le personnage principal a sur toucher beaucoup de lecteurs. Dès l'instant où on "accepte" cette écriture dite "populaire" et qu'on l'utilise comme élément d'atmosphère du roman, soit le récit d'un adolescent, le livre devient très intéressant! Il ne raconte en fait presque rien, quelques jours dans la vie de Holden, qui vient de se faire expulser de son collège et qui ne veut pas rentrer chez lui tout de suite pour retarder la colère de ses parents. C'est tout. Holden nous racontera ce qu'il fait pendant ces quelques jours. Et c'est là que le roman est intéressant. On croirait lire le récit d'un vrai adolescent. Il s'agit en quelque sorte d'un roman d'apprentissage, de découvertes et le lecteur vit aux côté de Holden, tous ces choix, ces découvertes. J'ai beaucoup aimé ma lecture. Je me promets de lire à nouveau Salinger (j'ai entre autre noté ses Nouvelles) car L'attrape-coeurs et un très bon roman, qui mérite selon moi la réputation qu'il s'est forgé à travers les années.

Quelques extraits:

"Mon rêve, c'est un livre qu'on arrive pas à lâcher et quand on l'a fini on voudrait que l'auteur soit un copain, un super-copain et on lui téléphonerait chaque fois qu'on en aurait envie. Mais ça n'arrive pas souvent."
p.30

"Mes parents, eux, ils ont les oreilles comme celles d'un chien limier. Ma mère, c'est-à-dire. Donc j'ai fais très attention en passant devant leur porte. Bon Dieu, j'ai même retenu mon souffle. Mon père on lui casserait une chaise sur le crâne sans qu'il se réveille mais ma mère il suffit qu'un de nous se mette à tousser quelque part en Sibérie et elle entend."
p.192

9/10

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26 mars 2006

Mes meilleures amies

mes_meilleures_amiesMes meilleures amies - Alice Hoffman

L'Archipel, 205 pages

Résumé:

"L'une des choses que j'ai apprises, c'est que les événements les plus étranges peuvent se produire. A tout moment. Aujourd'hui, par exemple, le chat de Jill, ma meilleure amie, a parlé. Nous préparions des brownies dans la cuisine lorsque nous l'avons entendu dire : "Je veux sortir." Eh bien ! Nous nous sommes précipitées vers la porte de derrière et nous avons fait exactement ce qu'il nous demandait. Nous avons assisté à un miracle et, maintenant, nous attendons qu'il s'en produise d'autres. "Ainsi commence le journal intime tenu par Gretel Samuelson à un moment crucial de sa jeune existence : le divorce de ses parents. Drolatique, émouvant, Mes meilleures amies raconte, dans une tonalité douce amère, l'éveil d'une adolescente au monde des adultes."

Mon opinion:

J'ai abordé ce livre comme un roman, alors que ce n'en ai pas tout à fait un. Il se rapproche en fait du recueil de nouvelles, car chaque chapitre a une fin en soi. Cependant, chaque "nouvelle" parle des mêmes personnages et on voit leur évolution dans le temps. Le livre est construit comme des petites histoires qui racontent en fait quelques tranches de vie ou d'anecdotes de Gretel Samuelson, une jeune adolescente (au début du livre) qui devient tranquilement une jeune adulte (à la fin). Le sort semble s'acharner sur la famille Samuelson. La vie de Gretel est douce amère, difficile, parfois tragique. Ce n'est donc pas un petit livre particulièrement réjouissant mais qui laisse tout de même un peu d'espoir... Malgré tout, ça se lit bien, c'est assez court. J'ai tout de même préférer Le roi du fleuve du même auteur. Toutefois, Alice Hoffman a une écriture intéressante et je la relirai sans aucun doute. Après deux livres, c'est concluant!

