Un bûcher sous la neige
Susan Fletcher
Éditions Plon
400 pages
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Résumé:
Au coeur de l'Ecosse du XVIIe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d'une prison putride le Révérend Charles Leslie, venu d'Irlande espionner l'ennemi, l'interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s'élève au-dessus des légendes de sorcières, par-delà ses haillons et sa tignasse sauvage. Peu à peu, la créature maudite s'efface; du coin de sa cellule émane une lumière, une sorte de grâce pure. Et lorsque le révérend retourne à sa table de travail, les lettres qu'il brûle décrire sont pour sa femme Jane, non pour son roi. Chaque soir, ce récit continue, Charles suit Corrag à travers les Highlands enneigés, sous les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse des heures de chevauchée solitaire. Chaque soir à travers ses lettres, il se rapproche de Corrag, la comprend, la regarde enfin et voit que son péché est son innocence et le bûcher qui l'attend le supplice d'un agneau.
Mon commentaire:
J'ai tourné la dernière page de ce fabuleux roman, hier soir très tard. Je suis encore soufflée par la puissance de l'écriture. Il s'agit de ma première lecture d'un roman de Susan Fletcher et je peux assurer que ce ne sera pas la dernière.
L'auteur nous raconte en quelque sorte le massacre de Glencoe de 1692, mais la construction du récit est époustoufflante. Corrag, une toute jeune femme pleine de fougue qui sait voir la beauté du monde, est enfermée dans un sombre cachot où elle attend d'être brûlée vive sur le bûcher. Aux yeux de tous, c'est une gueuse, une sorcière. Elle montera sur le bûcher dès que le printemps arrivera. En attendant, on prépare le bois pour le feu...
Un jour, le Révérand Charles Leslie se présente à la prison. Il a apprit que Corrag a été témoin du massacre de Glencoe et veut entendre ce qu'elle a à dire. Il espère sauver son roi de cette façon en démontrant que Guillaume et ses troupes ont de sombres desseins. Pour Charles Leslie, Corrag est une sorcière comme les autres, une femme de qui on doit se méfier, sale et en haillons, probablement grouillante de vermine. Elle lui promet de lui raconter ce qu'elle a vu, mais en échange, il doit d'abord l'écouter elle, l'entendre lui raconter sa vie. Pour que les gens se souviennent de ce qu'elle a été.
Chaque jour le Révérand s'installe sur un tabouret bancal et écoute la sorcière raconter sa vie. Là où le roman est admirablement construit, c'est qu'il alterne entre les passages où Corrag raconte sa vie, de sa naissance jusqu'au massacre, avec les lettres que Charles Leslie envoie à sa femme Jane, après chaque rencontre. D'abord sans pitié et intransigeant envers la sorcière, qu'il considère comme une menace, il en vient à se questionner lui-même sur ses valeurs et sa façon de percevoir les choses. Les lettres à sa femme sont d'abord celles d'un homme qui accomplit son devoir envers son roi, pour devenir celles d'un homme plus sensible, humain, qui délaisse la froide moralité pour parler avec son coeur. J'ai trouvé le changement chez cet homme profondément troublant et émouvant.
Un bûcher sous la neige est un roman qui m'a subjuguée, dont l'écriture est forte, puissante, lumineuse, sensible et pleine d'humanité. On apprend à découvrir Corrag en même temps que le Révérand. On goûte à travers son récit, sa relation fusionnelle avec la nature, l'oeil particulier qu'elle pose sur un flocon de neige, une montagne, une chèvre, un cours d'eau. Sa vie si simple, parfois dangereuse, mais si belle et en symbiose avec la nature a su me toucher profondément.
Les éléments historiques sont parfaitement bien intégrés à l'histoire. Quand Corrag souffre, on souffre avec elle. Quand elle est effrayée, on a peur nous aussi. La chasse aux sorcières dont elle est la cible a été malheureusement le lot de beaucoup trop de femmes mal comprises, qui voyaient en la nature et leurs ressources, des remèdes à la vie qui peut parfois être cruelle.
Corrag a vécu plusieurs vies, toutes différentes et qui lui ont apportées beaucoup. Elle a connu la solitude, la faim, l'amour, l'espoir. C'est une grande âme dans une toute jeune femme. Le chapitre sur le massacre de Glencoe, qui arrive à la fin du livre, est profondément juste et troublant. On le vit avec elle, on sent son désespoir et sa rage d'aider le peuple des Highlands qui l'a accueillit.
