Le testament du comte Brasov
Marniquet & Chanoinat
Série Les démons des Carpathes tome 1
Delcourt
47 pages
Résumé:
1924. Sean Mulligan, maître de la littérature fantastique, apprend qu'il est l'héritier des biens du comte Brasov, un personnage redouté de Transylvanie qui a inspiré l'un de ses romans. II découvre que le comte lui a légué une bibliothèque riche manuscrits uniques. Mais il s'avère que les auteurs de ces oeuvre parmi lesquels Bram Stoker et Conan Doyle, n'ont aucun souvenir de les avoir écrites ! Accompagné par le détective Mackinlay, Mulligan décide alors de se rendre dans les Carpathes, bien décidé à lever le voile sur la personnalité trouble du comte Brasov. Les deux hommes vont y découvrir un monde où les plus noirs cauchemars peuvent devenir réalité...
Mon commentaire:
Voilà une bande dessinée qui m'a tout de suite séduite et que j'étais certaine d'aimer. Et c'est le cas! Il s'agit d'un premier tome d'une série, mais j'ignore combien de tomes elle comportera. Le second m'attend dans ma pile à lire et j'en suis très heureuse! Parlons donc de ce premier tome.
Tout d'abord, le dessin. Il est classique, clair et fluide, je trouve qu'il reproduit bien l'époque à laquelle se déroule l'histoire. Les couleurs terre y contribuent également. Ce que j'ai particulièrement apprécié: l'écriture dans les bulles. Elle est reposante et c'est un charme à lire! Ça mérite d'être souligné puisque ce n'est pas toujours le cas, certains auteurs rendent leurs bulles quasiment illisibles.
L'histoire quant à elle, est originale et me plaît beaucoup. Il est difficile de parler de cet album sans trop révéler l'essence même des mystères qui se cachent dans le château du Comte Brasov. Je pense qu'une partie du plaisir de la lecture réside en la découverte peu à peu des lieux et des personnages. Je me contenterai donc de dire que Sean Mulligan, un écrivain, est l'héritier du comte de Brasov et se rend (à contrecoeur) dans les Carpathes pour voir en personne ce qui constitue son héritage. Sachez que l'album regorge de lieux mystérieux, d'un château aux corridors glacés où circule une domesticité pour le moins étrange et de dinosaures qui survolent les carpathes. Oui oui, des dinosaures. On se demande, en regardant les couvertures des albums, ce que ces bêtes gigantesques et hors du temps font en 1924. Rassurez-vous, dès qu'on a compris pourquoi et surtout comment ils sont arrivés là, l'histoire est très fluide et compréhensible.
De plus, cet album regorge de références littéraires. Les personnages baignent dans la littérature, rencontrent Bram Stoker ou Arthur Conan Doyle et s'offrent la lecture de manuscrits originaux d'auteurs réputés tels que Stevenson, Bloch, Poe et Lovecraft dans la bibliothèque du château. Rien de moins!
Pour un premier tome qui met les personnages, les décors et l'intrigue en place, je trouve qu'il n'y a pas de longueurs et que les auteurs nous offrent une bonne progression vers le second tome. La suite laisse d'ailleurs présager le pire à venir! C'est donc une très bonne bande dessinée, que je conseille fortement aux amateurs d'histoires classiques, de littérature et qui n'ont pas peur de mêler ces éléments à une bonne dose de fantastique!
Charles 4
Dominique Giroux
illustrations de Claude Favreau
Les 400 coups
32 pages
Résumé:
Charles 4 en a assez de ressembler à Charles 1, 2 et 3, et d'être gentil et poli. Avec l'aide de son amie Aveline, il décide de changer radicalement de personnalité. C'est réussi ! Charles est métamorphosé. Mais voilà que le doute s'installe : la colère des grands Charles sera sans doute terrible... Ah oui ? Il pourrait être surpris...
Mon commentaire:
Charles a une famille où l'originalité n'existe pas. Tous se ressemblent de père en fils, ont un comportement exemplaire, s'habillent de façon identique et s'appellent tous Charles. C'est pourquoi on appelle le petit dernier Charles 4.