Quelques extraits:

"La chance peut mettre une éternité pour vous atteindre, mais le chagrin, lorsque son heure arrive, est aussi rapide qu'un coup de fusil."
p.131 (mon édition diffère de celle illustrée)

"D'accord, elle croyait peut-être aux injustices du destin, à la vieille théorie de la fourmillière: les êtres humains ont des chances tout à fait égales de se retrouver écrasés sous le pas insouciant du destin."
p.177

7/10

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23 mars 2006

Balades irlandaises

balades_irlandaisesBalades irlandaises - Collectif

France Loisirs, 144 pages

Résumé:

"C'est bien connu, les filles d'Irlande ont une sainte horreur qu'on leur marche sur les pieds ! Elles n'hésitent pas à parcourir la moitié du monde pour tomber amoureuses, à faire retapisser leur maison en rose sans en parler à leur mari, ou à le planter là pour partir en week-end entre copines !
Laissez-vous entraîner par ces quatre nouvelles fraîches et enlevées dans une sympathique escapade chez nos voisines les Irlandaises."

Mon opinion:

Ce recueil comprends quatre nouvelles d'auteurs irlandaises. Mais ne vous trompez pas: les auteurs ne nous amènent pas vraiment en voyage. Le titre est mal choisi car il laisse croire à de "vraies" balades en Irlande, des descriptions Irlandaises ou du moins, l'atmosphère de ce pays. Il n'en est rien. Il s'agit plutôt d'une recueil "de filles" ou "chick litt" si on veut. Les nouvelles sont assez variées.
La première, Thelma, Louise... et les Apollons de Cathy Kelly, est une sorte de nouvelle dans la même veine que les romans de Isabel Wolff: une histoire d'amour romantique. Elle est assez bien réussie malgré sa légèreté.
La seconde nouvelle, Le Vingt-huitième jour, de Catherine Barry, est ma préférée. Elle raconte une journée de SPM d'une femme et ma foi, elle m'a fait vraiment rire. Les réflexions de la femme s'enchaînent d'un ton cassant. J'ai bien aimé!
La troisième nouvelle, de Marisa Mackle s'intitule Week-end entre filles. Elle m'a un peu ennuyée. L'histoire est assez clichée et longue pour rien. On traîne dans les bars avec les filles et on a hâte de passer à autre chose.
La dernière nouvelle, Un homme de terrain, de Tina Reilly, est ironique et sarcastique. Avec la seconde, je crois que c'est une de celles qui est le mieux réussie. La fin est moins clichée ou prévisible que les autres.
Bref, en général Balades irlandaises est un petit recueil léger, qui se lit rapidement et qui change de lectures plus sérieuses. Donc, bien en vacances ou pour passer un bon moment.

Quelques extraits:

"Becky empoignait la vie à la gorge et la secouait; j'étais le genre de femme qui demandait poliment à la vie si ça ne la dérangeait pas que je respire."
p.12

"Rien qu'au visage de Michael, je sais qu'il est conscient que c'est le jour J. Je ne peux pas supporter sa vue. Sa seule présence me dérange. Je hais cette façon qu'il a d'émettre ces petits grognements. Il a l'air gros et vieux et je suis incapable de me rappeler la plus petite chose gentille à son sujet. En fait, je ne me rappelle même pas pourquoi je l'ai épousé. Regardez dans quel état il est. Content de lui-même. Quelle grosse truffe. Il est heureux. Il a un sacré culot. Il n'a pas le droit d'être heureux quand moi je me sens comme de la crotte de chien."
p.55

"Le point culminant de la journée sera une conversation par-dessus le mur avec la voisine, Mme Buckett. Celle dont la maison a l'air si parfaite que je suis sûre que des petits elfes viennent y faire le ménage pendant la nuit. [...] Cette femme me sidère. La maison est un palais, une véritable oeuvre d'art mais elle, elle ressemble à une chose qui vient de sortir en rampant d'une benne à ordures. Elle n'a aucun goût pour s'habiller ni aucune base en matière d'hygiène personnelle. Aucune femme n'a besoin de porter une barbe de plusieurs jours et de se balader en sentant le désodorisant pour cages d'animaux."
p.57

7/10

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22 mars 2006

Imaginaires

imaginairesImaginaires - Jacques Prévert

Folio, 113 pages

Résumé:

"Biothéologie. En favorisant le croisement d'une souris d'autel avec un rat d'église, saint Sulpice créa le rat d'art, fort habile à dénicher les chefs d'oeuvre pie et le premier à vulgariser l'art des icônes ou Pope Art."

