Prudent Landry: Le roi de la mâchoire
Raymond Desbiens
JCL
248 pages
Résumé:
Il semble que le Québec ait engendré plus d'hommes forts que bien d'autres peuples. Landry la Mâchoire est de cette famille au même titre que ses concurrents qui ont été davantage reconnus dans la faveur populaire jusqu'à présent. Même si la légende collée aux êtres exceptionnels cherche à les grandir plutôt qu'à les diminuer, ce roi de la mâchoire a maintes fois démontré, même devant les Delamarre, Cyr, Cabana, Lanteigne et Buffalo Bill, que son titre n'était pas usurpé. Ce Gaspésien de descendance acadienne, de taille pourtant modeste, a découvert très jeune ses surprenantes capacités physiques, en même temps que les quelques principes qui régentent les forces du corps humain, points d'appui, levier, équilibre, etc. Véritable produit de l'époque héroïque, Landry prend place aujourd'hui au Panthéon des hommes forts qui ont surtout marqué l'imaginaire québécois.
Mon commentaire:
Cette biographie de Prudent Landry n'est pas racontée comme un roman. C'est plutôt à un parcours chronologique que nous convie l'auteur et à une compilation de faits, d'anecdotes, de photos et de croquis. Ce n'est pas inintéressant, au contraire! Prudent Landry était un homme d'exception, issu de l'époque héroïque au Québec, où les hommes forts et leurs exhibitions étaient prisés du public. Il ne reste que peu d'archives du passage de Landry en Europe et aux États-Unis, de sa collaboration avec Buffalo Bill et Flossy Lablanche (une femme (!) forte). À cette époque, Landry n'avait pas de domicile fixe et se promenait beaucoup sur les routes américaines. Sa valise qui contenait toutes les archives de ses performances a brûlée dans l'incendie d'un hôtel. L'auteur retrace tout de même le parcours de Landry à travers les années. Il a voyagé de par le monde et reçu des défis à relever des hommes les plus forts. Sa vie était singulière. Il suffit de penser à sa carrière, la rencontre avec sa femme, ses capacités physiques, la fin de sa vie, tout chez Landry est impressionnant. Il en est de même pour son gabarit: petit homme d'environ 53 kilos qui soulevait des tonneaux remplis de fer, avec ses dents... Jusqu'à sa mort, il conservera sa forme physique et son tonus musculaire.
Cette biographie s'attarde principalement sur sa vie professionnelle, même si le livre est agrémenté de quelques photos familiales. Une lecture fort agréable, qui nous fait revivre un pan de notre passé, celui des hommes forts du Québec.
Ton histoire d'amour
Illustrations de Josée Masse
Dominique et Compagnie
32 pages
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Résumé:
« Il était une fois deux femmes qui ne se connaissaient pas. Tu ne te souviens pas de la première. La deuxième, c'est celle que tu appelles maman. » Ainsi commence ce texte très touchant, écrit par une mère adoptive s'adressant à tous les enfants du monde. Profondément humain, ce livre fait le pont entre deux mères, mais aussi entre toutes les mamans qui ont tant d'amour pour leurs enfants.
Mon commentaire:
Ce magnifique album très coloré aborde le thème difficile de l'adoption avec l'enfant, de façon très positive. Il s'adresse directement à l'enfant, pour lui démontrer qu'il est le fruit de l'amour, mais aussi d'un grand rêve... L'album fait le parallèle entre les deux mamans de l'enfant: celle qui l'a mit au monde et celle qui l'a adopté. Le parallèle entre les deux est fait tout au long de l'album en misant sur l'amour. C'est un album aux illustrations merveilleuses. Le texte, offert par une maman adoptive à l'association Mothers's bridge of love, est magnifique. Il m'a beaucoup touchée. Un album tout en finesse, sensible, indispensable. Il peut aider les parents adoptifs ou les intervenants à parler d'adoption avec les enfants. À partir de 3 ans.
