À table en famille
Marie Breton & Isabelle Emond
Flammarion Québec
192 pages
Résumé:
Manque de temps, conflits d’horaire, les familles d’aujourd’hui ont du mal à se réunir chaque jour, à heure fixe, autour d’une table pour manger un repas sain et équilibré dans une atmosphère détendue. Trop souvent on oublie que manger ensemble, c’est bien plus que s’alimenter.
Mon commentaire:
Après avoir parlé de Boîte à lunch emballante, je ne pouvais pas laisser dans l'autre un autre de leur excellent livre sur la cuisine familiale. Comment cuisiner en famille? Comment faire participer petits et grands et surtout, à l'époque des familles éclatées, comment manger tous ensemble aux repas? Tout comme Boîte à lunch emballante, À table en famille est un livre très complet, intéressant en ce qui concerne le contenu des recettes. Les choix de plats proposés sont soignés, les recettes toujours juste et les goûts, variés. Et surtout, c'est simple à faire, avec des ingrédients qu'on a sous la main la plupart du temps. Pour ceux qui ont des enfants, les recettes sont aussi conçues pour faire participer les petites mains!
Cette fois, mes incontournables: les carrés aux dattes à l'orange (qui adoucit le goût des dattes et réinvente un dessert classique) et le pudding à l'érable, bien meilleur et aussi facile à faire que ceux que l'on peut acheter dans le commerce! Ce soir, mettez-vous à table en famille!
À table en famille a remporté le Trophée Or de Cuisine Canada 2007, catégorie livres de cuisine en français.
Boîte à lunch emballante
Marie Breton & Isabelle Emond
Flammarion Québec
188 pages
![]()
Résumé:
Vous devez prévoir pour la marmaille, le conjoint ou vous-même des lunchs qui prendront la route du bureau, de l'école, du service de garde ou des vacances? Eh bien, vous n'êtes pas la seule personne à qui cette tâche incombe et ce n'est pas étonnant quand on pense aux nombreux avantages qu'il y a à préparer et apporter son repas. Un lunch, c'est pratique, économique et cela ne contient que des aliments à son goût. Il suffit d'être un brin organisé. Boîte à lunch emballante propose des idées pour se simplifier la vie et mieux gérer son temps, fournit des conseils judicieux et une centaine de recettes à la fois saines, appétissantes et rapides à exécuter ainsi que des menus variés pour éviter la routine. Dorénavant, le sandwich au jambon, c'est seulement... une fois de temps en temps.
Mon commentaire:
Marie Breton et Isabelle Émond sont toutes deux diététistes. Elles nous offrent, dans ce livre très pratique, des informations sur la nutrition et d'excellentes recettes pour les lunchs. Mais pas uniquement. Ces recettes peuvent être présentées au souper ou au dîner, mais elles ont la particuliarité de pouvoir se congeler, du moins pour la plupart, ou de se préparer rapidement pour les autres. De nombreux trucs y sont inscrits à chacun des recettes. Saviez-vous, par exemple, qu'on peut congeler des bananes trop mûres, au lieu de les jeter, en les mettant directement au congélateur avec la pelure? La pelure noircira mais la banane conservera sa jolie couleur jaune. Elles en seront meilleures encore dans les gâteaux et les pains.
Ce livre est un incontournable pour moi, puisque toutes les recettes que j'ai testé ont été appréciées à la maison. Soupes, sandwichs, desserts, tout y est nutritif (on nous explique pourquoi pour chaque recette) et délicieux! J'y ai adopté mes incontournables: soupe au boeuf et à l'orge, soupe au poulet et aux nouilles, les barres tendres, les pains-gâteaux et les roulés au thon, pour ne nommer que celles-là. On peut aussi faire notre pudding au chocolat et notre jello maison. Toutes les recettes sont simples et ne demandent pas une liste d'ingrédients étrange ou trop onéreuse. Un livre rempli de bonnes idées, assurément, et des auteurs sur qui je peux me fier lorsque j'achète leurs livres: elles nous offre toujours un volume conçu avec soin et des recettes testées et approuvées par leurs enfants!
Boîte à lunch emballante a remporté le trophée Or de Cuisine Canada pour le meilleur livre de cuisine en langue française au Canada en 2002.