Mon opinion:

Ne vous fiez pas à la quatrième de couverture qui, mise hors de son contexte ne signifie pas grand chose. On se demande d'ailleurs ce qu'on trouvera dans ce livre. Jacques Prévert a été dialoguiste et scénariste pour plus d'une cinquantaine de films. On lui doit d'ailleurs son travail sur le dessin animé Le Roi et l'Oiseau, qui a bercé mon enfance. Dans Imaginaires, point de Roi ni d'oiseau. Mais plutôt des collages. Collages de mots, collages d'images, le livre sur papier glacé (oui, oui, dans la collection Folio) est rempli de textes qui ne sont ni des poèmes, ni des nouvelles. Des petites histoires, parfois des bouts de dialogues, souvent qui font sourire ou s'appuient sur différents jeux de mots. Il faut d'ailleurs parfois relire deux ou trois fois certains bouts pour être en mesure d'en apprécier pleinement le travail de Prévert. C'est frais, c'est agréable, pour quiconque aiment les jeux de mots. Le livre est d'ailleurs agrémenté de collages qui font référence aux petits bouts de texte, qui en rappellent certains aspect. La plupart des collages sont ma foi, fort bien réussis. Bref, un petit livre étonnant, que je relirai à l'occasion.

Quelques extraits:

"Vous qui appelez terre la terre de la Terre, appelez-vous lune la lune de la Lune?"
p.52

"La nuit, quand la maison s'ennuie, la porte s'entrebâille et vient le colporteur d'images avec la lanterne des rêves.
Ou des cauchemars."

p.76

9/10

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La fille du directeur de cirque

fille_directeur_cirqueLa fille du directeur de cirque - Jostein Gaarder

Seuil, 267 pages

Résumé:

"Petter, surnommé l'araignée, invente des histoires pour les romanciers en panne d'inspiration. Il devient riche et puissant, donc gênant.
La Fille du directeur de cirque, c'est l'histoire de quelqu'un (l'auteur du Monde de Sophie, Jostein Gaarder) qui raconte à quelqu'un (le lecteur) l'histoire de quelqu'un (l'araignée), racontant une histoire à quelqu'un (X, l'écrivain), lequel la re-reraconte à quelqu'un (le lecteur fictionnel). Mais qui veut donc éliminer l'araignée ? "

Mon opinion:

Il y a quelques années, j'ai tenté de lire Le monde de Sophie du même auteur. Je n'ai jamais réussis à dépasser la moitié. C'est avec réticence que j'ai tenté cet autre roman de Gaardner qui me semblait assez intéressant. J'ai faillit abandonner à la moitié, encore une fois. Cependant, je l'ai terminé. La première partie du roman, où le personnage principal raconte son enfance, m'a plutôt ennuyée. Oui, cette section est plutôt essentielle pour en venir au fait principal, elle permet de comprendre un peu plus le personnage, mais le ton du narrateur m'agaçait. Froid, distant, très centré sur lui-même, j'ai souvent eu envie de refermer le livre. J'ai aussi noté plusieurs répétitions dont je me serais bien passée. Finallement, la seconde partie est plus intéressante, puisqu'elle nous raconte le "travail" de Petter, ses clients, sa façon de fonctionner. Ici et là dans le récit, le lecteur a droit à des synopsis des histoires créées par Petter (histoires bien intéressantes et qui m'auraient pour la plupart captivées si elles étaient transposées sous forme de roman). Ces synopsis sont parfois plus intéressants que le roman de Gaarder lui-même! La fille du directeur de cirque n'est pas nécessairement un mauvais roman. L'idée principale de l'aide-écrivain m'a bien plue, mais après deux livres de Jostein Gaarder, je pense que son écriture n'est pas vraiment pour moi. Ça ne me touche pas et j'y retrouve une sorte de froideur, que j'ai du mal à décrire, mais qui m'ennuie souvent. Les divagations du narrateur m'ont fait sauter quelques pages, ici et là. Cependant, je reconnais que certains passages sont de vraies petites perles, que j'ai relus avec plaisir et qu'il y a matière à réflexion dans plusieurs passages du roman.

