13 avril 2008
Le vieil homme et la mer
Le vieil homme et la mer - Ernest Hemingway
Folio, 148 pages
Résumé:
« Tu veux ma mort, poisson, pensa le vieux. C'est ton droit. Camarade, je n'ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ça m'est égal lequel de nous deux qui tue l'autre.
Qu'est-ce que je raconte ? pensa-t-il. Voilà que je déraille. Faut garder la tête froide. Garde la tête froide et endure ton mal comme un homme. Ou comme un poisson. »
Mon opinion:
Le roman raconte l'histoire d'un vieux pêcheur pauvre et de Manolin, un jeune qui l'appelle "grand-père" et qui a appris à pêcher grâce à lui. Ils n'ont pas pris de poissons depuis très longtemps et les parents de Manolin décident de l'envoyer sur un autre bateau. Le vieil homme partira seul au large avec l'intention de pêcher un poisson, un gros, qui lui amènera l'admiration des autres pêcheurs.
Ce court roman qui a fait connaître Hemingway et lui a apporté la consécration nous plonge littéralement dans la mer, avec le vieil homme. La vie de pêcheur n'est pas facile et les images véhiculées par le livre sont très fortes. Le vieil homme doit se battre pour survivre, même si sa condition physique n'est pas à son meilleur. La mer - et les requins - peuvent être sans pitié pour l'homme qui va à la pêche, même si la mer est toute sa vie. Ce livre peut être interprété de différentes façons, qu'on soit jeune ou vieux. Je crois qu'une relecture dans quelques années pourrait être agréable. L'histoire est en quelque sorte une métaphore de la vie et des embûches que l'on doit traverser.
Le roman est construit comme un monologue. Le vieil homme étant seul sur son bateau, il dialogue avec lui-même pour ne pas devenir fou et sentir un peu de compagnie avec lui.
Le vieil homme et la mer c'est aussi un roman sur la vieillesse, sur les générations et la belle amitié qui lie le jeune homme et le vieux. Manolin est tendre et respectueux envers le vieux, il en prend bien soin et cette relation est touchante, exclusive et rare.
Un court roman qu'on se doit d'avoir lu.
Quelques extraits:
"Le vieil homme était maigre et sec, avec des rides comme des coups de couteau sur la nuque. Les taches brunes de cet inoffensif cancer de la peau que cause la réverbération du soleil sur la mer des Tropiques marquaient ses joues; elles couvraient presque entièrement les deux côtés de son visage; ses mains portaient les entailles profondes que font les filins au bout desquels se débattent les lourds poissons. Mais aucune de ces entailles n'était récente: elles étaient vieilles comme les érosions d'un désert sans poissons."
p.8
"Il prononça alors: "Je voudrais bien que le gosse soit là. Il m'aiderait. [...] On ne devrait jamais rester seul quand on est vieux, pensa-t-il. Mais c'est inévitable."
p.54
"Il se souvint de l'angoisse qui s'empare dans leur petite barque de certains pêcheurs, à l'idée de perdre la terre de vue. Ils n'avaient pas tort, car il y a des saisons où le gros temps fond sur vous sans crier gare. Mais on avait passé ces saisons-là. On était à présent dans la saison des ouragans; quand il n'y a pas d'ouragan en train, c'est le plus beau temps de l'année."
p.72
"Peu avant la tombée de la nuit, alors qu'ils passaient à proximité d'un grand îlot d'herbe des Sargasses qui se soulevait et ondulait dans la houle comme si la mer faisait l'amour sous une couverture jaune, une dorade mordit à la petite ligne de l'arrière. Le vieux l'aperçut quand elle sauta. Elle se tordait, elle donnait de furieux coups de queue. C'était un vrai lingot d'or dans le soleil rasant."
p.87
À noter que ce livre a remporté le Prix Pullitzer en 1953 et le Prix Nobel de Littérature en 1954.
