25 juillet 2006
Prodige Noir
Prodige noir - François Guérin
Éditions JCL, 405 pages
Résumé:
Occupé à corriger les épreuves de son dernier roman, François Guérin reçoit un bon matin une lettre recommandée. On lui apprend qu'il est l'héritier d'une cousine inconnue vivant en Pennsylvanie.
Obligé de se rendre sur place pour récupérer ce qui lui revient, il reste perplexe devant la vieille boîte que lui tend le notaire.
Le contenu de cet étrange héritage? Des coupures de presse et un journal personnel ayant appartenu à un certain Harry Burton, pianiste noir du début du vingtième siècle. Pour le romancier commence alors une véritable fugue littéraire.
Mon opinion:
L'auteur est entré en possession des carnets et journaux d'un pianiste Noir américain, Harry Button. On ouvre donc ce livre comme on découvrirait des notes, extraits de la Presse, télégrammes et surtout, le journal. Débutant en 1912 pour se terminer en 1924, l'histoire de ce pianiste nous amène à prendre conscience des tensions raciales qui régissaient à ce moment-là en Amérique. Les esclaves Noirs venaient d'être affranchis et réclamaient, avec raison, une vie normale, le respect de leurs pairs. L'avant des bus est réservé aux blancs, de nombreux restaurants, hôtels, salle de spectacles refusent la présence de gens de couleurs. Harry Button devra affronter le mépris et les remarques haineuses pour réussir à se tailler une place dans le monde de la musique.
Le sujet du livre m'intéressait particulièrement. J'ai toutefois mis du temps avant de me laisser emporter par le journal de Button. J'ai trouvé au récit quelques longueurs, dûes probablement à la façon de raconter de Button, à travers un journal intime. Toutefois, je crois que le livre vaut qu'on s'y attarde tant par la passion communiquante de la musique qu'avait Button, que pour le témoignage sur le racisme, qui m'a beaucoup touchée. Certains article de journaux repris dans le livre m'ont littéralement fait grincer des dents.
À travers son périple pour se forger une place comme pianiste, Button rencontrera des gens qui lui donneront un petit coup de main, pour qui la couleur de la peau n'est pas un obstacle: Claude Debussy, George Gershwin, Alfred Cortot, Adèle Leroux, Sergueï Rachmaninov, Erik Satie... J'ai été surprise de constater que Button a aussi fréquenté nombre de gens et vu son univers changer lorsqu'il fut invité au salon d'A'Lelia Wlaker et sa mère, CJ, premières femmes d'affaires Noires prospères qui commercialisaient des produits de beauté (dont on retrouve l'histoire dans le roman de Tananarive Due, La rose noire.)
Prodige noir est un roman qui a le mérite de faire revivre ce prodige qu'était Harry Button, sans quoi il serait probablement tombé dans l'oubli...
8/10
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