La voleuse de livres
Markus Zusak
Oh! éditions
527 pages
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Résumé:
Quand la mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l'écouter. Une histoire étrange et émouvante où il est question : d'une fillette ; des mots ; d'un accordéoniste ; d'Allemands fanatiques ; d'un boxeur juif ; de vols.
Mon commentaire:
La narration de ce roman surprend au départ puisque c'est la Mort qui nous parle. Elle nous raconte son "travail", sa façon d'aller cueillir les âmes des gens qui vont mourir. C'est également une leçon de vie. De l'humanité face à la guerre et de la Mort qui est débordée à cause de la folie des hommes. Les premières pages sont déconcertantes. Il ne faut toutefois pas se laisser décourager car la suite en vaut largement la peine. La voleuse de livres c'est Liesel, jeune fille qui ne sait pas encore lire, mais qui est fascinée par les livres. À la mort de son frère, elle commettra son premier larcin. Abandonnée dans une famille par une mère désespérée, Liesel vivra la guerre dans l'Allemagne nazie de 1939 à 1943. La voleuse de livres est un roman bouleversant qui nous plonge littéralement dans le nazisme et la guerre, tout en nous offrant des personnages profondément humains. Chacun tente de faire sa place et d'offrir ce qu'il peut aux autres, alors que le monde autour d'eux n'est que mort, violence, horreur et injustice. Certains passages sont absolument magnifiques, par exemple le cadeau qu'offrira Max, le juif qu'on cache dans la cave, à Liesel... Un roman original, percutant, magnifique et bouleversant.
Le passeur
Lois Lowry
L'École des loisirs
288 pages
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Résumé:
Le monde dans lequel vit Jonas est bien éloigné du nôtre : une société où la notion d'individu n'existe pas. Plus surprenant encore : ses membres ne ressentent rien. Ni amour ni haine viennent bousculer leur quotidien. Les gens ne meurent pas non plus. Ils sont "élargis". Tout comme le héros de cette histoire – un garçon de douze ans – le jeune lecteur brûlera de savoir ce qui se cache derrière ce terme si obscur.
Mon commentaire:
Le monde de Jonas est un monde où règne l'harmonie. Où la notion de choix et d'individualité n'existe pas. C'est un monde où tout est conçu pour que règne un semblant de bonheur, un semblant de paix. Ce sont des Sages qui font les choix de vie pour tous et chacun. La maladie n'existe pas. Les couleurs sont inexistante. Il n'y a pas de différences. Lorsque Jonas est assez âgé pour connaître le métier qu'il exercera, il est abasourdit. Il sera Gardien de la mémoire. Ce qu'il découvrira de l'autre côté de ce miroir de fumée bouleversera sa vie à jamais... Ce roman est absolument magnifique! C'est un conte philosophique sur un monde qui pourrait exister, une sorte de mise en garde sur ce que serait la vie si tout était aseptisé, ramené à une seule façon de percevoir les choses. À lire absolument.
À noter que les droits d'adaptation au cinéma ont été achetés. La production est en cours de préparation, le film étant prévu pour 2011.
Vingt-quatre mille baisers
Françoise De Luca
Marchand de feuilles
102 pages
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Résumé:
Les nouvelles de Vingt-quatre mille baisers explorent la genèse de l'amour. Des petits abandons de l'enfance aux femmes enchanteresses en passant par les élans littéraires qui font voyager, ces textes brefs nous offrent les talismans du coeur et posent une grande question hypnotique: Comment devient-on qui on est? Avec en filigrane la chanson italienne. Un baume pour le myocarde.
Mon commentaire:
J'adore les nouvelles, surtout lorsqu'elles sont magnifiquement bien écrites. C'est le cas de ce tout petit livre absolument merveilleux. Ce recueil est rempli de souvenirs, de douceur, de tendresse. L'auteur joue avec la musique des mots et nous offre en arrière-plan son amour de la musique italienne et sa passion des livres qui plane toujours, quelque part, au-dessus des histoires qu'elle nous raconte. Son écriture est chaleureuse. Apaisante. J'ai lu et relu certains passages. J'aurais eu envie de partager avec vous plusieurs extraits. Elle parle de ce qui nous défini en tant que personne: notre vécu, nos émotions, notre langue, notre origine. L'auteur est italienne, a vécu en France et vit maintenant au Québec. Elle partage avec le lecteur sa passion des mots et la confrontation des cultures. Ses phrases sont choisies avec soin. Elle raconte tout, en si peu de mots. Sa façon d'évoquer les souvenirs m'a plu. Sa façon de capter l'instant fugace qui change tout, le petit moment de bonheur, est prodigieux. On en voudrait encore.
