La route au tabac
Erskine Caldwell
Folio
237 pages
Résumé:
Lov posait des questions à Pearl. Il lui donnait des coups de pied, il lui jetait de l'eau à la tête, il lui lançait des pierres et des bâtons, il lui faisait tout ce qu'il croyait susceptible de la faire parler. Elle pleurait beaucoup, surtout quand Lov lui avait fait sérieusement mal, mais Lov ne considérait pas cela comme une conversation. Il aurait voulu qu'elle lui demandât s'il avait mal aux reins, quand il irait se faire couper les cheveux, s'il croyait qu'il allait pleuvoir. Mais Pearl ne disait pas un mot.
Mon commentaire:
La route au tabac c'est un roman sur le monde rural du Sud des États-Unis, dont la terre ne donne pas grand chose. Les personnages, quoique farfelus et un peu à côté de la plaque, baignent dans la misère et connaissent la faim qui tiraille le ventre. Ils agissent parfois à la limite de ce qui est moral, mais ils sont, ironiquement, très croyants. Caldwell a été un écrivain souvent censuré. Ses propos teintés d'érotisme, de violence et d'humour, sont parfois brutaux. Toutefois, il a vendu des millions de livres et s'est fait connaître avec La route au tabac et Le petit arpent du bon Dieu.
Les personnages de La route au tabac vivent dans la misère la plus noire et dans l'indifférence la plus totale quant à leur condition. Ils sont pauvres, le savent, mais ne font rien de concret pour s'aider. La vie s'écoule, les vies, morts et mariages se succèdent sans que personne n'en fasse de cas et c'est quelque peu choquant pour le lecteur. Les parents marient leurs enfants de douze ans sans objection, les grand-mère sont reléguées au statut de "meuble de la maison" et s'éteignent sans que personne ne se trouble. Entrer dans l'univers de Caldwell, c'est accepter la déchéance et le burlesque, à la limite de la moralité. Et ça m'a plu. Je suis généralement réceptive à ce genre de littérature du Sud. Cependant, je suis consciente que ce type de livre ne plaira pas à tous. Ceux qui aiment Faulkner ont plus de chances d'apprécier.
La pendaison d'Angélique
Afua Cooper
Éditions de l'Homme
320 pages
Résumé:
Dans la soirée du samedi 10 avril 1734, Montréal brûle. L’esclave Marie-Joseph-Angélique est traduite devant la justice et accusée d’avoir mis le feu. Soumise à la question extraordinaire, forme de torture atroce pendant laquelle on brise les os des jambes, elle craque et avoue avoir commis cet incendie criminel.
Puis, elle est pendue. Angélique entre dans l’histoire canadienne en tant que criminelle. Cependant, son procès nous offre une occasion unique de raconter sa vie d’esclave, une vie dont on n’aurait pas entendu parler autrement.
Afua Cooper fait revivre brillamment un chapitre méconnu de l’histoire du Canada, celui d’une Noire rebelle d’origine portugaise qui a cherché à briser ses chaînes. En nous présentant le vécu de cette jeune femme, elle met en lumière ce qui l’a sans doute poussée à commettre pareil crime. Par le fait même, elle détruit le mythe d’un Canada considéré comme un paradis pour les Noirs ayant échappé à l’esclavagisme des États-Unis.
Mon commentaire:
L’histoire d’Angélique est le plus ancien récit à propos de l’esclavage dans le Nouveau Monde. À travers le récit de la vie de cette esclave rebelle qui remet son état en question et désire se libérer de ses chaînes, Afua Cooper revisite l'histoire de l'esclavage. Du Portugal, ancienne puissance mondiale, jusqu'à la création de la Nouvelle-Angleterre et de la Nouvelle-France, de l'histoire de l'esclavage canadien occulté dans les livres, l'auteur nous offre un véritable regard sur notre histoire, mi-biographie, mi-essai. Fortement documenté, La pendaison d'Angélique aura nécessité quinze ans de recherches dans les archives privées et publiques. La présence de l'esclavage au Canada est très peu citée dans les livres et dans les cours. Passé sous silence, ce passé peu reluisant a tout de même existé durant 200 ans en Nouvelle-France. C'est le Roi-Soleil qui donnera son accord au début de l'esclavagisme en Nouvelle-France, afin d'augmenter la main d'oeuvre disponible. L'esclavage au Canada avait cours en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à l'Île du Prince Édouard. Les esclaves étaient détenus légalement et on se les échangeait comme de la simple marchandise, comme le montre un extrait d'une petite annonce parue dans la Gazette de Quebec du 10 mai 1785:
"Un homme qui s'en va en Angleterre désire vendre une jeune fille noire et son enfant[...] Elle sait très bien faire tous les travaux domestiques, plus particulièrement la lessive et la cuisine. Et un jeune négro robuste, âgé de 13 ans. Il y a aussi un bon cheval, une carriole et un harnais. Pour plus de renseignements, voir M. William Roxburg, Haute-Ville, Québec."