Le Révérand dit à plusieurs reprises dans le roman, en parlant de Corrag, qu'elle a le don particulier de raconter, de rendre vivant ce qui l'entoure et de faire vivre à ses interlocuteurs son histoire. L'auteur a le même don pour raconter. Je reprends les mots se trouvant sur le rabat de la première de couverture et qui qualifient le travail de l'auteur, mots avec lesquels je suis tout à fait en accord et qui pour moi expliquent l'essence même de ce roman: "À tout juste 30 ans (!), Susan Fletcher confirme un talent hors norme. Son écriture envoûtante et intuitive fait de ses livres des expériences sensorielles, elle donne à entendre, voir et sentir une nature animiste et des personnages bouleversants."
Pour toute cela, il faut lire ce roman.
Quelques extraits:
"Tout ce que j'aimais m'entourait, rivières, rochers. Les bêtes. Les bruits du vent. Et je leur en étais reconnaissante. J'étais reconnaissante, car parmi eux je pouvais guérir les blessures en moi, les pertes, le chagrin. Ce que mon âme avait de meurtri, je pouvais le soigner et le nourrir dans ma cabane, ou sur les hauteurs, et qui en fait autant? De nos jours, qui prend le temps de soigner son âme?" p.156
"En éteignant la chandelle et m'enfouissant sous les couvertures, je songe à cette créature assise dans son cachot, enchaînée. Comment peut-elle ne pas souffrir d'un tel froid? Elle m'affirme qu'elle ne le sent pas. Elle dit que nous avons tous une saison en laquelle nous brillons le plus, et que l'hiver est la sienne." p.168
En complément:
Un article intéressant sur le massacre de Glencoe, pour ceux qui ne sont pas familier avec cet épisode sanglant de l'histoire.
Feuilles en folie
Jonathan Emmett
illustrations de Caroline Jayne Church
Scholastic
32 pages
Résumé:
Pipo et Bella sont angoissés.
Qu'arrive-t-il à leur arbre chéri?
Les feuilles ne cessent de tomber.
L'arbre a-t-il des ennuis?
Mon commentaire:
Feuilles en folie est le premier album de Jonathan Emmett disponible en français. Les illustrations de Caroline Jayne Church sont douces et joyeuses, pleines de belles couleurs automnales.
L'histoire sert en fait à expliquer la chute des feuilles aux enfants. On n'entre pas dans les explications biologiques et scientifiques, mais plutôt d'un point de vue poétique, à travers une jolie histoire d'écureuils. Pipo et Bella se posent beaucoup de questions sur ce qui affecte leur arbre chéri. Il perd toutes ses feuilles et elles ne sont plus vertes, mais ont plutôt la teinte des couchers de soleil. Pourquoi?
Feuilles en folie est un album tout désigné pour accueillir l'automne avec une belle histoire où la nature est omniprésente et où les couleurs sont éclatantes. Les petits personnages sont vraiment mignons et le format du livre - carré à couverture souple - est attirant. C'est un album avec des illustrations qui rappellent le mouvement et qui met en évidence les jeux dans les feuilles mortes et le plaisir des couleurs à cette période de l'année.
Pourquoi ne pas accompagner cette lecture d'une belle promenade pour observer les arbres et faire le plein de magnifiques couleurs automnales?
À partir de 3 ans.
En complément:
On peut voir un extrait sur le site des éditions Scholastic.
Les nombreuses vies de Miss Marple
Jacques Baudou
Les moutons électriques
157 pages
Résumé:
Miss Jane Marple - le miss n'est pas un détail, mais le signe d'une robuste défiance envers " les messieurs " - est le symbole parfait d'une Angleterre rurale à peine sortie des limbes victoriens, avec ses colonels retraités de l'armée des Indes, ses vieilles filles médisantes et ses manoirs malcommodes. Elle s'impose comme le summum de la figure du détective amateur, un limier hors pair aux intuitions fulgurantes dont l'originale méthode déductive est de nature ouvertement comparative et qui collabore de la plus heureuse façon avec les policiers professionnels. Elle porte sur la gent humaine le regard peu amène, sans indulgence, de celle qui s'attend toujours au pire et qui est rarement détrompée. Elle représente sans conteste la quintessence de l'œuvre d'Agatha Christie: une vieille dame sans merci.
Mon commentaire:
Miss Marple est née en 1865. Son père était pasteur. Au fil du temps, Miss Marple est devenue une armchair detective: une détective en fauteuil. Ce terme étant utilisé pour désigner un détective non professionnel, qui enquête en quelque sorte de chez lui, en usant de déduction et de perspicacité. Un jour, Miss Marple rencontre par bonheur Agatha Christie et celle-ci entreprend de faire le compte rendu des enquêtes de la vieille dame.
