La bibliothèque d'Allie

Bienvenue dans ma bibliothèque! Auteurs, critiques, extraits, dossiers, liens, etc. De tout pour vous donner le goût de lire!

29 décembre 2007

Le chemin des falaises

chemin_des_falaisesLe chemin des falaises - Marie-Bernadette Dupuy

JCL, 632 pages

Résumé:

Claire, la fille du maître papetier Colin Roy, espère le retour de Jean Dumont, son premier amour parti travailler au loin. La vie les a séparés, mais le jeune homme lui a confié l'éducation de son enfant, Faustine, dont la mère est morte dans des circonstances tragiques.
Au Moulin du loup, la vie quotidienne poursuit son cours paisible en cette année 1905. Les frères de Claire, Matthieu et Nicolas ont adopté la fillette, ainsi que le demi-loup, Sauvageon.  Entre son vieil ami Basile, ancien instituteur aux idées humanistes, sa servante Raymonde, mariée au meilleur ami de Jean, l'ancien matelot Léon, devenu domestique chez les Roy, les travaux ménagers, sa passion pour l'herboristerie, Claire a trouvé un équilibre.
Le retour de Jean, en compagnie de Térésa, une veuve tapageuse et volubile, va briser la paix de la maisonnée. Le couple emmène Faustine, au grand désespoir de toute la famille. Mais Claire ne renonce pas. Elle veut reconquérir l'homme qu'elle aime et reprendre la fillette. Sa force morale et sa sincérité viendront à bout de tous les obstacles. Jean lui revient finalement et ils se marient.
Au fil des années, s'égrènent joies et peines. Les enfants grandissent. Puis une femme, Blanche Dehedin, arrive au moulin, pour annoncer à Jean qu'elle est sa sœur jumelle et lui offre la moitié de son héritage. Femme ambiguë, la nouvelle institutrice du village va semer le trouble dans ce foyer paisible. Mais l'amour qui unit Jean et Claire résiste à toutes les tempêtes, jusqu'à ce que la Première Guerre mondiale les sépare…

Mon opinion:

On retrouve le couple Jean et Claire avec plaisir dans ce second tome. J'ai toutefois eu un peu de mal avec le début du roman qui fait état d leurs amours tourmentées et m'a rappelé un peu trop le premier tome. J'ai eu du mal à comprendre les agissements de Jean au début du roman, ainsi que certaines scènes qui me semblent un peu tirées par les cheveux. Par exemple, lorsque Blanche surgit de nulle part. Son lien familial avec Jean me semble légèrement exagéré...
Peu à peu, toutefois, je me suis laissée bercée par la vie au Moulin et par les événements qui ponctuent ce second volet et je dois avouer que je l'ai préféré au premier tome! Il est plus émouvant, plus volumineux. Il me semble beaucoup plus intéressant. Le roman se passe à une époque charnière avec ses nouvelles inventions (le gramophone, les voitures...) et le déclenchement de la guerre. Les hommes vont au front, Faustine vieillit, on assiste à ses premières amours et les personnages évoluent. L'univers des lettres et des livres est plus présent (ce que je donnerais pour visiter la bibliothèque du domaine de Ponriant!) Les Fêtes de Noël qui ponctuent les années sont bien décrites dans le roman, avec leurs traditions, l'apparition du sapin de Noël et tout ces détails m'ont bien intéressée.

Je conclue donc en vous suggérant ces deux tomes, Le moulin du Loup et Le chemin des falaises, qui offrent à eux deux un très bon roman du terroir. J'ai eu de beaux moments de lecture avec ces deux livres!

Posté par Allie à 12:33 - Roman France - Belgique - Suisse - Commentaires [7] - Permalien [#]

20 décembre 2007

Le moulin du loup

moulin_du_loupLe moulin du loup - Marie-Bernadette Dupuy

JCL, 562 pages

Résumé:

Toute cette histoire a commencé un soir de neige, grâce à un louveteau orphelin.
Le destin de Claire, fille unique d'un maître-papetier, semblait tout tracé. Elle a grandi heureuse, malgré la sévérité de sa mère. À dix-sept ans, elle rêve d'amour comme toutes les filles de son âge. L'élu de son cœur : son voisin Frédéric Giraud, l'héritier du riche domaine de Ponriant.
Mais un jour de printemps, lors d'une balade avec Sauvageon, le loup qu'elle a élevé, une étrange renconter bouscule son existence paisible. Un jeune bagnard en cavale s'est caché dans la grange de son vieil ami Basile Drujon, ancien instituteur.

