08 avril 2008
L'ombre de Mia
L'ombre de Mia - Langis Bouchard
JCL, 270 pages
Résumé:
Après avoir vu disparaître sa fille, avalée par la boue du déluge de 1996, Mia, dévastée par le chagrin et complètement perdue psychologiquement, s'empare d'un canot et file silencieusement vers le site déserté de la Nouvelle-France, lieu du tournage d'un film historique. Dans ce décor d'hier, planté de maisons longues, d'une tente de sudation et de palissades aiguisées, Mia glisse tout doucement dans un insondable recoin de sa mémoire où les réminiscences d'un passé amérindien lointain influençaient sa vie depuis toujours. Commence alors pour Patrick, son conjoint, une recherche obstinée, à travers les brumes d'un Saguenay abyssal, afin de retrouver l'esprit de la femme qu'il aime.
Mon opinion:
Ce roman m'a séduite, car il mêle deux aspects intéressants: l'histoire (dans ce cas, celle des tribus amérindiennes) et la psychanalyse. Mia est passionnée par l'histoire Amérindienne. Ses échanges avec Patrick, l'homme qui partage sa vie, sont passionnantes. Ils aiment confronter leurs idées et leurs opinions divergent largement en ce qui a trait à la question amérindienne. Leur petite vie tranquille sera bouleversée par le déluge de 1996. Mia, suite à la perte de sa fille, fuit la terrible réalité en régressant dans le passé. Après avoir tenté de la guérir par la voie traditionnelle, Patrick décidera de laisser les hôpitaux aux autres et de ramener Mia à la maison. Il prend une année sabbatique et réorganise sa vie autour de la femme qu'il aime. L'arrangement entre eux est étonnant. Pour tenter de comprendre l'univers dans lequel s'est murée Mia, Patrick se documente sur les coutumes Amérindiennes. Le travail qu'il accomplit avec elle est passionnant. La présence d'un chamane et d'une spécialiste de l'hypnose aidera le couple à survivre à cette épreuve. Les aspects psychologiques traités dans le roman sont vraiment intéressants, ainsi que toutes les informations sur les croyances et les coutumes des Amérindiens. Le seul petit bémol à ce livre: sa fin précipitée est trop brusque à mon goût. Toutefois, l'originalité et le traitement du sujet fait par l'auteur en valent largement la lecture. Une belle découverte!
À noter que ce livre a remporté le Prix de la Plume Saguenéenne 2007.
04 avril 2008
Sous les eaux
Sous les eaux - Mario Tremblay
JCL, 146 pages
Résumé:
Un peintre professionnel montréalais accepte de réaliser une fresque dans l'église du petit hameau de L'Anse-Saint-Jean, dans le Bas-Saguenay. Cependant, son travail est rapidement perturbé par l'intérêt croissant qu'il porte à la légende d'un grand voilier allemand qui aurait coulé près du village à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette quête personnelle dérangera inévitablement les habitants de ce lieu bucolique, qui pour la plupart ne veulent à aucun prix entendre parler de cette fable, surtout le curé avec lequel l'artiste n'a visiblement aucun atome crochu. Malgré tout, ce mystérieux bateau que l'on croit enfoui dans les profondeurs du fjord du Saguenay allumera les passions et le peintre découvrira que l'humain en général n'est ni bon ni mauvais, mais tout simplement humain.
Mon opinion:
Ce court roman porte bien son titre. "Sous les eaux" à cause du naufrage, mais aussi, parce qu'à la lecture nous avons le sentiment que beaucoup de choses se cachent sous la surface...
Victor est un peintre plutôt discret dans la vie. Des blessures passées l'empêchent de s'engager totalement et il se tient à l'écart des frasques de son groupe d'amis artistes, qui représentent une brochette hétéroclite de personnages tous plus singuliers les uns des autres. Il accepte la commande d'une fresque dans une église, sans trop savoir pourquoi. Il n'est pas particulièrement pieux et son travail est souvent choquant, rempli de confrontations à la religion et de mythologie.
