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09 septembre 2006

Marie Major

marie_majorMarie Major - Sergine Desjardins coeur

Guy Saint-Jean Éditeur, 484 pages

Résumé:

Sur la toile de fond de la seconde moitié du XVIIe siècle, est recréée la vie tumultueuse d'une femme hors du commun: Marie Major.
L'esprit indépendant et le désir d'apprendre de celle-ci, à un moment où l'on considérait qu'il suffisait aux femmes de savoir juste ce qu'il faut de l'art de plaire en plus de l'art ménager, la conduiront des rues du faubourg Saint-Germain aux couloirs de la Salpêtrière, puis à la longue traversée par bateau qui la mènera avec un espoir renouvelé jusqu'en Nouvelle-France.
Comme la plupart des Filles du roi chargées de venir peupler la colonie, elle prendra mari, Antoine Roy dit Desjardins, dans les quelques jours suivant son arrivée. Or, quelques années plus tard, à une époque encore tout axée sur l'honneur et l'institution sacrée du mariage - le pillier de la colonie - un assassinat troublant perpétré contre Antoine dans un contexte scandaleux ternira grandement la réputation de Marie Major et de son fils Pierre.
Peu importe que les mariages aient été de raison plutôt que d'amour, "il allait de soi qu'une bonne épouse devait pouvoir détourner son mari de la prison et des autres femmes [...] la responsabilité, aux yeux de la majorité des gens, incombait à Marie".
À la suite de ce meurtre, basculera aussis violemment le destin de l'amante d'Antoine, Anne, coupable aux yeux de tous d'une des pires trahisons pour une femme, l'adultère. Mais qu'adviendra-t-il de l'assassin d'Antoine - celui qui, somme toute, aurait commis la pire des fautes aux yeux du lecteur d'aujourd'hui? Est- il possible qu'il s'en sorte mieux que tous dans cette histoire?

Mon opinion:

Roman historique merveilleusement bien documenté, Marie Major nous raconte l'histoire de l'ancêtre de l'auteur. Ce roman n'est toutefois pas construit comme les autres romans historiques que j'ai lus. Faisant la part belle aux faits historiques, aux données sociologiques de l’époque, ce roman traite des moeurs, coutumes et croyances des premiers habitants de la Nouvelle-France. L'auteur ne se contente pas de nous raconter la vie de Marie  Major, mais fait le parallèle avec ce qui fut le drame de la vie de cette femme et les crimes  et châtiments en Nouvelle-France. De quoi étonner plus d'un lecteur!
On connaît rarement cette partie de l'histoire, soit les dessous des procès, procédures et  jugements. En Nouvelle-France à cette époque, la victime était souvent aussi coupable que le  criminel et était jugée en conséquence. Les humiliations publiques étaient encouragées pour  punir les crimes et servaient d'exemple aux autres colons. Les pendaisons et les humiliations  étaient de vrais "spectacles" auxquels assistait la foule. Il arrivait parfois qu'on utilise  la pendaison par effigie (pendre une image du criminelle) lorsque celui-ci s'était enfuit. Les châtiments corporels étaient choses courantes: un enfant qui avait volé un pain était marqué  au fer rouge de la lettre V (voleur). On coupait la langue à ceux qui blasphémaient, après une septième offense.
Les femmes cachaient régulièrement leurs connaissances, si elles avaient eu la (mal)chance de  faire des études. Elles signaient d'une croix les documents relatifs à leur mariage par  exemple, pour ne pas éveiller les soupçons et être montrée du doigt comme étant une "précieuse ridicule". La femme qui démontrait le désir d'apprendre était alors taxée d'orgueilleuse.  Marie était alors vue comme une extravagante, en avance sur son temps. On parle beaucoup de  son métier de sage-femme et j'ai trouvé intéressant d'en connaître plus sur les méthodes  utilisées alors. Pour pratiquer légalement la profession, la sage-femme devait avoir en sa  possession un certificat de bonnes moeurs. La morale valait beaucoup plus en ce temps que les connaissances et l'habileté à exercer le métier...
Le roman est augmenté d'une annexe volumineuse qui est très intéressante et qui complète bien le roman. On nous livre la généalogie d'Antoine Roy dit Desjardins et de Marie Major, sa  femme, ainsi que ceux dont les noms de famille sont susceptibles d'être leurs descendants. Par exemple Alphonse Desjardins, fondateur des caisses du même nom est un de leurs descendants.
Dans l'annexe, une initiative que j'ai beaucoup apprécié: une section pour dénouer le vrai de  l'imaginaire, la vraie vie de la fiction dans ce roman. Je trouve intéressant que l'auteur  nous explique un peu ses recherches car après la lecture d'un roman historique je me pose  souvent la question: "est-ce vraiment ainsi que les événements se sont passés? Quels  événements ont pu être vérifiés?". L'auteur donne beaucoup de pistes pour le lecteur avide  d'histoire: des livres à lire et des sites Web à visiter pour consulter des documents  historiques et en apprendre plus.
L'auteur parle du préjugé entourant le statut de Filles du roi, qui sont souvent vues comme  des filles aux moeurs légères, des prostituées. Certes, il y en avait. Cependant, ces filles étaient envoyées en Nouvelle-France pour peupler le pays. Le roman donne envie de se  documenter sur cet aspect de l'histoire. J'ai bien envie de lire le livre de Yves Landry sur  les Filles du roi.
Si cet aspect de l'histoire vous intéresse, ce roman est assurément à découvrir!