1666
Geraldine Brooks
Calmann-Lévy
334 pages
Résumé:
1666 : l'année de la grande peste en Europe. Punition de Dieu infligée aux hommes ou intervention du Malin ? Les passions s'exacerbent, la peur se répand et la trame fragile du tissu social se délite sous l'effet de la contagion. Un village perdu du centre de l'Angleterre se recroqueville sur lui-même et décide de se mettre en quarantaine sous l'influence d'un pasteur au charme ambigu. Anna Frith, une jeune servante, devient vite une héroïne par son abnégation dans les soins qu'elle prodigue aux malades et la fortitude qu'elle affiche lorsque la superstition renaît et débouche sur une chasse aux sorcières meurtrière. Dans ce huis clos suffocant où les hommes se révèlent diaboliques, cette jeune femme sans éducation fera triompher la générosité et la raison, au péril de sa vie.
Mon commentaire:
Anna Frith a eu une vie difficile. Mariée à quinze ans pour échapper à un père alcoolique et violent et une marâtre de belle-mère, Anna est servante au presbytère du village lorsque commence son récit. Elle a vécu d'horribles choses pendant ces derniers mois où a sévit la peste dans son village et entreprend de nous les raconter... La narration est à la première personne, ce qui nous rend toute de suite Anna sympathique. Cette toute jeune femme est confrontée à une épidémie qui décime tout sur son passage. Très forte, elle se relève pour aider les autres, apprend les rudiments des soins par les plantes grâce aux grimoires du presbytère et tentera de redonner une certaine dignité à une maladie qui détruit l'homme, son corps, son âme. Ce roman est particulièrement bien mené. Nous sommes témoins des premiers signes de la peste, des actions entreprisent par chaque paysan et de la folie qui empare à un certain moment, les villageois, pour les mener à une sorte de grande chasse aux sorcières. Dû à l'incompréhension et au manque de connaissance sur l'épidémie, tout devient alors responsable de la peste.
Le seul aspect du roman qui m'ait déçue est l'épilogue à la fin. Je ne comprends pas du tout la raison d'être de ces quelques pages, qui ne me semblent pas être dans la même lignée que le reste du roman. Que fait Anna dans ce lieu qui ne me semble pas du tout être en accord avec son être, sa personne et son existence? Et à l'époque, en 1666, comment s'est-elle rendue là-bas? Il me semble que l'épilogue est trop contemporain pour coller au reste du roman. Toutefois, si je n'en tiens pas compte, le roman est excellent. Je préfère donc me dire que l'histoire se termine tout juste avant l'épilogue. Une fin possible.
Il faut savoir que ce roman est inspiré de faits véridiques. En 1665 la peste décima réellement le village de Eyam, en Angleterre. Ce village est tristement célèbre pour s'être imposé lui-même une quarantaine, afin de préserver les villages alentours de la contagion. C'est sur ce fait réel que se base Geraldine Brooks pour ce roman.
Un extrait:
"Lorsque je parviens à me procurer un bout de chandelle, je lis jusqu'à ce qu'elle fonde complètement. Mme Monpellion m'autorisait toujours à emporter les bouts de chandelles du presbytère, et même s'ils sont maintenant plus rares, je ne sais comment je pourrais m'en passer. Car cette heure pendant laquelle je peux me perdre dans les pensées d'un autre est mon plus grand réconfort, elle me permet d'échapper au fardeau de mes souvenirs." p.18
Les violons du roi
Jean Diwo
Folio
476 pages
![]()
Résumé:
Voici le roman d'une poignée d'artisans de génie installés à Crémone, dont Antonio Stradivari, le plus grand luthier de tous les temps, qui achève de transformer le violon vulgaire et grinçant des ménétriers en instrument royal. Durant plus de soixante ans, l'atelier de Stradivari livre aux rois et aux princes des violons aux sons et aux vernis magiques, jamais égalés depuis.