La magnifique couverture qui m'a tout de suite attirée est de Madelaine Adelaide. Je trouve, d'ailleurs, que les couvertures choisies au Marchand de feuilles sont toujours jolies et originales.
Deux petits extraits:
"Le premier amour, ce n'est pas juste un amour, c'est l'éternité."
p.24
"J'aime les livres neufs, leur épaisseur compacte, leur odeur. J'aime m'émerveiller de ce qu'ils ne disent pas encore. Ouvrir un livre neuf, c'est comme marcher dans la neige qui n'a pas encore été foulée."
p.41
Le vieil homme et la mer
Ernest Hemingway
Folio
148 pages
Résumé:
« Tu veux ma mort, poisson, pensa le vieux. C'est ton droit. Camarade, je n'ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ça m'est égal lequel de nous deux qui tue l'autre.
Qu'est-ce que je raconte ? pensa-t-il. Voilà que je déraille. Faut garder la tête froide. Garde la tête froide et endure ton mal comme un homme. Ou comme un poisson. »
Mon commentaire:
Le roman raconte l'histoire d'un vieux pêcheur pauvre et de Manolin, un jeune qui l'appelle "grand-père" et qui a appris à pêcher grâce à lui. Ils n'ont pas pris de poissons depuis très longtemps et les parents de Manolin décident de l'envoyer sur un autre bateau. Le vieil homme partira seul au large avec l'intention de pêcher un poisson, un gros, qui lui amènera l'admiration des autres pêcheurs.
Ce court roman qui a fait connaître Hemingway et lui a apporté la consécration nous plonge littéralement dans la mer, avec le vieil homme. La vie de pêcheur n'est pas facile et les images véhiculées par le livre sont très fortes. Le vieil homme doit se battre pour survivre, même si sa condition physique n'est pas à son meilleur. La mer - et les requins - peuvent être sans pitié pour l'homme qui va à la pêche, même si la mer est toute sa vie. Ce livre peut être interprété de différentes façons, qu'on soit jeune ou vieux. Je crois qu'une relecture dans quelques années pourrait être agréable. L'histoire est en quelque sorte une métaphore de la vie et des embûches que l'on doit traverser.
Le roman est construit comme un monologue. Le vieil homme étant seul sur son bateau, il dialogue avec lui-même pour ne pas devenir fou et sentir un peu de compagnie avec lui.
Le vieil homme et la mer c'est aussi un roman sur la vieillesse, sur les générations et la belle amitié qui lie le jeune homme et le vieux. Manolin est tendre et respectueux envers le vieux, il en prend bien soin et cette relation est touchante, exclusive et rare.
Un court roman qu'on se doit d'avoir lu.
Quelques extraits:
"Le vieil homme était maigre et sec, avec des rides comme des coups de couteau sur la nuque. Les taches brunes de cet inoffensif cancer de la peau que cause la réverbération du soleil sur la mer des Tropiques marquaient ses joues; elles couvraient presque entièrement les deux côtés de son visage; ses mains portaient les entailles profondes que font les filins au bout desquels se débattent les lourds poissons. Mais aucune de ces entailles n'était récente: elles étaient vieilles comme les érosions d'un désert sans poissons."
p.8
"Il prononça alors: "Je voudrais bien que le gosse soit là. Il m'aiderait. [...] On ne devrait jamais rester seul quand on est vieux, pensa-t-il. Mais c'est inévitable."
p.54
"Il se souvint de l'angoisse qui s'empare dans leur petite barque de certains pêcheurs, à l'idée de perdre la terre de vue. Ils n'avaient pas tort, car il y a des saisons où le gros temps fond sur vous sans crier gare. Mais on avait passé ces saisons-là. On était à présent dans la saison des ouragans; quand il n'y a pas d'ouragan en train, c'est le plus beau temps de l'année."
p.72
"Peu avant la tombée de la nuit, alors qu'ils passaient à proximité d'un grand îlot d'herbe des Sargasses qui se soulevait et ondulait dans la houle comme si la mer faisait l'amour sous une couverture jaune, une dorade mordit à la petite ligne de l'arrière. Le vieux l'aperçut quand elle sauta. Elle se tordait, elle donnait de furieux coups de queue. C'était un vrai lingot d'or dans le soleil rasant."
p.87
À noter que ce livre a remporté le Prix Pullitzer en 1953 et le Prix Nobel de Littérature en 1954.
