20 février 2007

Les beaux mariages

beauxmariagesEdith Wharton
La Découverte
460 pages

Résumé:

Ondine Spragg s'ouvre les portes de l'aristocratie new-yorkaise grâce à son mariage avec Ralph Marvell. Son ambition l'amène à divorcer et à se lancer à la conquête des hommes susceptibles de lui apporter tout ce qu'elle désire, c'est-à-dire l'amusement mais aussi la respectabilité. Si elle échoue face au banquier Peter Van Degen, elle va trouver une nouvelle victime en la personne du Marquis de Chelles, grâce à qui elle va - espère-t-elle - trouver une place de choix dans le monde du Faubourg Saint-Germain.
Les qualités d'analyse de la grande Edith Wharton et son brio font merveille dans cette vaste fresque qui dépeint une classe qui meurt et le monde du XXe siècle en pleine formation et trace avec audace et talent le portrait d'une femme moderne.

Mon commentaire:

Edith Wharton est née en 1862. Elle vit dans une société qui étouffe tout désir de sortir du moule, de ne pas être une bonne petite dame de maison. Elle se remet à l'écriture lorsque qu'elle se marie et quitte sa famille, puis publie son premier roman à l'âge de 40 ans. Son oeuvre compte environ quarante livres (romans, livres sur les maisons et les jardins). Cette édition des Beaux mariages comprend une introduction très intéressante de Marilyn French sur le personnage qu'était Edith Wharton - de son vrai nom Edith Newbold Jones - ainsi que de l'information sur la société de l'époque, genre de petit cercle fermé de la haute société, qui se suffisait à lui-même. Marilyn French, toujours dans son introduction, nous parle aussi de l'oeuvre de Wharton à travers les forces et faiblesses des personnages que l'auteur a créé.
Les beaux mariages me rappelle vaguement le genre de roman de Jane Austen mais sans l'humour et en plus grinçant. Il s'agit d'une critique acerbe de la société des nouveaux riches de l'époque, à l'ambition démesurée et au désir de se faire bien voir dans la société.
Ondine Spragg est détestable, capricieuse, égoïste, méprisante envers les autres et envers ses parents, qui restent dépourvus face au comportement de leur fille et qui même, l'encouragent dans ses emportements en ne la contrariant jamais. Ondine traite bien mal son mari, un écrivain frustré qui a dû, Ô honte, prendre un métier, afin de pourvoir aux besoins fantasques de sa femme. Cette dernière trouve qu'il ne pourvoie justement pas suffisamment pour combler ses besoins. Ondine, petite nature au fort caractère qui est prête à tout pour parvenir à ses fins. Elle se fait porter pâle et prescrire par son médecin un voyage à Londres ou à Paris pour évacuer le stress et renforcir le système nerveux (!), et par le même coup y retrouver un "ami"... J'avais souvent envie de lui donner quelques baffes tellement elle peut être détestable. Dans le monde de Ondine, l'amour va de paire avec la renommée et la fortune qu'il apporte.
Je trouve que Les beaux mariages n'est pas à la hauteur de Xingu (petit bijou) ou de Les yeux (même si j'ai eu quelques attentes déçus pour ce dernier). Les beaux mariages est un bon roman pour le portrait de l'époque qu'il brosse, mais l'histoire contient certaines longueurs et j'avoue qu'à certains moments, j'avais hâte de le terminer. Dans ce roman, Wharton se concentre essentiellement sur les mariages, comme le titre l'indique, les raisons de se marier, l'occasion de faire un beau mariage qui hissera la jeune fille à un nouveau statut plus appréciable, une place dans le "monde". C'est toutefois un tableau très intéressant sur une tranche de la société de l'époque.

Quelques extraits:

"Ainsi, vous considérez que c'est purement par manque d'imagination qu'un homme dépense de l'argent pour sa femme?
-Pas nécessairement, mais il manque d'imagination en se figurant que c'est tout ce qu'il lui doit."
p.184

"Elle commençait à percevoir qu’il éprouvait son inaptitude congénitale à comprendre quoi que ce soit à l’argent comme la différence la plus profonde entre eux. C’était un sens que personne ne lui avait jamais demandé d’acquérir, et dont on l’avait même encouragée à considérer le défaut comme une grâce et un prétexte. Dans l’intervalle de son divorce et de son remariage, elle avait appris le coût des choses, mais pas à s’en passer ; et l’argent demeurait pour elle une sorte de ruisseau mystérieux et incertain, qui parfois disparaissait sous terre, mais toujours pour resurgir sous ses pieds." p.391