Mais Charles 4 en a assez d'être parfait. Il veut être unique et différent. Avec sa grande amie Aveline et son chien Choucroute, Charles entreprend de changer radicalement. Au début, il trouve ça amusant, jusqu'à ce qu'il doive se présenter devant les autres Charles. Il a maintenant peur de leur réaction face au nouveau Charles qu'il est devenu...
Charles 4 est un album sur la famille et sur le désir de se démarquer des autres, de prendre sa place, d'être unique et d'avoir une personnalité propre. Toutes les étapes du changement, de la décision à l'acceptation, se retrouvent dans ce coloré album. La transformation de Charles 4 ne sera pas de tout repos car il vit dans une famille où il est difficile d'être unique!
C'est un album amusant qui donne à réfléchir sur la personnalité de chacun au sein d'une famille. Les illustrations sont vives, colorées et tout en mouvement. La thématique du changement et de l'affirmation de soi est abordée de façon amusante. Charles 4 est en quelque sorte un message pour les parents et un moment de lecture réjouissant pour les enfants!
Quelques extraits:
"...je m'appelle Charles. Comme mon père, mon grand-père et mon arrière-grand-père. Je leur ressemble tellement! Évidemment, il me manque encore la moustache et quelques centimètres, mais n'empêche! Pour me reconnaître, on dit Charles 4."
"Moi je veux porter des vêtements rigolos: des chandails colorés, des pantalons picotés, des salopette rayées. Je veux m'habiller de bouts d'arc-en-ciel, de rayons de soleil et de croissants de lune."
L'embranchement de Mugby
Rodolphe
illustrations de Estelle Meyrand
d'après l'oeuvre de Charles Dickens
Delcourt
41 pages
Résumé:
À la gare de triage de Mugby, des dizaines de voies s'enfoncent dans le brouillard et la pénombre de la nuit. En cette veille de Noël, un homme s'interroge : sur laquelle de ces voies l'attend son avenir, son destin, son bonheur...
Mon commentaire:
L'année dernière, j'ai découvert la magnifique adaptation en bandes dessinées du célèbre conte Un chant de Noël de Dickens, créée par les mêmes auteurs. Il était donc tout naturel que je me penche sur cette autre adaptation d'une oeuvre de Dickens, toujours de Rodolphe et Estelle Meyrand. Leur travail est magnifique est vaut largement le détour.
Cette histoire s'inspire du conte de Noël de Dickens, L'embranchement de Mugby. Il s'agit d'un des tout derniers contes qu'il écrivit pour le magazine qu'il dirigeait. Cette histoire débute sombrement, avant de connaître une fin heureuse et touchante.
L'histoire est celle d'un homme qui arrive à Mugby, sorte de gare fantôme un peu étrange. En attendant les porteurs il discute avec l'homme s'occupant des lampes, avant de se faire conseiller un endroit où passer la nuit. L'homme est à un tournant de sa vie. Il ne vivait que pour son travail. Quand sa femme le quitte pour son meilleur ami, il ne lui reste plus rien. Il décide de tout quitter pour partir. Il prend le train et arrive à Mugby. Il y rencontrera une jeune femme étonnante, clouée à un lit. Mugby, c'est une gare où plusieurs embranchement se croisent. Sous l'insistance de sa nouvelle amie, il décide d'essayer les différentes directions à la recherche d'une nouvelle vie. Mais voilà, le bonheur est parfois sous nos yeux et on ne le voit même pas...
Cette histoire est belle et touchante. C'est une bande dessinée qui raconte une quête qui est celle de tout le monde: la recherche du bonheur. Notre personnage le recherche au bout du monde, alors qu'il se trouve déjà en possession de ce qu'il désire. Il suffit pour cela de s'ouvrir aux autres et d'être à l'écoute de lui-même. L'homme est à un tournant de sa vie. Il doit faire des choix.
J'adore les illustrations de cette bd. Les images sont un peu brumeuses, vraiment lumineuses et pleines de promesse. Estelle Meyrand a un coup de crayon qui me plaît, particulier et reconnaissable entre tous. Ce duo qu'elle forme avec Rodolphe est décidément très heureux, puisque leurs deux adaptations de contes de Dickens sont vraiment réussies. J'espère que ce ne seront pas les dernières.
