Le peintre des visages
Monika Feth
Série Le cueilleur de fraises tome 2
Hachette
441 pages
Résumé:
Six mois se sont écoulés depuis le meurtre de Caro. Jette et Merle louent désormais sa chambre au sympathique Mike et s'attachent à sa petite amie Ilka, aussi jolie que mystérieuse. La vie semble enfin reprendre un cours normal. Jusqu'à ce que Ilka disparaisse sans laisser de trace. Pour Jette, le cauchemar recommence... Ne croyant pas à la thèse de la fugue, Mike, Jette et Merle cherchent désespérément des indices. Et finissent par découvrir que la jeune fille cachait de sombres secrets...
Mon commentaire:
J'aime décidément beaucoup Monika Feth. Qu'elle écrive des romans plus dramatiques comme La prisonnière de la lune (un livre magnifique sur le pouvoir des sectes) ou qu'elle trempe sa plume dans l'encre très noire du suspense, je trouve que c'est une auteure qui a un énorme talent: celui de captiver et de savoir raconter une histoire.
Le peintre des visages est la suite du roman Le cueilleur de fraises. J'avais beaucoup aimé le premier, le deuxième ne m'a pas déçue non plus. La construction du livre est sensiblement la même dans les deux romans. On retrouve les mêmes personnages, avec deux nouveaux venus: Mike, qui est le nouveau colocataire de Merle et Jette, et sa petite amie Ilka, une gentille fille, qui semble cacher de nombreux très lourds secrets et un passé qu'elle ne dévoile à personne, pas même à celui qu'elle aime.
Les événements s'enchaînent à une folle vitesse. Même s'ils ont parfois l'air de concorder trop facilement ou si les indices semblent être parfois servis sur un plateau d'argent, on excuse rapidement cette petite faiblesse car l'histoire, il faut bien le dire, est très prenante. L'auteur a le don de rendre le profil psychologique de ses personnages très étoffé et c'est justement la psychologie de Ilka, de Mike et aussi de Ruben qui est intéressante dans le roman. Le thème n'est pas facile, le passé de Ilka est peu reluisant et c'est sa situation familial et les liens des membres de cette famille qui sont choquants. Les motivations de celui qui se cache derrière tous les événements sont particulièrement tordues. À réserver aux grands adolescents avertis ou aux jeunes adultes.
Un très bon roman. Comme dans tous les romans de Monika Feth, je vois la fin arriver trop rapidement à mon goût et les détails sur "l'après" sont inexistants. J'en demanderais toujours un peu plus. C'est le cas de tous ses romans. Est-ce à dire qu'ils sont suffisamment prenants pour donner envie de poursuivre l'histoire encore quelques pages?
Vivement d'autres livres!
Lieux de légendes et de mystère du Québec
Henri Dorion & Pierre Lahoud
illustré par Anik Dorion Coupal
Éditions de l'Homme
254 pages
Résumé:
Le Québec est une terre de légendes, et cet ouvrage, où se sont donné rendez-vous la mythologie et la géographie, lève le voile sur des phénomènes naturels peu ou mal connus. Tous les mystères dont il est question ici sont rattachés à des lieux précis qu’on peut visiter et photographier. De plus, les auteurs nous expliquent comment une réalité peut devenir légende ou rester à jamais un mystère.
Mon commentaire:
Entre livre de voyage, légendes, toponymie et géographie, ce volume magnifique nous offre une véritable évasion originale au coeur du Québec: suivre les traces du mystérieux dans notre paysage. Les auteurs nous offrent trente-trois lieux à visiter. Le volume est divisé en différentes catégories toutes plus évocatrices les unes des autres: La main de Dieu, Le Diable est partout, L'éternelle absence, La présence des disparus, Animaux légendaires, Arbres fabuleux, Chemins dangereux, Chamans et manitous, Et des monstres, Plus grands que nature, Les visiteurs de l'au-delà. Pour chaque thème, quelques lieux nous sont présentés.