Beaucoup de choses restent nébuleuses à la lecture, alors qu'on a l'impression que le livre regorge de réponses cachées bien enfouies sous les mots. On pourrait creuser et spéculer longtemps après cette lecture. C'est un roman très étrange, qui nous offre une histoire non linéaire, comme s'il s'agissait d'une tranche bien découpée de la vie de Victor, du temps où il travaille sur la fresque. La perception de Victor de la religion, son interprétation et les joutes oratoires qu'il a avec le prêtre de l'église sont percutantes. Tout n'est pas offert facilement au lecteur. C'est intéressant, différent et j'ai beaucoup aimé, même si je n'ai pas l'impression d'avoir tout déchiffré ce qu'il y avait à comprendre. Ce roman mériterait une relecture. Il laisse une impression étrange d'inachevé, mais en même temps de complexité lorsqu'on tourne la dernière page...
Sous les eaux a remporté le Prix La plume Saguenéenne 2007.
31 mars 2008
Tout ce qui brille
Tout ce qui brille - Jennifer Tremblay![]()
Éditions de la Bagnole, 150 pages
Résumé:
Une jeune mère s'exile pour écrire. Elle entame deux manuscrits, achève deux lettres d'amour, et tient un journal de voyage, dans lesquels elle prend à témoin son mari, seul et unique lecteur de ce réquisitoire contre l'abandon. Ces écrits épars constituent un récit à la fois intime et imaginaire, éclaté et fragmenté, fidèle reflet des personnages mis en scène par une narratrice aussi empathique qu'impitoyable.
Mon opinion:
Une jeune mère de famille s'exile loin de son conjoint et de ses enfants. Sa relation avec Alexandre bat de l'aile. Elle lui écrit, lui envoie une vieille lettre d'amour et deux manuscrits pour tenter d'expliquer pourquoi elle sent le besoin de partir. Les manuscrits parlent de sa grand-mère et de son père, de leur vie, du temps qui a érodé les petits bonheurs et de leur déchéance. Les figures de femmes, surtout, dans les histoires de Jennifer Tremblay ne sont jamais très heureuses. Elles portent souvent le poids de leurs responsabilités, des enfants, du conjoint, de la maison, de la famille, jusqu'au moment où tout craque et qu'elles doivent agir différemment.
Je constate que l'écriture de l'auteur me plaît de plus en plus. J'avais adoré La liste, j'ai tout autant aimé ce roman un peu étrange constitué d'écrits singuliers qui, mis bouts à bouts racontent une histoire. Avec une économie de mots remarquable, elle met en place un univers complexe, les maux, les rares joies et la tristesse d'une galerie de personnages. Ses mots me troublent et m'apaisent à la fois. Un univers qui reste longtemps en tête, une écriture sobre qui ne raconte que l'essentiel, tout en racontant tout. J'adore!
"Je te laisse pour retourner à mon exil, au silence désespérant de cet exil. J'ai tant voulu être toujours parfaite et je n'aurai finalement été que déçue et décevante. Je te demande pardon."
p.21
12 décembre 2007
Un passage vers l'Occident
Un passage vers l'Occident - Didier Leclair
Du Vermillon, 200 pages
Résumé:
Des Africains traversent un bras de mer dans un frêle esquif au péril de leur vie. Au centre de cette aventure se trouve Angélique, jeune femme fuyant les bidonvilles de Kinshasa, la capitale du Congo. Mais partir coûte cher. Alors Angélique payera le prix d'un passage vers l'Occident. Pour cela, elle côtoiera une pléthore d'individus sortis de la mosaïque africaine. Parmi eux, un batteur sans domicile fixe, un officier trafiquant de diamants, une enfant-sorcière convaincue qu'Angélique est sa mère et un pygmée au nom messianique de Moïse, porte-parole de son peuple auprès des hommes de "haute taille".