Voilà comment débute en quelque sorte cette biographie fictive d'un des personnages de la littérature policière les plus connus. Ce bel ouvrage tout illustré offre le portrait unique de Miss Marple, mais c'est également l'occasion pour l'auteur de brosser en filigrane, un tableau de l'époque victorienne. Le volume parle en détail de chacune des enquêtes de la vieille dame, il offre une longue chronologie des événements sociaux et littéraires de son temps, en confondant la fiction et la réalité. Les éléments sont intégrés de façon à ce qu'ils ne forment qu'une seule série de faits. Le volume se termine sur une bibliographie et une filmographie tirées des enquêtes de Miss Marple et du personnages tel qu'on le connaît.
Les nombreuses vies de Miss Marple donne l'impression que le personnage a déjà existé. Son portrait est clairement ancré dans son époque, si bien qu'on ne distingue plus le réel de la fiction et que l'on referme le livre avec le sentiment que oui, Miss Marple était quelqu'un et non plus un simple personnage. De ce point de vue c'est assez réussit. J'ai aimé l'aspect biographique du personnage et toutes ces informations sur les enquêtes qu'elle a mené. Cependant, la présentation de la chronologie m'apparaît un peu longue et assez monotone. Une chronologie demeure une chronologie, mais la présentation aurait pu être un peu allégée.
En terminant, Les nombreuses vies de Miss Marple est un ouvrage intéressant, conçu pour les admirateurs d'Agatha Christie et de son légendaire personnage de vieille dame qui dénoue toujours les fils des mystères qui lui sont présentés. Une belle idée de lecture pour pousser un peu plus loin autour du personnage.
Lily Têtue refuse d'aller au lit
Marie-Julie Gagnon
illustrations de Audrey Gauthier
Les éditions Goélette
24 pages
Résumé:
Lily Têtue adore s’amuser. Elle déteste l’heure du dodo! Elle rêve de pouvoir jouer et danser toute la journée et toute la nuit. Ananas, lui, aimerait bien qu’on le laisse roupiller en paix! Toujours prête pour une nouvelle aventure, Grand-maman Zazou a peut-être une idée...
Youppidou-dou-la-la-hou !
Mon commentaire:
Après Lily Têtue veut grandir trop vite, voici Lily Têtue refuse d'aller au lit. Un soir, la petite fille refuse de dormir. Pour elle, l'idée de pouvoir continuer à jouer toute la nuit est beaucoup plus alléchante que celle de prendre le chemin de son lit.
Grâce aux étranges pouvoir de Grand-maman Zazou, elle pourra passer une nuit hors de son lit, bien réveillée, à s'amuser dans une fête foraine. Ananas, son toutou un peu spécial l'accompagne un peu à contrecoeur. Pour lui, la nuit, c'est fait pour dormir!
Si Lily Têtue s'amuse bien au début, elle réalise rapidement que d'être la seule dehors, quand tout le monde dort, c'est assez ennuyant. Il n'y a personne avec elle pour jouer, personne avec qui parler. Dehors, en plus, il fait très noir...
Le lendemain de sa petite aventure nocturne, Lily Têtue dort littéralement debout à la garderie. Elle réalise qu'elle est trop fatiguée pour jouer, qu'elle est de mauvaise humeur et que finalement, elle aurait dû dormir!
Un petit album bien amusant sur le sommeil, dont il est parfois difficile d'en faire comprendre l'importance aux petits. Lily Têtue vit les avantages d'une nuit sans sommeil, à s'amuser, mais en apprend aussi les inconvéninents! Elle comprend maintenant ce que veut dire "bien dormir pour être en forme"!
Pour les petits qui n'ont jamais sommeil. À partir de 3 ans.
Le fantôme de Canterville (bd)
Céka
illustrations de Paul Drouin
Éditions Petit à petit - La Martinière
30 pages
Résumé:
Quel est le comble pour un fantôme ? D'avoir peur, bien sûr ! C'est ce qui arrive au fantôme de Canterville quand une nouvelle famille déboule dans SON château avec trois enfants plus diaboliques les uns que les autres qui vont lui mener la vie dure ! Le pauvre fantôme n'a plus qu'une obsession : faire déguerpir ces garnements qui viennent l'empêcher de hanter en paix ! Mais y arrivera-t-il ?
Mon commentaire:
Je suis toujours attirée par des adaptations d'oeuvres littéraires en bandes dessinées. Je me dis toujours que, puisque j'ai aimé l'oeuvre originale, la bd ne peut que me plaire. Pourtant, je suis très souvent déçue car je ne retrouve jamais le charme de l'oeuvre originale. C'est encore le cas ici.
