24 février 2007

Tous les matins du monde

touslesmatinsdumondePascal Quignard
Éditions Gallimard
134 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

« Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l'ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse. Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu'à la barque. L'ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu'il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura : - Je ne sais comment dire : Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids. »

Mon commentaire:

Je ne connaissais pas du tout l'auteur ni le livre avant d'attaquer ce roman. C'est le titre, que je trouve profondément joli, qui m'a attirée. Un titre porteur d'allégresse, porteur de tristesse. L'écriture de Pascal Quignard dans ce livre est magnifique. On replonge au temps dix-septième siècle, dans l'univers de Monsieur de Sainte Colombe, musicien, compositeur et joueur de viole. L'histoire est la sienne et celle de son jeune élève, Marin Marais. Une sorte de tristesse latente parsème le récit. Le roman est court, l'écriture délicate mais qui dit tout, en une économie de mot. Pas de longues descriptions ni de longs dialogues. J'ai beaucoup aimé cette lecture. J'avais presque l'impression d'entendre la musique...
Un film a été produit à partir du livre, film que je n'ai pas vu et dont je ne connaissais rien du tout avant cette lecture. J'ai bien envie de le voir, maintenant.

Quelques extraits:

"J'ai le regret de votre mère. Chacun de ses souvenirs que j'ai gardés de mon épouse est un morceau de joie que je retrouverai jamais." p.18

"Tous les matins du monde sont sans retour." p.124

Posté par Allie à 15:21 - Commentaires [25]
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Le sans tache

sanstacheMarais Miller & Roger D. Landry
Éditions Stanké
211 pages

Résumé:

[...] "Caro, la messagère cycliste, note une silhouette au fond de la pièce.
-Êtes-vous Me O'Neil? J'ai besoin d'une signature pour confirmer ma livraison.
Un homme à demi couché sur une chaise droite ne bouge pas. Sa tête est inclinée, sa main droite frôle le sol. Caro approche. Elle se penche vers lui. Une grosse tache de la couleur du fauteuil couvre une partie de la chemise de l'homme. Deux larges pupilles noires la fixent. À droite, à ses pieds, elle aperçoit une arme.
Elle ne connaît pas cet homme. Il n'a pas l'air en paix. Du bout des doigts, elle effleure son front. Il est encore chaud. Et elle lui parle à voix mi-éteinte:
-Je dois partir. C'est trop risqué! Je ne veux rien savoir de la police, mon vieux!" [...]

Mon commentaire:

Le sans tache est le premier roman écrit par Marais et Miller, qui ont aussi écrit Je le jure. Les personnages (nombreux) du roman sont bien décrits et étoffés, j'ai trouvé bien intéressante la relation qu'ils ont entre eux. Les chapitres sont courts et séparés en différentes parties selon les jours où se passent les événements. Le rythme de lecture en est rapide. On plonge dans le Montréal urbain, en pleine canicule, pendant le festival de jazz. Si on connaît Montréal et ses différents quartiers, on reconnaît bien les descriptions des lieux, le Montréal des affaires et le Montréal underground.
Seul bémol: l'action s'accélère un peu trop rapidement à la fin et ça m'a paru un peu abrupte. Le recueil Je le jure a une profondeur qu'on ne retrouve pas du tout dans ce roman et l'écriture s'est beaucoup affinée depuis.
À noter que le titre de la couverture est en relief. Le titre est Le sans tache, mais un second titre saute aux yeux lorsqu'on lit son ombre: Le sang tache... Le jeu de mot m'a plu, l'ambiguïté colle bien à l'histoire et aux personnages.