Saga des émigrants tome 2: La traversée
Vilhelm Moberg
Éditions Gaïa
266 pages
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Résumé:
Sur les quais de Karlshamn, la Charlotta s'apprête à appareiller. Karl Oskar est soucieux. Le navire censé assurer leur émigration vers les États-Unis d'Amérique est en bien piteux état. Quant à Robert, son rêve de grande aventure s'en trouve un peu ébréché. Même Kristina ne tarde pas à partager ces pensées. Il fut un temps où la Charlotta était un noble navire de commerce et non un vulgaire transporteur d'émigrants, cette engeance qui s'entasse dans l'entrepont et n'a décidément jamais le pied marin. La vie à bord n'est que tourments : la promiscuité, la saleté, les poux, le scorbut et le mal de mer s'acharnent sur les passagers. Le capitaine Lorentz, vieux loup de mer aigri et solitaire, le sait bien, lui qui prévoit un boisseau de terre de Suède en vue de simuler des funérailles qui se termineront inéluctablement au fond de l'eau. Après Au pays, La Traversée est le récit d'un voyage qui ne devait durer que quelques semaines. Un voyage au bout de soi, une douloureuse épreuve dans la fabuleuse destinée de ces Émigrants.
Mon commentaire:
Cette série est résoluement un coup de coeur, même si je n'en suis encore qu'au deuxième tome, qui est aussi bon que le premier! Moberg utilise deux procédés pour la narration. Il raconte l'histoire vue de l'extérieur puis, laisse la parole à ses différents personnages lorsque besoin est. Le lecteur est donc témoin de la perception de chacun d'un même événement. Perception qui diffère selon ce qu'on sait du passé de chaque personnage, de leur vécu et de leurs valeurs.
Ce second tome nous amène sur les eaux, sur un bateau de marchandises qui transporte également depuis peu des passagers qui veulent émigrer en Amérique. Il faut se replonger à l'époque où les bateaux n'avaient rien de paquebots de croisière. On y survivait avec les moyens du bord. Les bains, les repas, la propreté était relégués aux oubliettes. Les passagers quant à eux, tentaient de survivrent aux maladies et ne pas mourir d'ennui. Pour des paysans habitués au travail de la terre, aux travaux difficiles, passer plusieurs mois en mer à ne rien faire était très pénible. Sans parler des pénibles difficultés associées au manque d'hygiène et aux microbes de toutes sortes qui prolifèrent. Kristina, par exemple, femme très propre, soigneuse, qui prend un soin jaloux de ses enfants, trouve pénible de vivre, entassés comme des animaux, dans une cale malodorante où pullullent les poux, la vermine et le scorbut. Même si tous les personnages me plaisent, avec leurs défauts et leurs qualités, je ne peux que m'identifier à Kristina. Par ses valeurs, sa droiture, son amour pour sa famille. Que ferais-je, à sa place?
L'écriture de Moberg est d'un réalisme saisissant. Chaque fois que je plonge dans l'un de ses livres, la magie opère dès le début. Je ne suis plus chez moi, mais plutôt sur une terre aride ou un bateau qui tangue. Je ne peux m'empêcher de me mettre à la place des personnages, de vivre avec eux leur périple. Le lecteur peut presque sentir le monde tanguer autour de lui, l'odeur viciée de l'air, le bruit de l'eau.
La religion est très présent dans ces livres. L'idée, à l'époque, que les poux et le mal de mer résultaient d'un manque de foi chrétienne m'a assommée. Beaucoup de choses "inexpliquées" étaient alors identifiées à la religion, au mal ou au bien.
Pour ceux qui ont lu le roman, la scène de l'apparition de l'oiseau sur le pont m'a beaucoup touchée. J'imagine qu'après autant de temps sur les mers à ne voir que de l'eau à perte de vue, l'apparition de l'oiseau (encore une fois relié à une sorte de divinité) a dû être un vrai miracle pour ces paysans habitués à fouler la terre...
Ce second tome rempli toutes mes attentes. Une série à découvrir, à lire et relire. Un petit bijou. Vivement que je reçoive le troisième tome!
