31 juillet 2011

Chroniques d'une sorcière d'aujourd'hui: Isabelle

chroniquesdunesorcieredaujourdhui1Angèle Delaunois
Série Chroniques d'une sorcière d'aujourd'hui t.1
Michel Quintin
224 pages

Résumé:

Max et Isabelle avaient longuement planifié leur voyage en Bretagne, la terre de leur grand-père Legall. À dix-sept ans, ils pouvaient partir sans les parents. Au début, tout a été fantastique. Mais ça s’est gâté le jour où un monstrueux orage les a obligés à se réfugier au Manoir de Bellotte…

Mon commentaire:

Je m'attendais à tout autre chose en lisant ce roman et j'ai été agréablement surprise! Isabelle et Max ont dix-sept ans. Ils sont jumeaux. Ils vivent à Montréal, avec leurs parents, une québécoise pure laine et un français installé ici depuis longtemps. Pendant les vacances d'été, les jumeaux s'offrent un voyage en Bretagne, sur les traces de leurs ancêtres et des légendes qui ont peuplées leurs lectures. Après dix jours de voyage, un orage s'abat sur la région. Les jumeaux sont trempés, perdus et par miracle un fabuleux manoir transformé en auberge apparaît au bout de la route. Ils s'y engouffrent, dégoulinants et frigorifiés.

Le manoir de Belotte sort tout droit du passé. Les jumeaux ont l'impression de surgir dans le salon de Louis XIV. La propriétaire des lieux, une vieille dame presque trop gentille, leur apporte le thé dans la bibliothèque et leur offre le gîte pour une bouchée de pain. Les jumeaux sont sous le charme de l'endroit et surtout, ravis de profiter d'un manoir du temps passé à moindre coût. Sauf que la somptueuse maison cache de lourds secrets...

Isabelle est plus sensible que Max à ce qui l'entoure. Rapidement, elle ressent certaines choses dans la chambre de Belotte, la chambre qu'elle partage avec son frère et qui a abrité un drame dans le passé. Isabelle a des visions de scènes passées et réussit à communiquer avec certaines personnes uniquement par la pensée. Pendant que son frère dispute des parties de scrabble avec la propriétaire des lieux, Isabelle découvre de vieilles lettres dans la bibliothèque et un entrefilet qui pique sa curiosité dans un vieux journal jauni... Il n'en fallait pas plus pour qu'Isabelle parte sur les traces de Belotte, qui a vécu près d'un siècle plus tôt, et ce qu'elle découvre la change irrémédiablement. L'histoire est captivante et le mystère s'épaissit au fil des découvertes. Secrets, intrigue amoureuse, jalousie, conventions sociales, tous ces éléments sont au centre d'un drame qui s'est joué au début des années 1900 au manoir. Le décor choisi pour l'intrigue est majestueux et propice à bien des secrets...

Ce roman conseillé pour les quatorze ans et plus est aussi bien agréable à lire pour les adultes. L'histoire est consistante, à peine teintée de fantastique. Si Isabelle se découvre peu à peu des pouvoirs étonnants (d'où le titre de la série), ce premier tome se présente essentiellement comme une enquête sur le tragique destin de Belotte. Isabelle est confrontée pour la première fois à son don de percevoir toutes sortes de choses et elle trouvera aide et réconfort chez deux habitants de la région: Aliette au village et Monsieur Longré au manoir. Tous ces changements chez Isabelle provoque aussi une certaine distance entre les jumeaux. Leur complicité est un peu ébranlée lors du retour à Montréal.

Ce premier tome est une belle découverte, une lecture prenante qui apporte mystère et enquête dans un cadre qu'on imagine tout à fait enchanteur, quoique parfois un brin inquiétant. Isabelle est très attachante et sa relation avec son frère laisse à penser que la suite évoluera autour d'eux.

Une nouvelle série prometteuse, qui m'a enthousiasmée!

En complément:

À noter un fait amusant dont parle l'auteur à la fin du roman: le Manoir de Bellouan existe bel et bien. Il est situé à Ménéac et l'auteur s'en est inspiré pour son histoire.

Un extrait:

"Avec ses lampadaires écolos qui s'allumaient dès qu'ils détectaient nos mouvements et ses maisons endormies, Ménéac avait tout à fait l'air d'un village français tranquille et banal... mais qui savait fort bien cacher ses secrets." p.198

Posté par Allie à 21:31 - Commentaires [0]
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30 juillet 2011

Comme au chalet

commeauchaletLaurent Godbout
Les éditions de l'Homme
168 pages

Résumé:

Que l'on s'évade pour un week-end en famille ou que l'on reçoive un groupe d'amis à la maison, voici des recettes originales et délicieuses pour recréer l'ambiance décontractée du chalet où que vous soyez. Vous pourrez ainsi épater vos convives avec des classiques réinventés à la façon Godbout comme le pâté chinois, la raclette, le coleslaw ou le pouding chômeur. Le chef vous surprendra aussi avec ses créations estivales et hivernales dont la majeure partie des ingrédients se trouvent partout. Alors au lieu de passer votre journée dans la cuisine, conjuguez plaisir et simplicité avec saveurs et découvertes. Du déjeuner au souper, en passant par l'apéritif, découvrez des plats réconfortants à déguster devant la cheminée, près du lac ou simplement en bonne compagnie chez soi.

