27 juin 2007

Le jardinier de Monsieur Chaos

jardinierdemonsieurchaosFrancis Malka
Hurtubise HMH
184 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Voilà déjà plusieurs années que vous tentez d’élucider la disparition de nombreux habitants de ce village. Sont-ils partis? Sont-ils morts? Étrangement, les gens à qui vous adressez la parole esquivent poliment vos questions.
D’où provient ce parfum de rose qui emplit soudainement l’air? Il n’y a pourtant aucune fleur en vue. Et comment expliquer ces effluves de tulipe en novembre? Çà et là, au hasard de vos pas, d’autres parfums intenses viennent titiller vos narines. Vous jetez un coup d’œil derrière vous : vous êtes pourtant seul.
Vous voici maintenant au centre de la place, devant la statue de M.Lacroix, dont la femme est d’ailleurs l’une des disparues que vous recherchez sans succès. Ne ressentez vous pas une présence étrange?
Sans pouvoir dire exactement pourquoi, vous croyez que ce jardinier, qui s’affaire à réaménager le jardin de M. Chaos, connaît la réponse à toutes ces questions.

Mon commentaire:

Voilà un roman original, autant dans la forme que le fond. L'auteur, Francis Malka, maîtrise parfaitement son sujet et nous offre, à travers 58 courts chapitres, une histoire captivante! Le narrateur (qui est le jardinier du titre) s'adresse directement à nous, lecteurs, qui devenons, le temps du roman, un enquêteur de la division des crimes contre la personne. Le jardinier lui parle, explique son histoire. La trame est ingénieuse. Le roman, un petit conte macabre et quelque peu pervers est rempli à la fois d'humour noir et d'une grande humanité. Au lecteur de le percevoir d'une façon ou d'une autre. Les chapitres traitant de biologie et de génétique sont passionnants, sans devenir lourds, l'auteur se contentant de l'essentiel pour mener à bien son histoire. À noter qu'il s'agit du premier roman de Francis Maska (qui oeuvre normalement en informatique). On ne peut que souhaiter qu'il reprenne la plume à nouveau!
Le jardinier de Monsieur Chaos est un excellent roman. Après cette lecture, on regarde les jardins, publics comme privés, d'un autre oeil...

Quelques extraits:

"L'homme commence en réalité à mourir au moment où il réalise que le temps lui a joué un tour et que ses accomplissements sont derrière lui. Quelle illusion que le temps! Nous pensons être assis sur le rivage à le regarder passer alors qu'il est en fait immobile et que c'est nous qui passons." p.43

"Toute quête ne peut débuter que par la connaissance de l'ignorance." p.124

Posté par Allie à 08:11 - Commentaires [26]
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23 juin 2007

Thomas

thomasLouise Tremblay-d'Essiambre
Série La dernière saison tome 2
Guy Saint-Jean Éditeur
394 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

«Dans quelques heures, ma route va s'arrêter. Nous avons cheminé ensemble longtemps. Maintenant, tu dois continuer sur le chemin qui est le tien. Tu as été un bon mari, un merveilleux compagnon. Je sais que tu seras toujours un bon père pour nos enfants. Mais tu dois aussi penser à toi. Je veux que l'homme que j'aime continue à être heureux. Tu dois donc regarder devant toi et ne puiser dans le passé que l'énergie pour avancer.»

Jeanne n'est plus. Le vent d'automne a emporté le dernier souffle de celle qui a semé tant de joie, tant d'amour. Thomas se retrouve seul, avec la moitié de lui-même. Il doit maintenant apprendre à vivre avec le vide, le trou béant que sa femme a laissé derrière. Il y a aussi les enfants qui ne le sont plus, mais qui ont encore tant besoin de leur mère. Thomas doit faire face à l'amertume et la colère de Mélanie, au courage précaire d'Olivier, à l'émotivité de Sébastien, à la fragilité d'Armand, le père de Jeanne, avec son regard qui ressemble un peu trop à celui de sa fille. Il y a les amis qui pleurent l'absente, mais veulent réconforter Thomas à leur façon. Le deuil est difficile, la solitude pénible, les souvenirs trop présents. Mais avec le printemps, tout renaît et la vie s'impose, quoi qu'on fasse pour lui résister.

