23 mars 2010

Crime et châtiment

crimeetchatimentFédor Dostoïevski
Folio
720 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

«Raskolnikov se mit à trembler de tout son corps comme un homme frappé d'un coup terrible.
- Mais... alors... qui... est l'assassin ? balbutia-t-il d'une voix entrecoupée.
Porphyre Petrovitch se renversa sur sa chaise, de l'air d'un homme stupéfait par une question abracadabrante.
- Comment, qui est l'assassin ? répéta-t-il comme s'il n'en pouvait croire ses oreilles, mais c'est vous.»

Mon commentaire:

Paru pour la première fois en 1866, Crime et châtiment est le roman d'un homme, Rodion Raskolnikov, et de son crime: le meurtre d'une usurière et de sa soeur. Le roman est un pavé et pourtant il sait soutenir l'intérêt du lecteur. Nous apprenons tout d'abord à connaître Raskolnikov: ses relations, sa famille, son statut d'étudiant déchu qui n'a plus un sou et a perdu l'envie de se battre contre la vie pour réussir ses débuts. Jusqu'à ce qu'il commence à fonder une sorte de théorie sur les riches et les pauvres, la misère humaine, le droit à la vie ou à la mort. Un homme (ou une femme) qui est profondément détestable, qui profite du malheur des autres pour s'enrichir, mérite-t-il la mort? Est-ce une bonne action que de s'en débarrasser puisqu'on libère ceux qui sont sous son emprise?  Et si par cette action on favorise une cascade de bonnes actions, est-ce donc permis de passer à l'acte? C'est un peu le questionnement de Raskolnikov. Finalement, il décide que la vieille usurière doit mourir et s'en occupe, mais les choses ne se déroulent pas du tout comme il l'avait prévu...

Le personnage de Raskolnikov est très intéressant. On le suit avec intérêt dans son parcours entre son crime et son châtiment. Après son crime, il tombe dans un état fiévreux mi-conscient où il délire. C'est d'ailleurs en se basant sur son comportement après le crime que l'on tentera d'alléger sa peine. Raskolnikov divague, laisse derrière lui une foule d'indices menant à son crime et a des réactions bizarres et difficiles qui éveillent le soupçon dans son entourage.

Le roman est savamment construit car il analyse dans le détail toutes les étapes du crime. L'état du criminel avant le crime, la façon dont il planifie son acte, ce qui arrive réellement sur place et ce qui suit l'après-crime. Raskolnikov rentre chez lui, cache l'arme du crime et croit que la vie reprendra là où il l'a laissée. Erreur. Il doit vivre avec le regard des autres, la honte, la culpabilité, son propre questionnement incessant sur ce qu'il a fait, la vie, la mort et sa position dans la société: il est maintenant un criminel, mais personne, encore, ne le sait.

Raskolnikov se livre en quelque sorte à un grand combat intérieur. C'est la rencontre du bien et du mal, l'affrontement entre certaines convictions et les conséquences de l'acte qu'il a commit. On le voit évoluer au sein de la société, sous l'emprise de sa conscience et des tourments qui l'empêche de vivre. La façon dont Dostoïevski décrit l'incertitude, la crainte, la peur et les tourments psychologiques de son personnage est fascinante. La notion de temps m'apparaît importante dans ce roman, le temps qui s'épare Raskolnikov de son crime, le temps qui passe après son crime et le temps qui lui reste avant la fin. Raskolnikov en est bien conscient. Fait intéressant, Dostoïevski a été déjà été arrêté et condamné dans l'affaire d'un complot. Il devait mourir. Sa peine a été commuée en travaux forcés. On retrouve les tourments d'un homme qui croit à sa fin proche dans ce roman et d'après ce que j'ai lu, c'est une scène récurrente de l'oeuvre de Dostoïevski.

Le véritable châtiment de Raskolnikov n'est pas la sentence de la cour mais plutôt sa propre conscience qui le tourmente sans cesse. C'est un roman qui se lit très bien et qui est étonnament très lucide. Crime et châtiment est un excellent roman psychologique qui porte à réfléchir. Il est d'autant plus très bien construit et analyse à la perfection le crime, le criminel et sa conscience. À lire.

Quelque extraits:

"Les socialistes ont commencé par exposer leur théorie. Elle est connue: le crime est une protestation contre une organisation sociale anormale." p.272

"L'homme est-il une vermine? C'est qu'il n'en est pas une pour moi. Il ne l'est que pour celui à l'esprit duquel ne viennent pas de telles questions, celui qui suit son chemin tout droit sans s'interroger..." p.442

"Il se serait estimé heureux, s'il avait pu, à ce moment, se retirer dans la solitude, même pour l'éternité; mais le malheur était que tous ces derniers temps, bien qu'il fût presque toujours seul, il n'éprouvait jamais le sentiment de l'être entièrement." p.463

Posté par Allie à 15:06 - Commentaires [15] - Permalien [#]
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Commentaires sur Crime et châtiment

    Allie, tu sais trouver les mots pour convaincre ! J'espère trouver la volonté de me lancer dans ces pavés des écrivains russes dont tu parles si bien. Les tentations de lectures sont multiples et j'avoue avoir quelque réticence parfois à m'engager dans des lectures au long cours, comme ce titre ou "Guerre et Paix" que je ne me résous jamais à entamer.

