La légende du cavalier sans tête (Sleepy Hollow)
Washington Irving
Mille et une nuits
76 pages
Résumé:
La nuit venue, près du pont, on raconte que le Cavalier sans tête erre sur son cheval, à la recherche d'une tête de remplacement à celle qu'il a perdue pendant la Guerre...
Mon commentaire:
Washington Irving est né le 3 avril 1783, à Manhattan. Son prénom peu commun lui a été donné en hommage à Georges Washington. Il a fait des études de droit, est devenu avocat, mais ne pratique pas. Très tôt, il est attiré par les livres et l'écriture. Il publie d'abord dans la presse, avant de partir vivre à Londres, à Paris, puis en Espagne. Il a une liaison avec Mary Shelley, l'auteur de Frankenstein, avant de devenir secrétaire à l'ambassade américaine de Madrid. Il y écrit aussi des livres d'histoire sur l'Espagne et des contes et nouvelles, avant de rentrer chez lui, à New York. On lui doit entre autre d'être l'un des premiers auteurs américains à être renommé à l'étranger. C'est également l'un des premiers auteurs américains à faire état de la dégradation des liens qui unissent les Amérindiens et les Européens dans son roman Astoria. On lui doit certaines expressions encore utilisées aujourd'hui, comme le célèbre "Gotham" pour désigner New York, popularisé par la suite par la série Batman. Washington Irving décède en 1859, à l'âge de 76 ans.
C'est en 1819 qu'il publia La légende du cavalier sans tête, aussi connu sous le titre de La légende du Val Dormant ou encore de Sleepy Hollow, qu'a popularisé le film du même nom réalisé par Tim Burton en 1999. Cette nouvelle raconte l'histoire d'Ichabod Crane, un maître d'école qui vient d'être engagé à Tarrytown, près du Val dormant. Ichabod Crane est un homme efflanqué, osseux et maigre. Ichabod Crane, en plus d'enseigner à la petite école, donne des cours de chant. C'est l'occasion pour lui d'entrer dans les maisons des familles du comté et de prendre, parfois, place à la table lors des repas. Car il faut dire qu'Ichabod est un gros mangeur, un gourmant notoire, même s'il demeure d'une maigreur presque effrayante. On a d'ailleurs droit à quelques descriptions de plats et de pâtisseries qui donnent vraiment l'eau à la bouche! Ichabod donne donc des cours de chant et c'est donc l'occasion pour lui de rencontrer Katrina Van Tassel, une jeune fille douce et potelée, aux joues comme des pêches, de qui il tombe amoureux. Malheur pour lui, il n'est pas le seul! La belle Katrina a plusieurs prétendants, dont Brom Van Brunt, un colosse local qui fait les quatre cent coups. On l'appelle aussi Brom l'Osseux. C'est face à cet adversaire qu'Ichabod, qui ne fait pas le poids, devra se "battre"... Sachez que lors d'une soirée organisée chez les Van Tassel, Brom l'Osseux fera trembler d'effroi l'assistante en racontant des histoires de peur. Dont celle de la légende du Cavalier sans tête. On raconte, que la nuit venue, près du pont, Le Cavalier erre sur son cheval, à la recherche d'une tête de remplacement à celle qu'il a perdue pendant la Guerre...
Washington Irving avait un don de conteur indéniable. Sa légende se lit d'un trait, elle est bien écrite et donne naturellement envie de découvrir les autres écrits de l'auteur. Washington Irving est sans contredit un écrivain à (re)découvrir. Fait intéressant à noter, le village de Sleepy Hollow, entretien la légende autour de son nom. Nombre d'illustres personnages (Washington Irving, Nathaniel Hawthorne, Henry David Thoreau...) sont inhumés dans son cimetière. Le village profite également de l'Halloween pour offrir toutes sortes d'activités frissonnantes, allant de la lecture de contes aux tours guidés, en passant par un défilé d'Halloween et autres célébrations. Le village donne beaucoup de place à l'Histoire et aux légendes. Je trouve intéressant qu'un village immortalisé dans un conte, entretienne son Histoire et l'attrait qu'il peut avoir pour les lecteurs. Cette communauté a été fondée par des Hollandais. De là, le nom qu'a donné Irving à son personnage de Katrina Van Tassel. Si on lit l'anglais, le village de Sleepy Hollow offre un site Internet très intéressant. En suivant les liens, on peut voir toute l'influence qu'a eu la nouvelle de Washington Irving sur la vie du village et en connaître l'histoire, qui est captivante.
Un extrait:
"Ichabod était le compagnon parfait de ce coursier. Des étriers trop courts amenaient ses genoux cagneux au niveau du pommeau de la selle et ses coudes pointus dépassaient telles les pattes d'une sauterelle. Il tenait sa cravache comme un sceptre: quand son cheval partait au trot, le mouvement de ses bras évoquait les battements d'ailes d'un oiseau. Un petit chapeau de laine reposait sur le haut de son nez - car c'est bien ainsi qu'il faut nommer l'étroite bande qui lui tenait lieu de front - et les pans de son manteau noir flottaient au vent [...]"