D'abord la légende nous est racontée et illustrée par Anik Dorion Coupal. De magnifiques photographies complètent la fiche du lieu. Suit alors une page "Géographiquement dit" qui donne des explications géographiques, géologiques ou de sciences naturelles à propos de la particularité du lieu. La visite se termine par une carte de l'endroit, des indications pour s'y rendre, ce qu'il y a à voir autour du lieu. Une sympathique chronique "Airs de famille" nous offre des informations parallèles sur d'autres légendes semblables à celle dont on parle, au Québec et dans le monde.
Liées à la pierre, aux cours d'eau, aux chutes, à des villages délaissés, des forêts ou des champs, les légendes s'inspirent beaucoup de notre folklore et des histoires empruntées aux Amérindiens. Certaines légendes sont particulièrement intéressantes et donnent envie de se rendre sur les lieux. La roche pleureuse de l'île aux Coudres, la Maison hantée de Trois-Pistoles et le Gisant de Grande-Vallée sont impressionnants. Certaines légendes, comme celle entourant la création des Trois-Rivières par exemple, sont de très belles histoires.
Présentées de façon originales, nos légendes prennent soudain vie et sont une invitation à voyager dans toutes les régions du Québec. Le relief offre de bien belles surprises, prélude à explorer et extrapoler sur les origines des légendes et des lieux qui les inspirent.
Le livre est accompagné d'un cd: la mise en musique de dix légendes racontées sous forme de poèmes ou de chansons. Une très belle initiative!
Seul bémol: une bibliographie des oeuvres consultées pour la production du volume aurait été intéressante à explorer. Le volume demeure cependant une très belle expérience de lecture et un guide de voyage qui sort de l'ordinaire! À découvrir!
Un extrait:
"Certains soirs d'hiver, dans nos campagnes, le poêle ronronne assez fort pour qu'on n'entende presque pas le vent qui, dehors, fait des siennes. Car le vent, à l'Anse-Pleureuse, ce n'est pas rien. Parfois il frappe directement du large et bute sur la montagne, derrière le village. Parfois il descend des plateaux par la vallée qui aboutit à l'anse. Il arrive aussi qu'il hésite: il tourne, tournoie, tourbillonne tant et tant qu'il souffle sur les quatre murs de la maison en même temps. C'est alors le temps de se raconter des histoires..." p.127
Les ravins: neuf jours à St-Pétersbourg
Philippe Girard
Les 400 coups
160 pages
Résumé:
En septembre 2007, Philippe Girard et Jimmy Beaulieu (bédéistes québécois) arrivent en Russie pour prendre part au premier festival de bande dessinée de Saint-Pétersbourg. À la veille d'une importante opération aux jambes et toujours sous le choc du décès de son meilleur ami, Philipe Girard nous livre un journal de voyage lumineux dans lequel se croisent ses impressions sur le pays des tsars et des souvenirs d'un ami disparu.
Mon commentaire:
Les ravins, dont vous comprendrez le pourquoi du titre en le lisant, est une fabuleuse bande dessinée. Surprise par le dessin très gras, en noir et blanc, je me suis glissée sans mal dans ce journal de voyage nouveau genre. L'histoire raconte le voyage de neuf jours en Russie pour deux amis et bédéistes. L'histoire commence alors que Philippe se prépare à partir en Russie. À la seule mention de ce pays fusent alors les recommandations de toutes sortes et les réactions extrêmes des gens, ce qui inquiète un peu le bédéiste, remettant même son voyage en question... Cette partie "avant voyage" est particulièrement amusante et nous offre le regard qu'une société peut lancer sur une autre sans en connaître réellement les rouages. Les préjugés ont la vie dure!
Le voyage de Philippe et Jimmy est particulièrement bien décrit et donne envie de suivre leurs traces. On apprend plusieurs aspects de la vie en Russie, par les yeux de deux québécois qui nous relatent ce qu'ils voient, en se concentrant essentiellement sur la vie personnelle, les coutumes et les moeurs. C'est d'autant plus intéressant que ce sont ces petits détails qui font toute la différence.
Parallèlement au voyage, Philippe fait en quelque sorte son deuil de son ami décédé d'un cancer. Ces passages sont touchants et l'âme de son ami lui tiendra compagnie jusqu'à St-Pétersbourg. Vient toutefois un temps où la route des vivants et celle des morts doit se séparer et c'est à cette conclusion qu'arrivera Philippe à la fin de son voyage.
