Crictor
Tomi Ungerer
L'école des loisirs
30 pages
Résumé:
Il était arrivé par la poste. C’était le cadeau que son fils, explorateur en Afrique, envoyait à Madame Bodot pour son anniversaire. Ça, un cadeau, un serpent ? Oui, car Crictor n’était pas un vulgaire serpent. Bien soigné, bien nourri, bien élevé, il devint capable de prodiges. Quand il apprenait à lire et à compter, il formait les chiffres et les lettres avec son corps. Il servait de jeu aux enfants. Mais son plus bel exploit était encore à venir. Car un cambrioleur hantait les rues de la petite ville...
Mon commentaire:
Crictor est un très bel album. D'abord, l'objet est vraiment beau. Tout en vert, la tranche est en tissu, accompagnée d'une couverture cartonnée. Les illustrations de l'auteur sont fines et justes. Elles sont assez peu colorées, seuls les rouges et les verts ressortent sur les images. Le résultat est très joli.
L'histoire raconte celle de Madame Louise Bodot, une vieille dame raffinée, qui reçoit en cadeau de son fils basé en Afrique... un serpent! La surprise passée, elle en fait son animal de compagnie et le traite comme son enfant. Le serpent est nourrit au biberon, il a sa propre chambre, est bien vêtu en hiver pour ne pas attraper froid et va même à l'école! Une page du livre présente même un alphabet-serpent!
Tomi Ungerer joue beaucoup avec l'humour, un humour raffiné, à l'image de ses illustrations en longueur. J'aime particulièrement les pages qui présente des illustrations de Crictor à la terrasse avec Louise en train de siroter une limonade ou alors, l'hiver, emmitouflé jusqu'au nez, en suivant Louise dans une immense congère! L'album s'attarde principalement sur la vie de Crictor: ses amis garçons et filles, sa vie quotidienne, son bon coeur, son envie d'aider les autres. Mais c'est lorsqu'un cambrioleur sévit dans la ville que Crictor démontre à quel point il peut être brave et héroïque!
Crictor est un album amusant qui raconte l'histoire plutôt loufoque d'un serpent, de son enfance jusqu'à l'âge adulte. Sa vie est partagée entre l'école, les salons, la lecture et les jeux. Madame Louise lui enseigne les chiffres et l'alphabet. Son entourage l'adopte rapidement et il vit normalement, parmi les humains.
Le concept de cet album me plaît beaucoup. Un brin aristocratique, il est présenté comme un album de vie et Crictor est un gentil serpent. L'auteur redonne sa place à un animal plutôt mal aimé et il nous le rend très attachant!
Une belle découverte!
À partir de 5 ans.
Hadassa
Myriam Beaudoin
Bibliothèque Québécoise
228 pages
Résumé:
Une jeune femme, professeure de français dans un établissement pour écolières juives orthodoxes, découvre tout au long de l’année scolaire un monde à part, enveloppé de mystère et d’interdits, mais séduisant et rassurant. Au fil des conversations chuchotées avec les jeunes élèves, dans un franglais parsemé de yiddish, dans l’apprivoisement, dans la surprise et dans l’inconfort de la différence, se détache alors le visage d’une enfant boudeuse, rêveuse, fragile prénommée Hadassa. Le choc des cultures peut-il être un choc amoureux? Oui, puisque se tisse en parallèle une histoire d’amour entre un jeune épicier récemment immigré de Pologne et une Juive mariée, effrayée par la violence de ses sentiments. Hadassa est le roman du respect et de l’ouverture. Myriam Beaudoin confronte en douceur les valeurs de l’Occident et celles d’une culture millénaire qui fait tout pour préserver les siennes, y compris se refermer sur elle-même.
Mon commentaire:
Hadassa est une petite fille de onze ans, aux yeux noirs et aux cheveux en broussaille. Hadassa est juive. Elle vit dans le quartier juif hassidique de Montréal, dans une communauté très religieuse, qui suit à la lettre les coutumes et les commandements de son peuple. C'est par elle principalement, que Alice, enseignante de français dans un collège privé, abordera la vie et les coutumes de ce peuple vivant en vase clos avec ses règles et ses prières. Comme elle le dit elle-même: "C'est un pays dans mon pays."
