Bonjour, monde cruel!
Geerts
Dupuis
148 pages
Résumé:
Bonjour, monde cruel ! C'est sur cette invite que Geerts le timide entrouvre la porte de son monde. Un monde impressionniste et nostalgique qu'il bâtit par petites touches de lumière. Un monde où les tranches de vies sont brossées en fumato et où l'école et la famille, les voisins, les vieux ou la psychanalyse sont croqués avec un humour moucheté et pourtant décapant. Sous ce glacis narquois, le dessinateur laisse néanmoins transparaître à la fois ses doutes sur le monde, et sa foi en l'Homme. Laissez-vous bercer par les cartoons délicats de Geerts et vous échapperez (peut-être) aux méandres de notre monde cruel...
Mon commentaire:
J'aime beaucoup le travail de Geerts. Ses dessins sont naïfs, remplis de ces images de notre enfance et de petits souvenirs glanés ici et là. Sa série Jojo ou alors Mademoiselle Louise sont des incontournables dans le genre. Cet album cependant est différent. Plus sombre, il s'agit en fait d'illustrer la vie quotidienne qui, pour toutes sortes de raisons et d'événements, s'acharne parfois sur nous. Les dessins sont beaux, les coloris tout en douceur et en délicatesse. C'est un album qui parle avec son dessin essentiellement, un album de peu de mots. L'initiative est intéressante, même si ce qu'on nous raconte est parfois un peu (trop) triste.
Ma vie est tout à fait fascinante
Pénélope Bagieu
Éditions Jean-Claude Gawsewitch
94 pages
Résumé:
La vie de Pénélope, tout en humour.
Mon commentaire:
Pénélope a un blog que j'adore, Pénélope Jolicoeur. Depuis peu, elle publie aussi des livres. Ses dessins sont rafraîchissants et cette bd, à son image. Ça parle des filles et de leurs manies, tout en offrant des petites histoires légères mais amusantes. On se reconnaît souvent dans ses images. J'ai beaucoup aimé, même si c'est beaucoup trop rapidement lu. Je suis toutefois très enthousiasme à l'idée de se publie ce genre de bd "pour filles" et j'ai l'intention de lire les autres publications de l'auteur.
Sous le signe du lion
Françoise Loranger
Leméac
490 pages
Résumé:
Françoise Loranger est née en 1913 et est décédée en 1995. Connue essentiellement pour ses pièces de théâtre, elle est aussi l'auteur de deux téléromans et d'un roman. Elle a souvent mis en scène le contraste entre le milieu bourgeois et celui de la classe moyenne (ou pauvre). Elle était issue elle-même de la bourgeoisie. Ses écrits sont encrés dans la réalité québécoise de l'époque et offrent un portrait très psychologique de ses personnages. Critiquant la société, ses écrits sont contestataires et ont créés la controverse à quelques reprises. Elle a donné des cours de création littéraire à l'Université Laval, a écrit pour la radio et a été directrice artistique pour le théâtre du Trident. En 1968 elle recevait le Prix du Gouverneur général du Canada.
Mon commentaire:
Dans les années 1950, Françoise Loranger termine l'écriture de Sous le signe du lion et le téléroman passe à la télévision en 1961, à Radio-Canada. L'histoire comprend alors 32 épisodes originaux de 30 minutes chacun. En 1997, le téléroman est adapté à nouveau pour la télévision et nous offre un nouveau portrait du lion, cette fois en 13 épisodes, toujours de 30 minutes. En 1970, Françoise Loranger reprend l'écriture de chacun des épisodes du scénario original, en ajoute l'équivalent d'un 33e épisode en vue de publication sous forme de livre. C'est de ce livre dont je vais vous parler.
L'écriture pour le théâtre est très vivante. L'auteur peut se permettre une évolution rapide à travers les réactions des personnages et les dialogues. J'aime le théâtre, surtout en lire, et je ne me lasse pas de découvrir une nouvelle pièce. Un téléroman qui passe du petit écran au livre ressemble en quelque sorte à une pièce de théâtre. Que des dialogues ou presque, quelques indications de lieux et d'émotions. L'histoire se déroule rapidement et permet des interactions entre les personnages que le roman n'offre pas nécessairement. Mon histoire d'amour avec les textes de Françoise Loranger date de plusieurs années déjà. D'abord avec plusieurs lectures et analyses de son oeuvres, puis par la diffusion de la seconde mouture de Sous le signe du lion. Plus de dix ans plus tard, il me reste toujours des images en tête, des répliques des personnages, des lieux, des couleurs, des émotions. Car Sous le signe du lion ne laisse pas indifférent...
Sous le signe du lion raconte le destin d'un p'tit gars de Sainte-Anne de Remington, Jérémie Martin, devenu un prospère homme d'affaires. Nous sommes dans les années 50-60 au Québec, à une époque où les anglophones ont entre les mains les grandes entreprises lucratives et où les francophones sont souvent "nés pour un petit pain". Jérémie Martin, issu d'une famille nombreuse et pauvre, dont le père estun peu lâche est décédé alors qu'il était encore adolescent, a juré de donner à sa mère et à ses frères et soeurs, une vie meilleure. Il a tant travaillé pour prouver au monde entier qu'il était mieux que son père, qu'il est maintenant multimillionnaire, à la tête d'entreprises lucratives. Au moment où débute l'histoire, Jérémie Martin vient d'enterrer sa femme Clothilde et revient des funérailles accompagné de ses enfants Laurent, Michel, Céline et Beaujeu.
"ALBERT. Monsieur?
JÉRÉMIE, sans aménité. Va dire à Maurice d'amener l'auto devant la porte. Je vais travailler.
ALBERT, étonné. Aujourd'hui?...