Parcours initiatique, vision nouvelle et extérieure du pays des Tsars, amitiés et relations nouées au fil des pages, Les ravins est une bande dessinée à part, qui offre moments d'émotions, humour et anecdotes particulièrement réjouissantes. À découvrir, pour justement voir d'un oeil de chez nous, la belle et mythique Russie...
Les chiens
Emily Gravett
Kaléidoscope
25 pages
Résumé:
Ouaf ! Un album subtilement illustré qui enchantera les admirateurs d'Emily Gravett, et comblera tous les amoureux des chiens.
Mon commentaire:
Je souhaitais lire Emily Gravett depuis longtemps. Cet album était particulièrement choisi pour aborder son univers puisqu'il parle des chiens, que j'affectionne particulièrement. Les dessins et les couleurs sont merveilleusement bien choisies: teintes pastels, dessins de chiens réalistes et en douceur.
Conçu comme une ritournelle, le narrateur explique à travers les pages, les raisons pour lesquelles il aime les chiens. Ou plutôt, quel genre de chien il aime. Car il les aime tous: les petits, les gros, les tachetés, les joueurs, les peureux, les sales, etc. L'accent du dessin est mit sur les chiens et leurs différentes particularité. On en retrouve de toutes les races et pour tous les goûts. Le plus beau de cet album réside dans sa chute: une surprise nous attend à la toute dernière page!
Une jolie découverte qui me fait apprécier le travail d'Emily Gravett dont je n'entend que du bien depuis longtemps. Ce ne sera pas ma dernière rencontre avec cet auteur! Un album qui plaira aux petits comme aux grands!
En complément:
Le site web officiel de l'auteur, particulièrement attirant visuellement.
Edlyn
Cécile
Soleil Productions
46 pages
Résumé:
Edlyn a sept ans. Elle vit avec sa famille sur l'île d'Yeu, son père est marin. Il est autoritaire, souvent méchant, et ses séjours en mer laissent sa fille un peu mélancolique. Lorsqu'il part avec le bateau, elle le guette toujours du même endroit de la côte. C'est là qu'un beau jour elle fait la rencontre d'un petit garçon très particulier...
Mon commentaire:
Edlyn est une petite fille qui vit en bordure de mer. Elle est souvent seule avec sa mère, sa petite soeur et son petit frère. La mère est débordée avec trois enfants dont deux très jeunes. Elle est d'ailleurs à nouveau enceinte. Elle demande souvent à Edlyn d'aider à la maison, ce qui ne fait pas toujours l'affaire de la fillette, qui aimerait bien être une enfant normale, pouvoir sortir et s'amuser quand elle veut.
Sa vie familiale n'est pas toujours rose. Son père part pêcher la plupart du temps, mais quand il est à la maison, la fillette le préfèrerait ailleurs. C'est un homme colérique, méchant, qui n'aime pas sa vie. Ses sautes d'humeur et sa brusquerie affecte beaucoup Edlyn. C'est souvent sur elle que tout retombe.
Parfois, lorsqu'elle le peut, elle en profite pour s'éclipser... Elle s'évade sur les rochers qui surplombent la mer. Elle cueille des plumes, des coquillages. Elle regarde le bateau de son père quitter la rive avec soulagement. C'est au bord de la mer qu'elle fait aussi une rencontre très spéciale. Un petit garçon différent, qui lui offrira un autre regard sur sa petite vie.
Cette bande dessinée est magnifique. Le dessin et les couleurs rappellent à merveille l'univers marin. Le trait de crayon est enfantin et rend bien la vie et le monde d'une petite fille de sept ans. Tout le long de l'histoire, on ressent une sorte de tristesse latente qui va grandissante lorsque le père de Edlyn est présent. Lorsqu'il est absent, on se sent nous aussi soulagés.
Edlyn est une histoire un peu triste, mais sans basculer dans le tragique. Elle nous esquisse le portrait d'une famille dont la mère est le pilier central et le père, la cause de nombreux problèmes. L'incompréhension, la tristesse, des attentes jamais comblées, la rancune et le mal de vivre est la cause de beaucoup d'amertume et de violence dans la famille d'Edlyn.