Mon commentaire:

Structuré sensiblement comme le premier tome, cette suite de La dernière saison: Jeanne se concentre sur le personnage de Thomas, sur sa façon de vivre le deuil et de poursuivre une vie sans sa Jeanne. Ce sujet vient me chercher totalement. Je ne peux que faire le parallèle entre ma propre vie et me mettre à la place des personnages pour que l'histoire me tire les larmes.
Tout comme le premier tome, Thomas me réfère à ma peur de la mort et à son acceptation. Je suis jeune encore, mais c'est une étape de la vie qu'on passe tous et on ne sait pas quand elle surviendra. L'auteur a une façon très respectueuse et remplie de douceur de raconter ces questionnements de la vie, le refus d'accepter, la colère, la tristesse, la solitude, la résignation et surtout, la guérison d'un deuil, qui est en soi une grande peine d'amour. Ces deux tomes m'aident à affronter mes peurs. Ils me montrent qu'autre chose est possible même quand on croit mourir de douleur et de chagrin. La dernière saison est le roman le plus abouti que j'ai lu de Louise Tremblay-D'Essiambre. Le plus sensible et celui dont les personnages m'ont charmée et habitée, longtemps après ma lecture. Jeanne, le premier volet et Thomas, le second, sont deux livres que je garde précieusement...

Quelques extraits:

"Ce matin, il a assisté au lever du jour. Comme hier et avant-hier. Le sommeil se fait de plus en plus capricieux, préférant les heures creuses de l'après-midi pour se manifester. Alors, le temps que Thomas passe à attendre que la nuit cesse, le sommeil l'ayant déserté, ces heures où la noirceur est la maîtresse de ses pensées sont d'une infinie longueur. Quand cinq heures sonnent enfin à l'horloge de la cuisine, il se hâte vers la douche, soulagé de se soustraire à l'attente d'il ne sait trop quoi. Par moments, il est foudroyé par la certitude que le reste de son existence ne sera plus qu'une interminable et douloureuse attente. Celle de retrouver Jeanne dans ce monde éthéré qu'il se plaît à inventer. Thomas ne voit pas ce qu'il pourrait faire d'autre de sa vie." p.67

"Quelques gorgées sirotées lentement, un long soupir nostalgique, puis Thomas se retourne devant la cuisine. Armand n'a pas bougé. Il fixe le vide devant lui, contrastant avec cette image d'homme enjoué qu'il affichait hier. Ce matin, Thomas comprend mieux ce que Sébastien avait tenté de lui expliquer en parlant de son grand-père. Thomas réchauffe son café, puis il se tire une chaise.
-Fatigué?
Armand hausse les épaules, offre un pâle sourire.
-Pas vraiment. À mon âge, on a besoin de moins de sommeil. Souvent, quelques heures me suffisent. J'en profite pour lire. La lecture, c'est encore le meilleur moyen d'oublier sa propre vie. C'est une bonne façon de laisser le temps agir."
p.166

Posté par Allie à 22:49 - Commentaires [6]
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19 juin 2007

L'oeil de Claire

oeildeclairePaul Quarrington
Alto
336 pages

Résumé:

En règle générale, les gens évitent Dampier Cay, une minuscule bande de terre perdue quelque part au sud de la Jamaïque. Refuge d’une poignée de descendants des pirates qui s’y établirent autrefois, l’île n’accueille désormais que de rares touristes. Contre toute attente, un drôle d’équipage y pose les pieds alors qu’à l’horizon se précise la menace de l’ouragan Claire. Parmi ses membres, Jimmy Newton, un célèbre chasseur d’ouragans, ainsi que Caldwell et Beverly, résolus à trouver dans la confrontation avec les éléments déchaînés un sens aux drames qui ont brisé leurs existences. Alors que l’œil de Claire se braque sur Dampier Cay, le petit groupe isolé s’apprête à faire face à la tourmente.