L'embranchement de Mugby est une histoire sur la vie et les choix, sur la quête du bonheur et l'importance des autres dans nos vies. Le tout, se déroulant à quelques jours de Noël.
Vraiment, une bd et un duo d'auteur-illustratrice à découvrir!
Les trésors officiels du hockey de la LNH
Dan Diamond
Éditions Caractère
64 pages
Résumé:
Cet ouvrage interactif pour collectionneurs permet aux amateurs de revivre toutes les émotions du hockey grâce à des reproductions authentiques de rares souvenirs. Les trésors officiels du hockey de la LNH - Nouvelle éditions vous offre des centaines de photos racontant la longue et palpitante histoire de notre sport bien-aimé. Ce livre offre une impressionnante collection de 30 reproductions détachables de souvenirs et d'artéfacts de hockey d'une valeur historique inestimable.
Mon commentaire:
Saviez-vous qu'au XVIe siècle, on pratiquait en Hollande des jeux sur glace qui ressemblaient étrangement au hockey? Que la première partie intérieure, aurait eu lieue à Montréal, en mars 1875? Que la Coupe Stanley doit son nom et sa présence dans le hockey professionnel à un aristocrate britannique, ancien Gouverneur-Général du Canada? Que ce sont les fabricants d'attelages de chevaux qui ont inspirés l'équipement de hockey? Que le port du casque est obligatoire au hockey depuis les années 70, soit depuis le décès d'un joueur, Bill Masterton?
Que l'on s'intéresse un peu ou beaucoup au hockey, ce livre est vraiment bien conçu. Chaque page est en couleurs, visuellement très intéressante, avec ses photos, tableaux, encadrés colorés et anecdotes de toutes sortes. L'ouvrage a suscité beaucoup d'intérêt autour de moi. Il a rappelé des souvenirs à certains et à appris beaucoup de choses à tous. C'est un livre abordable tant pour les adolescents que pour les adultes. Son attrait, outre sa présentation, réside dans un fait majeur: la présence de reproductions de reliques d'époque. Chaque fois que l'on tourne une page, on retrouve une pochette avec des reproductions d'époque: livret souvenir, cartes de hockey, note du président de la LNH datant de 1955, contrat de joueur, télégramme, calendrier, talons de billets, croquis, etc. Chaque article est manipulable et c'est d'autant plus intéressant que ça donne une très bonne idée des différentes époques et de l'évolution du sport.
De nombreux aspects du hockey sont abordés dans ce livre: les origines, le XIXe siècle, la Coupe Stanley, la LNH, l'évolution de l'équipement, le hockey à la radio et à la télévision, les années de misère, les meilleurs gardiens, la guerre, le Temple de la renommée, les joueurs, la série du siècle, les rivalités, les articles de collection, les entraîneurs, la mondialisation du hockey et le sport d'aujourd'hui. Chaque thème tient sur deux pages et est illustré de photos et d'objets tirés des archives.
Vraiment, un ouvrage à offrir ou à s'offrir si on s'intéresse au hockey. Il y a beaucoup à découvrir sur notre sport national et ce livre a été une belle lecture pour moi.
100 bonshommes de neige
Andrée Poulin
illustrations de Qin Leng
Éditions Dominique et compagnie
32 pages
Résumé:
Dans la classe de Madame Popo, les enfants adorent toucher son bedon bien rond et jouer à inventer des noms pour son enfant qui naîtra bientôt. Mais un jour, madame Popo ne vient pas en classe et les élèves apprennent que leur enseignante a perdu son bébé. Pour la consoler, les enfants décident de faire cent bonshommes de neige devant la maison de madame Popo. C’est le début d’une grande et belle histoire, à la fois émouvante, et remplie de sourires et de poésie.
Mon commentaire:
100 bonshommes de neige est un album tout à fait charmant. C'est une touchante histoire qui raconte avec douceur la perte d'un enfant à naître, mais surtout l'immense peine qui accable la future mère. C'est un sujet qui me semble assez peu traité en littérature jeunesse, surtout auprès des tout-petits.
