boisdesawgametAlexi Zentner
JC Lattès
296 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Dans les immenses forêts du Nord, à Sawgamet, une femme est en train de mourir. Stephen, son fils, contemple ce corps fragile sur le point de rejoindre ceux disparus avant elle, victimes de la magie ensorcelante de la forêt. A Sawgamet, colonie de bûcherons et de chercheurs d'or, le froid est si intense, la coupe si dangereuse et les esprits si susceptibles, que survivre est déjà presque une offense à la nature. Aujourd'hui, Stephen, devenu pasteur, vient reprendre sa place au sein de cette communauté. A l'approche d'un nouvel hiver, les souvenirs de cette saison redoutable et superbe s'imposent à lui ; mais c'est alors que les histoires contées par son grand-père Jeannot, magiques, vibrantes, ressurgissent et l'emportent sur les traces de ces générations unies par les drames et l'amour. Les bois de Sawgamet fait revivre un monde perdu, sauvage et merveilleux, où les hommes se révèlent dans la beauté stupéfiante de l'hiver.

Mon commentaire:

Alexi Zentner publie, avec Les bois de Sawgamet, son premier roman. Et quel roman! Porté par le vent du nord, l'histoire de Sawgamet se perd entre le réel et le merveilleux, entre les souvenirs et l'histoire.

Stephan nous raconte l'histoire de sa famille et, par le même fait, sa propre histoire. Il est pasteur et vient de rentrer à Sawgamet avec sa femme et leurs trois filles, alors que sa mère est mourante. Il n'était pas revenu dans ces lieux puissants et mystérieux, à la base même de la fondation de sa famille, depuis un long moment. Entre sa façon de vivre la mort lente de sa mère et les souvenirs qui le hantent, il nous raconte la fondation de Sawgamet et les liens qui unissent ceux qui l'ont précédé.

Sawgamet à été fondée au milieu de nul part, par Jeannot, le grand-père de Stephan, alors qu'il n'avait que 16 ans. S'étant fait surprendre par l'arrivée soudaine de l'hiver, Jeannot fut condamné à passer la froide saison dans une cabane rudimentaire. Il y découvre une pépite d'or grosse comme le poing, ce qui donne un nouvel élan à Sawgamet et attire rapidement les prospecteurs et les chercheurs d'or. Alors que tout le monde fait fortune avec l'or de Sawgamet, Jeannot ne trouve rien de plus et décide de se lancer en affaires en exploitant le bois particulièrement dur et de bonne qualité de la région.

À travers l'histoire de Jeannot se mêle aussi celle de sa femme, Martine, celle de son beau-frère Franklin, la naissance du père de Stephan, le départ de Jeannot et son retour, alors que Stephan est encore un jeune garçon impressionnable. Toute son enfance à été peuplée de légendes extraordinaires, des fantômes qui hantent la forêt. Les morts ne sont jamais bien loin et ils ont tous disparus de façon spectaculaire et tragique, condamnés par les éléments impitoyables d'un lieu plus grand que nature, comme l'est Sawgamet.

Sawgamet c'est la ruée vers l'or, le monde difficile des bûcherons et la dangereuse aventure de la drave. La nature est sauvage, impressionnante et n'offre que peu de répit. Mais les gens de Sawgamet l'aiment. Ils s'y sont habitués. C'est leur lieu de vie. Même quand la nature devient dangereuse, comme cet hiver où le père et la sœur de Stephan ont disparus, ou encore l'hiver où Sawgamet à été enseveli jusqu'en juillet, sous de nombreux mètres de neige, et que la survie était la seule préoccupation des grands-parents de Stephan, coupés du monde sous la glace.

Impitoyable nature qui ne fait pas les choses à moitié. L'hiver dure une grande partie de l'année. Mais il fait partie du récit, au même titre que les personnages. Les gens y sont attachés et ils vivent en symbiose avec une nature à la fois merveilleuse et dure, qui offre toute la beauté du monde, mais également la réalité la plus cruelle. Entre les arbres, sous le froid et la glace, se cache aussi des réalités qui dépassent l'entendement et se frottent aux légendes et au merveilleux.

Les bois de Sawgamet a été une lecture marquante pour moi, un roman qui a su me faire vibrer d'une page à l'autre. Certains passages sont tout simplement splendides.  L'écriture est fine, ciselée, élégante, par moment presque poétique, d'un réalisme époustouflant. L'atmosphère y est incomparable. Les personnages nous habitent et semblent tout droit sortis d'une légende. On peut presque entendre les bruits des scies au travail, sentir l'odeur glacée de la neige, observer la sombre forêt, qui cache peut-être une mystérieuse créature en son sein...

Un roman à découvrir!

Quelques extraits:

"Le soir, il nous racontait des histoires sur son père, Jeannot, qui avait trouvé de l'or et fondé Sawgamet, puis sur le long hiver qui avait suivi l'expansion de la ville. Il nous parlait de la qallupilluit et de l'amagud, le loup farceur, du loup-garou et de l'adlet buveur de sang, de tous les monstres et sorcières des forêts. Il nous parlait des événements surnaturels auxquels il avait assisté dans les coupes, les grains de sciures auxquels poussaient des ailes et qui volaient comme des moustiques sous les chemises des bûcherons, un arbre qui s'était relevé et avait échappé aux dents aiguisées de la scie. Il nous parlait de la grume qu'il avait coupée en deux et où il avait trouvé un royaume de fées, de l'unique coup de hache par laquel il avait dégagé une forêt entière, de la famille d'arbres entortillés les uns dans les autres, dressés vers le ciel, noués d'amour." p.16

"-Gardez une lanterne allumée, dit mon père.
-Oh il ne fait pas si sombre, enfin pas encore.
-Derrière les fenêtres, dit mon père. si vous devez sortir avec ce temps, ayez toujours une lumière à la fenêtre, pour retrouver votre chemin.
-Ce ne sont que quelques mètres, dit le père Earl.
-Les hommes tournent vite en rond, répondit mon père. Ne laissez pas les qallupilluits vous entraîner. Si elles vous appellent, ne les écoutez pas.
Le père Earl esquissa un sourire, puis il comprit que mon père ne plaisantait pas." p.202