Mon commentaire:

Visuellement, Comme au chalet est un ouvrage qui excelle. Ici, l'art de combiner le sujet et l'aspect visuel est totalement réussit. On se croirait au chalet. On a envie d'être en vacances. Et même si on ne l'est pas, on a envie de cuisiner pour se donner l'impression d'y être. L'ouvrage est à l'image de son contenu: simple, convivial et décontracté. On n'en demande pas plus!

La première chose qui m'a accrochée, ce sont les photographies. Le genre d'images que l'on prend en vacances, en forêt, en camping, pendant que tout le monde décroche du quotidien pour ne penser qu'à une chose: le plaisir. Le chalet où l'auteur présente ses recettes est magnifique. On imagine aisément les barbecues en plein air, les petits déjeuners rigolos, les guimauves devant le feu de camp. Et comme on veut y goûter à notre tour, on a envie de cuisiner ce que nous propose Laurent Godbout.

Simplicité je vous disais. J'aime quand on ne se casse pas la tête. Ici, tout est simple. Des boissons en passant par les entrées, plats principaux, déjeuners en famille, desserts et gourmandises. Le livre est divisé en deux parties, l'été et l'hiver. Parce que les vacances d'hiver sont tout aussi agréables que celles d'été, on veut en profiter tout autant! J'ai apprécié que les recettes ne soient pas que pour le barbecue. Je dirais que la plupart se cuisinent facilement à la maison et peuvent être adaptées au barbecue pour ceux qui cuisinent beaucoup à l'extérieur. J'ai d'ailleurs envie de m'acheter un barbecue juste pour essayer la recette de boîte de conserve aux petits fruits, guimauve et caramilk. Plus simple que ça, c'est impossible. Mais il fallait y penser. Parce que je dois l'avouer, il sait nous donner envie monsieur Godbout.

Je craque pour plusieurs recettes dont l'idée d'offrir de l'eau de concombre ou de melon dans un pichet lorsque l'on reçoit. Difficile d'avoir plus rafraîchissant. Les cornets au poulet devraient ravir les enfants, les saucisses en croûte de pommes de terre me tentent bien et les cretons au jus de pomme paraissent étonnants! L'auteur nous présente aussi plusieurs plats classiques de cantines, réinventés, comme différents burgers et les rondelles d'oignons à la mayo sorbet à la mangue. Les plats d'hiver sont, quant à eux, pensés pour nous réchauffer: de la soupe aux tomates et boulettes de veau en passant par le Chaud-Colat, le crumble banane-choco et la tarte aux champignons. Le pain doré aux poires cuit dans un moule à pain est aussi vraiment intéressant!

Comme au chalet est un livre de cuisine comme je les aime. Beau. Simple. Les ingrédients sont faciles à trouver et d'usage courant dans nos cuisines. Les recettes font saliver et brillent par leur simplicité. Je ne suis pas un grand chef, mais j'aime bien cuisiner. Je suis donc ravie quand on me présente des recettes convivales, qui ne me demandent pas une demie journée de travail! Ici, on cuisine comme au chalet et c'est parfait!

Un livre de cuisine comme hommage au plaisir. Plaisir d'être ensemble. Plaisir de partager. Plaisir de vacances. Ça donne envie non?

Posté par Allie à 09:39 - Commentaires [21]
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27 juillet 2011

Hush, hush

hushhushBecca Fitzpatrick
Pocket Jeunesse
377 pages

Résumé:

Depuis la mort de son père, Nora tente de mener une vie d'adolescente normale. En cours de biologie, elle fait la connaissance de Patch, un garçon très séduisant, provocateur et mystérieux... Comment peut-il en savoir autant sur elle ? Se cacherait-il derrière les agressions dont elle est victime ? Mais Nora a beau se méfier, il est déjà trop tard... Sa route a croisé celle des anges déchus. Elle est au coeur d'une bataille qui la dépasse.

Mon commentaire:

Hush, Hush a été une lecture très agréable. C'est un roman très prenant puisque l'essentiel du mystère entourant Patch et les étranges agressions dont est victime Nora demeurent floues jusqu'au dernier quart de l'histoire. Le père de Nora est décédé il y a quelques temps, victime d'une agression. Depuis, la jeune femme tente de vivre normalement et de ne pas laisser ses peurs la diriger. Ce qui fait d'elle une personne plus sensible aux autres et aux événements, mais aussi une proie facile pour la guerre qui se joue entre les anges déchus.

Patch est un personnage très complexe. Nora devine quelque peu son identité, mais pas nécessairement tous les rouages du monde d'où il vient. J'aime beaucoup l'idée de mettre en scène une communauté d'anges, dont certains ont été déchus et ont vu leurs ailes arrachées suite à un mauvais comportement. L'auteur s'inspire du Livre d'Hénoch pour créer une intrigue autour des anges déchus et des Nephilims. Patch est mystérieux, mais effrayant à la fois. Ses intentions sont-elles louables? On se questionne tout au long du roman.