Un extrait:
"Il avait de bonnes raisons de regretter le temps où la Charlotta était uniquement un navire de commerce et n'avait qu'une cargaison inerte. Il préférait de loin avoir sous le pont des marchandises plutôt que ce malcommode chargement vivant: les marchandises ne mouraient jamais, elles."
p.27
Le bateau fantôme
Mary Higgins Clark, illustrations de Wendell Minor
Albin Michel Jeunesse
30 pages
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Résumé:
Thomas aime séjourner chez sa grand-mère, au bord de la mer. Il passe des heures à se représenter les grands vaisseaux et les époques lointaines, à imaginer leurs aventures, et rêve de naviguer lui-même un jour. Un après-midi, après une nuit de tempête, Thomas découvre, enfouie dans le sable, une boucle de ceinture ancienne. Au moment ou il la ramasse apparaît devant lui un garçon de son âge, Silas Rich, jadis matelot sur le Monomoy, un navire ayant navigué presque deux cent cinquante ans auparavant.
Mon commentaire:
Cet album est vraiment joli. Les illustrations sont magnifiques, bien définies, aux couleurs d'océan. Elles inspirent le calme, les dunes, les vacances... L'histoire est originale. Deux garçons, Thomas et Silas, se retrouvent alors que... 250 ans les séparent! Toute petite, c'est exactement le genre d'album qui m'aurait plu. Qui n'a pas, pendant les vacances, eût envie d'approfondir l'histoire entourant un vieux portrait découvert dans le grenier d'un chalet ou alors, de connaître l'histoire entourant les premiers propriétaires d'une maison d'été? Des bateaux, des légendes, un peu d'histoire, bref tout est en place pour offrir aux enfants (et aux adultes!) un livre aussi intéressant à regarder qu'à lire.
Naufrages
Akira Yoshimura
Actes Sud
190 pages
Résumé:
Dans un village isolé entre mer et montagne, une petite communauté tente d’échapper à la misère en entretenant d’étranges coutumes. Isaku n’a que neuf ans lorsque son père part se louer dans un bourg au-delà de la montagne. Devenu d’emblée chef de famille, Isaku se voit attribuer une responsabilité dont il ne peut imaginer les conséquences. Une tempête s’annonçant cette nuit-là, d’immenses feux sont allumés sur la plage. Chargé de surveiller ce rite ancestral, Isaku va assister à l’arrivée d’un navire qui, ayant repéré les feux depuis le large, s’approche de la plage pour échapper au naufrage. Mais une barre rocheuse déchire la mer aux abords du village, et le piège se referme sur ce bateau qui, sous les yeux horrifiés de l’enfant, sombre en offrant à la communauté sa précieuse cargaison.
Mon commentaire:
Naufrages nous amène dans une petite communauté, perchée sur une terre aride face à la mer. Le roman nous raconte la vie et la survie de ce village au fil des saisons qui passent. Le père d'Isaku a dû se vendre au village voisin, pour trois ans. L'argent offert à la famille leur permet de survivre durant ce temps. Le roman débute lorsque le père d'Isaku quitte la communauté et se termine au bout des trois ans de son absence. Pendant ce temps, Isaku, l'aîné de la famille, doit démontrer ses talents de pêcheur et de travailleur pour subvenir aux besoins de sa mère, ses frère et soeurs. Nous sommes témoins des travaux qui passent au fil des saisons: les naufrages et la cuisson du sel, les sardines, les maquereaux et les encornets. Vient ensuite les travaux dans les bois, la cueillette de fruits et de légumes ainsi que le matériel qui servira à confectionner du tissu pour se vêtir. Les rituels concernant les morts, les naissances, le statut de chacun dans la communauté ou l'approvisionnement en nourriture, en sel, les coutumes, les offrandes, la pêche, tout nous est raconté dans le détail et c'est réellement captivant. Toute la vie de la communauté est reliée aux naufrages, d'une façon ou d'une autre. Leurs espoirs et leurs bonheurs sont dépendants du malheur des autres. Tout ne tient qu'à la survie et à la continuité d'une communauté qui existe depuis nombre d'années...
Un livre que j'ai beaucoup aimé, d'un style sobre et d'une écriture qui m'a tout de suite plu. Un nouvel auteur à ajouter à ma liste à découvrir de nouveau.
