Petite-Étoile
Silvia Cramer
illustrations de Marie-Claude Roch
éditions Trampoline
32 pages
Résumé:
Au pays des elfes et korrigans, des gnomes, lutins et autres petites gens, se trouve la Bourgade-Enchantée. Les jours s'y suivent, paisibles et sereins, au gré des petits usages de chacun. Jusqu'au matin où Pouce-Poli, le maître jardinier, fait une découverte bien étrange dans un recoin de son jardin. Une découverte qui surprend, qui émerveille et qui enflamme l'imagination des habitants. Une découverte toute menue, qui apportera de grands bouleversements.
Mon commentaire:
Petite-Étoile est un album magnifique, aux illustrations enchanteresses. L'histoire raconte celle de Pouce-Poli, un jardinier, qui fait une étonnante découverte. L'univers autour de cette jolie histoire est à saveur fantastique, avec des elfes, des gnomes, des lutins. Les petits personnages sont d'ailleurs mignons comme tout et le souci du détail, tant dans les illustrations que dans le texte, est éblouissant.
Le texte est de qualité, tout en douceur et en poésie. Les auteurs ont su créer un monde où fleurit la tendresse et la curiosité. La façon dont est construite l'histoire de Silvia Cramer s'accompagne parfaitement bien des illustrations de Marie-Claude Roch, qui reprennent souvent un point de vue global, entourant tout le jardin. Visuellement, c'est très réussit, tandis que l'histoire est parfaite pour une lecture à haute voix.
Petite-Étoile est une jolie métaphore sur la différence, l'acceptation et l'amitié. Un petit album qui n'a que de belles qualités. À découvrir!
Un extrait:
"Ainsi, Pouce-Poli aime bien
réveiller lui-même son jardin;
il s'incline devant le vieux lilas,
dit bonjour aux frésias,
oui, du plat de la main, tapote la terre au pied du jasmin.
Pouce-Poli, en vérité,
est bien plus qu'un jardinier!
Il connaît la langue des fleurs,
leurs petites peines et leurs bonheurs.
Leur concocte mille recettes
de potions rares et secrètes
qui les rendent, chacun le dit,
les plus belles du pays!" p.10
En complément:
Le site web des éditions Trampoline, une petite maison d'édition qui offre de très jolis albums!
On peut aussi consulter un extrait de l'album sur le blogue de l'auteur.
Les voix de l'île
Annamarie Beckel
Guy Saint-Jean éditeur
186 pages
Résumé:
En 1542, lors d'une traversée en bateau vers la Nouvelle-France, Marguerite de la Roque de Roberval, une jeune noble française, s'éprend d'un pauvre soldat. Jean-François de Roberval, le commandant de l'expédition et responsable de la jeune fille, est si outré par le comportement scandaleux de sa nièce et le déshonneur qu'elle apporte à la famille qu'il décide de l'abandonner, avec sa dame de compagnie et son amant, sur l'île des Démons. Ce bout de terre inhospitalier, aride et sauvage, situé quelque part près de Terre-Neuve, porte bien son nom; l'enfer ne pourrait être plus cruel. Huit cent trente-deux jours se sont écoulés à l'arrivée des pêcheurs bretons qui recueillent Marguerite, le visage hâlé et les yeux éteints, pour la ramener en France...
Mon commentaire:
Personnage plutôt méconnu de l'histoire, Marguerite de la Roque de Roberval était une noble française, orpheline, prise en charge par son tuteur, son oncle Jean-François de Roberval. Vice-roi du Canada, Roberval s'embarque pour la Nouvelle-France en 1542. Avec lui, il amène Marguerite, quelques nobles et 200 criminels. Sur le bateau, Marguerite tombe amoureuse d'un jeune soldat, noble mais pauvre. Ce qui ne fait pas du tout l'affaire de son tuteur. Lorsqu'il constate que le jeune couple s'est lié, il abandonne sur une terre aride Marguerite, le soldat Michel et la dame de compagnie Damienne. Un sévère châtiment pour une jeune femme qui n'a connu qu'une vie paisible et la richesse de la cour.
Les documents sur Marguerite de Roberval sont assez rares, surtout en français. Après ma lecture j'ai eu envie de me documenter un peu plus, mais je n'ai moi-même pas trouvé grand chose sur cette femme. L'auteure, Annamarie Beckel, a principalement utilisé les travaux de Elizabeth Boyer (A Colony of One: The History of a Brave Woman) pour écrire son roman.