Dominique et Compagnie est une maison d'édition que j'apprécie particulièrement. Ils oeuvrent dans le domaine depuis 10 ans et offrent aux enfants de beaux albums, de grande qualité. Je les mets toujours spontanément en démonstration à la bibliothèque. Vous pouvez visiter leur site coloré, qui est à l'image de leurs albums.
Mansfield Park
Jane Austen
10/18
510 pages
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Résumé:
On ne sait pratiquement rien d'elle, sinon quelques dates et les lieux où elle a vécu. Son iconographie est réduite à un portrait que fit d'elle sa soeur. Jane Austen (1775-1817) serait tombée dans l'oubli le plus total, n'étaient les six romans qu'elle écrivit, et qui sont parmi les plus étonnants du domaine romanesque anglais... Il ne s'y passe littéralement rien. Ils racontent principalement les rapports qui se tissent entre des demoiselles à marier et des épouseurs en puissance. Ils sont fait de dialogues et d'évocations brèves : mondanités, jardins, maisons de campagne, voilà pour le cadre. La cérémonie du thé, la préparation et le déroulement des bals, voilà pour les événements majeurs. Et pourtant, avec une matière d'une apparence si mince, Jane Austen a fasciné des lecteurs de la qualité de Virginia Woolf et de Henry James, et continue de fasciner un public important. -Hubert Juin, Le Monde.
Mon commentaire:
Je vous mets la quatrième de couverture de cette édition de poche, qui ne raconte en rien l'histoire de Mansfield Park, mais parle de belle façon de l'univers d'Austen.
Mansfield Park raconte en fait l'histoire de Fanny, accueillie enfant chez son oncle et sa tante. Elle est traitée inférieurement à ses cousins et son statut oscille entre celui d'une domestique et d'une dame de compagnie. On la juge mal et on l'ignore souvent. C'est une sorte de Cendrillon effacée, empathique envers ceux qui l'entourent, même s'ils ne méritent pas toujours sa sollicitude. Fanny a un caractère docile, presque bonasse, mais peut, en certaines circonstances, faire preuve d'une lucidité et d'une certaine force de caractère. Comme dans tous les romans d'Austen, les jeunes filles cherchent un bon parti, les jeunes hommes les courtisent, on passe notre temps entre les salons, les promenades pour prendre un peu d'exercice, les bals et l'heure du thé. Avec Emma, c'est le roman le plus long d'Austen. Beaucoup ont trouvé en Fanny, une héroïne différente de ce à quoi Austen nous a habitué. C'est une jeune personne frêle, discrète, effacée, presque transparente par moment tellement elle se fond dans la masse pour qu'on ne la remarque pas. Il faut dire que sa tante Norris ne l'aide en rien à se faire une place au soleil. Et pourtant, j'ai beaucoup aimé Fanny. Elle n'a pas la force d'une Élizabeth Bennett par exemple, mais c'est un personnage féminin que j'aime beaucoup, peut-être plus qu'Élizabeth. Elle est douce, prend soin de tout le monde qui l'entoure. Elle donne beaucoup de son temps, de sa personne, de son écoute aux autres. Elle demande peu en retour. Sa relation avec Edmond est intéressante. Edmond qui tente de faire le bien, tellement qu'il en oublie de regarder ce qui se passe autour de lui...
Mansfield Park contient moins d'humour et d'ironie, que l'on en retrouve par exemple dans Orgueil et préjugés. Il y en a, mais de façon beaucoup plus subtile. Ce roman me semble faire l'éloge de la droiture, des bons sentiments, de la bonne façon de se comporter et d'agir, des conventions... tout en mettant en garde le lecteur contre les aléas des mariages de convenance et les critères et préjugés sur ce qui produit un bon mariage.
J'ai passé de très bons moments à Mansfield Park. Je sais que beaucoup de Janéites ne portent pas ce roman parmi les meilleurs d'Austen. Pourtant, pour moi il a été une lecture des plus marquantes et demeure l'un de mes romans favoris d'Austen.