06 février 2008
De sang-froid
De sang-froid - Truman Capote
Folio, 506 pages
Résumé:
« Il était midi au cœur du désert de Mojave. Assis sur une valise de paille, Perry jouait de l'harmonica. Dick était debout au bord d'une grande route noire, la Route 66, les yeux fixés sur le vide immaculé comme si l'intensité de son regard pouvait forcer des automobilistes à se montrer. Il en passait très peu, et nul d'entre eux ne s'arrêtait pour les auto-stoppeurs... Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l'argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert. »
Mon opinion:
Tanja m'a offert ce livre (merci! :) ) en m'indiquant que c'était une de ces histoires qui ne la quittait plus depuis sa lecture. C'est de cette façon-là que je décrirais ce livre. Une fois refermé, on ne l'oublie pas... On repense à la famille, aux tueurs, à certaines valeurs... J'ai lu que l'auteur n'a plus jamais été le même après avoir écrit et enquêté sur ces crimes. J'imagine que vivre pendant des années, immergé dans cette histoire, à côtoyer les témoins et les criminels, ça laisse des traces...
De sang-froid raconte l'histoire d'un crime qui s'est réellement produit. Le récit est détaillé. Il alterne entre la vie des tueurs et celle de la famille et de leur entourage. Il met en relief la violence et le peu de considération pour la vie, versus la douceur et l'aspiration à une vie calme et rangée. Le contraste est saisissant. Truman Capote a fait de ce livre un travail minutieux de recherche. Le lecteur a l'impression d'assister aux événements qui ont précédés le crime, aux meurtres puis à la cavale des criminels, à leur arrestation puis leur procès. L'intérêt de ce livre n'est pas de savoir qui a fait le coup, mais plutôt de suivre à la façon d'un documentaire, ce qui s'est produit. À mesure que Dick et Perry se rapprochent des Clutter, la tension augmente pour le lecteur. Surtout parce qu'on sait ce qui va se passer et qu'on sait qu'il s'agit d'une histoire vraie. À certains moments, je sentais un malaise face à ce qui nous était raconté. Les souvenirs de Dick et Perry par exemple. L'un d'entre eux a eu une enfance plutôt normale avec des parents qui sont toujours ensembles, alors que l'autre a eu une enfance à problèmes et a baigné dans le crime très jeune. Qu'est-ce qui fait basculer quelqu'un dans la folie, dans l'impardonnable, dans le mépris de la vie humaine au point de tuer?
Le livre de Capote ne prend pas vraiment parti. Il nous fait voir ce qui s'est produit, le résultat du procès, la fin. Ce qui laisse le plus perplexe c'est de constater les moments d'humanité que font voir les tueurs. Derrière la folie meurtrière il y a aussi l'être humain. Il y a des décisions humaines. Il y a la peine de mort et sa remise ou non en question. De sang-froid bouscule beaucoup de choses. Il remet en cause des valeurs et des jugements en analysant d'une certaine façon un crime impardonnable.
J'ai beaucoup aimé. Je vous conseille ce livre. Il bouscule beaucoup de choses et ne laisse pas indifférent...
Quelques extraits:
"Jusqu'à un matin de la mi-novembre 1959, peu d'Américains - en fait peu d'habitants du Kansas - avaient jamais entendu parler de Holcomb. Comme les eaux de la rivière, comme les automobilistes sur la grand-route, et comme les trains jaunes qui filent à la vitesse de l'éclair sur les rails du Santa Fe, la tragédie, sous forme d'événements exceptionnels, ne s'était jamais arrêtée là."
p.18
"... c'est tout ce que j'ai vu. Seulement, quand j'y repense, je crois qu'il devait y avoir quelqu'un de caché là. Peut-être parmi les arbres. Quelqu'un qui attendait simplement que je parte."
p.87
"Ici, d'après le propriétaire d'une quincaillerie de Garden City, les serrures et les verrous sont les articles qui se vendent le mieux. Les gens se fichent pas mal de la marque; tout ce qu'ils veulent, c'est que ça tienne. L'imagination, bien sûr, peut ouvrir n'importe quelle porte, tourner la clé et laisser entrer la terreur."
p.136
"L'Ennemi était toute personne qu'il désirait être ou qui avait quelque chose qu'il voulait avoir."