L'histoire qu'elle nous raconte commence seize ans après les faits. Marguerite est revenue en France amère et blessée. Elle vit pauvrement, dans une communauté d'Huguenots. Elle est seule. La semaine, elle fait la classe à un groupe de fillettes, à qui elle apprend la couture, le tricot et le latin. Un franciscain, cosmographe du roi, arrive chez elle et veut qu'elle lui raconte son histoire. Sous ordre du roi, elle se plie à cette épreuve douloureuse. Pour elle, Marguerite est morte. Elle raconte donc son histoire comme si elle parlait d'une autre femme.
Marguerite est hantée par ce qu'elle a vécu. Elle est hantée par les bruits de l'île, ces voix animales, endiablées, qu'elle entend. Par les corbeaux, aussi, qui sont partout. Par petites touches, elle entremêle le passé et le présent, elle fait le récit de moments clés de son aventure. Ceux-ci ressurgissent dans l'esprit de Marguerite alors qu'elle répond avec hésitation aux questions du franciscain, qui la perçoit comme une hérétique, une pécheresse.
L'écriture d'Annamarie Beckel est feutrée, intimiste. Le portrait qu'elle trace de Marguerite, son état d'esprit après les événements, est crédible. C'était une toute jeune femme lorsqu'elle a été abandonnée sur l'île. Elle venait de connaître l'amour, a connu la maternité dans des conditions abominables et a côtoyé la mort de trop près. Les détails sur lesquels se concentre le récit créent tout de suite l'atmosphère de l'île, mais aussi celle de la maison où vit maintenant Marguerite.
J'aime énormément ces romans qui puise dans l'histoire pour nous présenter des faits qui sortent de l'ordinaire. Le châtiment de Marguerite de Roberval était cruel. C'est un fait historique étonnant, qui ne fait pas du tout honneur aux hommes qui savaient où elle était et qui n'ont rien fait pour la secourir. C'est une femme hantée et surtout brisée par la folie des hommes qui a été retrouvée sur l'île. Elle s'est forgé une carapace au fil du temps pour se protéger, mais on sent qu'elle se laissera peut-être approcher dans le futur, ce que laisse suggérer le roman. Le travail de création de l'auteur autour de ce personnage me plaît car elle a su puiser dans les sentiments qui pouvaient animer Marguerite après son retour en France.
J'ai beaucoup aimé l'écriture de Annamarie Beckel. C'est très intimiste, avec une certaine sensibilité qui me plaît et qui donne de l'ampleur au personnage. Beckel a écrit trois roman dont seulement Les voix de l'île a été traduit. Je souhaite que ses autres roman soient un jour disponibles en français. Dancing in the Palm of his Hand a pour sujet la chasse aux sorcières, alors que All Gone Widdun traite des amérindiens de Terre-Neuve, deux sujets qui me semblent bien intéressants.
Quelques extraits:
"Je cligne des yeux et hoche la tête, mais je ne peux chasser les images de dos ensanglantés, d'un corps noirci flottant sur les vagues. Je m'agrippe à l'appui de la fenêtre et je fixe les circonvolutions du verre jusqu'à ce que j'arrive à remplacer ces images par de l'herbe et des pâquerettes blanches qui ondoient au vent." p.50
"Damienne et Marguerite [...] priaient pour apercevoir des voilures blanches plutôt que des banquises. Marguerite priait toujours, en français et en latin. La grâce de Dieu. Misericordia Deus. Dieu demeurait silencieux, en français et en latin. Le silence. Silentium." p. 117
En complément:
On suppose que l'Île des Démons où Roberval abandonna Marguerite, est en fait Harrington Harbour, situé en Basse-Côte-Nord. La petite municipalité offre même la visite de la grotte où Marguerite s'abritait pendant son séjour forcé sur l'île.
On peut consulter le site web de l'auteur, Annamarie Beckel (en anglais).
Minuit-Cinq
Malika Ferdjoukh
L'école des loisirs
100 pages
Résumé:
Minuit-Cinq a dix ans. Tout le monde l'appelle Minuit-Cinq. Même lui a oublié son vrai prénom, Antonin. C'est pareil pour sa soeur Bretelle et leur meilleur ami Emil. Tous les trois ont deux problèmes dans la vie : comment trouver à manger quand on n'a pas un sou ? Comment trouver un coin au chaud quand le vent glacial de Décembre balaie la ville de Prague ? Mais pour le moment, la grande affaire de ce Noël, c'est le collier perdu de la princesse Daniela Danilova. Elle a promit une belle somme d'argent à celui ou celle qui lui retrouvera. Nos trois vagabonds de la vieille ville se demandent s'il n'y aurait pas quelque chose à faire...