Quelques extraits:
"Quant à Lady Bertram, elle n'accordait pas la moindre attention à l'éducation de ses filles. Elle n'avait guère de temps à consacrer à de pareilles préoccupations. C'était une femme qui passait ses journées assise sur un sofa, parée de tous ses atours, travaillant à quelques travaux d'aiguille dépourvus tant de beauté que d'utilité, songeant plus à son carlin qu'à ses enfants..."
p.24
"...après quelques jours, le souvenir des livres [...] devint si puissant et si vif qu'il incita Fanny à essayer d'en trouver à nouveau. Il n'y en avait aucun dans la maison de son père; mais la richesse aime le luxe et montre de la hardiesse, aussi une certaine partie de son argent trouva-t-elle le chemin de la bibliothèque de prêt. Elle y prit un abonnement, et fut stupéfaite d'avoir quelque chose qui lui appartînt en propre, stupéfaite à tous égards de cette action; devenir celle qui louait et choisissait des livres!"
p.428
Virginia
Jens Christian Grondahl
Gallimard
110 pages
Résumé:
" Plus tard, lorsqu'ils prirent le petit déjeuner, elle fit comme si de rien n'était, affichant son habituel sourire bien élevé. Et peut-être n'y avait-il rien... Son oncle expliqua qu'il avait entendu dire qu'un avion anglais s'était écrasé non loin, sur la côte, au nord. Il existe une photo, prise le jour même ou le lendemain par un photographe local. Un soldat allemand monte la garde près de la carcasse de l'avion abattu, on distingue à peine les arceaux tordus de la verrière du cockpit et un morceau d'aile avec une double ligne pointillée qui s'arrête là où les tôles rivetées ont été pliées et cassées. Il y a également deux cercles concentriques sur l'aile : les cocardes de la Royal Air Force. "
Nous sommes en 1943, et les bruits de la guerre n'épargnent pas même cette grande demeure bourgeoise, construite à l'écart d'un hameau au bord de la mer du Nord. Ses propriétaires, un couple sans enfants, accueillent leur jeune neveu de quatorze ans, mais aussi la fille adolescente de la couturière de Madame, pour la mettre à l'abri des bombardements qui menacent Copenhague. Lorsqu'un avion s'écrase non loin de là dans les dunes, un drame silencieux va se nouer entre les deux adolescents et un pilote britannique...
Mon commentaire:
Virginia est le premier roman de Grondahl que je lis. Quelle jolie découverte! L'auteur nous livre un texte à l'écriture fine, juste, dépouillée. L'histoire, empreinte d'une certaine douceur, nous plonge dans l'atmosphère d'un été étouffant pendant la guerre, où les avions et les bombes survolent une maison de vacances. Deux jeunes partageront un "secret" qui se révélera marquant pour eux et ne les quittera pas pendant des années. C'est une rencontre fortuite, des années plus tard, qui leur fera comprendre plusieurs choses...
J'ai du mal à parler de ce roman qui est plutôt court, mais qui m'a beaucoup apporté. J'ai aimé le style, l'atmosphère, l'écriture, les personnages, le cadre, le narrateur... bref c'est une histoire qui se lit très bien, mais qui nous laisse un petit quelque chose lorsqu'on tourne la dernière page. Un auteur que j'aimerais lire à nouveau pour la justesse de son style.
Un extrait:
"...c'est parfois une corvée de tuer le temps lorsqu'on est à la retraite. Les jours et les heures du calendrier réclament d'être remplis, ils se moquent par quoi, du moment que le vide soit comblé. Même si les années passent plus vite quand on vieillit, les jours paraissent parfois longs et pénibles, avec des ornières qu'il faut contourner."
p.73
Naïf. Super.
Erlend Loe
Gaïa
264 pages
Résumé:
Battu au croquet par son frère, un jeune homme voit sa vie s'effondrer le jour de ses vingt-cinq ans. Plus rien ne fait sens. En effet, ce n'est pas évident quand on sait une flopée d'informations inutiles, quand on n'a pas de petite copine mais un bon ami trop loin et un mauvais ami trop près, et surtout quand on apprend que le temps va plus vite en haut qu'en bas de l'Empire State Building. Quelle plaie !