Mon opinion:
Un passage vers l'Occident est un roman sur la condition Africaine dans les bidonvilles, sur l'espoir d'une vie meilleure, sur la vie qui tient du miracle lorsqu'elle se résume aux préoccupations élémentaires de se nourrir, de réussir à survivre et à oublier la violence qui nous entoure. À travers le personnage d'Angélique, l'auteur nous parle non pas de l'émigration de la jeune fille mais de sa vie et de ce qui l'amène, au fil des années, à vouloir fuir son pays dans l'espoir d'un monde meilleur. C'est un court roman, mais qui aborde en peu de pages le sort terrible de centaines d'Africains des bidonvilles. Être une femme dans ces conditions, entourée d'hommes, n'est pas rose tous les jours.
L'écriture de Didier Leclair est fluide et on sympathise avec son personnage qu'on voudrait bien aider à notre tour... Un roman que j'ai apprécié, qui se doit d'être écrit pour réveiller les mentalités et sensibiliser les gens.
À noter qu'il y a quelques erreurs d'impressions au cours du roman. J'ai relevé à trois reprises une portion de texte narratif qui devient tout à coup dialogue alors que ce n'en est pas un...
23 octobre 2007
Les Promesses de l'aube
Les Promesses de l'aube tome 3 - Micheline Duff
JCL, 308 pages
Résumé:
Au tournant du 21e siècle, Juliette met au monde Jean-François, le premier descendant de la cinquième génération de la famille de Florence Coulombe. Si elle semble avoir hérité des talents artistiques de son arrière grand-mère, Juliette tient également d'elle la candeur et la témérité qui la mèneront au bord du gouffre, lors de ses amours avec le père de l'enfant, un homme aux activités louches. Heureusement, sa mère Geneviève et son oncle Désiré veillent sur elle. Mais ils ne pourront empêcher le drame de survenir et le vieux Désiré, autrefois coupable d'actes répréhensibles, se rachètera pour sauver la vie de son filleul.
Quant à Andréanne, sœur cadette de Florence, elle poursuit durement mais sereinement son cheminement sur la route de la perte d'autonomie. C'est elle qui distribuera à la famille et dédicacera d'une main tremblante le roman jadis écrit par Florence, ce fameux manuscrit que tous croyaient perdu. Et Nicole, celle qui avait pourtant rayé de sa vie sa mère et son frère à tout jamais, fera imprimer pour tous les membres de la famille l'ultime copie retrouvée par hasard. C'est l'apothéose du pardon.
Mon opinion:
Le roman Les promesses de l'aube termine la trilogie de Micheline Duff, commencée avec Le temps des orages puis, La lumière des mots. Ce troisième tome me semble plus abouti que le second, plus intéressant. On suit l'arrière petite-fille de Florence, Juliette, sa jeunesse tumultueuse et sa passion pour l'art. La vie ne lui fera pas de cadeau à elle non plus, comme semble planer cette malédiction sur la famille. Cependant, ce troisième tome termine bien la trilogie. C'est une belle histoire de pardon et d'acceptation des erreurs passées perpétrées dans la famille. Juliette est un beau portrait de jeune fille, un peu naïve, comme le sont souvent les jeunes face aux premières expériences de la vie. Douce, fonceuse, elle est aussi très créative.
Les lecteurs qui aiment les sagas familiales qui s'étalent sur plusieurs générations devraient apprécier. On retrouve avec plaisir les autres personnages rencontrés dans les tomes précédents. Des trois romans, je crois que celui-ci est mon préféré. J'ai aussi beaucoup aimé le premier, mais il est beaucoup plus sombre. Les promesses de l'aube porte bien son titre. C'est un roman tourné vers l'espoir et vers l'avenir.
17 octobre 2007
La main gauche des ténèbres
La main gauche des ténèbres - Philippe Porée-Kurrer
JCL, 407 pages
Résumé:
Miriam est vierge. Aussi, le fait d'être surdouée en mathématiques ou de compter Guillaume le conquérant et Pontiac parmi ses ancêtres ne l'empêche nullement d'être abasourdie lorsque son médecin lui annonce qu'elle est enceinte. Et ses questions se multiplient lorsqu'elle se rend à l'évidence que Hella, son enfant, n'est pas tout à fait comme les autres fillettes de son âge. En fait, elle est dotée de pouvoirs paranormaux stupéfiants.