Alice aborde les règles des juifs, leurs secrets et leur mode de vie de façon respectueuse, avec une ouverture d'esprit et une certaine curiosité. Pendant une année, elle vivra au rythme des ouvrages censurés, des jupes longues et des vestons boutonnés jusqu'au cou, des interdictions, des règles et des différentes célébrations suivies à la lettre par les familles. Par moments, elle s'imagine être juive, elle aussi. Vivre avec son mari, une ribambelle d'enfants, nettoyer la maison, manger kasher. Elle essaie de comprendre ces femmes qui sont un vrai mystère pour elle. Elle pose un oeil critique, un autre oeil sur leurs vies, mais toujours avec humanité, sans juger. Son regard est émouvant, touchant par moment, frais, différent. Entre l'incompréhension, l'étonnement et les questionnements, l'année s'écoulera trop vite, mais restera marquante pour Alice.
Parallèlement dans le même quartier, Jan un nouvel arrivant au pays, travaille dans une petite épicerie. Un jour, il rencontre Deborah, une juive hassidique. L'attirance entre les deux est indescriptible. L'auteur a su rendre toute la puissance de leurs rencontres fébriles, interdites, parfois difficiles. Le lecteur ressent leur urgence de se voir, même si ce n'est que quelques minutes, l'interdiction des mots échangés, la peur d'être aperçu par un juif qui passerait par là. Deux mondes séparent Jan et Deborah. Leurs rencontres sont de vraies tortures, mais ils ne peuvent s'en passer. Des rencontres touchants, où un frôlement, un regard, devient tout ce qu'ils ont. On ressent l'intensité de ces minutes passées ensemble, la difficulté pour eux de concilier leurs univers bien différents.
Hadassa est une plongée dans la culture d'un peuple fortement religieux, d'un quartier de Montréal qui est juste à notre porte, où évolue tout un monde qui nous est inconnu. Pour Jan et Alice, leurs contacts avec ce peuple juif hassidique aura une grande incidence sur leurs vies. Leurs histoires, qui prennent racine dans le même quartier, se croisent et s'entrecroisent pour finalement n'en former qu'une seule.
Un livre qui m'a émue, touchée et qui pousse à la réflexion. Hadassa est une petite porte entrouverte par laquelle s'infiltrer, doucement, pour entrer dans un monde totalement différent du nôtre, frôler les "secrets des juifs" du bout des doigts et ressortir sur la pointe des pieds, changé.
À lire.
Quelques extraits:
"C'était réellement jour d'été en plein mois de septembre. Le trottoir se zébrait d'ombres et de soleil. Jan salua Rafaëlle, rencontra un nouveau-né, deux bicyclettes, et une robe à pois avant d'atteindre la célèbre et commerçante rue Saint-Viateur, maîtresse du Mile End. Ça sentait les bagels, le café italiens, les roulés au pavot du Déli, et le bonheur du dimanche." p.22
"Les consignes étaient formelles, il était interdit aux professeures chrétiennes engagées par le ministère de discuter en classe de la passion, de la reproduction, des médias, d'actualité, des programmes télévisés, des croyances religieuses, des films et des chanteurs, de la violence ou du drame, de la mort, et de tout événement historique ou scientifique qui date de plus de six mille ans. Or, personne n'avait interdit de faire découvrir le monde des livres. J'invitais mes élèves à lire pour ressentir, à lire pour s'évader, à lire pour aimer lire." p.59
"Une enfant de onze ans, et devant elle, les six cent treize commandements de la Torah." p.62
Délinquants, juges et bourreaux en Nouvelle-France
André Lachance
Libre expression
240 pages
Résumé:
Dans Délinquants, juges et bourreaux en Nouvelle-France, André Lachance propose un voyage à travers les archives criminelles de la justice royale de la Nouvelle-France. On y apprend comment se rendait la justice et par qui étaient exécutées les condamnations à des peines capitales comme la pendaison ou la roue, et à des peines corporelles, tels le fouet, la marque au fer rouge ou le carcan. On y rencontre ceux et celles qui subissaient ces châtiments mais aussi ceux qui les appliquaient. Au hasard des récits racontés par les témoins et les accusés, on découvre l'ordinaire de la vie quotidienne des petites gens, des précaires. On les voit luttant contre la faim, la violence, la haine et surtout l'injustice, dont ils étaient trop souvent victimes.
Mon commentaire:
Comment était la justice en Nouvelle-France? Les peines étaient-elles justes? Les bourreaux étaient-ils cruels? À quoi servaient les prisons? Et la flétrissure? C'est un peu à toutes ces questions que répond l'excellent vulgarisateur et historien spécialiste de la Nouvelle-France, André Lachance. C'est en parcourant les Archives nationales du Québec que l'auteur a récolté anecdotes, affaires et procès criminels qu'il nous partage dans cet ouvrage. Accompagnées de nombreuses gravures, les différentes affaires sont classées en plusieurs parties:
Transgresser
Cette première partie relate les crimes de l'époque: violences verbales, duel, meurtre, vol,prostitution, fausse monnaie, blasphème et même un cas très intéressant de sorcellerie! En Nouvelle-France, l'analphabétisme était très élevé et c'est la parole et l'honneur qui primait. Ce qui pouvait donner lieu à de l'incompréhension ou à des querelles allant jusqu'au duel et même, à la mort.