Nocturne
Jonathan Reynolds
Les six brumes
361 pages
Résumé:
L’automne recouvre de sommeil la ville d’Innstown. À l’aube de la célébration de la fête d’Halloween, le vent glacial s’insinue dans les sombres ruelles. Des fissures du passé surgissent, peu à peu, de terribles secrets enfouis, oubliés. Aude, collégienne traquée, tente d’échapper à l’horreur. Bientôt, des visions l’assaillent, l’entraînent au cœur d’une spirale macabre. Comment s’en sortir, sinon en affrontant la vérité? John, prisonnier des mailles d’une sinistre intrigue, ne dispose que de ses talents de détective pour assembler les pièces d’un cruel casse-tête. Celui qu’il n’avait jamais voulu résoudre, l’affaire ultime. La logique sera-t-elle suffisante pour vaincre l’obscurité? Comment parvenir à déchiffrer les anciens mystères d’Innstown, sinon en unissant leurs forces: le rêve et la réalité? Ils devront faire vite. Bientôt, Nocturne renaîtra de ses cendres. Assisterez-vous à son réveil?
Mon commentaire:
Innstown, une petite ville comme partout ailleurs, entre passé et modernité. Nous sommes en octobre, l'Halloween arrive à grands pas. Un groupe de jeunes collégiens évoluent dans cet univers. Nous sommes témoins de leurs amours, de leurs amitiés, leur travail, leurs études... Aude cache un lourd passé qui, la nuit venue, l'asaille de cauchemars et de visions. Elle ne sait comment s'en sortir.
John est un détective privé qui tente de refaire sa vie après l'échec de sa relation amoureuse avec Jane. Il est amer, malheureux et jette sur la ville et ses habitants un regard triste. Tout a bien changé à Innstown depuis quelques années... Il sera, sans le vouloir, au coeur des ténèbres, alors qu'un homme fortuné fait appel à ses services. Pendant ce temps, une ombre plane sur la ville. Une ombre malfaisante, qui attaque, sans prévenir...
Jonathan Reynolds est un grand amateur de films d'horreur. Il a transporté sa passion dans la ville imaginaire d'Innstown et c'est à un roman d'horreur, digne des films les plus sanglants et frissonnants, qu'il nous convie. Dans Nocturne, l'atmosphère est tranquillement imposée au lecteur, alors que les ombres se referment sournoisement autour de nous...
Avec de courts chapitres, tous d'un nom d'un des personnages, la forme du roman reprend un peu le genre cinématographique. L'horreur survient alors qu'on ne l'attend pas. L'écriture souffre de quelques maladresses, qu'on pardonne rapidement, car le roman parvient à son but: une lecture haletante, des frissons, une critique acerbe de la société et nous offre une nuit d'Halloween... terrifiante!
Un auteur que j'aimerais bien relire. Je vous invite à visiter le site web de la maison d'édition Les six brumes, co-fondée par Jonathan Reynolds.
Un extrait:
"L'automne arrache les feuilles mourantes des arbres. Soufflées par le vent froid, elles s'écrasent sur le sol de la ruelle déserte. Les rares passants n'y voient qu'un magnifique tapis aux couleurs chaleureuses. Pour l'ombre, dissimulée dans les ténèbres, il est facile d'en démasquer la véritable nature: un cimetière. Ces feuilles représentent les premières victimes de la saison. Très bientôt, d'autres s'ajouteront à la liste." p.13
Comptines pour avoir la trouille
Corinne Albaut
Actes Sud Junior
64 pages
Résumé:
Gare aux sorcières, aux croquemitaines, aux loups-garous !
La nuit de tous les mystères, on en voit partout, qui sèment la terreur.
Un, deux, trois, quatre, cinq... Six... trouilles !
Mon commentaire:
Petit recueil de comptines pour enfant, sur le thème de l'Halloween, des ogres, des personnages inquiétants et des forêts sombres qui donnent la trouille, ce livre est rempli d'illustrations magnifiques, toutes en couleurs. Les comptines sont courtes, se mémorisent rapidement et créent une atmosphère inquiètante propices pour cette période de l'année. Amusant, idéal avec l'Halloween qui est à nos portes, ce recueil devrait plaire aux enfants qui aiment les chansonnettes, les rimes et les comptines. Les illustrations sont attirantes et complètent très bien le recueil, qui m'a plu, autant qu'il plaît aux enfants.
Un extrait:
Lune blanche
La nuit, lorsque la lune blanche
Éclaire le jardin,
On voit, accrochées aux branches
Du grand sapin,
Des ombres
Sombres
Qui se balancent
En silence.
Si vous aimez trembler,
Allez vous y promener! p.14
Déserteurs et insoumis: Les canadiens français et la justice militaire, 1914-1918
Patrick Bouvier
Éditions Athéna
149 pages
Résumé:
Ce volume analyse pour la première fois le phénomène de la désertion des Canadiens lors de la Première Guerre mondiale, tout en posant un regard sur le processus judiciaire enclenché pour punir ces " criminels ". Combien de militaires ont été condamnés ? Quelles furent les peines encourues par ceux qui ont défié la loi militaire ? Ces peines étaient-elles en relation avec ce que les différents codes et lois militaires prévoyaient ? Seuls 61 Canadiens français ont été reconnus coupables de désertion ou de tentative de désertion. de ce nombre, sept ont été fusillés par un peloton d'exécution après avoir été condamnés à la peine capitale. Que représente aujourd'hui ce petit nombre ? Ne permet-il pas d'infirmer les rumeurs persistantes voulant que les militaires francophones aient déserté en très grand nombre ?
