La maison du sommeil
Jonathan Coe
Folio
459 pages
Résumé:
De bien curieux événements se déroulent à Ashdown, inquiétante demeure perchée sur une falaise des côtes anglaises. Naguère, c'était une résidence universitaire, où se sont croisés Sarah la narcoleptique, Gregory le manipulateur, Veronica la passionnée, Robert l'amoureux transi, Terry le cinéphile fou. Leurs destins ont divergé, mais les spectres du passé continuent de hanter Ashdown, devenue une clinique où le sinistre docteur Dudden se livre à de monstrueuses expériences sur les troubles du sommeil. Par quelles mystérieuses coïncidences tous les personnages vont-ils s'y retrouver ? Et quelles transformations vont-ils subir ? Une fresque foisonnante et rigoureuse où l'illusion amoureuse va jusqu'à l'extrême limite de sa réalisation, et où la vérité sort toujours des rêves.
Mon commentaire:
J'aime définitivement Jonathan Coe. Si vous voulez lire des romans originaux, c'est l'auteur tout désigné à découvrir. Du moins, ce que j'ai lu de lui jusqu'à maintenant. J'ai autant aimé Les nains de la mort du même auteur que La maison du sommeil qui nous fait passer un excellent moment de lecture. Et c'est une histoire très étrange.
Chaque chapitre correspond à une phase du sommeil, puisque c'est le thème principal du roman. Coe mélange les genres, les styles et chaque fois, je ne vois rien venir au dénouement de l'intrigue. Ou devrais-je dire des intrigues. Ce roman contient des histoires dans l'histoire et en fait presqu'un livre à part, une histoire pratiquement indescriptible. Lorsque l'auteur dénoue enfin les fils de son récit, il me laisse toujours pantoise. Et j'en redemande. Ses livres ne sont pas assez long (près de 460 pages quand même, mais ça ne me suffit pas). La maison du sommeil raconte deux histoires en parallèle, qui n'en font qu'une seule en fait et trouvent leur finalité dans les mêmes événements.
Un auteur à découvrir si vous ne le connaissez pas! Et que vous aimez ce qui sort un peu de l'ordinaire!
Comme un roman
Daniel Pennac
Folio
197 pages
Résumé:
Les droits imprescriptibles du lecteur
1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n'importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n'importe où.
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire.
Mon commentaire:
On m'a conseillé maintes et maintes fois ce livre. Il faut le lire, c'est LE livre à lire lorsqu'on aime les livres. Je n'ai entendu que de bons commentaires sur cette oeuvre de Pennac, connue pour ses droits du lecteur, qui je dois l'avouer, me plaisent beaucoup.
Je ne peux m'empêcher de le comparer à Bouquiner d'Annie François, que j'ai préféré, même si les deux livres ne traitent pas tout à fait du même sujet. Bouquiner parle des manies d'un lecteur et du bonheur de lire. Pennac parle de l'école, de l'apprentissage de la lecture et de l'absence de plaisir que les jeunes ont à lire. La première partie de Comme un roman nous parle essentiellement comme des parents qui observent leur rejeton qui commence à lire puis cesse de le faire. Le plaisir s'est donc envolé. J'ai eu un peu de mal à me sentir concernée par cette section. La troisième partie, "Donnez à lire" m'a le plus intéressée, ainsi que Le qu'en-lira-t-on?, la description des droits du lecteur. Ces deux parties rejoignent Bouquiner en parlant du plaisir de lire, du bonheur d'être lecteur.
Comme un roman donne des pistes de réponses à la non-lecture, au fait de me pas (plus?) être lecteur. C'est une sorte d'essai sur la perte du plaisir de lire, qui s'attarde sur la jeunesse qui ne lit pas, l'école et les parents qui poussent les enfants à lire, non pas au nom du plaisir mais de l'apprentissage. Je ne m'attendais pas à lire un tel livre, vu les nombreux commentaires dithyrambiques que j'ai entendu. Certaines parties m'ont beaucoup plues alors que d'autres m'ont un peu ennuyée. Je suis contente de l'avoir lu, cependant j'ai quelques déceptions au vu que tout ce que j'avais entendu sur ce livre.