Posté par Allie à 15:12 - Commentaires [0]
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22 février 2007

Le réseau Carlotta

reseaucarlottaLaurent Laplante
Les éditions JCL
306 pages

Résumé:

Aimé Gendron a amassé une fortune en travaillant dur pendant des années. Sa fille et son fils, gâtés et voraces, se croient des droits inaliénables sur ce patrimoine. Le père ne supporte plus de les voir gaspiller étourdiment l'argent qu'il a gagné. Il décide donc de leur couper les vivres pour de bon. Du même souffle, il engage des millions de dollars dans une fondation gérée par la belle Carlotta! Mais la réaction de ses enfants est si violente que Gendron croit utile d'écrire une lettre à la police. Il sent sa vie menacée. Lorsque les enquêteurs Pharand et Marceau trouvent le pli sur leur bureau, le mal est déjà fait. Qui donc peut profiter de ce crime?

Mon commentaire:

Le réseau Carlotta est le premier roman de Laurent Laplante que je lis. J'ai bien aimé l'univers de l'enquête policière que l'auteur nous présente. Il ne s'agit pas d'un thriller ou d'un roman plein de suspense, mais plutôt, du détail de procédures judiciaires. Nous suivons la trace de deux policiers, Marceau et Pharand, qui tentent à travers leur enquête, les mandats de perquisitions et les interrogatoires, de dénouer les fils d'une affaire impliquant beaucoup d'argent. Le style d'écriture de Laurent Laplante est intéressant et marqué d'une pointe d'humour, surtout dans les dialogues entre les deux policiers. Bref, un auteur que je suis contente de découvrir. Le réseau Carlotta est un bon roman policier pour quelques heures de bonne lecture.

Ce livre est publié dans la collection Couche-tard, une collection qui me plaît bien. Les livres sont au format poche pratique.

Un extrait:

"La chemise était ouverte sur le bureau et le thanatologue en effeuillait les pièces d'un index magistral. Demeuré debout pour en imposer davantage, Marceau avait une vue plongeante sur les documents. Mise en scène futile. L'autre le jaugeait comme s'il évaluait de façon préventive la largeur et la longueur de son éventuel cercueil. Ses explications se déroulaient nettement sous le point de congélation." p.30

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20 février 2007

Les beaux mariages

beauxmariagesEdith Wharton
La Découverte
460 pages

Résumé:

Ondine Spragg s'ouvre les portes de l'aristocratie new-yorkaise grâce à son mariage avec Ralph Marvell. Son ambition l'amène à divorcer et à se lancer à la conquête des hommes susceptibles de lui apporter tout ce qu'elle désire, c'est-à-dire l'amusement mais aussi la respectabilité. Si elle échoue face au banquier Peter Van Degen, elle va trouver une nouvelle victime en la personne du Marquis de Chelles, grâce à qui elle va - espère-t-elle - trouver une place de choix dans le monde du Faubourg Saint-Germain.
Les qualités d'analyse de la grande Edith Wharton et son brio font merveille dans cette vaste fresque qui dépeint une classe qui meurt et le monde du XXe siècle en pleine formation et trace avec audace et talent le portrait d'une femme moderne.

Mon commentaire:

Edith Wharton est née en 1862. Elle vit dans une société qui étouffe tout désir de sortir du moule, de ne pas être une bonne petite dame de maison. Elle se remet à l'écriture lorsque qu'elle se marie et quitte sa famille, puis publie son premier roman à l'âge de 40 ans. Son oeuvre compte environ quarante livres (romans, livres sur les maisons et les jardins). Cette édition des Beaux mariages comprend une introduction très intéressante de Marilyn French sur le personnage qu'était Edith Wharton - de son vrai nom Edith Newbold Jones - ainsi que de l'information sur la société de l'époque, genre de petit cercle fermé de la haute société, qui se suffisait à lui-même. Marilyn French, toujours dans son introduction, nous parle aussi de l'oeuvre de Wharton à travers les forces et faiblesses des personnages que l'auteur a créé.
Les beaux mariages me rappelle vaguement le genre de roman de Jane Austen mais sans l'humour et en plus grinçant. Il s'agit d'une critique acerbe de la société des nouveaux riches de l'époque, à l'ambition démesurée et au désir de se faire bien voir dans la société.
Ondine Spragg est détestable, capricieuse, égoïste, méprisante envers les autres et envers ses parents, qui restent dépourvus face au comportement de leur fille et qui même, l'encouragent dans ses emportements en ne la contrariant jamais. Ondine traite bien mal son mari, un écrivain frustré qui a dû, Ô honte, prendre un métier, afin de pourvoir aux besoins fantasques de sa femme. Cette dernière trouve qu'il ne pourvoie justement pas suffisamment pour combler ses besoins. Ondine, petite nature au fort caractère qui est prête à tout pour parvenir à ses fins. Elle se fait porter pâle et prescrire par son médecin un voyage à Londres ou à Paris pour évacuer le stress et renforcir le système nerveux (!), et par le même coup y retrouver un "ami"... J'avais souvent envie de lui donner quelques baffes tellement elle peut être détestable. Dans le monde de Ondine, l'amour va de paire avec la renommée et la fortune qu'il apporte.
Je trouve que Les beaux mariages n'est pas à la hauteur de Xingu (petit bijou) ou de Les yeux (même si j'ai eu quelques attentes déçus pour ce dernier). Les beaux mariages est un bon roman pour le portrait de l'époque qu'il brosse, mais l'histoire contient certaines longueurs et j'avoue qu'à certains moments, j'avais hâte de le terminer. Dans ce roman, Wharton se concentre essentiellement sur les mariages, comme le titre l'indique, les raisons de se marier, l'occasion de faire un beau mariage qui hissera la jeune fille à un nouveau statut plus appréciable, une place dans le "monde". C'est toutefois un tableau très intéressant sur une tranche de la société de l'époque.

Quelques extraits:

"Ainsi, vous considérez que c'est purement par manque d'imagination qu'un homme dépense de l'argent pour sa femme?
-Pas nécessairement, mais il manque d'imagination en se figurant que c'est tout ce qu'il lui doit."
p.184

"Elle commençait à percevoir qu’il éprouvait son inaptitude congénitale à comprendre quoi que ce soit à l’argent comme la différence la plus profonde entre eux. C’était un sens que personne ne lui avait jamais demandé d’acquérir, et dont on l’avait même encouragée à considérer le défaut comme une grâce et un prétexte. Dans l’intervalle de son divorce et de son remariage, elle avait appris le coût des choses, mais pas à s’en passer ; et l’argent demeurait pour elle une sorte de ruisseau mystérieux et incertain, qui parfois disparaissait sous terre, mais toujours pour resurgir sous ses pieds." p.391

"Ondine, rendue à son élément, cessa de remâcher ses griefs. Elle aimait sortir avec son mari, dont la présence à ses côtés était indiscutablement décorative. Il paraissait soudain plus jeune et plus vivant, et quand elle voyait d’autres femmes le regarder, elle se rappelait combien il était distingué. Elle s’amusait de l’avoir pour escorte, et se rendre avec lui à des dîners ou des bals, l’attendre sur des paliers croulants de fleurs ou traverser auprès de lui des halls de théâtres illuminés répondait à son plus profond idéal d’intimité conjugale." p.400

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16 février 2007

Quand tu es parti

quandtuespartiMaggie O'Farrell
Belfond
368 pages

Résumé:

Hospitalisée dans un coma profond, Alice se souvient : de l'amour fou avec John, un journaliste, fils d'un juif intégriste qui l'a renié ; de l'étrange enfant, puis de l'adolescente fragile et rebelle qu'elle a été ; de l'affection de sa grand-mère Elspeth et des heurts avec sa mère, Ann, beauté froide et énigmatique. Et tandis que toute la famille guette le moindre signe d'espoir, la genèse du drame affleure.