La rencontre d'Edlyn avec son ami sur la grève lui ouvrira à la fois la porte de son coeur, pour comprendre son père, mais également une façon d'aborder le passé et la vie à venir. Teinté de fantastique, c'est un très bel album de bandes dessinées, à la fois joli à regarder qu'intéressant à lire. Une très jolie découverte!
Les trois ermites
Léon Tolstoï
illustrations de Dominic Groebner
Calligram, collection Storia
44 pages
Résumé:
L'archevêque d'Arkhangelsk voyage à bord d'un bateau, lorsqu'un passager désigne au loin un ilôt et raconte comment, échoué là, il a été secouru par trois «hommes de Dieu». Troublé, le prélat demande qu'on l'y débarque...
Mon commentaire:
Après avoir écrit Guerre et Paix et Anna Karenine, Tolstoï est de plus en plus préoccupé par les questions religieuses. Il cherche un sens à la vie. Il apprend l'hébreu et lit la Bible. Il commente les Évangiles et écrit de nombreux textes autour de la religion. C'est à cette même époque qu'il publie Quelle est ma foi? une sorte de pamphlet sur la religion et la façon dont Tolstoï la perçoit. Ce texte est censuré et circule en cachette. Ses pensées et ses écrits religieux et polémiques lui valent d'être excommunié. Tolstoï continue à écrire mais il renonce au genre romanesque en rejetant tout ce qu'il a écrit avant. C'est dans cet état d'esprit qu'il écrit Les trois ermites.
Ce conte offre en quelque sorte la vision religieuse de Tolstoï. Les ermites incarnent des croyants en marge de la religion qui servent Dieu à leur façon, sans se soucier des règles religieuses établies. Parallèlement, le conte oppose les ermites, des religieux "libres" en quelque sorte, à un représentant officiel de l'Église, un archevêque. C'est la rencontre entre les deux, l'archevêque qui tente de convertir les ermites à la prière et les ermites prêts à apprendre, mais qui sont au fond beaucoup plus sages que les autres qui est illustrée ici.
L'édition de ce livre comporte un dossier retraçant les grandes lignes de la vie de Tolstoï parallèlement à ce qui se passait à son époque dans le reste de la Russie et sur la scène littéraire. Ce dossier offre également de belles citations tirées de l'oeuvre de Tolstoï ainsi qu'une analyse du style de ce conte. Le dossier est réalisé par Daniel Houlmann et reste accessible tant aux jeunes qu'aux adultes.
Tolstoï n'a pas vraiment écrit de fantastique pendant sa carrière. Cependant, Les trois ermites est teinté de fantastique et présente en quelque sorte une réécriture du passage où le Christ marchait sur l'eau. C'est un texte intéressant pour qui s'intéresse à Tolstoï. Il fait office de passage entre les deux périodes de l'écrivain: sa période romanesque où il travaillait à ses grands romans et sa période plus sombre, plus difficile, où il remettait sa vie et ses croyances religieuses en question.
Duel de belles
Delaf & Dubuc
Série Les nombrils tome 4
Dupuis
48 pages
Résumé:
Karine est désespérée : Dan l'a quittée pour suivre Mélanie en Afrique. Et Jenny et Vicky sont inconsolables depuis la disparition de John John (et surtout de sa merveilleuse moto). Mais leurs épreuves ne sont pas terminées car Mélanie est de retour et n'a pas fini de les faire souffrir. Après avoir volé le mec de Karine, elle s'attaque à ce que Jenny et Vicky ont de plus précieux : leur sacro-sainte popularité auprès de la gent masculine ! Bref, cette fille trop parfaite aux manigances vicieuses va se faire trois ennemies acharnées... et que la meilleure gagne !
Mon commentaire:
Les nombrils est une série amusante, colorée, qui met en scène le quotidien d'adolescentes exaltées: deux pestes qu'on se plaît à détester et une jeune fille trop bonasse, qui se fait manger la laine sur le dos. Pleine d'humour, cette série est agréable à lire. Le dessin est amusant, il sied bien à l'esprit de la bd. C'est la caricature des personnages et des situations qui est le plus amusante.