Mon opinion:

J'étais tout à fait dans l'état d'esprit pour lire ce genre de roman et je l'ai bien apprécié! À mi-chemin entre Les filles de Caleb et La fille du pasteur Cullen (tous ces livres ayant en commun leur histoire d'amour torturée...), c'est toutefois un roman du terroir qui nous raconte le destin d'une famille, les Roy, et des gens qui gravitent autour d'eux. Histoires d'amour difficiles, contraintes sociales et historiques, mariages arrangés ou non, passés enfouis et cachés, toutes ces intrigues se nouent et se dénouent à l'ombre du moulin des Roy, célèbres papetiers de la région. La vie est difficile par moment au moulin, sous la supervision d'une femme aigrie par la vie, d'un père trop mou, du sacrifice que devra faire Claire pour sauver sa famille de la ruine. Ce roman ne réinvente pas le genre, mais l'histoire est bien menée et les personnages sont attachants.

J'enchaîne avec la suite, Le chemin des falaises.

Posté par Allie à 14:29 - Roman France - Belgique - Suisse - Commentaires [6] - Permalien [#]

23 novembre 2007

Les liaisons dangereuses

liaisons_dangereusesLes liaisons dangereuses - Pierre Choderlos de Laclos

Le livre de poche, 512 pages

Résumé:

La jeune Cécile Volanges quitte son couvent pour faire l’apprentissage du monde et épouser le comte de Gercourt, mais une de ses parentes, la marquise de Merteuil, entend profiter de ce projet de mariage pour se venger d’une infidélité que lui a faite autrefois Gercourt. Elle charge donc son complice, le vicomte de Valmont, de pervertir Cécile avant ses noces. Mais loin de Paris, dans le château de sa vieille tante, Valmont s’est de son côté mis en tête de séduire la dévote présidente de Tourvel, et une idylle bientôt se noue entre la « petite Volanges » et le jeune Danceny.

Mon opinion:

Ah! Ces fameuses liaisons! Elles ont fait scandale à leur sortie, puisqu'elles renvoient une image peu flatteuse de la société bourgeoise de l'époque. Un couple se met en tête de pervertir tous ceux qu'ils côtoient. À travers les lettres qu'ils s'échangent, nous voyons naître l'envie de s'occuper un peu et c'est en jouant avec les gens qu'ils se désennuient. Amours, liaisons, complots, attachements, détachements, haine, on retrouve tous les sentiments humains à travers les lettres qui nous sont offertes. Le couple maudit sème la zizanie dans les autres couples et souhaite conquérir secrètement l'un et l'autre par des moyens détournés. Malgré ce qu'on pourrait en penser, le texte n'est pas vulgaire, c'est plutôt sournois, pervers, à peine esquissé. Mais on comprend bien les sombres desseins de Valmont et de Madame de Merteuil.
Qu'ais-je pensé de ce roman épistolaire? C'est long. Autant j'ai beaucoup aimé certaines lettres et certaines parties, autant d'autres m'ont fait bailler. Quelques unes des lettres de Merteuil et Valmont sont affreusement répétitives. J'avais l'impression parfois de relire plusieurs fois la même chose, sous différentes tournures. Beaucoup de ceux qui l'ont lu m'ont dit avoir adoré. J'ai en général aimé cette lecture. De longs passages sont délicieux et rappellent bien l'époque où le roman a été écrit. Mais je ne suis pas sous le charme que j'espérais. C'est bien, mais un peu long à mon goût. Répétitif. Je trouve que l'histoire aurait gagnée à être épurée. Je suis cependant contente de l'avoir lu. Je sais maintenant de quoi parle ce roman dont j'avais du mal à me faire une idée avant la lecture.