Il faut alors repartir à zéro. Mais comment ? En optant pour la simplicité : dresser la liste de ce qu'on possède et de ce qu'on ne possède pas, acheter un ballon rouge et le lancer contre le mur toute la journée, lire un ouvrage de vulgarisation scientifique sur la création du monde. Puisque, comme se demandait Leibniz : " Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? "
Mon commentaire:
Le narrateur est un jeune homme qui se remet en question comme on l'a déjà tous fait. Qui suis-je? Que représente ma vie? Où vais-je? Qu'est-ce que je vais devenir? Sauf que l'auteur pousse le sujet à l'extrême et le traitement qu'il fait d'un sujet universel et commun est plutôt original. Le narrateur est parfois étrange dans ses fixations et sa façon de voir la vie. Il affronte les choses avec inquiétude, se pose continuellement des questions sur tout, se compare aux autres et cherche à savoir s'il est normal. Il a la manie des listes en tout genre et pose beaucoup de question qui suscitent souvent un sourire. Sa relation par télécopieur interposé avec son ami expatrié m'a beaucoup fait sourire. Naïf. Super. est un roman amusant, sympathique, léger, mais pas incontournable. Le texte et le style ne sont pas marquants. La partie qui nous montre des extraits des recherches au catalogue de la bibliothèque de New York m'a plutôt ennuyée. La fin est précipitée. Cependant, en général, c'est un petit roman qui se lit bien. L'humour y est parfois un peu facile, mais j'ai aimé quand même. Entre deux lectures un peu lourdes, c'est parfois agréable de trouver des lectures plus légères.
Un été indien
Truman Capote
Rivages
53 pages
Résumé:
« Il y a tout le bonheur d'un récit qui vous brouille le regard de larmes et le coeur d'émotion. Un grand, un très grand petit livre.» (Michèle Gazier, Télérama)
« Une merveille d'à peine cinquante pages, toute en émotion contenue, qui nous touche secrètement, durablement. » (Michel Braudeau, Le Monde)
Mon commentaire:
Cette courte nouvelle m'a beaucoup touchée. Elle m'a rappelée un peu Un Noël du même auteur à cause de la forme de l'histoire et sa brièveté, cependant j'ai préféré largement Un été indien. C'est une histoire familiale triste et émouvante. On ne comprend pas tout de suite les motivations du père dans toute cette histoire. On compatit avec la peine du garçon, très forte, qui s'estompera avec les années. Cette histoire vient toucher à une corde sensible, la place de la famille dans une vie: les parents, les grands-parents, le lien qui les unit, ce qui peut les séparer. Le texte est merveilleusement bien écrit, même si c'est affreusement triste. On en ressort avec un sentiment étrange... J'ai beaucoup aimé.
Un extrait:
"Avec tous ces lieux inconnus qui passaient devant mes yeux, j'avais l'impression de rêver en plein sommeil. Les vitres ne cessaient de s'embuer et papa finit par en avoir assez de me sentir naviguer d'une portière à l'autre; je voulais voir à tout prix et je me prenais les pieds dans les cartons que je chamboulais. Il n'y avait que de la neige, des arbres, des montagnes et un vide en moi que je n'étais pas du tout en mesure de comprendre." p.36
De sang-froid
Truman Capote
Folio
506 pages
Résumé:
« Il était midi au cœur du désert de Mojave. Assis sur une valise de paille, Perry jouait de l'harmonica. Dick était debout au bord d'une grande route noire, la Route 66, les yeux fixés sur le vide immaculé comme si l'intensité de son regard pouvait forcer des automobilistes à se montrer. Il en passait très peu, et nul d'entre eux ne s'arrêtait pour les auto-stoppeurs... Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l'argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert. »
Mon commentaire:
Une amie m'a offert ce livre en m'indiquant que c'était une de ces histoires qui ne la quittait plus depuis sa lecture. C'est de cette façon-là que je décrirais ce livre. Une fois refermé, on ne l'oublie pas... On repense à la famille, aux tueurs, à certaines valeurs... J'ai lu que l'auteur n'a plus jamais été le même après avoir écrit et enquêté sur ces crimes. J'imagine que vivre pendant des années, immergé dans cette histoire, à côtoyer les témoins et les criminels, ça laisse des traces...