p.299
15 janvier 2008
La fugitive
La fugitive - Peter C. Brown
Michel Lafon, 369 pages
Résumé:
Nome, 1900 : la plus importante ruée vers l'or de l'histoire. Près de cent mille hommes et femmes de tous les continents, enfiévrés par l'espoir de faire fortune, convergent vers les étendues glacées de l'Alaska. Dans leur quête effrénée du métal jaune, les prospecteurs, les aventuriers, les commerçants et les pionniers n'obéissent qu'à une seule loi : celle du plus fort. Laissant derrière elle les prairies du Minnesota, sa maison et son mariage malheureux, la jeune Esther tente de survivre dans cet environnement cruel. Pleine de ressources, elle s'acclimate rapidement à sa nouvelle existence et gagne sa vie en distribuant le courrier des mineurs. Mais quand son époux traverse l'océan pour la traquer, elle se retrouve confrontée au secret terrible qu'elle fuyait de toutes ses forces.
Mon opinion:
Ce roman m'a attiré à cause de son sujet: l'Alaska et la ruée vers l'or. Le sujet est captivant et c'est un pan de l'histoire vraiment intéressant. Qu'en est-il du roman lui-même? C'est un roman qui se lit bien, toutefois son intérêt réside surtout dans la description de la vie à Nome pendant la ruée vers l'or plutôt qu'à l'intrigue. On en apprend un peu sur la vie à Nome à cette époque, sur les prospecteurs et les petits commerces ambulants qui ne duraient qu'un temps. Le temps d'espérer gagner beaucoup d'argent...
Les personnages du roman ont leurs forces et leurs faiblesses. Ils ne sont jamais tout à fait noirs ni tout à fait blancs. Toutefois, ils sont trop esquissés pour qu'on s'attache à eux. L'écriture est simple, un peu trop fade pour en faire un roman qui aurait pu devenir une fresque éblouissante. L'histoire se lit bien, avec plaisir ou pour passer un bon moment, mais sans plus. On voit que l'auteur connaît son sujet, mais sa façon de le mettre en roman m'a laissé sur ma faim. J'aurais aimé en savoir plus, avoir plus de détails, m'attacher à des personnages que je n'oublierais pas. Le sujet s'y prêtait. Mais il manque un petit quelque chose au roman qui aurait fait toute la différence.
04 septembre 2007
Désert Américain
Désert Américain - Percival Everett ![]()
Actes Sud, 318 pages
Résumé:
Professeur à l'université de Los Angeles, marié et père de famille, et convaincu, à l'heure des funestes bilans de la quarantaine, de n'être qu'un loser, Théodore Larue est en route vers son suicide quand un camion, le heurtant de plein fouet, projette son corps à travers le pare-brise, le laissant fort proprement décapité. Certes dépossédé de l'ultime initiative de son existence, l'ex-candidat au suicide est cependant bien mort, conformément à ses vœux. De diligents services funéraires, soucieux d'en faire un cadavre présentable prêt à devenir l'objet de clignes funérailles, recousent tête et corps à la va-vite, mais voici qu'au beau milieu de la cérémonie Ted se redresse et s'assied dans son cercueil... Face à ce mort encore vivant, une terreur sacrée s'empare de la petite famille de Ted, cernée de toutes parts par le brasier des fantasmes collectifs qu'attise une hystérie médiatique à son comble. Bien que passablement traumatisé lui aussi, Ted trouve des avantages à sa nouvelle et monstrueuse situation il se sent plus puissant, plus aimant, plus généreux, les sens et l'esprit bien plus aiguisés que naguère. C'est alors que, quelques jours seulement après son retour au foyer, Ted est enlevé par les sbires de l'inquiétante secte chrétienne dirigée par Big Daddy, qui voit en lui l'incarnation du diable. Si, fort de ses nouveaux pouvoirs, Ted parvient à s'échapper, ce n'est que pour mieux tomber entre les mains des services secrets américains qui l'incarcèrent dans les tréfonds d'un laboratoire du Nouveau-Mexique afin que son étrange cas soit examiné par les plus éminentes autorités scientifiques...