Juger et punir
Cette seconde partie nous parle de la façon dont se tenaient les procès en Nouvelle-France, comment étaient traitées les plaintes et la façon dont se déroulaient les interrogatoires. On apprend également comment était rendue la sentence.
Exécuter
Cette troisième partie du livre s'attarde sur l'application de la sentence: peine capitale, tortures, amendes honorables, peines corporelles et infamantes. On parle également du travail du bourreau, un travail très peu honorable, qui entachait alors toute la famille et les connaissances du maître des hautes oeuvres. Cette partie est tout à fait passionnante! Une liste des bourreaux nous est présentées avec des informations sur leur travail et leurs familles. Plusieurs d'entre eux sont morts dans l'exercice de leurs fonctions, d'autres étaient d'anciens criminels repentis, puisque personne ne voulait de ce travail.
Enfermer
La dernière partie nous parle du rôle des prisons en Nouvelle-France. Perçue bien différemment des prisons d'aujourd'hui, elles étaient des lieux d'attente plutôt que de sentence. C'était aussi des endroits où la vermine, le froid et les mauvaises conditions de vie étaient légion.
Pour chacune des parties, des anecdotes issues des archives illustrent le propos de l'auteur. On apprend toutes sortes de choses sur nos ancêtres et sur la façon dont la société se faisait justice au XVIIe et XVIIIe siècle. Les archives cependant, ne livrent pas tous les secrets. Certaines affaires captivantes restent malheureusement en suspens. C'est le risque encouru lorsque l'on fouille dans les archives passées. Toutefois, en général, les criminels et les justiciers de la Nouvelle-France ont laissé de bonnes traces de leur passage dans les annales criminelles et c'est avec curiosité que l'on se plonge dans ces vestiges de notre passé.
Ce qui est le plus intéressant des procès et des affaires criminelles de l'époque ce sont les traces laissées par les compte-rendus, les procès, les témoignages et les listes d'objets. Grâces à ces notes judiciaires, on peut suivre le passé de nos ancêtres, avoir une image assez précise de leur aspect physique, connaître ce qu'ils mangeaient, comment ils s'habillaient, la façon dont ils vivaient et s'amusaient, ainsi que les valeurs auxquelles ils tenaient.
La justice en Nouvelle-France me donne l'impression d'être parfois un jeu de hasard. Certaines peines étaient plus sévères que d'autres pour le même crime, alors que les nobles réussissaient souvent à s'échapper et à disparaître mystérieusement... Toutefois, les peines appliquées en Nouvelle-France me semble par moments moins sévères que celles qui étaient appliquées dans la mère patrie, en France.
Un ouvrage intéressant pour son aspect criminel et judiciaire, mais aussi très éclairant sur la façon dont vivaient nos ancêtres. Une lecture enrichissante!
Un extrait:
"La mémoire du passé est comme l'eau pour les plantes, elle permet à nos racines de vivre et de grandir." p.9
En complément:
Une vidéo très intéressante où l'historien André Lachance nous parle de son livre et de la justice en Nouvelle-France.
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Au plaisir de vous y retrouver!
Le carrousel
Jennifer Tremblay
Les éditions de la Bagnole
70 pages
Résumé:
Alors qu'elle prend la route pour aller au chevet de sa mère mourante, la narratrice interpelle l'âme de Marie, sa grand-mère morte, et lui pose la question qui l'obsède : "Pourquoi cette grille qui se refermait sur ma mère se referme-t-elle encore sur moi?" S'amorce une quête, dans un dédale de souvenirs, tissés dans sa mémoire par les exigences d'Éros et de Thanatos. Ainsi se construisent et se déconstruisent les certitudes d'une femme marquée par un paysage impitoyable. La joie l'emporte pourtant, envers et contre tout, dans un dernier tour de carrousel.
Mon commentaire:
J'ai pratiquement tout lu de Jennifer Tremblay. J'aime énormément sa façon d'écrire. Ses livres, souvent à mi-chemin entre le roman, le théâtre et le récit, scandent les mots. Son écriture est dépouillée pour ne garder que l'essentiel: des mots qui portent droit au coeur, à l'émotion, au trouble. Car l'écriture de Jennifer Tremblay me trouble toujours beaucoup. J'ai le sentiment de la suivre aveuglément, au hasard, sans savoir où je vais. J'ai l'impression de retenir mon souffle à chaque page. Son oeuvre est un coup de poing et j'en ai pour des jours à penser à ses textes, à y revenir, longtemps après avoir tourné la dernière page. Pour moi, c'est une auteure majeure de notre littérature, qui va où personne ne semble être allé avant elle. Et j'aime ça.