La particularité de cette série bd est que chaque album se poursuit exactement là où le précédent s'est terminé. Nous retrouvons donc Karine qui souffre de sa rupture avec Dan. Surtout qu'elle constate que Mélanie n'agit pas correctement avec son ancien amoureux. Dan pouvait bien répéter à Karine qu'elle se laissait mener par le bout du nez par ses amis, celui-ci n'est pas beaucoup mieux quand il s'agit de Mélanie! Manipulatrice, intelligente, cette dernière est peut-être encore pire que peuvent l'être Jenny et Vicky car elle est beaucoup plus subtile. En plus de sortir avec le petit ami de Karine, elle a maintenant toute l'attention de l'école pour elle. Ce que n'acceptent pas Vicky et Jenny! Les trois filles ont donc des raisons différentes de la détester, mais ce sont ces raisons qui les pousseront à se regrouper pour l'affronter.
Ce quatrième album est peut-être mon préféré de toute la série. Il renverse les situations et devient un peu plus grave que les précédents. Karine vit toute sortes de choses. Elle sera même accusée de tentative de meurtre sur la personne de Mélanie et elle a du mal à gérer toutes les injustices qui lui tombent dessus. D'un autre côté, elle fera une rencontre déterminante pour elle, qui l'amènera à percevoir les gens d'une façon différente. Karine qui est si douce et si bonne avec tout le monde (trop!) commence à s'affirmer. Elle tient tête à ses amies, fait à sa tête et décide qu'il est temps de changer...
Ce quatrième tome se termine sur une note qui me plaît décidément beaucoup et qui donne un peu plus de profondeur (ainsi qu'une part de mystère) à cette chère Karine décidément pas comme les autres.
J'ai très hâte de lire la suite!
Les autres tomes de la série:
En complément:
Visitez site web officiel de la série.
Visionnez la bande annonce de ce quatrième tome.
Dieu n'a pas réponse à tout (mais IL est bien entouré)
Benacquista & Barral
Série Dieu n'a pas réponse à tout tome 1
Dargaud
64 pages
Résumé:
Parfois, Dieu lui-même est en proie au doute... Mais, dans ces moments-là, IL sait à qui s'adresser.
Mon commentaire:
Décidément, j'aime beaucoup le travail de Benacquista et Barral avec cette série de bandes dessinées. Après Dieu n'a pas réponse à tout (mais IL sait à qui s'adresser), cette seconde bd (qui est en fait la première mais chacune peut se lire tout à fait dans le désordre sans problème) est tout aussi agréable.
L'histoire est bien simple et en même temps plutôt originale. Dieu fait face à plusieurs problèmes avec ses humains. Il les observe de là-haut et veut leur donner un petit coup de pouce. La bd comporte six histoires et une sorte d'épilogue. Dans chaque histoire, Dieu doit envoyer quelqu'un qui est au paradis sur terre et il fait appel à son ordinateur pour lui trouver la meilleure personne possible pour s'occuper de l'humain qui lui cause problème. Dans cet album-ci, nous rencontrons Al Capone, Freud, Homère, Louis XIV, Marilyn Monroe et Mozart. Dieu les fait venir dans son bureau, nous offre une petite biographie de chacun en quelques lignes et l'envoie sur terre pour effectuer le travail. Dès que la personnalité réussit à venir en aide à l'humain, Dieu lui offre ce qu'elle désire afin de la récompenser.
La formule est toujours la même d'une histoire à l'autre. On sait dans quel ordre les choses se passeront et on sait aussi que la personnalité réussira son travail. Ce qui est original et garde l'intérêt est le choix de personnalités et leur travail. C'est amusant, original et l'idée me plaît beaucoup.
Chaque histoire se termine par un dessin au crayon, de la personnalité en question, le plus souvent pendant qu'elle est au paradis. Ces histoires sont pleines d'humour, accessibles à un large public, jeune et moins jeune, le dessin est particulièrement soigné, on reconnaît très bien les personnalités. Bref, tout me plaît dans cette série sur Dieu et j'espère sincèrement qu'il y aura d'autres albums dans le futur!
À découvrir, si vous ne connaissez pas!
Pandemonium

Christophe Bec
et Stefano Raffaele
Éditions Soleil
T.1: Le sanatorium, 55 pages
T.2: Le tunnel, 51 pages
Résumé:
Maman, il s'est passé des choses horribles ici...Je les vois, je vois tous ces morts.