Mon commentaire:

Claire est un ouragan. Dampier Cay est une petite île perdue qui n'apparaît que sur peu de cartes. L'oeil de Claire est un roman qui papillonne autour de plusieurs personnages et qui nous offre des allers-retours dans le passé et dans le présent. L'orage, les tornades et les ouragans agissent comme exutoires au mal de vivre et aux tragédies qui ont touché Caldwell et Beverly. Pendant que les habitants de l'île se préparent à affronter la tempête qui gronde, les "touristes" et les chasseurs d'ouragans sont fébriles à l'idée d'être confrontés à la nature qui se déchaîne. En parallèle avec ce qui amène les personnages sur l'île, nous découvrons leurs vies avant le passage de Claire, leurs faiblesses, leurs épreuves. On comprends mieux leur façon de voir les choses et leur détachement face aux événements. Ce n'est pas un roman d'aventure. L'ouragan est un prétexte pour regrouper tout ce petit monde et puiser au fond de leur âme. Un bon roman. L'auteur maîtrise bien les retours dans le temps. Alors que le roman pourrait souffrir de cette forme de narration, je trouve que c'est plutôt le contraire. Le roman se construit peu à peu. Certains passages m'ont touchée. Je trouve également la couverture tout à propos. En plus de représenter parfaitement la folie qui habite les chasseurs d'ouragan, elle démontre aussi les sentiments qui hantent l'âme des personnages. Une belle découverte que ce livre.

Quelques extraits:

"À peine la dépression tropicale fut-elle découverte que le comité de l'Organisation météorologique internationale, auquel incombe la tâche de nommer les ouragans, la baptisa Claire. La pratique consistant à donner un nom aux tempêtes tropicales remonte à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Avant cela, on identifiait les ouragans par leur situation géographique, par exemple l'Ouragan de Galveston." p.14

"Les tornades, elles vont tout le temps vers des endroits plus importants (la Floride, la Caroline) pour qu'on parle d'elles aux nouvelles de six heures." p.70

"Tu n'as qu'à sortir dans la rue au moment où une tornade de force trois passe devant chez toi. Nettoyage garanti. Plus une seule tache. Tous tes problèmes, emportés d'un seul coup." p.186

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17 juin 2007

Caramel mou

caramelmouDanielle Goyette
Guy Saint-Jean Éditeur
138 pages

Résumé:

Le soir de son premier rendez-vous amoureux, Emma voit mystérieusement le sang de ses veines se transformer en caramel mou. Dès lors, elle perçoit ses amants comme des friandises sucrées, mais qui lui laissent parfois un goût amer ou quelques caries. Avec sa bande de copines de l'organisme à but curatif Les naïves anonymes, elle cherche à comprendre la gent masculine et à trouver le bonbon avec qui elle se moulera à la perfection. Et les hommes de sa vie se verront dès lors attribuer des noms de confiseries...

Des amours-bonbons
qui lui donneront parfois mal aux dents,
qui lui donneront parfois mal au coeur!

Mon commentaire:

Caramel mou est un exercice d'écriture plutôt intéressant. L'auteure m'a impressionnée par sa maîtrise de la langue française et sa façon de jouer avec les mots. Dans le roman, Emma nous raconte ses péripéties sucrées et amoureuses en s'adressant directement au lecteur. C'est un livre qui peut paraître léger, mais qui échappe aux clichés en nous offrant une écriture savoureuse et amusante. Le vocabulaire étendu autour de l'amour et des friandises est très impressionnant. Chaque chapitre et donc, chaque nouvel homme dans la vie d'Emma, est affublé d'un nom de friandise. Nous rencontrons donc au fil des pages Guimauve, Réglisse, Nougat ou Chocolat. Le roman est un parallèle entre les sucreries et les amourettes d'Emma que le lecteur peut prendre à différents degrés. Ce qui fait de ce roman un livre amusant, plaisant et différent. Parfois un peu redondant toutefois. C'est court, ça se lit bien et on passe tout de même un très bon moment dans cet univers dégoulinant de... caramel!