Quelques extraits:
"[...] une des fonctions essentielle du conte [...] est d'imposer une trêve au combat des hommes." p.36
"Relire, ce n'est pas se répéter, c'est donner une preuve toujours nouvelle d'un amour infatigable." p. 64
"Une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même." p.91
"Le temps de lire est toujours du temps volé. Volé à quoi? Disons, au devoir de vivre. C'est sans doute la raison pour laquelle le métro se trouve être la plus grande bibliothèque du monde. Le temps de lire, comme le temps d'aimer, dilate le temps de vivre." p.137
"La question n'est pas de savoir si j'ai le temps de lire ou pas (temps que personne, d'ailleurs, ne me donnera), mais si je m'offre ou non le bonheur d'être lecteur." p.137
La louve des Terre-rompues
Bernard Couët
Éditions JCL
499 pages
Résumé:
Témoin du massacre de ses parents par les hommes de main d'un riche entrepreneur forestier, la jeune Clara est sauvée in extremis par des Indiens montagnais. Adoptée et protégée par la famille du chef, l'orpheline grandira en cultivant sa haine pour les meurtriers et en mûrissant sa vengeance. Elle devra cependant exercer cette vendetta sans mettre en péril la mission capitale qui, au XIIe siècle, a été confiée à une longue lignée de femmes aux yeux émeraude dont elle fait partie. Y parviendra-t-elle? Réussira-t-elle à survivre pour que s'accomplisse la prophétie qui a guidé les actes de toutes celles qui l'ont précédée?
Cette grande et belle épopée nous fait aussi partager le destin de ces femmes animées par le courage et l'abnégation. Du Morvan au Saguenay, en passant par La Rochelle, Salem, Grand-Pré, Louisbourg, Gaspé, Rivière-Ouelle et Tadoussac, elles ont, pendant des centaines d'années, bravé tous les dangers pour sauver l'humanité d'un terrible désastre.
Mon commentaire:
Ce roman est trop court!! Avec près de 500 pages, l'auteur nous livre un roman historique digne des plus grandes épopées. La fin a laissé la lectrice dévoreuse que je suis un peu sur sa faim: j'aurais aimé avoir encore une bonne centaine de pages à lire! Je dois avouer que la quatrième de couverture et l'illustration ne m'attirait pas vraiment. Ne vous y fiez pas! Elle ne rend pas justice au roman. Derrière, se cache un très bon roman, qu'on doit lire vite, car la cadence de l'écriture et des événements le demande. Le lecteur est happé par le récit et ne peut, de toute façon, faire autrement que d'enchaîner les pages l'une après l'autre. Il y a beaucoup de personnages, énormément d'action, ça bouge.
L'auteur nous parle d'histoire, naturellement, de déportation, d'Indiens, de crimes, de batailles navales et de conquêtes, de chasse aux sorcières, de prophétie et d'un brin de mystère. L'histoire est un véritable récit de voyage à travers de nombreuses villes et villages, presqu'un récit d'aventures. C'est un roman étoffé, qui mène deux histoires en parallèles qui se recoupent pour n'en former qu'une seule. L'idée est très intéressante. Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture, mais il s'agit d'un roman historique particulier. Un auteur dont j'ai bien envie de découvrir le polar qu'il a écrit, L'étrange histoire de Monsieur Paul.
Le faucon des neiges
Stuart Harrison
Albin Michel
397 pages
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Résumé:
À Little River, on avait presque oublié Michael. Lui, pourtant, n'a rien oublié: on n'enterre pas si facilement son passé. Et lorsqu'il recueille un faucon des neiges blessé par un braconnier, Michael est prêt à tout pour le sauver. Même braver la haine et le mépris des habitants de Little River. Dans ce combat, il n'a que deux alliés: une femme et un enfant. Si Michael réapprends à l'oiseau à voler, c'est sa propre liberté qu'il peut recouvrer.