Mon commentaire:
Cet essai est extrait d'un mémoire de maîtrise intitulé Première Guerre mondiale, justice militaire et désertion des Canadiens français. Il existe très peu de livres sur le sujet de la désertion au Canada, principalement en ce qui concerne les francophones. L'auteur du livre a eu du mal à trouver de l'information. Beaucoup de dossiers de militaires sont incomplets ou alors, inexistants. Le "personnage" du déserteur est encore pourtant bien présent dans l'imaginaire collectif québécois. C'est un héros, puisqu'il défie les lois militaires; mais c'est aussi un lâche, puisqu'il déserte et ne veut ou ne peut faire face à la guerre. Je pense qu'entre les deux extrêmes, il y a beaucoup à connaître. Les Canadiens français n'étaient pas à proprement parler contre la guerre. On comprenait que chacun devait faire sa part. Plusieurs jeunes se sont enrôlés, avides d'aventure ou pour changer un peu de vie. Ce sont en fait surtout des événements internes, sans lien apparant avec la guerre, qui ont braqués les francophones contre la guerre.
"Les Canadiens français n'ont jamais partagé l'enthousiasme de leurs compatriotes anglophones pour la guerre; ils n'éprouvent aucune affection particulière pour la Grande-Bretagne et leur lien avec la France séculière est bien ténu." extrait d'Une histoire générale du Canada, éditions du Boréal, 1990, Craig Brown
Dans la tête des Canadiens français, cette guerre est la guerre des autres et non pas la leur. Aller se faire tuer au front pour les autres, ne les tente pas beaucoup... Je crois aussi que, de par notre situation démographique et par notre culture, nous sommes en général moins prompt à faire la guerre. C'est à partir du peu d'enthousiasme des Canadiens de faire la guerre, qu'a été créée la loi concernant le service militaire. Les hommes sont appelés à se présenter aux autorités militaires, ce qu'on appelle la conscription. Partout au pays, cette nouvelle est assez mal accueillie. Des manifestations violentes sont organisées. Un bureau d'exemption est mis en place, mais il croule sous les demandes. Les hommes ne veulent pas aller à la guerre. Environ 93% d'entre eux font une demande d'exemption. Suite à cette insoumission de la population, une loi sera adoptée, mettant fin aux demandes d'exemption et annulant celles déjà accordées. Les raisons de désertions sont nombreuses. On ne croit pas à la cause. On ne veut pas se soumettre à ces lois. On ne veut pas faire la guerre, quitter ses parents, sa famille, une amoureuse ou son pays. Certains souffrent aussi de chocs nerveux, qui n'ont pas été traités. Des cours martiales sont instaurées. On juge les déserteurs et les insoumis de façon inadéquate. Les sentences ne sont pas les mêmes pour tous et pour les mêmes fautes, différentes sentences sont appliquées. Les gens qui jugent en cours ne sont pas toujours compétents pour le faire. Certains hommes seront fusillés, mesure extrême prêchant par l'exemple. Ces épisodes sont de tristes taches dans notre histoire. Mais, malheureusement, quelle guerre ne l'est pas?
L'essai de Patrick Bouvier est très didactique. Il rappelle des faits, des chiffres et des données. Il s'agit toutefois d'une lecture éclairante sur la désertion. Comme l'auteur, je souhaite qu'un jour des historiens creusent le sujet pour nous offrir leur travail, à travers des cas vécus et des faits historiques tirés du peu d'archives disponibles.
En complément:
Dans un tout autre médium, mais traitant du même sujet, je vous suggère le film de Simon Lavoie, Le déserteur. Un film émouvant, magnifique, puissant, dont la photographie est très belle.
Vargöld: le temps des loups
Jacques Lazure
VLB éditeur
430 pages
Résumé:
Décembre 1828. Dans les forêts de la Haute-Gatineau, un crime d'une barbarie sans nom a été commis. Les bûcherons, épouvantés par ce meurtre d'apparence surnaturelle, réclament la présence d'un prêtre. C'est le jeune abbé Antoine Verreau, exorciste reconnu, qui est mandaté pour aller mener l'enquête et tenter de calmer les travailleurs. Sur place, l'abbé constate que la tension est grande parmi les bûcherons : entre la superstition des uns, la haine des autres, la crainte du Malin et le mépris de l'autorité religieuse, Antoine Verreau comprend vite qu'il ne lui suffira pas de bénir la forêt pour apaiser les esprits terrifiés. Peu à peu, des questions surgissent : quelqu'un a-t-il intérêt à camoufler ce crime en le faisant passer pour l'oeuvre du Diable ? Ces rumeurs de loups-garous, de fantômes, de magie noire visent-elles à brouiller les pistes ? Au lieu de s'éclaircir, le mystère s'épaissit au fur et à mesure que d'autres meurtres inexplicables s'ajoutent au premier.