JÉRÉMIE. Et pourquoi pas aujourd'hui? Prends-tu ça pour un jour de fête? T'imagines-tu que l'argent, ça se gagne à rien faire? Quand on n'en a pas, faut travailler pour en gagner, et quand on en as, faut travailler pour le garder. Ça fait qu'on a jamais fini! Dépêche, dépêche..." p. 39
Jérémie Martin est un homme bourru, bête comme ses pieds, rude, agressif, qui fait trembler de peur son personnel, ses domestiques, ses employés et ses enfants. Il n'aime personne et tout le monde le déteste. Il a fait un mariage "de raison". Jérémie Martin n'a vécu que pour ses affaires et pour son argent. Il est riche, il a réussit. Il vit dans une belle et grande propriété anglaise du XIXe siècle avec une poignée de domestiques à son service. Et Annette. Annette qui l'a servit dans le passé et qui est revenue sous l'insistance de Clothilde, avant son décès. Annette qui est encore chez les Martin, avec sa fille Martine. Cette dernière sort d'un couvent pour jeunes filles, un diplôme d'enseignante en poche, mais sans aucune connaissance de la vie. Elle est effrontée, têtue et égoïste et cherche à comprendre les raisons qui ont poussées sa mère à revenir chez les Martin, alors qu'ils l'ont si mal traitée dans le passé. Et Martine fourre son nez partout, à la recherche de la vérité... Les écrits de Françoise Loranger ne sont pas réjouissants. Ils sont sombres, offrent des personnages troublés, tourmentés, en perpétuel questionnement. Les familles se déchirent, les couples ne se comprennent pas, le désespoir est tout proche, mais aussi l'espoir d'un bonheur. Les passions se déchaînent, l'amour et la haine se côtoient à chaque page.
Et pourtant, l'écriture est profondément troublante, puisqu'elle remet en question tant de choses! On lit Sous le signe du lion avec avidité. Pour comprendre, pour savoir. On n'en sort pas indemme. Qu'est-ce qui poussent les personnages à être ce qu'ils sont? Ce texte en est un de modernité. Trop moderne pour l'époque, et même encore aujourd'hui, il soulève des questions que la société préfère ne pas voir. Il n'y a qu'à penser aux propos touchant l'euthanasie par exemple ou les propos entourant les dernières volontés d'une mourante et de ceux qui restent par la suite et doivent concilier avec ce qui est. Ce texte est dérangeant puisqu'il remet en doute l'être humain, ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui est convenu de ce qui est un sacrilège. C'est aussi un portrait d'une époque, des familles (trop) nombreuses et de la place de la femme au sein de la société, surtout si elle est née pauvre. Son choix n'était certes pas des plus vaste... Il y a aussi toute la place que prend l'argent dans le texte, pour chacun des personnages. Ceux qui, comme Jérémie, ne vivent que pour l'argent (et l'hypothétique héritage de la mère décédée). Il y a ceux pour qui l'argent est tout espoir, pour terminer des études interrompues, pour faire vivre la famille ou pour acquérir une indépendance, un nom, au sein de la société. Et il y a aussi un moment où, malgré tout, on en vient à remettre en question l'argent, le bonheur.
Sous le signe du lion offre un regard sur un Québec qui a, certes évolué depuis le temps, mais qui est encore frileux concernant certaines positions. Les temps ont changés, mais pas tant que ça. Que sommes-nous prêts à accepter en tant que société? Qu'est-ce qui nous rend libre, indépendant, heureux? Que choisis t-on encore aujourd'hui? L'argent, le pouvoir ou le bonheur? Les personnages de cette histoire sont tous profondément humains. Ils remettent à plusieurs égards leur vie en question, leur spiritualité, la position qu'ils ont dans le monde. Que ce soit Martine, "née pour un petit pain" et qui veut s'élever au-dessus de son rang (et à qui on le reproche), ou alors sa mère, Annette, qui semble tant conventionnelle, mais qui aime sans condition, presque maladivement. Ou alors Beaujeu, qui a tout: la position, l'argent, l'amour, le métier d'avocat, mais qui se remet en question lorsqu'il rencontre Mounier... Beaujeu gagne parfaitement bien sa vie. C'est un avocat reconnu. Il gagne toutes ses causes. Mais à quel prix? À quel prix sommes-nous qui nous sommes et agissons-nous comme nous le faisons?
Sous le signe du lion est un texte dense, une critique de la société mais aussi une quête personnelle et spirituelle. Ce sont des questionnements qui restent parfois sans réponse. Ce sont des vies ébranlées quand les secrets enfouis depuis des années refont soudainement surface... C'est un texte qui gagne à être relu aujourd'hui, qu'on connaisse ou non le téléroman qui a été précédemment diffusé. L'histoire, remise dans son contexte social et politique de l'époque, est encore plus dérangeante. On comprend que Françoise Loranger souhaitait ébranler les idées reçues. Des années plus tard, son texte demeure toujours aussi riche, aussi fort.
Quelques extraits:
"JÉRÉMIE. Quelqu'un m'a dit aujourd'hui que si j'avais apporté à ma vie personnelle autant de soin et d'attention que j'en avais apporté à mes affaires, j'aurais été l'homme le plus heureux du monde. [...] On veut tous être heureux, bien sûr, mais on veut l'être par surcroît! Autrement dit, sans faire d'efforts. Au moment de décider de sa vie, on se dit: moi je veux être médecin, avocat, homme d'affaires, n'importe quoi; mais personne pense: moi je veux d'abord être un homme heureux.
PHILIPPE. Mais... même en admettant qu'on y pense il faut bien gagner sa vie! Être heureux, ce n'est pas un métier!
JÉRÉMIE. Non, mais ça pourrait être un but. Or, c'en est même pas un! La preuve, c'est qu'il y a pas un homme qui pense à organiser sa vie en fonction du bonheur, comme on le fait en fonction de devenir riche ou puissant par exemple..." p.82-83
"ANNETTE. Vous parlez toujours des morts comme s'ils étaient morts pour vrai, finis, inexistants!... Ils sont vivants vous savez... D'une autre façon que nous autres, et ailleurs... mais vivants; tandis que vous et moi il nous reste encore à mourir..." p.335
Parce qu'on a tous de la visite
Ricardo Larrivée
La Presse
Résumé:
Parce qu’on a tous de la visite, c’est le livre de toutes les astuces que Ricardo a compilées pour palier aux visites impromptues et aux gueuletons de dernière minute. Que ce soit pour satisfaire les fringales des visiteurs de dernière minute ou réveiller les papilles de ceux qui sont restés à coucher, que ce soit pour bichonner les petits enfants ou impressionner le boss et sa femme qui viennent souper, ou encore pour combler les appétits abyssaux de la gang de chums qui viennent jouer aux cartes ou regarder la game le samedi soir, Ricardo a mijoté un plan pour chaque occasion.