Mon commentaire:
Quel beau roman! Tout à fait le roman de transition à lire entre deux lectures difficiles ou pour passer un excellent moment! Si vous aimez la nature, les animaux et les récits à l'atmosphère d'une petite ville américaine, l'hiver, ce livre est pour vous.
Roman de rédemption, Le faucon des neiges retrace la réinsertion sociale d'un prisonnier, sur fond de nature qui elle, est toujours bien présente dans le livre. L'auteur raconte le regard des autres sur le passé de Michael, le jugement que les gens peuvent avoir sur notre vie. C'est une histoire remplie d'espoir, de douceur.
La nature est omniprésente, le déroulement de l'histoire prend place dans un cadre enchanteur. La relation homme-animal décrite dans le livre, pour moi qui est très proche des animaux, m'a beaucoup touchée. L'auteur décrit l'élevage et l'affaitage du faucon, nous parle des différentes façons de réapprendre à l'oiseau à regagner le ciel. Les personnages utilisent à leur façon, pour toute sortes de raisons, la venue du faucon à Little River pour expier certains remords, certaines actions, pour effectuer un retour sur eux-mêmes et pour certains, se rapprocher et régler certaines choses.
Une belle leçon de courage, un roman positif, malgré tout.
Dieu, c'est par où?
François Lavallée
Guy Saint-Jean éditeur
157 pages
Résumé:
On s'en veut, pour mille et une raisons, mille et une fois par jour.
Est-il possible de se libérer de ce sentiment de culpabilité? En fait, pour bien des gens, on dirait que la dureté envers soi-même est une sorte de vertu.
Et fatalement, quand on est dur envers soi-même, on l'est aussi envers les autres. Tout ça, pour une sorte de quête d'idéal: on veut devenir meilleur, on voudrait que les autres le soient.
Un père, convaincu de l'importance de faire connaître les grands classiques du théâtre à ses enfants, un homme écoeuré par le regard condescendant de ses amis mélomanes, un commis outré du comportement des clients vis-à-vis des revues pornographiques, un professeur certain du désir d'une de ses étudiantes, et plusieurs autres personnages fascinants. Ce recueil de nouvelles de François Lavallée remet en question l'interprétation souvent trop rapide que chacun fait de la réalité.
Mon commentaire:
Tout d'abord, la couverture du livre est très belle et dénote bien l'ambiance qui s'y retrouve. Dieu, c'est par où? est le second recueil de nouvelles de l'auteur. Composé de seize nouvelles de différentes longueurs, ce recueil amène le lecteur à voir les choses du quotidien sous un autre angle, à remettre en perspective ce qui semble aller de soi. L'écriture de François Lavallée coule et se lit aisément. Les nouvelles sont de qualité assez égales d'un bout à l'autre du recueil. J'ai vraiment adoré cette façon qu'a l'auteur de placer le lecteur face à une autre façon de voir, de le déstabiliser un peu, de remettre en question des événements banals. Mes nouvelles préférées sont:
Sur le nez - L'histoire d'un homme qui tente de faire aimer les classiques à ses enfants
Intérêts masculins - la vision d'un commis sur ses clients qui achètent des revues pornographiques
L'aveu - un homme qui se confie à un psychologue...
Un vieux - touchant
Poussière et Issue - deux nouvelles sur la mort, qui glacent un peu par la rudesse du sujet...
Inquisi-coeur - vraiment originale!
Les autres nouvelles sont aussi très bien. Un bon moment de lecture, un recueil à découvrir, si vous aimez les nouvelles. Un auteur à surveiller et à relire.