Mon commentaire:
Avant même l'histoire, la première chose qui nous marque en choissant ce livre c'est sa couverture. Comme elle est terrifiante! Il s'agit d'un détail d'une oeuvre de Matthias Grünewald, La tentation de Saint Antoine. Grünewald est un artiste et ingénieur allemand, né vers 1475-1480. Son oeuvre est essentiellement religieuse et on y retrouve de nombreux symboles. Ce qui transparaît le plus de ses oeuvres est essentiellement sa fascination pour la cruauté et son imaginaire fantastique peuplé de monstres et de personnages inquiétants. Ce qui est amusant, c'est que la couverture, lorsqu'on connaît un peu l'histoire de ce tableau, prend tout son sens à la lecture du roman...
Nous sommes en décembre 1828, à l'aube de Noël. Le personnage principal, membre du clergé, se nomme Antoine. Il est reconnu pour être un exorciste de talent, même s'il doute un peu de lui-même. Son supérieur le mandate de partir dans les forêts de la Haute-Gatineau. Un crime, barbare, a été commis près d'un camp de bûcherons où travaillent une vingtaine d'hommes, au profit de la Bains Lumber Company. Antoine s'y rend, à contrecoeur. C'est un citadin, enseignant au Petit Séminaire de Montréal. Il a l'habitude des livres, beaucoup plus que des hommes. Un bûcherons Irlandais, Hans Mulligan, vient le chercher pour l'amener au camp. Les deux hommes passeront la nuit dans une petite cabane de bois où Antoine aura une première vision, qu'il gardera pour lui. Les deux hommes feront une halte à Wrightstown, la future ville de Hull, avant d'arriver au camp de bûcherons. Son arrivée est pour nous l'occasion de vivre un peu la vie et le mode de fonctionnement des hommes de bois de l'époque. Le travail était rude. La vie des bûcherons mise à rude épreuve. Ils devaient combattre le froid. Endurer le travail physique éprouvant. Et être à l'écart de leur famille pendant de longs mois, pour réussir à apporter un salaire décent à leurs femmes et leurs enfants. On voit également, à partir de l'arrivée d'Antoine au camp, toute l'emprise qu'avait le clergé sur les hommes. Les peurs avivées par les superstitions, les croyances, les légendes et les contes. Les gens craignaient le malin. Il pouvait se cacher partout, prendre l'apparence de pratiquement n'importe quoi ou... de n'importe qui. Un moment après l'arrivée d'Antoine, on lui montre avec crainte le lieu du crime. C'est essentiellement la raison de sa venue parmis les bûcherons. Antoine est sous le choc. Les circonstances du crime sont ambigües. C'est à n'y rien comprendre. À partir de cet instant, les hommes ne sont plus en sécurité. Le malin a prit possession de la forêt. Et tout le monde est témoin de choses très étranges...
Avec ce roman, Jacques Lazure se place à la hauteur des conteurs du XIXe siècle. Il mène le lecteur par le bout du nez, en lui faisant vivre de fortes émotions. Il passe du conte, au roman fantastique, avant de plonger dans le roman d'épouvante. Il met en scène le clergé, la religion, nos croyances. L'histoire qu'il nous raconte est troublante, sanglante, terriblement terrifiante. Nos repères sont brouillés. Et c'est là, l'art d'un grand conteur. Un livre étonnant, dont la lecture m'a beaucoup plu.
Un extrait:
"À quoi servait la religion, à quoi servait Dieu quand il fallait se débrouiller pour survivre à la faim, à la nuit? Prier n'était pas suffisant, même dans une région habitée par le Diable..." p.277
Chercher fortune en Nouvelle-France
Jean-Pierre Hardy
Libre expression
208 pages
Résumé:
Au XVIIe siècle, au péril de leur vie, de jeunes aventuriers à la recherche d'un monde meilleur ont déserté les Vieux Pays et bravé la mer des Ténèbres, l'océan Atlantique, pour chercher fortune en Nouvelle-France. S'ils survivaient à la traversée, ils affrontaient alors les sombres mais giboyeuses forêts d'Amérique pour se tailler une terre qui leur permettrait d'assurer leur pain quotidien avant de partir à la découverte de ce grand territoire vierge, d'en faire la conquête et de fonder un vaste empire commercial sur la traite des fourrures... Ce livre, c'est l'histoire d'hommes et de femmes en quête d'une vie meilleure...
Mon commentaire:
Quel livre formidable! Il y a un travail colossal qui se cache derrière ces deux cents quelques pages. Comment alors, écrire un billet à la hauteur de ce livre captivant, qui m'a accompagné pendant des semaines, à raison de quelques pages chaque jour et d'un carnet de notes bien rempli? Jean-Pierre Hardy est ethnologue et historien. Il travaille au Musée canadien des civilisations comme chercheur et conservateur. Son livre, Chercher fortune en Nouvelle-France nous amène sur les traces des premiers arrivants au pays. Conçu comme un petit musée, le texte du livre est complété par des images de pièces anciennes: extraits de livres, journaux, affiches, peintures, meubles, articles ménagers, instruments de musique, plans de maisons, vêtements, documents d'archives, pour ne nommer que ceux-là. J'ai découvert énormément de choses à travers ces pages. Je ferai un petit tour d'horizon des différents chapitres, mais tout d'abord, j'ai envie de parler d'un peintre que je ne connaissais pas du tout et que le livre m'a fait découvrir. Il s'agit de Louis Le Nain, un peintre français, dont on retrouve quelques oeuvres dans le livre. Il a peint, certes, des français, mais la vie des premiers colons, arrivés des Vieux Pays, ressemblent bien à ce que Louis Le Nain a peint.