Un extrait:

"Platon [un esclave] était sans nom et sans voix. Il n'avait pas d'existence légale. Il ne pouvait rien revendiquer. Il pouvait, très exceptionnellement témoigner devant le juge, mais son témoignage valait moins que celui d'un homme libre. Il ne pouvait se plaindre d'éventuels mauvais traitements de son maître. Il ne pouvait contester s'il était vendu à un autre.
La situation de Marie était semblable. Elle était sans voix. Une fois mariée, elle ne pouvait prendre aucune décision concernant leurs biens sans la permission écrite de son mari. Elle ne pouvait rien revendiquer. Elle pouvait témoigner devant le juge, mais son témoignage valait moins que celui d'un homme. Elle ne pouvait se plaindre d'éventuels mauvais traitements de son mari, sauf s'il mettait sa vie en danger et que ses cris empêchaient les voisins de dormir. Elle était le "bien" de son mari. Marie était une Fille du roi qui, comme l'avait clairement exprimé le curé, serait bientôt livrée à un maître."

p.104

En complément:

Le site web de l'auteur

9/10

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Posté par Allie à 11:46 - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

J'ai entendu beaucoup de bien sur ce roman dans une émission à la télé. D'ailleurs, suite à l'émission, j'ai eu très envie de l'acheter. Ta critique achève de me convaincre. Merci

Posté par Frisette, 09 septembre 2006 à 20:23

Frisette: j'espère que ça te plaira! J'ai beaucoup aimé et je garde de bons souvenirs de cette lecture qui pousse à fouiller un peu plus une tranche de notre histoire!

Posté par Allie, 09 septembre 2006 à 20:30

Ho oui, celui-là il faut que je le lise!

Posté par loupiote, 11 septembre 2006 à 07:31

;)

Posté par Allie, 11 septembre 2006 à 08:13

Suite a ta critique enthousiaste j'ai mis Sergine Desjardins dans ma liste du Callenge ABC !

Posté par xochitl, 15 janvier 2007 à 16:17

Xochitl: j'espère vraiment que ça te plaira! J'ai adoré ce livre! :)

Posté par Allie, 15 janvier 2007 à 16:50

Pauvre Marie

J'avoue avoir eu beaucoup de mal à m'intéresser à cette histoire. J'ai été extrêmement chagrinée par ce qui est arrivé à Marie.

Posté par amiedeplume85, 12 juin 2008 à 16:33

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