Oncle Vania
Anton Tchékhov
Le livre de poche
154 pages
Résumé:
L'hiver à la campagne, le thé à sept heures du matin, les soirées interminables, le dégoût des autres et surtout de soi-même... L'ennui est là, comme une espèce de boue gluante dans laquelle on s'enlise, comme des sables mouvants qui les engloutiront tous, Vania, Sonia, Astrov... Dans un dernier sursaut, ils sortent la tête, essaient de haïr, d'aimer, de tuer, de se tuer... Ils n'en ont plus la force, ni l'envie. Rien que de penser à tout ce qu'ils auraient pu être, à tout ce qu'ils auraient pu faire... Oui, mais quoi ? Ailleurs, sans doute, il existe autre chose, une autre vie... En Afrique, il fait chaud...
Mon commentaire:
Cette pièce de théâtre en quatre actes (sous-titrée Scènes de la vie de campagne), se termine sensiblement comme elle commence. Un événement perturbateur pour les personnages remettra enfin les choses en ordre et la vie reprendra son cours, comme elle aurait toujours dû se dérouler.
La pièce parle de l'ennui, le démontre et on aurait tendance à penser qu'il ne s'y passe pas grand chose. Pourtant, Tchékhov réussis à parler de l'ennui, à rendre l'atmosphère lourde, à démontrer la langueur de ses personnages, sans ennuyer le lecteur. J'ai surtout aimé les personnages d'Astrov (et ses longs discours sur la nature) ainsi que celui d'oncle Vania, qui n'est pas le personnage principal de la pièce, même si celle-ci porte son nom.
Augmentée d'un dossier et de plusieurs notes et commentaires, cette édition est parfaite pour en apprendre plus sur la pièce et pour aider ceux qui en font l'étude. On parle entre autre de l'originalité de l'oeuvre, du contexte, des personnages, des thématiques, du travail de Tchékhov, de la pièce sur scène et d'une biographie de l'auteur. À découvrir, assurément, si vous aimez le théâtre.
Un extrait:
"Astrov: Dans l'ensemble, j'aime la vie. Mais cette vie provinciale, russe, mesquine, maintenant je n'en peux plus, je la méprise de toutes mes forces. De toute mon âme. Pour ce qui est de ma vie privée, personnelle, mon Dieu, elle n'a décidément rien de bon. Vous savez quand on marche à travers bois dans la nuit noire... si à ce moment-là une petite lumière se met à briller au loin, alors on ne sent plus la fatigue, ni l'obscurité, ni les branches piquantes qui vous frappent le visage... Je travaille comme personne dans la province, vous le savez. Le malheur me frappe sans arrêt. Parfois, j'en souffre d'une façon insupportable. Mais pour moi aucune petite lumière au loin. Je n'attends plus rien. Je n'aime pas les gens... Depuis longtemps déjà je n'aime personne." p.50
Le rêve de Mady
Agnès Ruiz
Série Ma vie assassinée tome 2
Éditions JCL
376 pages
Résumé:
Mady a encore du mal à réaliser ce qui lui arrive. Alors que son père vient de périr dans un accident, sa fille Marianne, qu'elle croyait morte à sa naissance, il y a vingt et un ans, réapparaît dans sa vie...
Et qu'est-il donc arrivé à Guillaume, père de Marianne, avec qui elle avait décidé de fonder une famille? Pourquoi a-t-il brutalement cessé de donner de ses nouvelles alors qu'elle était enceinte de lui? Pourquoi ce trop long silence une foir retourné dans son pays, le Canada? S'est-il joué d'elle, de sa naïveté? Mady est bien résolue à trouver toutes les réponses et à fermer la porte à un passé trouble qui a véritablement assassiné sa vie.
Mon commentaire:
Le rêve de Mady est la suite du roman Ma vie assassinée. Cependant, n'ayant pas lu le premier, je n'ai pas du tout eu de mal à entrer dans celui-ci. L'intrigue est construite sur plusieurs plans et avec différents personnages en alternance. L'auteur donne beaucoup de détails sur ses personnages, les événements et l'histoire. Certains dialogues sont parfois légèrement empruntés mais l'intrigue nous fait rapidement oublier ce détail.