Alors que la venue d'un petit bébé fascine beaucoup les enfants, leur professeur qui attend l'heureux événement s'absente un matin. On annonce aux petits que leur maîtresse adorée vient de perdre son enfant. La jeune femme ne sort plus de chez elle, tellement elle est accablée de chagrin. Clémentine propose alors à ses petits compagnons de classe de faire 100 bonshommes de neige pour faire sortir de sa maison Madame Popo, et peut-être aussi la faire sourire un peu, elle qui adore les bonshommes de neigeé Elle faisait faire aux enfants lors des belles journées d'hiver. Mais pour des petits bras, façonner 100 bonshommes de neige, ce n'est pas une mince affaire!
Une belle histoire sur le partage, l'entraide, l'amour et l'empathie. J'ai aimé la façon dont le sujet est traité, misant sur les scènes colorées, douces et enneigées pour chasser la morosité et le drame entourant la perte d'un bébé à naître. Offrir attention et petits plaisirs aux gens qui vivent des moments difficiles, ça réchauffe le cœur et ça donne envie de sourire.
Un album magnifique et touchant!
Vie de chien!
Araldo De Luca
Éditions White Star
208 pages
Résumé:
Qui n'a jamais été amusé par les mille et une mimiques de nos amis les chiens ? Indolents ou exubérants, entêtés ou généreux, nos fidèles compagnons, incroyables descendants des loups, nous accompagnent dans la vie quotidienne avec une sympathie instinctive, répondant toujours à notre affection par de nombreux câlins. Tout le charme de ces aimables animaux nous est révélé au fil des pages à travers les photographies d'Araldo De Luca qui, par leur humour et leur originalité, soulignent le caractère indiscutablement attachant du " meilleur ami de l'homme ".
Mon commentaire:
Vie de chien! est un livre de grand format, nous offrant de très jolies photographies de chiens. Offrant un tour d'horizon de plusieurs races, le livre est divisé en plusieurs sections traitant du chien sous plusieurs angles: les portraits de races, les chiots, les générations (des chiots et leurs parents), le jeu et les grimaces.
Chaque photographie pleine page et grand format est accompagnée d'un court texte, un mot ou une phrase résumé avec humour le sujet principal de la photographie. Les chiens sont le sujet principal du livre, les photos leur laissent toute la place en nous les montrant sur fond noir ou blanc. Le livre contient, entre autres, plusieurs photographies de bulldogs, pour mon plus grand plaisir! Certaines images sont amusantes, touchantes, jolies, paisibles ou très expressives. Les chiens prennent une grande place dans ma vie et ces images illustrent bien le rôle important qu'ils ont.
De nombreuses photographies sont accompagnées de citations sur les chiens. J'en ai relevé quelques unes que je vous partage:
"Si tu regardes un chien et que tu n'éprouves pas de suite de l'affection pour lui, tu dois être un chat."
"Regarde ton chien dans les yeux et tu ne pourras affirmer qu'il n'a pas d'âme." [Victor Hugo]
"Le chien possède la beauté sans la vanité, la force sans l'insolence, le courage sans la férocité et toutes les vertus de l'homme sans ses vices" [Lord Byron]
"Le chien a l'âme du philosophe." [Platon]
"Peu importe que vous n'ayez ni argent ni biens, le seul fait de posséder un chien vous rend riche." [Louis Sabin]
Un très beau livre à réserver aux vrais amateurs de chiens et de jolies photographies!
À l'orée de la forêt
Jonathan London
illustrations de Barbara Firth
L'école des Loisirs
32 pages
Résumé:
Par un hiver très froid, des coyotes viennent rôder autour de la bergerie. Le père de famille a juré de défendre ses moutons; quant au fils, il découvre la beauté de l'animal sauvage et en reste émerveillé. Mais, une nuit, un coyote s'attaque au troupeau, et le père prend son fusil... Une histoire où l'amour des bêtes se conjugue au respect dû à l'homme et à ses moyens de subsistance, ce qui est rare à notre époque qui trop souvent semble vouloir les opposer l'un à l'autre.
Mon commentaire:
Un petit garçon, le narrateur, raconte l'hiver où les coyotes sont venus dans la région. Avec son père, le garçon travaille fort sur la ferme. Le père et le fils vivent en région éloignée, la vie est rude et la ferme est leur moyen de subsistance. Quand les coyotes rôdent près de la ferme, il faut se défendre et surtout défendre les moutons contre les attaques. Un jour, le garçon décide de suivre les traces de pattes dans la neige. Il enfile ses raquettes et se lance sur la piste des coyotes. Sa rencontre avec l'un d'eux dans la forêt et la beauté de l'animal le fascine.
