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17 octobre 2006

L'amérique pauvre: comment ne pas survivre en travaillant

amerique_pauvreL'amérique pauvre: comment ne pas survivre en travaillant - Barbara Ehrenreich

Éditions 10/18, 334 pages

Résumé:

Comment peut-on survivre, lorsque l'on est payée moins de sept dollars de l'heure et que l'on vit au-dessous du seuil de pauvreté ? C'est pour répondre à cette question que Barbara Ehrenreich accepte de se lancer dans un grand reportage en s'interdisant tout recours à ses propres ressources. Abandonnant son statut confortable de journaliste, elle est successivement serveuse, femme de ménage, assistante dans une maison de retraite et employée de supermarché, et apprend à se battre pour trouver un toit quelconque - caravane, motel - en subissant, sans broncher, sous peine d'être jetée à la rue, des humiliations quotidiennes. Elle tire de son expérience une conclusion terrifiante, qui résonne aussi dans notre pays : l'immense majorité des citoyens a accepté que la richesse insolente des uns se nourrisse de la misère sociale des autres.

Mon opinion:

Émule de Naomi Klein et de Michael Moore, Barbara Ehrenreich est une journaliste et essayiste respectée aux États-Unis et a reçu plusieurs prix. Elle consacra quelques articles et ce roman, à l'Amérique pauvre, l'envers de la médaille américaine. Elle travaillera le temps de la mise en place de son reportage, dans des emplois pour des salaires de misère et la combinaison de plusieurs emplois pour réussir à survivre.
Même si j'ai toujours eu un toit au dessus de la tête et que je n'ai jamais connu de situations limites comme celles décrites parfois dans le livre, j'y ai retrouvé beaucoup d'aspects de mon expérience de travail passée, surtout mes premiers emplois. Même aujourd'hui, j'ai parfois du mal à comprendre comment les gens peuvent, avec un si petit salaire, arriver à faire vivre une famille avec des enfants...
Le premier tiers du livre, la mise en place de la situation et du projet est un peu moins intéressante mais nécessaire pour comprendre la motivation de l'auteur. Le reste du volume est séparé en différentes parties, selon les emplois effectués: Servir en Floride, Frotter dans le Maine et Vendre dans le Minnesota. Une conclusion sous forme d'évaluation termine le volume.
J'avoue avoir été souvent ébahit par certaines informations, par exemple certains règlements sans scrupule d'employeurs, les méthodes d'embauches, le fonctionnement de certaines entreprises, etc. Les deux dernières sections sont les plus complètes, avec des informations plus poussées et plus de notes en bas de pages. On apprend entre autre la difficulté de se loger, alors plusieurs familles vivent en permanence dans des motels, s'entassant dans une ou deux pièces, sans cuisinette. L'humour de l'auteur donne un peu de légèreté au livre, qui se lit facilement et ne tombe pas dans le mélodrame (par exemple, quand elle décrit les consignes de nettoyage sur cassette d'une entreprise de ménage, je n'ai pu m'empêcher de rire un peu tellement c'est grotesque).
Bref, un bon essai, si vous aimez les critiques sociales et les livres du genre de ceux de Michael Moore et de Naomi Klein. Il est horrible de penser qu'en 2006, nous en sommes là, à savoir les riches toujours plus riches et les pauvres, toujours plus pauvres...

Quelques extraits:

"Personne ne va me dire, après que j'ai passé l'aspirateur dans dix pièces et frotté le sol de la cuisine: "Bon sang, Barbara, tu travailles vraiment bien!". Le travail est censé vous sauver de la condition d'exclu [...] mais ce que nous faisons est un travail d'exclu: invisible et dégoûtant."
p.181

"Quand je regarde la télévision pendant mon dîner, je découvre un monde dans lequel chacun ou presque gagne 15$ de l'heure et plus.[...] Les feuilletons et les séries parlent de créateurs de mode, d'avocats ou d'instituteurs. Il est donc facile pour une employée de fast-food ou une fille de salle de conclure que sa vie est une anomalie - qu'elle est la seule ou presque à ne pas avoir été invitée à la fête. Et, en un sens, elle aurait raison: les pauvres ont disparu de la culture en général..."
p.182

8.5/10

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Posté par Allie à 07:31 - Essai - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

je pense que je vais le lire, parce que tu sais, le problème est identique chez nous, je suis payée 9 euros bruts de l'heure, compte ce qu'il reste à la fin du mois et enlève les impôts ...
j'ai une amie qui s'occupe de personnes âgées à domicile, elle se fait plus et planifie son temps comme elle l'entend, elle refuse ou accepte des heures ... et à la fin du mois, 150 euros de plus sans compter les p'tites faveurs du style, il est 11h50 vous resterez bien à diner avec nous, il est 16 h, si vous alliez nous chercher un petit gateau, bref, elle est sereine, zen, financièrement mieux portante que nous ...

Posté par Kheyliana, 17 octobre 2006 à 07:45

ça fait réfléchir...

Posté par fred, 17 octobre 2006 à 07:52

Je pense que le problème est le même dans beaucoup de pays... Ce n'est pas évident de trouver un bon travail et de le garder... Souvent, les droits du travail, protègent bien plus les employeurs, avec toutes sortes de règles, que les employés... et les compagnie en profitent largement pour jouer à la limite de ce qui est légal...

Posté par Allie, 17 octobre 2006 à 07:52

Ce livre m'intéresse grandement, merci Allie.

Posté par Sophie, 18 octobre 2006 à 00:21

Nous connaissons hélas ces mêmes problèmes en France, et c'est révoltant. A l'approche des élections présidentielles françaises, espérons que ces thèmes soient abordés. Comme sur beaucoup de sujets, une prise de conscience mondiale devra se faire un jour...

Posté par sylire, 18 octobre 2006 à 07:10

Sophie: Bonne lecture! :)

Sylire: oui je suis d'accord avec toi... un jour ou l'autre, comme tu le dis si bien, le monde devra prendre conscience de tout cet écart entre les riches et les pauvres, qui s'élargit de plus en plus...

Posté par Allie, 18 octobre 2006 à 10:52

pauvreté

J'ai déjà lu des extraits de ce livre dans un journal et ça m'a fait dressé lrs cheveux sur ma tête.Dire que le bien nanti Lucien Bouchard de sa retraite dorée dit que les québécois ne travaille pas assez.Pathétique d'une personne qui profite d'une généreuse pention de député payé en plus par le contribuable.À bientôt.

Posté par le penseur, 18 octobre 2006 à 15:01

Je crois que certaines personnes bien nanties, ont une vision plutôt tronquée de la pauvreté... Ce livre en parle aussi un peu. Comme si les gens qui sont pauvres, le sont nécessairement parce qu'ils ne travaillent pas. Alors que justement, dans le livre de Barbara Ehrenreich, les gens de qui elle parle et qui sont pauvres, travaillent! Parfois ont deux emplois, à temps pleins! O_o
Mais ça ne suffit pas...

Posté par Allie, 18 octobre 2006 à 15:08

Un auteur qui se mouille!

Enfin un auteur qui se mouille, qui va au charbon!
Ca nous change de cette gauche caviar qui prétend parlé au nom du prolétariat mais qui n'a jamais mis les pieds au McDo.
Ca c'est une vrai investigation, pas une analyse politiquo-sociale ou quoique ce soit, juste un récit de vie, une expérience qui s'avère être le quotidien de millions de gens.
C'est un ouvrage sans prétention mais qui vaut plus que toutes les statistiques!

Posté par Nel, 17 décembre 2007 à 11:37

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