J'avais énormément aimé le nouvelle Le fantôme de Canterville d'Oscar Wilde. C'était rafraîchissant, drôle, accessible et vraiment bien écrit. L'adaptation de Ceka et Drouin en bande dessinée s'inspire de l'oeuvre de Wilde, mais n'en demeure pas moins une adaptation plutôt libre. J'ai d'abord eu beaucoup de mal avec les illustrations. L'album est vraiment conçu pour un lectorat jeune. Les dessins, tout en rondeurs et rappelant un peu le manga, leurs sont tout à fait destinés. Idem pour les dialogues qui frisent le langage populaire parlé et qui n'a rien du charme un peu aristocratique que l'on retrouve chez Wilde. C'est clairement une bd très grand public, accessible pour les enfants. Je ne m'attendais pas vraiment à ça.
Les personnages ne me plaisent pas dans la bande dessinée. Les plus jeunes sont obsédés par leur idée de détruire le fantôme alors que ce dernier est franchement très laid et assez peu intéressant, sauf lorsque les auteurs se rapprochent du fantôme original de Wilde. La fin est vraiment bon enfant et prouve clairement le lectorat visé par ce livre.
Ma déception vient surtout que je m'attendais à une adaptation qui collait à la nouvelle d'Oscar Wilde, quelque chose dans le même esprit, qui me donne l'impression de retrouver l'humour et l'atmosphère que j'avais tant apprécié dans la nouvelle. Ce n'est pas une mauvaise bd, elle peut même donner envie aux jeunes de lire l'histoire originale et d'en découvrir d'autres.
Une bd à réserver à un lectorat jeune, peut-être pour faire découvrir Wilde?
Leçons du monde fluctuant
Jérôme Noirez
J'ai lu
318 pages
Résumé:
Parce qu'il nourrit une passion esthétique - mais néanmoins coupable aux yeux de ses contemporains - pour les toutes jeunes filles, Charles Lutwidge Dodgson est exilé dans les contrées lointaines de Novascholastica. Dans cette colonie britannique perdue au milieu de l'océan Indien, où les frontières du réel, du rêve et de la mort se confondent et se chevauchent, il ne prendra jamais le pseudonyme de Lewis Carroll, rencontrera des personnages étranges et, toujours, poursuivra le fantôme de son Alice...
Mon commentaire:
Quel étrange roman. Je ne lis pas souvent de la science-fiction pure et dure, mon intérêt se portant plus souvent vers le fantastique en matière de littérature de l'imaginaire. J'ai lu et aimé plusieurs livres de science-fiction au cours de ma vie de lectrice, mais celui-ci m'échappe.
J'ai d'abord été attirée par le résumé, aimant beaucoup Alice au pays des merveilles. La quatrième de couverture dit que c'est un brillant hommage à Lewis Carroll. Pendant une bonne partie de ma lecture, je n'en ai pas compris le sens. Dans l'histoire de Jérôme Noirez, Carroll est envoyé à Novascholastica, un monde étrange, un peu parallèle au nôtre, où vivent d'étranges créatures, à mi-chemin entre le rêve et la mort. On y envoie Carroll (Charles Dodgson de son vrai nom) car les enfants prennent trop de place dans sa vie. C'est choquant et on souhaite se débarrasser de lui. Pendant un moment, j'y ai sentis l'ombre de la pédophilie planer sur le livre. Les rêves de Dodgson n'aident en rien sa cause. Si sa sexualité demeure ambigüe, l'hommage de ce roman vient principalement du fait que l'auteur nous montre un homme ordinaire, qui bégaie, a ses peurs et ses angoisses, professeur accomplit, photographe intéressé et brillant logicien. On s'attarde beaucoup plus sur son travail personnel que sur sa vie publique et sur sa renommée d'écrivain. C'est le Lewis Carroll d'avant Alice. Même s'il connaît déjà les Liddell, qui l'ont rayé de leurs vies.
Le roman est conçu en alternant les deux mondes, celui de Novasholastica et celui de Charles Dodgson. Si je n'ai pas vraiment aimé la forme que prend ce roman, il est par moments assez cru à mon goût et mêle un monde parallèle et étrange avec le Londres victorien, monde dans lequel, je dois l'avouer, je me suis sentie perdue plus d'une fois, je trouve intéressant que l'auteur ait choisi de nous montrer un Charles Dodgson que l'on connaît assez peu: photographe, mathématicien et logicien. Le Lewis Carroll que l'on connaît, celui d'Alice, n'existe pas vraiment dans le roman.
Leçons du monde fluctuant m'a donné l'impression d'avoir de nombreuses qualités que je n'ai pas vraiment su saisir. Ma lecture m'a par moments ennuyée, je l'ai trouvé confuse et un peu longue. La science-fiction n'était peut-être pas, pour moi, le meilleur moyen de rencontrer Charles Dodgson. J'aurais sans doute préféré un roman plus cartésien car ce livre m'a déconcertée à plusieurs moments et m'a poussé à conclure rapidement ma lecture en feuilletant les dernières pages. Ce n'est pas une lecture linéaire et l'univers mêle l'exotisme au monde victorien. Le mélange ne m'a pas réussit.