Mais soudain, en Islande, la douleur prend le pas lorsque Hella disparaît inexplicablement au cours d'une baignade. Mettant à mal l'esprit rationnel de l'inspecteur Thorbjorson, cette disparition semble initier une éruption volcanique d'une ampleur jamais vue. Le crépuscule des dieux serait-il davantage qu'un mythe? C'est l'espoir de Loki, un fils du pays qui revient de Chine, où il a bâti un empire financier en ayant pour seule motivation que de faire souffrir l'humanité.
Mon opinion:
J'ai été littéralement fascinée par ce roman une bonne partie du livre, puis, aux trois quarts, le plaisir de la lecture s'est étiolé, un peu. On veut naturellement connaître le sort de chacun des personnages. Toutefois, de nombreuses questions restent en suspens et ça m'a déçue. La main gauche des ténèbres est un roman très étrange, inclassable, dont il est très difficile de parler. C'est un roman dérangeant dont on n'a aucune idée de tout ce qui peut s'y passer à la lecture du résumé. La dualité du bien et du mal est partout, à chaque page. Les événements (trop?) nombreux se succèdent à un rythme infernal. J'ai eu l'impression d'un roman très bien maîtrisé pratiquement tout le long, même si l'histoire est complètement surréaliste, alors que les dernières pages m'ont semblées précipitées. En terminant le volume, on se questionne énormément et on se remémore certains passages et événements qui ont fait du roman, ce qu'il est. Le livre me laisse l'impression d'une spirale qui tourne, sans fin. Autant de très longs passages m'ont plus, autant certains m'ont dérangée. Le personnage de Loki m'est incompréhensible même si je réalise ce qu'il représente. Cette dualité amour-haine est présente aussi pour le lecteur, face aux personnages créés par l'auteur. Ai-je un avis mitigé? Ou suis-je tout simplement sous le choc de ma lecture? Difficile à dire puisque ce roman nous fait perdre tous nos repères!
11 octobre 2007
Le tueur aveugle
Le tueur aveugle - Margaret Atwood![]()
Robert Laffont, 588 pages
Résumé:
Elles sont soeurs. Elles aiment le même homme.
1945. Dix jours après la fin de la guerre, Laura se jette d'un pont au volant d'une voiture. Elle laisse à sa soeur aînée, Iris, un roman posthume au parfum de souffre, Le tueur aveugle.
Cinquante ans plus tard, Iris raconte leur histoire...
Mon opinion:
J'ai passé une si belle semaine avec ce gros pavé! L'histoire est singulière. Le début est un peu étrange. On se demande où l'auteur veut nous amener. Et puis, mine de rien, quelque chose titille notre curiosité et on poursuit la lecture. Sans que je sache trop pourquoi, car les deux livres sont différents, je ne cessais de penser au Treizième conte de Diane Setterfield pendant ma lecture. Est-ce à cause de la description des lieux et de la résidence où vivaient Iris et Laura? Est-ce à cause de ce ton emprunté à la confidence? De la description d'une vie familiale s'étendant sur plusieurs années? Pourtant, les deux romans n'ont finalement pas grand chose en commun.
Le tueur aveugle peut dérouter. On apprécie ou on y est indifférent. La construction du récit est faite en alternance entre deux parties: la vie actuelle d'Iris, qui raconte ses souvenirs et l'histoire du Tueur aveugle, entrecoupée d'articles de journaux relatant les événements de la famille et les potins mondains. Il y a donc une histoire dans l'histoire. Le tueur aveugle est un roman à tiroirs, qui nous offre une fresque familiale, bourrée de secrets. On parcours la vie des soeurs Chase, de leur enfance à la vie adulte.
Ce roman m'a vraiment beaucoup plu. Je prenais plaisir à y retrouver l'histoire. Je n'avais pas envie que ça se termine. J'ai été bouleversée par certains passages. J'ai suivis avec intérêt les méandres de cette famille. J'ai aimé les personnages, l'écriture de l'auteur, le mystère qui émane des mots. Il y a toujours certains éléments qui nous poussent plus loin dans notre lecture, alors qu'à première vue ces presque 600 pages paraissent indigestes. Dès qu'on accepte de se laisser porter et de ne rien attendre de l'histoire, on l'apprécie doublement.
Je préfère ne pas trop en dire, de peur de gâcher la lecture de ceux qui auraient envie de s'y frotter. Si vous aimez les romans à tiroirs, celui-ci est tout trouvé. Longtemps après fermé le volume, les personnages nous hantent encore. Margaret Atwood est une très belle découverte pour moi et j'ai très envie de lire d'autres de ses romans, surtout s'ils sont tous aussi intéressants!
À noter que Le tueur aveugle a remporté le Booker Prize 2000.
Ce roman a été lu pour le Challenge 2007.
18 septembre 2007
Les quatre saisons: Maëva
Les quatre saisons: Maëva - Luc Désilets
Guy Saint-Jean Éditeur, 167 pages
Résumé:
Quand l'automne frappe à la porte...
Antoine, Guillaume, Laurent et Didier, des amis de longue date, se rencontrent régulièrement à Tadoussac, année après année: un point de ralliement semblable à un repas qu'une famille partage. Ils ont des passions communes: le kayak, le besoin de vivre intensément, la bonne chère, le vin, le plein air, l'aventure et le risque. Entre autres, un risque et une idée folle qui, une décennie plus tôt, les a soudés autour d'un pacte, d'une entente amorale...
Maëva se retrouvera parachutée sur le parcours d'Antoine et l'équilibre du groupe sera irrémédiablement rompu. Et la vie ne sera plus jamais la même.
Mon opinion:
L'écriture de Luc Désilets est tout en douceur. Son roman, le premier d'une série de quatre calqué sur le passage des saisons, nous parle de l'amour, de l'amitié et de la nature. C'est un roman très humain, rempli des hauts et des bas de la vie, vécus à travers une indéfectible amitié qui unit quatre hommes bien différents. À la lecture, on ressent un fort sentiment humain de partage, la description d'un grand amour, une belle et forte amitié à l'épreuve du temps. Maëva, c'est un roman sur la vie, sur ce qui s'offre à nous, sur les liens qui unissent les gens. Ce n'est pas un roman parfait, mais l'auteur a su, par son évocation de beaux sentiments humains et par la description de magnifiques paysages, rendre son histoire attachante et titiller ma sensibilité. Parfois rempli de bonheur, parfois émouvant ou un peu triste, Les quatre saisons c'est un peu tout cela à la fois. J'ai apprécié ce premier tome et j'ai bien hâte de découvrir les suivants.
Quelques extraits:
"Je crois qu'on aime vraiment d'amour qu'une seule fois dans une vie. C'est tout. Avant, ce n'est que de la pratique."
p.109
"La nature est toujours égale à elle-même."
p.113
14 septembre 2007
La danse de l'esquive
La danse de l'esquive - Émilie C. Lévesque
JCL, 218 pages
Résumé:
Le clavardage était pour moi le moyen idéal de communiquer, bien à l'abri derrière mon écran, jouant à être celle que je voulais être. L'ordinaire Sarah devenait alors la flamboyante Bianca, l'artiste, la séductrice. Un soir, j'ai même osé être Bianca, glissant ce prénom d'emprunt à l'oreille d'un beau gars dans un bar. C'est là que tout a commencé.
Au début, ce n'était qu'un jeu. Bianca était un rôle, un accessoire de ma penderie, comme la robe rouge passion que j'enfilais à l'occasion. Le jeu est devenu plus sérieux et Bianca, mon pendant sexuel. Il y a eu aussi Florence, celle qui me gardait les pieds sur terre, qui m'aura aidée à reprendre le contrôle de ma partie raisonnable.
Mais à trop vouloir esquiver ceux qui m'aimaient, à laisser toute la place à celles que je n'étais pas, le danger était là, bien tapi et prêt à me dévorer vivante...