Chercher fortune en Nouvelle-France est partagé en dix grands chapitres, chacun traitant d'un aspect de la vie quotidienne en Nouvelle-France.
Gagner sa vie en Nouvelle-France, nous parle de l'arrivée des premiers colons, de leur installation, du travail à la ville et à la campagne, de la façon de vivre les différentes saisons, du développement des entreprises, des artisans et du commerce des fourrures. Cette section aborde également le sujet des domestiques et des esclaves, sujet qui m'intéresse particulièrement.
Se loger en Nouvelle-France, fait état des maisons de campagne, des maisons de ville, du mobilier dont on a encore des traces aujourd'hui, essentiellement à travers les inventaires après décès. Cette section nous parle aussi de l'arrivée salutaire du poêle en fonte et du travail des colons pour construire des bâtiments aptent à faire face au climat rigoureux.
Se vêtir en Nouvelle-France, nous parle de l'héritage français, des modes de l'époque, des adaptations que les paysans ont du faire à leurs vêtements pour affronter le climat d'ici. Ils ont aussi été influencés par les vêtements amérindiens et la façon de les concevoir.
Manger et boire en Nouvelle-France nous parle de l'alimentation de base des premiers colons, de l'importance du pain dans leur régime alimentaire, des gras, de leurs jardins, des élevages, de la chasse et de l'heure des différents repas. Par exemple, les institutions religieuses dînaient générallement vers 10h, pour souper à 16h, car elles se couchaient tôt. La vaisselle utilisée ainsi que les menus lors de célébrations sont également abordés. Comme la religion est très présente en Nouvelle-France, l'auteur nous parle également l'importance des jeûnes, instaurés par l'église. Ils couvrent une très grande partie de l'année, avec toutes sortes de restrictions alimentaires. À noter que le castor, considéré comme un "poisson" alors, ne compte pas comme de la viande et est donc permis!
Se déplacer en Nouvelle-France fait état des routes maritimes de l'époque et de leur importance. On parle essentiellement des voies d'explorations et des voies utilisées pour le commerce. Les calèches, carrioles et autres véhicules sur roues servent également à une certaine élite. Les amérindiens utilisent beaucoup le canot et les raquettes. On voit les premières créations de ce que deviendront les Chemins du Roi.
Combattre en Nouvelle-France traite des combats qui ont comme déclenchement, la plupart du temps, la revendication des terres. Il y a aussi les combats entre les iroquois et les blancs. Ces derniers trouvent parfois des alliés chez les amérindiens. Une grande section fait état des forts et des forteresses, des armes de l'époque et de l'utilisation du territoire, de sa protection.
Condamner en Nouvelle-France m'a particulièrement intéressé. On nous parle des principaux crimes commis et des sanctions qui se veulent exemplaires. La violence est très présente en Nouvelle-France et on n'hésite pas à soumettre les criminels à des peines qui frappent l'imagination des citoyens, afin d'offrir des exemples publiques des conséquences d'un crime et de décourager les autres d'en faire autant. Les prisons, les bourreaux et les suplices sont aussi abordés. Une anecdote intéressante: les avocats à l'époque n'avaient pas le droit de pratiquer leur métier sous prétexte qu'ils ne font que prolonger inutilement les causes...
Se soigner en Nouvelle-France est également un aspect qui m'a très intéressée. L'accouchement est une affaire de femmes. Le médecin n'intervient jamais, sauf en cas de complications graves.
Le sucre d'érable est envoyé en quantité en France. Il est réputé pour aider à soulager les maux de gorge et de poitrine. Cette section fait état des épidémies, des balbutiements de la médecine qui se contente souvent de purger le corps par l'administration de vomitifs, de lavements et de saignées, plutôt que de le guérir. Il n'existait que peu de méthodes pour anesthésier un corps malade avant une opération. Heureux celui qui avait les moyens de s'offrir alcool et opium, autrement, on n'hésitait pas à scier à vif un bras souffrant d'engelures sévères ou de gangrène... La médecine fait peur à l'époque, et on le comprend. Les gens meurent parfois d'infection suite à une intervention. La médecine de l'époque a tout de même de quoi donner quelques frissons...
S'instruire en Nouvelle-France nous parle de la création des écoles, de l'instruction différente donnée aux garçons et aux filles. À cette époque, il n'y a pas d'imprimerie, de librairie et encore moins de bibliothèque publique. Les bibliothèque privées se contruisent tranquilement. Les livres nous arrivent de France et sont parfois recopiés à la main. Ce chapitre se consacre beaucoup à l'instruction, mais également à la culture de l'époque: la musique (essentiellement religieuse), les chants, l'apprentissage d'un métier.
Sauver son âme en Nouvelle-France nous raconte le rôle de l'église au Nouveau Monde à cette époque. La ferveur religieuse était très forte, puisque les rituels religieux étaient partie prenante de la vie quotidienne. On encourageait les reliquaires, les prières, les dévotions, la confession, tout pour sauver son âme de pauvre pécheur. Il est intéressant de voir que les Croix de chemin que l'on trouve encore aujourd'hui, ont fait leur apparition en Nouvelle-France. Même en voyage, les colons s'arrêtaient pour prier Dieu. Ce chapitre fait aussi une petite incursion du côté du malin, en nous parlant de l'intervention du "magique", tel qu'on le croyait à l'époque, de Satan, qui plane sur tout et chacun; et de la sorcellerie, qui a été très peu présente ici, mais tout de même.