Mon commentaire:
J'aime beaucoup Ricardo: pour son travail, ses recettes et surtout le ton qu'il donne à ses émissions. Son livre est à son image: convivial, rempli d'humour et très accessible. On en redemande! Les recettes sont classées en chapitres très amusants, comme par exemple: Ah non, ils couchent ici! ou encore Les gars ne lisent pas les recettes ou bien Chérie, j'ai invité le boss à souper. Les photos sont toujours très belles, très familiales et donnent tout de suite le ton à ce que l'auteur aime dans la cuisine et dans le fait de recevoir ses amis, sa famille, son entourage. L'objet-livre en vaut la peine. Et les recettes sont, comme toujours chez Ricardo, originales.
Le mystère des pavots blancs
Nancy Springer
Série Enola Holmes tome 3
Nathan
208 pages
Résumé:
Londres, printemps 1889. Le Dr Watson, grand ami du célèbre détective Sherlock Holmes, a disparu ! Lorsqu'Enola apprend la nouvelle, elle ne peut laisser ce nouveau cas de disparition irrésolu. Mais il lui faut un déguisement approprié pour lui éviter d'être reconnu par son frère Sherlock, qui mène aussi sa propre investigation. Elle se procure de quoi devenir méconnaissable et elle rend visite à Mrs Watson, chez qui elle découvre un bouquet à l'étrange composition... Enola tient probablement une piste qui expliquerait la disparition du Dr Watson...
Mon commentaire:
Le personnage d'Enola Holmes est de plus en plus intéressant. Campé dans une époque où le rôle de la femme était très traditionnel, ses aventures nous font voir un Londres difficile, miteux, où enfants pieds-nus, femmes en loques et alcooliques se côtoient; ainsi que son pendant des beaux quartiers où une dame moins bien vêtue ou qui laisse voir sa cheville, passe pour une femme de petite vertue. Les conventions sont toujours présentes et Enola, qui a fait le choix d'une vie en solitaire, doit s'y conformer pour passer inaperçue aux yeux de ses frères de qui elle tente de se sauver. Plus les tomes paraissent, plus on voit en Enola un peu du caractère décidé de sa mère et des caractéristiques de son frère Sherlock. La vie d'Enola est compliquée à cause d'eux, elle leur en veut parfois, mais ce sont aussi eux qui ont fait d'elle ce qu'elle est.
Cette série est particulièrement réjouissante pour le lecteur, jeune ou adulte, pour plusieurs raisons. D'abord parce que l'auteur invente tout un monde autour du célèbre Sherlock Holmes. Elle l'idéalise un peu, nous le fait voir par les yeux d'une jeune soeur qui le perçoit comme un homme imposant, de qui elle a un peu peur. Mais on a aussi droit à l'autre côté de la médaille en découvrant parfois l'idée que Sherlock se fait d'Enola. Le troisième tome se termine sur une phrase touchante, qui laisse présager beaucoup pour la suite. Sherlock commence à réaliser le potentiel de sa jeune soeur et la place qu'elle prend, même à distance, dans sa vie. La relation entre les deux, qui est très complexe, est très intéressante. L'auteur nous plonge également dans le Londres des années 1880. Et c'est très agréable! On y apprend une foule de choses et on vit avec Enola la vie des bas quartiers et des ruelles sombres, tout comme celle des quartiers bourgeois.
J'attends la parution de ces petits romans avec grande impatience. Ils sont intéressants, amusants et surtout, ils sont très bien écrits. Le langage est d'un niveau plus élevé que beaucoup de romans jeunesse. Des notes en bas de pages nous expliquent certaines expressions utilisées ou certaines particularités. L'héroïne est attachante, formidable et nous conduit dans des aventures passionnantes. L'époque, le pays, tout nous fait voyager et nous replonger dans le passé en confrontant le caractère frondeur d'Enola et la rigidité des conventions de l'époque. Beaucoup d'aspects sont abordés à travers ces romans, que ce soit la condition des femmes, la vie sociale, la médecine, l'internement en asile, le fonctionnement des rues, de la ville à l'époque, les boutiques, la nourriture, les journaux, etc. Enola utilise également les journaux de Londres pour publier différents messages codées destinés à sa mère ou à ses frères...
C'est donc un plaisir de retrouver Enola d'aventures en aventures, toujours plus intéressantes les unes que les autres! Des romans jeunesse que je conseille fortement pour l'époque qui est très bien rendue et décrite, pour Sherlock Holmes qu'on retrouve avec plaisir sous les traits d'un grand frère et surtout pour Enola, jeune femme au caractère exceptionnel!