Mon commentaire:
Minuit-Cinq est un petit personnage très attachant, tout comme le sont Bretelle et Emil. Minuit-Cinq a un tatouage étrange depuis qu'il est bébé, ce qui lui a donné son surnom. Bretelle collectionne les jolis boutons de nacre qu'elle peut trouver et les cache dans la doublure de sa robe. Emil, quant à lui, élève trois souris française à qui il essaie d'apprendre des tours. Le trio tente de survivre dans les rues enneigées de Prague et la vie n'est pas facile. Nous sommes au XIXe siècle en République Tchèque. Les enfants des rues vivent dans les Bas-fonds et leur seule préoccupation est de trouver les dix sous requis pour dormir dans l'arrière-cour d'une taverne et quelque chose à se mettre dans le ventre pour survivre. Les enfants se chamaillent, Bretelle et Minuit-Cinq qui sont frère et soeur ne s'entendent pas toujours et chacun fait parfois à sa tête, dans son coin.
En cette veille de Noël, on annonce que la princesse Danilova a perdu son collier. Elle promet une récompense qui attire immanquablement le trio. Avec cet argent, ils pourraient avoir un vrai Noël. C'est alors qu'il arrive à Bretelle, une aventure inattendue...
Écrit comme un conte de Noël, Minuit-Cinq met en perspective la pauvreté versus la richesse. Les enfants découvrent que ce n'est pas parce qu'on est riche que tout va bien. Vol, corruption et mensonges se trament parfois dans les châteaux et les riches demeures. Ce n'est pas non plus parce qu'on est riche que nous sommes empathiques ou sensibles aux autres. Bretelle, Emil et Minuit-Cinq l'apprendront bien malgré eux.
Ce court roman est très bien écrit et offre une bonne intrigue, avec quelques aventures intéressantes. C'est une jolie petite histoire qui ne tombe pas dans la mièvrerie, mais qui met plutôt en lumière le courage d'enfants qui s'élèvent seuls, à la dure. L'histoire est rapidement mise en place, les personnages parfaitement vivants. La fin est inattendue, les enfants retrouveront un peu de lumière après les aventures qu'ils auront vécus. Minuit-Cinq, son nom et le tatouage qui lui a vallu ce surnom, est au centre de l'histoire et la clé du dénouement qui arrive comme une bonne surprise.
J'ai beaucoup aimé cette histoire, parfaite pour Noël. Le livre se lit comme un conte et le contexte ainsi que les personnages, sont particulièrement bien choisis. C'est ma première lecture d'un roman de Malika Ferdjoukh et je peux vous assurez que ce ne sera pas la dernière!
Un extrait:
"Pas d'étoiles au-dessus du pont de pierre ce soir-là. Non pas une seule... Mais un vent fou furieux ! Et glacial ! Et qui avait tranché d'un coup de hache la moitié de la lune!" p.7
Père Noël & Fils: décompte de Noël
De Groot & Bercovici
Série Père Noël et Fils t.3
Glénat
48 pages
Résumé:
On a parfois entendu dire que Père Noël c'est un boulot facile, avec à peine une nuit de boulot par an. N'importe quoi ! Parce qu'en réalité le Père Noël a des journées très occupées ! Il faut par exemple débarrasser le grenier des jouets non distribués des Noëls précédents, résister aux gaffes incessantes de Madame Noël, et raconter à son grand nigaud de fils – qui est surtout resté un grand enfant – les mille et un secrets des ancêtres de la famille Noël, alors qu'on ne rêvait que de lire son magazine préféré : Hotte Vidéo.
Mon commentaire:
Ce troisième tome de la série Père Noël & Fils joue sur les mêmes facettes d'humour que les précédents. On reprend quelques gags qui ont fait sourire dans les autres albums et certains reviennent continuellement. Ce troisième tome innove quand même en abordant la fête de Noël sous un autre angle: la naissance du Père Noël, version De Groot & Bercovici!
Les gags ont donc été remaniés pour coller aux Noël d'à travers les âges: le premier Noël préhistorique, le Noël Égyptien, etc. C'est absurde par moment, les blagues sont légères et visent un public plutôt vaste. On retrouve un peu dans cette série certaines choses qui ont fait la longévitié de certaines autres séries du même genre comme Léonard par exemple.
Père Noël & Fils n'offre pas des gags inoubliables, mais plutôt une petite pause de Noël pour sourire et passer un bon moment. C'est assez agréable et le contexte est propice à une lecture pendant les préparatifs des Fêtes. Si les tomes 1 et 2 se ressemblaient beaucoup, le tome 3 innove quand même en abordant la Fête sous un autre angle. Outre l'histoire du premier Père Noël, certains gags comme la retraite du Père Noël ou alors la venue d'un journaliste pour un reportage sur la jouetterie sont plutôt bien vus.