Mon commentaire:
J'ai choisis de parler des deux tomes de cette bande dessinée (un troisième terminera la série, mais il n'est pas encore paru - je mettrai alors mon billet à jour) dans un même billet, puisque chaque tome se poursuit exactement là où on l'a laissé. On aurait d'ailleurs pu très bien regrouper les trois tomes en un seul plus gros volume, ce qui aurait été beaucoup plus intéressant pour le lecteur.
Le mot pandemonium peut évoquer beaucoup de choses. Il réfère cependant à Satan et aux enfers. Un pandémonium désigne un lieu de perdition, où règne le chaos et la corruption. Ce mot est une invention de l'anglais John Milton, qui l'a utilisé pour la première fois en 1663 pour son oeuvre Le paradis perdu. En sachant cela, nous sommes en droit de nous attendre au "pire" pour cette bande dessinée.
La bd de Christophe Bec et de Stefano Raffaele s'inspire d'ailleurs de faits réels. Mais nuançons quelque peu cette information qui se retrouve en première page du livre. Son point de départ est le sanatorium de Waverly Hills. Ce sanatorium a réellement existé. Construit dans le Kentucky, à Louisville, il a été ouvert en 1910 et devait accueillir une quarantaine de patients que l'ont soignait pour la tuberculose. Le bâtiment a été agrandit et transformé pour pouvoir accueillir plus de 400 patients en 1926. À partir de 1943, à cause de l'invention de la streptomycine, un médicament traitant la maladie, le nombre de patients a, heureusement, grandement diminué. Le sanatorium ferme ses portes en 1962. Depuis, le Sanatorium de Waverly est considéré comme l'un des endroits les plus hantés d'Amérique. C'est principalement sur cette croyance et sur nombre de légendes urbaines entourant ce sanatorium que se base l'idée de Pandemonium.
L'histoire met en scène Cora, une fillette atteinte de tuberculose. Sa mère, qui a déjà été traitée au sanatorium quand elle était petite, y amène sa fille afin qu'elle soit aussi traitée contre la maladie. Comme elle n'a pas d'argent, elle s'engage comme infirmière pour payer les frais médicaux de Cora. La mère et la fillette cohabitent donc au sanatorium, mais elles vivent aussi parallèlement. Surtout depuis que Cora voit des choses et apprend des histoires effrayantes qui se sont produites au sanatorium... de la bouche de gens qui y sont décédés... Cora est d'ailleurs la seule à les voir, mis à part quelques autres enfants.
Que l'on croit où non aux fantômes et aux esprits, là n'est pas la question. Je n'en débattrai d'ailleurs pas ici. Rétablissons toutefois quelques faits. Le sanatorium a soigné de nombreux patients tuberculeux à l'époque. La médecine étant ce qu'elle était, de nombreux traitements pour tuberculeux nous apparaissent absolument barbares aujourd'hui. Jusque dans les années 1950, la thoracoplastie (l'ablation de 3 à 8 côtes pour affaisser le poumon et priver d'oxygène le bacille responsable de la maladie) était monnaie courante. Plusieurs patients en mourraient. Cette intervention était utilisée lorsque tout avait été tenté. Ce genre d'intervention choque l'imagination et contribue à véhiculer toutes sortes de choses sur les sanatoriums. On les dit d'ailleurs à peu près tous hantés. Dans l'album, nous sommes entre autres témoins d'une scène de thoracoplastie absolument effrayante. L'album entier, qu'il mêle d'ailleurs faits réels et fantômes, donne littéralement le frisson. Le dessin est trop réaliste pour ne pas frapper l'imaginaire du lecteur...