Mon opinion:
Le personnage de Sarah (qui devient parfois Florence ou Bianca) est à des lieues de mes valeurs et de qui je suis. Il faut dire qu'elle a beaucoup de problèmes d'identité. Elle se cherche. Elle vit un constant mal être entre ce qu'elle est et ce qu'elle voudrait être. Elle a du mal à se définir par rapport à elle-même et par rapport à la perception que les autres ont d'elle. Elle ne sait pas qui elle est ni ce qu'elle veut vraiment de la vie. Ce roman, c'est sa lente descente dans un univers qu'elle ne peut plus contrôler. À travers ses actes et ses jeux qu'elle croit innocents, elle a parfois l'illusion de ne rien faire de mal alors qu'elle s'oublie et blesse les gens qui l'entoure. La danse de l'esquive, c'est aussi la dualité entre les trois personnalités qui habitent Sarah. L'auteur, dans ce premier roman maîtrisé, nous offre une histoire grave, affolante, inquiétante. On lit ce roman avec une sorte de curiosité dérangeante. On l'apprécie parce que c'est différent et que c'est bien écrit. Émilie C. Lévesque est une auteur à surveiller. J'ai beaucoup aimé La danse de l'esquive, qui nous montre finalement, que les jeux ne sont pas tous innocents...
09 septembre 2007
Trois vies plutôt qu'une
Trois vies plutôt qu'une - Michel Dion
JCL, 237 pages
Résumé:
Sur son lit de mort, un père fait promettre à son fils de se rendre en Europe dans les jours qui suivront ses funérailles pour accomplir certaines actions. Celle d'abord d'entrer en contact avec une Parisienne avec qui il avait échangé plusieurs lettres à son retour des Vieux Pays où il avait servi comme militaire pendant la Seconde Guerre mondiale. Une autre requête consiste à retrouver une famille du nord de l'Allemagne afin de lui remettre une photo d'un jeune parent mort sur les champs de bataille. Ces deux gestes accomplis, Jacques reste intrigué toutefois par les mentions mystérieuses que son père lui avait faites concernant une troupe de théâtre en Hollande. Il décide donc de faire un saut à Amsterdam pour essayer de comprendre les raisons qui ont amené son paternel à y séjourner plusieurs fois, même après la guerre.
Mon opinion:
J'ai eu un peu de mal au début de l'histoire, à me faire au style d'écriture. Intime, rempli de détails et de réflexions, il m'a fallu du temps avant de me laisser glisser dans les mots. Toutefois, on constate que l'auteur maîtrise très bien l'écriture. Trois vies plutôt qu'une est un roman un peu étrange, tant dans la forme que dans le fond. Le roman de Michel Dion est ponctué des lectures des différents tomes de À la recherche du temps perdu. Je n'ai pas lu Proust. Je ne peux donc parler des similitudes qu'il y aurait entre les deux romans. Cependant, certains indices me laissent croire qu'il y en a, que ce soit la forme d'écriture tout en détails ou le nom de la femme rencontrée en avion, qui s'appelle Madeleine... comme le petit gâteau du même nom dont l'auteur fait allusion un peu avant.
La première partie qui fait état du jeu de séduction entre le narrateur et Madeleine m'a semblé peu nécessaire. Je me demandais même si je lisais bien le bon roman, vu la quatrième de couverture. Je n'ai pas été très intéressée par les échanges entre les deux personnages et j'espérais que l'histoire changerait un peu. Lorsque Madeleine est sortie du paysage, le roman m'a semblé beaucoup plus intéressant. Cette quête pour combler les dernières volontés d'un père décédé m'a touchée. Certains passages sont empreints d'émotions. Les personnages que le narrateur rencontre sont touchants. On aimerait même en savoir plus. C'est toute une quête tant physique qu'intérieure que nous poursuivons avec le narrateur, sur les traces d'un passé qu'il ne veut pas nécessairement reproduire.
Je suis donc un peu mitigée quant à mon opinion sur ce livre. Les 70 premières pages m'ont laissée de marbre, le reste m'a captivée.
J'aime aussi beaucoup la couverture du livre, qui reprend une photo du Koppelpoort d'Amersfoort (une porte d'eau dans un mur de la ville).