Angélique est une esclave noire, née au Portugal en 1705, d'une mère qu'on suppose esclave puisque les enfants d'esclaves le deviennent aussi automatiquement, peu importe qui en est le père. Elle appartiendra à un Flamand et sera vendue par la suite à un riche homme d'affaires de Montréal, Francheville, exploitant des Forges du Saint-Maurice. Elle sera accusée et jugée comme incendiaire et sera pendue en 1734. Afua Cooper nous offre l'histoire d'Angélique, mais aussi l'histoire d'une époque, des explications intéressantes sur les débuts de l'esclavage et la mise en place du contexte social, politique et historique de l'époque où vit Angélique.
L'ouvrage n'est pas présenté comme une biographie romancée ni nécessairement par ordre chronologique. On apprend les faits au tout début. L'auteur divise ensuite son livre par thèmes selon les différents chapitres. Un ouvrage qui plaira particulièrement à ceux que l'histoire intéresse, l'histoire judiciaire, les faits, les dates, la recherche (les sources de l'auteur sont toutes mentionnées avec des notes en bas de page et un annexe), ainsi qu'à ceux qui souhaitent en apprendre plus sur l'esclavage. Un livre intéressant, essentiel, comme il en existe peu en français à ce sujet.
En complément:
Le site des Grands mystères de l'histoire canadienne a consacré un volet à Angélique et à l'incendie de Montréal.
La boîte à thé
Gilles Brochard
Éditions Libre Expression
1 livret de 31 pages & 40 fiches
Résumé:
Voici venu le temps du thé avec ses traditions, ses sortilèges et ses aventures. Partez faire le tour du monde, initiez-vous et initiez vos amis à cette géographie du thé, de la Chine au Japon, de l'Inde à l'Europe. Boîte de pandore? Boîte à malices? La boîte à thé vous livre ses secrets: vingt fiches découvertes, vingt fiches recettes et un livret pour voyager en Asie et en Europe à l'heure du thé.
Mon commentaire:
Le livre-objet est magnifique. Conçu comme un boiter qu'on ouvre, les couleurs, les photographies qui illustrent les fiches et le livret, tout donne envie de se plonger dans l'univers du thé. L'objet est donc tentant, créateur d'envies et de souvenirs reliés au thé. Il s'agit d'un coffret de découvertes et d'initiation. L'auteur parle de l'essentiel, survole rapidement l'univers du thé en s'attardant aux plaisirs de la dégustation. J'y ai appris quelques anecdotes parfois surprenantes sur la dégustation du thé au Tibet par exemple (baratté avec du lait et du beurre !) ou sur l'utilisation passée des feuilles de thé (comme bouillon pour une soupe, auquel on ajoutait des aliments).
J'ai apprécié le tour d'horizon des différents rituels autour du thé selon les pays: le Maroc, la Chine, l'Angleterre, la Russie, l'Afganistan, la France, l'Inde et le Tibet. Les photographies qui accompagnent ces fiches sont très belles et proviennent de salons de thés offrant les différentes dégustations.
Les fiches recettes m'ont cependant déçue. Les recettes sont à mon avis un peu moins accessibles, certains produits moins courants pour le Québec et les mesures sont en grammes. Les recettes m'ont peu intéressée. Certes l'auteur allie le thé à des saveurs intéressantes (thé et chocolat, thé et courgette, thé et fraise) mais j'aurais préféré des recettes à l'image du livre: pour néophytes. Le livre est conçu pour la France, même s'il a été édité ici, il n'a pas été adapté pour le Québec. L'auteur y indexe donc les adresses de salons de thé français et des informations qui intéresseront surtout les Européens.