Un extrait:
"À ce point de ma balade, grâce au ciel, j'étais sortie des quartiers miteux et cheminais à présent le long de larges trottoirs. Là-bas, droit devant, se profilait déjà le dôme de la cathédrale St Paul, dont les balustres et colonades contrastaient curieusement, à mes yeux, avec les clochers gothiques avoisinants, ornés de flèches et de gargouilles - pour ne rien dire de la résidence à tour carrée, avec corniches à l'italienne, que je longeais à l'instant. J'étais toujours aussi fascinée par le caractère composite de Londres, ce surprenant salmigondis de gares, de fabriques, d'usines et d'édifices de toutes les époques, tous les styles - mauresque, géorgien, second Empire français, Regency, néo-gothique, néo-classique, néo-ceci, néo-cela... Comme si la ville, à mon image, ne savait trop qui elle était ni quel visage présenter." p.31
Les enfants de l'eau
Angèle Delaunois & Gérard Frischeteau
Éditions Isatis
32 pages
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Résumé:
Enfant d’ici, enfant d’ailleurs,
Enfant de l’eau…
Raconte-moi l’eau que tu vois,
L’eau que tu bois, l’eau qui te baigne…
Mon commentaire:
Cet album est magnifique. Un merveilleux coup de coeur. Les illustrations sont absolument sublimes, délicates, douces. Les textes sont poétiques et nous sont offerts comme une ode à la vie. À chaque page, un enfant du monde raconte sa relation avec l'eau. Qu'elle soit une évidence pour lui, une ressource rare, un monde, un but quotidien, une passion, une saison, l'enfant illustré raconte la vie, le sienne, celle qui l'entoure. L'eau est à la base de la vie. L'eau est aussi, aujourd'hui, une ressource en danger. Qu'elle coule du robinet ou que l'on doive marcher des milles pour en récupérer une cruche, l'eau est source de vie, d'espoir, de tout. L'eau c'est la terre, le fleuve, la mer, le monde. Cet album c'est également un voyage. À travers l'eau du monde, mais aussi, à travers les enfants et les langues du monde. Chaque page nous fait rencontrer douze enfants: inuit, amérindien, enfant de pêcheur, de la jungle, des rizières, de la mousson... Des enfants de partout, qui nous parlent de leur eau et qui scandent en leur langue: "L'eau, c'est la vie"!
Un extrait:
"Pour moi l'eau c'est l'hiver.
La mer et la rivière emprisonnées sous les glaces,
le ciel et la terre qui se mélangent dans les tourbillons fous,
le frimas qui blanchit mes cils,
la solitude et le silence de la longue nuit polaire..."
Guerre et Paix

Léon Tolstoï
Folio en deux tomes
2078 pages
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Résumés:
Tome 1:
- Ah ! enlevez ces... enlevez donc ces... (Elle désignait les lunettes.)
Pierre les enleva. Son regard n'était pas seulement étrange comme l'est d'ordinaire celui des gens qui enlèvent leurs lunettes, il était apeuré et interrogateur. Pierre voulut se pencher sur la main d'Hélène et la baiser, mais d'un mouvement rapide et brutal de la tête, elle s'empara de ses lèvres et y appuya les siennes. Le visage d'Hélène frappa désagréablement Pierre par son expression égarée.
Tome 2:
-Couchez vous! cria l'aide de camp en se jetant à terre. Le prince André, debout, hésitait. La grenade fumante tournait comme une toupie entre lui et l'aide de camp, à la limite de la prairie et du champ, près d'une touffe d'armoise.
-Est-ce vraiment la mort? se dit le prince André en considérant d'un regard neuf, envieux, l'herbe, l'armoise et le filet de fumée qui s'élevait de la balle noire tourbillonnante. Je ne veux pas, je ne veux pas mourir, j'aime la vie, j'aime cette herbe, cette terre et l'air...
Mon commentaire:
Guerre et Paix est un monument. Au sens littéral comme au sens figuré. C'est un momument par le pavé qu'il nous offre (ou plutôt les pavés...) et par son contenu qui est tellement riche qu'il mérite d'être lu et relu. 2000 pages de descriptions de batailles napoléennes, des intrigues familiales, l'amour, l'amitié, la guerre qui peuvent sembler impressionnantes mais qui valent la peine. Car Guerre et Paix, même s'il s'agit d'un roman touffu, complexe, descriptif, détaillé qui pourrait être indigeste, est tout simplement passionnant. Il faut cependant y mettre le temps et être motivé.
Léon Tolstoï a écrit des chapitres relativement courts et ses deux volumes sont séparés en nombreuses parties, ce qui facilite assurément la lecture. Mon édition (Folio) est agrémentée de dossiers, d'une préface, de notes et d'une notice qui m'ont beaucoup aidée dans ma compréhension de l'époque et de tout ce qui entoure l'écriture (et la traduction) de l'oeuvre. Le second tome contient des notes de Tolstoï lui-même, sur le processus d'écriture de Guerre et Paix et sur son interprétation de l'histoire. J'ai également fait plusieurs recherches pendant ma lecture, à différentes parties du roman. Je pense que c'est une lecture qui doit être active, sinon elle en devient très complexe. On doit comprendre ce que l'on lit et replacer l'histoire dans le cadre historique où elle se déroule. Tolstoï a investi beaucoup de lui-même dans ce roman. Ses écrits méritent donc qu'on y prenne le temps.
Le comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï, francisé en Léon Tolstoï (comme c'était la coutume de l'aristocratie russe de franciser les noms et de parler français) est né le 9 septembre 1828 à Iasnaïa Poliana. Ses parents sont décédés à quelques années d'intervalle, alors que les jeunes Tolstoï étaient encore en bas âge. En 1844, Léon Tolstoï entre à l'université, en faculté des langues orientales. Il modifie son parcours scolaire en passant à la faculté de droit avant d'abandonner ses études en 1847. Il partagera ensuite la vie des officiers d'artillerie, écrira des récits caucasiens de son expérience et travaille à son autobiographie romancée, Enfance. Plus tard, il est promu sous-lieutement à l'armée du Danube et affecté à l'armée de Crimée. En 1856, Tolstoï prend sa retraite de l'armée. Il s'installe dans sa ville de naissance, puis ouvrira une école où il instruit lui-même les enfants de ses paysans. Il faut savoir qu'en Russie à cette époque, le servage existe toujours, l'aristocratie ayant souvent de nombreuses terres et des paysans à son service. J'aime à penser que le conte pour enfant que Tolstoï a écrit, intitulé Philipok, est inspiré de son travail auprès des jeunes paysans russes. Mais sa vie pédagogique sera de courte durée. L'école est rapidement fermée. Tolstoï voyagera un peu à l'étranger, avant d'épouser, en 1862, la fille d'un médecin de Moscou, Sophie Andréïevna Bers. Elle a 20 ans. Tolstoï en a 34. La période qui suit est probablement la plus calme dans la vie tourmentée de Tolstoï. Il vit en campagne, apprécie la vie calme qu'il mène, se passionne pour l'agriculture et débutera l'écriture de Guerre et Paix. Tolstoï a été, toute sa vie durant, tourmenté par diverses questions existentielles. Il en est question dans ses écrits. Il a été critiqué à l'époque pour avoir pris position pour ses paysans, qu'il affranchit et a été surveillé par les autorités à quelques reprises pour ses prises de positions et ses écrits. L'église excommunie Tolstoï après la parution de Résurrection, un texte qui critique la religion et ses établissements. Tolstoï a toujours mis à profit son écriture pour comprendre le monde qui l'entourait et pour critiquer ce qu'il croyait injuste. C'était un homme difficile à cerner, aux croyances nombreuses et à contre-courant de son époque. On ressent son questionnement et sa quête spirituelle dans son écriture. C'était un solitaire excessif, qui était contre la peine capitale, pour la vie et deviendra même végétarien sur le tard. Il pronait la non-violence et le respect de la vie. En 1910, en route vers une destination qui nous est inconnue, Tolstoï tombe malade et mourra 10 jours plus tard.