L'auteur manie habilement les événements pour donner envie au lecteur d'en savoir plus, ce qui en fait un roman prenant, mêlant plusieurs genres: roman, roman sentimental, intrigue policière, un peu de fantastique... Le rêve de Mady parle de la famille, l'adoption, l'amour, des sujets maints fois traités, cependant Agnès Ruiz fait intervenir des éléments mystérieux qui donnent à l'histoire une touche rafraîchissante. Bref, un roman agréable à lire, qui donne envie d'ouvrir les autres livres de l'auteur.
En complément:
Le site web de l'auteur
La peau blanche
Joël Champetier
Alire
241 pages
Résumé:
«Elles sont parmi nous...»
Un soir de fin septembre, Thierry Guillaumat, jeune Français étudiant la littérature québécoise à l'UQAM, et Henri Dieudonné, son colocataire haïtien, décident de faire une virée dans les coins chauds de Montréal. L'aventure qui se voulait sans conséquence tournera bientôt au drame.
«Elles sont parmi nous...»
À l'hiver, Thierry tombe éperduement amoureux de l'étrange et superbe Claire Lefrançois. Mais la relation est loin d'être facile, jusqu'à ce qu'elle lui confie son bouleversant secret.
«Elles sont parmi nous...»
Délaissé par son copain amoureux, Henri se pose cependant plusieurs questions au sujet de Claire et de sa famille. Les hypothèses qu'il soulève choquent profondément Thierry. Mais après enquête, lui aussi doit en convenir :
elles sont parmi eux,
et elles sont mortellement dangereuses !
Mon commentaire:
Il s'agit de mon second roman de l'auteur et j'aime beaucoup son style, qui nous happe et nous accroche. Ce roman-ci est assez court, se lit rapidement et accapare l'attention avec des petits détails qui créent le suspense. Cette lecture, quoique plus contemporaine, me fait légèrement penser au roman gothique de Federico Andahazi, La villa des mystères.
La peau blanche est une histoire d'horreur, qui sombre peu à peu... Racontée par Thierry jusqu'à la fin, terrifiante, on ne peut s'empêcher de terminer le roman dès qu'il est commencé. Assurément, une atmosphère oppressante qui plaira à ceux qui aiment le genre.
Un extrait:
"C'est incroyable les conneries qu'un type va faire dans une situation limite. Toucher le poignard, c'était déjà pas mal, merci. Dans combien de millions de polars un pauvre con ne se fout-il pas dans la merde parce que la police retrouve ses empreintes sur l'arme du tueur? Et pourtant oui, j'étais dans cette pièce depuis dix secondes à peine et déjà je me promenais avec l'arme du crime dans les mains." p.15
En complément:
Le site officiel du film qui a été adapté du roman (film que je n'ai pas encore vu).
Matilda
Roald Dahl
illustré par Quentin Blake
Gallimard, Folio Junior
268 pages
Résumé:
Avant même d'avoir cinq ans, Matilda sait lire et écrire, connaît tout Dickens, tout Hemingway, a dévoré Kipling et Steinbeck. Pourtant son exsitence est loin d'être facile entre une mère indifférente, abrutie par la télévision et un père d'une franche malhonnêteté. Sans oublier Mlle Legourdin, la directrice de l'école, personnage redoutable qui voue à tous les enfants une haine implacable. Sous la plume tendre et acerbe de Roald Dahl, les événements vont se précipter, étranges, terribles, hilarants...