Quelques extraits:

"D'abord, Madame de Merteuil, en effet très estimable, n'a peut-être d'autre défaut que trop de confiance en ses forces; c'est un guide adroit qui se plaît à conduire un char entre les rochers et les précipices, et que le succès seul justifie: il est juste de la louer, il serait imprudent de la suivre."

"...vaudrait-il la peine que votre pupille fût aussi mon élève, si elle ne devait tromper que son mari? Le chef-d'oeuvre est de tromper son Amant et surtout son premier Amant!"

Ce livre a été lu pour le Challenge 2007.

Posté par Allie à 11:33 - Roman France - Belgique - Suisse - Commentaires [14] - Permalien [#]

02 novembre 2007

Germinal

germinalGerminal - Émile Zola

Le livre de poche, 608 pages

Résumé:

1885. Disparition de Hugo. Apparition de Germinal.
Voici, dans la France moderne et industrielle, les " Misérables " de Zola. Ce roman des mineurs, c'est aussi l'Enfer, dans un monde dantesque, où l'on " voyage au bout de la nuit ". Mais à la fin du prodigieux itinéraire au centre de la terre, du fond du souterrain où il a vécu si longtemps écrasé, l'homme enfin se redresse et surgit dans une révolte pleine d'espoirs.
C'est la plus belle et la plus grande œuvre de Zola, le poème de la fraternité dans la misère, et le roman de la condition humaine.

Mon opinion:

J'ai eu grand plaisir à lire ce livre et c'est paradoxal puisque c'est si noir!
Parler de Germinal c'est se lancer dans un monde rempli de poussières de charbon, de grandes familles qui meurent de faim, de violence, de travail où on y laisse sa peau. L'existence de ces mineurs est misérable, de la misère la plus noire qui soit. On s'attarde principalement sur la famille Maheu, qui compte les parents, plusieurs enfants et le grand-père. De générations en générations, les Maheu ont toujours travaillés à la mine. La vie suit son cours et elle est toute tracée d'avance. Les enfants travaillent à la mine. Certains en meurent. D'autres en sortent profondément marqués ou blessés.
Germinal dénonce la misère humaine et l'injustice. Même si c'est profondément troublant, on comprend bien que lorsqu'on n'a plus rien à se mettre sous la dent, on ferait presque tout pour survivre. Ce qui amène la violence entre les mineurs, les coups bas parfois, mais aussi, une si grande solidarité entre ceux qui n'ont rien, et aimeraient avoir juste un peu plus, du moins, juste ce qu'il faut pour vivre.
Dans ce roman, les portraits de femmes ne sont qu'une roue qui tourne, sans cesse. Les femmes poursuivent le rôle qui leur est imparti à la naissance, comme une fatalité qui leur pèserait trop lourd sur les épaules. Les jeunes filles deviennent femmes trop tôt. Elles subissent la brutalité d'un homme. Elles s'éreintent à la mine, même enceintes jusqu'aux yeux. Il faut bien faire vivre toute cette marmaille qui s'accroche à leurs jupes.
Germinal, c'est un roman triste, noir, un roman sur la condition humaine. Il y a peu ou pas de lumière au bout du tunnel. Les 100 dernières pages sont effroyables, elles donnent littéralement le frisson. On tente de survivre. On tente de faire surgir la vie là où il n'y a plus aucun espoir...
C'est un roman qui m'a vraiment accrochée. L'écriture m'a plu. Je découvre Zola avec ce livre et c'est un auteur qui m'apparaît étonnamment accessible malgré ce que j'en pensais. Je compte bien en relire d'autres, dans les mois qui viennent! Une "belle" découverte pour moi qui n'avait jamais lu cet auteur classique français!

Quelques extraits:

"Fichez-moi donc la paix avec votre révolution! Allumez le feu aux quatre coins des villes, fauchez les peuples, rasez tout, et quand iul ne restera plus rien de ce monde pourri, peut-être en repoussera-t-il un meilleur."
p.138

"Mon Dieu! nous serons bientôt tous morts, si ça continue.
-Quand on est mort, dit Maheu, on n'a plus faim."

p.169

Ce livre a été lu pour le Challenge 2007.