Mon commentaire:
Nous sommes en Italie, plus précisément à Crémone, en 1660. Antonio Stradivari est apprenti chez Niccolo Amati. Il apprend l'art de la lutherie chez un des grands luthiers de son temps. Nous sommes témoins de son apprentissage comme luthier, avant de l'accompagner dans sa bottega où il installe son atelier, épouse une jeune femme qu'il aime depuis longtemps et fonde sa famille en même temps qu'il commence à créer les plus beaux violons de tous les temps, sous son nom latin: Stradivarius. Ce fabuleux roman mêle l'histoire de Stradivari à celui de la musique baroque italienne, de l'histoire des grands luthiers et de leur recherche de la perfection musicale, à celle des grands compositeurs comme Vivaldi. C'est un voyage fantastique à travers le temps et la musique que nous offre Jean Diwo. Roman magique, roman musical, roman historique, Les violons du roi nous parle de génies qui ont oeuvrés il y a de cela près de quatre siècles.
Des notes en bas de pages complètent l'information sur les violons dont on parle dans le récit, d'autres donnent des précisions sur tel compositeur ou telle période de l'histoire. J'aurais aimé que l'auteur nous livre dans un dossier à la fin, quelques informations complémentaires ou des notes sur ses recherches. Pas que ça manque réellement au roman, cependant pour ma curiosité personnelle et mon désir d'en savoir plus, c'est un ajout qui m'aurait beaucoup intéressée!
J'ai cependant trouvé sur internet, des informations très intéressantes sur Stradivari, sur le site Wikipedia.
De nombreux violonistes connus ont joués des stradivarius. Il n'y a qu'à penser à Yehudi Menuhin qui a joué sur le Milanollo, ou encore, plus près de nous, Angèle Dubeau, qui possède le Des Rosiers.
Un autre roman de Jean Diwo sur les violons, Moi, Milanollo, fils de Stradivarius, est paru il y a quelques mois. Je compte bien le lire bientôt!
L'auberge de la Jamaïque
Daphné Du Maurier
Le livre de poche
313 pages
Résumé:
Orpheline et pauvre, Mary Yellan n'a pas d'autre ressource que de quitter le pays de son enfance pour aller vivre chez sa tante, mariée à un aubergiste, sur une côte désolée de l'Atlantique. Dès son arrivée à l'Auberge de la Jamaïque, Mary soupçonne de terrifiants mystères. Cette tante qu'elle a connue jeune et gaie n'est plus qu'une malheureuse, terrorisée par Joss, son époux, un ivrogne menaçant, qui enjoint à Mary de ne pas poser de questions sur les visiteurs de l'auberge. Auberge dans laquelle, d'ailleurs, aucun vrai voyageur ne s'est arrêté depuis longtemps...
Mon commentaire:
La mère de Mary vient de mourir. Elles ont toujours vécu sur la ferme, que Mary doit maintenant vendre, sous les conseils de sa mère. Elle est donc recueillit par sa tante, Patience, que Mary n'a pas vu depuis des années. La vie de Patience a bien changée depuis qu'elle vit sur la lande, dans une auberge inquiétante nommée L'auberge de la Jamaïque... Mariée à Joss, un ivrogne au caractère emporté, Patiente n'est plus que le fantôme d'elle-même. Que ce passe-t-il donc, à la Jamaïque, pour que tous les gens respectables fuient comme la peste le sinistre bâtiment? Quels sont ces bruits de cheveux que Mary entend la nuit venue? Et la pièce condamnée, barré avec un cadenas, à quoi sert-elle? Mary découvrira que la Jamaïque recèle de terrifiantes choses...
Daphné Du Maurier excelle définitivement en matière d'atmosphère. L'auberge de la Jamaïque est un roman très noir, où les hommes n'ont aucun respect pour la vie. Le paysage est à l'image de Joss et de ses hommes: terrifiant, rude et menaçant. Tout est dans l'atmosphère, bien plus que dans la qualité de l'histoire, qui même si elle est intéressante, est peu originale. MAIS, il y a le talent de Du Maurier, qui réussit à raconter la vie d'une pauvre jeune fille, prise dans un huis-clos d'où elle ne peut pas vraiment s'échapper. S'enfuir? Mais pour aller où, quand on ne peut faire confiance à personne et que ce qui entoure l'auberge n'est que brouillard sans fin, marais meurtrier et lande désertique?
Un très bon moment de lecture!
La vraie vie goûte les biscuits
Guy Marchamps
Soulières
80 pages
![]()
Résumé:
On peut jouer avec les mots, les accorder, les faire chanter... Quand on les lit, on peut les dévorer !