Quelques extraits:

"En période de floraison littéraire, les écrivains emploient beaucoup de leur force spirituelle à démontrer que d'autres écrivains ne tiennent pas la route. À la fin des années soixante-dix, la place commençait à manquer dans les écuries d'écrivains, or lorsque les stalles deviennent exiguës, les animaux se mettent à mordre. Quand des agriculteurs produisent trop de beurre ou de blé, ils se débarrassent de l'excédent. Quand des écrivains produisent trop de textes, ils se débarrassent les uns des autres."
p.161

"Nous appartenons à une espèce verbeuse. Nous produisons plus de culture que nous ne pouvons en consommer."
p.161

6/10

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18 mars 2006

Scrapbook

scrapbookScrapbook - Nadine Bismuth

Boréal, 400 pages

Résumé:

"Tous les jeudis, Léonie, la soeur d’Annie Brière, vient prendre sa douche chez celle-ci, parce qu’elle revient d’un rendez-vous clandestin avec son amant. Pourtant, Léonie forme un couple avec Guillaume depuis plusieurs années.
Un couple. Mais qu’est-ce que cela veut dire, au juste ? Bernard Samson, le professeur de création littéraire d’Annie Brière, n’a-t-il pas, pendant plus de dix ans, partagé sa vie entre deux femmes ? Annie Brière sait tout cela, parce que les romans qu’écrit Bernard Samson sont basés sur sa propre vie. (Ah ! Cette manie qu’ont les écrivains de raconter leur vie dans leurs oeuvres !)
Mais la question du couple reste théorique pour Annie Brière, jusqu’au moment où, aux éditions Duffroy qui publient son premier roman, elle fait la connaissance de Laurent Viau, correcteur d’épreuves de son métier. Laurent Viau n’est pas insensible au charme d’Annie Brière, et une idylle se noue. Mais, après une nuit de passion, Annie apprend que Laurent Viau, s’il ne porte pas d’anneau à la main gauche, n’est pas pour autant célibataire. Elle devra donc trouver de façon urgente ce que signifie, pour elle, l’engagement amoureux. Devenue joueuse compulsive de Tetris, convertie aux vertus curatives de Leonard Cohen et de Jay-Jay Johanson, du lac Champlain jusqu’à Paris, en passant par les cocktails littéraires de la maison Duffroy au Ritz-Carlton, y arrivera-t-elle ?"

Mon opinion:

J'ai tendance à éviter tout nouveau livre dont tout le monde parle. Souvent, je suis déçue. Si je choisis de le lire, c'est que je l'ai lu avant qu'il soit populaire ou plusieurs mois voire années après sa sortie. Pour Scrapbook, qui porte très bien son titre d'ailleurs, j'ai été assez surprise et j'ai beaucoup aimé l'écriture de Nadine Bismuth. C'est drôle, frais, on passe un bon moment de lecture et surtout, l'auteur parle beaucoup de tout ce qui entoure les maisons d'édition, la parution d'un premier roman, les cocktails, la vie d'une auteur d'un premier livre, et ça m'a beaucoup intéressée. J'ai souris souvent, je me suis laissée portée par les personnages, c'est un bon premier roman. Nadine Bismuth est aussi l'auteur d'un recueil de nouvelles également Les gens fidèles ne font pas les nouvelles que je compte bien lire. Scrapbook est une sorte de collage de tout ce qui se passe dans la vie, des moments de bonheur aux moments plus tristes ou désespérant. C'est léger mais sans l'être. Bref, l'auteur a une plume agréable et ça fait du bien parfois, de se laisser porter par ce type d'histoire. À découvrir, si vous ne la connaissez pas, le roman en vaut la peine.