Mon commentaire:

Construit comme un casse-tête, ce roman peu surprendre un peu au départ puisqu'il y a beaucoup de personnages, de retours en arrière. Les événements ne sont pas racontés dans l'ordre chronologique et on se pose beaucoup de question. L'histoire se concentre autour de l'accident et du coma d'Alice, qui revisite son passé, son présent et celui de d'autres membres de sa famille. Nous comprenons beaucoup de choses à mesure que le roman avance. J'ai été un peu déstabilisée par la construction du roman pendant quelques pages puis j'ai pris goût à l'histoire et je n'ai plus voulu lâcher le livre. On a l'impression que l'auteur nous tient un peu sur la corde raide, que tout peut balancer d'un côté comme de l'autre à tout moment. J'ai beaucoup aimé l'écriture très prenante. Les différents chapitres racontant des tranches de vie des personnages se croisent et s'entrecroisent pour former au bout de près de 370 pages, un tout, une histoire familiale, une histoire d'amour, s'étalant sur plusieurs années.
Il y a une tristesse latente d'un bout à l'autre. Le personnage d'Alice m'a subjuguée tant par sa personnalité que par la grande tristesse qui lui ronge le coeur. C'est un personnage entier qui me reste encore en tête, longtemps après la lecture...
Un roman que j'ai beaucoup aimé et qui me donne envie de découvrir les autres livres de l'auteur, La distance entre nous et La maîtresse de mon amant.
Une plume à découvrir.

Posté par Allie à 09:59 - Commentaires [16]
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Prises au piège

prisesaupiegeP.J. Tracy
Presses de la cité
324 pages

Résumé:

Lorsque Sharon Mueller, membre du FBI, demande à Grace MacBride et à Annie Belinsky de l’aider à élucider une série de meurtres commis à Green Bay, les jeunes femmes ne font ni une ni deux et s’embarquent  pour un périple à travers la campagne du Wisconsin. Mais leur voiture tombe en panne et elles gagnent à pied la petite ville de Four Corners pour chercher un garagiste. Elles se retrouvent alors plongées dans un épouvantable cauchemar. Des hommes étranges en uniforme ont liquidé tous les habitants de cette ville. Privées de leur téléphone portable, piégées dans une nature hostile, les jeunes femmes doivent conjuguer leurs forces et leurs intelligences pour survivre. Et leurs vies ne sont pas les seules en jeu...

Mon commentaire:

Ce roman joue avec des peurs enfantines bien encrées: l'inconnu qui viole un lieu privé, une maison, un village; la peur d'être découvert alors qu'on n'a pas à se trouver dans un endroit donné; la peur de l'obscurité et des images qu'elle fait naître dans notre esprit... Le suspense est excellent et inquiétant. Le récit perd toutefois un peu de souffle vers la fin du roman. J'aurais également aimé avoir plus de détails sur les motivations des "méchants" dans toute cette histoire. On comprend l'essentiel mais personnellement, il me manque un peu de détails. Cependant, l'auteur a préféré tout miser sur l'horreur et le suspense causé par ce que vivent celles qui sont prises au piège. C'est bien aussi, même si mon désir d'en savoir plus n'est pas rassasié. C'est toutefois un bon suspense, un bon moment de lecture, un livre de vacances.
L'auteur semble avoir écrit quelques autres livres, mettant en scène les Monleewrench, une équipe travaillant en informatique et aidant la police. Le livre peut toutefois se lire sans problème, sans avoir pris connaissance des autres volumes.

Quelques extraits:

"Le silence parut absorber l'écho de sa voix, et elle fronça les sourcils.
-C'est drôlement silencieux ici.
-Tu n'as jamais passé beaucoup de temps à la campagne, je parie, s'esclaffa Sharon.
Annie eut un grognement et s'empressa de la détromper.
-Si, justement. La campagne, c'est ce qu'on traverse pour aller d'une ville à une autre.
-Eh bien, c'est à ça que ça ressemble quand on descend de voiture."
p.50

"Ses yeux brillaient sous le coup de la tension, son visage était raide de peur tandis qu'elle observait et écoutait les deux hommes. Tous les muscles de son corps semblaient pétrifiés. Voilà pourquoi les chevreuils se figent sous la lueur des phares. Tu t'étais toujours demandé pourquoi ils n'essayaient pas de s'enfuir vers le bord de la route, de chercher un abri dans les bois. Voilà la réponse. L'instinct de survie cesse de fonctionner quand le danger est trop proche. On ne peut agir que jusqu'à un certain point. Après, c'est impossible." p.153