Mon opinion:
J'ai lu peu de bons commentaires sur ce roman alors que personnellement, j'ai beaucoup aimé! J'ai apprécié l'écriture de Percival Everett, l'humour noir avec lequel il décrit les situations cocasses dans lesquelles il place ses personnages, son originalité. J'ai trouvé une certaine fraîcheur dans sa façon d'écrire cette satire de la société américaine. Ce roman parle beaucoup du fanatisme religieux (qui m'intéresse particulièrement en littérature, puisque tellement de gens se laissent prendre dans les mailles de la religion poussée à l'extrême). Il parle aussi du gouvernement et des secrets d'états, du manque de jugement de la société et de la difficulté à accepter ceux qui sont différents ou qui nous offre une autre vision de la vie qui semble inacceptable aux yeux de beaucoup de gens. Certains de ces gens différents de nous sont encore ostracisés aujourd'hui ou alors, mis sur un piedestal. C'est notre vision de la société que Percival Everett remet en question à travers le personnage de Théorode Larue. Le roman commence plus légèrement et devient de plus en plus grave au fil des pages. Une histoire étonnante, pour un auteur que j'ai très envie de lire à nouveau! C'est une belle découverte pour moi, un livre dévoré en quelques heures à peine.
Le plongeon
Le plongeon - Virgil Suarèz
Métailié, 130 pages
Résumé:
Xavier Cuevas est agent d'assurances, il vit à Miami où ses parents cubains ont émigré. Il a épousé une Américaine, il a des enfants américains, il veut être un homme d'affaires américain, mais tout le replace toujours dans sa position d'émigré. Il perd son âme à courir derrière son identité, fait une dépression nerveuse et sur les conseils de son père consulte une prêtresse de la santeria (la religion afro-cubaine) qui va le pousser à revenir vers ses origines cubaines.
Mon opinion:
Le plongeon raconte la vie trépidante d'un bourreau de travail qui fait tout pour garder la tête hors de l'eau et se tailler une place au soleil. La position d'émigrant n'est pas facile et Xavier y perd peu à peu ses racines pour se conformer à la nouvelle société où il vit. Un événement imprévu le rendra comateux, sous le choc. Ce sera la goutte qui fera déborder le vase et il sentira sa vie lui échapper. Il cherchera alors à renouer avec ses origines.
Le plongeon est un bon roman, qui parle principalement de l'exil, de l'émigration et des racines. Une courte histoire, mais dont l'auteur met rapidement en place ses personnages, son contexte. Un roman qui m'a beaucoup plu.
31 mai 2007
La conspiration Darwin
La conspiration Darwin - John Darnton
Michel Lafon, 305 pages
Résumé:
1831. Charles Darwin embarque à bord du navire de recherche Beagle. Il découvre les Galapagos, en passant par les côtes sud-américaines et Tahiti. A son retour, cinq ans plus tard, il ébauche ses premières hypothèses sur la sélection naturelle.
1870. Elizabeth Darwin, la benjamine du naturaliste, confie à son journal intime les soupçons qu'elle nourrit sur son père, quasi paralysé par une kyrielle de maux étranges.
Londres, de nos jours. Deux jeunes chercheurs s'efforcent de faire la lumière sur la genèse de la théorie de l'évolution. Pour quelle raison Darwin a-t-il attendu vingt-deux avant de rédiger " De l'origine des espèces ? " Pourquoi cet aventurier, ayant exploré les contrées les plus sauvages, a-t-il in refusé de franchir les limites de son village du Kent ? S'est-il indûment approprié les travaux d'un autre ?