La boîte à thé n'en demeure pas moins un outil intéressant (et bien joli!) pour ceux qui débutent dans le monde du thé et qui veulent en apprendre un peu plus sur les grandes lignes de la culture du thé, de la dégustation et des différentes sortes de thé. C'est un bon vulgarisateur, plutôt bien écrit. Simple, concis, le coffret donne des pistes pour débuter et éventuellement, donner le goût d'approfondir avec un ouvrage plus spécialisé.
Cette petite incursion dans le monde du thé me donne envie de prolonger mon voyage dans cet univers, ce qui me fait vous demander: avez-vous lu de bons romans, des nouvelles ou de bons ouvrages (autres) sur le thé ou qui place cette boisson, sa cérémonie ou sa culture au centre de l'histoire?
Un extrait:
"Le buveur de thé est un être toujours insatisfait qui aime les voyages immobiles, ceux qui lui font traverser les frontières les moins accessibles, pour mieux accéder aux trésors cachés qui lui donneront des parcelles de bonheur. Il part à la recherche des meilleurs jardins de thé comme un amoureux jamais rassasié de preuves d'amour. Cela lui arrive de fermer les yeux, le nez plongé dans une boîte remplie de feuilles en provenance de Darjeeling ou du Fujian. Il inspire, souffle avec le nez et le voilà comme envoûté, l'esprit vagabondant vers des ailleurs qui le font rêver..."
Qui va à la chasse...
Mignon G. Eberhart
Éditions Liana Levi
293 pages
Résumé:
Quand Sarah Keate, infirmière de son état, accepte de s'occuper de la tante infirme de l'héritière de la famille Kingery, et de se rendre avec elles et plusieurs de leurs "amis" dans leur luxueux pavillon de chasse, elle ne se doute pas de l'objet véritable de cette réunion. Elle ne se doute pas non plus qu'une tempête de neige va les couper totalement du monde. Et de la suite... qui aurait pu se douter?
Un huis-clos étouffant dont la tension est heureusement allégée par l'incoercible curiosité et le solide bon sens de Sarah Keate.
Mon commentaire:
L'auteur, née en 1899 a 57 livres à son actif lors de son décès en 1996. Ses romans sont peu traduits et peu disponibles en français. Celui-ci ne semble pas faire exception. Il se retrouvera probablement plus facilement sur les tablettes des bibliothèques ou des bouquineries que chez votre libraire (du moins, à ce que j'ai pu voir). Mignon G. Eberhart remporte le Scotland Yard Prize pour son premier roman, L'éléphant de Jade. Le style rappelle un peu celui d'Agatha Christie, mais en plus contemporain, même si au moment où Christie créait le personnage de Miss Marple, Eberhart, elle, gagnait déjà des prix pour ses histoires.
Qui va à la chasse... est une histoire de crime en chambre close plutôt réussie, qui nous fait passer un bon moment. Tous les éléments clés de ce type d'histoire se retrouvent dans ce roman: une panoplie de personnages aux lourds secrets, un endroit isolé, une tempête de neige qui cloue tout le monde sur place, des crimes à répétitions, un chien au comportement étrange, ... C'est un bon roman pour ceux qui aiment le genre, pour passer quelques heures de bonne lecture, un soir de tempête par exemple...
À noter que la série mettant en scène Sarah Keate compte sept titres qui peuvent se lire séparément sans aucun problème. Trois de ces romans ont été adaptés dans le passé au cinéma.
Je n'entends plus que ton silence
Laurent Laplante
Éditions JCL
168 pages
Résumé:
Elle est là, alitée, brisée par un accident de la route et plongée dans un coma irréversible.
Il est là aussi, guettant le plus infime signe de vie cérébrale et se morfondant à espérer le retour de celle à qui il avait promis une aide pour disparaître si la vie n'en était plus une...
Pire encore, les examens qui ont suivi le drame apprennent au mari que la femme qu'il aime était rongée par un cancer en phase terminale. Il n'en avait jamais rien su...
Mon commentaire:
Je n'entends plus que ton silence est un roman en marge de la production de romans policiers écrits par l'auteur depuis quelques années. La belle plume de Laurent Laplante est mise en relief dans cette histoire magnifiquement écrite. Roman sur la mort, sur le suicide, le suicide assisté et l'euthanasie, sur la question très actuelle du choix de poursuivre ou non une vie qui n'en est plus une. Troublant, très vraisemblable et proche de la réalité ce qui en fait un roman marquant, qui pose des questions difficiles sur la vie et la mort, mais sans tomber dans le mélodrame. Le couple de l'histoire est frappé par son impossibilité de communiquer, frappé dans ce qui était auparavant sa force. Le style de Laurent Laplante est toujours très sobre, pudique et sensible. Je n'entends plus que ton silence est un court roman écrit sous la forme d'un journal. L'homme, Jean-Philippe, qui perd peu à peu la femme qu'il aime, se raconte au fil des jours et tente de mettre des mots sur ses blessures, sur son mal de vivre. En parallèle avec les histoires vraies de Robert Latimer et de Sue Rodriguez auxquelles l'auteur fait allusion régulièrement, Jean-Philippe remet en question ses discussions avec sa femme pour discerner ce qu'elle voudrait réellement pour elle, dans sa condition, puisqu'elle n'est plus en mesure de le communiquer. Un roman profondément poignant, rempli de tendresse. Un roman court, mais un grand roman.
Quelques extraits:
"La mort peut interrompre notre vie, pas nous priver de ce qu'elle a été." p.11
"Le mercredi 14 février 2001.
Si j'ai déposé ce matin dans la chambre un bouquet de roses rouges, ce n'est pas pour complaire à saint Valentin, mais pour que leur odeur s'insinue jusqu'à l'âme de ma bien-aimée, qu'elle lui soit un parfum dérobé à un autre temps et chargé d'anciens bonheurs." p.144
Vengeances croisées
Laurent Laplante
Éditions JCL
309 pages
Résumé:
Deux jeunes amoureux, Marie-Hélène et Jean-Luc, ont un profond désir de se venger de certaines personnes en les exécutant froidement. Pour éloigner les soupçons et brouiller les pistes, ils décident cependant d'échanger leurs cibles. La vengeance, surtout dictée par l'amour, devient presque légitime pour celui ou celle qui l'exerce. Elle risque même de procurer un plaisir trouble qui n'a plus rien à voir avec la justice. Heureusement, il arrive que des vengeances croisées fassent émerger chez l'un des partenaires un malaise qui freinera son instinct déboussolé...
Mon commentaire:
Ce roman reprend, pour la forme, l'ingénieuse idée de Patricia Highsmith avec L'inconnu du Nord Express (que j'ai d'ailleurs envie de relire...). Vengeances croisées met à nouveau en scène le couple d'inspecteurs Pharand et Marceau. Ce roman va un peu plus loin que les précédents. Les chapitres alternent entre les inspecteurs et le couple maudit formé de Marie-Hélène et de Jean-Luc. Les démarches policières et la rencontre avec les spécialistes et techniciens des laboratoire d'analyses sont plus poussées. On vit clairement la préparation des crimes de l'intérieur et leur résolution de l'extérieur. Le roman est bien construit, prenant et c'est un très bon moment de lecture. Un auteur que je ne peux que vous conseiller!
Un extrait:
"Ils parlaient de leurs exécutions comme si l'important consistait à bien choisir le bras vengeur, comme si le fin du fin, c'était d'apposer sur le travail la signature de celle ou de celui qui n'avait pas de motif. Puisque les enquêtes cherchent toujours "à qui profite le crime", ne devraient-ils pas les déboussoler en confiant l'exécution du crime à la moitié de leur couple qui ne tirait aucun avantage du crime?" p.10
Les mortes du Blavet
Laurent Laplante
JCL
305 pages
Résumé:
Une jeune Québécoise est retrouvée morte dans un fleuve breton, le Blavet. Dans les heures qui suivent, la mère de la victime se rend en France pour régler les formalités. Or, elle n'a pas aussitôt débarqué dans la petite ville bretonne qu'on la découvre, elle aussi, sans vie dans les eaux du fleuve. Avec ce second crime, l'histoire prend davantage des airs de mystérieux complot. L'inspecteur Féroc, en Bretagne, et son collègue Pharand, à Québec, unissent leurs efforts pour faire la lumière sur cette sombre affaire.
Mon commentaire:
J'ai beaucoup apprécié ce roman. Laurent Laplante nous revient avec deux inspecteurs récurrent, Pharand et Marceau. Les personnages des romans de Laplante sont très humains. L'auteur nous livre un roman policier qui nous montre les dessous d'une enquête. On suit l'apparition des indices, les découvertes et les questionnements en même temps que les inspecteurs. C'est différent et le style plaira à ceux que le morbide et l'hémoglobine ne séduisent pas. Personnellement, il s'agit du second livre de cette série que je lis et je suivrai avec attention les prochaines parutions. On s'attache à Pharand et au caractère pas toujours facile de Marceau. Dans Les mortes du Blavet, l'auteur nous amène en Bretagne. Les descriptions du Blavet nous y plongent instantanément. L'inspecteur Féroc est aussi attachant que ses collègues québécois et le lecteur suit les deux versants de l'enquête d'un côté et de l'autre de l'Atlantique. Une série à découvrir!