Le fil de l'intrigue est parfois un peu gros, mais l'histoire est très prenante si bien que les pages défilent sans que l'on se questionne vraiment. C'est un roman qu'on dévore rapidement, d'une couverture à l'autre. L'auteur joue beaucoup sur le mystère qui entoure Patch et sur les différentes agressions et visions dont est victime Nora. Plusieurs éléments très perturbants surviennent dans sa vie et Patch pourrait être le suspect numéro un, tant c'est un jeune homme difficile à cerner, qui cache trop de choses. Nora est attirée par lui tout en souhaitant ne jamais l'avoir rencontré. Patch semble s'amuser des tourments de Nora par moments et son comportement est difficile à cerner. On comprend pourquoi à la fin du roman...

Hush, hush est un livre parfait pour s'évader et côtoyer l'espace de quelques heures, le monde fascinant (mais combien effrayant) des anges déchus... J'ai très hâte de lire la suite!

À noter la magnifique couverture de James Porto, qui illustre à merveille l'idée des anges déchus.

Posté par Allie à 08:59 - Commentaires [11]
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26 juillet 2011

Asclé: la promesse

Ascle1Brigitte Marleau
Série Asclé t.1
Boomerang Jeunesse
267 pages

Résumé:

Asclé, une adolescente de seize ans, s'inscrit à un concours sur Internet et gagne un voyage au Mexique avec ses deux amis, Étienne et Marianne. Mais le voyage ne se déroule pas du tout comme ils l'avaient imaginé. Asclé retrouve son miroir magique maya et fait la promesse de sauver ses amis. La même promesse qu'elle avait faite il y a des siècles et qu'elle n'avait pas su honorer. Et cette fois, pourra-telle y arriver ?

Mon commentaire:

J'avais très envie de lire, depuis longtemps, cette petite série jeunesse. Asclé a seize ans. C'est une jeune fille sensible à ce qui se passe autour d'elle. Elle est fonceuse et vit toutes sortes d'aventures. Chaque tome raconte en quelque sorte un voyage. Lors de ce premier volet, Asclé et ses amis remportent un voyage au Mexique. C'est là qu'elle découvre qu'elle a accès à des images de ses vies antérieures, en lien avec ce qu'elle vit présentement. Le roman est donc construit en alternance entre l'action présente et les retours en arrière qui nous font vivre, ici, la civilisation Maya à laquelle Asclé a appartenue dans une autre vie. Elle avait alors fait une promesse qu'elle n'avait pas réussit à honorer. Il est temps pour elle, aujourd'hui, d'y faire face et de réussir à la respecter.

Ce premier tome est intéressant, mais j'y ai aussi trouvé quelques petits bémols. J'aime l'idée originale qu'un personnage doit affronter les actes qu'il a accomplit dans une vie antérieure. Le texte en italique nous informe que nous plongeons alors dans le passé et je trouve que l'idée, qui aurait pu être mélangeante, est très bien rendue. C'est donc facile de comprendre les allers-retours du présent au passé. Je trouve aussi intéressant que l'auteur aborde différents thèmes très contemporains et assez graves comme le trafic d'organes, les dangers d'internet et les enlèvements. Ces sujet permettent d'approcher en quelque sorte de la vie antérieure d'Asclé et de la positionner afin que les deux vies se rejoignent. L'idée est plutôt originale.

Mon bémol provient surtout de l'écriture du roman. L'intrigue est tout de même plutôt simpliste. Les dialogues sont assez enfantins. J'aurais aimé que le sujet des Mayas soit un peu plus poussé. L'intérêt pour moi réside surtout dans ce mélange de fantastique et d'histoire. Il n'y a pas suffisamment de détails à mon goût, tout reste un peu en surface. Ce roman est conseillé pour les 13 ans et plus. Certains passages me semblent parfois un peu durs, mais l'écriture et les dialogues ne suivent pas. L'impression de lire un livre ciblant des lecteurs beaucoup plus jeunes m'a suivie tout au long de ma lecture, alors que les sujets abordés sont plus matures.

Je poursuivrai tout de même la série, puisque les thèmes abordés dans les autres romans m'interpellent bien: l'inquisition espagnole (t.2), le colisée de Rome (t.3), la marine marchande du temps des pirates (t.4), la révolution française (t.5), la peste bubonique (t.6), les camps de concentration (t.7) et l'Égypte ancienne (t.8). J'espère que les prochains tomes seront plus élaborés.

Une petite série jeunesse où l'aventure est bien présente et où l'originalité de l'histoire se démarque particulièrement.

Posté par Allie à 10:38 - Commentaires [4]
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24 juillet 2011

Terre-Neuvas

TerreNeuvasChabouté
Vents d'Ouest
120 pages

Résumé:

Ici on n'a droit qu'à la mer et ses dangers,
On danse tous les jours avec la mort,
On est les laissés-pour-compte...
Ici on meurt, c'est tout!
Noyade, naufrage, phtisie, scorbut...
...plus rarement poignardé dans son sommeil!