Posté par Allie à 09:48 - Commentaires [3]
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13 février 2007

Je l'aimais

jelaimaisAnna Gavalda
Le Dilettante
216 pages

Résumé:

" ... Car vois-tu Chloé, ma vie, toute ma vie est comme ce poing serré. Je suis là, devant toi, dans cette cuisine. J'ai soixante-cinq ans. Je ne ressemble à rien. Je suis ce vieux con que tu secouais tout à l'heure. Je n'ai rien compris, je ne suis jamais monté au sixième étage. J'ai eu peur de mon ombre et me voilà maintenant, me voilà devant l'idée de ma mort et... Non, je t'en prie, ne m'interromps pas... Pas maintenant. Laisse-moi ouvrir ce poing. Un tout petit peu. Je nous resservais à boire. - Je vais commencer par le plus injuste, le plus cruel... C'est-à-dire, toi..."

Mon commentaire:

Même si ce premier roman de Gavalda n'est pas très joyeux, j'ai pris beaucoup de plaisir à sa lecture. Sorte de dialogue presque continu entre une femme et son beau-père, parsemé de silence et de petits gestes quotidiens, Je l'aimais parle de la famille, de l'amour et des choix que l'on doit faire. Le roman met en scène deux personnages que l'amour a écorchés un peu, les deux faces de la médaille: celui qui trompe versus celle qui se fait tromper. Et ils discutent. C'est banal, le sujet est vieux comme le monde et pourtant ça m'a plu. Le ton, les dialogues, l'histoire du beau-père, les silences qui meublent le temps.
Décidément, je préfère les romans aux nouvelles d'Anna Gavalda. Ensemble c'est tout m'avait beaucoup beaucoup plu, alors que Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, beaucoup moins. J'espère qu'il y aura un prochain roman très bientôt!

Un extrait:

"La vie, même quand tu la nies, même quand tu la négliges, même quand tu refuses de l'admettre, est plus forte que toi. Plus forte que tout."

Posté par Allie à 09:24 - Commentaires [16]
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11 février 2007

P.S.: I love you

psiloveyouCecelia Ahern
Albin Michel
406 pages

Résumé:

Holly et Gerry s'aimaient follement. Ils avaient la vie devant eux. Du moins le croyaient-ils... La mort soudaine de Gerry laisse Holly désespérée. Mais Gerry avait juré qu'il ne l'abandonnerait pas. Son ultime cadeau: "La liste", dix lettres à ouvrir après sa mort qui, chaque mois, aideront Holly à reprendre pied. Elle comprendra peu à peu que la vie vaut d'être vécue (mais c'est toujours plus facile quand un ange veille sur vous!).

Mon commentaire:

L'auteur, Cecelia Ahern a écrit ce roman à l'âge de 22 ans. C'est un roman d'amour, qui dépeint somme toute assez bien le deuil subit assez jeune, lorsqu'on perd son conjoint. Les bons jours, les mauvais, les culpabilités, la solitude, les regrets et les bons souvenirs. L'histoire des lettres de Gerry pour aider Holly à vivre à nouveau est bien originale. Le roman est écrit dans un ton assez léger pour en faire une histoire sympathique. Cependant, avec un sujet pareil, on aurait pu pousser beaucoup plus loin. Ce roman parle du deuil mais n'a pas la force ou la charge émotionnelle des Souliers de Noël par exemple ou de La dernière saison, qui traitent du même sujet. Le personnage de Holly est une fille qui ne vivait qu'à travers son amoureux. Mis à part faire la fête et sortir avec ses amies, elle n'a ni passe-temps, ni passion. Ce qui en fait un personnage assez vide et, même si elle est sympathique, ça m'a un peu agacée. Elle doit réapprendre à vivre pour elle et plus le roman avance, plus c'est intéressant. Le début (la partie en boîte de nuit, les sorties des filles pour se changer les idées, le film de Declan) comporte quelques longueurs qui m'ont lassée. Le ton est quand même souvent juste, le roman rempli de tendresse et pour une auteur de 22 ans, Cecelia Ahern a vraiment puisé au fond des sentiments pour recréer cette impression de vide lorsque l'on vit le deuil de notre amoureux et qu'il faut accepter la vie sans lui, alors qu'on l'aime toujours...