Quelques extraits:
"La mort d'un homme, sur le moment, attristait la famille et le reste du village, mais on croyait au retour des âmes et on se résignait vite. La vie était un don des dieux et des bouddhas, et quand venait la mort, l'âme humaine partait aux confins de la mer, pour ensuite revenir dans le ventre d'une femme afin de revivre dans le corps d'un bébé. La mort n'était pour l'âme qu'une période de profond repos précédant son retour, et les villageois croyaient que se lamenter trop longtemps troublait la paix de l'âme du mort. Dans le cimetière, on dressait les pierres tombales et les stûpas face à la mer pour favoriser le retour des âmes au village."
p.12
"Dès que les feuilles perdaient leur couleur et commençaient à tomber, la mer s'agitait. Après une brève accalmie, les flots déchaînés venaient battre les rochers pendant quelques jours, propulsant des paquets d'écume jusque sur les maisons. La mer démontée faisait don, parfois, de richesses insoupçonnées qui n'avaient rien à voir avec les maigres récoltes ou la pêche habituelle. Dans ce cas-là, et pour plusieurs années, les villageois n'étaient plus obligés de se vendre. Cela arrivait rarement, mais l'espoir persistait. Le rougeoiement des feuilles annonçait l'imminence de cette période."
p.18
L'ombre de Mia
Langis Bouchard
JCL
270 pages
Résumé:
Après avoir vu disparaître sa fille, avalée par la boue du déluge de 1996, Mia, dévastée par le chagrin et complètement perdue psychologiquement, s'empare d'un canot et file silencieusement vers le site déserté de la Nouvelle-France, lieu du tournage d'un film historique. Dans ce décor d'hier, planté de maisons longues, d'une tente de sudation et de palissades aiguisées, Mia glisse tout doucement dans un insondable recoin de sa mémoire où les réminiscences d'un passé amérindien lointain influençaient sa vie depuis toujours. Commence alors pour Patrick, son conjoint, une recherche obstinée, à travers les brumes d'un Saguenay abyssal, afin de retrouver l'esprit de la femme qu'il aime.
Mon commentaire:
Ce roman m'a séduite, car il mêle deux aspects intéressants: l'histoire (dans ce cas, celle des tribus amérindiennes) et la psychanalyse. Mia est passionnée par l'histoire Amérindienne. Ses échanges avec Patrick, l'homme qui partage sa vie, sont passionnantes. Ils aiment confronter leurs idées et leurs opinions divergent largement en ce qui a trait à la question amérindienne. Leur petite vie tranquille sera bouleversée par le déluge de 1996. Mia, suite à la perte de sa fille, fuit la terrible réalité en régressant dans le passé. Après avoir tenté de la guérir par la voie traditionnelle, Patrick décidera de laisser les hôpitaux aux autres et de ramener Mia à la maison. Il prend une année sabbatique et réorganise sa vie autour de la femme qu'il aime. L'arrangement entre eux est étonnant. Pour tenter de comprendre l'univers dans lequel s'est murée Mia, Patrick se documente sur les coutumes Amérindiennes. Le travail qu'il accomplit avec elle est passionnant. La présence d'un chamane et d'une spécialiste de l'hypnose aidera le couple à survivre à cette épreuve. Les aspects psychologiques traités dans le roman sont vraiment intéressants, ainsi que toutes les informations sur les croyances et les coutumes des Amérindiens. Le seul petit bémol à ce livre: sa fin précipitée est trop brusque à mon goût. Toutefois, l'originalité et le traitement du sujet fait par l'auteur en valent largement la lecture. Une belle découverte!
À noter que ce livre a remporté le Prix de la Plume Saguenéenne 2007.
L'affaire du collège indien
Sylvie Brien
Gallimard
150 pages
Résumé:
Québec 1921. Quels terribles secrets abrite le sinistre pensionnat de Saint-Elme ? Qui sont ces enfants qu'on y retient prisonniers ? Quand un incendie criminel se déclare, Vipérine Maltais, la jeune collégienne détective, mène l'enquête tambour battant. Et tant pis s'il faut pour cela se faire quelques ennemis mortels. Qu'on se le dise : Vipérine n'a pas froid aux yeux ! Embrouilles, mystères, mensonges... Tout le monde n'y voit que du feu. Sauf Vipérine, Bien sûr.