Le carrousel est un très court récit qui parle de la famille et du lien mère-fille principalement. La narratrice parle également de ses propres enfants et de l'histoire familiale. Surtout de sa mère et de sa grand-mère. De l'héritage que nous laisse ceux qui passent avant nous. Ici, ce sont surtout les femmes qui sont au coeur de l'histoire. Les aïeules ont souffert. Elles ont des secrets profondément enfouis. Elles n'ont pas eu la vie facile. Les hommes sont plus effacés mais leur présence pèse parfois lourd dans le coeur des femmes. Ils ont apporté des joies comme des peines. Ce que l'on découvre entre les lignes est violent, triste, plein d'impuissance.
La narratrice vit par procuration, l'espace d'un instant, le passé de sa famille. Elle-même mère de garçons, elle espère être différente de celles qui l'ont précédée, elle espère faire mieux et que ses enfants connaissent plus de joies que de peines. Chaque chapitre est un tour de carrousel. Il y en a trente. Trente tours pour revisiter toute l'histoire familiale.
Le carrousel est une sorte de suite à La liste, paru il y a quelques années. Les deux récits traitent de sujets difficiles et les deux sont des livres qui marquent et que l'on n'oublie pas. Ces récits sont d'étonnantes petites plaquettes qui sont pourtant très marquantes. L'imaginaire et les thèmes abordés dans les livres de Jennifer Tremblay sont riches, intelligents, dérangeants et émouvants. C'est une auteure qu'il faut lire.
Un extrait:
"Les femmes ne sont des femmes qu'en surface mes fils.
Elles restent.
Dans le noir.
Derrière les portes.
Sous leur lit. Des petites filles effrayées.
Soyez attentifs.
Mes fils.
Soyez ces hommes que les femmes espèrent connaître." p.80
Maisons d'écrivains américains
J. D. McClatchy
photographies de Erica Lennard
Éditions du Chêne
223 pages
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Résumé:
La littérature américaine est l'une des plus appréciées et populaires du monde. Des auteurs tels que Ernest Hemingway, Herman Melville, Mark Twain, William Faulkner comptent des millions de lecteurs. Fidèle au concept de la collection, Maisons d'écrivains américains permet de comprendre l'étroite association entre les auteurs, leurs oeuvres littéraires et leurs demeures. Leurs habitats reflètent souvent leur style, leurs goûts, leur mode de vie, leurs engagements esthétiques ou encore leur représentation au monde.
Mon commentaire:
Ayant toujours eu un grand intérêt pour la littérature américaine (elle fût un temps mon champ d'études), j'ai pris un immense plaisir à la lecture de Maisons d'écrivains américains. C'est d'ailleurs un très grand coup de coeur pour moi.
Cet ouvrage de grande qualité nous mène sur les traces des écrivains américains classiques et de leurs lieux d'inspiration. Poètes, conteurs, romanciers, dramaturge, ils sont tous présents, de Kate Chopin à Nathaniel Hawthorne en passant par Henry Wadsworth Longfellow, William Faulkner, Mark Twain, Flannery O'Connor, Edith Wharton et bien d'autres. Découvrir les écrivains par leurs lieux d'habitation c'est aussi découvrir une partie de leur âme, de leur vécu. Le volume sur papier glacé est rempli de photos magnifiques. La photographe Erica Lennard a su rendre l'atmosphère intime des habitations en utilisant essentiellement la lumière naturelle des lieux. Les photographies démontrent l'âme des maisons et donnent le sentiment que l'écrivain y était une minute avant la prise de la photo. Les commentaires qui accompagnent les photographies sont très pertinents et éclairés. Outre la biographie succincte de l'auteur, ils nous offrent des informations sur le mode de vie des habitants, sur leur famille, leur travail et des anecdotes amusantes sur la maison ou sur les différents écrivains.
Si la maison est le lieu d'inspiration de la plupart des écrivains, certains destins qui y sont reliés sont particulièrement émouvants. Les maisons n'accueillent pas juste la joie et le bonheur. Les portraits de ces écrivains sont très touchants. Intimistes, ils nous font voir l'âme humaine des hommes et des femmes qui ont laissé un héritage littéraire important aux États-Unis. On en apprend sur leur quotidien, leurs luttes, leurs espoirs, mais aussi sur des considérations plus pratiques comme la façon d'entretenir leur maison et l'usage des pièces à l'époque.