Mon commentaire:
Ce recueil de Guy Marchamps, son premier recueil jeunesse, est tout simplement fantastique pour présenter de la poésie de qualité aux non initiés. Le livre contient une quarantaine de poèmes, tantôt amusants, tantôt qui donnent à réfléchir, toujours rafraîchissants et inventifs. Un auteur qui gagne à être découvert et un livre à être offert aux enfants! Mais pas seulement. C'est une lecture amusante et remplie de douceur. À mettre entre toutes les mains!
À noter que ce recueil a été finaliste 2008/2009 au prix Hackmatack.
Un extrait:
«Je me pose plein de questions
Assis devant le four
Et la chaleur m’enveloppe
Et mon estomac galope
Et puis soudain
La clochette de la minuterie
Me sort de mes rêveries
La vraie vie goûte les biscuits»
Spirit Lake
Sylvie Brien
Gallimard Scripto
237 pages
Résumé:
Québec, 13 mai 1915, Dans l'infirmerie ou camp de détention de Spirit Lake. Peter Gaganoyitch agonise sur un lit de camp. Il n'a que quatorze ans. Comment en est-il arrivé là ? Trois mois plus tôt, il débarquait au Canada, avec Iwan, son frère, et sa grand-mère adorée fuyant la guerre et l'Autriche-Hongrie. Ils pensaient atteindre un nouveau paradis... Comment un jeune garçon, interné au milieu d'un no man's land de glace, utilise miraculeusement ses qualités humaines, son imagination. Et comprend que le bonheur se choisit chaque matin, au saut du lit, comme un vêtement. Un magnifique roman, une magistrale leçon de vie
Mon commentaire:
Spirit Lake relate la vie de réfugiés exédiés dans le camp de détention de Spirit Lake, au nord du Québec. Considérés comme des ennemis, ils ont été enfermés au camp de travail, avec tout ce qui accompagne cette détention: nourriture pauvre et insuffisante, travail rude, conditions difficiles et situation géographique pénible aux gens non équipés pour affronter les rigueurs de l'hiver. À partir d'une partie de notre histoire, Sylvie Brien donne vie à Peter, un jeune réfugié qui est tout de suite pris en grippe au camp par un des capitaines. À force d'aide, d'imagination, et d'un brin de fantastique Peter croira que l'avenir peut s'annoncer positif, même à travers les plus pénibles épreuves. L'histoire est construite en alternant passé et présent, pour nous faire comprendre par où Peter - et les autres détenus de Spirit Lake - ont pu passer. Rempli d'émotion, ce roman nous offre une leçon de vie et de courage.
En complément:
Une visite intéressante à travers l'histoire sur le site non officiel du Camp de Spirit Lake.
Le cercle meurtrier
Alexandra Sokoloff
Hachette
406 pages
Résumé:
Vacances de Thanksgiving. Le campus est déserté. Roxane est restée seule à Mendenhall. Ame solitaire, noyée dans ses idées noires, la jeune femme a décidé d'en finir avec la vie. Mais dans la salle commune où elle a trouvé refuge, d'autres étudiants sont également présents. Finalement, la découverte d'une vieille planche de Oui-ja promet une soirée excitante ! Bientôt, dans la pénombre du salon, l'esprit de Zachary, un ancien élève, semble vouloir jouer avec eux. Les corps s'enfièvrent et les questions se succèdent tandis que des lettres se dessinent sur la planche... Mais qui est vraiment Zachary ? Et dans quel tourbillon les entraînent-ils ?
Mon commentaire:
Ce roman au résumé alléchant et à la couverture qui promet quelques frissons, tient plutôt bien ses promesses. En jouant avec les peurs reliées aux fantômes et au jeu de Oui-ja qui alimente depuis sa création nombre d'histoires effrayantes, l'auteur offre un roman dans lequel on se laisse happer. On veut savoir ce qui va se passer et les pages défilent à toute vitesse. C'est terrifiant, les personnages sont sombres, le décor donne le frisson. Tout est là pour alimenter l'imagination. Ce n'est pas un grand roman, ni même une histoire extraordinaire, mais c'est un bon roman pour ce qu'il promet: des frissons et quelques heures de lecture haletante.
