12 juin 2007
Tea-bag
Tea-bag - Henning Mankell
Seuil, 329 pages
Résumé:
Tea-bag, jeune Nigériane, traverse l'Europe à pied, persuadée que tout là-haut, en Suède, une porte s'ouvrira pour elle. Tania, venue de Smolensk, a franchi la Baltique à la rame, portée par le même espoir. Leïla est arrivée d'Iran alors qu'elle était enfant. Ensemble elles se démènent pour survivre dans une banlieue de Göteborg où elles ont échoué par hasard. Pendant ce temps, le célèbre auteur Jesper Humlin, qui attend l'inspiration en surveillant son bronzage et le cours de ses actions en Bourse, tente d'échapper à la tyrannie de sa petite amie et de sa mère. Le jour où sa trajectoire croise celle de Tea-Bag, Tania et Leïla, c'est le choc. Il découvre l'existence d'une Suède inconnue, clandestine, comme un double " en négatif " de la Suède officielle, laquelle ignore tout de la première. Aussitôt il envisage de détourner leurs expériences à ses propres fins. Mais les jeunes filles n'ont pas dit leur dernier mot...
Mon opinion:
Je connais bien les romans policiers de Mankell, dont il existe même une série télé que j'aime beaucoup. Tea-Bag est le premier roman traitant d'Afrique et d'immigration que je lis de Mankell. On retrouve dans ce livre les préoccupations de l'auteur et une certaine sensibilité face à ces nouveaux Suédois venus d'ailleurs, qui ne l'ont pas eu facile. Le roman est intéressant tant par sa forme et par sa narration. Tea-bag aborde un thème très actuel et est souvent touchant. Mankell évite de nombreux pièges dans lequel aurait pu tomber le roman et nous offre un récit sur la condition de réfugié, par les yeux de trois femmes. Cette façon de conduire l'histoire apporte le recul nécessaire pour éviter de sombrer dans le mélodrame. Il y a un certain humour, les personnages sont colorés et le roman est aussi une critique de la société (on n'a qu'à penser au personnage de Jesper par exemple). Il s'agit donc d'un roman qui se lit bien, sur un sujet actuel et intéressant. Et puis surtout, Mankell, à travers Tea-bag, redonne une voix à ceux qui n'en ont plus.
Quelques extraits:
"Être en fuite, cela voulait dire être seul."
p.8
"Je crois que personne ne comprend vraiment ce que cela signifie d'être en fuite. Être contraint à un moment donné, de se lever, de tout quitter et de courir pour sa vie. Cette nuit-là, quand je suis partie, j'avais la sensation que toutes mes pensées, tous mes souvenirs, pendouillaient derrière moi comme un cordon ombilical sanguinolent qui refusait de se rompre, alors que j'étais déjà loin du village. Personne ne peut comprendre ce que c'est - à moins d'avoir été soi-même chassé, contraint de fuir des hommes, ou des armes, ou des ombres qui menacent de tuer. La terreur nue, on ne peut pas la communiquer, on ne peut pas la décrire. Comment expliquer à quelqu'un l'effet que ça fait de courir droit devant soi, en pleine nuit, pourchassé par la mort, la douleur, l'avilissement?"
p.276
"On peut être mort bien que vivant et vivant bien qu'on soit mort."
p.291
8.5/10
Commentaires
J'ai ce titre dans ma LAL mais comme tous les titres de Mankell, il y a une liste de réservations terriblement longue à la biblio !
Joelle: je confirme, la liste de réservations est toujours longue pour les Mankell! J'ai pu mettre la main dessus avant qu'il soit déposé sur les tablettes, mais dès le retour, il était déjà réservé par d'autres!
Je découvre tes avis "post-pause", et c'est ce roman qui m'attire le plus. Je le note sans hésiter: le thème de l'immigration me touche toujours beaucoup.
Bonjour Allie !
Ton billet me donne envie de lire ce Mankell, je le note donc. Le thème a l'air très intéressant. Merci !
Anne: j'espère que ça te plaira! Moi aussi ce thème m'intéresse et me touche beaucoup... Surtout comme dans ce cas quand on parle de réfugiés désespérés prêt à tout pour un autre monde... Si tu le lis, je serais bien intéressée à connaître ton avis :)
Caro[line]: en effet, c'est un bon livre et le thème est bien intéressant!
Je n'ai pas trop accroché à 'Meurtriers sans visage' alors vu la longueur de la LAL, je passe mon tour !
Le titre me plait, l'histoire est attirante et le thème intéressant. Je ne connais pas Mankell en plus. Direct sur ma LAL donc!
Anjelica: Tea-bag est bien différent de sa série de romans policiers. Mais bon c'est sûr que lorsqu'on est refroidie avec un auteur, ça ne donne pas toujours envie de poursuivre!
Chiffonnette: J'espère que ça te plaira :)
Sur ce théme des "réfugiés désespérés" as-tu lu "Eldorado" de Laurent Gaudé? Un ENORME coup de coeur pour moi...
Anne: non, je ne l'ai pas encore lu mais il est sur ma liste! J'attends sa sortie poche car j'aimerais bien l'acheter, plutôt que l'emprunter... À moins qu'il soit déjà en poche? J'avais beaucoup aimé "Le soleil des Scorta" du même auteur et j'ai très envie de lire "Eldorado".
Après les polars, le roman social
Tea-bag est un roman étrange à deux facettes, une sorte de conte social qui dépeint d'un côté, la vie vaine et privilégiée d'un poète hypocondriaque en panne d'inspiration, écartelé entre une mère possessive, une maitresse possessive, un éditeur possessif, ... bref, un écrivain en panne à qui sa propre vie semble échapper ...
Après le polar, Mankell s'essaie (et réussit) au roman social ...
BMR: et je crois que ce n'est pas son premier du genre... "hors" polar je veux dire ;)
Ce livre a constitué une vraie rencontre pour moi, Allie, parce que je ne connaissais que les polars de Mankell. J'ai trouvé que son traitement de la problématqieu des sans-papiers était originale, jamais condescendante ni donneuse de leçon. Je crois que je vais essayer la lionne blanche dont on m'a parlé.
Sur le même thème, j'ai lu Eldorado, mais je l'ai trouvé moins achevé.
Solsol: surtout que Mankell est essentiellement connu pour ses polars (que j'aime beaucoup), mais il a aussi écrit quelques livres qui n'en sont pas! Heureuse que ça t'ai plu! Moi j'aimerais bien tenter Eldorado!
Laurent Gaudé
Au final, Eldorado constitue un beau moment de lecture. Il se trouve que je suis très fan de Laurent Gaudé, je te conseille d'ailleurs Dans la nuit Mozambique (vois ma critique ) très très fort. Dans Eldorado, il y abvait des moments un peu moins prenants, plus mous. Et sur la même thématique, Tea-bag m'a plus touchée. Donne-moi ton avis.
Solsol: merci! Je le lirai dès que j'ai plus de temps! J'avais beaucoup aimé "Le soleil des Scorta"!