Un extrait:

"Elle détestait compter les jours qui la séparaient du prochain message, car c'était tout ce qui lui restait de son homme. Après celui-ci, il n'en resterait plus que trois. Et elle détestait penser à ce que serait sa vie quand il n'y aurait plus de Gerry. Les souvenirs, c'était bien joli, mais on ne pouvait ni les toucher, ni les sentir, ni les serrer contre soi. Ils ne collaient jamais complètement au moment présent et s'effaçaient avec le temps." p.238

À noter qu'un film avec Hilary Swank basé sur le livre est en cours de tournage.

Posté par Allie à 17:02 - Commentaires [14]
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10 février 2007

Le déclin de l'empire Whiting

declinempirewhitingRichard Russo
10/18
633 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Bienvenue à Empire Falls, dans le Maine, autrefois puissant centre industriel à présent livré à la faillite et l'ennui. Miles Roby, le gérant du grill, nous guide dans cet univers de petites misères et grandes décadence où tout le monde se connaît et où Mrs Whiting, incarnation tyrannique d'un passé prospère, règne en maître. Témoin d'une galerie de personnages drôles et bouleversants, hanté par le souvenir de sa mère, il se débat entre sa future ex-femme, son adolescente de fille, et son père, imprévisible et abusif. La découverte de lourds secrets de famille va bientôt bouleverser sa vie...

Mon commentaire:

C'est avec une certaine tristesse que j'ai refermé ce gros pavé. J'ai passé quelques jours merveilleux à Empire Falls, dans l'univers de Richard Russo. L'auteur a un talent fou et une grande finesse pour raconter les petites choses de la vie de chacun de ses personnages et les rendre tout à fait attachants. Comme dans la vie, tout n'est pas totalement noir ou totalement blanc. Richard Russo brosse un tableau en tons grisâtres sur la nature humaine, le passé et le futur, non sans une pointe d'humour et d'ironie qui m'ont vraiment plu. J'ai naturellement noté tous les autres titres écrits par l'auteur avec la ferme intention de me les procurer. Je n'en ai pas d'autres sous la main et c'est bien malheureux: j'aurais aimé rester encore un peu dans son univers. 632 pages c'est trop court pour ce roman qui m'a vraiment intéressée. Miles et sa grande gentillesse, David et ses cachotteries, Tick et ses problèmes d'adolescente, Jeanine et son "Silver Fox", Charlene la serveuse dont tous les hommes s'entichent, le Père Mark et son ouverture d'esprit, Mrs Whiting et sa chatte agressive, les "têtes de noeud" du Père Tom et même Max, son égocentrisme et sa grande ingratitude, vont me manquer...

À noter que ce roman a remporté le Prix Pulitzer 2002.

Quelques extraits:

"Pendant ses derniers mois de liberté au Mexique, C.B., allongé sur la plage, avait sans arrêt débattu la question avec papa. Ces discussions avaient eu beau ne prendre place que dans l'imagination filiale, c'est le père qui avait gagné à chaque fois, de sorte que, l'appel venant finalement, le fils s'était trouvé trop affaibli pour résister encore. Il était rentré chez lui décidé à faire de son mieux, en craignant d'abandonner son moi véritable au Mexique, et tout ce dont il était intrinsèquement capable.
C.C. avait découvert que violer sa nature profonde était loin d'être aussi déplaisant ou difficile qu'il se l'était imaginé. En fait, et en balayant Empire Falls du regard, il avait eu la très nette impression que tout le monde, chaque jour, ne faisait rien d'autre. Et, s'il fallait violer jusqu'à son destin, alors mieux valait se trouver dans la peau d'un Whiting." 
p.14

