18 avril 2011

La nuit sur les ondes

nuitsurlesondesElizabeth Hay
XYZ éditeur
372 pages

Résumé:

Elizabeth Hay décrit avec une égale sensibilité les relations qui se tissent entre les employés d’une station de radio, à Yellowknife, au milieu des années soixante-dix, et les grands espaces qui les environnent. Amitié, désir, jalousie, méfiance affluent et refluent entre ces personnages attirés par le Grand Nord. Obnubilés par John Hornby, un célèbre explorateur, quatre d’entre eux partent sur ses traces et font un voyage de six semaines dans l’Arctique où ils découvrent une nature sauvage et grandiose, rendue avec une grande sensualité par une auteure attentive à la lumière et au climat tout autant qu’à l’odeur d’un grizzly, au son d’un troupeau de caribous ou aux couleurs de l’eau et des plantes.

Mon commentaire:

L'histoire se déroule à Yellowknife, dans les années soixante-dix. Il y a Eleanor, dont le père, fasciné par le nord, a transmit cette passion à sa fille. Il y a Dido, qui s'est enfuit d'une relation difficile: mariée au fils, elle s'est entichée du père. Il y a Gwen qui a prit la route seule et est arrivée à Yellowknife un beau jour à bord d'une caravane. Il y a Harry qui, après avoir monté les échelons dans le domaine des communications, a lamentablement échoué à la télévision. Retour à la case départ. Et finalement, il y a Eddy, un technicien difficile à cerner, au regard bien sombre...

Tous ont atterris à la radio par hasard ou par la force des choses. Tous vivront au rythme de la radio qui se retrouve au coeur de leur existence. Autour de la station gravitent d'autres personnages impliqués dans la vie quotidienne de Yellowknife: Teresa, Ralph, Lorna, le juge Berger. En toile de fond, plusieurs événements: l'arrivée d'une grande station de télévision qui menace de supplanter la place que prend la radio dans la communauté; les problèmes des communautés autochtones de la région; la nature toujours belle et puissante, mais parfois mortelle; les débats concernant la construction d'un gazoduc et les projets de pipeline et de puits de pétrole qui attisent la hargne des habitants. Et il y a aussi l'ombre de John Hornby, un explorateur qui a connu une fin tragique, dont le fantôme hante plusieurs des personnages, qui finiront par partir sur ses traces...

Les personnages de ce roman sont continuellement en quête d'eux-mêmes. Le roman s'étale sur plusieurs années, sans vraiment de constance quant aux événements qui nous sont racontés. La  majorité du roman se déroule à la station de radio, à Yellowknife. Chaque personnage tente d'apprivoiser son nouveau rôle au sein de la radio, de se tailler une place dans ce cercle fermé, pas toujours facile d'atteinte pour les "étrangers". Le dernier quart raconte l'expédition dans l'Arctique. Une expédition émouvante et salutaire pour certains personnages, traumatisante pour d'autres. Ce sont, quant à moi, les parties les plus belles du roman. La nature y est omniprésente. Gwen, armée de son magnétophone, enregistre les bruits de la nature. L'expédition rapproche les personnages et une intimité naît entre eux, rapprochements qu'on ne pouvait vraiment pas concevoir lorsqu'ils vivaient à Yellowknife.

L'écriture de Elizabeth Hay est particulière. Je ne me souviens pas avoir déjà lu quelque chose de similaire. Il y a une certaine froideur dans son style, dans sa façon de faire évoluer ses personnages. Certains, toutefois, se détachent du lot. Comme Gwen et Ralph qui, au-delà des autres, sont sensibles à la nature d'une façon touchante. Ils ont une certaine vulnérabilité. Le style hachuré passe d'un sujet à l'autre. On ressent une sorte de lenteur à la lecture, distillée par l'omniprésence du nord et la nature sèche et froide. On ressent les paysages magnifiques, surtout quand les personnages sortent de la ville. Pourtant, ici, pas de descriptions détaillées ou trop longues de scènes de nature. Seulement l'essentiel. Les sons, beaucoup, qui sont partie prenante de l'histoire. Les couleurs, les odeurs.

La nuit sur les ondes est un roman qu'on lit lentement, qu'on découvre par petites touches, au fil des anecdotes et des personnages. C'est un monde particulier que celui de la radio, dans un lieu si sauvage et inspirant que le grand nord. Un nord plus grand encore que les personnages qui y évoluent. Un roman très particulier. C'est une belle découverte que la plume d'Elizabeth Hay, une auteure canadienne, que je ne connaissais pas du tout.  

Quelques extraits:

"Elle s'assit en face de lui et il lui demanda pourquoi elle cherchait un emploi dans une station de radio nordique. Sa réponse l'étonna et le captiva: enfant, elle avait entendu une émission de radio sur John Hornby, l'Anglais qui était mort de faim quand il avait passé l'hiver dans la toundra canadienne en 1927 avec son jeune cousin Edgar Christian et un autre compagnon, Harold Adlard. Elle ne l'avait jamais oubliée." p.28

"Le même jour, pendant l'après-midi, quelques-uns d'entre eux allèrent canoter sur le lac Frame, le lac intérieur protégé aux limites occidentales de New Town. C'était une journée baignée de soleil, pleine de libellules bleues, deux pas deux, en couples. Harry les appelait aiguilles à repriser. Elles se posaient sur chacun d'eux, mais surtout sur les épaules et les cheveux de Gwen, la faufilant de couleur - bleues, délicates, filantes, iridescentes -, reprisant ses maux mentaux, ses blessures, ses erreurs, ses gênes." p.142

"Le paysage était valonné, vert pâturage. Ils virent des pluviers semi-palmés et des fleurs qui rampaient sur le sol, protégées. Ce fut le retour du vent, des nuages et de la pluie. Ce soir-là, ils préparèrent un chaudron de soupe et un autre de thé; leur feu laisserait une cicatrice sur la toundra pendant des années. Les conséquences de leur passage n'étaient pas anodines. Et l'effet du voyage sur eux?" p.313

"À certains égards, j'envie Hornby. Cet homme était si occupé à survivre qu'il n'a pas eu le temps d'apprendre à vivre." p.316

En complément:

Il existe assez peu d'informations en français sur John Hornby. Voici un site qui retrace une partie de l'histoire de cet explorateur, accompagné de quelques photos.


Commentaires sur La nuit sur les ondes

    Allie j'avais tellement hâte de lire ton billet sur ce livre !! Pour avoir séjournée 5 semaines dans le grand Nord Québécois (dans une autre vie -lire sans enfants ) pour une mission de terrain avec la Commission Géologique du Canada j'ai beaucoup d'intérêt pour ce bouquin !! Les hordes de Caribou, les grands espaces, le précieux fil de la radio qui nous rattachent à la planète !! Même le courrier était toute qu'une aventure !! Je note au Carnet !! Merci chère Allie pour toutes tes suggestions savoureuses.. et si ça continue je devrai lire de nuit !!

    Posté par CarnetJulie, 18 avril 2011 à 10:12 | | Répondre
  • @CarnetJulie`: ça a dû être une belle expérience! Ces régions m'intéresse particulièrement: le Yukon, le grand nord, l'Alaska...
    Avec tout ce que tu m'as dit, j'ai hâte de voir ce que tu penseras de ce roman! L'auteur y a été animatrice à la Radio à Yellowknife d'ailleurs...

    Posté par Allie, 18 avril 2011 à 10:16 | | Répondre
  • Une ambiance et une époque qui me plaisent beaucoup mais je doute de pouvoir trouver ce livre de ce côté de l'Atlantique. Allez, on croise les doigts ... quoique après une petite recherche, il semble qu'il soit dispo en anglais. A voir donc...

    Posté par zarline, 18 avril 2011 à 10:45 | | Répondre
  • @Zarline: Il a d'abord été écrit en anglais. Mais comme c'est une parution récente en français, peut-être que tu pourras trouver ce livre un peu plus tard.

    Posté par Allie, 18 avril 2011 à 10:51 | | Répondre
  • Tout ça m'intrigue ! Je le note dans un coin histoire d'essayer de le trouver à l'occasion !...

    Posté par vilvirt, 18 avril 2011 à 10:56 | | Répondre
  • @Vilvirt: c'est un roman particulier. J'espère qu'il te plaira!

    Posté par Allie, 18 avril 2011 à 11:10 | | Répondre
  • Mais arrêêête de vanter des livres que je ne peux pas me procurer en France !!! ;p C'est vraiment trop injuste ...

    Posté par Flo, 18 avril 2011 à 11:38 | | Répondre
  • @Flo: déménage!

    Posté par Allie, 18 avril 2011 à 11:43 | | Répondre
  • J'ai pour principe d'éviter de vivre au-delà du Massif central alors le Grand Nord !

    Petit cours de géographie toulousaine : http://www.tlse.com/tee-shirts-toulouse/FR/pop_image.php?image_id=868

    Posté par Flo, 18 avril 2011 à 14:21 | | Répondre
  • @Flo: haha! C'est très drôle! Alors moin coin à moi doit te faire l'effet d'un congélateur permanent alors
    Sauf que l'on trouve d'excellents romans par contre! On ne peut pas tout avoir.

    Posté par Allie, 18 avril 2011 à 14:26 | | Répondre
  • Hyper tentant mais certains de tes commentaires me refroidissent... Le thème, le lieu, tout avait l'air sacrément chouette, dommage.

    Posté par Juliette, 18 avril 2011 à 14:59 | | Répondre
  • Je me suis toujours demandé comment était la vie des animateurs de radio dans ces endroits isolés. Très intéressant. Je note. C'est différent comme sujet.

    Posté par Milly, 18 avril 2011 à 15:19 | | Répondre
  • Le côté "ambiance de radio" m'attire peu mais en compensation l'époque et le Grand Nord m'intéressent bien Et puis, l'histoire de Hornby n'est pas s'en rappeler celle de McCandless !

    Posté par Joelle, 19 avril 2011 à 03:55 | | Répondre
  • J'aime bien cette maison d'édition qui fait prédominer la qualité d'écriture dans leur choix de publication, c'est d'autant plus intéressant si cette écriture est utilisée pour nous parler de la nature canadienne ! Un autre livre dans ma LAL !

    Posté par GeishaNellie, 19 avril 2011 à 11:47 | | Répondre
  • @Juliette: c'est un roman particulier! Mais je l'ai bien aimé.

    @Milly: eh bien tu pourrais en avoir une idée avec ce roman! C'est vrai que c'est un sujet assez rare en littérature.

    @Joelle: Oui, c'est bien vrai que la vie de Hornby trouve des échos chez McCandless! Juste pour ça, c'est intéressant. Même si ce n'est pas le thème principal du roman.

    @GeishaNellie: Moi aussi cette maison d'édition me plaît! Elle a une ligne directrice qui mise beaucoup sur la qualité des textes et l'originalité des thèmes. Bonne future lecture!

    Posté par Allie, 19 avril 2011 à 12:22 | | Répondre
  • Bah ici aussi on trouve de bons livres ! :p Mais je pense que je ne cesserai jamais de râler contre la mauvaise circulation de la littérature québécoise en France alors même qu'il n'y a pas besoin de traduction !! Il y a quelques années, un salon du livre régional avait pour invité d'honneur le Québec. J'étais toute contente, pensant trouver des bouquins rares ... et bien non, les invités étaient des écrivains déjà très bien diffusés en France.

    (ps : et oui, tu vis dans un congélateur Mais la bonne nouvelle, c'est que le froid conserve ! )

    Posté par Flo, 20 avril 2011 à 15:52 | | Répondre
  • @Flo: je sais bien! Je te taquine un peu
    Je trouve aussi que la littérature québécoise est trop peu accessible en France. C'est assez malheureux. On a tellement de bonnes plumes dans toutes les sphères littéraires, je pense que nous sommes tout à fait "exportables". Bref, peut-être qu'un jour pourra-t-on voir nos écrivains d'ici régulièrement sur les rayons de vos librairies!

    (Pour te donner raison, ce matin tout était blanc. Grésil toute la journée, c'est humide et transperçant...)

    Posté par Allie, 20 avril 2011 à 16:57 | | Répondre
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