J'ai lu ce beau livre pendant plusieurs semaines, en m'offrant chaque soir quelques pages, pour me laisser le temps de relire certains passages, revoir certaines images et surtout apprécier à sa juste valeur tout le travail de l'auteur. Entre les différents chapitres, il y a trois actes, où l'on nous offre une petite histoire sur les premiers arrivants. Ces très beaux textes sont l'oeuvre de la conjointe de l'auteur, Nicole Castéran. Chercher fortune en Nouvelle-France nous offre un panorama des débuts de notre pays, à travers de nombreux éléments de la vie quotidienne. En trois parties, de l'arrivée des premiers colons où survivre est la priorité; en passant par l'aventure que constitue le Nouveau Monde; ainsi que la création et le développement d'une société nouvelle, ce livre se veut un regard sur des années d'Histoire qui constituent notre passé. Il s'agit d'un livre idéal pour débuter des lectures sur le sujet, puisqu'il est complet et offre un tour d'horizon sur de multiples sujets. Une magnifique découverte, un voyage dans le temps réellement captivant!
Une tasse de thé
Amy Ephron
Archipoche
182 pages
Résumé:
" Et si vous veniez prendre le thé à la maison ? " Une phrase anodine, de pure convenance, lorsque celle qui la prononce appartient, comme Rosemary Fell, à la haute bourgeoisie new-yorkaise. Mais, lorsque l'invitation s'adresse à une jeune fille pauvre croisée un soir de pluie dans Greenwich Village, elle peut avoir des répercussions imprévisibles. En proposant à Eleonor de venir chez elle, Rosemary pensait accomplir une action charitable. Un simple échange de regard entre l'inconnue et le fiancé de Rosemary va bouleverser la donne...
Mon commentaire:
Nous sommes à New York, en 1917. Rosemary, une bourgeoise, va bientôt épouser Phillip. Sa vie est tout ce qu'elle a toujours voulu qu'elle soit. Mondaine, elle s'enorgueillit de "faire le bien" autour d'elle. Elle invite donc chez elle une jeune femme pauvre trouvée dans la rue, Eleanor, pour prendre le thé. Eleanor rencontrera Philip, qui tombe immédiatement amoureux d'elle. Cet élément sera le déclencheur de toute une série d'événements. L'auteur décortique la jalousie, la séduction, la vengeance. Elle confronte la bourgeoisie aux pauvres. Les salons raffinés où l'on prend le thé, au dur travail pour acheter sa pitance. Une tasse de thé a été écrit comme si on visait l'adaptation au cinéma. L'écriture est très "visuelle", du moins c'est l'impression que j'ai eu à ma lecture. L'histoire est plutôt légère, teintée de psychologie, jusqu'à ce que tout dérape vers une fin... plutôt étonnante! Une bonne lecture. Pas un incontounable mais une lecture qui m'a assez plu et m'a fait passer un bon moment.
L'année du jardinier
Karel Capek
10/18
153 pages
Résumé:
« Connaissez-vous Karel Capek ? Pour ceux qui l'ignoreraient encore, c'est l'un des plus grands écrivains tchèques de ce siècle. Doublé d'un amoureux passionné de jardins. Voilà son almanach qui nous revient aujourd'hui, et pour notre plus grand bonheur. Sa lecture est foisonnante de poésie et d'émotions. De quoi combler tous les jardiniers expérimentés ou débutants. Car ce n'est pas de conseils qu'il est question ici. Mais bien de sensations, d'odeurs, d'amour des plantes. Dans le jardin de Capek, on ne s'ennuie jamais. Mieux, on s'amuse. L'auteur sait se moquer de lui et donc de nous... Pour preuve : les dessins de son frère qui illustrent malicieusement son propos. De janvier à décembre, Capek nous propose une véritable promenade au paradis. Passionnant. »
Mon commentaire:
Un jour, Karel Capek est devenu jardinier. De quelle façon?
"Un beau jour, il vous arrive de planter vous-même de votre propre main une fleur (dans mon cas ce fut une joubarbe); au cours de l'opération, par quelque écorchure ou autrement, un peu de terre pénètre dans votre organisme et détermine une sorte d'inflammation ou d'intoxication; bref vous devenez un jardinier fanatique." p.12
Avec ce livre, Karel Capek nous offre une panoplie d'anecdotes remplies d'humour sur la condition de jardinier. Écrit en 1929, ce livre a un peu vieillit quant à la façon d'entretenir le jardin. Les préoccupation du début du XXe siècle sont différentes de celles d'aujourd'hui, si l'on pense aux poudres, pesticides ou autres produits utilisés; ou alors à la quantité d'eau déversée dans le jardin, eau que l'on protège de plus en plus aujourd'hui. Cependant, un jardinier d'hier et un jardinier d'aujourd'hui demeure un jardinier. Qu'il parle de lui-même, des jardiniers en général, de nous (quiconque jardine un peu se retrouvera dans les écrits de Karel Capek), l'auteur le fait toujours avec une pointe d'humour. Cette lecture est agréable, amusante et m'a fait voir mon jardin et l'acte de jardiner, avec un sourire. Le volume s'étale sur une année. Une année où il nous offre, en alternance, rubriques sur les fleurs, les plants et un échéancier mois par mois de ce qu'il fait au jardin. Même si cette lecture a été agréable à tous points de vue, j'ai particulièrement trouvé amusant les chapitres consacrés au mois d'août où le jardinier part en vacances et retient les services d'un ami pour surveiller son jardin (c'est quelque chose!) ou alors, la saison hivernale, où le jardinier rêve de son futur jardin, a comme projet de transformer sa maison en jardin d'hiver et se résoud finallement à feuilleter comme un forcené nombre de catalogues horticoles... et à passer d'aussi improbables commandes qui seront, naturellement, beaucoup trop nombreuses pour l'espace disponible.