Une petite bd amusante pour se mettre dans l'ambiance de Noël!
Père Noël & fils: embûches de Noël
De Groot & Bercovici
Série Père Noël & fils tome 2
Glénat
47 pages
Résumé:
À bord de leur traîneau rempli de cadeaux ils fréquentent les grands de ce monde, du président des États-Unis entouré de gorilles idiots, à Fidel Castro qui rêve d’être roi à la place du roi d’une île paradisiaque. Le délire est total lors d’un voyage sur la planète Mars, les Martiens ayant bien droit eux aussi à la visite du PÉRE NOËL, où les jouets venus de la Terre ne font pas recette. Vous l’aurez compris, une fois encore la douce nuit de Noël n’a rien d’idyllique pour nos deux compères.
Mon commentaire:
J'ai découvert la série Père Noël & fils dès sa sortie en 2007. J'avais bien aimé le premier tome et je dirais que le second est dans la même veine.
L'histoire raconte la vie du Père Noël, qui travaille non pas seul, mais plutôt avec son fils. Les deux hommes ont a leur charge la confection des cadeaux et la livraison la veille de Noël. Ils vivent avec la Mère Noël, qui joue un peu trop bien le rôle de Dame de maison jusqu'à en être parfois harcelante. En plus de toutes leurs responsabilités, le Père Noël et son fils doivent gérer les comptes d'une jouetterie, se battre contre les lutins qui font des revandications syndicales et s'occuper du fisc!
Cette série de bd (qui compte trois tomes à ce jour) est construite avec des personnages récurrents, des gags qui se ressemblent un peu d'un album à l'autre. Le thème de Noël étant très intéressant, les auteurs réussissent quand même à nous offrir de bons moments de lecture. Ce n'est pas une grande bd, mais un peu de légèreté fait parfois du bien.
Une petite bd amusante, cocasse, aux gags parfois faciles, mais qui se lit parfaitement bien dans le brouhaha du temps des Fêtes. Rien de tel pour être dans l'ambiance tout en se donnant l'occasion de sourire un peu.
L'âme du minotaure
Dominike Audet
vlb éditeur
880 pages
Résumé:
En septembre 1941, Katharina Lindemann, une jeune Berlinoise qui travaille pour le docteur SS Karl Gebhardt, se rend à Prague où elle passe la nuit avec un homme dont elle ignore alors l'identité. Le lendemain, Katharina découvre qu'il n'est autre que le général SS Reinhard Heydrich, nouvellement nommé Protecteur du Reich à Prague et chef des services de sécurité. Commence alors une passion charnelle teintée de domination. Heydrich s'efforce toutefois de conserver la tête froide pour mener à bien sa tâche, l'élimination des Juifs d'Europe, tandis que Katharina s'abandonne à ses sentiments, car elle ignore l'ampleur et l'horreur de la mission de son amant. C'est par la voix de Katharina que l'auteure raconte cette relation troublante, jusqu'à l'attentat dont est victime Heydrich et ses funérailles nationales en juin 1942...
Mon commentaire:
Quel roman imposant! L'âme du minotaure est d'abord un sacré pavé pour un premier roman. Son sujet est tout aussi audacieux: raconter l'histoire d'amour d'une jeune femme avec l'un des personnages les plus terrifiants de la seconde guerre mondiale. La démarche de Dominike Audet est tout aussi impressionnante: des années de recherche, une panoplie de détails sur les lieux, les personnages et les événements, plusieurs voyages à Prague, Berlin et Munich pour visualiser les lieux, du travail d'écriture dans les endroits où se sont déroulés les événements historiques, et surtout, l'apprentissage de l'Allemand et du Tchèque pour faciliter ses recherches et ses contacts avec les gens. Je suis totalement admirative de la somme de travail qu'il y a derrière L'âme du minotaure.
Ce roman, c'est une histoire d'amour intense où la passion est au centre de tout mais aussi la violence, le mensonge et les secrets. C'est un roman dérangeant et passionnant tout à la fois. Si les premières pages m'ont laissée songeuse, j'ai réalisé rapidement que Dominike Audet avait fait un travail de maître et que j'étais complètement happée par son histoire. Les pages défilaient à toute vitesse. Si les pavés vous effraient, ne vous laissez pas rebuter par ce livre-ci: il en vaut vraiment la peine. Cependant, si vous avez envie de lire ce roman, ne lisez pas la quatrième de couverture. Elle dévoile, quant à moi, beaucoup trop de choses... Je l'ai réduite de moitié dans mon résumé.