Posté par Allie à 09:24 - Roman France - Belgique - Suisse - Commentaires [33] - Permalien [#]

19 octobre 2007

Ni d'Ève, ni d'Adam

ni_deve_ni_dadamNi d'Ève, ni d'Adam - Amélie Nothomb

Albin Michel, 244 pages

Résumé:

« Stupeur et tremblements pourrait donner l’impression qu’au Japon, à l’âge adulte, j’ai seulement été la plus désastreuse des employés. Ni d’Ève ni d’Adam révélera qu’à la même époque et dans le même lieu, j’ai aussi été la fiancée d’un Tokyoïte très singulier. » Amélie Nothomb

Mon opinion:

J'aime bien Amélie Nothomb, que j'ai beaucoup lu dans le passé. Mais ses derniers écrits ne me tentaient pas. Celui-ci est un bon Nothomb. Pas que ce soit un très grand livre, cependant le plaisir de la lecture y était. Ce nouveau roman est en fait une sorte de "collage" d'anecdotes vécues au pays du soleil levant: choc des cultures, de la langue, les différences et les mésaventures. J'y ai noté plus d'humour il me semble que dans ses derniers livres. Amélie me paraît aussi moins froide, moins tranchée. On y voit, en complément de son travail en entreprise avec Stupeur et tremblements, sa vie sociale en dehors du travail. Elle y parle aussi beaucoup de la nature nippone, de la découverte des montagnes et des excursions, avec toutes les mésaventures qui peuvent se produire. Certains passages au début du livre, lorsqu'elle donne des cours de français, m'ont fait bien rire. Un bon petit roman, qui m'a fait passer un excellent moment.

Posté par Allie à 08:46 - Roman France - Belgique - Suisse - Commentaires [13] - Permalien [#]

09 octobre 2007

Stupeur et tremblements

stupeurettremblementsStupeur et tremblements - Amélie Nothomb

Albin Michel, 174 pages

Résumé:

"Monsieur Haneda était le supérieur de monsieur Omochi, qui était le supérieur de monsieur Saito, qui était le supérieur de mademoiselle Mori, qui était ma supérieure. Et moi, je n'étais la supérieure de personne.
On pourrait dire les choses autrement. J'étais aux ordres de mademoiselle Mori, qui était aux ordres de monsieurs Saito, et ainsi de suite, avec cette précision que les ordres pouvaient, en aval, sauter les échelons hiérarchiques.
Donc, dans la compagnie Yumimoto, j'étais aux ordres de tout le monde."

Mon opinion:

Ce roman d'Amélie Nothomb, avec Métaphysique des tubes, fait parti de mes préférés. Parce qu'il se passe au Japon et que j'aime bien la période japonaise de Nothomb. Ce roman nous parle en fait de l'intégration au travail de Nothomb elle-même, dans une grande compagnie japonaise. Le choc est d'autant plus grand à mes yeux que la psychologie des entreprises et la relation des japonais avec le travail est poussée à l'extrême. C'est une sorte de caricature de l'entreprise et des moeurs nipponnes et ça m'a bien plu.
Il s'agit pour moi d'une relecture. Même si l'attrait de la découverte s'est un peu émoussé avec le temps, j'ai passé à nouveau un bon moment avec ce roman. Je l'ai relu car on le compare un peu avec son petit dernier, Ni d'Ève, ni d'Adam, que je compte lire bientôt.

Posté par Allie à 11:45 - Roman France - Belgique - Suisse - Commentaires [28] - Permalien [#]

14 juillet 2007

La reine Margot

reine_margotLa reine Margot - Alexandre Dumas

Le livre de poche, 667 pages

Résumé:

1572. La France des guerres de religion est devenue le champ clos des grands seigneurs et des prétendants au trône. À Paris, le jeune roi protestant de Navarre, le futur Henri IV, vient d'épouser Marguerite de Valois, dite Margot; mariage politique qui n'empêche pas les Guise et le roi Charles IX de fomenter les horreurs de la Saint-Barthélemy. Sur les pas du jeune comte de La Mole, dont s'éprend éperdument la belle Margot, et de son compagnon, le tonitruant Annibal de Coconnas, nous entrons dans ce labyrinthe d'intrigues, d'alliances, de trahisons. Les poignards luisent sous les pourpoints. René le Florentin fournit les poisons à l'implacable Catherine de Médicis. Le vieux Louvre avec ses fêtes brillantes, ses passages secrets, son peuple de soldats et de jolies femmes, est le théâtre où se déploient en mille péripéties les jeux de l'amour, de la politique, de la haine.