Mon commentaire:
Ce roman met en scène une partie peu reluisante de l'histoire canadienne, soit la création de pensionnats pour jeunes indiens. Ces pensionnats qui ont eu cours au Canada, mais aussi au Québec, étaient conçus pour assimiler les autochtones et faire d'eux, des "êtres moins primitifs". On leur coupait les cheveux, on tentait de les assimiler et de leur faire oublier leurs coutumes et leurs croyances, on les forçait à parler notre langue. Les sévices et les manquements à leur égard étaient légion. Un épisode triste, déplorable et scandaleux de notre histoire.
Cette partie de l'histoire est très peu connue des Canadiens et des Québécois. C'est donc à partir de ce fait historique que Sylvie Brien construit son roman. Plus étoffé du côté historique que la première aventure de Vipérine Maltais, L'affaire du collège indien conjugue histoire et mystère. Toujours très attachante, la perspicace Vipérine vient en aide aux dirigeants du collège qui ont mal à partir avec un incendie qui a fait des ravages...
Cette série, écrite par Sylvie Brien, est toujours de qualité. Qualité au niveau de la langue et de l'histoire. Je ne peux que vous la conseiller si vous n'avez pas encore fait connaissance avec Vipérine!
Un extrait:
"Ah, cette maudite loi sur les Indiens! [...] C'est maintenant au tour de la province de Québec de se la voir imposer! Tous les enfant des prétendus sauvages seront arrachés à leur famille. On les intégrera dans la société jusqu'à ce qu'il n'en reste plus un seul qui ne soit devenu un "Blanc". En d'autres mots: civilisé. Cet idiot de surintendant Scott croit qu'en faisant oublier à ces gamins leur langue, leur culture et leur danse du Soleil, ils se transformeront en bons citoyens canadiens. Je me demande bien qui est le plus sauvage..."
p.39
En complément:
Il existe un site web consacré à l'expérience des pensionnats indiens. C'est un site rempli d'informations et de détails pour ne pas oublier ces enfants...
On trouve dans les archives de Radio-Canada, un dossier sur les pensionnats indiens, tout en images...
Sous les eaux
Mario Tremblay
JCL
146 pages
Résumé:
Un peintre professionnel montréalais accepte de réaliser une fresque dans l'église du petit hameau de L'Anse-Saint-Jean, dans le Bas-Saguenay. Cependant, son travail est rapidement perturbé par l'intérêt croissant qu'il porte à la légende d'un grand voilier allemand qui aurait coulé près du village à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette quête personnelle dérangera inévitablement les habitants de ce lieu bucolique, qui pour la plupart ne veulent à aucun prix entendre parler de cette fable, surtout le curé avec lequel l'artiste n'a visiblement aucun atome crochu. Malgré tout, ce mystérieux bateau que l'on croit enfoui dans les profondeurs du fjord du Saguenay allumera les passions et le peintre découvrira que l'humain en général n'est ni bon ni mauvais, mais tout simplement humain.
Mon opinion:
Ce court roman porte bien son titre. "Sous les eaux" à cause du naufrage, mais aussi, parce qu'à la lecture nous avons le sentiment que beaucoup de choses se cachent sous la surface...
Victor est un peintre plutôt discret dans la vie. Des blessures passées l'empêchent de s'engager totalement et il se tient à l'écart des frasques de son groupe d'amis artistes, qui représentent une brochette hétéroclite de personnages tous plus singuliers les uns des autres. Il accepte la commande d'une fresque dans une église, sans trop savoir pourquoi. Il n'est pas particulièrement pieux et son travail est souvent choquant, rempli de confrontations à la religion et de mythologie.
Beaucoup de choses restent nébuleuses à la lecture, alors qu'on a l'impression que le livre regorge de réponses cachées bien enfouies sous les mots. On pourrait creuser et spéculer longtemps après cette lecture. C'est un roman très étrange, qui nous offre une histoire non linéaire, comme s'il s'agissait d'une tranche bien découpée de la vie de Victor, du temps où il travaille sur la fresque. La perception de Victor de la religion, son interprétation et les joutes oratoires qu'il a avec le prêtre de l'église sont percutantes. Tout n'est pas offert facilement au lecteur. C'est intéressant, différent et j'ai beaucoup aimé, même si je n'ai pas l'impression d'avoir tout déchiffré ce qu'il y avait à comprendre. Ce roman mériterait une relecture. Il laisse une impression étrange d'inachevé, mais en même temps de complexité lorsqu'on tourne la dernière page...
Sous les eaux a remporté le Prix La plume Saguenéenne 2007.





