Guerre et Paix est une fresque historique, racontant en quelque sorte les Guerres Napoléoniennes du point de vue russe. Alternant entre la société aristocratique de l'époque et les épisodes de guerre où tentent de survivre ceux qui sont envoyés au front, Tolstoï mêle à son histoire des considérations philosophiques et spirituelles sur la vie et la place de chacun dans le monde, ainsi que sa perception des Guerres et l'histoire qui les entoure. Il s'agit donc d'un récit touffu et complexe. À travers cinq familles aristocratiques nous assistons à des bals, des liaisons, des problèmes financiers, des jeunes filles qui fréquentent le monde à la recherche d'un mari, des hommes aux prises avec le jeu, l'alcool, des vies désincarnées ou au contraire, très riches. Nous fréquentont le beau monde, les dessous de la franc-maçonnerie, les relations d'une famille à l'autre, que vient perturber l'arrivée de la guerre et le départ au front pour plusieurs jeunes hommes de l'époque. À partir de ce moment, il y a la vie à la guerre, dictée, programmée; et celle de l'aristocratie, empreinte de faux-semblants, où il faut régler des problèmes, jongler avec les finances, gérer un domaine et faire un beau mariage. Tolstoï travaillera de 1863 à 1868 à l'écriture de ce livre. Considéré aujourd'hui comme un roman, il n'en était pas un à l'époque. Tolstoï lui-même ne souhaitait pas qu'on le considère comme tel.
"Qu'est-ce que La Guerre et la Paix? Ce n'est pas un roman, moins encore un poème, moins encore une chronique historique. La Guerre et la Paix est ce qu'a voulu et pu exprimer l'auteur dans la forme où cela s'est exprimé."
On a reproché à Tolstoï sont fatalisme historique, sa théorie qui dit que les décisions personnelles de chacun n'ont pas beaucoup d'importance dans le cours des événements. Guerre et Paix n'est pas un roman où règne la gaieté. Les couples se font et se défont, les mariages sont mal assortis, les Guerres sont difficiles, les intentions ne sont pas toujours très nobles. L'aristocratie cache son lot de zones sombres où il ne fait pas toujours bon aller. Face au comportement de certains de leur contemporains, on peut donc percevoir et comprendre les grands questionnements de certains des personnages face à leur spiritualité et à la place qu'ils ont ici bas. Paru tout d'abord en feuilleton dans la revue Le Messager Russe de 1865 à 1868, Guerre et Paix s'intitulait alors 1805. On constate que Tolstoï savait parfaitement ce qu'il adviendrait de son histoire et quelle ligne il souhaite lui donner, car l'écriture et la parution en feuilleton se faisait simultanément. Le livre paru en six volumes en 1869 et fut réduit à quatre volumes en 1873. Dès le début, certains volumes sont déjà épuisés et connaissent des rééditions successives. En 1970 une traduction allemande du texte paraissait déjà. Le succès est instantané. On lit Guerre et Paix partout, on en parle partout, même dans les milieux qui ne sont pas très lettrés. Les critiques et les opinions sur ce livre sont dythirambiques. Mais Tolstoï s'en détourne vite, en disant "...qu'il n'écrira plus jamais de telles sornettes."
Dès le début de ma lecture, ce ne sont pas les considérations politiques ou les grands discours spirituels qui m'ont posés problème, mais bien les personnages. Tolstoï met en scène dans Guerre et Paix une panoplie de personnages, tous partiellement ou abondamment décrits. Ils sont si nombreux qu'il faut parfois s'y reprendre à deux fois avant de savoir qui est qui. Il faut savoir que Tolstoï a mit en scène 559 personnages dans les deux tomes de Guerre et Paix, de la noblesse aux soldats en passant par les valets, des Princes, des pauvres, des commis, des aristocrates, des hommes, des femmes, des enfants, des paysans, etc.
Dans ce roman, les plus importants comme les plus insignifiants ont droit à une description, une mise en contexte, des informations sur leur famille, leur passé, leur apparence physique. Tolstoï élabore abondamment sur chacun d'eux, si bien qu'il est parfois difficile de savoir qui exactement est au centre de l'histoire. Certains ne nous sont présentés qu'une seule fois, alors que d'autres reviennent sporadiquement. Une poignée de personnages sont au coeur du récit. Plusieurs portent également le même prénom et à l'occasion, comme c'était la coutume en russie, on utilise des "surnoms" affectueux pour désigner l'autre. Ce qui fait énormément de noms à se rappeler avant d'avoir suffisamment entamé le roman pour savoir où l'on va et surtout... avec qui! Pour être en mesure de suivre correctement le roman, j'ai collé au début de mon volume une liste des principaux personnages. Cette liste m'a été d'un grand secours au début de ma lecture, avant de me familiariser avec chacun. Je vous la transmet plus bas, si vous souhaitez à votre tour vous lancez dans la lecture de Guerre et Paix. Entre parenthèses, vous trouverez les autres noms et surnoms de ces personnages. À noter qu'il peut y avoir de légères différences selon la langue et l'édition que vous avez entre les mains, mais l'essentiel est là. En italique, il s'agit du lien familial qui unit les personnages au chef de famille.