J'ai lu beaucoup d'excellentes critiques sur ce roman. Si ce genre de livre vous intéresse, foncez. Si toutefois comme moi, vous préférez les romans plus définis, où le monde victorien est plus clairement marqué, ce livre n'est peut-être pas pour vous.
Un extrait:
"Novascholastica... Une main gauche plantée en plein océan Indien, grande comme deux fois l'Angleterre, dont les doigts semblaient s'agripper au tropique du Capricorne. Dans ses Geographic Rhymes for Children, l'explorateur James Bruce racontait qu'au début de la création, Dieu, pris de fatigue, s'était appuyé sur le monde et qu'il y avait laissé l'empreinte de sa main. Depuis lors, dans les fleuves et les chaînes montagneuses de cette île née du divin hasard, on pouvait lire l'avenir de l'homme ainsi que de l'univers tout entier. En tout cas, Novasholastica était une terre dont les géologues ne pouvaient toujours pas expliquer l'existence, une terre que trois siècles de colonisation n'avaient pas suffi à réellement domestiquer. Dodgson fit tourner la mappemonde dans un sens puis dans l'autre. Entre Oxford et la côte occidentale de Novascholastica, il n'y avait guère plus de cinq pouces de distance. Peu de chose en définitive pour qui tient le monde entre ses mains." p.52
La naine aux ectoplasmes
Thierry Gloris
illustrations de Jacques Lamontagne
Série Aspic: détectives de l'étrange tome 1
Éditions Quadrants
48 pages
Résumé:
De la plus célèbre des médiums parisiens que consultait le Tout-Paris ne reste aujourd’hui que deux globes oculaires sanguinolents parmi des poupées de porcelaines brisées jonchant le sol... Ne se croirait-on pas dans un feuilleton à deux sous dont la population raffole...? Pour Auguste Dupin, fin limier et scientifique pointilleux, l’explication est logique, il suffit de la trouver. C’est sans compter sur son extravagante assistante, Flora Vernet qui, récemment diplômée de Polytechnique, voudrait bien voler de ses propres ailes. Une femme diplômée, voyez-vous ça... La futilité féminine reprendra bientôt le dessus, Dupin en est certain. Flora est têtue, ambitieuse et audacieuse. N’en déplaise au rigoriste « enquêteur phénoménologue », il devra compter avec son imaginative assistante pour faire la lumière sur cette cruelle affaire !
Mon commentaire:
Ectoplasme: manifestation fantomatique produite par un Médium du corps duquel elle émane.
Le premier album des Détectives de l'étrange nous amène dans le Paris du XIXe siècle. Une naine, médium, reçoit l'annonce de sa mort. On la retrouve étranglée, sans ses yeux, qui ont été arrachés. S'amène alors Auguste Dupin pour enquêter sur ce crime étrange. Les choses se compliquent lorsqu'on repêche le corps d'une naine... qui n'est pas notre médium!
Cet album offre de beaux clins d'oeil à l'univers de la littérature policière en mettant en scène un Auguste Dupin détective (Dupin est un personnage inventé par Edgar Allan Poe) et en faisant allusion à d'autres personnages comme Chéri-Bibi (inventé par Gaston Leroux) ou Rastignac (dont on peut voir une allusion à Balzac).
Dupin semble être le personnage central de l'histoire, mais ce n'est pas tout à fait le cas. Les autres personnages qui gravitent autour de lui sont encore plus étoffés. Flora Vernet qui s'est mis en tête de devenir elle aussi détective, n'est pas très bien perçue puisqu'elle est une femme. Des événements étranges surviennent qui la force à enquêter avec un certain Hugo Beyle, un homme original qui n'est pas tout à fait humain...
J'aime énormément le travail de Jacques Lamontagne qui a publié, entre autres, un recueil d'histoires (toujours sous forme de bande dessinée) inspiré par les Contes de la Crypte: Contes d'Outre-tombe. C'est aussi excellent et un peu dans le même esprit, mêlant le fantastique au crime et à l'épouvante. Je vous conseille ces deux bandes dessinées, si vous êtes friands d'histoires un peu macabres. Ce sont des incontournables! Et les illustrations de Lamontagne sont magnifiques, pleines de détails et d'un genre qui me plaît beaucoup!
Si vous n'avez encore rien lu de lui, c'est le moment de vous lancer! Son travail en vaut la peine!