De sang-froid raconte l'histoire d'un crime qui s'est réellement produit. Le récit est détaillé. Il alterne entre la vie des tueurs et celle de la famille et de leur entourage. Il met en relief la violence et le peu de considération pour la vie, versus la douceur et l'aspiration à une vie calme et rangée. Le contraste est saisissant. Truman Capote a fait de ce livre un travail minutieux de recherche. Le lecteur a l'impression d'assister aux événements qui ont précédés le crime, aux meurtres puis à la cavale des criminels, à leur arrestation puis leur procès. L'intérêt de ce livre n'est pas de savoir qui a fait le coup, mais plutôt de suivre à la façon d'un documentaire, ce qui s'est produit. À mesure que Dick et Perry se rapprochent des Clutter, la tension augmente pour le lecteur. Surtout parce qu'on sait ce qui va se passer et qu'on sait qu'il s'agit d'une histoire vraie. À certains moments, je sentais un malaise face à ce qui nous était raconté. Les souvenirs de Dick et Perry par exemple. L'un d'entre eux a eu une enfance plutôt normale avec des parents qui sont toujours ensembles, alors que l'autre a eu une enfance à problèmes et a baigné dans le crime très jeune. Qu'est-ce qui fait basculer quelqu'un dans la folie, dans l'impardonnable, dans le mépris de la vie humaine au point de tuer?
Le livre de Capote ne prend pas vraiment parti. Il nous fait voir ce qui s'est produit, le résultat du procès, la fin. Ce qui laisse le plus perplexe c'est de constater les moments d'humanité que font voir les tueurs. Derrière la folie meurtrière il y a aussi l'être humain. Il y a des décisions humaines. Il y a la peine de mort et sa remise ou non en question. De sang-froid bouscule beaucoup de choses. Il remet en cause des valeurs et des jugements en analysant d'une certaine façon un crime impardonnable.
J'ai beaucoup aimé. Je vous conseille ce livre. Il bouscule beaucoup de choses et ne laisse pas indifférent...
Quelques extraits:
"Jusqu'à un matin de la mi-novembre 1959, peu d'Américains - en fait peu d'habitants du Kansas - avaient jamais entendu parler de Holcomb. Comme les eaux de la rivière, comme les automobilistes sur la grand-route, et comme les trains jaunes qui filent à la vitesse de l'éclair sur les rails du Santa Fe, la tragédie, sous forme d'événements exceptionnels, ne s'était jamais arrêtée là." p.18
"... c'est tout ce que j'ai vu. Seulement, quand j'y repense, je crois qu'il devait y avoir quelqu'un de caché là. Peut-être parmi les arbres. Quelqu'un qui attendait simplement que je parte." p.87
"Ici, d'après le propriétaire d'une quincaillerie de Garden City, les serrures et les verrous sont les articles qui se vendent le mieux. Les gens se fichent pas mal de la marque; tout ce qu'ils veulent, c'est que ça tienne. L'imagination, bien sûr, peut ouvrir n'importe quelle porte, tourner la clé et laisser entrer la terreur." p.136
"L'Ennemi était toute personne qu'il désirait être ou qui avait quelque chose qu'il voulait avoir." p.299
Le joueur d'échecs
Stefan Zweig
Le livre de poche
94 pages
Résumé:
Qui est cet inconnu capable d'en remontrer au grand Czentovic, le champion mondial des échecs, véritable prodige aussi fruste qu'antipathique ? Peut-on croire, comme il l'affirme, qu'il n'a pas joué depuis plus de vingt ans ? Voilà un mystère que les passagers oisifs de ce paquebot de luxe aimeraient bien percer.
Le narrateur y parviendra. Les circonstances dans lesquelles l'inconnu a acquis cette science sont terribles. Elles nous reportent aux expérimentations nazies sur les effets de l'isolement absolu, lorsque, aux frontières de la folie, entre deux interrogatoires, le cerveau humain parvient à déployer ses facultés les plus étranges.