"La vie n'est peut-être qu'une succession de folies, comme vous dites, mais il est moins facile d'apprécier la farce à sa juste valeur quand on est toujours le dindon." p.227

"Lorsqu'on avait convoqué C.B. Whiting à Empire Falls au terme d'une dizaine d'années plus ou moins heureuses au Mexique, il avait pris la décision d'accepter pleinement la destinée que lui imposait son statut d'héritier mâle. Ou, plus précisément, d'être le premier à en corriger la trame. Son grand-père Elijah aurait trouvé la mort heureux s'il avait réussi à tuer sa femme à coups de pelle, mais il avait attendu trop longtemps, c'est pourquoi, le jour où il avait compris que l'homicide souhaité avait force de destin, il n'avait plus eu assez de force pour passer à l'acte, tandis que sa vieille épouse était toujours alerte. Il avait eu beau la poursuivre partout dans la maison, elle avait réussi à l'esquiver de pièce en pièce. Après quelques bonnes volées inutiles, Elijah s'était assis, épuisé, elle l'avait désarmé, et c'en avait été fini." p.621

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03 février 2007

Je le jure

jelejureMarais Miller
Guy Saint-Jean éditeur
154 pages

Résumé:

La cour de justice, avec ses drames humains, ses anecdotes, ses dessous pas toujours reluisants, ses sagas, s'apparente parfois à un étrange feuilleton, auquel s'entremêlent les destins de tout un chacun. Avocat de la défense, accusé, témoin, procureur ou juge, chacun traîne derrière lui un bagage lourd d'émotion, d'attente, de crainte. Chaque cause possède ses secrets, ses tragédies, ses faits, ses acteurs dont le tribunal constitue la toile de fond.
Une juge à la recherche de sa fille abandonnée, un père poursuivi par ses enfants, un paraplégique confronté à son agresseur, une accusée qui ne peut se pardonner l'assassinat de son enfant, une ancienne prostituée qui hésite à dénoncer son pimp, une femme qui voit son conjoint accusé d'agression sexuelle sur une inconnue et plusieurs autres personnages aux prises avec leurs démons, leurs doutes, leurs questionnements...
La cour de justice est le théâtre de nombreux bouleversements, de dévoilements surprises, de coups bas et de revirements soudains. Ce qui s'y passe laisse rarement les gens indifférents ou indemnes et ceux qui y entrent en ressortent parfois changés à jamais.

Un mot sur les auteurs:

(Clara) Marais, (Lori) Miller. Sous ces pseudonymes se cachent Suzanne Coupal et Céline Lamontagne. Elles ont d'abord été avocates (de la couronne pour Suzanne Coupal, de la défense pour Céline Lamontagne) puis procureures pour différentes Commissions d'enquête, avant de devenir juges à la Cour du Québec. Elle le sont depuis plus de dix ans. Sous les mêmes pseudonymes, elles ont également écrit un roman policier.

Mon commentaire:

Dans ce recueil de nouvelles, les histoires se terminent soudainement. Un mot, une phrase, un geste, un sentiment et tout bascule, dans l'ombre comme dans la lumière. En quelques lignes les personnages sont clairement mis en place, leurs sentiments si bien évoqués que le lecteur vit au rythme des courtes histoires. À travers ces nouvelles, les auteurs tentent de nous montrer le côté plus humain de la justice, à travers les petites victoires, la folie, les sentiments et parfois aussi, les déceptions et les échecs qui parsèment la vie. Un des personnages reviens à travers trois des quinze nouvelles du recueil. La qualité des textes est égale d'une couverture à l'autre et en fait un bon moment de lecture. J'ai bien aimé l'écriture des deux auteurs, qui travaillent dans le domaine de la justice. Elles savent de quoi elles parlent. On sent beaucoup de vécu à travers tous ces personnages qui ont affaire à la cour. Je serais bien curieuse de lire le roman policier qu'elles ont écrit ensemble.

Posté par Allie à 23:05 - Commentaires [11]
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