Mon opinion:
Certaines choses dans ce livre m'ont agacée. Autant j'étais passionnée par certains chapitres, autant d'autres m'ont profondément ennuyée. Je n'ai pas retrouvé ce "formidable roman à suspense" qu'on annonce en quatrième de couverture, alors que c'est un roman qui se lit quand même bien, qui est intéressant à plusieurs niveaux, mais on est loin du grand suspense. La construction du roman se fait à trois niveaux qui alternent tout au long de l'histoire: Londres aujourd'hui avec Hugh et Beth qui sont chercheurs, le Londres de 1870 avec des extraits du journal de la fille de Darwin, Elizabeth et l'expédition de 1831 à laquelle participa Charles Darwin. C'est principalement l'expédition de Darwin qui m'a fascinée et m'a donné envie d'en savoir plus. J'étais avide de détails. Les premiers chapitres qui nous parlent des travaux effectués sur une île par Hugh et Beth m'ont passionnée également. Je pense que c'est essentiellement le côté "naturaliste" de l'histoire et les recherches et travaux qui en découlent qui m'ont intéressée. J'ai d'ailleurs bien envie de lire L'origine des espèces de Darwin. Alors que la partie fictionnelle, entre autre tous les extraits du journal d'Elizabeth (qui voit des complots partout et nous parle de ses états d'âme) et les émois d'Hugh et Beth, leurs problèmes familiaux et de coeur, m'ont laissée de marbre. Ce n'est pas un mauvais roman. Il plaira à plusieurs lecteurs. Cependant, j'en attendais tellement autre chose, qu'après lecture je me sens flouée... Toutefois, ce roman a tout de même le mérite de m'avoir donné envie de découvrir Darwin.
6/10
22 mars 2007
La route au tabac
La route au tabac - Erskine Caldwell
Folio, 237 pages
Résumé:
Lov posait des questions à Pearl. Il lui donnait des coups de pied, il lui jetait de l'eau à la tête, il lui lançait des pierres et des bâtons, il lui faisait tout ce qu'il croyait susceptible de la faire parler. Elle pleurait beaucoup, surtout quand Lov lui avait fait sérieusement mal, mais Lov ne considérait pas cela comme une conversation. Il aurait voulu qu'elle lui demandât s'il avait mal aux reins, quand il irait se faire couper les cheveux, s'il croyait qu'il allait pleuvoir. Mais Pearl ne disait pas un mot.
Mon opinion:
La route au tabac c'est un roman sur le monde rural du Sud des États-Unis, dont la terre ne donne pas grand chose. Les personnages, quoique farfelus et un peu à côté de la plaque, baignent dans la misère et connaissent la faim qui tiraille le ventre. Ils agissent parfois à la limite de ce qui est moral, mais ils sont, ironiquement, très croyants. Caldwell a été un écrivain souvent censuré. Ses propos teintés d'érotisme, de violence et d'humour, sont parfois brutaux. Toutefois, il a vendu des millions de livres et s'est fait connaître avec La route au tabac et Le petit arpent du bon Dieu.
Les personnages de La route au tabac vivent dans la misère la plus noire et dans l'indifférence la plus totale quant à leur condition. Ils sont pauvres, le savent, mais ne font rien de concret pour s'aider. La vie s'écoule, les vies, morts et mariages se succèdent sans que personne n'en fasse de cas et c'est quelque peu choquant pour le lecteur. Les parents marient leurs enfants de douze ans sans objection, les grand-mère sont reléguées au statut de "meuble de la maison" et s'éteignent sans que personne ne se trouble. Entrer dans l'univers de Caldwell, c'est accepter la déchéance et le burlesque, à la limite de la moralité. Et ça m'a plu. Je suis généralement réceptive à ce genre de littérature du Sud. Cependant, je suis consciente que ce type de livre ne plaira pas à tous. Ceux qui aiment Faulkner ont plus de chances d'apprécier.
Ce livre a été lu pour le Challenge 2007.
8/10
02 mars 2007
L'incendie de Los Angeles
L'incendie de Los Angeles - Nathanaël West
Seuil (Points), 220 pages
Résumé:
L'incendie de Los Angeles - d'après le titre du tableau auquel travaille le jeune héros, Tod Hackett - nous livre une vision désolante et féroce de Hollywood, à travers sa cohorte de spectateurs avides et forcenés, d'acteurs de seconde zone et de ratés en tous genres, "venus en Californie pour y mourir". Dans ce monde où tous les décors et les faux-semblants du monde se sont entassés (comme ils s'entassent dans le cerveau de l'homme moderne), la haine, la trahison, la jalousie mènent le bal et culminent dans un anéantissement collectif."