    Posté par virginie, 24 mars 2010 à 04:13 | | Répondre
  • Celui-ci me tente plus que Guerre et paix ... mais les extraits me font un peu peur. Je suis obligée de lire deux fois chaque phrase pour que mon cerveau daigne les décrypter !

    Posté par Joelle, 24 mars 2010 à 04:15 | | Répondre
  • J'avais beaucoup aimé cette lecture aussi et de suivre l'évolution psychologique de Raskolnikov. Encore un personnage fort torturé comme beaucoup des personnages de Dostoïevski

    Posté par Kikine, 24 mars 2010 à 08:19 | | Répondre
  • C'est un roman que je souhaite lire depuis très longtemps, sans jamais oser. Le thème m'intéresse beaucoup mais j'ai un peu peur de me perdre dans Dostoïevski...

    Posté par Karine :), 24 mars 2010 à 08:56 | | Répondre
  • Le roman le plus accessible de dostoievski, le crime devient l'obsession du criminel qui n'a plus qu'une envie c'est se dénoncer ... un roman inoubliable. Effectivement la condamnation et la grâce après un simulacre de mise à mort se retrouve dans plusieurs écrits, il ne l'a raconté qu'à son retour du bagne dans une lettre célèbre et émouvante à son frère.

    Posté par Dominique, 24 mars 2010 à 12:46 | | Répondre
  • Je me souviens avoir lu et aimé L'Idiot de Dostoïevski, je me lancerais bien dans la lecture de celui-ci, surtout après ton billet.

    Posté par Restling, 25 mars 2010 à 16:50 | | Répondre
  • @Virginie: c'est une très bonne lecture, très intéressante. J'ai beaucoup aimé. Je pense que de nombreux pavés classiques (que je pense à Guerre et paix, Crime et châtiment ou même, dans un tout autre ordre d'idée Les mystères d'Udolphe, méritent qu'on leur accorde du temps.

    @Joelle: il est peut-être plus accessible que Guerre et Paix. L'écriture est très abordable, n'hésite pas!

    @Kikine: Je n'ai lu que Le joueur, que j'avais énormément aimé. Le tourment semble un thème très récurrent chez Dostoïevski!

    @Karine: Oh, il faut! Tu verras, c'est très prenant! Et beaucoup plus accessible comme lecture qu'on peut le croire!

    @Dominique: c'est vrai que c'est un roman inoubliable! Peut-être parce que des crimes, il y en a toujours eu et qu'il y en a encore. Il mène à beaucoup de pistes de réflexions sur l'âme du criminel.
    Est-ce que la lettre dont tu parles se retrouve dans un recueil quelconque? Ce doit être très intéressant à lire.

    @Restling: Merci! Heureuse de t'avoir donné envie! Moi je compte bien lire L'idiot, un de ces jours!

    Posté par Allie, 26 mars 2010 à 14:13 | | Répondre
  • La lettre de Dostoievski se trouve dans le tome 1 de sa correspondance aux éditions bartillat
    Si tu ne l'as pas en bibliothèque mets moi un mail je te scannerai les pages
    ivredelivres@gmail.com

    Posté par Dominique, 27 mars 2010 à 05:27 | | Répondre
  • @Dominique: je ne connaissais pas du tout cette maison d'édition. Je note la référence et je vais voir si je peux trouver le livre! Merci!

    Posté par Allie, 29 mars 2010 à 10:40 | | Répondre
  • Un chef d'oeuvre, qui m'a donné envie de lire d'autres Dostoïevski!

    Posté par kali, 30 mars 2010 à 15:23 | | Répondre
  • @Kali: je partage ton avis! Moi il me donne envie de revenir vers Dostoïevski que j'ai un peu délaissé ces dernières années...

    Posté par Allie, 31 mars 2010 à 12:01 | | Répondre
  • Un régal ! LE roman de Dostoïevski qui m'encourage à en lire d'autres du même auteur... La personnalité de Raskolnikov est pour le moins complexe, je dirais que Fedor a introduit la psychologie actuelle =D (Un peu exagéré, mais bon...)
    Bisou

    Posté par Oumai, 30 avril 2010 à 11:08 | | Répondre
  • @Oumai: je partage tout à fait ton enthousiasme! L'aspect psychologique de ce roman est ce qui en fait sa grande force et son intérêt.

    Posté par Allie, 01 mai 2010 à 09:00 | | Répondre
  • C'est un pavé,mais comme vous écrivez, ça paraît facile, je l'ai lu et je me suis perdue dans les noms des personnages qui en ont plusieurs je crois et le temps aussi. Je ne suis pas très douée,je trouve que c'est quand même un peu dur à suivre, quelques longueurs. Votre résumé me rendra peut-être la relecture plus facile.

    Posté par clo, 27 janvier 2011 à 04:58 | | Répondre
  • @Clo: en effet, c'est un pavé. Les russes ont toujours beaucoup de noms et de surnoms et c'est parfois difficile de s'y retrouver. Ce ne sont pas des lectures nécessairement faciles. J'espère que votre relecture vous aidera à mieux cerner cet imposant, mais passionnant, roman!

    Posté par Allie, 27 janvier 2011 à 07:49 | | Répondre
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