Liste des principaux personnages de Guerre et Paix
Famille Bezoukhov
Comte Kiril Vladimirovich Bezoukhov
Pierre Bezoukhov (Pyotr, Pétia, Pétroucha, Pétrouchka, Pétegnka) son fils
Famille Kouraguine
Prince Vassili
Prince Anatole, le fils aîné
Prince Ippolite, le fils cadet
Princesse Hélène (Elena, Liolia) sa fille
Famille Bolkonsky
Prince Nicolas Anreyevich (Nikolai, Andrei Bolkonsky)
Prince André (Andrioucha, Andrei, Andreich) son fils
Princesse Marie (Macha, Machégnka) sa fille
Princesse Lise (Lisa), la femme d'André
Prince Nicolas Andreyevich (Nikolai) le fils d'André et Lise
Famille Rostov
Comte Ilya
Comtesse Natacha Rostov (Nathalie, Nathalia, Natachka) sa femme
Comte Nicolas Ilych (Nicolégnka, Nicolouchka, Kolia) le fils aîné
Comte Pierre (Pétia, Pyotr, Pétroucha, Pétrouchka, Pétegnka) le fils cadet
Comtesse Véra, la fille aînée
Comtesse Natacha (Nathalie, Nathalia, Natachka) la fille cadette
Sonia (Sophie) la cousine
Famille Droubetskoï
Princesse Anna Mikhaïlovna Droubetskoï
Prince Boris Droubetskoï, son fils
Les scènes de Guerre mettent également en scène Alexandre 1er et Napoléon, ainsi que d'autres personnages qui ont réellement existés. Lors de la parution de l'ouvrage, nombreux lecteurs tentaient de découvrir qui se cachaient derrière le Prince André par exemple ou derrière d'autres personnages. Derrière la comtesse Natacha se cache Tatiana Bers, la jeune belle-soeur de Tolstoï. Pierre Bézoukhov sera en quelque sorte l'alter-égo de Tolstoï. On ressent bien d'ailleurs toute la réflexion de Tolstoï à travers les questionnements de Pierre et à travers le journal que celui-ci écrit dans le roman. Tolstoï a tenu également son journal, à partir de 1847. Mais pour les autres personnages, comme le dit Tolstoï lui-même:
"André Bolkonsky, comme tout personnage de roman, n'est personne."
Les deux tomes de Guerre et Paix se complètent mais sont aussi très différents. Le premier tome est beaucoup plus romanesque que le second. Il nous raconte les intrigues des différentes familles de l'aristocratie. Il plaira beaucoup plus aux lecteurs qui recherchent avant toute chose du romanesque. Le second tome, même s'il poursuit l'intrigue du premier, penche beaucoup plus du côté philosophique. Plusieurs chapitres débutent par une analyse et des considérations de l'auteur sur les événements qu'il s'apprête à nous raconter. Le ton en est bien différent et se rapproche un peu plus de l'essai que du roman. Tolstoï ajoute à son roman les idées qu'il partage à son lecteur. Il analyse ce qui fait qu'une guerre puisse exister, les enjeux relatifs aux pouvoirs d'un camp et de l'autre, les grands personnages de l'histoire. Il parle aussi du travail des historiens et de son travail à lui. Le second tome peut paraître plus ardu que le premier, mais est tout aussi intéressant, dans un autre style. Ceux qui s'intéressent au côté philosophique de l'auteur et à l'histoire de la guerre préfèreront le second tome.
On retrouve beaucoup de l'auteur dans ce roman colossal. Le premier tome, par exemple, reprend le journal fictif de Pierre, journal qui ressemble étrangement à celui que tenait Tolstoï lui-même. Dans le second tome, Marie tient aussi un journal sur sa vie familial, l'évolution des enfants, l'éducation. On peut voir dans ces écrits un peu de la femme de Tolstoï, Sophie. De nombreuses scènes reprennent aussi les questionnements de l'auteur sur la vie. Une discussion entre Pierre et André donne à voir le combat intérieur qui déchirait Tolstoï par rapport à la vie qu'il menait, versus ses convictions. Beaucoup de scènes parlent aussi d'argent, de la relation des personnages avec l'argent. Une relation qui a beaucoup perturbé Tolstoï tout au long de sa vie et lui a fait remettre en question beaucoup de ses comportements.
Guerre et paix se termine comme il se termine. Sans véritablement de fin, on sait toutefois ce qu'il advient des personnages. Le roman nous offre en quelque sorte une fenêtre sur le monde de plusieurs familles russes pendant la guerre, l'espace de quelques années.
En conclusion...
J'aime Guerre et Paix, que j'ai lu et relu. C'est un texte profondément réaliste, qui peint un portrait des plus détaillés de la condition humaine, des sentiments des hommes et des femmes, des questionnements sur la vie, la mort, l'espoir, les déceptions. On a reproché à Tolstoï ses longues descriptions, on lui reproche souvent la longueur de ce livre. Comme lecteur, il faut se sentir prêt à aborder 2000 pages de descriptions et de sentiments humains, d'analyse et d'histoire. Cependant, Tolstoï décrit ses personnages et son histoire avec un détail et un réalisme troublant. Ce qui peut paraître un obstacle - la longueur - devient, lorsqu'on s'y plonge réellement, un atout précieux pour ce roman très différent de tout ce que j'ai pu lire jusqu'à maintenant. Je ne peux qu'être d'accord avec la citation d'Alain qui disait:
«Lisez, relisez ces pages éternelles. N'espérez pas en trouver ailleurs l'équivalent» (Alain).
Guerre et Paix est un roman qui me reste toujours en tête, qu'il s'agisse de la trame de l'histoire ou des personnages. Tolstoï a su me plonger dans la Russie des guerres Napoléoniennes. Il a su m'apporter nombre de choses à travers son histoire. J'ai du mal à cerner ce que j'aime réellement dans ce roman. Je le trouve passionnant. Il m'emporte. J'aime les personnages, dans leurs espoirs, leurs excès, leurs imperfections.