9/10

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15 mars 2006

La peste

pesteLa peste - Albert Camus

Folio, 278 pages

Résumé:

"-Naturellement vous savez ce que c'est, Rieux?
-J'attends le résultat des analyses.
-Moi je le sais. Et je n'ai pas besoin d'analyses. J'ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j'ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d'années. Seulement, on n'a pas osé leur donner un nom, sur le moment... Et puis, comme disais un confrère: "C'est impossible, tout le monde sait qu'elle a disparu de l'Occident." Oui, tout le monde le savait, sauf les morts. Allons, Rieux, vous savez aussi bien que moi ce que c'est...
-Oui, Castel, dit-il, c'est à peine croyable. Mais il semble bien que ce soit la peste."

Mon opinion:

La peste est un roman touchant, fort, qui parle moins de la maladie en question que de la façon dont elle est vécue par la population et des sentiments qu'elle fait naître. La colère, la tristesse, les deuils, l'incompréhension, l'impression d'être pris en otage. Une ville assiégée, non par la guerre, mais par la maladie. Une ville qu'on place en quarantaine, et les gens doivent y évoluer tant bien que mal avec tout ce que cela comporte. Parfois aussi, l'amour et l'amitié. La force de l'être humain. Albert Camus décrit avec beaucoup de détails les conséquence de la peste, sur la ville, sur les gens, sur la vie de tous les jours qui est totalement chamboulée. Peu de femmes dans ce récit, elles sont pour la plupart loin de leurs familles ou victimes de la peste. Camus décrit si bien l'atmosphère de la ville, qu'on a l'impression d'étouffer dans cette ville recluse et fermée, on a l'impression d'y être, de vivre à travers les personnages et je crois que c'est ce qui donne au récit l'impression d'un fait réel. C'est d'ailleurs probablement l'épidémie de typhus des années 1940 en Algérie qui inspira l'auteur pour ce roman. Bref La peste, c'est un très bon livre, c'est intéressant, troublant, ça vaut la peine de redécouvrir ce classique. À noter qu'il existe dans la collection Foliothèque, un commentaire de cette oeuvre, assorti de témoignages et documents divers.

Quelques extraits:

"Oran [est une] ville tout à fait moderne. Il n'est pas nécessaire, en conséquence, de préciser la façon dont on s'aime chez nous. Les hommes et les femmes, ou bien se dévorent rapidement dans ce qu'on appelle l'acte d'amour, ou bien s'engagent dans une longue habitude à deux. Entre ces extrêmes, il n'y a pas souvent de milieu. Cela non plus n'est pas original. À Oran comme ailleurs, faute de temps et de réflexion, on est bien obligé de s'aimer sans le savoir."
p.12 (ma version diffère de celle illustrée)

"Mais lui, Rieux, qu'avait-il gagné? Il avait seulement gagné d'avoir connu la peste et de s'en souvenir, d'avoir connu l'amitié et de s'en souvenir, de connaître la tendresse et de devoir un jour s'en souvenir. Tout ce que l'homme pouvait gagner au jeu de la peste et de la vie, c'était la connaissance et la mémoire."
p.263

9/10

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09 mars 2006

Dansons autour du chaudron

dansons_autour_du_chaudronDansons autour du chaudron: les sorcières dans la littérature - Collectif

Folio 2€, 137 pages

Résumé:

"Savez-vous comment reconnaître une sorcière ? Car toutes n'ont pas un nez crochu, un chat noir et un balai... Certaines sont d'une beauté envoûtante, d'autres sont des personnes si ordinaires que vous pouvez les croiser tous les jours sans vous douter de rien. De nombreux écrivains, de Marcel Aymé à John Updike et de Maupassant à Roald Dahl, se sont laissé ensorceler. Venez danser la sarabande infernale des sorcières en compagnie des plus grands écrivains! "

Mon opinion:

En attaquant ce petit livre, je m'attendais à trouver un recueil de nouvelles de divers auteurs. Il s'agit en fait d'un collage d'extraits de romans qui parlent de sorcières ou ont un passage qui en fait allusion. Certains extraits m'ont un peu ennuyée, surtout lorsqu'ils sont sortis de leur contexte, on ne se laisse pas autant entraîner par le (très) court récit. D'autres extraits m'ont donnés envie de découvrir certains livres ou auteur, comme ceux de Roald Dahl, Marcel Aymé, John Updike ou Maryse Condé (d'où la note que j'accorde au livre). Autant certains textes m'ont beaucoup déçue, autant j'en ai aimé d'autres, qui m'ont donné envie d'acheter les livres originaux. Cependant, le plaisir de la lecture est plus ou moins là. Comme les textes présentés sont des extraits, on ne peut les lire comme des nouvelles. On commence "l'histoire" en plein milieu de quelque chose et on termine sans qu'il y ait vraiment de fin. Je place quand même ce livre dans les nouvelles, puisque le style s'en rapproche même s'il n'en a pas nécessairement les qualités.

6.5/10

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06 mars 2006

La musique d'une vie

musique_dune_vieLa musique d'une vie - Andreï Makine

Seuil, 144 pages

Résumé:

Le premier concert du jeune pianiste Alexeï Berg est annoncé pour le 24 mai 1941. C'est un événement magique qui se prépare - la porte ouverte à de nouvelles fréquentations parmi la jeunesse dorée de Moscou, la fin des années de terreur, la puissance d'évasion de la musique, la célébrité... Or, non seulement ce concert n'aura pas lieu, mais Alexeï va devoir fuir de plus en plus loin. Sa vie se jouera désormais sur une partition différente, marquée par l'amour sans nom, par la familiarité avec la mort, par la découverte de la dignité des vaincus.

Mon opinion:

Je dois l'avouer: j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire au début du livre. Cependant ça n'a pas duré: l'écriture de Andreï Makine est douce, savoureuse, poétique. J'ai beaucoup aimé sa façon de raconter, la musicalité des mots sur un fond qu'on sent difficile, souffrant. La musique d'une vie est remplie de musique, tant dans son sujet que dans les mots pour la raconter. C'est une histoire remplie aussi de tristesse, une tranche de vie difficile, mais où semble quand même pointer au loin, un peu d'espoir, une sorte de résignation à la vie. J'ai été agréablement surprise d'aimer autant ce roman. Je regrette seulement de ne pas m'y connaître plus sur l'histoire de la Russie pour pouvoir être en mesure d'apprécier à sa juste valeur, toutes les subtilités du récit. Je crois que c'est un roman à lire et relire à différent stade de notre vie car son histoire parlera alors au lecteur, différemment. J'ai bien envie de découvrir d'autres romans d'Andreï Makine, juste pour savourer à nouveau ses mots.