De petites illustrations bien amusantes complètent le volume. Elles sont du frère de l'auteur, Josef Capek (décédé au camp de concentration de Bergen-Belsen.) Josef était critique d'art et artiste. Alors que Karel est l'un des plus importants écrivains Tchèques du XXe siècle. Il est l'inventeur du mot "robot" et a écrit sur toutes sortes de sujets variés, de la politique au jardinage, toujours avec humour et intelligence. L'année du jardinier est un bon petit livre à conseiller aux amateurs de jardinage. On passe vraiment un bon moment de lecture et on se reconnaît bien au fil des pages!
Quelques citations:
"Chaque année il se dit avec contentement: "Bon, maintenant tout est planté et à sa place. L'année prochaine je me reposerai." Le jardin n'est jamais fini. En ce sens, le jardin ressemble au monde et à toutes les entreprises humaines." p.24
Ainsi donc le jardinier, en avril, est un homme qui, un plant à demi desséché à la main, fait vingt fois le tour de son jardin pour chercher un coin de terre où il n'y ait encore rien de planté." p.52
"Ainsi donc, en décembre, le jardin est surtout représenté par une grande quantité de catalogues d'horticulture. Le jardinier lui-même hiverne sous verre dans une serre chauffée, enfoncé jusqu'au cou, non pas dans du fumier ou des branchages, mais dans des catalogues, des prospectus, des livres et des brochures dans lesquels il apprend: que les fleurs les plus précieuses, les plus fécondes et les plus indispensables sont celles qu'il n'a pas encore dans son jardin." p.143
Les adaptations à l'écran des romans de Jane Austen
Lydia Martin
L'Harmattan
270 pages
Résumé:
Les romans de Jane Austen (1775-1817) font l'objet d'adaptations cinématographiques bien différentes. Elles dépendent de la manière dont l'équipe du film les perçoit en fonction de l'époque du tournage et d'une foule de données, parmi lesquelles le contexte culturel, l'évolution de la pensée sociopolitique, le goût du public et l'argent investi dans la production. Intervient également l'image de la romancière sur laquelle n'existe aucun consensus critique, notamment en ce qui concerne la teneur idéologique de son œuvre. Dans une langue claire, sans recherche d'effets, Lydia Martin explore les romans de Jane Austen et leurs adaptations, qu'il s'agisse de films d'époque ou de transpositions proximisantes se déroulant en Inde ou dans le Beverly Hills d'aujourd'hui. Elle utilise une démarche qui combine la psychocritique, la sociocritique, l'histoire des idées et des mentalités, ainsi que la critique générique, l'esthétique de la réception et l'étude plus spécifiquement économique.
Mon commentaire:
Aimant tout ce qui tourne autour de l'univers de Jane Austen, ce livre m'a attirée essentiellement parce qu'il traite d'un aspect plutôt contemporain du traitement d'un roman: son adaptation au cinéma. La majorité des livres de Jane Austen ont été adaptés au cinéma et ils l'ont tous été plusieurs fois. Cet essai, paru en 2007, recense les films de 1940 à 2005, ces deux dates se voient d'ailleurs octroyées chacune une adaptation d'Orgueil et préjugés: la première ayant été tournée uniquement en studio. Il s'agit d'ailleurs du livre de Jane Austen le plus souvent porté à l'écran.
L'essai comporte trois parties. Ce sont essentiellement la première et la troisième qui m'ont intéressée. J'ai, la plupart du temps, effectué ma lecture en papillonnant d'un chapitre à l'autre, en lisant les paragraphes qui m'intéressaient et en passant sur ce qui m'attirait moins. Il va s'en dire que certaines adaptations comptent parmis mes films préférés, alors que je ne connais pas plusieurs d'entre elles. Le propos est tout de même éclairant sur certains aspects. Le traitement de l'image, la façon d'adapter le roman, les entorses faites à l'histoire et pour quelles raisons, les thèmes principaux, l'univers social qui entoure la vie de Jane Austen, l'écriture de ses romans, ses romans en tant qu'oeuvres à part entière ainsi que leur adaptation à l'écran. L'auteur nous parle également des analogies, ces films inspirés librement d'une oeuvre, mais placée dans un autre contexte. On peut voir Clueless (une analogie d'Emma), Bridget Jone's diary (Persuasion) ou Bride and Prejudice (Orgueil et préjugés) comme des analogies de romans d'Austen. On parle beaucoup de l'époque d'Austen, du féminisme qu'on peut sentir dans ses romans, de la place de la femme dans ses histoires, de l'éducation, des images que transmettent les romans par oppositions aux films. Les sections qui traitent des moeurs de l'époque m'ont particulièrement intéressée.