En complément:
Outre les Contes d'outre-tombe et la nouvelle série Aspic, détectives de l'étrange, Jacques Lamontagne est aussi l'auteur de la série Les Druides. Il a également illustré plusieurs livres et couvertures, dont de nombreuses aux éditions Alire. Je vous propose une visite sur son blogue et sur son site web.
Têtes de citrouille
Wendell Minor
Éditions Scholastic
32 pages
Résumé:
Le jour de l’Halloween, grosses et petites citrouilles sont transformées en têtes de citrouilles. Il y en a partout, même dans les endroits les plus étranges. Certaines sont souriantes, d’autres effrayantes. Il y a des têtes de cow-boys et même des têtes de sorcières... Mais peu importe leur taille et leur allure, elles ont un même message à livrer : joyeuse Halloween!
Mon commentaire:
J'aime énormément Wendell Minor, un artiste de grand talent, qui a publié le très bel album Le bateau fantôme en collaboration avec Mary Higgins Clark. Peintre et lauréat de plusieurs prix, Wendell Minor nous offre avec Têtes de citrouille, un magnifique livre de saison. C'est un album merveilleux pour qui souhaite plonger dans l'ambiance automnal et la fête d'Halloween. Son livre s'adresse d'ailleurs "aux enfants de tous âges qui vont chercher une citrouille au champ pour célébrer l'automne".
Le texte est court, rythmé et est accompagné de très belles scènes d'automne et d'Halloween. Le livre offre un tour d'horizon de toutes les sortes de citrouilles que l'on peut retrouver, qu'elles soient dans les champs ou décorées et prêtes à recevoir les enfants!
Têtes de citrouille est un livre parfait pour accueillir le mois d'octobre. Très orangées, les illustrations respirent l'automne. Un album magnifique pour célébrer l'Halloween!
En complément:
Le site web de Wendell Minor. Ses illustrations sont magnifiques et ses choix de sujets vraiment très tentants! Malheureusement, trop peu de ses albums sont disponibles en français...
En plein coeur
Louise Penny
Flammarion Québec
336 pages
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Résumé:
Three Pines, dans les Cantons-de-l’Est, est un petit coin de paradis. Un matin, durant le week-end de l’Action de grâces, Jane Neal est trouvée morte dans les bois, le cœur transpercé. Le réveil est brutal pour cette communauté tranquille, car ce qui pourrait n’être qu’un bête accident de chasse laisse perplexe Armand Gamache, l’inspecteur-chef de la Sûreté du Québec dépêché sur les lieux. Qui pourrait bien souhaiter la mort de Jane Neal, cette enseignante à la retraite, artiste à ses heures, qui a vu grandir tous les enfants du village et qui dirigeait l’association des femmes de l’église anglicane ? En détective intuitif et expérimenté, Armand Gamache se doute qu’un serpent se cache au cœur de l’éden, un être dont les zones d’ombre sont si troubles qu’il doit se résoudre au meurtre. Mais qui ?
Mon commentaire:
Je veux lire Louise Penny depuis des années. Vivant plus ou moins dans la même région qu'elle, j'ai lu à quelques reprises des articles de journaux parlant de son travail. Ses livres m'ont fortement été conseillés par des lectrices assidues de la bibliothèque où je travaille, lectrices qui aiment tout comme moi Anne Perry et Agatha Christie. Ce qui me causait problème, c'est que Louise Penny écrit en anglais, langue que je ne maîtrise pas suffisamment. C'était la mort dans l'âme que j'avais pris note des références de ses livres en espérant qu'un jour, un éditeur s'intéresserait à en faire une traduction.
C'est maintenant chose faite! Flammarion Québec a eu l'excellente idée de publier la brillante traduction du premier roman de Louise Penny, traduction effectuée par Michel Saint-Germain. Pour moi, quand la traduction est si bonne qu'on y retrouve l'humour original, l'atmosphère et le style de l'auteur c'est que le travail a été bien fait.
Tout d'abord, l'auteur. Louise Penny est une ancienne journaliste vivant dans les Cantons de l'Est. Elle est entourée par la nature et vit avec son mari et ses chiens. Son univers ressemble au mien: la forêt, la nature, les paysages, les animaux. Les photos sur son site sont magnifiques et sont exactement comme je m'imaginais l'univers de l'auteur. Je me suis sentie tout de suite proche d'elle, même si je ne la connais pas. Nous aimons toutes les deux les chiens et pendant que je travaille dans une bibliothèque, elle écrit des romans policiers.