Un extrait:

"Je regarde ma montre: trois heures et demie. Plus que l'heure et le lieu où naît cette musique, c'est son détachement qui me surprend. Elle rend parfaitement inutile ma colère philosophique d'il y a quelques minutes. Sa beauté n'invite pas à fuir l'odeur des conserves et de l'alcool qui stagne au-dessus de l'amoncellement des dormeurs. Elle marque tout simplement une frontière, esquisse un autre ordre des choses. Tout s'éclaire soudain d'une vérité qui se passe de mots: cette nuit égarée dans un néant de neige, une centaine de passagers recroquevillés - chacun paraissant souffler tout doucement sur l'étincelle fragile de sa vie -, cette gare aux quais disparus, et ces notes qui s'instillent comme des instants d'une nuit tout autre."
p.23 (ma version diffère de celle illustrée)

9/10

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02 mars 2006

Un été prodigue

ete_prodigueUn été prodigue - Barbara Kingsolver

Rivages, 558 pages

Résumé:

"Dans le décor sauvage et grandiose des Appalaches, Un été prodigue tisse trois histoires de femmes. Celle de Deanna, employée par l'office des forêts, dont la solitude va être bouleversée par l'arrivée d'un jeune chasseur. Celle de Lusa, une intellectuelle qui, devenue veuve, décide de rester dans la vallée et de gagner le coeur d'une famille hostile. Celle de Nannie, enfin, dont les opinions en matière de religion ou de pesticides suscitent des querelles de voisinage. Dans ce roman foisonnant et généreux, Barbara Kingsolver traite du thème qui lui est le plus cher - le respect de la nature - avec un charme et une grâce qui suscitent l'enthousiasme."

Mon opinion:

Après avoir lu Une année à la campagne de Sue Hubbell, j'ai envie de découvrir pleins de livres qui parlent de la nature. Je suis tombée par hasard sur celui-là en cherchant un autre titre du même auteur qu'on m'avait recommandé. J'ai donc choisi Un été prodigue puisque l'autre roman n'était pas disponible. J'ai beaucoup aimé les belles descriptions sur la nature, les informations relatives aux arbres, plantes et animaux, on apprends beaucoup dans ce livre. Il est d'ailleurs remplit de jolie métaphores et de comparaison des comportements humains avec ceux de la nature et des animaux. Un été prodigue nous raconte l'histoire de trois personnes, Deanne, Lusa (que j'ai préférée) et Nannie (dont son voisin, Garnett m'a fait rire dans son entêtement de vieux grincheux). Chaque personnage a droit à un chapitre à tour de rôle, où on en apprends plus sur leurs vies. On constate que tous les trois ont plusieurs points en commun. C'est un bon roman, qui donne en fait l'impression de lire trois histoires différentes, éloignées l'une de l'autre, qui finissent par se croiser et s'entrecroiser, pour finallement devenir presqu'une seule histoire: celle d'une région, d'une famille, d'une nature. J'ai cependant été un peu déçue de la fin, qui m'aurait donné envie d'en savoir plus sur ce qui arrive à tous les personnages, que l'auteur décrit merveilleusement bien, et auxquels on ne peut que s'attacher. Si tous les livres de Barbara Kingsolver brossent d'aussi beaux tableaux de la nature et d'aussi intéressants portraits de famille, je veux assurément en lire d'autres!

Quelques extraits:

"Elle aimait l'atmosphère qui succède à une pluie violente et la percussion sifflante dont se remplit une forêt de feuilles qui dégouttent à vous en retirer les mots de la tête. Son corps était libre d'obéir à ses propres lois: de marcher à longues enjambées trop difficiles à suivre, de s'asseoir sans façon sur ses talons, au milieu du sentier, là où il fallait palper les feuillages écrasés, une grosse natte de cheveux presque aussi épaisse que l'avant-bras balayant le sol depuis son épaule lorsqu'elle se baissait. De tous ses membres, elle se réjouissait d'être de nouveau à l'air libre, hors du refuge exigu dont les murs en rondins s'étaient couverts d'une barbe envahissante durant les longues pluies printannières."
p.15

"Assurément, Garnett savait depuis longtemps, quoiqu'il ne le reconnût pas facilement, que l'univers de Dieu et le meilleur de la vie quotidienne étaient pleins de mystères que les femmes étaient seules à connaître."
p.161

9/10

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