Maisons d'écrivains américains présente un intérêt historique autant que littéraire. Chaque portrait d'écrivains est un regard sur le travail de toute une vie. Des photographiques d'époque, lorsque disponibles, complètent chaque portrait. On voit l'auteur ou sa famille devant la maison ou dans une des pièces, en train de travailler. Tout l'intérêt de ce volume réside dans les petits détails et les anecdotes. Par exemple, saviez vous que William Faulkner écrivait parfois sur les murs de sa maison? Que Nathaniel Hawthorne et sa femme ont gravé deux carreaux d'une fenêtre de leur bureau à la pointe d'un diamant? Que Robinson Jeffers a construit sa maison en amenant une à une les pierres dans une brouette? Que Frederick Douglass a conservé intacte la chambre de sa première femme même après s'être remarié? Que Edith Wharton écrivait dans son lit? Que Robert Frost a tiré au sort le lieu de son déménagement? Que la poétesse Edna St Vincent Millay avait sur sa propriété quantité de portes qui ne menaient nul part? Ou que le père de Louisa May Alcott a construit de ses mains, sur son terrain, une petite université d'été? Découvrir les passions, les petits travers, les lieux de vie des écrivains est tout à fait réjouissant.
L'ouvrage offre en fin de volume des informations pratiques sur les maisons. On peut y voir la suite des transactions et acquisitions des maisons au fil des ans après le passage de l'écrivain. On nous offre aussi les adresses pour les visiter ainsi que des sites web. Une bibliographie sélective complète le livre. Une petite précision sur les écrivains que l'on retrouve dans le volume. Si je connaissais la plupart d'entre eux, certains, surtout les poètes, m'étaient totalement inconnus. Le livre est suffisamment bien conçu pour rester passionnant, que l'on connaisse ou non les écrivains dont il est question. J'ai d'ailleurs noté les noms et les oeuvres d'à peu près tous les auteurs car chaque portrait d'écrivain m'a donné envie d'en connaître encore plus.
Maisons d'écrivains américains est un ouvrage tout à fait passionnant! À quand un volume semblable sur les écrivains anglais? Il est tellement bien conçu, avec un grand souci du détail, qu'on en voudrait encore et encore. Pour moi, ce livre est un incontournable pour aborder la littérature américaine d'un autre angle, une balade extraordinaire dans des lieux merveilleux qui ont été le souffle même de l'inspiration des grandes oeuvres américaines.
À découvrir!
En complément:
Je vous suggère la visite du merveilleux blogue Maisons d'écrivains pour continuer votre découverte des lieux d'inspiration d'auteurs du monde entier.
Un extrait:
"La différence entre le mot presque juste et le mot juste est grande, c'est la même qu'entre la luciole et la lumière." Mark Twain, p.36
Souris!
Raina Telgemeier
Scholastic
224 pages
Résumé:
Raina est une fille de 6e année qui fait de son mieux pour être comme les autres – elle est rongée par l’inquiétude sachant qu’elle devra bientôt porter un appareil d’orthodontie. C’était son état d’esprit avant de se briser les dents en tombant tête première sur le pavé... Cet accident marque le début d’une longue période de frustrations pour Raina. Chirurgie, appareils d’orthodontie et fausses dents font désormais partie de sa vie. Et comme un malheur n’arrive jamais seul... La ville est secouée par un tremblement de Terre. La jeune fille ne cesse de commettre des maladresses avec les garçons. Et que dire des moqueries de ses amis? Souris Raina, la vie est belle!
Mon commentaire:
Raina Telgemeier est une dessinatrice et auteure de romans graphiques et de bandes dessinées. Elle vit à San Francisco et c'est son histoire que raconte la bd Souris!
Alors qu'elle rentre chez elle un soir, elle décide de faire la course avec ses amies. Elle trébuche et se casse les deux dents d'en avant. Afflubée d'un trou grotesque, elle se rend chez le dentiste qui tente de lui remettre en place ses dents. Malheureusement, les nerfs ont été atteint et il n'y a rien à faire. De fausses dents, en passant par les broches, jusqu'à la reconstruction et au déplacement complet de ses dents, Raina vivra presque cinq ans à détester l'image qu'elle projette et expérimentera toutes sortes de déboires dentaires.