Les saisons passent, puis un mouton est attaqué. Il est alors temps de sévir si l'on veut sauvegarder son gagne-pain. Le père et le fils traquent les coyotes pour éviter que leur troupeau ne soit décimé. Le père se préparer à tirer avec son fusil, jusqu'à ce qu'il aperçoive quelque chose qui le fera changer d'idée...
Cet album présente la dualité entre l'homme qui a une vie difficile et travaille sur une ferme pour subsister et le respect des animaux. L'album présente une solution plus humaine à la traque animale. La protection de son bien, oui, mais pas à n'importe quel prix. À l'orée de la forêt propose une leçon de morale sur la protection de la faune et sur le fait que chaque être vivant est important, qu'il a sa place tout comme l'homme et qu'il y a moyen de cohabiter tous ensemble sur un même territoire.
Un album que je trouve magnifique, tant pour ses illustrations aux couleurs diluées, tendres, qui représentent bien la vie en pleine nature, que pour son histoire touchante sur la cohabitation des bêtes et des hommes dans la nature. Les scènes d'hiver sont très belles et démontrent bien la vie en forêt, où la nature y est impressionnante.
Grandir dans la neige
Gilles Pellerin
illustrations de Clarence Gagnon
Musée national des Beaux-arts du Québec
48 pages
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Résumé:
S’inspirant de l’univers pittoresque de Clarence Gagnon – l’un des plus grands peintres paysagistes de l’histoire de l’art québécois et canadien –, le nouvelliste Gilles Pellerin raconte avec virtuosité l’histoire d’Olivier, un jeune garçon venu d’un pays lointain, et celle de ses parents adoptifs Stéphane et Isabelle. Au gré d’un voyage qui nous entraîne aussi bien sur les pistes enneigées de Québec, de la côte nord du fleuve Saint-Laurent ou de Baie-Saint-Paul qu’à Paris ou en Bretagne, l’auteur évoque les doutes associés à l’adolescence, à l’environnement et aux saisons dans la quête de ses racines, de son identité et dans la définition de sa personnalité.
Mon commentaire:
Clarence Gagnon est un peintre québécois, décédé en 1942. C'est l'un de nos grands peintres paysagistes et, même quand il voyageait dans le monde, n'oubliait pas les racines qui le rattachaient au Québec. Son travail est aux couleurs de chez nous, avec ses maisons anciennes et colorées, ses tempêtes de neige. J'aime particulièrement ses tableaux hivernaux, comme Le pont de glace à Québec et La maison jaune. Matinée d'hiver à Baie-Saint-Paul est aussi un tableau extraordinairement familier pour nous, les québécois. Clarence Gagnon a aussi fait de l'illustration, des cartes de voeux en passant par la mise en images de romans. On lui doit l'illustration du roman de Louis Hémon, Maria Chapdelaine, dont on retrouve d'ailleurs un tableau à la gouache dans ce livre.
L'histoire de Grandir dans la neige est celle d'Olivier. Il a été adopté. Il est à la fin de l'enfance, début de l'adolescence, et il remet en question sa place au sein de sa famille. Il nourrit sa tristesse d'une autre famille qu'il n'a pas connu en se détachant des autres et en pestant contre l'hiver d'un pays qu'il ne comprend plus. Étrangement, c'est cet hiver-là, si rude soit-il, qui rapprochera la famille et qui permettra à Olivier et ses parents de se retrouver.
Le récit de Gilles Pellerin est très émouvant. C'est un album sur ce qu'est véritablement une famille, sur les liens entre ses membres et sur ce qui les unit. Quel est notre héritage familial, que l'on soit d'ici ou d'ailleurs? Cette vie familiale qui nous est racontée l'est toujours en parallèle avec l'art et l'artiste. Le texte comprend plusieurs réflexion sur l'art et l'oeuvre de Clarence Gagnon revient inlassablement dans la vie d'Olivier, soit par des visites au musée ou par des histoires qu'on lui raconte. Le texte est profond et porté par une écriture particulièrement riche. Le talent de Gilles Pellerin est de nous faire pénétrer dans l'intimité de ses personnages, en quelques lignes, quelques mots. J'ai tant aimé sa plume que je me suis déjà commandé un de ses livres. Il a beaucoup écrit.