Un petit paragraphe dans la section parlant des décors, du respect de l'époque et le traitement qui en est fait, a retenu mon attention à cause de son côté ludique: les anachronismes dans les films d'Austen. C'est sûrement moins amusant pour une équipe qui a travaillée des mois sur un film, mais ces petits détails qui échappent au regard me font toujours sourire. Paraît-il que dans Orgueil et préjugés (2005), lors du bal à Netherfield, les cheveux de Keira Knightley laisse entrevoir une oreillette... Une autre anecdote sur Raison et sentiments (1995) cette fois, parle des décorateurs qui ont camouflés les inscriptions sur les pierres tombales trop récente, avec des plantes vertes! Le violon d'un musicien à la sortie de l'église dans le même film comporte une mentonnière... qui n'existait pas à l'époque où se déroule l'histoire! Dans Persuasion (1995) on apercevrait une voiture... alors qu'un projecteur se reflète dans le miroir de Netherfield dans Orgueil et préjugés (1995), lorsque Darcy et Lizzie dansent. Ces anecdotent ne compte qu'une page de tout l'essai de Lydia Martin, simplement je trouve amusant d'en parler. Pouvoir comparer avec les adaptations doit l'être encore plus.
Les adaptations à l'écran des romans de Jane Austen, quoique court, est très fourni en indications de tout genre et en pistes diverses pour amener le lecteur et le cinéphile à percevoir différemment ce qu'il lit et ce qu'il voit à l'écran, toujours en ancrant le sujet autour de l'univers d'Austen. L'auteur a aussi écrit un autre essai, traitant du film de Joe Wright, Orgueil et préjugés. Je suis très curieuse de le lire, mais malheureusement, il me semble introuvable. Les adaptations à l'écran des romans de Jane Austen demeure une lecture qui s'est avérée très constructive et intéressante. Et qui donne envie d'aller se ruiner en achat de dvd pour voir et revoir ces adaptations et les comparer aux livres, à la lumière de ce qu'on a lu.
Les Watson
Jane Austen
Christian Bourgeois
53 pages
Résumé:
Après le décès de son oncle, Emma Watson, une jeune fille élevée par de riches parents, se voit contrainte de revenir dans sa famille.
Mon commentaire:
Les Watson est un roman inachevé de Jane Austen. Elle en commença l'écriture en 1803 et on croit qu'elle l'abandonna à la mort de son père. Elle ne l'a jamais repris et c'est bien dommage, puisque tout dans ce livre aurait pu devenir une histoire aussi intéressante que ses autres romans. L'histoire, même incomplète, mérite tout de même notre attention. Emma Watson revient dans sa famille au début du roman. À l'époque, de nombreux enfants de familles "pauvres" étaient envoyés en "adoption" chez de la riche parenté, afin de parfaire leur éducation et de soulager un peu les parents. Cette façon de faire était assez courante à l'époque. On le voit d'ailleurs dans Mansfield Park, avec le personnage de Fanny. Et c'est aussi le cas d'Emma Watson. La tante qui l'a élevée s'est remarié et a quitté le pays, emportant avec elle l'héritage que tous espérait pour Emma. La jeune fille revient donc vers sa famille, qu'elle redécouvre après des années d'absence. Son père, clergyman, a la santé chancelante. Ses frères et soeurs ne correspondent pas à l'idée qu'elle se faisait d'eux. Elle ne se sent pas à sa place au sein des autres Watson, sauf peut-être auprès de sa soeur Elizabeth qui est accueillante et de bon conseil. Au début du roman, Emma est invitée à un bal, où elle attire l'attention de Lord Osborne, mais aussi de Tom Musgrave, un jeune homme peu recommandable, bourreau des coeurs. Les quelques scènes qui suivent parlent essentiellement des rencontres entre les jeunes gens.
Les Watson, par la trame qu'il laisse supposer, soit celle d'une jeune fille courtisée par deux jeunes hommes, me rappelle érnomément l'histoire d'Evelina de Fanny Burney. On se laisse totalement emporter par l'histoire, par l'héroïne, qui a un peu de tout ce qui est plaisant dans chaque personnage féminin d'Austen. On peut extrapoler sur la suite de l'histoire, sur les choix qu'aura à faire Emma, mais malheureusement, on ne peut que l'imaginer puisque cette histoire se termine abruptement. Elle est tristement restée inachevée... Dans l'édition que j'avais entre les mains, de nombreuses notes très intéressantes ont été ajoutées pour plusieurs paragraphes, par Margaret Drobble. Elles complètent le récit et donne un peu de relief à ce roman resté sans note finale.
Quelques extraits:
"C'est une chose bien difficile pour une femme que de résister aux flatteries d'un homme quand il est décidé à lui plaire." p.124
"Les maux qui avaient surgi après la mort de son oncle n'étaient ni insignifiants ni prêts à diminuer, et quand elle s'était librement laissée aller à opposer le passé au présent, elle recherchait l'occupation intellectuelle, la dissipation des idées noires que seule peut procurer la lecture et se tournait, reconnaissante, vers un livre." p.142





