Mon opinion:

Lire La reine Margot en format poche, c'est assurément se casser les yeux sur une édition en très petits caractères, d'autant plus que la mienne était très mal imprimée. C'est aussi se buter contre un style d'écriture et de longues phrases alambiquées, auxquelles on doit s'habituer. Ça augure bien mal. Et pourtant... La reine Margot est un roman que j'ai apprécié pour deux raisons: le roman est particulièrement bien écrit et l'histoire est passionnante. L'humour côtoie les scènes sanglantes, il y a plusieurs revirements de situations surprenantes et on plonge dans ce roman comme dans un feuilleton. La reine Margot est d'ailleurs paru en feuilleton à l'époque. Le style s'y prête bien.
Dumas écrit très bien. Certaines phrases ou expressions sont savoureuses. On peut d'ailleurs lire en page 210:

"...la fameuse balafre qui lui avait jadis donné tant de tracas par ses rapports prismatiques avec l'arc-en-ciel, avait disparu..."

ou alors

"...par une belle journée d'automne comme Paris en offre parfois à ses habitants étonnés, qui ont déjà fait provision de résignation pour l'hiver..."

C'est plutôt une belle façon de dire les choses!
Dumas excelle dans l'art d'accrocher le lecteur et de lui raconter une histoire. Il s'inspire d'anecdotes qui ont réellement eu lieues et revisite certains événements historiques en combinant réel et imaginaire. Des notes en fin de volume (pour mon édition) nous font état de très nombreux anachronismes. La postface d'Eliane Viennot est d'ailleurs très éclairante à ce sujet et à l'imagination de l'auteur versus les faits réels.
Toutefois, le roman est difficile d'approche au départ, du moins il l'a été pour moi. Ayant une connaissance approximative des rois et reines de France et étant tout à fait étrangère à toute cette période de l'histoire française, j'ai eu du mal à m'y retrouver. Je trouve également que près de 700 pages, c'est beaucoup. Le roman souffre de certaines lourdeurs, surtout vers la fin. J'ai cru lire quelque part que les écrivains étaient payés à la page à l'époque? Est-ce le cas de Dumas? Ceci expliquant peut-être cela.
Néanmoins, je crois qu'il faut lire La reine Margot. Pour l'écriture très maîtrisée. Pour les histoires dans l'histoire. Pour la présence des rois, des reines, des bourreaux, des conspirateurs, des empoisonneurs, des cachots, des complots.
On oublie (presque) les longueurs qui parsèment le récit...

7.5/10

Ce roman a été lu pour le Challenge 2007.

Posté par Allie à 20:22 - Roman France - Belgique - Suisse - Commentaires [16] - Permalien [#]

13 juin 2007

Le gardien du phare

gardien_du_phareLe gardien du phare - Catherine Hermary-Vieille

Albin Michel, 190 pages

Résumé:

Trois femmes échouées sur une île sauvage dont une tour de pierres grises barre tous les chemins. Un gardien qui jamais ne se montre. Elles guettent, sentent et redoutent sa présence. Mais existe-t-il vraiment?
Hormis l'étendue de la mer, les nuages et la brume, elle portent de lourd secrets et n'ont plus que leurs souvenirs, leurs rancunes, leurs désillusions et leur détermination à survivre.
Pour quelle obscure raison le destin les a-t-il jetées sur ce bout de terre isolé, ce monde clos et hors du temps que rien ne semble atteindre?