Grandir dans la neige est un album merveilleux, tendre et touchant, sur l'art et sur les repères familiaux. C'est l'un des plus beaux hommages à la famille que l'on peut lire, en plus de combiner les oeuvres magnifique de Clarence Gagnon à un travail d'écriture de qualité.
À découvrir!
En complément:
On peut trouver la liste de tous les albums de la même collection (un récit inspiré de l'oeuvre d'un artiste) à la boutique du Musée des beaux-arts du Québec.
Quelques extraits:
"-Quand on vit dans un pays enneigé comme le nôtre, on a parfois besoin d'aller chercher des trésors au loin. Quand on les déniche, ils n'en sont que plus précieux.
Olivier comprend que c'est de lui que parle son père." p.14
"Isabelle prétend même que les grelots sonnent mieux par grand froid. L'air était vif, pur, lumineux. Isabelle excelle à faire surgir le lointain. Avec un chocolat chaud, c'est encore meilleur. Surtout si on se blottit dans la catalogne de grand-maman.
-Grand-maman l'a faite sur le modèle de ce que lui avait enseigné sa propre mère.
De toutes les couvertures, c'est celle qui convient le mieux à ces moments de proximité. On dirait qu'elle enveloppe mieux que les autres.
-Le pont de glace n'a plus sa raison d'être aujourd'hui: si on veut aller de la Côte-de-Beaupré à l'île, il suffit d'emprunter le pont. Pourtant, des gens ont repris la tradition. À une époque, les amoureux attelaient leurs chevaux pour aller voir leurs fiancées. Cet après-midi, j'ai eu l'impression de voyager dans le temps, de me retrouver en compagnie de ceux qui ont eu l'idée géniale de profiter des grands froids pour traverser le fleuve. J'ajoute une guimauve sur le chocolat chaud?
On comprend pourquoi elle et Stéphane s'entendent si bien: ils ne se limitent pas au présent et à eux-mêmes. Toujours il cherchent à se situer par rapport à ce qui déborde d'eux, de ce qu'ils sont." p.16
L’Herbier des Fées
Benjamin Lacombe
Sébastien Perez
Illustrations de Benjamin Lacombe
Éditions Albin Michel
68 pages
Résumé:
L’Herbier des Fées est le carnet intime d’un éminent botaniste russe. Détaché du cabinet des sciences occultes de Raspoutine, en quête d’un élixir d’immortalité, ses recherches le mènent en forêt de Brocéliande, célèbre pour ses plantes médicinales et ses légendes. Ce qu’il découvre dans ces bois va bouleverser sa vie à jamais…
Mon commentaire:
Aleksandr Bogdanovich est né en 1876 en Russie. Il intègre l'école d'agronomie à l'âge de seize ans et est tellement doué que le Cabinet des sciences occultes de Raspoutine le contacte afin de faire partie de l'élite scientifique. En 1914, sous les ordres de Raspoutine, il se rend dans la forte de Brocéliande afin d'élaborer un élixir d'immortalité. Sa femme - une célèbre danseuse de ballet - et sa fille sont restées à la maison. Bogdanovich leur écrit, puis ses lettres s'espacent de plus en plus. Ce qu'il découvre dans la forêt de Brocéliande est tout à fait incroyable...
Quelle histoire n'est-ce pas? On y croirait. Cet ouvrage couple un journal et un herbier, conçus de telle façon que tout nous semble vrai. L'ouvrage débute par une petite biographie d'Aleksandr avant de laisser la place à son journal. De nombreuses illustrations, croquis, plantes et notes se retrouvent dans ses écrits. Aleksandr s'installe à Broceliande, puis commence à noter des informations sur les plantes qu'il recueille. Son cahier ressemble à celui de n'importe quel botaniste: extraits de plantes, notes sur son apparence et ses propriétés, coupe du fruit ou de ses particularités, etc. Puis, Aleksandr fait une découverte étonnante: le monde de Broceliande, surtout celui des plantes, est peuplé d'êtres merveilleux, particuliers et totalement inconnus! S'il prévient rapidement les autorités russes de ses découvertes, toute cette histoire semble l'atteindre de plus en plus au fil du temps et cette rencontre avec le monde des fées changera complètement sa vie...