Je me sens proche de ce roman, puisque sur certains plans la Russie et le Québec ont des points en commun, autant que je me sens dépaysée à le lire. J'y retrouve l'idée romantique que je me fais de la Russie: la neige, les promenades en traîneaux, les noms russes imprononçables. J'y retrouve aussi un certain exotisme, avec toutes ces princesses, ces comtes, ces tsars. J'y retrouve aussi les questionnements et les considérations sur la vie de l'auteur. J'aime me perdre dans ces phrases romanesques, ces événements à n'en plus finir qui s'étalent sur des pages et des pages. Quand je plonge dans Guerre et Paix, je me perds entre ses pages l'espace de quelques heures. Je sais que lorsque je fermerai le livre pour faire autre chose, il restera encore et toujours des centaines de pages à lire. J'aime avoir l'impression que ça ne finira jamais. Quand je suis dans le premier tome, je sais qu'il me restera encore le millier de pages du deuxième. Quand je suis dans le deuxième, je sais qu'il me restera encore beaucoup de mots où m'évader et me perdre.
Guerre et Paix m'a accompagné pendant de nombreuses semaines, à chaque lecture et relecture. Lire ce pavé prend du temps et de l'énergie. Ce n'est pas un texte nécessairement facile, même si l'écriture m'a énormément surprise. Elle est relativement simple à aborder. Le traducteur de mon édition, Boris de Schloezer, qui signe d'ailleurs une brillante préface, a effectué un travail colossal dont on ne peut que louanger le résultat. Des notes réfèrent en fin de volume afin de comprendre toutes les nuances du langage, allant des précisions géographiques aux surnoms donnés familièrement aux personnages. Les passages sur la guerre ou sur les nombreux questionnements de l'existence méritent, malgré leur aspect parfois difficile, qu'on s'y attarde. Tolstoï était un fin psychologue et un écrivain doué pour rendre à merveille les sentiments humains. Il puise au plus profond de l'âme de ses personnages pour en ressortir ce qu'il y a de plus sombre, de plus beau, de plus ambigü, les sentiments les plus vils, l'honneur, la honte et le courage. Le questionnement aussi, surtout. Qu'est-ce que la vie? Que nous apporte-t-elle? Vaut-elle la peine d'être vécue? On ressent à travers Guerre et Paix, les questionnements personnels de Tolstoï. Peut-être parce que lui-même avait une existence difficile, qu'il est à même de décrire merveilleusement bien les tourments de l'âme humaine. Car rien n'est plus difficile à comprendre et à analyser que l'homme. Ce que Tolstoï, à travers plus de 2000 pages, a réussit à faire avec brio.
Quelques extraits:
"Un pas seulement au-delà de cette ligne semblable à celle qui sépare les vivants des morts, et c'est l'inconnu, la souffrance, la mort? Et qu'y a-t-il là-bas?" t.1 p.240
"...que dois-je faire si je n'aspire à rien d'autre qu'à la gloire et à l'amour des hommes" t.1 p.435
"Qui pouvait être là et parler de lui, cela lui était à cette minute complètement indifférent; il était simplement heureux que des gens se fussent arrêtés auprès de lui, et désirait seulement qu'on le secourût, qu'on le fît revenir à la vie, cette vie qui lui semblait si belle, parce qu'à présent il la comprenait tout différemment." t.1 p.479
"Anna Pavlovna continuait à donner des soirées comme seule elle savait en organiser, des soirées où se réunissait, selon sa propre expression, la crème de la véritable bonne société, la fine fleur de l'essence intellectuelle de la société de Pétersbourg. L'attrait de ces soirées ne tenait pas seulement au choix exquis des invités mais à ce qu'Anna Pavlovna leur offrait chaque fois, comme sur un plateau, quelque nouvelle personnalité intéressante, et aussi à ce que nulle part ailleurs on ne pouvait se rendre compte aussi nettement, aussi sûrement, de la température que marquait le thermomètre politique dans les milieux légitimistes de la cour." t.1 p. 59
"Nicolas suivit le premier traîneau; les autres s'ébranlèrent à leur tour en grinçant. Sur le chemin étraoit, on prit d'abord le petit trot. Tant qu'on longea le parc, les ombres des arbres dénudés coupaient fréquemment la route et voilaient la clarté de la lune; mais dès qu'on eut franchi la clôture, la plaine neigeuse , étincelant, comme des diamants aux reflets bleuâtres, s'étendit de toutes parts à l'infini, inondée de lumière." t.1 p. 858
"...il n'y a rien de certain que le néant de tout ce que je comprends et la grandeur de quelque chose d'incompréhensible mais d'essentiel!" t.1 p.482
"Pierre avait pour la première fois connu ce sentiment étrange, enivrant, au palais Slobodsky, quand il découvrir subitement que seule la jouissance que l'on éprouve à y renoncer confère une certaine valeur à la richesse, et au pouvoir, et à la vie, à tout ce que les hommes s'efforcent d'acquérir et de sauvegarder." t.2 p.482
"Nous pensons que dès qu'on nous sort des sentiers familiers, tout est perdu, c'est alors seulement que commence quelque chose de nouveau et de bon." t.2 p.832
En complément:
Je vous invite à partir sur les traces de Tolstoï et à visiter son domaine de Iasnaïa Poliana. L'auteur de ce blogue nous offre en quelque sorte une belle visite guidée.
L'UNESCO propose un texte très intéressant sur le travail de Tolstoï et sur son rapport à l'éducation. C'est un fichier en format pdf, issu de la revue trimestrielle d'éducation comparée Perspectives, que vous pouvez télécharger ici.
Au son du violon
Cécile Gagnon, illustré par Bruce Roberts
Les 400 coups
54 pages
Résumé:
Comment Fifi Labranche, sollicité par les hommes du camp, fit danser non seulement les bûcherons, mais aussi les aurores boréales... Comment Arthur, le violoneux, réussit à sauver sa peau en jouant de son instrument devant deux grands loups affamés! Enfin comment Ti-Jean, grâce à son violon, réussit à faire sortir ses frères de prison et à épouser la princesse!
