14 mars 2008
Sonietchka
Sonietchka - Ludmila Oulitskaïa
Folio, 108 pages
Résumé:
Depuis toujours, Sonia puise son bonheur dans la lecture et la solitude. C'est dans une bibliothèque que, à sa grande surprise, Robert, un peintre plus âgé qu'elle, qui a beaucoup voyagé en Europe et connu les camps, la demande en mariage. Avec Robert et, bientôt, leur fille Tania, Sonia n'est plus seule, elle lit moins, mais, malgré les difficultés matérielles de l'après-guerre, elle cultive toujours le même bonheur limpide, très légèrement distant et ironique. Des années plus tard, Tania introduit à la maison son amie polonaise Jasia, fille de déportés, mythomane, fantasque, aussi jolie que Tania est laide, et goûtant, comme elle, aux jeux amoureux. Jasia devient la maîtresse de Robert...
Mon opinion:
Sonia (Sonietchka) est une jeune femme myope qui travaille au sous-sol d'une bibliothèque. Elle lit tout le temps, rêve de livres la nuit. Les livres sont des compagnons de sa vie, jusqu'au jour où elle rencontre Robert. Elle le suivrait au bout du monde, fonde une famille et devient une femme au foyer, qui tente de joindre les deux bouts comme elle peut. Malgré tout, elle est heureuse. Sonietchka est une femme résignée, qui entretient avec la lecture une relation étrange. Elle retourne aux livres quand sa vie défaille. Ce n'est pas vraiment un livre sur les livres (qui sont surtout présents au début et à la fin du roman), mais plutôt un livre sur une femme effacée, qui vit un petit bonheur tranquille, si satisfaite du peu qu'elle a. C'est un roman où la guerre fait rage en toile de fond. C'est un roman sur la vie de famille, sur la vie de couple et ses failles. Mais le bonheur est quand même là, pas très loin, lorsque l'on perds tous ses repères. On pourrait méditer longtemps sur le personnage si peu ancré dans la vie qu'est Sonia. Si résignée à l'existance tout en savourant les infimes petits bonheurs qui l'entourent. Elle fait sien, le bonheur ou les choix des autres. Sonietchka retourne aux livres, à sa chère lecture, au bonheur de replonger dans les histoires des autres, même quand sa propre vie s'écroule. Sonietchka est un roman triste et touchant à la fois. C'est une lecture que j'ai apprécié et qui me donne définitivement envie de lire à nouveau Ludmila Oulitskaïa.
Quelques extraits:
"Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietchka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu'à la dernière page du livre."
p.10
"Vidée de tout, légère, les oreilles bourdonnant d'un tintement limpide, elle entra chez elle, s'approcha de la bibliothèque, y prit un livre au hasard et s'allongea en l'ouvrant au milieu."
P.89
À noter que ce roman a remporté le Prix Médicis étranger 1996.
06 mars 2006
La musique d'une vie
La musique d'une vie - Andreï Makine
Seuil, 144 pages
Résumé:
Le premier concert du jeune pianiste Alexeï Berg est annoncé pour le 24 mai 1941. C'est un événement magique qui se prépare - la porte ouverte à de nouvelles fréquentations parmi la jeunesse dorée de Moscou, la fin des années de terreur, la puissance d'évasion de la musique, la célébrité... Or, non seulement ce concert n'aura pas lieu, mais Alexeï va devoir fuir de plus en plus loin. Sa vie se jouera désormais sur une partition différente, marquée par l'amour sans nom, par la familiarité avec la mort, par la découverte de la dignité des vaincus.
Mon opinion:
Je dois l'avouer: j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire au début du livre. Cependant ça n'a pas duré: l'écriture de Andreï Makine est douce, savoureuse, poétique. J'ai beaucoup aimé sa façon de raconter, la musicalité des mots sur un fond qu'on sent difficile, souffrant. La musique d'une vie est remplie de musique, tant dans son sujet que dans les mots pour la raconter. C'est une histoire remplie aussi de tristesse, une tranche de vie difficile, mais où semble quand même pointer au loin, un peu d'espoir, une sorte de résignation à la vie. J'ai été agréablement surprise d'aimer autant ce roman. Je regrette seulement de ne pas m'y connaître plus sur l'histoire de la Russie pour pouvoir être en mesure d'apprécier à sa juste valeur, toutes les subtilités du récit. Je crois que c'est un roman à lire et relire à différent stade de notre vie car son histoire parlera alors au lecteur, différemment. J'ai bien envie de découvrir d'autres romans d'Andreï Makine, juste pour savourer à nouveau ses mots.
Un extrait:
"Je regarde ma montre: trois heures et demie. Plus que l'heure et le lieu où naît cette musique, c'est son détachement qui me surprend. Elle rend parfaitement inutile ma colère philosophique d'il y a quelques minutes. Sa beauté n'invite pas à fuir l'odeur des conserves et de l'alcool qui stagne au-dessus de l'amoncellement des dormeurs. Elle marque tout simplement une frontière, esquisse un autre ordre des choses. Tout s'éclaire soudain d'une vérité qui se passe de mots: cette nuit égarée dans un néant de neige, une centaine de passagers recroquevillés - chacun paraissant souffler tout doucement sur l'étincelle fragile de sa vie -, cette gare aux quais disparus, et ces notes qui s'instillent comme des instants d'une nuit tout autre."
p.23 (ma version diffère de celle illustrée)
9/10