Qu'en est-il de ce fameux roman que je souhaite découvrir depuis si longtemps? Il est vraiment très bon. Différent. C'est un coup de coeur! Un des meilleurs romans policiers que j'ai lu depuis longtemps. Pourquoi? Parce que le style, d'abord, est excellent. C'est merveilleusement bien écrit. Parce que Louise Penny maîtrise la plume à la perfection, que ses personnages sont très étoffés, que la psychologie humaine est clairement présente partout dans son roman et que l'homme, avec ses zones d'ombre, est bien étudié. Armand Gamache, son inspecteur, est particulièrement attachant. Ce n'est pas un alcoolique, remplit de problèmes et de tristesse. C'est un homme, comme les autres, sensible, attachant, qui aime sa femme. Même si elle n'apparaît pas souvent pendant le roman, on sent entre eux beaucoup d'humour et de complicité.
Le cadre du roman est savoureux. Three Pines est un petit village pittoresque des Cantons de l'Est. Un endroit où tout le monde se connaît et se côtoie, où Myrna tient une petite librairie d'occasion, où Clara et Peter s'occupent d'art et participent à de nombreuses manifestations créatrices et vernissages en tous genres, où Gabri et Olivier, passionnés d'antiquités, tiennent une petite auberge où tout est à vendre, du bol de chocolat dans lequel on boit en passant par le mobilier et les petits gâteaux. Chaque résident du village a une histoire, un passé, toujours bien décrit et détaillé. Les personnages ont de la chair et donnent l'impression d'être vivants. On croirait qu'ils existent, tout comme Three Pines.
La nature est particulièrement présente dans l'histoire. Le roman se déroule à l'automne, saison des récoltes et de la chasse. Les descriptions sont merveilleuses. Les villageois se préparent à fêter l'Action de Grâces avec un repas convivial digne de ce nom. Tous les petits détails que l'on aime sont présents dans ce roman: l'heure du thé, les livres, la beauté des paysages, les chiens qui gambadent en forêt, l'automne et ses couleurs, les soupers entre amis. Les arts et les artistes tiennent une place de choix dans le livre. Il y a aussi de nombreuses références littéraires à des oeuvres ou des auteurs: Oscar Wilde, Virginia Woolf, Vita Sackville-West... Ces clins d'oeil sont habilement intégrés aux conversations ou aux réflexions des personnages.
Dès que le cadavre de Jane est retrouvé, l'inspecteur Gamache et d'autres policiers arrivent de Montréal pour installer à Three Pines un quartier général temporaire, afin de dénouer les ficelles de l'intrigue. On suit pas à pas Armand Gamache dans ses réflexions, jusqu'à ce que les choses finissent par être moins nébuleuses et que l'on comprenne pourquoi le crime a eu lieu. Ce n'est pas un roman d'action, mais plutôt un roman d'enquête et d'atmosphère. Un roman policier comme moi je les aime.
Les dialogues sont savoureux et on a l'impression qu'ils servent réellement l'histoire. L'intrigue est complexe et bien conçue. Je n'ai, personnellement, pas trouvé qui était le coupable avant la toute fin. J'aime aussi beaucoup la dualité concernant les francophones et les anglophones dont il est parfois question dans le livre. On sait que les Cantons de l'Est ont été colonisés essentiellement par des loyalistes britanniques et que cette région doit beaucoup à l'héritage anglais. L'auteur aborde quelque peu ce sujet dans son roman et je trouve qu'elle le fait bien.
En plein coeur est un polar merveilleux à lire au coin du feu, cet automne. C'est à découvrir! Vivement d'autres enquêtes de Louise Penny en français!
Quelques extraits:
"En vingt-cinq années passées à Three Pines, elle n'avait jamais, au grand jamais, entendu parler d'un crime. Si l'on verrouillait les portes, c'était uniquement pour empêcher les voisins de venir déposer chez soi des paniers de courgettes au moment de la récolte." p.10
"Une mort violente exigeait du Earl Grey. Regardant par la fenêtre tandis qu'il versait dans la théière l'eau bouillante dont quelques éclaboussures lui piquèrent la main, il vit l'inspecteur-chef Gamache assis, seul, sur un banc du parc du village. L'inspecteur semblait nourrir les oiseaux, mais ce n'était sûrement pas le cas. Il reporta sont attention sur l'importante tâche de la préparation du thé." p.54
"Même sous la pluie et le vent, Gamache voyait la grande beauté de la campagne. Les érables avaient pris des teintes orange et rouge foncé, et les feuilles abattues par l'orage tapissaient les bords de la route et de la ravine. De Williamsburg à Three Pines, la route, bien tracée, traversait un rang de montagnes en longeant les vallées et la rivière. C'était sans doute l'ancien chemin de diligence." p.128
"À mesure que les deux femmes longeaient lentement les bibliothèques, face à la cheminée, Myrna choisissait un livre ici et là. Clara avait des goûts très précis. C’étaient surtout des romans britanniques dont l’action se déroulait dans le cadre intime d’un village. Myrna pouvait passer des heures de bonheur à bouquiner. Elle pouvait se faire une assez bonne idée d’une personne en jetant un coup d’oeil à sa bibliothèque et à son panier d’épicerie." p.179
En complément:
À visiter, le très beau site de Louise Penny (en anglais). Il est à l'image de l'auteur et de ses romans.