L'histoire est construite de telle sorte qu'elle nous offre souvent deux points de vue différents d'un même événement. La forme du roman est parfaite et nous permet d'entrer dans l'intimité des personnages, comme si une bulle entourait Katharina et Reinhard et que tout autour d'eux, l'Histoire s'écrivait. L'auteure mêle bien les faits historiques à la fiction. La première partie est très proche des événements entourant la montée du nazisme. Naturellement, la relation entre Katharina et Heydrich est fictive, mais les événements qui l'entourent sont historiques. La seconde partie est en quelque sorte une uchronie sur ce qui aurait pu se passer.
Tout le long du roman, on laisse planer le doute sur les véritables activités des SS. Même si le lecteur d'aujourd'hui sait de quoi il s'agit, Katharina n'entend que des rumeurs et elle n'est pas dans le secret de ce qui se décide dans les bureaux ou pendant les réunions. Elle travaille pour des nazis, mais demeure quelque peu dans l'ombre. C'est une démonstration intéressante sur les raisons qui font que plusieurs personnes plus ou moins proches de l'organisation disaient ignorer la véritable teneur des décisions.
Le roman devrait plaire à ceux qui s'intéresse à cette période sombre et tragique de l'histoire. La relation entre Katharina et Heydrich laisse planer une sorte de malaise pour le lecteur. Heydrich est dépeint comme un homme à deux visages: il est Reinhard avec Katharina et il est le général Heydrich avec le reste du monde. Katharina connaît le Reinhard qu'elle aime dans l'intimité et repousse les mises en garde de son entourage face à ce sombre personnage. Comme l'auteur nous fait entrer dans l'intimité du couple, elle donne aussi un visage humain au personnage terrifiant qu'était Heirdrich. C'est troublant, dérangeant et en même temps, on avance dans le roman en étant fasciné par la relation qu'ont les personnages entre eux. Il y a quelque chose de malsain dans cette histoire d'amour, qui allie tant la passion dévorante que la violence la plus terrifiante.
Dominike Audet réussit un tour de force avec cette histoire. Elle nous présente un personnage terrifiant, celui qui a mit en place "la solution finale" et qu'on surnommait "le boucher de Prague" et elle réussit à nous attacher à lui. Katharina l'aime. Elle le déteste, parfois, mais il fait parti d'elle comme elle fait partie de lui. Elle le suivra jusqu'au bout.
L'âme du minotaure est un premier roman maîtrisé, un travail d'écriture colossal, qui semble couler de source tellement les faits historiques sont bien imbriqués dans l'intrigue. Un livre remuant pour le lecteur, qui ne laisse pas indifférent puisqu'il se déroule au coeur d'une des pires tragédies humaines de l'Histoire. Un roman qu'on n'oublie pas, entre passions, complots, trahison, violence et déchirements.
Une auteure à surveiller, assurément!
Quelques extraits:
"J'avais compris un autre principe d'importance: les hommes, quels qu'ils soient, ont besoin qu'on leur dise ce qu'ils doivent penser. Il ne s'agit que d'avoir le courage de s'élever au-dessus de la mêlée et d'être celui qui indique la direction à suivre. Tous emboîteront le pas à quiconque ne semble pas douter de lui-même. C'était d'ailleurs pour cette raison que tant de gens suivaient Hitler: il ne doutait de rien. La foi d'Adolf Hitler en lui-même était plus grande que celle du croyant en son Dieu." p.670
"Tout, absolument tout, n'est qu'illusion. L'illusion de la grandeur, du pouvoir, c'est par cela que nous sommes dirigés." p.724
"Si le destin était écrit à l'avance, si le plan de Dieu était aussi parfait qu'on le dit, jamais je n'aurais dû naître. Ma naissance signifiait que Dieu mettait volontairement sur terre un homme destiné à ordonner la mort de millions d'humains avec la même aisance qu'il commandait un verre d'eau dans un restaurant." p.805
En complément:
On peut visionner la bande annonce du roman ainsi qu'une vidéo où l'auteur explique pourquoi elle a choisi d'écrire sur Reinhard Heydrich.
Ma vie avec ces animaux qui guérissent
Victor-Lévy Beaulieu
éditions Trois-Pistoles
236 pages
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Résumé:
Dans Ma vie avec ces animaux qui guérissent, Victor-Lévy Beaulieu raconte son vécu «du bord des bêtes», des anecdotes, du vécu vrai, de l’échinement sur la terre rocheuse du rang Rallonge à Saint-Jean-de-Dieu à la fermette peuplée de bien bon monde qu’il a construite le long de la route nationale à Notre-Dame-des-Neiges. Superbement illustré, cet ouvrage s’adresse à des lectrices et des lecteurs de tous les âges qui auront grand plaisir à embarquer dans cette arche de Noé qui navigue sur la passion de toute une vie.
Mon commentaire:
J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour le travail de Victor-Lévu Beaulieu. Ses batailles, son écriture, son travail d'éditeur. Après avoir lu Ma vie avec ces animaux qui guérissent, je suis encore plus admirative. Son travail avec les animaux est merveilleux. Les bêtes l'ont beaucoup aidé dans sa vie personnelle et il entretient une relation exceptionnelle avec tous les animaux.
Ce livre magnifique nous amène sur les pas du petit Lévy, alors que déjà enfant il aimait les animaux, alors qu'il vient d'une famille qui, comme plusieurs à l'époque, percevait les animaux comme du bétail pour le travail ou la boucherie. Déjà, sa perception est tout autre. Monsieur Beaulieu nous raconte ses premiers pas dans le monde des fermiers, jusqu'à l'acquisition de sa ferme et du travail qu'il accomplit avec les animaux. Si eux lui apportent beaucoup, on peut dire que Victor-Lévy Beaulieu est aux petits soins pour eux, tout en leur laissant la possibilité de vivre leur vie animale, au grand air. Les anecdotes avec toutes sortes de bêtes, des chats en passant par les chevaux, les chèvres, les oies, les moutons, les chiens se lisent comme une bonne histoire, presque comme un roman. On l'écoute nous parler de ces bêtes qu'il aime, avec attention, respect et curiosité. L'écrivain a une sensibilité palpable lorsqu'il parle de ses animaux, sensibilité qui se communique au lecteur.
Le livre est remplit de photos, certaines issues des archives, d'autres personnelles à l'auteur. De beaux portraits de ses bêtes complètent le volume et l'on peut percevoir la personnalité de chacune à travers les éclairantes photographies de Christian Lamontagne. Elle nous permettent d'entrer dans l'intimité de Victor-Lévy Beaulieu, d'apercevoir sa relation privilégiée avec ses bêtes.
Victor-Lévy Beaulieu perçoit les animaux un peu de la même façon que moi. Son livre regorge d'informations de toutes sortes. Plusieurs beaux passages sont mémorables, certaines anecdotes sont étonnantes et j'ai été fascinée d'apprendre que l'auteur avait une collection de volumes anciens de médecine vétérinaire dans lesquels il puise parfois des idées plutôt intéressantes pour soigner ses bêtes! Comme par exemple, dans un guide du XIXe siècle, on préconisait le sirop d'érable pour activer les glandes des chèvres, afin qu'elles produisent des anticorps!
Victor-Lévy Beaulieu a vraiment le talent pour raconter. Son livre est un conte animalier, une relation unique avec les bêtes qui met un peu de baume au coeur quand on constate qu'encore aujourd'hui, des tas de gens utilisent les animaux comme des objets.
Un livre à offrir aux passionnés d'animaux. Un volume magnifique, qui me donne encore plus envie d'avoir une ferme.
Quelques extraits:
"Aller lever les oeufs au petit matin, pieds nus dans la rosée, c'est un grand plaisir de commencement du monde. Peu importe ce qu'il peut se passer par après, cette première heure-là éloigne les mauvais esprits de la terre, des eaux et du ciel." p.54
"Ce qui me passionne chez les bêtes, c'est qu'elles vous forcent à rester curieux." p.221
"Alors qu'il est si difficile d'obtenir cette harmonie chez les différentes ethnies qui peuplent la planète, ça ne demande qu'un peu de patience pour que cohabitent des animaux de toutes espèce, et peu importe où ils se situent dans l'échelle de l'évolution: s'ils ont suffisamment à boire et à manger, ils acceptent volontiers de partager leur territoire, et les plus forts parmi eux n'hésiteront pas à prendre la défense des plus faibles quand ils sont menacés." p.234
Un porc-épic dans un sapin
Helaine Becker
illustrations de Werner Zimmermann
Scholastic
32 pages
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Résumé:
Quatre élans brailleurs, trois castors bruns, deux caribous et un porc-épic dans un sapin... Célébrez Noël en chantant cette adaptation amusante des Douze jours de Noël. Vous rencontrerez des écureuils balayeurs, des cornemuseurs, des joueurs de hockey, des campeurs et bien plus encore!
Mon commentaire:
Vous connaissez la chanson Les douzes jours de Noël? Twelve Days Of Christmas est une chanson populaire dans les pays anglophones. C'est une comptine racontant les cadeaux reçus d'un amoureux pendant les douze jours de Noël. La liste des cadeaux est chaque fois répétée, allant d'une perdrix dans un poirier, jusqu'à des cygnes, des tambours, des danseurs, etc.
Un porc-épic dans un sapin reprend la chanson des Douze jours de Noël, à la sauce canadienne. La perdrix dans le poirier est remplacée par le porc-épic dans un sapin et les divers cadeaux nous sont encore plus familiers: des caribous, des castors, des coupes d'argent (qui ressemblent étrangement aux coupes Stanley!), des balayeurs au curling, des joueurs de hockey, pour ne nommer qu'eux!
L'album est vraiment très très drôle! Les personnages sont expressifs à souhait et chaque fois qu'un nouvel élément arrive dans la page, ceux qui sont là l'observent de façon tellement curieuse et amusante qu'on ne peut s'empêcher de rire! Plus la chanson avance, plus les pages se remplissent et plus les personnages font des bêtises. Les chiens de traîneaux se sauvent avec les beignes des gendarmes, les joueurs de hockey font tout pour attraper une coupe Stanley, les élans n'arrêtent pas de chanter, les écureuils jouent au curling avec des noisettes et le porc-épic observe le tout, installé bien calmement au sommet de son sapin!
Loufoque, expressif, amusant, c'est un album parfait pour redécouvrir d'une autre façon ce chant classique anglais du temps des Fêtes et surtout, célébrer à notre façon! L'humour est dans les détails et plaira aux petits comme aux grands! Les illustrations sont jolies et amusantes. Bref, un coup de coeur pour cet album original et plein d'humour!
En complément:
On peut trouver les paroles de la chanson originale en anglais, sur Wikipedia et en français sur ce site du temps des fêtes.
Les pensionnats indiens au Québec, un double regard
Gilles Ottawa
Éditions Cornac
138 pages
Résumé:
Les pensionnats indiens du Québec sont dans bien des esprits synonymes de détresse et d’abus en tous genres. Il est vrai que sous la férule de religieux peu moraux, ces établissements n’ont pas seulement séparé des enfants de leur famille, mais ont aussi été le centre d’exactions psychologiques et physiques aberrantes. Ce qu’on oublie souvent, par contre, c’est que ces pensionnats ont également été à l’origine de l’émergence d’une culture mixte et, il faut l’admettre, d’une nouvelle génération de jeunes éduqués devenus depuis chefs de leur Nation ou encore cols blancs dans le secteur publique. Bref, tout n’est pas noir ou blanc, à l’image des recherches et des photographies inédites ressemblées par l’historien atikamekw Gilles Ottawa. Ce dernier nous invite dans cet ouvrage à redécouvrir le quotidien des pensionnaires et à poser un oeil neuf sur une époque qui a constitué une étape cruciale dans l’histoire des Premières Nations du Québec.
Mon commentaire:
Ces dernières années, quelques ouvrages sur les pensionnats indiens ont été publiés. Ces pensionnats ont été créés pour l'assimilation des Amérindiens à la culture blanche. C'est à partir de 1870 que le gouvernement a commencé à s'intéresser de plus près à la question amérindienne et à intervenir auprès des familles. En voulant offrir l'instruction aux jeunes, le gouvernement a séparé plus de 150 000 enfants autochtones de leurs familles. Les pensionnats Indiens ont fait des ravages dans la communauté et ont commencés à être fermés dans les années 1970. Le dernier pensionnat ferme ses portes en 1990, ce qui est tout de même assez récent.
L'auteur de ce très bel ouvrage, Gilles Ottawa, a été scolarisé au pensionnat de Pointe-Bleue, de 1965 à 1969. Son livre se veut un double regard sur les pensionnats: celui de l'historien et celui de témoin. L'ouvrage est vraiment intéressant. Remplit de photos d'archives, il fait fait vivre les pensionnats indiens du point de vue historique et social et nous offre des témoignages de survivants.
C'est véritablement à partir des années 1920 que le surintendant général des affaires indiennes du Canada prend en charge la question des Autochtones en forçant les enfant de cinq à quinze ans à s'inscrire dans les pensionnats indiens. Les plus âgés pouvaient "vendre" leur identité autochtone au gouvernement, afin d'être affranchis du statut d'indien et pouvoir accéder aux études supérieures et aux même droits que les blancs. C'est ahurissant de constater à quel point ces mesures pouvaient être largement acceptées et appliquées.