Pourquoi ne pas garder cette lecture pour Halloween? Elle s'y prête plutôt bien :)
Le cueilleur de fraises
Monika Feth
Hachette
416 pages
Résumé:
Lorsque sa meilleure amie, Caro, est retrouvée assassinée, Jette jure publiquement de la venger, attirant ainsi sur elle l'attention du meurtrier. Chaque jour, Jette essaie de se reconstruire et d'oublier. Elle fait bientôt la connaissance d'un garçon qui semble pouvoir lui redonner le goût de vivre et tombe éperdument amoureuse. Mais Jette est loin de soupçonner à qui elle a réellement affaire...
Mon commentaire:
Jette a une mère auteure de romans policiers, très connue. Elle l'aime beaucoup mais n'apprécie pas sa popularité et sa richesse. Elle vit donc dans un petit appartement qu'elle partage avec ses deux amies, Merle et Caro. Les filles mènent chacune leur vie de jeunes adultes, avec l'université, le travail et leurs amourettes. Caro a eu la vie dure. Mais du jour au lendemain elle commence à changer. Elle parle à Jette d'un homme qu'elle a rencontré, de qui elle ne sait rien. Le lendemain, on la retrouve morte... Jette et Merle jurent qu'elles vont trouver l'assassin de leur amie, sans savoir qu'elles attirent ainsi les vues du meurtrier sur elles...
Le cadre de l'histoire est très intéressant, les personnages sont attachants et profondément humains. C'est ce qui m'a plu le plus dans ce thriller bien ficelé, qui mène un bon suspense d'une page à l'autre. Le mal est surtout insidieux dans ce roman, puisque sournoisement, il prend la peau de personnes qu'on peut côtoyer tous les jours, il prend une place dans l'intimité des personnages. Ce qui en fait un roman habilement construit. Le cueilleur de fraises est un roman jeunesse, mais un peu comme Le cercle meurtrier d'Alexandra Sokoloff, il s'adresse à de grands adolescents ou à de jeunes adultes. L'auteur prévilégie la narration au "je" quand Jette parle, mais elle fait aussi intervenir d'autres personnages: la mère de Jette, le policier en charge de l'histoire, Merle et... le meurtrier. Le but du livre n'est pas de découvrir qui a fait le coup. On le sait depuis le début ou presque. C'est essentiellement de démontrer la psychologie des personnages et la perfide relation qu'entretient le tueur avec les autres...
Un roman qui m'aura tenu en haleine et fait passer quelques heures de bonnes lectures.
Un extrait:
"La morte gisait dans le sous-bois. Étendue sur le dos, dévêtue. Ses bras reposaient le long de son corps. Sa jambe droite était légèrement pliée, la gauche tendue. On lui avait coupé les cheveux. une mèche restait accrochée à son épaule; d'autres, emportées par le vent, s'étaient enroulées autour de tiges de plantes, ou blotties contre l'écorce rugueuse d'arbres.
Ses yeux grands ouverts fixaient le ciel. Comme si, au moment de mourir, elle avait surtout été surprise.
Des enfants la trouvèrent. Un jeune garçon de dix ans et une petite fille de neuf ans, frère et soeur. Leurs parents leur avaient défendu de jouer dans la forêt. Ils avaient désobéi. Et furent punis par un spectacle épouvantable, que jamais ils ne pourraient oublier." p.24
La mort bleue
Sheri Holman
Seuil
380 pages
![]()
Résumé:
Le roman de Sheri Holman raconte l'histoire de ceux qu'on a sacrifiés pour faire progresser la médecine, dans l'Angleterre industrielle du XIXe siècle. Fascinant roman historique, La Mort bleue, horrifiant et bouleversant, est écrit d'une plume énergique et débridée, moderne, captivante jusqu'aux dernières pages empreintes d'une amère douceur.
Mon commentaire:
Nous sommes dans l'Angleterre industrielle du XIXe siècle. Gustine, une jeune fille-mère pauvre des bas-fonds de Londres, travaille chez un potier le jour et est locataire d'une robe la nuit. La robe, bleue, merveilleusement chic, fournie par celui qui dirige la pension où elle vit, est la promesse de nuits bien remplies où elle peut réussir à avoir un peu d'argent pour nourir son enfant et lui prodiguer les meilleurs soins dont elle est capable.