"Ondine, rendue à son élément, cessa de remâcher ses griefs. Elle aimait sortir avec son mari, dont la présence à ses côtés était indiscutablement décorative. Il paraissait soudain plus jeune et plus vivant, et quand elle voyait d’autres femmes le regarder, elle se rappelait combien il était distingué. Elle s’amusait de l’avoir pour escorte, et se rendre avec lui à des dîners ou des bals, l’attendre sur des paliers croulants de fleurs ou traverser auprès de lui des halls de théâtres illuminés répondait à son plus profond idéal d’intimité conjugale." p.400

Posté par Allie à 21:00 - Commentaires [12] - Permalien [#]
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Commentaires sur Les beaux mariages

    Décidément, il y a quelque chose dans le style de cette auteure qui m'agace. Même si le sujet m'intéresse, j'ai beau essayer, je n'arrive pas à apprécier ses livres...

    Posté par amiedeplume, 17 avril 2011 à 18:41 | | Répondre
  • @amiedeplume: il y a des auteurs avec qui ça ne fonctionne pas, malheureusement. J'ai moins aimé Les beaux mariages, cependant tous les autres écrits de Wharton que j'ai lu m'ont beaucoup plu!

    Posté par Allie, 18 avril 2011 à 08:33 | | Répondre
  • Cette peinture sociale fin XIXè-début XXè me plairait bien. J'ajoute ce titre à ma liste interminable. Je me verrais bien lire ce roman pendant mes vacances d'été.
    Ton commentaire est très bien mené et ne nous cache rien des éventuelles difficultés qui nous attendent. Merci Allie.

    Posté par katell bouali, 21 février 2007 à 01:45 | | Répondre
  • J'ai tout à découvrir d'Edith Wharton, je n'ai encore rien lu d'elle

    Posté par Anne, 21 février 2007 à 03:53 | | Répondre
  • Ton analyse des "Beaux mariages" me donne envie de lire... "Xingu" que tu as défendu avec plus de ferveur. Ce sera l'occasion pour moi de refaire un tour du côté d'Edith Wharton que je connais mal. Merci à toi

    Posté par Gachucha, 21 février 2007 à 03:53 | | Répondre
  • Il y a peu de temps j'ai découvert Edith Wharton en lisant "Été", un roman que j'ai bien aimé, je continuerai avec "Le temps de l'innocence" ou "L'écueuil" que m'a conseillé Clarabel. Celui que tu présentes je ne le connaissais pas et j'en prends note.

    Posté par Florinette, 21 février 2007 à 04:09 | | Répondre
  • Undine est une des héroines les plus effrayantes que je connaisse...C'est bizarre, c'est elle l'héroine, on a son point de vue, et pourtant à aucun moment on ne peut se sentir proche d'elle. Que du vide. Brrr

    Posté par céline, 21 février 2007 à 05:06 | | Répondre
  • Katell: merci! Si tu le lis, j'ai bien hâte de lire ton avis!

    Anne: je n'ai pas tout lu non plus, je découvre tout juste son oeuvre, mais tu peux peut-être commencer par des romans un peu plus courts pour te faire une idée

    Gachucha: je garde de bons souvenirs de Xingu. C'est très court, je pense que c'est un roman (ou une longue nouvelle?) intéressant pour aborder Wharton!

    Florinette: et moi j'ai noté "Été" grâce à toi! Il me semble vraiment bien ce livre!

    Céline: voilà... elle est... vide un peu, superficielle... On ne s'attache pas vraiment à elle, elle est trop détestable

    Posté par Allie, 21 février 2007 à 08:04 | | Répondre
  • C'est avec ce roman que j'ai découvert Edith Wharton. Je suis d'accord avec toi pour dire que ce n'est pas son meilleur, mais ça donne envie d'explorer son oeuvre. Par la suite, j'ai adoré "Chez les heureux du monde".

    Posté par Papillon, 24 février 2007 à 07:41 | | Répondre
  • Papillon: Je finirai bien par me procurer les autres livres de Wharton! "Chez les heureux du monde" est sur ma liste! Contente de savoir qu'il t'a plu!

    Posté par Allie, 24 février 2007 à 14:34 | | Répondre
  • j'ai lu ce livre d'Edith Wharton suite à ta critique et j'ai vraiment adoré. Je trouve que si Xingu était un avant gout, ici toute l'ironie et la faculté d'Edith Wharton de décrire ce milieu est découplé.
    J'ai hâte de lire d'autres de ses romans

    Posté par Stéphanie, 19 août 2007 à 03:19 | | Répondre
  • Stéphanie: pour moi, ce n'est pas son meilleur, mais je suis contente qu'il t'ai plu encore plus qu'à moi Je vais découvrir le reste de son oeuvre au fil du temps, ses écrits m'intéressent...

    Posté par Allie, 30 août 2007 à 22:11 | | Répondre
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