L'herbier des fées est un livre totalement époustouflant. Son histoire est captivante et la construction du livre donne encore plus l'impression pour le lecteur de lire le journal d'Aleksandr. La curiosité est poussée à son maximum et c'est avec un intérêt grandissant que l'on tourne les pages pour découvrir l'avancé des travaux du botaniste.
Visuellement, l'ouvrage est parfait. Il mêle les éléments botaniques réels aux personnages des fées. Certaines pages sont différentes des autres, en étant imprimées sur du papier calque épais, elles laissent passer certaines images de pages en pages. D'autres sont aussi découpées de façon spectaculaire, rappelant le feuillage des plantes et les feuilles grignotées par les insectes. Il y a aussi un côté sombre aux illustrations, qui sont à la fois colorées et nimbées de mystère.
Au fil des pages, on retrouve aussi des photos des personnages, des lettres qu'ils échangent entre eux, ainsi que des coupures de presse. On perçoit de plus en plus les changements qui surviennent chez Aleksandr et l'inquiétude de sa femme qui, en Russie, s'inquiète de plus en plus. La fin du livre est mystérieuse, laissant planer toutes sortes de suppositions. C'est une histoire intrigante que celle de Broceliande et du botaniste russe, racontée en compilant toutes sortes de documents qui ne forment finalement qu'un tout.
Un ouvrage d'une grande finesse, merveilleux et incroyablement prenant. Visuellement, c'est également une réussite puisque le livre est une véritable œuvre d'art. Définitivement, j'aime le travail de Benjamin Lacombe et Sébastien Perez.
Un livre que je vous conseille, si vous aimez tout ce qui touche à la botanique et au monde merveilleux des fées.
Les bois de Sawgamet
Alexi Zentner
JC Lattès
296 pages![]()
Résumé:
Dans les immenses forêts du Nord, à Sawgamet, une femme est en train de mourir. Stephen, son fils, contemple ce corps fragile sur le point de rejoindre ceux disparus avant elle, victimes de la magie ensorcelante de la forêt. A Sawgamet, colonie de bûcherons et de chercheurs d'or, le froid est si intense, la coupe si dangereuse et les esprits si susceptibles, que survivre est déjà presque une offense à la nature. Aujourd'hui, Stephen, devenu pasteur, vient reprendre sa place au sein de cette communauté. A l'approche d'un nouvel hiver, les souvenirs de cette saison redoutable et superbe s'imposent à lui ; mais c'est alors que les histoires contées par son grand-père Jeannot, magiques, vibrantes, ressurgissent et l'emportent sur les traces de ces générations unies par les drames et l'amour. Les bois de Sawgamet fait revivre un monde perdu, sauvage et merveilleux, où les hommes se révèlent dans la beauté stupéfiante de l'hiver.
Mon commentaire:
Alexi Zentner publie, avec Les bois de Sawgamet, son premier roman. Et quel roman! Porté par le vent du nord, l'histoire de Sawgamet se perd entre le réel et le merveilleux, entre les souvenirs et l'histoire.
Stephan nous raconte l'histoire de sa famille et, par le même fait, sa propre histoire. Il est pasteur et vient de rentrer à Sawgamet avec sa femme et leurs trois filles, alors que sa mère est mourante. Il n'était pas revenu dans ces lieux puissants et mystérieux, à la base même de la fondation de sa famille, depuis un long moment. Entre sa façon de vivre la mort lente de sa mère et les souvenirs qui le hantent, il nous raconte la fondation de Sawgamet et les liens qui unissent ceux qui l'ont précédé.