Mon commentaire:

Nous sommes en 1913. Des pêcheurs français s'embarquent sur un voilier à destination des eaux bordant Terre-Neuve. Il faut savoir que du XVIe au XXe siècle, des pêcheurs français quittaient chaque année l'Europe pour venir pêcher la morue dans les grands bancs de poisson de Terre-Neuve. C'est à cause d'une trop grande pêche commerciale que les règlementations se firent par la suite très sévères, la morue ayant alors presque disparue à la fin du XXe siècle. Dans sa bande dessinée en noir et blanc, Chabouté met en scène un voilier de pêcheurs de morue. Ils sont en route vers Terre-Neuve et le voyage n'est pas de tout repos...

Le trait de crayon de Chabouté redonne vie avec beaucoup de précision et d'émotions au quotidien sur un bateau de pêcheurs de l'époque. Les marins n'étant pas les hommes les plus délicats, ceux qui sont plus jeunes ou plus faibles reçoivent quantité de claques et de quolibets et sont victimes de la violence des autres comme une soupape à un certain mal de vivre. La vie sur le bateau est rude et certains pêcheurs l'apprennent à la dure. Les éléments peuvent être mortels, les maladies impitoyables, mais ici, une intrigue criminelle y est ajoutée. Les pêcheurs ne finissent plus noyés ou blessés, mais plutôt tués dans leur sommeil. Quand on commence à retrouver plusieurs cadavres, la panique se répand à bord.

Le style de l'auteur colle parfaitement avec le sujet de l'histoire. Il réussit à transmettre l'âpreté du quotidien sur un voilier. Terre-Neuvas est une bande dessinée qui se situe à mi-chemin entre la reconstitution historique et le polar. C'est une très bonne histoire qui nous est racontée. Les dialogues alternent avec le journal de bord du capitaine ce qui nous permet d'avoir deux points de vue différents sur le déroulement des événements.

Une bande dessinée noire, dans tous les sens du terme, qui m'a cependant beaucoup plu.

Quelques extraits:

"L'océan ensorcelle et berce les rêves des hommes." p.19

"Trente ans que je n'ai pas vu un arbre en fleur... Les seuls arbres qui poussent ici, ce sont les mâts des navires!!" p.20

Posté par Allie à 21:44 - Commentaires [7]
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21 juillet 2011

Le trésor de Brion

tresordebrionJean Lemieux
Québec Amérique
290 pages

Résumé:

Qui n’a pas rêvé un jour de partir à la recherche d’un trésor caché sur une île déserte? Montez à bord, Le Trésor de Brion vous fera découvrir l’univers des Îles-de-la-Madeleine avec ses pêcheurs, ses vacanciers de juillet, le musée de Havre-Aubert, la Grave... et une mystérieuse histoire de trésor! Dans ce monde de mer et de légendes, Guillaume Cormier attend le Nirvana, voilier qui lui ramène son amoureuse de Québec: Aude Brousseau. À travers cette tendre histoire d’amour, Jean Lemieux a su créer une intrigue pleine de rebon-dissements, de péripéties et d’émotions mettant en scène des héros attachants. Si vous aimez l’histoire, l’aventure, le mystère, l’amour et le rêve, vous dévorerez ce roman.

Mon commentaire:

La magnifique couverture du livre donne tout de suite le ton au roman. Le trésor de Brion est, de par sa construction, un roman d'aventures dans la lignée des grandes histoires de pirates. Guillaume Cormier est un jeune pêcheur de moules de l'Île de la Madeleine. Il vit avec son père. Sa mère les a quittés pour voyager et faire le tour du monde. La situation familiale est délicate. Guillaume aime Aude, une des vacancières de l'île. Elle vit à Québec et vient passer chaque été aux îles. Séparés pendant de longs mois d'hiver, Guillaume et elle sont toujours heureux de se retrouver. Ils n'ont toutefois pas tout à fait la même idée de ce qu'est un couple et chacun doit revoir ses attentes s'ils souhaitent que leur relation aille plus loin.

Lors d'une excursion de pêche aux moules avec son ami Jean-Denis, Guillaume découvre une croix de curé au fond de l'eau. Il la repêche, émerveillé. Les histoires d'épaves, de trésors et de pirates le fascinent. Derrière la croix, il découvre une étrange inscription qui le mènera au musée de l'île où il trouvera un singulier poème dans un livre de Shakespeare, des inscriptions sur une cloche et... un étrange chercheur à qui Guillaume ne fait pas du tout confiance. Tout est en place pour attiser la curiosité du jeune pêcheur et par le fait même, celle du lecteur! Que l'aventure commence!

Ce roman est vraiment passionnant. Il mêle le quotidien d'adolescents aux prises avec des problèmes familiaux et leurs amours de vacances, à une histoire de pirate et de trésor. Les îles de la Madeleine sont omniprésentes dans le roman. Guillaume a son propre petit bateau sur lequel il pêche et avec lequel il fait de la plongée. Lorsqu'il met le pied à terre, il se promène dans le village, entre le bar laitier, le café et la maison toujours accueillante de Bathilde, la vieille fille du coin et le musée du père Turbide. On entre dans la vie des îles par la grande porte et c'est en compagnie de Guillaume que l'on vit toutes sortes d'aventures. La découverte de la mystérieuse croix devient vite une obsession pour le jeune homme qui rêve de richesse et de pirates.