Souris! raconte la vie d'une adolescente avec tout ce que cela comporte. De l'amour des jeux vidéos, aux problèmes avec les garçons, en passant par l'école, les amitiés qui n'en sont pas toujours et les éternels problèmes de dents, la bande dessinée m'a rappelé des souvenirs de ma propre adolescence. Les dessins, les réflexions et les personnages sont justes. On entre dans la vie de la famille Telgemeier, qui pourrait être n'importe quelle famille. Les jalousies entre frères et soeurs, les copines parfois un peu méchantes, les amours qui ne vont pas comme on le rêverait, les pyjamas partys, les moments vécus en famille, tous ces aspects de l'adolescence sont bien traités et toujours avec un brin d'humour, même si les péripéties dentaires de Raina sont un vrai parcours du combattant.
Raina grandira au fil de ces années ponctuées par les différentes étapes de la reconstruction de ses dents. Elle développera un talent artistique, découvrira le véritable sens de l'amitié et commencera à prendre sa place parmi les autres étudiants. Souris! dédramatise en quelque sorte l'adolescence et les petits problèmes que l'on peu y rencontrer. Pour Raina ce sont ses dents, mais l'histoire peut être facilement transposée à toutes sortes de problèmes. L'adolescence n'est pas une étape facile. L'histoire de Raina montre que l'on s'en sort toujours et qu'à travers les petites épreuves de la vie, on grandit. Mais toujours, il faut garder le sourire!
Une bonne lecture qui me fait découvrir le travail de Raina Telgemeier qui me plaît bien. J'espère trouver éventuellement d'autres publications d'elle en français.
L'Esprit de la meute
François Lévesque
Alire
384 pages
Résumé:
David, un adolescent dépressif qui a grandi dans une maison cossue de Westmount, vient de
perdre ses parents, Mathieu et Judith, dans un accident de la route. Héritier d’une imposante fortune, il découvre par hasard qu’il a été adopté – sa mère biologique, Macha, demeure à Sainte-Sybile, une petite ville minière du nord du Québec. Sans but et sans attaches, n’ayant connu de l’amour parental que les cadeaux luxueux et l’argent à volonté, David décide de quitter le cocon doré de Westmount pour les grands espaces du Nord, où il espère goûter au plaisir d’avoir une vraie famille et, qui sait, trouver un sens à sa vie. Dès son arrivée à Sainte-Sybile, la rencontre d’Irène, une jeune et jolie voisine, donne espoir à David, mais ce que lui apprend sa mère sur les circonstances de sa naissance le ramène très vite à la case départ. Aux prises avec des rêves de plus en plus troublants, déstabilisé par les étranges fugues de Macha, les histoires d’Irène sur les débuts tragiques de Sainte-Sybile et les morts violentes qui secouent la communauté – causées par un ours enragé, assurent les forces policières –, David tente de ne pas perdre pied. Or, il commence à croire sérieusement que son retour était prévu depuis longtemps !
Mon commentaire:
C'est attirée par le résumé et la très belle couverture que j'ai choisi de lire ce roman. En commençant ma lecture, je me suis demandé si le livre me plairait. Il regorge de retours en arrière, de souvenirs mêlés à des visions et à des cauchemars pour le moins étranges... Eh bien ma première lecture d'un roman de François Lévesque m'a prouvé une chose: l'auteur a le grand talent de happer littéralement le lecteur et de ne pas lui laisser de répit avant la dernière page. Je n'ai pas pu lâcher ce roman avant de l'avoir terminé. Il m'a accompagné tout un week-end et je voulais vraiment connaître tous les rouages de cette intrigue complexe, qui mêle fantastique, légendes amérindiennes, cauchemars et histoire de prospecteurs et de colonisation. C'est un roman touffu, qui apporte plusieurs éléments qui semblent n'avoir aucun lien entre eux, alors qu'ils sont tous des parties de la même histoire. Tout est relié et ce n'est qu'à la fin que l'on découvre pourquoi tout ce qui arrive à David se produit.
David est un adolescent de seize ans. Il se cherche, prend des antidépresseur et n'a jamais eu le sentiment d'être à sa place. Quand ses parents adoptifs - qui ne se sont jamais vraiment souciés de lui - meurent, il est émancipé et décide de rejoindre sa mère biologique retrouvée grâce à l'émission Je te cherche. Dans un bled perdu au passé quelque peu mystérieux, il rencontre Irène, une jeune fille qui lui plaît beaucoup. Peu à peu, il se fait des amis et semble sortir de son cocon. Mais depuis son déménagement, il fait aussi de terrifiants cauchemars et il a des visions que ses médicaments ne parviennent pas à calmer. Par hasard, il fait des lectures sur le passé de Sainte-Sybile qui donnent le frisson et qui alimentent d'autant plus ses pensées étranges...
Si l'Esprit de la meute est d'abord et avant tout un roman fantastique, le récit s'inspire des légendes amérindiennes et les visions cauchemardesques de David frôlent l'horreur. Il se sent d'ailleurs dériver de plus en plus à mesure que le récit avance. Tout lui échappe, quelque chose se referme autour de lui et il ne sait plus faire la différence entre le réel et l'imaginaire. Ce qui est le plus intéressant dans le roman, outre une intrigue qui pousse à lire le livre d'une couverture à l'autre sans s'arrêter, c'est le contenu très riche, tant au niveau des personnages que des légendes qui planent sur la petite municipalité minière de Sainte-Sybile. David est un personnage très complexe. Le lecteur connaît énormément de choses sur lui, sur ses pensées et son vécu. C'est un personnage qui a de la chair et qui, sommes toutes, aimerait avoir une adolescence normale. C'est d'ailleurs loin d'être son cas!
Les légendes amérindiennes sont incarnées par la vieille femme et sa petite-fille que David croisent partout. Il les voit en songe et en personne, alors qu'il semble bien être le seul à les apercevoir... Sainte-Sybile est une ancienne ville minière au passé peu glorieux. Un curé a d'ailleurs laissé trace de son passage lors de la colonisation de la ville et l'on peut lire, tout comme David qui en fait la découverte, des passages de son journal personnel. Le contenu de ce roman est donc riche, varié et plaira à une panoplie de lecteurs, tant qu'ils n'aient pas l'âme trop sensible.
L'Esprit de la meute est un roman à découvrir, qu'on lit d'une traite, sans vraiment pouvoir s'arrêter.
Un extrait:
"Au centre commercial, il avait passé des heures à observer les landaus et les enfants en bas âge. Certains parents les couvaient d'un oeil à la fois tendre et protecteur, las et exaspéré, confiant et fier... Mais tous, hormis quelques exceptions, regardaient leurs enfants. Mathieu et Judith ne voyaient qu'eux-mêmes, et s'il se glissait dans l'image, David devenait pour eux un joli bibelot de plus; une dispendieuse mais fort présentable parure. Dans un univers où coût et qualité voguaient de conserve, David constituait un excellent investissement, bien qu'il se fût révélé sur le tard une denrée avariée. Ses parents adoptifs ne sauraient jamais à quel point." p.86
L'alliance de Terwik
Millie Sydenier
SérieLes sorcières de Salem tome 4
Les éditeurs réunis
225 pages
Résumé:
La Confrérie de la Clairière a besoin de renforts. Les sorties en dehors de leur sanctuaire sont devenues impossibles pour ceux qui ne peuvent se rendre invisibles. Tenaces, les inquisiteurs montent la garde. Un messager est alors envoyé à Marblehead pour demander de l'aide à la célèbre Sally et son Alliance de Terwik. Les alliés étant en nombre suffisant pour vaincre les inquisiteurs, Betty veut à nouveau partir en guerre. Mais les sorcières de Terwik prônent la prudence et préfèrent une préparation minutieuse du combat pour éprouver leurs forces. Tituba a plus d'un tour de magie noire dans son sac. Elle s'en prend à trois sorcières et les transforme en esclaves grâce à un ensorcellement complexe sorti du fond des âges. Les sorcières de Terwik, qui pensaient que cette magie avait disparu avec son créateur, Bajano, ne peuvent rien contre un tel pouvoir. Seul un Chapardeur peut s'y mesurer...
Mon commentaire:
Dans ce quatrième tome de la série Les sorcières de Salem, le Confrérie de la Clairière demande de l'aide à un autre regroupement de sorcières: l'Alliance de Terwik. Ayant entendu parler d'une sorcière très puissante, Ezra envoie un jeune homme de son groupe dans un village voisin, Marblehead. Ce village, ainsi que deux autres, auraient combattus les inquisiteurs. Ils vivraient maintenant dans le calme et une relative paix. La demande d'aide est fructueuse, l'Alliance de Terwik se joindra à la Confrérie de la Clairière pour venir à bout des Inquisiteurs et de Tituba, qui n'utilise pas sa magie à bon escient...
La Confrérie compte des sorciers et des villageois sans pouvoirs. Il y a aussi la présence de la petite Emma, qui dérange beaucoup. La fillette devra apprendre à contrôler sa magie pour pouvoir vivre avec les autres. Sa vie est en danger, mais elle prendra de plus en plus de place dans l'histoire. Son rôle est primordial. L'arrivée de l'Alliance apporte un vent positif sur la clairière. Les sorcières amènent avec elles de nouveaux pouvoirs et des grimoires qui racontent des histoires passées passionnantes.