La page d'accueil est par contre traduite en français.
Guillaume Renaud: Québec, 1759
Sonia Marmen
Éditions de la Bagnole
344 pages
Résumé:
Québec, 11 juillet 1759. Guillaume Renaud est le fils d’un militaire déshonoré à la suite d’une terrible injustice. Le garçon se retrouve mêlé à une histoire d’espionnage à la veille de la bataille des plaines d’Abraham et il compte bien utiliser les informations qu’il a recueillies pour venger la mémoire de son père. Quand la ville tombe aux mains des Anglais, Guillaume voit sa vie bouleversée. Exilé de force à la campagne, il s’engage sur des routes incertaines dans l’espoir de sauver le meilleur ami de son père, fait prisonnier par l’ennemi. Les mois qui suivent sont aussi difficiles pour les conquérants que pour les conquis. La beauté de ses sentiments pour Émeline Gauthier, sa meilleure amie, se dévoilent dans un dernier et spectaculaire mouvement romanesque.
Mon commentaire:
Les aventures de Guillaume Renaud sont d'abord parues en trois volumes format poche pour la jeunesse. Les éditions de la Bagnole ont eu la très bonne idée de rééditer cette série en un seul roman grand format. Guillaume Renaud devient alors un roman familial, au format qui peut plaire aux jeunes comme aux adultes. L'objet-livre est soigné, avec une couverture absolument magnifique dont l'illustratrice est Sybiline, une artiste dont j'ai déjà parlé sur ce blogue. Elle illustre beaucoup de couvertures dans le domaine de l'édition et j'aime énormément son travail.
La nouvelle édition de Guillaume Renaud reprend les trois mêmes histoires que dans les romans jeunesse: Un espion dans Québec, Il faut sauver Giffard et Périls en avril. Le roman est donc séparé en trois parties distinctes, chacune racontant une des aventures de Guillaume Renaud.
Un espion dans Québec
Guillaume Renaud est le fils d’un militaire déshonoré à la suite d’une terrible injustice. Le jeune garçon se retrouve mêlé à une histoire d’espionnage à la veille de la bataille des plaines d’Abraham. Il décide de prouver qu’il est le digne fils d’un homme courageux. Accompagné d’Émeline, sa meilleure amie, il traverse la ville bombardée avec un courage qui honore la mémoire de son père.
Il faut sauver Giffard
La ville est tombée aux mains des Anglais. Charles Giffard a été fait prisonnier et on craint même qu'il ne soit exilé! En compagnie de vaillants Sauvages, Guillaume Renaud s'engage sur des routes incertaines avec l'espoir de sauver son beau-père et ami. Un poing levé, une main tendue, le jeune héros n'écoute encore une fois que son courage!
Périls en avril
Les troupes françaises s’apprêtent à reprendre Québec. En effectuant une livraison en apparence banale, Guillaume est le témoin impassible des agissements d’Angus, le fifre écossais. Décidé à réparer les conséquences graves d’une erreur de jugement, il se lance dans une ambitieuse aventure. Pour sa patrie, mais surtout pour retrouver sa place dans le coeur d’Émeline, Guillaume met sa vie en péril. La quête de l’honneur et de la gloire est cher payée par les hommes, et les femmes qui les aiment.
Je pense énormément de bien de ce petit personnage plein de courage et de curiosité, créé par Sonia Marmen. Guillaume est un garçon sensible et avec de bonnes valeurs, qui évolue dans le Québec de 1759 où se joue plusieurs intrigues politiques et militaires. Tout en combinant roman d'aventures et roman historique, l'auteur nous fait découvrir une autre facette de notre histoire et des enjeux de l'époque. C'est bien écrit, accessible, tout en étant passionnant. L'histoire est conçue de façon à être lue par des jeunes, mais contient suffisamment d'éléments historiques et d'informations pour plaire au lectorat adulte.
Tout à fait le genre de livre à lire en famille, à partager et à découvrir!
En complément:
Le site web des éditions de la Bagnole qui offre toujours des publications ludiques et intéressantes.
Le site web de l'illustratrice de la couverture de Guillaume Renaud: Québec, 1759, Sybiline.





