Mon opinion:

Le gardien du phare est un récit qui sent la mer, les falaises escarpées et fouettées par le vent, l'eau salée. Le roman est rempli de jolies description de la mer, des falaises escarpées. L'auteur fouille l'âme humaine, celle des trois femmes fort différentes, échouées sur une île et celle des habitants de l'île aux Chiens dont elles sont natives. On sent en elles l'espoir de s'en sortir paradoxalement avec l'espoir d'une vie différente, une vie qu'elles méprisent. J'ai aimé cette tristesse latente, ce désespoir qui guette à chaque page, ces portraits de femmes résignées ou battantes, qui veulent se sortir de ce que la vie et l'île ont à leur offrir ou qui acceptent sans dire un mot, mais rêve de changer de vie. Toujours sous fond de vent, d'eau de mer, de marins, de pêcheurs, un cadre pas toujours enchanteur, que j'apprécie particulièrement. Toutefois, malgré ces éléments qui m'attireraient d'emblée, ce roman m'a laissé une impression d'inachevé. La fin est un peu chaotique et de nombreuses questions restent sans réponses. Que s'est-il passé au juste? Le lecteur doit se faire sa propre histoire. Beaucoup plus un roman d'atmosphère qu'un roman qui donne les clés pour découvrir le fin fond de l'histoire. Un livre quand même bien, lu sans mal et plutôt court, mais sans plus.

Un extrait:

"Son monde n'avait pas de limites: bonheurs tactiles, sons, odeurs se mêlaient en gerbes. Le vent, la pluis, les vagues, les arbres et les plantes lui parlaient. Chaque matin, hiver comme été, on ouvrait sa fenêtre. Elle écoutait le temps. Froid, les planches de la maison craquaient, les oiseaux restaient silencieux, l'air était croquant comme une pomme avec des relents de grand large et d'écume, tiède il bruissait de pépiements, caressait les branches qui se prélassaient, résonnait des rires d'enfants, des voix des passants. La brise recréait les objets qu'elle devinait ou palpait, intensifiait leur présence. Son exprit, toujours libéré du corps, s'envolait par la fenêtre, devenait souffle de vent ou gouttes de pluie frappant le toit de la maison, le sol, la mer, les feuilles, les rochers. Chaque ondée levait des bruits différents qui prenaient leur envol en une harmonie parfaite."
p.31

7/10

Posté par Allie à 16:17 - Roman France - Belgique - Suisse - Commentaires [7] - Permalien [#]

28 avril 2007

La nuit des calligraphes

nuit_des_calligraphesLa nuit des calligraphes - Yasmine Ghata coeur

Fayard, 181 pages

Résumé:

Ma mort me fut aussi douce que la pointe du roseau trempant ses fibres dans l'encrier, plus rapide que l'encre bue par le papier. Ainsi parle Rikkat, la calligraphe ottomane, d'une voix flottant entre ombre et lumière, alors qu'elle entreprend le récit de sa vie. En 1923, adolescente, elle sait déjà que rien ne pourra la détourner de la calligraphie. Pourtant, la même année, rompant avec l'Islam, la république d'Atatürk abolit progressivement la langue et l'écriture arabes au profit d'une version modifiée de l'alphabet latin. Serviteurs d'Allah et des sultans, les ouvriers de l'écriture sont mis au rebut et leurs écoles délaissées. Dans l'une d'elles se croisent Selim, l'ancêtre virtuose, et Rikkat, chargée de fournir papier et roseaux taillés à ces vieillards tenus en mépris par le nouveau régime. Le suicide de Selim va sceller un pacte inviolable entre la jeune élève et l'art des calligraphes. Avant de mourir, l'homme lui a légué son écritoire et son encre d'or, et il lui léguera bien davantage au cours de ses facétieuses visites d'outre-tombe. Mais la passion de la calligraphie possède Rikkat autant qu'elle la dépossède : sa vie de femme et de mère n'est qu'une succession de ruptures et d'abandons. Et c'est toujours dans l'écriture qu'elle s'épanche, communiquant alors aux arabesques une émotion qui humanise et modernise cet art immémorial.

Mon opinion:

Quelle belle lecture! La nuit des calligraphes est à l'image de son titre: tout en douceur. L'écriture est douce, raffinée, poétique. Le roman retrace la vie et le destin d'une femme calligraphe, Rikkat Kunt (la grand-mère de l'auteur) de son art et de sa difficulté à concilier son travail et sa famille. C'est un roman très touchant que j'ai lu lentement, pour en savourer de longs passages. Les chapitres qui font allusion au rituel de la calligraphie sont passionnants! J'ai beaucoup de mal à parler de ce livre qui m'a fait vibrer, dont j'ai absolument tout aimé et que je relirai. Un roman dont les mots m'ont parus infiniment bien choisis. En quelques pages et en une économie de phrases, Yasmine Ghata trace le portait d'une vie, d'une femme qui vivait essentiellement par et pour son art.
La nuit des calligraphes est un petit bijou que je garderai un peu à part dans ma bibliothèque, avec les quelques livres vers lesquels on revient spontanément. De ceux qu'on n'oublie pas. Il m'apparaît d'autant plus précieux qu'une amie que j'aime beaucoup me l'a offert...
Je vous le conseille fortement. L'auteur a une belle plume et j'espère qu'on pourra la lire à nouveau bientôt!