À noter que la 'série' des inspecteurs Pharand et Marceau compte les titres suivants:
- Des clés en trop, un doigt en moins
- Les mortes du Blavet
- Vengeances croisées
- Le réseau Carlotta
Les livres peuvent être lus dans l'ordre ou le désordre sans aucun problème.
L'incendie de Los Angeles
Nathanaël West
Seuil (Points)
220 pages
Résumé:
L'incendie de Los Angeles - d'après le titre du tableau auquel travaille le jeune héros, Tod Hackett - nous livre une vision désolante et féroce de Hollywood, à travers sa cohorte de spectateurs avides et forcenés, d'acteurs de seconde zone et de ratés en tous genres, "venus en Californie pour y mourir". Dans ce monde où tous les décors et les faux-semblants du monde se sont entassés (comme ils s'entassent dans le cerveau de l'homme moderne), la haine, la trahison, la jalousie mènent le bal et culminent dans un anéantissement collectif."
Mon commentaire:
Ce roman de Nathanaël West (de son vrai nom Nathan Wallenstein Weinstein) est un roman bizarre, déjanté. Il est difficile de le résumer tant ce qui s'y passe est plutôt étrange. On suit le personnage de Tod qui travaille dans les studios de cinéma. Il peint, un tableau qui porte le titre du roman dont on en saisit toute l'ampleur en tournant la dernière page. Tod aime une jeune fille qui repousse sans cesse ses avances mais qu'il côtoie quand même. Il rencontre des personnages étranges, qui ont tous l'air d'être un peu à côté de la plaque: le nain Abe Kusick qui dort sur le palier, la jeune Faye qui rêve d'être actrice, Homer qui prête sa maison à n'importe qui et qui est incapable de mettre dehors ceux qu'il a fait entrer chez lui, Harry vendeur de poli à argenterie et clown à ses heures, Earle qui se prend pour un cow-boy, Miguel et ses combats de coqs, etc. Certaines scènes du livre sont fortes et génèrent des images qui sont marquantes. J'ai aimé la scène de la promenade de Tod sur les plateaux de tournages jusqu'à ce qu'il tombe sur une reconstitution de la bataille de Waterloo qui tourne au désastre. La scène du combat de coqs est plutôt pénible et cruelle, mais ne laisse pas indifférent. Idem pour la fin du livre, qui est catastrophique. Est-ce que ce livre m'a plu? Oui, beaucoup. Nathanaël West peint, tout comme le héros de son livre, un portrait d'une Amérique utopique qui se révèle être cruelle, violente et amère. Nathanaël West est trop peu connu aujourd'hui. J'essaierai de mettre la main sur ses autres romans: Un million tout rond, Miss Lonelyhearts et La vie rêvée de Balso Snell, qui semblent malheureusement difficiles à trouver de nos jours...
Un extrait:
"Tod quitta la route et grimpa jusqu'à la crête de la colline pour regarder en bas de l'autre côté. De là, il pu voir un champ de quatre à cinq hectares couvert d'une brousse épineuse parsemée de touffes de tournesol et d'eucalyptus sauvage. Au centre du champ s'élevait un amoncellement gigantesque de décors, de panneaux anti-son et d'accessoires. Pendant que Tod regardait, un camion de dix tonnes y ajouta une nouvelle charge. C'était le dépotoir final. Il pensa à la Mer des Sargasses de Janvier. De même que cette masse d'eau imaginaire est une histoire de la civilisation sous forme de dépotoir marin, la décharge du studio en est une sous l'aspect d'un dépôt de balayures de rêves. Les Sargasses de l'imagination! Et ce dépôt s'emplit tous les jours davantage, car il n'existe nulle part de rêve en suspension qui ne finisse tôt ou tard par y échouer, après avoir été rendu photogénique à l'aide de plâtre, de toile, de lattes et de peinture." p.89
À noter qu'un film a été produit à partir du roman, sous le titre Le jour du fléau.
En complément:
Un article intéressant sur l'auteur, sur Wikipedia.





