Mon opinion:
Ce roman de Nathanaël West (de son vrai nom Nathan Wallenstein Weinstein) est un roman bizarre, déjanté. Il est difficile de le résumer tant ce qui s'y passe est plutôt étrange. On suit le personnage de Tod qui travaille dans les studios de cinéma. Il peint, un tableau qui porte le titre du roman dont on en saisit toute l'ampleur en tournant la dernière page. Tod aime une jeune fille qui repousse sans cesse ses avances mais qu'il côtoie quand même. Il rencontre des personnages étranges, qui ont tous l'air d'être un peu à côté de la plaque: le nain Abe Kusick qui dort sur le palier, la jeune Faye qui rêve d'être actrice, Homer qui prête sa maison à n'importe qui et qui est incapable de mettre dehors ceux qu'il a fait entrer chez lui, Harry vendeur de poli à argenterie et clown à ses heures, Earle qui se prend pour un cow-boy, Miguel et ses combats de coqs, etc. Certaines scènes du livre sont fortes et génèrent des images qui sont marquantes. J'ai aimé la scène de la promenade de Tod sur les plateaux de tournages jusqu'à ce qu'il tombe sur une reconstitution de la bataille de Waterloo qui tourne au désastre. La scène du combat de coqs est plutôt pénible et cruelle, mais ne laisse pas indifférent. Idem pour la fin du livre, qui est catastrophique. Est-ce que ce livre m'a plu? Oui, beaucoup. Nathanaël West peint, tout comme le héros de son livre, un portrait d'une Amérique utopique qui se révèle être cruelle, violente et amère. Nathanaël West est trop peu connu aujourd'hui. J'essaierai de mettre la main sur ses autres romans: Un million tout rond, Miss Lonelyhearts et La vie rêvée de Balso Snell, qui semblent malheureusement difficiles à trouver de nos jours...
Un extrait:
"Tod quitta la route et grimpa jusqu'à la crête de la colline pour regarder en bas de l'autre côté. De là, il pu voir un champ de quatre à cinq hectares couvert d'une brousse épineuse parsemée de touffes de tournesol et d'eucalyptus sauvage. Au centre du champ s'élevait un amoncellement gigantesque de décors, de panneaux anti-son et d'accessoires. Pendant que Tod regardait, un camion de dix tonnes y ajouta une nouvelle charge. C'était le dépotoir final. Il pensa à la Mer des Sargasses de Janvier. De même que cette masse d'eau imaginaire est une histoire de la civilisation sous forme de dépotoir marin, la décharge du studio en est une sous l'aspect d'un dépôt de balayures de rêves. Les Sargasses de l'imagination! Et ce dépôt s'emplit tous les jours davantage, car il n'existe nulle part de rêve en suspension qui ne finisse tôt ou tard par y échouer, après avoir été rendu photogénique à l'aide de plâtre, de toile, de lattes et de peinture."
p.89
À noter qu'un film a été produit à partir du roman, sous le titre Le jour du fléau.
En complément, un article intéressant sur l'auteur, sur Wikipedia.
Ce livre a été lu pour le Challenge 2007.
8.5/10
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20 février 2007
Les beaux mariages
Les beaux mariages - Edith Wharton
La Découverte, 460 pages
Résumé:
Ondine Spragg s'ouvre les portes de l'aristocratie new-yorkaise grâce à son mariage avec Ralph Marvell. Son ambition l'amène à divorcer et à se lancer à la conquête des hommes susceptibles de lui apporter tout ce qu'elle désire, c'est-à-dire l'amusement mais aussi la respectabilité. Si elle échoue face au banquier Peter Van Degen, elle va trouver une nouvelle victime en la personne du Marquis de Chelles, grâce à qui elle va - espère-t-elle - trouver une place de choix dans le monde du Faubourg Saint-Germain.
Les qualités d'analyse de la grande Edith Wharton et son brio font merveille dans cette vaste fresque qui dépeint une classe qui meurt et le monde du XXe siècle en pleine formation et trace avec audace et talent le portrait d'une femme moderne.