Henry Chiver est médecin. Il va bientôt épouser une jeune bourgeoise, Audrey. Sa vie est ponctuée de difficultés. Il a à sa charge des étudiants, qui doivent devenir de bons médecins. Il doit les former du mieux qu'il peu, malgré le peu d'aide et le peu de reconnaissance qu'il reçoit. Le choléra fait rage dans la ville, qui est en quarantaine. Cette mesure ne satisfait personne, sauf les médecins. Nous sommes à l'époque où la médecine en est à ses balbutiements. On fait de nouvelles découvertes. On tente de comprendre le corps humain et les maladies qui l'affectent. Les gens ont peu de connaissances. Les croyances et la religion guide la population. On ne comprend pas bien le travail d'Henry Chiver.
Le médecin veut révolutionner les choses et guérir les gens. Le seul moyen de comprendre le corps humain est d'écumer les cimetières. La nuit venue, il déterre des cadavres afin de les étudier. Il permet en même temps à ses étudiants de pratiquer ce qu'ils ont appris. Certains collègues d'Henry ont déjà été arrêtés pour meurtre. Mais il faut se procurer des corps, outils essentiels à l'apprentissage et finallement, à la guérison.
Un soir, Henry et Gustine se rencontrent. C'est le début de la fin, pour l'un comme pour l'autre. C'est l'attirance et la répulsion. C'est la richesse qui côtoie l'extrême pauvreté. Dans cette Angleterre industrielle, les pauvres sont honnit. On ne les aide pas. On les laisse vivre dans la crasse et la pauvreté. Leurs enfants meurent de faim. Le corps des femmes est meurtrit bien avant d'être adulte. Les gens meurent, de froid, de faim, de maladies ou alors, dans ce cas-ci, de l'épidémie de choléra qui sévit. Pour sauver les riches, on vole les cadavres des pauvres, qui ne peuvent même pas, dans la mort, trouver le repos de l'âme. Les riches ne comprennent pas que les pauvres s'en insurgent. Quand il ne reste plus rien, ces gens espèrent quand même pouvoir pleurer leurs morts sans être importunés.
Ce roman est fantastiquement bien écrit. Il y flotte une atmosphère glauque, austère. Érudite, l'auteur retrace le portrait d'une Angleterre industrialisée qui sacrifie une partie de sa population - les êtres les plus démunis - à la médecine en vue de sauver les malades, essentiellement les riches. Le point de vue du bourgeois, Chiver, et de sa profession, confronte celui de la classe ouvrière et des pauvres de l'époque. Aucun personnage n'est totalement blanc ou noir. Chacun d'eux évolue dans une zone grise, remplie de bonnes et de mauvaises actions. On comprend les motivations des deux parties. Celles d'Henry, qui souhaite faire avancer le progrès et la médecine, mais qui culpabilise à l'idée de voler des morts. Celles des pauvres qui recherche un peu de dignité dans un monde qui ne leur laisse pas grand chance. Et cette folie, dû à la peur, à l'incompréhension, à la misère, qui finit par avoir le dessus sur tout et chacun...
L'atmosphère est très bien rendue. La précision des termes et des symptômes reliés à la maladie, au choléra, aux dissections faites par les médecins, ainsi qu'à la vie à cette époque, est merveilleurement bien documentée. On assiste, impuissant, au destin de nombreuses personnes, victimes de l'ignorance, des fausses croyances reliées à la contagion et à la propagation des épidémies. On plonge dans cette Angleterre lugubre des bas-fonds et on s'y croit réellement. La mort bleue est un livre qui m'a accompagnée pendant de "belles" heures de lecture, si je puis dire, même si le sujet n'est franchement pas très rose. Une auteure que je compte relire, puisque ce roman dénote un grand talent!
Un extrait:
"Quand sommes-nous censés nous reposer, docteur Chiver? [...] Durant notre vie, nous pelletons votre charbon, nous préparons votre nourriture et nous écartons les jambes, et ensuite, lorsque nous avons l'audace de mourir, vous nous dites que notre travail n'est pas terminé. Non, nous devons peiner pour vous-même après avoir été libérés par la mort." p.349





