Le plus beau de ce roman c'est qu'il s'inspire de faits historiques, même s'il s'agit d'une fiction. L'île Brion existe réellement. C'est une petite île faisant partie de la municipalité de Grosse-Île, dans l'archipel des îles de la Madeleine. L'île Brion a été baptisée par Jacques Cartier en 1534. Cette île a été habitée pendant longtemps par des pêcheurs et par la famille Dingwell. Le roman en parle un peu et les jeunes du roman trouvent même refuge dans l'ancienne maison de cette famille. Pour les curieux, on peut voir une photo de la maison aujourd'hui sur le site de l'Île Brion (tout en bas de la page). L'île Brion n'est plus habitée depuis les années 70 et elle a été par la suite transformée en réserve écologique où nichent de nombreuses espèces d'oiseaux. Il est donc très intéressant que la clé du roman Le trésor de Brion s'y déroule. En plus de vivre une belle aventure avec les personnages, c'est l'occasion pour le lecteur d'apprendre beaucoup d'informations sur le passé de l'île et de ses habitants.

Parfait pour les vacances, Le trésor de Brion est un roman à mettre entre les mains de tous les adolescents, fille ou garçon, qui y trouveront leur compte. Les adultes aussi prendront beaucoup de plaisir à suivre les aventures de Guillaume, Jean-Denis et Aude, puisque le roman est de qualité et vraiment bien écrit. Divertissant et captivant, avec de nombreuses péripéties. À lire!

À noter que ce roman a remporté le Prix 12/17 Brive-Montréal en 1995 et le Prix M. Christie 1996.

En complément:

Un site web sur l'île Brion avec de nombreuses informations et des photographies d'époque et d'aujourd'hui.

Posté par Allie à 13:05 - Commentaires [13]
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20 juillet 2011

Toute la poussière du chemin

toutelapoussiereducheminJaime Martin
Wander Antunes
Dupuis
80 pages

Résumé:

Jeté sur les routes par la crise de 1929, un homme parcourt les Etats-Unis à la recherche d'un enfant perdu. Le visage de l'Amérique, dévoilé au gré de ses pérégrinations, va être celui de la violence, du racisme et de l'injustice exacerbés par le chaos économique et social. Une quête amère, dans un pays revenu de ses rêves et livré à ses démons. Ce récit sans concession, mais non sans espoir, est scénarisé par le Brésilien Wander Antunes et mis en images par l'Espagnol Jaime Martin. Ensemble, ils portent un regard âpre sur cet épisode de l'histoire du 20e siècle.

Mon commentaire:

J'aime beaucoup le travail de Jaime Martin, qui présente toujours des albums intéressants. Toute la poussière du chemin ne fait pas exception. Nous sommes en 1929. Après une prospérité fulgurante, les États-Unis connaissent un krach boursier. Les cours de la bourse dégringolent, les banque font faillite, la crise s'étend rapidement à toutes les sphères économiques. Les prix s'effondrent, les gens n'ont plus d'argent, les compagnies ferment leurs portes et le taux de chômage est effarant. Des familles entières se retrouvent à la rue et perdent tout ce qu'ils avaient. C'est dans ce contexte historique difficile que se déroule Toute la poussière du chemin.

Tom a un passé difficile, mais c'est un homme bon malgré tout. Il se retrouve à errer sur les chemins, en quête d'un travail et de quoi manger. Il sauve un homme malade, qui va mourir et qui lui demande de retrouver son fils. Tom part donc sur les routes à la recherche du jeune garçon. Dans une Amérique pauvre, où la plupart des gens n'ont plus de travail et crèvent de faim, ses recherches équivalent à trouver une aiguille dans une botte de foin. Personne n'a vu le jeune garçon, personne ne sait qui il est. Entretemps Tom vivra la violence quotidienne, le racisme ambiant, fera de la prison et se sauvera plusieurs fois des policiers qui, sous prétexte de tenir les villes en ordre, abusent de leurs pouvoirs.

L'Amérique décrite par Jaime Martin est une Amérique affamée, sans le sou, où l'on n'hésite pas à tuer pour avoir un travail et de quoi se mettre sous la dent. Ceux qui tentent de s'en sortir sont souvent tués, blessés, on se croirait dans un vrai western. Malgré toute cette violence qui fait mal, il y a des gens bons, qui font tout pour s'en sortir et n'hésitent pas à donner un coup de main à de parfaits inconnus. C'est le cas de Tom, qui fera plusieurs rencontres déterminantes au cours de son périple à travers l'Amérique poussiéreuse.

Les romans de Jack London occupent une grande place dans la vie des différents personnages, pour toutes sortes de raisons. Ses récits font rêver les plus jeunes et aident à supporter un quotidien teinté de violence et de poussière. Les enfants n'ont pas leur place dans ce monde impitoyable. L'humain, lorsqu'il est désespéré, est parfois poussé à commettre des crimes...

Toute la poussière du chemin est une bande dessinée très bien rendue. C'est une histoire sombre qui retrace une Amérique difficile où la violence est le lot quotidien. Malgré l'horreur, il y a parfois un peu d'espoir. Une histoire touchante et qui m'a, par moments, très émue. J'aime toujours beaucoup le travail de Jaime Martin et j'apprécie le traitement qu'il nous offre avec cette bande dessinée d'une période si noire de l'histoire Américaine.

Posté par Allie à 09:15 - Commentaires [8]
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19 juillet 2011

Le goût des pépins de pomme

goutdespepinsdepommeKatharina Hagena
Éditions Anne Carrière
267 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

À la mort de Bertha, ses trois filles, Inga, Harriet et Christa, et sa petite-fille, Iris, la narratrice, se retrouvent dans leur maison de famille, à Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne, pour la lecture du testament. A sa grande surprise, Iris hérite de la maison et doit décider en quelques jours de ce qu’elle va en faire. Bibliothécaire à Fribourg, elle n’envisage pas, dans un premier temps, de la conserver. Mais, à mesure qu’elle redécouvre chaque pièce, chaque parcelle du merveilleux jardin qui l’entoure, ses souvenirs se réveillent, reconstituant l’histoire émouvante, parfois rocambolesque, mais essentiellement tragique, de trois générations de femmes.

Mon commentaire:

Le goût des pépins de pomme est un roman de grande qualité, à l'écriture délicate. C'est une histoire pleine de beauté, dont certains passages sont sublimes. Une histoire où l'atmosphère est particulière. Les pages fleurent bon l'odeur des pommes et des chaudes journées d'été. J'ai entamé ma lecture une journée de canicule. Il faisait un soleil radieux, une petite brise entrait par la fenêtre et venait chatouiller les pages. Tout de suite, je faisais partie de l'histoire.

Ce roman raconte des souvenirs de famille. Iris, dont la grand-mère vient de mourir, hérite de la maison. Une vieille maison où les femmes de la famille ont vécu de grands moments de leur vie: naissances, amours, déceptions, tristesse, amitié, tragédie et petits bonheurs. Pour Iris, c'était la maison de l'été, la maison où elle passait ses grandes vacances. Il y avait sa cousine Rosemarie décédée trop jeune, Mira une amie toute en noire, les tantes, les grands-parents. Peu d'hommes, sauf le grand-père, un voisin et le petit Max, devenu maintenant l'avoué du village...

Les souvenirs d'Iris nous sont livrés par bribes, alors que la jeune femme revient dans la maison après la lecture du testament. Elle ne sait pas encore ce qu'elle en fera et se donne quelques jours pour y réfléchir. Elle erre d'une pièce à l'autre en nous racontant différentes anecdotes qui construisent lentement le portrait familial. À travers ses promenades dans le jardin, ses baignades au bord de l'eau, ses petites expéditions à vélo ou ses escapades pour se procurer à manger, elle raconte la vie des femmes de la famille. Comment le décès d'un parent, la maladie d'un autre, les jalousies, le passé, les amitiés qui s'effilochent, l'amour, peuvent changer la dynamique familiale.

La maison ici joue un rôle essentiel. C'est pratiquement un personnage du roman tant tout tourne autour d'elle. Chaque pièce est décrite et doucement revisitée. Les odeurs, les couleurs, les matériaux sont importants. Les livres aussi ont une grande place, car Iris travaille dans une grande bibliothèque. Les pièces débordent des reliques d'antan, quand la maison était toujours habitée. On ressent l'esprit de cette maison. On imagine très bien comment s'y déroulait la vie quotidienne, entre les pâturages, les herbes hautes, le jardin d'hiver, le verger gorgé de fruits. On sent les beaux jours qu'a connu cette maison et ses habitants, les souvenirs qui sont reliés à un endroit qui a compté dans l'enfance et auquel on revient à l'âge adulte. Rien n'est plus tout à fait pareil lorsque l'on vieillit...

Le goût des pépins de pomme est un roman livré avec pudeur, dont l'histoire s'installe tout doucement. Ce n'est qu'à la toute fin que l'histoire est complète, que l'on referme l'album de famille. C'est aussi l'instant où Iris sait ce qu'elle fera et où ses choix comptent plus que jamais. J'ai aimé l'épilogue à la fin, qui donne un aperçu de ce que deviennent les personnages. On ne délaisse pas si facilement les traditions familiales...

Si vous cherchez un roman à lire pendant vos vacances, c'est celui-ci qu'il vous faut. C'est un roman magnifique, qu'il faut découvrir assurément.

À noter la magnifique couverture (qui est beaucoup plus belle en vrai qu'en image) et qui reproduit une gravure coloriée de Friedrich Guimpel.

Quelques extraits:

"Après que Bertha fut elle-même tombée du pommier à soixante-trois ans et qu'à la suite de cet accident, les souvenirs commencèrent à se détacher d'elle, à tomber autour d'elle les uns après les autres, elle accepta la désagrégation sans combattre, tristement. Depuis toujours, dans notre famille comme ailleurs, le destin se manifeste en premier lieu sous la forme d'une chute. Et d'une pomme." p.73

"J'aimais lire et manger en même temps. Une tartine après l'autre, un gâteau après l'autre, sucré et salé en continuelle alternance. C'était merveilleux: les histoires d'amour avec une portion de gouda, les récits d'aventures avec du chocolat aux noisettes, les drames familiaux avec du muesli, les contes de fées avec des caramels mous, les romans de chevalerie avec des cookies. Dans beaucoup de livre, on passait à table quand le suspense était à son comble." p.163

"Le lendemain matin, ce devait être mardi, je courus nu-pieds jusqu'à la grande armoire et je l'ouvris toute grande. Cela sentait la laine, le bois, le camphre et aussi, mais imperceptiblement, l'eau de toilette de mon grand-père. Après un bref moment d'hésitation, j'en retirai une robe blanche à pois gris clair. Ç'avait été autrefois la robe de bal d'Inga, une robe fine et légère car la vague de chaleur persistait. Une tasse de thé à la main, je m'installai sur les marches du perron; on sentait que l'été était là pour de bon." p.179

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18 juillet 2011

La naissance d'une nation: Émilienne

naissancedunenation3Pierre Caron
Série La naissance d'une nation t.3
Bibliothèque Québécoise
532 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Du 14 septembre 1759 au 28 septembre 1760, en conséquence de la défaite de la bataille des Hauteurs d’Abraham, l’armée britannique occupe Québec, capitale de la Nouvelle-France qui, elle, est toujours française. Pendant cette année, Émilienne Devanchy vit dans la ville conquise, d’où on ne peut sortir et dont les Anglais interdisent l’entrée, l’angoisse des lendemains incertains, se consacrant aux soins des militaires, français et anglais, hospitalisés côte à côte à l’Hôtel-Dieu. De la même trempe que sa sœur Marie, femme d’action et de passion, Émilienne puise dans ses convictions et dans la volupté d’un grand amour la certitude que la guerre est éphémère et que toujours, la vie triomphe.

Mon commentaire:

Émilienne est le troisième et dernier tome de la série La naissance d'une nation. Québec est une ville assiégée. La bataille des plaines d'Abraham a eu lieu. Les deux camps relèvent leurs blessés et enterrent leurs morts. Les français veulent répliquer, mais en attendant, il faut bien vivre. La ville est dévastée. Les hôpitaux débordent, les français et les anglais y sont soignés pêle-mêle. La ville est dévastée et la famine fait rage. La monnaie de papier n'est plus reconnue et les gens s'apauvrissent rapidement.

Émilienne est une jeune femme forte, dans la lignée de celles qui l'ont précédé. Elle est la demi-soeur de Marie. Quand le roman commence, elle a déjà près de trente ans. Elle n'est pas mariée, a longtemps vécu en accord avec les Augustines et a même pensé prendre le voile. Sauf que c'est une femme charnelle, animée par la passion, qui ne trouve pas tout à fait sa place en religion. Déçue par un amour contrarié, elle met toutes ses énergies à offrir son temps auprès des malades. Quand la guerre éclate, elle est réquisitionnée pour servir d'interprète entre le médecin Irlandais qui soigne les blessés et les soeurs qui ne parlent que le français. Bien vite, Émilienne et Timothy se rapprochent...

Campé dans une ville bombardée et assiégée, ce roman met en évidence les tensions qui régnaient entre les Français et les Anglais. Abandonnés par la France qui ne s'occupait plus de sa colonie depuis trop longtemps, les Canadiens-français sont alors attaqués et déchirés, alors que l'ennemi est anglais. Si certains tableaux montrent des militaires cruels, d'autres racontent la presque bonne entente qui peut animer certains groupes. Émilienne ne se sent pas le droit d'aimer librement son irlandais, puisque même s'il n'est pas tout à fait anglais, il n'en demeure pas moins "l'ennemi".

Dans une ville à moitié détruite, décimée par la maladie et la famine, le lecteur assiste aux différentes relations que nouent des gens issus de toutes les couches de la société ainsi que des différents peuples: Français, Anglais, Irlandais, Amérindiens... Si on assiste à de nombreuses manoeuvres militaires et à des décisions politiques, Émilienne est aussi le roman d'une grande passion. Entre la guerre et l'hôpital où elle travaille, la jeune femme rencontre l'amour comme elle ne l'a jamais connu.

La naissance d'une nation est un grand roman en trois tomes, qui couvrent chacun une période particulière de notre histoire. Thérèse se déroulait à l'époque des premiers colons et des guerres iroquoises. Marie était le portrait d'une nation en développement, de l'abandon de la France et de gens qui croyaient en leur pays. Émilienne parle de la bataille des plaines d'Abraham et de l'ascension des Anglais. Trois époques charnières, trois femmes de tête pour les représenter. Cette saga familiale historique nous fait vivre l'histoire avec passion. Nous suivons l'évolution d'une famille au cours de son établissement en Nouvelle-France, à travers les époques. L'amour, la guerre, la mort, la naissance, la famille, le travail, tous les aspects d'une vie qui, à cette époque, ont fait de notre pays ce qu'il est aujourd'hui.