Mon opinion:
Edith Wharton est née en 1862. Elle vit dans une société qui étouffe tout désir de sortir du moule, de ne pas être une bonne petite dame de maison. Elle se remet à l'écriture lorsque qu'elle se marie et quitte sa famille, puis publie son premier roman à l'âge de 40 ans. Son oeuvre compte environ quarante livres (romans, livres sur les maisons et les jardins). Cette édition des Beaux mariages comprend une introduction très intéressante de Marilyn French sur le personnage qu'était Edith Wharton - de son vrai nom Edith Newbold Jones - ainsi que de l'information sur la société de l'époque, genre de petit cercle fermé de la haute société, qui se suffisait à lui-même. Marilyn French, toujours dans son introduction, nous parle aussi de l'oeuvre de Wharton à travers les forces et faiblesses des personnages que l'auteur a créé.
Les beaux mariages me rappelle vaguement le genre de roman de Jane Austen mais sans l'humour et en plus grinçant. Il s'agit d'une critique acerbe de la société des nouveaux riches de l'époque, à l'ambition démesurée et au désir de se faire bien voir dans la société.
Ondine Spragg est détestable, capricieuse, égoïste, méprisante envers les autres et envers ses parents, qui restent dépourvus face au comportement de leur fille et qui même, l'encouragent dans ses emportements en ne la contrariant jamais. Ondine traite bien mal son mari, un écrivain frustré qui a dû, Ô honte, prendre un métier, afin de pourvoir aux besoins fantasques de sa femme. Cette dernière trouve qu'il ne pourvoie justement pas suffisamment pour combler ses besoins. Ondine, petite nature au fort caractère qui est prête à tout pour parvenir à ses fins. Elle se fait porter pâle et prescrire par son médecin un voyage à Londres ou à Paris pour évacuer le stress et renforcir le système nerveux (!), et par le même coup y retrouver un "ami"... J'avais souvent envie de lui donner quelques baffes tellement elle peut être détestable. Dans le monde de Ondine, l'amour va de paire avec la renommée et la fortune qu'il apporte.
Je trouve que Les beaux mariages n'est pas à la hauteur de Xingu (petit bijou) ou de Les yeux (même si j'ai eu quelques attentes déçus pour ce dernier). Les beaux mariages est un bon roman pour le portrait de l'époque qu'il brosse, mais l'histoire contient certaines longueurs et j'avoue qu'à certains moments, j'avais hâte de le terminer. Dans ce roman, Wharton se concentre essentiellement sur les mariages, comme le titre l'indique, les raisons de se marier, l'occasion de faire un beau mariage qui hissera la jeune fille à un nouveau statut plus appréciable, une place dans le "monde". C'est toutefois un tableau très intéressant sur une tranche de la société de l'époque.
Quelques extraits:
"Ainsi, vous considérez que c'est purement par manque d'imagination qu'un homme dépense de l'argent pour sa femme?
-Pas nécessairement, mais il manque d'imagination en se figurant que c'est tout ce qu'il lui doit."
p.184
"Elle commençait à percevoir qu’il éprouvait son inaptitude congénitale à comprendre quoi que ce soit à l’argent comme la différence la plus profonde entre eux. C’était un sens que personne ne lui avait jamais demandé d’acquérir, et dont on l’avait même encouragée à considérer le défaut comme une grâce et un prétexte. Dans l’intervalle de son divorce et de son remariage, elle avait appris le coût des choses, mais pas à s’en passer ; et l’argent demeurait pour elle une sorte de ruisseau mystérieux et incertain, qui parfois disparaissait sous terre, mais toujours pour resurgir sous ses pieds."
p.391
"Ondine, rendue à son élément, cessa de remâcher ses griefs. Elle aimait sortir avec son mari, dont la présence à ses côtés était indiscutablement décorative. Il paraissait soudain plus jeune et plus vivant, et quand elle voyait d’autres femmes le regarder, elle se rappelait combien il était distingué. Elle s’amusait de l’avoir pour escorte, et se rendre avec lui à des dîners ou des bals, l’attendre sur des paliers croulants de fleurs ou traverser auprès de lui des halls de théâtres illuminés répondait à son plus profond idéal d’intimité conjugale."