Un extrait:

"J'étais si appliquée qu'il finit par engager un professeur de dessin, une vieille fille de Bebek, petit village de la rive occidentale. Mon père devait aller la chercher puis la ramener chez elle, les navires de transport étant d'après elle mal fréquentés. Kösem, qui avait vécu trois ans à Florence, était une farouche partisane de la maniera italienne et vouait un culte transi à Bellini. À ses yeux, la lumière de Venise était comparable à celle de notre vieille Constantinople, l'Adriatique une cousine de notre Bosphore. Distraite, elle trempait le pinceau dans son thé à la pomme et buvait l'eau de rinçage devenue multicolore."
p.82

10/10

Posté par Allie à 21:06 - Roman France - Belgique - Suisse - Commentaires [27] - Permalien [#]

21 avril 2007

Lorsque j'étais une oeuvre d'art

lorsque_jetais_une_oeuvre_dartLorsque j'étais une oeuvre d'art - Eric-Emmanuel Schmitt

Le livre de poche, 252 pages

Résumé:

Parce qu’il se sent médiocre et inexistant, un jeune homme va se suicider quand un artiste mégalomane suspend son geste. Il lui propose d’acheter son âme et son corps pour en faire une sculpture vivante, sublime ou monstrueuse, et une marchandise planétaire. Le désespéré accepte le pacte et l’opération, se laisse déshumaniser, et exposer aux yeux des foules, sous le nom d’Adam-bis. Mais peut-il abdiquer entièrement son humanité ? Grâce à l’amour d’une jeune femme, « l’œuvre d’art » tente alors de sortir de l’emprise de son créateur et de retrouver sa conscience perdue. Cette fable excentrique, inquiétante et comique nous entraîne dans un monde rongé par le narcissisme, le culte du simulacre et de l’apparence, le totalitarisme de l’image : le nôtre.

Mon opinion:

Ce roman d'Eric-Emmanuel Schmitt est plutôt fascinant, surprenant, un peu macabre. Le personnage de Zeus-Peter Lama (!) me fait penser à celui d'Arto créé par Jean-Jacques Pelletier. Lama se situe entre Arto et Frankenstein. Homme peu scrupuleux, manipulateur, il voit l'art comme étant une vaste entreprise commerciale. Peu importe l'homme, peu importe les sentiments, tant que c'est fait au nom de l'art, il n'y a rien à y redire. Il opérera une machination cruelle, digne d'un détraqué, sur le jeune Tazio. Lorsque j'étais une oeuvre d'art aborde de façon originale le culte de la beauté, ses conséquences, la détresse de ceux qui en sont rejetés et ce que peut faire un peu de tendresse et d'amour sur l'âme. Fable contemporaine, on peut aussi le voir comme une sorte de roman d'anticipation... Qui sait jusqu'où certains "artistes" peuvent aller, au nom de leur art...

Un extrait:

"J'ai toujours raté mes suicides. J'ai toujours tout raté, pour être exact: ma vie comme mes suicides. Ce qui est cruel, dans mon cas, c'est que je m'en rends compte. Nous sommes des milliers sur Terre à manquer de force, d'esprit, de beauté ou de chance, or ce qui fait ma malheureuse singularité, c'est que j'en suis conscient. Tous les dons m'auront été épargnés sauf la lucidité. Rater ma vie, soit... mais rater mes suicides! J'ai honte de moi. Incapable d'entrer dans la vie et pas fichu d'en sortir..."
p.5

8/10

Posté par Allie à 08:20 - Roman France - Belgique - Suisse - Commentaires [13] - Permalien [#]



« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »