beauxmariagesEdith Wharton
La Découverte
460 pages

Résumé:

Ondine Spragg s'ouvre les portes de l'aristocratie new-yorkaise grâce à son mariage avec Ralph Marvell. Son ambition l'amène à divorcer et à se lancer à la conquête des hommes susceptibles de lui apporter tout ce qu'elle désire, c'est-à-dire l'amusement mais aussi la respectabilité. Si elle échoue face au banquier Peter Van Degen, elle va trouver une nouvelle victime en la personne du Marquis de Chelles, grâce à qui elle va - espère-t-elle - trouver une place de choix dans le monde du Faubourg Saint-Germain.
Les qualités d'analyse de la grande Edith Wharton et son brio font merveille dans cette vaste fresque qui dépeint une classe qui meurt et le monde du XXe siècle en pleine formation et trace avec audace et talent le portrait d'une femme moderne.

Mon commentaire:

Edith Wharton est née en 1862. Elle vit dans une société qui étouffe tout désir de sortir du moule, de ne pas être une bonne petite dame de maison. Elle se remet à l'écriture lorsque qu'elle se marie et quitte sa famille, puis publie son premier roman à l'âge de 40 ans. Son oeuvre compte environ quarante livres (romans, livres sur les maisons et les jardins). Cette édition des Beaux mariages comprend une introduction très intéressante de Marilyn French sur le personnage qu'était Edith Wharton - de son vrai nom Edith Newbold Jones - ainsi que de l'information sur la société de l'époque, genre de petit cercle fermé de la haute société, qui se suffisait à lui-même. Marilyn French, toujours dans son introduction, nous parle aussi de l'oeuvre de Wharton à travers les forces et faiblesses des personnages que l'auteur a créé.
Les beaux mariages me rappelle vaguement le genre de roman de Jane Austen mais sans l'humour et en plus grinçant. Il s'agit d'une critique acerbe de la société des nouveaux riches de l'époque, à l'ambition démesurée et au désir de se faire bien voir dans la société.
Ondine Spragg est détestable, capricieuse, égoïste, méprisante envers les autres et envers ses parents, qui restent dépourvus face au comportement de leur fille et qui même, l'encouragent dans ses emportements en ne la contrariant jamais. Ondine traite bien mal son mari, un écrivain frustré qui a dû, Ô honte, prendre un métier, afin de pourvoir aux besoins fantasques de sa femme. Cette dernière trouve qu'il ne pourvoie justement pas suffisamment pour combler ses besoins. Ondine, petite nature au fort caractère qui est prête à tout pour parvenir à ses fins. Elle se fait porter pâle et prescrire par son médecin un voyage à Londres ou à Paris pour évacuer le stress et renforcir le système nerveux (!), et par le même coup y retrouver un "ami"... J'avais souvent envie de lui donner quelques baffes tellement elle peut être détestable. Dans le monde de Ondine, l'amour va de paire avec la renommée et la fortune qu'il apporte.
Je trouve que Les beaux mariages n'est pas à la hauteur de Xingu (petit bijou) ou de Les yeux (même si j'ai eu quelques attentes déçus pour ce dernier). Les beaux mariages est un bon roman pour le portrait de l'époque qu'il brosse, mais l'histoire contient certaines longueurs et j'avoue qu'à certains moments, j'avais hâte de le terminer. Dans ce roman, Wharton se concentre essentiellement sur les mariages, comme le titre l'indique, les raisons de se marier, l'occasion de faire un beau mariage qui hissera la jeune fille à un nouveau statut plus appréciable, une place dans le "monde". C'est toutefois un tableau très intéressant sur une tranche de la société de l'époque.

Quelques extraits:

"Ainsi, vous considérez que c'est purement par manque d'imagination qu'un homme dépense de l'argent pour sa femme?
-Pas nécessairement, mais il manque d'imagination en se figurant que c'est tout ce qu'il lui doit."
p.184

"Elle commençait à percevoir qu’il éprouvait son inaptitude congénitale à comprendre quoi que ce soit à l’argent comme la différence la plus profonde entre eux. C’était un sens que personne ne lui avait jamais demandé d’acquérir, et dont on l’avait même encouragée à considérer le défaut comme une grâce et un prétexte. Dans l’intervalle de son divorce et de son remariage, elle avait appris le coût des choses, mais pas à s’en passer ; et l’argent demeurait pour elle une sorte de ruisseau mystérieux et incertain, qui parfois disparaissait sous terre, mais toujours pour resurgir sous ses pieds." p.391

"Ondine, rendue à son élément, cessa de remâcher ses griefs. Elle aimait sortir avec son mari, dont la présence à ses côtés était indiscutablement décorative. Il paraissait soudain plus jeune et plus vivant, et quand elle voyait d’autres femmes le regarder, elle se rappelait combien il était distingué. Elle s’amusait de l’avoir pour escorte, et se rendre avec lui à des dîners ou des bals, l’attendre sur des paliers croulants de fleurs ou traverser auprès de lui des halls de théâtres illuminés répondait à son plus profond idéal d’intimité conjugale." p.400