De nombreuses légendes sur Waverly se sont développées au cours des années. On parle de 63 000 décès dont plusieurs âmes ne reposent pas en paix et hanteraient les lieux. On fait allusion à une chambre maudite (la 502) où aurait eu lieu des choses terribles. On parle aussi du tunnel de la mort ou "body chute" où l'on sortait les corps sur des tables à roulettes... Ces informations ont été amplifiées avec le temps, pour attirer curieux et chercheurs de fantômes. Le propriétaire actuel du site offre d'ailleurs un circuit de visite des lieux dits "hantés". Selon les sources historiques, environ de 7000 à 8000 personnes sont décédées au sanatorium, ce qui est un nombre "normal" pour une épidémie de tuberculose. Nombre cependant déjà moins spectaculaire que le 63 000 qui apparaît partout. Le tunnel de la mort était en fait un tunnel très long construit sous le bâtiment, afin de faciliter l'entrée des employés et d'éviter qu'ils franchissent la montagne à pied, le sanatorium étant situé à l'écart de tout, sur les collines. Le tunnel a par la suite été utilisé pour sortir les corps des personnes décédées, afin d'éviter de traumatiser les autres patients en voie de guérison.
Pandemonium est donc une bande dessinée qui frappe l'imaginaire du lecteur. Elle nous offre des images qui donnent le frisson et que l'on n'oublie pas de sitôt. L'histoire se base sur des faits réels, oui, mais principalement sur les légendes et les faits paranormaux entourant le sanatorium de Waverly. Si vous avez les nerfs assez solides et si les scènes de médecine peu ragoûtantes, en plus des fantômes et lieux hantés ne vous rebutent pas, cet album est pour vous.
En complément:
Cette bande dessinée peut être l'occasion de se renseigner sur l'histoire des sanatoriums et sur la médecine utilisée à l'époque. La plupart des sites parlant de sanatoriums font état de leurs fantômes et des croyances qui les entourent. Cependant, j'ai déniché quelques sites d'histoire qui nous expliquent l'histoire de ces lieux d'un temps passé.
- L'ère des sanatoriums (archives de Radio-Canada)
- Un article Wikipedia (en anglais) sur le sanatorium de Waverly
- Le site officiel du centre historique du Sanatorium de Waverly Hills et du centre gériatrique (en anglais)
Le cheval qui murmurait à l'oreille de Sherlock Holmes
Nicolas Barral & Pierre Veys
Série Baker Street tome 5
Delcourt
47 pages
Résumé:
Rien ne va plus au 221b, Baker Street... Les affaires viennent à manquer : pas l'ombre d'un assassinat, d'un rapt ou du moindre vol ! Holmes développe de véritables symptômes de manque. L'ennui lui est insupportable. Même son violon ne le calme pas. Le remède : lui trouver une enquête, à tout prix et au plus vite. Watson, désemparé, en vient même à implorer l'aide de... Lestrade !
Mon commentaire:
Ce cinquième tome des aventures de Sherlock Holmes, inspirées des oeuvres de Arthur Conan Doyle, est à mon sens un peu moins réussit que les précédents. L'humour y est toujours présent. On sourit souvent. L'ingéniosité de cette série est d'offrir parfois la chance à Watson, de prendre sa revanche sur Sherlock Holmes, qui est un personnage difficile à vivre. Dans ces albums, ce lien qui les unit est poussé à l'extrême. Sherlock Holmes, même s'il réussit toujours à trouver le coupable, subit quelques revers de fortune et c'est ce qui est drôle dans cette série.
Le cheval qui murmurait à l'oreille de Sherlock Holmes est composé de quatre histoires: la plus longue est celle qui donne son titre à l'album. Les trois suivantes donnent l'impression de servir de remplissage. Elles sont amusantes à lire, mais sans plus. La première histoire est bien trouvée et la solution est plutôt originale.
Ce qui me plaît le plus dans cette série est la caricature des personnages. C'est bien orchestré, respectueux quand même de l'oeuvre originale (ce n'est pas une adaptation, mais plutôt une bande dessinée inspirée de l'oeuvre originale) tout en accentuant les traits particuliers de Holmes et de Watson.
Le dessin est merveilleux, particulièrement adapté au type d'histoire et le trait de crayon rend bien l'atmosphère Londonnienne, tout en offrant un peu d'humour à travers son graphisme. J'aime beaucoup le travail de Nicolas Barral.
Ce tome-ci, quoique moins réussit que les précédents, est tout de même une lecture intéressante. Elle offre aussi, comme tous les tomes, des clins d'oeil à ce qui s'est passé ultérieurement dans les autres albums. De là l'importance (et surtout le plaisir!) de les lire dans l'ordre. Vivement la suite!





