Ce quatrième tome voit aussi l'arrivée de nouveaux personnages. Outre les sorcières de Terwik, nous rencontrons Nathan Redd, un correspondant et ami du père des filles Parris. Son fils, Sam, s'enrôlera avec les Inquisiteurs et fera remonter des souvenirs dans le coeur d'Ezra, qui le reconnaît tout de suite... Les grimoires et la correspondance de Redd et Parris sont des éléments supplémentaires au récit. Quelques extraits nous sont offerts pour notre plus grand plaisir. Beaucoup d'éléments nous sont livrés sur la sorcellerie telle qu'elle est pratiquée dans les romans de Millie Sydenier. Ce quatrième tome met l'emphase sur la magie et le fantastique de façon beaucoup plus prononcée que les autres tomes.
Décidément, j'aime toujours autant cette série qui apporte de tome en tome un vent d'originalité. Je dévore littéralement chaque livre. Une série que j'aime beaucoup, plantée dans un décor historique et nous offrant fantaisie et magie. La fin de ce quatrième tome laisse présager de nombreux bouleversements pour la suite. Heureusement, le tome 5 m'attend!
Traces d'animaux du Québec
Mark Elbroch
Broquet
360 pages
Résumé:
Ce guide étonnant réunit des textes concis, des dessins au trait détaillés, des cartes et plus de 1000 photos couleur pour illustrer et décrire les traces et les signes que laissent les mammifères du Québec: traces de nourriture, excréments, terriers, tunnels, aires de mise bas, indices de passage, etc. Conçu comme ouvrage de référence sur le terrain ou à la maison, Traces d’animaux du Québec inclut une section de 104 empreintes grandeur nature. C’est une ressource inestimable pour les passionnés d’animaux sauvages et les chasseurs débutants ou chevronnés.
Mon commentaire:
Traces d'animaux du Québec est un guide très complet sur le pistage et l'interprétation des traces d'animaux. C'est un ouvrage intéressant qui fait office de référence pour apprendre à connaître la faune de sa région, pour faire l'apprentissage de l'écologie, de la biologie, des écosystèmes. Le pistage peut être utilisé à titre récréatif ou pour la chasse. Pour ma part, la chasse ne m'intéresse absolument pas et c'est par soucide bien connaître la faune vivant autour de chez moi, en plus de pouvoir exercer la photographie, qui me passionne, que je me suis intéressée au guide de Mark Elbroch.
On sent d'ailleurs l'auteur très passionné par le pistage, la nature et les animaux sauvages. Toujours en prônant le respect de l'environnement et des lieux habités par les animaux, l'auteur suggère de faire de cette activité un passe-temps amusant: tenir un journal de ses découvertes et prendre des photos. Dans le guide, on nous renseigne sur les qualités d'un bon pisteur et sur l'histoire du pistage, qui était avant tout une activité de survie à une certaine époque. Aujourd'hui, le pistage est avant tout la compréhension de la vie animale.
Le guide est présenté en différentes parties: les empreintes et les pistes d'animaux, la morphologie, les excréments, urines et sécrétions, les traces sur la végétation (souches, bois mort, coquilles de noix) et les restes de mammifères. Pour chacune des section il y a un répertoire des espèces et un guide d'identification des empreintes. Les carcasses et déjections animales peuvent susciter beaucoup de dégoût, mais il peut être intéressant de le surmonter pour découvrir l'état de la vie animale d'une région. C'est avant tout par le passage des animaux que l'on découvre leur mode de vie. La nature recèle de nombreux secrets et il peut être passionnant de s'y intéresser.
Traces d'animaux du Québecest un guide d'exception, complet, facile à consulter et très imagé. Il offre plus de 360 photos en couleurs et 260 illustrations. Il est conçu sous forme de fiches d'identification et présente les pistes grandeur réelle, pour mieux s'y retrouver. Avec ce guide, Mark Elbroch a fait un vrai travail de moine! Un guide que je suggère fortement aux passionnés d'animaux et de nature. Lors de mes promenades en forêt, je n'observe plus la nature de la même façon!
Qui sait, la rencontre avec la nature sauvage vous réservera peut-être de belles surprises!
Un extrait:
"La neige avait commencé à tomber après le coucher du soleil et avait cessé juste un peu après minuit. C'était une neige de printemps, légère mais alourdie par la température plutôt élevée de la matinée; bref, un substrat parfait pour le pistage. Je me suis levé, je me suis étiré les muscles et j'ai rapidement attrapé un muffin aux bleuets. Puis je me suis rendu à l'orée de la forêt pour évaluer les conditions de pistage. À peine arrivé au fond de mon jardin, j'ai croisé une piste toute fraîche. Je connaissais bien ce renard roux femelle." p.8





























