La bibliothèque d'Allie

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28 avril 2007

La nuit des calligraphes

nuit_des_calligraphesLa nuit des calligraphes - Yasmine Ghata coeur

Fayard, 181 pages

Résumé:

Ma mort me fut aussi douce que la pointe du roseau trempant ses fibres dans l'encrier, plus rapide que l'encre bue par le papier. Ainsi parle Rikkat, la calligraphe ottomane, d'une voix flottant entre ombre et lumière, alors qu'elle entreprend le récit de sa vie. En 1923, adolescente, elle sait déjà que rien ne pourra la détourner de la calligraphie. Pourtant, la même année, rompant avec l'Islam, la république d'Atatürk abolit progressivement la langue et l'écriture arabes au profit d'une version modifiée de l'alphabet latin. Serviteurs d'Allah et des sultans, les ouvriers de l'écriture sont mis au rebut et leurs écoles délaissées. Dans l'une d'elles se croisent Selim, l'ancêtre virtuose, et Rikkat, chargée de fournir papier et roseaux taillés à ces vieillards tenus en mépris par le nouveau régime. Le suicide de Selim va sceller un pacte inviolable entre la jeune élève et l'art des calligraphes. Avant de mourir, l'homme lui a légué son écritoire et son encre d'or, et il lui léguera bien davantage au cours de ses facétieuses visites d'outre-tombe. Mais la passion de la calligraphie possède Rikkat autant qu'elle la dépossède : sa vie de femme et de mère n'est qu'une succession de ruptures et d'abandons. Et c'est toujours dans l'écriture qu'elle s'épanche, communiquant alors aux arabesques une émotion qui humanise et modernise cet art immémorial.

Mon opinion:

Quelle belle lecture! La nuit des calligraphes est à l'image de son titre: tout en douceur. L'écriture est douce, raffinée, poétique. Le roman retrace la vie et le destin d'une femme calligraphe, Rikkat Kunt (la grand-mère de l'auteur) de son art et de sa difficulté à concilier son travail et sa famille. C'est un roman très touchant que j'ai lu lentement, pour en savourer de longs passages. Les chapitres qui font allusion au rituel de la calligraphie sont passionnants! J'ai beaucoup de mal à parler de ce livre qui m'a fait vibrer, dont j'ai absolument tout aimé et que je relirai. Un roman dont les mots m'ont parus infiniment bien choisis. En quelques pages et en une économie de phrases, Yasmine Ghata trace le portait d'une vie, d'une femme qui vivait essentiellement par et pour son art.
La nuit des calligraphes est un petit bijou que je garderai un peu à part dans ma bibliothèque, avec les quelques livres vers lesquels on revient spontanément. De ceux qu'on n'oublie pas. Il m'apparaît d'autant plus précieux qu'une amie que j'aime beaucoup me l'a offert...
Je vous le conseille fortement. L'auteur a une belle plume et j'espère qu'on pourra la lire à nouveau bientôt!

Un extrait:

"J'étais si appliquée qu'il finit par engager un professeur de dessin, une vieille fille de Bebek, petit village de la rive occidentale. Mon père devait aller la chercher puis la ramener chez elle, les navires de transport étant d'après elle mal fréquentés. Kösem, qui avait vécu trois ans à Florence, était une farouche partisane de la maniera italienne et vouait un culte transi à Bellini. À ses yeux, la lumière de Venise était comparable à celle de notre vieille Constantinople, l'Adriatique une cousine de notre Bosphore. Distraite, elle trempait le pinceau dans son thé à la pomme et buvait l'eau de rinçage devenue multicolore."
p.82

10/10

Posté par Allie à 21:06 - Roman France - Belgique - Suisse - Commentaires [27] - Permalien [#]

25 avril 2007

Vente de livres des Bibliothèques de Montréal

biblio_venteLe solde de livres organisé par les Amis de la Bibliothèque de Montréal fête ses 15 ans cette année. C'est toujours un événement que j'aime beaucoup puisqu'il permet aux grands lecteurs de trouver une foule de livres au prix symbolique de 1$ et moins. J'ai pu repartir avec une grosse boîte pleine de livres en excellent état pour la majorité d'entre eux. J'ai aussi quelques livres qui n'ont jamais été ouverts et plusieurs qui avaient une couverture plastique que j'ai pu enlever. Ils n'ont donc plus d'étiquettes et sont comme neufs! J'ai aussi pu récupérer quelques livres provenant de dons du public qui ne sont pas du tout abîmés.

Résultat de la vente: 39 livres pour la très petite somme de 39$ soit deux guides pratique pour la maison et 37 romans qui sont:

Barillé, Elisabeth - Exaucez-nous!
Baxter, Charles - Festin d'amour
Bello, Antoine - Éloge de la pièce manquante
Caldwell, Erskine - Annette
Caldwell, Erskine - Le petit arpent du bon Dieu
Cather, Willa - Pionniers
Chen, Ying - Immobile
DuMaurier, Daphne - Les oiseaux et autres nouvelles
Ernaux, Annie - L'usage de la photo
Findley, Timothy - Chasseur de têtes
Findley, Timothy - La fille de l'homme au piano
Ford, Richard - Une situation difficile
Freire, Espido - Irlanda
Hornby, Nick - Carton Jaune
Kimhi, Alona - Suzanne la pleureuse
Kingsolver, Barbara - Une île sous le vent
Lambrichs, Louise L. - Le jeu du roman
Loy, Rosetta - La bicyclette
Mansfield, Katherine - Le voyage indiscret
Marias, Javier - Le roman d'Oxford
Melville, Herman - Le grand escroc
Mills, Magnus - Sur le départ
Murdoch, Iris - La gouvernante Italienne
Navarre, Yves - La dame du fond de la cour
O'Dell, Tawni - Retour à Coal Run
Oates, Joyce Carol - Blonde
Rhys, Jean - Quai des Grands-Augustins
Riel, Jorn - Le jour avant le lendemain
Shacochis, Bob - Sur les eaux du volcan
Smiley, Jane - L'exploitation
Tabucchi, Antonio - Nocturne Indien
Von Arnim, Elizabeth - Avril enchanté
Vonarburg, Elisabeth - Chroniques du pays des Mères
Vreeland, Susan - Jeune fille en bleu jacinthe
Wharton, Edith - Chez les heureux du monde
Woolf, Virginia - Trois guinées
Wynd, Oswald - Une odeur de gingembre

La vente de livres n'est pas terminée, elle a lieu jusqu'au 29 avril. De nouveaux livres sont ajoutés chaque jour. Lorsque j'étais plus proche, j'y allais deux ou trois fois et je trouvais chaque fois de nouvelles choses! Maintenant je suis trop loin pour y aller souvent, toutefois c'est une vente qui selon moi, vaut largement la peine!

Plus d'informations:abm_solde

Bonne lecture!

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23 avril 2007

Journée mondiale du livre

affiche_GrandeLe 23 avril, depuis 12 ans, nous fêtons la Journée mondiale du livre. Des activités sont organisées et plusieurs librairies offrent des roses à de livres.

La première fois que j'ai participé à cet événement, j'étais adolescente. Nous étions allés dans une librairie pleine à craquer de gens et ma mère m'avait demandé de choisir un livre à mon choix. J'avais pris L'alchimiste de Paulo Coleho. Je me cherchais, je ne savais pas ce que je voulais de la vie et ce livre, que j'ai lu quelques jours plus tard, m'avait alors bouleversée. Au comptoir, on m'avait fait choisir une rose. La mienne était blanche. J'avais trouvé l'idée originale. Et ça a marqué en quelque sorte, le souvenir de cette journée. Un livre et une rose. Pour en connaître plus sur l'historique de cette célébration et de la raison pour laquelle on offre une rose à l'achat d'un livre, c'est ICI.

Vous pouvez consulter la liste des activités offertes pour votre région en allant sur le site de la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur.

Cette semaine, j'assisterai à une vente de livres à prix symboliques dont les profits seront remis aux bibliothèques dans le cadre d'activités.

Et vous, que ferez vous?

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21 avril 2007

Lorsque j'étais une oeuvre d'art

lorsque_jetais_une_oeuvre_dartLorsque j'étais une oeuvre d'art - Eric-Emmanuel Schmitt

Le livre de poche, 252 pages

Résumé:

Parce qu’il se sent médiocre et inexistant, un jeune homme va se suicider quand un artiste mégalomane suspend son geste. Il lui propose d’acheter son âme et son corps pour en faire une sculpture vivante, sublime ou monstrueuse, et une marchandise planétaire. Le désespéré accepte le pacte et l’opération, se laisse déshumaniser, et exposer aux yeux des foules, sous le nom d’Adam-bis. Mais peut-il abdiquer entièrement son humanité ? Grâce à l’amour d’une jeune femme, « l’œuvre d’art » tente alors de sortir de l’emprise de son créateur et de retrouver sa conscience perdue. Cette fable excentrique, inquiétante et comique nous entraîne dans un monde rongé par le narcissisme, le culte du simulacre et de l’apparence, le totalitarisme de l’image : le nôtre.

Mon opinion:

Ce roman d'Eric-Emmanuel Schmitt est plutôt fascinant, surprenant, un peu macabre. Le personnage de Zeus-Peter Lama (!) me fait penser à celui d'Arto créé par Jean-Jacques Pelletier. Lama se situe entre Arto et Frankenstein. Homme peu scrupuleux, manipulateur, il voit l'art comme étant une vaste entreprise commerciale. Peu importe l'homme, peu importe les sentiments, tant que c'est fait au nom de l'art, il n'y a rien à y redire. Il opérera une machination cruelle, digne d'un détraqué, sur le jeune Tazio. Lorsque j'étais une oeuvre d'art aborde de façon originale le culte de la beauté, ses conséquences, la détresse de ceux qui en sont rejetés et ce que peut faire un peu de tendresse et d'amour sur l'âme. Fable contemporaine, on peut aussi le voir comme une sorte de roman d'anticipation... Qui sait jusqu'où certains "artistes" peuvent aller, au nom de leur art...

Un extrait:

"J'ai toujours raté mes suicides. J'ai toujours tout raté, pour être exact: ma vie comme mes suicides. Ce qui est cruel, dans mon cas, c'est que je m'en rends compte. Nous sommes des milliers sur Terre à manquer de force, d'esprit, de beauté ou de chance, or ce qui fait ma malheureuse singularité, c'est que j'en suis conscient. Tous les dons m'auront été épargnés sauf la lucidité. Rater ma vie, soit... mais rater mes suicides! J'ai honte de moi. Incapable d'entrer dans la vie et pas fichu d'en sortir..."
p.5

8/10

Posté par Allie à 08:20 - Roman France - Belgique - Suisse - Commentaires [13] - Permalien [#]

19 avril 2007

Dolce agonia

dolce_agoniaDolce agonia - Nancy Huston

Babel Actes Sud, 499 pages

Résumé:

Dieu, qui se prend sans doute pour un romancier, se livre ici au malicieux plaisir de nous montrer, au début de chaque chapitre, vers quel destin s'acheminent à leur insu douze convives qui passent ensemble une soirée de Thanksgiving dans l'Amérique profonde. Ces convives, campés avec l'autorité que leur donne une romancière rompue à l'art de révéler le vertige des pensées et la valse des sentiments, conversent sur la naissance et la mort, ils discutent de l'existence et de l'amour, ils déballent leurs espérances et leurs désillusions, et font voir, au passage, le métissage complexe de leur société. Mais le lecteur, averti du sort qui les attend, assiste à leurs manèges avec, dans sa conscience, le poids d'une vérité qu'il est incapable de leur transmettre. Peu à peu apparaît ainsi l'étrange relation que le roman entretient parfois avec notre propre vie.

Mon opinion:

J'ai lu Dolce agonia pour une raison bien précise: quelques-uns des personnages suivis et entrevus dans La virevolte se retrouvent également dans ce roman. L'histoire n'est pas une suite. Dolce Agonia nous fait partager un repas de Thanksgiving vécu par les personnages. Comme si, avec ce roman, Nancy Huston avait prélevé une parcelle de vie de ses personnages pendant La virevolte, pour en faire un autre roman. Une histoire, dans l'histoire. Ce qui est terrible dans ce livre, c'est que Dieu nous parle. Et il nous raconte, avant chaque chapitre, ce qu'il adviendra des personnages, de leur vie et de sa durée, de ce qui les attendent. Alors qu'ils sont tranquillement en train de fêter Thanksgiving, une soirée qui ne plaît pas à la plupart d'entre eux, le lecteur est au courant de leur finalité. Cela crée un sentiment de fascination un peu morbide qui nous pousse à poursuivre la lecture. La narration est calquée sur ce qui se passe réellement lors d'un souper de ce genre. Un personnage parle et l'auteur nous fait part également de ce qui se passe dans la tête des autres invités au même moment. Nancy Huston dissèque l'âme humaine et fait ressortir les côtés sombres de chacun de ses personnages. Le lecteur apprend du même coup, les petits secrets peu avouables de chacun des protagonistes. Tant par la forme, l'écriture et le sujet, Dolce agonia est un roman très différent de La virevolte. C'est un roman qui m'a beaucoup plu et j'ai vraiment aimé la construction de l'histoire qui alterne entre les propos de Dieu et les chapitres qui racontent le repas de Thanksgiving. Décidément, l'écriture de Nancy Huston est envoûtante, elle fouille à sa façon l'âme humaine. Je la relirai assurément et c'est un plaisir de savoir qu'il me reste tant de romans d'elle à découvrir.

Un extrait:

En allant voir Sydney à l'hôpital la veille, il lui avait trouvé la main bizarrement flasque et le teint livide, presque gris sous les néons de sa chambre. Mais, tout en lui parlant d'une voix calme et rassurante, il n'arrêtait pas d'élaborer de nouveaux paragraphes pour sa conférence à Madison, sur la perte de plaisir qu'entraîne le gain de temps: "Dans l'Amérique contemporaine, la communication est instantannée mais elle est insignifiante", ou bien: "Plus personne ne passe la journée aux fourneaux, mais nos repas sont insipides." "Qu'avons-nous perdu? L'art de la conversation, l'art de la correspondance, l'art de préparer et de partager la nourriture... en un mot, l'art de la présence." "Bon papa, faut que j'y aille." "Vas-y fiston", avait dit Sydney d'une voix rauque, et il s'était détourné de Derek pour regarder par la fenêtre...
p.200

À noter que ce livre a remporté le Prix Odyssée en 2002.

8.5/10

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17 avril 2007

La virevolte

virevolteLa virevolte - Nancy Huston

Babel Actes Sud, 252 pages

Résumé:

Un, deux, trois petits tours et puis s'en va : Lin a un mari, deux filles, des amitiés, des moments de rare bonheur. Inexorablement pourtant, une passion qui est aussi son métier - la danse - s'impose à elle. Jusqu'au jour où elle choisit... La virevolte, c'est cela : une impulsion irrésistible, un élan, un jaillissement qui, de l'accouchement à l'abandon et à l'envol, restent à jamais un sursaut vers la vie. La danse, le mystérieux travail du temps, le vertige et le désarroi d'être mère, l'indicible solitude, la beauté et la vulnérabilité des corps, la puissance des cycles, l'énigmatique empreinte du destin familial : dans ce livre qui jamais ne juge, il y a une force de compréhension bouleversante.

Mon opinion:

J'aborde avec ce livre l'oeuvre de Nancy Huston que je souhaite lire depuis longtemps. Son écriture m'a beaucoup surprise. Je la croyais beaucoup moins accessible. Certes, il ne s'agit pas d'un roman linéaire. Les paragraphes sont courts, les chapitres peu longs. Le rythme est souvent haché, comme si l'auteur avait croqué sur le vif des moments de la vie de ses personnages. L'histoire de cette mère qui abandonne sa famille pour poursuivre son rêve, son idéal, est troublante. Le roman laisse transparaître un mal être ou un mal de vivre d'à peu près tous les personnages. Ce n'est pas un roman vraiment joyeux, une certaine tristesse enrobe l'histoire. L'écriture est douce et violente à la fois. On est loin de l'ode à la maternité et au bonheur de vivre en famille. L'auteur, à travers le personnage de Lin, offre une réflexion sur la difficulté de concilier une grande passion (dans ce cas-ci, la danse) avec la vie de famille. Il faut donc être prêt à accueillir ce roman que j'ai, pour ma part, beaucoup apprécié. J'ai découvert un univers troublant, mais une écriture intelligente, qui vient chercher en moi des sentiments profonds. L'histoire reste en tête bien après en avoir terminé la lecture. Un roman que je conseille donc et une auteur que je me réjouis de découvrir!

Un extrait:

" [...] Je me souviens que je montais parfois dans sa salle de danse pour la regarder travailler avec ses danseurs. Elle était assise par terre, les yeux rivés sur eux, elle hochait légèrement la tête au rythme de la musique... Quand je la voyais comme ça de profil, si belle et si absorbée, je me rendais compte que pour elle je n'étais tout simplement pas là. La maison aurait pu prendre feu, elle n'aurait pas détourné le regard de ces corps: elle les faisait danser, tu comprends, c'était ses yeux qui imprimaient tous leurs mouvements... Oui, l'intensité de son regard, c'est de ça que je me souviens le mieux. Je n'arrivais pas à croire qu'elle finirait par revenir sur terre, tourner sa tête vers moi, me reconnaître et me sourire..."
p.218

8.5/10

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16 avril 2007

Sainte famille

sainte_familleSainte famille - Anne Marie Lecomte

Flammarion Québec, 192 pages

Résumé:

Anne Marie Lecomte doit à Margaret Atwood ce premier livre. La grande dame de la littérature, en écoutant la journaliste et mère de famille qui désespérait d’écrire, lui a fourni la clé : « Si vous n’avez pas le temps d’écrire de courtes histoires, écrivez de TRÈS COURTES histoires. »
Des histoires, elle en a plein son quotidien : un bungalow « tout à l’envers », un homme « tout à l’endroit », deux enfants et autant de chats. Elle a aussi une plume si aiguisée pour les raconter que Lise Ravary, la directrice de Châtelaine, lui a demandé d’en faire une chronique qui suscite régulièrement les commentaires enthousiastes des lecteurs.
« À tous les coups, elle frappe dans le mille », écrivent-ils. Des caprices de la femme de ménage aux expériences explosives du fiston, des innombrables soupirs aux fous rires plus nombreux encore, Anne Marie tisse au fil de ces petites histoires un portrait irrésistible et touchant de sa sainte famille. On sympathise, on rigole, on se fait du bien en la lisant… et en la relisant !

Mon opinion:

Ce recueil est en fait un livre regroupant les chroniques de la journaliste Anne-Marie Lecomte, parues dans le magazine Châtelaine. Les histoires sont courtes, bien ancrées dans la réalité et le quotidien de cette mère de famille qui concilie travail, conjoint et enfants. Il n'est pas obligatoire d'avoir des enfants pour apprécier. Anne-Marie Lecomte parle aussi de la femme en général, du conjoint, toujours en parlant d'elle. On sourit, on rit, on se reconnaît. Ses chroniques sonnent juste et nous rappellent des moments de notre propre vie. Les chroniques sont parsemées d'humour et de petites réflexions sur la vie qu'on mène aujourd'hui. Je pense qu'il ne faut pas nécessairement prendre tout au premier degré. Il s'agit de chroniques teintées d'humour, avec un bon de fond de vérité, mais aussi un miroir de ce que la société exige des femmes aujourd'hui. Bref, c'est de cette façon que j'ai abordé ce recueil qui, par sa forme, se prête bien à une lecture souvent interrompue ou à de courts moments de lecture. On sourit, on passe de bons moments, on a envie de faire lire certaines chroniques qui nous ont particulièrement parlées. L'écriture est franche, sincère, légère, amusante. Et ça m'a plu.

8/10

Posté par Allie à 12:03 - Nouvelles / Récits / Chroniques - Commentaires [9] - Permalien [#]

14 avril 2007

Un animal doué de raison

animal_doue_de_raisonUn animal doué de raison - Robert Merle

Folio SF, 502 pages

Résumé:

"Bi et Fa, les deux dauphins, le regardaient, ni amicaux, ni hostiles.
-Eh bien, Bi, dit Sevilla, tu ne dis rien?
-Maintenant je ne parle plus. Maintenant je nage.
-Pourquoi?
-Je ne veux plus parler la langue des hommes.
-Moi non plus, dit Fa tout d'un coup.
-Pourquoi? dit Sevilla en se tournant vers lui.
Fa ne répondit pas.
-Pourquoi, Bi?
Bi le regarda alternativement de l'oeil droit puis de l'oeil gauche... Elle dit d'une voix criarde, nasillarde et parfaitement distincte:
-L'homme n'est pas bon."

Mon opinion:

Qui n'a pas un jour regardé son animal favori en disant "Il ne lui manque plus que la parole". C'est ce que Sévilla et son équipe tenteront de faire avec des dauphins. Écrit sous forme de documentaire, Un animal doué de raison me rappelle Les animaux dénaturés de Vercors, que j'avais d'ailleurs beaucoup aimé et que je compte relire bientôt. Naturellement, le livre nous parle de cétologie et de l'application de cette science à mauvais escient. Toutefois, le roman est aussi une critique de la société et une vision lucide surprenante du futur au moment où le livre a été écrit. On ne peut que faire des liens avec le monde d'aujourd'hui et c'est plutôt troublant. Au milieu du roman, quand les recherches sur les dauphins deviennent plus cruciales, on ne peut s'empêcher de s'inquiéter devant l'ampleur et l'engouement que prennent les choses. Serait-ce différent si ça se passait réellement? J'en doute.
Le don de parole chez les animaux, tel que présenté dans le roman, apporte une remise en question de plusieurs concepts. Si un animal parle, est-il l'égal de l'homme? Possède t-il une âme? Doit-on alors évangéliser les dauphins? Sont-ils doués de raison? Qu'est-ce qui différencie l'homme de l'animal? Le statut de l'animal qui parle change t-il? Est-ce de l'esclavage que de les mettre au service de l'homme puisque dorénavant, ils possèdent la faculté de parler?
Paru en 1967, Un animal doué de raison est un très bon roman d'anticipation, sûrement plus près de nous qu'on ne le pense. Décidément, j'aime beaucoup mon chien, mais je crois préférable qu'il ne parle pas...

8.5/10

Ce livre a été lu pour le Challenge 2007.

*Je dédie cette critique à Flo et Steffy, qui trouvent mon rythme de lecture plutôt lent depuis le dernier livre... :P Je tâcherai de faire mieux la prochaine fois! ;)

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07 avril 2007

La grammaire est une chanson douce

grammaire_est_une_chanson_douceLa grammaire est une chanson douce - Erik Orsenna

Le livre de poche, 150 pages

Résumé:

"Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue: Je t'aime.
Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps.

Il me sembla qu'elle nous souriait, la petite phrase. Il me sembla qu'elle nous parlait:
-Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j'ai trop travaillé. Il faut que je me repose.
-Allons, allons, Je t'aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pied.
Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi.

Tout le monde dit et répète "Je t'aime". Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s'usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver."

Mon opinion:

À travers l'histoire de Jeanne et de Thomas qui ont perdu tous leurs mots dans un naufrage, Erik Orsenna revisite la grammaire et nous parle de l'amour de la langue française. On déguste ce livre doucement, on lit et relit certaines phrases, certains passages. Un petit livre magnifique, enchanté, un conte, une ode à la langue française et aux langues qui malheureusement parfois disparaissent... J'ai adoré me promener sur l'île où ont échoués Jeanne et Thomas et j'aurais bien aimé visiter moi aussi la petite boutique "Au vocabulaire de l'amour" ou celle de "Marie-Louise, Étymologiste en quatre langues". L'auteur a une imagination qui m'a beaucoup plu. Je regrette cependant que ce soit si court! J'ai bien envie de lire ses autres livres!

Le roman est illustré des magnifiques illustrations de Bigre! qui sont tout à fait dans l'esprit du livre.

Un extrait:

"Bénissez la chance, mes enfants, d'avoir vu le jour dans l'une des plus belles langues de la Terre, Le français est votre pays. Apprenez-le, inventez-le. Ce sera, toute votre vie, votre ami le plus intime."
p.14

9/10

Ce livre a été lu pour le Challenge 2007.

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La lumière des mots

lumiere_des_motsLa lumière des mots - Micheline Duff

Éditions JCL, 388 pages

Résumé:

La saga familiale amorcée avec D’un silence à l’autre se poursuit au rythme des saisons et des orages. Si Andréanne, son fils et le petit Charles ont pardonné ses erreurs, le soleil ne revient pas nécessairement dans l’horizon de Florence Coulombe. Plusieurs membres de sa famille continuent de la renier et de la priver de ses petits-enfants. Et Désiré, son fils pédophile devenu éditeur, continue de l’inquiéter, non sans raison. Il lui reste la présence de ses jumelles, la musique, les charmes de Philippe, un bel illustrateur, et surtout l’énergie pour consigner enfin ses secrets sur une tablette à écrire. Florence rédigera plusieurs recueils de contes afin de les laisser en héritage à ses petits-enfants qu’elle n’a pas connus. Puis, après avoir écrit un best-seller pour adulte publié sur la scène internationale, elle confie à la plume sa propre histoire que les éditeurs repousseront du revers de la main. Florence brûlera alors son manuscrit dans un immense feu de camp, concédant définitivement la victoire au silence. La vieille dame s’éteindra paisiblement quelques années plus tard, non sans avoir raconté sa vie à l’une de ses descendantes.

Mon opinion:

Dans ce second tome de la série D'un Silence à l'autre, c'est le pouvoir des mots qui est au coeur du roman. Après des années de silence et de non-dits, les mots seront un baume nécessaire sur le coeur écorché de Florence. Touchant et émouvant, ce roman remue beaucoup d'émotions chez le lecteur, car il traite d'un sujet difficile: la pédophilie. Nous-même, qu'aurions-nous fait à la place de Florence? Par moments, les émotions prennent le dessus et on a envie de bousculer un peu cette femme que la vie n'a pas toujours épargnée. On a envie de comprendre, on a parfois envie de condamner... C'est un roman dérangeant, beaucoup plus que le premier tome. C'est un roman qui est rempli d'une certaine douceur, de beaux moments qui font naître chez le lecteur de véritables émotions. La lumière des mots n'est pas un roman facile, principalement à cause de son sujet épineux. Et pourtant, il en ressort une belle grandeur d'âme. Bref, l'auteur a une plume vraiment intéressante, gorgée d'émotions, qu'elle communique facilement au lecteur.

J'aime beaucoup la couverture qui forme une sorte de continuité avec le tome 1.

tome1  tome2

Un extrait:

"À partir de ce moment, Florence se mit à écrire des histoires pour enfants, jour après jour, comme une forcenée. [...] Elle ne voyait pas le temps passer. Les mots, porteurs de libération, la vidaient, la délestaient du poids trop lourd de l'amertume. Elle vivait tout à coup dans une autre dimension, un monde candide et imaginaire pourtant bien réel dans son esprit. Un monde où se réfugier et qui n'appartenait qu'à elle."
p.25

8.5/10

Posté par Allie à 10:36 - Roman Québec - Canada - Commentaires [7] - Permalien [#]



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