Mon commentaire:
Ce livre m'a fait penser à Novecento, pianiste de Baricco. À cause de son sujet, le destin singulier d'un homme différent des autres. C'est aussi une fable extraordinaire qui nous est racontée dans ce court roman (ou cette longue nouvelle, c'est selon). Dans cette histoire, on nous parle du nazisme, mais d'un autre angle que celui dont on a l'habitude. La longue explication du passager au narrateur est captivante, troublante. C'est avec une telle histoire que l'on constate la faculté humaine de surmonter les pires épreuves et de mettre son cerveau en mode survie pour garder une certaine forme d'équilibre mental. Zweig a un style simple, très abordable, mais son écriture est à la fois profonde et empreinte d'humanité. J'ai vraiment beaucoup aimé. C'est très marquant comme récit et j'ai du mal à en parler correctement. C'est une histoire très courte et c'est une bonne raison de l'ajouter à ses lectures. Car en plus d'être court, ce livre en vaut vraiment la peine. C'est une belle découverte et un auteur que je me promets à coup sûr de relire.
Quelques extraits:
"Les monomaniques de tout poil, les gens qui sont possédés par une seule idée m'ont toujours spécialement intrigué, car plus un esprit se limite, plus il touche par ailleurs à l'infini." p.20
"C'était justement ce qu'ils voulaient - me faire ressasser mes pensées jusqu'à ce qu'elles m'étouffent et que je ne puisse faire autrement que de les cracher, pour ainsi dire, d'avouer, d'avouer tout ce qu'ils voulaient, livrant ainsi mes amis et les renseignements désirés." p.56
Avec vue sur l'Arno
Edward Morgan Forster
10/18
287 pages
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Résumé:
Lucy Honeychurch n'aurait jamais pu partir à la découverte de l’Italie comme toute jeune Anglaise de bonne famille sans la surveillance d’un chaperon zélé, sa cousine Charlotte. A leur arrivée à Florence, les deux voyageuses constatent avec dépit que la chambre qui leur a été réservée n’a pas de vue sur l’Arno. En violation de toutes les convenances, deux inconnus, M. Emerson et son fils George, leur proposent de leur échanger la leur qui, elle, donne sur le fleuve. L’attitude cavalière de George envers Lucy et le peu de résistance qu’elle lui oppose poussent Charlotte à décider d’abréger leur séjour. Mais le hasard va à nouveau réunir les Emerson et les Honeychurch, en Angleterre cette fois…
Mon commentaire:
Avec ce roman, Forster trace le portrait d'une société bourgeoise anglaise coincée dans les préjugés et les conventions sociales. Lucy remet par moment en question cette éducation beaucoup trop encrée dans la mentalité familiale, de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas. Ce roman m'a beaucoup fait penser à ceux de Jane Austen. L'humour y est plus subtil, mais les scènes sont toutes aussi délicieuses. Le cadre est enchanteur, que ce soit en Italie, tout près de l'Arno ou dans la campagne anglaise, les descriptions donnent envie d'y être.
Lucy est un personnage ambivalent, coincée dans les conventions, mais qui découvre les premiers émois de l'amour et remet certaines choses en perspective... Miss Bartlett est assommante, alors que George m'a tout de suite plu. Certains personnages comme celui du père de George, voient la société avec un oeil critique, perçoivent le rôle de la femme comme étant différent de ce qui est établi. Il passe aussi pour un joyeux illuminé!
Ceux qui aiment Austen ont des chances d'apprécier Forster. Pour ma part, je relirai ce roman. C'est un livre, je crois, qu'on peut découvrir différemment à une relecture. Inutile de dire qu'il m'a beaucoup plu et que je compte bien lire d'autres romans du même auteur!
Un extrait:
"Si magnifique que soit la vie, elle est difficile. La vie, a écrit un de mes amis, c'est jouer du violon en public et apprendre à en jouer en même temps." p.274





