La naissance d'une nation est une belle et passionnante trilogie que je vous encourage à découvrir!

Un extrait:

"-J'aime l'hiver...
Elle avait toujours aimé la saison froide, sa lumière, ses humeurs changeantes sur fond de froidure blanche, la pureté de l'air, le chant du vent qui lisse les surfaces gelées, la chape feutrée dont il couvre la ville en harmonisant les bourdonnements dans une rumeur à demi éteinte.
Prenant un air absorbé, elle continua, après s'être assise sur le canapé:
-C'est l'hiver qui a inventé ce pays, Blanche, et il sait bien le tenir. Tu verras, dans les prochains jours, ce sera l'épreuve la plus périlleuse que les Anglais auront à affronter ici.
-Et ce sera bien fait!" p.324

Posté par Allie à 10:08 - Commentaires [6]
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15 juillet 2011

Une poignée de cendres

unepoigneedecendresEvelyn Waugh
Robert Laffont
392 pages

Résumé:

Féroce et comique tout à la fois, Une poignée de cendres est assurément l'un des plus grands classiques de l'humour anglais. Une lady saisie par la débauche, son nobliau de mari perdu dans la jungle amazonienne et condamné à lire à voix haute les oeuvres de Dickens pour ne pas mourir de faim! Jamais sans doute l'impertinence, voire la méchanceté, de l'auteur du Cher disparu et de Retour à Brideshead ne se sont exercées avec autant de virulence à l'égard de l'aristocratie de son pays. Et la critique vaudrait aussi bien aujourd'hui envers telle ou telle figure de nos sociétés contemporaines. Pour nombre des fidèles du "clan" des admirateurs de Waugh, ce roman iconoclaste reste son plus grand chef-d'oeuvre.

Mon commentaire:

Une poignée de cendres est un roman vraiment particulier. L'auteur nous présente une satire de la société bourgeoise anglaise et il ne ménage pas ses personnages. L'humour est dans les dialogues et les petits détails, mais il est grinçant à souhait. L'histoire est celle de la famille Last: Tony, Brenda et le petit John Adams. Ils vivent à Hetton, un château en ruines que Tony tente de faire restaurer. Tony adore Hetton, Brenda le déteste. Leur mariage bat de l'aile depuis que Brenda sort seule, à Londres. Elle y prend amant et appartement, ment à son mari, fait de "l'économie politique" pendant que celui-ci passe son temps entre Hetton et son club.

L'humour de Waugh est noir, caustique. On n'éclate pas de rire à toutes les pages, mais si on est sensible à ce type d'humour, on sourit beaucoup. Les scènes qu'il nous décrit sont férocement amusante. Elles vont d'un invité qui s'incruste au château et abuse de l'hospitalité jusqu'à la mise en scène étrange que manigance Tony pour obtenir le divorce. Même le terrible drame qui se joue lors d'une partie de chasse à courre a quelque chose de risible, tellement tous les personnages semblent déconnectés de la réalité. Alors que le corps refroidit d'un des personnages est exposé dans l'une des pièces, d'autres protagonistes jouent aux cartes en poussant des cris d'animaux dans la bibliothèque adjacente...

Evelyn Waugh nous présente la vie bourgeoise dans ce qu'elle a de plus absurde, des préoccupations complètement futiles aux échanges entre les personnages qui sonnent totalement vides. Les personnages sont tellement préoccupés par leur statut dans la société et ce qu'on dira d'eux dans les journaux mondains qu'ils se déresponsabilisent totalement. Pour notre plus grand plaisir, évidemment. Au fil du roman, un drame survient, qui fera éclater le mariage de Brenda et Tony, déjà fragile. Les situations qui suivent la demande de divorce sont grotesques et assez drôles. Puis arrive la dernière partie du roman qui compte deux fins différentes.

Il faut savoir que ce texte a d'abord été une nouvelle, du moins dans sa dernière partie. Puis, suite à une demande pour en faire un feuilleton, l'auteur en a écrit un roman et imaginé une fin différente. Il est très agréable de lire les deux versions qui, ma foi, sont excellentes chacune à leur façon. Si j'adore l'idée d'un Tony coincé dans la jungle et condamné à lire inlassablement Dickens à voix haute, l'idée d'un rapprochement entre les deux époux qui se tiraillaient me plaît aussi... façon Waugh bien sûr!

Une poignée de cendres était ma première incursion dans l'oeuvre de Waugh que je souhaitais lire depuis longtemps. J'ai passé un très bon moment avec cette lecture et je relirai l'auteur. Il s'agit d'une très belle découverte. Si vous êtes sensible à l'humour anglais et au sarcasme, c'est un auteur que vous devez absolument découvrir. Ne serait-ce que pour lire l'épisode de Tony dans la jungle, condamné à lire Dickens, épisode à l'origine de tout le roman.

Posté par Allie à 07:56 - Commentaires [12]
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