Mon commentaire:
Matilda est mon premier roman de Roald Dahl et j'ai adoré! Rempli d'humour, de livres, Dahl écorche au passage le monde des adultes et construit des personnages caricaturaux, inoubliables. Que l'on pense à Matilda, au professeur Candy, à Mlle Legourdin ou aux parents de Matilda, certains sont grotesques, d'autres merveilleusement attachants, mais toujours ils restent à l'esprit. L'édition du livre que j'avais entre les mains contient une version augmentée de 32 pages supplémentaires, remplies de jeux, de pistes de lecture à utiliser avec les jeunes lecteurs. J'ai apprécié la section sur les parents indignes dans la littérature, ainsi que le petit questionnaire pour savoir si, comme Matilda, nous sommes aussi des rats de bibliothèque. Que pensez-vous que le questionnaire m'a révélé? ;)
J'aime définitivement le style d'écriture de Roald Dahl et j'ai bien envie de découvrir toute son oeuvre, tant pour adultes que pour enfants.
Un extrait:
"À dater de ce jour-là, Matilda ne se rendit plus à la bibliothèque qu'une fois par semaine pour y prendre des nouveaux livres et rendre ceux qu'elle avait lus. Sa petite chambre était devenue sa salle de lecture et elle y passait le plus clair de ses après-midi à lire avec, bien souvent, une tasse de chocolat à côté d'elle. [...] Les livres la transportaitent dans des univers inconnus et lui faisaient rencontrer des personnages hors du commun qui menaient des vies exaltantes. Ainsi navigua-t-elle sur d'antiques voiliers avec Joseph Conrad, explora-t-elle l'Afrique avec Ernest Hemingway et l'Inde avec Rudyard Kipling. Ainsi assise au pied de son lit, dans sa petite chambre d'un village anglais, visita-t-elle de long en large et de haut en bas le vaste monde."
p.23
Marie Major
Sergine Desjardins
Guy Saint-Jean Éditeur
484 pages
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Résumé:
Sur la toile de fond de la seconde moitié du XVIIe siècle, est recréée la vie tumultueuse d'une femme hors du commun: Marie Major. L'esprit indépendant et le désir d'apprendre de celle-ci, à un moment où l'on considérait qu'il suffisait aux femmes de savoir juste ce qu'il faut de l'art de plaire en plus de l'art ménager, la conduiront des rues du faubourg Saint-Germain aux couloirs de la Salpêtrière, puis à la longue traversée par bateau qui la mènera avec un espoir renouvelé jusqu'en Nouvelle-France. Comme la plupart des Filles du roi chargées de venir peupler la colonie, elle prendra mari, Antoine Roy dit Desjardins, dans les quelques jours suivant son arrivée. Or, quelques années plus tard, à une époque encore tout axée sur l'honneur et l'institution sacrée du mariage - le pillier de la colonie - un assassinat troublant perpétré contre Antoine dans un contexte scandaleux ternira grandement la réputation de Marie Major et de son fils Pierre. Peu importe que les mariages aient été de raison plutôt que d'amour, "il allait de soi qu'une bonne épouse devait pouvoir détourner son mari de la prison et des autres femmes [...] la responsabilité, aux yeux de la majorité des gens, incombait à Marie". À la suite de ce meurtre, basculera aussis violemment le destin de l'amante d'Antoine, Anne, coupable aux yeux de tous d'une des pires trahisons pour une femme, l'adultère. Mais qu'adviendra-t-il de l'assassin d'Antoine - celui qui, somme toute, aurait commis la pire des fautes aux yeux du lecteur d'aujourd'hui? Est- il possible qu'il s'en sorte mieux que tous dans cette histoire?
Mon commentaire:
Roman historique merveilleusement bien documenté, Marie Major nous raconte l'histoire de l'ancêtre de l'auteur. Ce roman n'est toutefois pas construit comme les autres romans historiques que j'ai lus. Faisant la part belle aux faits historiques, aux données sociologiques de l’époque, ce roman traite des moeurs, coutumes et croyances des premiers habitants de la Nouvelle-France. L'auteur ne se contente pas de nous raconter la vie de Marie Major, mais fait le parallèle avec ce qui fut le drame de la vie de cette femme et les crimes et châtiments en Nouvelle-France. De quoi étonner plus d'un lecteur!