L'ouvrage de Gilles Ottawa est vraiment intéressant car il offre un tour complet de la question des pensionnats indiens. Qui étaient les pensionnaires? Comment fonctionnait le placement en pensionnat? Le voyage? Le quotidien? La nourriture? Quelles activités les pensionnaires étaient-ils autorisés à pratiquer? Le volume nous offre des anecdotes et des témoignages. Si le rôle des pensionnats était d'instruire, la façon d'y parvenir était déficiente. En ridiculisant les coutumes ancestrales des autochtones, on ouvrait la porte à l'intimidation, à la violence, aux abus, au déracinement et à la honte. Certains ont toutefois eu la chance de vivre le pensionnat de façon plus sereine, en apprenant une nouvelle langue et en se voyant offrir une scolarité qui leur a ouvert des portes par la suite. C'est d'ailleurs les points positifs qui ressortent le plus dans les différents témoignages.
Le volume est complété par des informations sur la question amérindienne et sur les faits historiques importants. Si le gouvernement a fait ses excuses et dédommagé les pensionnaires, il reste encore beaucoup à accomplir pour rétablir la paix dans les communautés autochtones du pays.
Un volume très éclairant, émouvant et intéressant, qui aborde les pensionnats indiens sous plusieurs aspects. À lire.
Emily the Strange: les jours perdus
Rob Reger
série Emily the Strange tome 1
Michel Lafon
230 pages
Résumé:
Emily est frappée d’une vilaine amnésie et ne se rappelle même plus son prénom. Chassée par les policiers de la décharge de Blackrock, elle trouve refuge dans le café El Donjon tenu par Raven, une fille-du-zinc on ne peut plus bizarre... Là-bas, elle fait la connaissance de joueurs de Calamity poker (qui peut comprendre les règles de ce jeu ?), de passage en ville, qui semblent lui cacher des choses. Le monde se serait-il détraqué à son réveil? Dans ce journal, elle rassemble tous les indices qui pourraient la mener à sa véritable identité. Pour l’instant, la seule chose qu’elle sait c’est qu’elle aime le noir et les chats. Être étrange n'est pas un crime. Rejoignez le club!
Mon commentaire:
Emily the Strange est un personnage qui a d'abord été créé pour des t-shirts et d'autres articles du genre. La petite fille à la mine boudeuse, gothique et vêtue en noire de la tête aux pieds devient populaire et des comics books puis des livres sont écrits. Les aventures d'Emily the Strange sont maintenant disponibles en français.
Le premier tome intitulé Les jours perdus, nous amène dans un univers déjanté et très étrange. Emily débarque à Blackrock et ne se souvient de rien. Pourtant, certaines personnes la reconnaissent. Tout le monde est très bizarre et Emily se retrouve à travailler dans un café, El Donjon, où elle répare les machines à café en échange de sandwichs. Elle vit dans un carton à frigo, derrière le restaurant, avec quatre chats noirs et elle tient son journal. C'est ce journal que nous lisons, en essayant de comprendre avec Emily (qui se fait appeler Earwig car elle ne se souvient pas de son nom) ce qui lui est arrivé.
Le roman est visuellement très attrayant. Presque carré, les pages du début sont noires, le roman est remplit de croquis, d'images de collages, de plans, de polaroïds que prend Emily et de ce qu'elle voit et qui l'entoure. Les illustrations sont très éclatées, toujours en noir, blanc et rouge, avec des chats partout. C'est assez amusant car chaque page nous apporte de nouvelles informations sur la conditon d'Emily. Comme Emily est amnésique, l'histoire ressemble à un casse-tête dont les pièces sont toutes mélangées. Au fil des pages, les morceaux se regroupent pour former une intrigue fort originale.
Au début du roman, je dois avouer que je me demandais bien où l'auteur nous amenait. Je trouvais qu'Emily tournait un peu en rond. Rapidement, j'ai cependant été complètement happée par les aventures d'Emily. Il se passe tellement de choses dans ce livre et les personnages sont tous plus bizarres les un des autres! L'intrigue prend toutes sortes de direction avec l'apparition de personnages et d'objets pour le moins étranges... La vie d'Emily est tout, sauf banale!
J'ai donc beaucoup aimé l'univers d'Emily the Strange justement parce que son monde est complètement décalé. Emily the Strange est étrange, sombre, elle aime faire des listes et nous en partage beaucoup tout au long de son journal. Je me suis prise d'affection pour ce personnage bizarre, qui revendique le droit d'être différente (et qui ne s'en prive pas). On peut en dire autant cependant de tous les personnages de Blackrock! La rencontre d'Emily avec certains d'entre eux (comme Molly, Jakey ou Raven) laisse présager d'autres aventures pour la suite!
Vivement le tome 2!
En complément:
On peut lire un extrait du livre sur le site de l'éditeur.





