Sawgamet à été fondée au milieu de nul part, par Jeannot, le grand-père de Stephan, alors qu'il n'avait que 16 ans. S'étant fait surprendre par l'arrivée soudaine de l'hiver, Jeannot fut condamné à passer la froide saison dans une cabane rudimentaire. Il y découvre une pépite d'or grosse comme le poing, ce qui donne un nouvel élan à Sawgamet et attire rapidement les prospecteurs et les chercheurs d'or. Alors que tout le monde fait fortune avec l'or de Sawgamet, Jeannot ne trouve rien de plus et décide de se lancer en affaires en exploitant le bois particulièrement dur et de bonne qualité de la région.
À travers l'histoire de Jeannot se mêle aussi celle de sa femme, Martine, celle de son beau-frère Franklin, la naissance du père de Stephan, le départ de Jeannot et son retour, alors que Stephan est encore un jeune garçon impressionnable. Toute son enfance à été peuplée de légendes extraordinaires, des fantômes qui hantent la forêt. Les morts ne sont jamais bien loin et ils ont tous disparus de façon spectaculaire et tragique, condamnés par les éléments impitoyables d'un lieu plus grand que nature, comme l'est Sawgamet.
Sawgamet c'est la ruée vers l'or, le monde difficile des bûcherons et la dangereuse aventure de la drave. La nature est sauvage, impressionnante et n'offre que peu de répit. Mais les gens de Sawgamet l'aiment. Ils s'y sont habitués. C'est leur lieu de vie. Même quand la nature devient dangereuse, comme cet hiver où le père et la sœur de Stephan ont disparus, ou encore l'hiver où Sawgamet à été enseveli jusqu'en juillet, sous de nombreux mètres de neige, et que la survie était la seule préoccupation des grands-parents de Stephan, coupés du monde sous la glace.
Impitoyable nature qui ne fait pas les choses à moitié. L'hiver dure une grande partie de l'année. Mais il fait partie du récit, au même titre que les personnages. Les gens y sont attachés et ils vivent en symbiose avec une nature à la fois merveilleuse et dure, qui offre toute la beauté du monde, mais également la réalité la plus cruelle. Entre les arbres, sous le froid et la glace, se cache aussi des réalités qui dépassent l'entendement et se frottent aux légendes et au merveilleux.
Les bois de Sawgamet a été une lecture marquante pour moi, un roman qui a su me faire vibrer d'une page à l'autre. Certains passages sont tout simplement splendides. L'écriture est fine, ciselée, élégante, par moment presque poétique, d'un réalisme époustouflant. L'atmosphère y est incomparable. Les personnages nous habitent et semblent tout droit sortis d'une légende. On peut presque entendre les bruits des scies au travail, sentir l'odeur glacée de la neige, observer la sombre forêt, qui cache peut-être une mystérieuse créature en son sein...
Un roman à découvrir!
Quelques extraits:
"Le soir, il nous racontait des histoires sur son père, Jeannot, qui avait trouvé de l'or et fondé Sawgamet, puis sur le long hiver qui avait suivi l'expansion de la ville. Il nous parlait de la qallupilluit et de l'amagud, le loup farceur, du loup-garou et de l'adlet buveur de sang, de tous les monstres et sorcières des forêts. Il nous parlait des événements surnaturels auxquels il avait assisté dans les coupes, les grains de sciures auxquels poussaient des ailes et qui volaient comme des moustiques sous les chemises des bûcherons, un arbre qui s'était relevé et avait échappé aux dents aiguisées de la scie. Il nous parlait de la grume qu'il avait coupée en deux et où il avait trouvé un royaume de fées, de l'unique coup de hache par laquel il avait dégagé une forêt entière, de la famille d'arbres entortillés les uns dans les autres, dressés vers le ciel, noués d'amour." p.16
"-Gardez une lanterne allumée, dit mon père.
-Oh il ne fait pas si sombre, enfin pas encore.
-Derrière les fenêtres, dit mon père. si vous devez sortir avec ce temps, ayez toujours une lumière à la fenêtre, pour retrouver votre chemin.
-Ce ne sont que quelques mètres, dit le père Earl.
-Les hommes tournent vite en rond, répondit mon père. Ne laissez pas les qallupilluits vous entraîner. Si elles vous appellent, ne les écoutez pas.
Le père Earl esquissa un sourire, puis il comprit que mon père ne plaisantait pas." p.202





