Mon commentaire:
Au son du violon est un album classé jeunesse, mais qui plaira aussi bien aux adultes. Illustrés par Bruce Roberts, qui utilise l'encre et l'aquarelle, et réunis par Cécile Gagnon, les contes de cet album de la collection Billochet ont tous pour thème le violon. Qu'est-ce qu'un billochet? C'est la bûche de bois réservée au conteur dans les camps de bûcherons. La collection Billochet regroupe nombre d'albums tirés de légendes ou de la tradition orale. Il s'agit d'une de mes collections favorites en matière d'albums. Souvent classés "jeunesse" ils offrent toutefois un monde merveilleux d'histoires de toutes sortes pour petits et grands et sont accessibles à tous. L'album Au son du violon quant à lui, regroupe trois contes:
Le violon ensorcelé de Louis Fréchette
Les "marionnettes" sont, en langue populaire, les aurores boréales, ces étranges lueurs qui apparaissent dans le ciel et que les bûcherons voyaient régulièrement dans le grand nord. Elles annoncent, dit-on, les grands froids ou le vent du nord. Au siècle dernier, on croyait que l'on pouvait faire danser les "marionnettes" en chantant, dansant ou en jouant du violon!
Le conte de Louis Fréchette se passe dans un camp de bûcherons. Les hommes s'ennuient et demandent à Fifi Labranche de jouer du violon. Les hommes dansent un moment, mais ce n'est pas suffisant au goût de Fifi. Un des bûcherons propose alors de faire danser... les "marionnettes". Car, comme La chasse-galerie d'Honoré Beaugrand, qui se frotte au diable et aux événements fantastiques risque de ne pas en sortir indemne...
Les loups n'aiment pas la musique est un conte issu du Périgord
Cette histoire a voyagé et a revêtue des habits québécois. Ce conte raconte la rencontre d'un musicien et de deux loups affamés qui lui volent les brioches qu'il destinait à sa famille. Grimpé dans un arbre pour échapper aux féroces animaux, le musicien fera par mégarde vibrer les cordes de son violon...
Un violon à la rescousse de Marius Barbeau
Ce conte est issu de la tradition orale et a été recueilli en 1915 dans la Beauce. Il s'agit d'une histoire classique de princesse à marier et de prétendants qui lui font la cour. Le roi veut quelqu'un a la hauteur de sa fille, qui saura lui tenir tête. Il emprisonne tous ceux qui ne correspondent pas à son choix. Jusqu'à ce que Ti-Jean se présente à son tour...
Ces contes sont intéressants à plusieurs points de vue, tant au niveau de la présentation de l'album, qu'aux notes de fin de pages et à l'accessibilité de l'ouvrage afin de faire découvrir des histoires de notre passé aux jeunes. Le conte de Louis Fréchette est mon préféré, puisqu'il se rapproche de La chasse-galerie que j'aime beaucoup. Il reste ancré dans la tradition québécoise des camps de bûcherons, des violoneux et des conteurs qui égayaient les soirées froides d'hiver, tout en offrant un langage imagé et coloré. Une jolie découverte que ce bel album regroupant trois contes d'ici.
Un extrait:
"Je n'ai jamais été un peureux, mes amis, mais là, en voyant ce qui se passait, j'ai pris mes jambes à mon cou et j'ai couru me cacher dans la cabane. Cinq minutes après, quatre hommes ramenaient Fifi sans connaissance. Il fut une journée sans parler et trois jours sans pouvoir lever sa hache. Toute cette semaine-là, il bougonna tout seul dans son coin, sans nous adresser la parole. On aurait dit qu'il avait le sac à sentiments viré à l'envers." p.18
Philipok
Léon Tolstoï
Gautier-Languereau
36 pages
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Résumé:
Philipok rêve d’aller à l’école, comme son grand frère. Mais sa maman le trouve trop petit. Ildevra tromper la surveillance de sa grand-mère pour sortir hors de la maison, affronter la neige,les chiens sur le chemin et l’appréhension de se retrouver dans ce lieu inconnu...
Mon commentaire:
Léon Tolstoï est essentiellement connu pour ses oeuvres littéraires, des pavés s'il en est, comme Guerre et Paix ou Anna Karenine. On sait moins qu'il a aussi écrit de belles histoires pour les enfants et des contes qui leur sont dédiés. Philipok en fait parti. C'est une charmante histoire qui nous est racontée. Nous sommes en Russie, à l'époque que l'on peut supposer être celle de Tolstoï (1828-1910). Philipok est un jeune garçon encore petit pour aller à l'école. Il voit son frère partir tous les matins pour la classe et ses parents pour leur travail. Philipok lui, doit rester toute la journée avec sa grand-mère. Alors que celle-ci s'assoupie, Philipok s'habille sans bruit et quitte la maison avec la ferme intention d'aller lui aussi à l'école. Mais le chemin vers l'école recelle beaucoup de surprise pour un si petit garçon! Et l'arrivée, enfin, dans la grande classe est impressionnante pour Philipok!
Voilà une histoire toute simple, qui parle de l'envie d'apprendre, des premiers pas à l'école et qui fait en même temps voyager puisque l'album nous mène en Russie, dans les villages enneigés, à une époque déjà lointaine. C'est Ann Keay Beneduce, une ancienne éditrice de livres pour la jeunesse, qui a adapté l'histoire de Tolstoï. On dit que son adaptation est très proche du texte original en Russe, créé originalement par Tolstoï. Quant aux illustrations de l'album, elles sont sublimes. L'illustrateur, Gennady Spirin, s'est inspiré d'un de ses enfants pour donner vie à Philipok. Ses illustrations sont un plaisir pour les yeux. Son trait de crayon est très doux et rend à merveille l'ambiance russe et ses habitants, que ce soit au niveau des vêtements, des maisons, des paysages enneigés ou de la petite école de village qui grouille d'enfants, de livres, de carnets et de crayons. Philipok est donc un petit garçon attachant, espiègle, avide de connaissances. C'est un album merveilleux, qui plaira aux touts-petits comme aux adultes, qui apprécient déjà l'oeuvre de Tolstoï. L'illustrateur ajoute la touche qu'il faut pour offrir un album de qualité, à la hauteur du talent de Léon Tolstoï. À découvrir.





