p.400
7/10
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10 février 2007
Le déclin de l'empire Whiting
Le déclin de l'empire Whiting - Richard Russo ![]()
10/18, 633 pages
Résumé:
Bienvenue à Empire Falls, dans le Maine, autrefois puissant centre industriel à présent livré à la faillite et l'ennui. Miles Roby, le gérant du grill, nous guide dans cet univers de petites misères et grandes décadence où tout le monde se connaît et où Mrs Whiting, incarnation tyrannique d'un passé prospère, règne en maître. Témoin d'une galerie de personnages drôles et bouleversants, hanté par le souvenir de sa mère, il se débat entre sa future ex-femme, son adolescente de fille, et son père, imprévisible et abusif. La découverte de lourds secrets de famille va bientôt bouleverser sa vie...
Mon opinion:
C'est avec une certaine tristesse que j'ai refermé ce gros pavé. J'ai passé quelques jours merveilleux à Empire Falls, dans l'univers de Richard Russo. L'auteur a un talent fou et une grande finesse pour raconter les petites choses de la vie de chacun de ses personnages et les rendre tout à fait attachants. Comme dans la vie, tout n'est pas totalement noir ou totalement blanc. Richard Russo brosse un tableau en tons grisâtres sur la nature humaine, le passé et le futur, non sans une pointe d'humour et d'ironie qui m'ont vraiment plu. J'ai naturellement noté tous les autres titres écrits par l'auteur avec la ferme intention de me les procurer. Je n'en ai pas d'autres sous la main et c'est bien malheureux: j'aurais aimé rester encore un peu dans son univers. 632 pages c'est trop court pour ce roman qui m'a vraiment intéressée. Miles et sa grande gentillesse, David et ses cachotteries, Tick et ses problèmes d'adolescente, Jeanine et son "Silver Fox", Charlene la serveuse dont tous les hommes s'entichent, le Père Mark et son ouverture d'esprit, Mrs Whiting et sa chatte agressive, les "têtes de noeud" du Père Tom et même Max, son égocentrisme et sa grande ingratitude, vont me manquer...
À noter que ce roman a remporté le Prix Pulitzer 2002.
Quelques extraits:
"Pendant ses derniers mois de liberté au Mexique, C.B., allongé sur la plage, avait sans arrêt débattu la question avec papa. Ces discussions avaient eu beau ne prendre place que dans l'imagination filiale, c'est le père qui avait gagné à chaque fois, de sorte que, l'appel venant finalement, le fils s'était trouvé trop affaibli pour résister encore. Il était rentré chez lui décidé à faire de son mieux, en craignant d'abandonner son moi véritable au Mexique, et tout ce dont il était intrinsèquement capable.
C.C. avait découvert que violer sa nature profonde était loin d'être aussi déplaisant ou difficile qu'il se l'était imaginé. En fait, et en balayant Empire Falls du regard, il avait eu la très nette impression que tout le monde, chaque jour, ne faisait rien d'autre. Et, s'il fallait violer jusqu'à son destin, alors mieux valait se trouver dans la peau d'un Whiting."
p.14
"La vie n'est peut-être qu'une succession de folies, comme vous dites, mais il est moins facile d'apprécier la farce à sa juste valeur quand on est toujours le dindon."
p.227
"Lorsqu'on avait convoqué C.B. Whiting à Empire Falls au terme d'une dizaine d'années plus ou moins heureuses au Mexique, il avait pris la décision d'accepter pleinement la destinée que lui imposait son statut d'héritier mâle. Ou, plus précisément, d'être le premier à en corriger la trame. Son grand-père Elijah aurait trouvé la mort heureux s'il avait réussi à tuer sa femme à coups de pelle, mais il avait attendu trop longtemps, c'est pourquoi, le jour où il avait compris que l'homicide souhaité avait force de destin, il n'avait plus eu assez de force pour passer à l'acte, tandis que sa vieille épouse était toujours alerte. Il avait eu beau la poursuivre partout dans la maison, elle avait réussi à l'esquiver de pièce en pièce. Après quelques bonnes volées inutiles, Elijah s'était assis, épuisé, elle l'avait désarmé, et c'en avait été fini."
p.621
9.5/10
Ce livre a été lu pour le Challenge 2007.
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