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16 juin 2007

En attendant l'orage

enattendantlorageGraham Joyce
Bragelonne
314 pages

Résumé:

Une ferme restaurée de Dordogne, au cœur de l’été. Deux semaines de vacances pour James et Sabine, sa femme française, leurs deux filles Beth et Jessie et trois amis anglais. Des congés qui tournent à la tragédie et vont, en quelques jours, balayer la toile de mensonges que tous ont patiemment tissée autour de leurs vies. À mesure que les relations des couples et des amis se tendent et révèlent leurs visages cachés, agressifs, serviles, manipulateurs ou paranoïaques, la petite Jessie est de plus en plus perturbée et fait des commentaires équivoques et effrayants. Car l’un des membres du groupe donne secrètement d’étranges leçons à Jessie. Qui est ce mystérieux instructeur ? Quel but obscur poursuit-il ? L’atmosphère est tendue, sensuelle et inquiétante. L’orage approche…

Mon commentaire:

Le vent qui se lève au loin, le changement de pression atmosphérique, l'orage qui lentement, se prépare, ponctuent et rythment le roman en parallèle avec la friction qui s'attise entre les personnages. La tension est palpable au fil des pages. L'atmosphère est lourde comme un ciel d'orage. Des notes météorologiques et explicatives s'insèrent entre les différents chapitres de l'histoire. Tout est fait pour accentuer la pression sur le lecteur. Graham Joyce nous livre un roman psychologique et quelque peu fantastique plutôt intriguant. Les vacances d'été dégénèrent à cause de non-dits, du caractère instable des protagonistes, d'événements contrariants. Les personnages créent un malaise au lecteur qui se dit que tout ce qui se passe, n'est vraiment pas normal. Pas sain pour tout le monde. En attendant l'orage est un livre vraiment étrange, dérangeant aussi, mais totalement accaparant! Si l'expérience vous tente...

Un extrait:

"Tous les mouvements de l'atmosphère résultent d'inégalités dans la façon dont le soleil réchauffe différentes parties de la planète. La chaleur est en constante recherche d'échanges, entre la tiédeur des tropiques et le froid des régions polaires. C'est ce qui provoque les mouvements de l'air, les vents, les variations de la pression atmosphérique, les fluctuations de température, les nuages, les précipitations de pluie et de neige.
Tout ce que nous appelons le temps.
Qui tourne et tourne encore, dans un effort constant visant à apaiser et égaliser tout ce qui ne peut jamais l'être."
[Prologue]

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13 juin 2007

Le gardien du phare

gardienduphareCatherine Hermary-Vieille
Albin Michel
190 pages

Résumé:

Trois femmes échouées sur une île sauvage dont une tour de pierres grises barre tous les chemins. Un gardien qui jamais ne se montre. Elles guettent, sentent et redoutent sa présence. Mais existe-t-il vraiment?
Hormis l'étendue de la mer, les nuages et la brume, elles portent de lourd secrets et n'ont plus que leurs souvenirs, leurs rancunes, leurs désillusions et leur détermination à survivre.
Pour quelle obscure raison le destin les a-t-il jetées sur ce bout de terre isolé, ce monde clos et hors du temps que rien ne semble atteindre?

Mon commentaire:

Le gardien du phare est un récit qui sent la mer, les falaises escarpées et fouettées par le vent, l'eau salée. Le roman est rempli de jolies description de la mer, des falaises escarpées. L'auteur fouille l'âme humaine, celle des trois femmes fort différentes, échouées sur une île et celle des habitants de l'île aux Chiens dont elles sont natives. On sent en elles l'espoir de s'en sortir paradoxalement avec l'espoir d'une vie différente, une vie qu'elles méprisent. J'ai aimé cette tristesse latente, ce désespoir qui guette à chaque page, ces portraits de femmes résignées ou battantes, qui veulent se sortir de ce que la vie et l'île ont à leur offrir ou qui acceptent sans dire un mot, mais rêve de changer de vie. Toujours sous fond de vent, d'eau de mer, de marins, de pêcheurs, un cadre pas toujours enchanteur, que j'apprécie particulièrement. Toutefois, malgré ces éléments qui m'attireraient d'emblée, ce roman m'a laissé une impression d'inachevé. La fin est un peu chaotique et de nombreuses questions restent sans réponses. Que s'est-il passé au juste? Le lecteur doit se faire sa propre histoire. Beaucoup plus un roman d'atmosphère qu'un roman qui donne les clés pour découvrir le fin fond de l'histoire. Un livre quand même bien, lu sans mal et plutôt court, mais sans plus.

Un extrait:

"Son monde n'avait pas de limites: bonheurs tactiles, sons, odeurs se mêlaient en gerbes. Le vent, la pluis, les vagues, les arbres et les plantes lui parlaient. Chaque matin, hiver comme été, on ouvrait sa fenêtre. Elle écoutait le temps. Froid, les planches de la maison craquaient, les oiseaux restaient silencieux, l'air était croquant comme une pomme avec des relents de grand large et d'écume, tiède il bruissait de pépiements, caressait les branches qui se prélassaient, résonnait des rires d'enfants, des voix des passants. La brise recréait les objets qu'elle devinait ou palpait, intensifiait leur présence. Son exprit, toujours libéré du corps, s'envolait par la fenêtre, devenait souffle de vent ou gouttes de pluie frappant le toit de la maison, le sol, la mer, les feuilles, les rochers. Chaque ondée levait des bruits différents qui prenaient leur envol en une harmonie parfaite." p.31

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12 juin 2007

Tea-bag

teabagHenning Mankell
Seuil
329 pages

Résumé:

Tea-bag, jeune Nigériane, traverse l'Europe à pied, persuadée que tout là-haut, en Suède, une porte s'ouvrira pour elle. Tania, venue de Smolensk, a franchi la Baltique à la rame, portée par le même espoir. Leïla est arrivée d'Iran alors qu'elle était enfant. Ensemble elles se démènent pour survivre dans une banlieue de Göteborg où elles ont échoué par hasard. Pendant ce temps, le célèbre auteur Jesper Humlin, qui attend l'inspiration en surveillant son bronzage et le cours de ses actions en Bourse, tente d'échapper à la tyrannie de sa petite amie et de sa mère. Le jour où sa trajectoire croise celle de Tea-Bag, Tania et Leïla, c'est le choc. Il découvre l'existence d'une Suède inconnue, clandestine, comme un double " en négatif " de la Suède officielle, laquelle ignore tout de la première. Aussitôt il envisage de détourner leurs expériences à ses propres fins. Mais les jeunes filles n'ont pas dit leur dernier mot...

Mon commentaire:

Je connais bien les romans policiers de Mankell, dont il existe même une série télé que j'aime beaucoup. Tea-Bag est le premier roman traitant d'Afrique et d'immigration que je lis de Mankell. On retrouve dans ce livre les préoccupations de l'auteur et une certaine sensibilité face à ces nouveaux Suédois venus d'ailleurs, qui ne l'ont pas eu facile. Le roman est intéressant tant par sa forme et par sa narration. Tea-bag aborde un thème très actuel et est souvent touchant. Mankell évite de nombreux pièges dans lequel aurait pu tomber le roman et nous offre un récit sur la condition de réfugié, par les yeux de trois femmes. Cette façon de conduire l'histoire apporte le recul nécessaire pour éviter de sombrer dans le mélodrame. Il y a un certain humour, les personnages sont colorés et le roman est aussi une critique de la société (on n'a qu'à penser au personnage de Jesper par exemple). Il s'agit donc d'un roman qui se lit bien, sur un sujet actuel et intéressant. Et puis surtout, Mankell, à travers Tea-bag, redonne une voix à ceux qui n'en ont plus.

Quelques extraits:

"Être en fuite, cela voulait dire être seul." p.8

"Je crois que personne ne comprend vraiment ce que cela signifie d'être en fuite. Être contraint à un moment donné, de se lever, de tout quitter et de courir pour sa vie. Cette nuit-là, quand je suis partie, j'avais la sensation que toutes mes pensées, tous mes souvenirs, pendouillaient derrière moi comme un cordon ombilical sanguinolent qui refusait de se rompre, alors que j'étais déjà loin du village. Personne ne peut comprendre ce que c'est - à moins d'avoir été soi-même chassé, contraint de fuir des hommes, ou des armes, ou des ombres qui menacent de tuer. La terreur nue, on ne peut pas la communiquer, on ne peut pas la décrire. Comment expliquer à quelqu'un  l'effet que ça fait de courir droit devant soi, en pleine nuit, pourchassé par la mort, la douleur, l'avilissement?" p.276

"On peut être mort bien que vivant et vivant bien qu'on soit mort." p.291

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11 juin 2007

Green Manor 2 : De l'inconvénient d'être mort

greenmanor2Bodart & Vehlmann
Série Green Manor tome 2
Dupuis
48 pages

Résumé:

C'est le savoir-vivre qui distingue l'assassin de sa victime.

Mon commentaire:

Voilà une phrase qui résume très bien cette bd. Un groupe d'hommes discutent souvent de cas entre eux et ils tentent de leur trouver des solutions. J'ai mis la main par hasard sur le second tome, toutefois il se lit très bien seul car il n'y a pas vraiment de continuité dans cette série, sauf pour le sujet et le fameux Green Manor. On parle donc de meurtres et de crimes d'un ton caustique. C'est mordant, c'est parfois drôle et les petites histoires de quelques pages chacune ont souvent des chutes intéressantes et inattendues. Si on aime l'humour noir, c'est une bd à lire!

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10 juin 2007

Monde cruel 2: bonsoir!

mondecruelGeerts
Dupuis
64 pages

Résumé:

Petits bonheurs acidulés

Mon commentaire:

J'aime beaucoup le coup de crayon de Geerts. Grande lectrice des aventures de Jojo, mignon petit bonhomme tellement attachant et bien rendu par l'auteur, je me suis lancée sur cet album que j'ai trouvé dans le rayon bd adultes. Les dessins sont tout aussi magnifiques et naïfs que ceux de Jojo. Chaque page contient un dessin pleine grandeur ou quelques cases de bd remplies d'humour. Certains gags sont plus réussis que d'autres, la majorité font sourire un peu, d'autres sont très très moyens. Ce n'est donc pas une bande dessinée incontournable. Elle se lit bien, sans plus. Idéal pour passer le temps ou pour retrouver Geerts, si on l'aime bien. À noter qu'il s'agit du second tome mais qui n'a aucune suite réelle avec le premier.

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05 juin 2007

Un jardin de papier

jardindepapierThomas Wharton
Alto
486 pages

Résumé:

Chaque livre a sa propre histoire.

Pour embrasser toutes celles qui fleurissent dans ce Jardin de papier, il faut en raconter plusieurs autres : d’abord celle d’une jeune fille rencontrée dans les ruines d’une librairie de Québec, puis celle de l’imprimeur Nicolas Flood, sommé de créer un livre infini pour satisfaire la lubie du comte d’Ostrov, un excentrique passionné d’énigmes et de mécaniques fantasques. Absorbé tout entier dans la poursuite de cette chimère, Flood entreprend un périple fabuleux qui le mènera de Venise à Alexandrie en passant par Canton et Londres en compagnie de personnages tout droit sortis d’un cirque ou des Mille et Une Nuits : Djinn, un être auréolé de mystère, Ludwig, l’automate, Amphitrite, corsaire à la peau d’ébène, et la jeune Pica, capable de respirer sous l’eau. Un jardin de papier, c’est aussi une fable gigogne à propos des rêves qui inspirent les créateurs. Il appartient au lecteur d’y ajouter sa propre histoire en arpentant les pages de cette romance baroque, truffée de révélations, offerte en hommage au pouvoir de l’imagination.

Mon commentaire:

Voilà un livre qui fait appel à l'imaginaire, une écriture tout en douceur, le récit d'une histoire hors du commun qui nous happe dès les premières pages. On ouvre ce roman avec une vague idée de son contenu et on le referme en ne soupçonnant même pas ce qu'on croyait y trouver. Un jardin de papier est un roman inclassable, fantastique, rempli de légendes, de personnages fabuleux, de lieux inimaginables. C'est une histoire qui mène à plusieurs autres histoires. Comme les poupées Russes dont la plus grande cache une plus petite, qui en cache une encore plus petite, etc. Ce roman gigogne est construit de la même façon: des histoires dans l'histoire. On ouvre le roman sans savoir où il nous mènera, sans savoir ce que l'auteur nous a réservé. On retrouve de tout dans ce livre: des livres, une presse à imprimerie, un château, des comtes et des comtesses, des enfants illégitimes, des personnages étranges, des cachots, des pirates, un bateau, des énigmes, des voyages, des prisonniers, l'amour, la mort, la ville de Québec... pour le reste, si vous souhaitez être dépaysés, que vous aimez les romans surprenants qui ne sont pas linéaires et si vous voulez changer d'air avec une lecture très particulière, ouvrez Un jardin de papier. Ce livre vous plaira. Seul petit bémol: 486 pages de ce voyage, c'est légèrement trop long. Malgré tout le bien que je pense de ce roman, je crois que l'auteur aurait pu élaguer un peu. Trop, c'est comme trop peu. La lecture du dernier quart a été un peu ardue, j'avais envie de passer à autre chose. Je referme donc le roman sur une note moins enthousiasme, alors que j'ai lu la majeure partie avec grand intérêt.

Un extrait:

"Mais le couronnement de l'oeuvre du comte était sans aucun doute la bibliothèque. Un inventeur écossais avait conçu à grands frais un système de chaînes, de poulies et de convoyeurs dérobés, fonctionnant à l'eau et à la vapeur et qui imprimait un déplacement constant aux étagères, les faisant s'enfoncer dans les murs ou disparaître sans prévenir derrière des panneaux de bois coulissants. Certaines descendaient du plafond par des trappes, d'autres surgissaient de tranchées camouflées sous le parquet. La bibliothèque finit par envahir le château tout entier. Nul espace privé n'était inviolable. Tel hôte se livrait avec délices à la chaleur d'un bain parfumé ou pourchassait lubriquement une servante lorsque soudain, dans un bruissement de rouages invisibles, une cloison qui lui avait semblé parfaitement solide s'écartait pour laisser passer un pupitre ou une armoire chargée de livres, quand ce n'était pas le comte en personne qui suivait en clopinant, l'oeil fixé sur sa montre, indifférent à tout ce qui ne concernait pas le minutage ou la précision du mouvement des meubles." p.35

Tiré de la préface écrite par Alberto Manguel:

"Si le monde est un livre, comme le soupçonnaient les kabbalistes du Moyen Âge, pourquoi pas (semble dire Wharton) un livre de fiction qui serait le monde entier, là où toutes les histoires sont racontées..."

En complément:

Le site du livre Un jardin de papier.

Posté par Allie à 14:39 - Commentaires [13]
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