On connaît rarement cette partie de l'histoire, soit les dessous des procès, procédures et jugements. En Nouvelle-France à cette époque, la victime était souvent aussi coupable que le criminel et était jugée en conséquence. Les humiliations publiques étaient encouragées pour punir les crimes et servaient d'exemple aux autres colons. Les pendaisons et les humiliations étaient de vrais "spectacles" auxquels assistait la foule. Il arrivait parfois qu'on utilise la pendaison par effigie (pendre une image du criminelle) lorsque celui-ci s'était enfuit. Les châtiments corporels étaient choses courantes: un enfant qui avait volé un pain était marqué au fer rouge de la lettre V (voleur). On coupait la langue à ceux qui blasphémaient, après une septième offense.
Les femmes cachaient régulièrement leurs connaissances, si elles avaient eu la (mal)chance de faire des études. Elles signaient d'une croix les documents relatifs à leur mariage par exemple, pour ne pas éveiller les soupçons et être montrée du doigt comme étant une "précieuse ridicule". La femme qui démontrait le désir d'apprendre était alors taxée d'orgueilleuse. Marie était alors vue comme une extravagante, en avance sur son temps. On parle beaucoup de son métier de sage-femme et j'ai trouvé intéressant d'en connaître plus sur les méthodes utilisées alors. Pour pratiquer légalement la profession, la sage-femme devait avoir en sa possession un certificat de bonnes moeurs. La morale valait beaucoup plus en ce temps que les connaissances et l'habileté à exercer le métier...
Le roman est augmenté d'une annexe volumineuse qui est très intéressante et qui complète bien le roman. On nous livre la généalogie d'Antoine Roy dit Desjardins et de Marie Major, sa femme, ainsi que ceux dont les noms de famille sont susceptibles d'être leurs descendants. Par exemple Alphonse Desjardins, fondateur des caisses du même nom est un de leurs descendants.
Dans l'annexe, une initiative que j'ai beaucoup apprécié: une section pour dénouer le vrai de l'imaginaire, la vraie vie de la fiction dans ce roman. Je trouve intéressant que l'auteur nous explique un peu ses recherches car après la lecture d'un roman historique je me pose souvent la question: "est-ce vraiment ainsi que les événements se sont passés? Quels événements ont pu être vérifiés?". L'auteur donne beaucoup de pistes pour le lecteur avide d'histoire: des livres à lire et des sites Web à visiter pour consulter des documents historiques et en apprendre plus.
L'auteur parle du préjugé entourant le statut de Filles du roi, qui sont souvent vues comme des filles aux moeurs légères, des prostituées. Certes, il y en avait. Cependant, ces filles étaient envoyées en Nouvelle-France pour peupler le pays. Le roman donne envie de se documenter sur cet aspect de l'histoire. J'ai bien envie de lire le livre de Yves Landry sur les Filles du roi.
Si cet aspect de l'histoire vous intéresse, ce roman est assurément à découvrir!
Un extrait:
"Platon [un esclave] était sans nom et sans voix. Il n'avait pas d'existence légale. Il ne pouvait rien revendiquer. Il pouvait, très exceptionnellement témoigner devant le juge, mais son témoignage valait moins que celui d'un homme libre. Il ne pouvait se plaindre d'éventuels mauvais traitements de son maître. Il ne pouvait contester s'il était vendu à un autre.
La situation de Marie était semblable. Elle était sans voix. Une fois mariée, elle ne pouvait prendre aucune décision concernant leurs biens sans la permission écrite de son mari. Elle ne pouvait rien revendiquer. Elle pouvait témoigner devant le juge, mais son témoignage valait moins que celui d'un homme. Elle ne pouvait se plaindre d'éventuels mauvais traitements de son mari, sauf s'il mettait sa vie en danger et que ses cris empêchaient les voisins de dormir. Elle était le "bien" de son mari. Marie était une Fille du roi qui, comme l'avait clairement exprimé le curé, serait bientôt livrée à un maître." p.104
En complément:
Le site web de l'auteur





























