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11 avril 2008

La saga des émigrants tome 2: La traversée

saga_emigrants_2La saga des émigrants tome 2: La traversée - Vilhelm Mobergcoup_de_coeur

Éditions Gaïa, 266 pages

Résumé:

Sur les quais de Karlshamn, la Charlotta s'apprête à appareiller. Karl Oskar est soucieux. Le navire censé assurer leur émigration vers les États-Unis d'Amérique est en bien piteux état. Quant à Robert, son rêve de grande aventure s'en trouve un peu ébréché. Même Kristina ne tarde pas à partager ces pensées. Il fut un temps où la Charlotta était un noble navire de commerce et non un vulgaire transporteur d'émigrants, cette engeance qui s'entasse dans l'entrepont et n'a décidément jamais le pied marin. La vie à bord n'est que tourments : la promiscuité, la saleté, les poux, le scorbut et le mal de mer s'acharnent sur les passagers. Le capitaine Lorentz, vieux loup de mer aigri et solitaire, le sait bien, lui qui prévoit un boisseau de terre de Suède en vue de simuler des funérailles qui se termineront inéluctablement au fond de l'eau. Après Au pays, La Traversée est le récit d'un voyage qui ne devait durer que quelques semaines. Un voyage au bout de soi, une douloureuse épreuve dans la fabuleuse destinée de ces Émigrants.

Mon opinion:

Cette série est résoluement un coup de coeur, même si je n'en suis encore qu'au deuxième tome, qui est aussi bon que le premier! Moberg utilise deux procédés pour la narration. Il raconte l'histoire vue de l'extérieur puis, laisse la parole à ses différents personnages lorsque besoin est. Le lecteur est donc témoin de la perception de chacun d'un même événement. Perception qui diffère selon ce qu'on sait du passé de chaque personnage, de leur vécu et de leurs valeurs.
Ce second tome nous amène sur les eaux, sur un bateau de marchandises qui transporte également depuis peu des passagers qui veulent émigrer en Amérique. Il faut se replonger à l'époque où les bateaux n'avaient rien de paquebots de croisière. On y survivait avec les moyens du bord. Les bains, les repas, la propreté était relégués aux oubliettes. Les passagers quant à eux, tentaient de survivrent aux maladies et ne pas mourir d'ennui. Pour des paysans habitués au travail de la terre, aux travaux difficiles, passer plusieurs mois en mer à ne rien faire était très pénible. Sans parler des pénibles difficultés associées au manque d'hygiène et aux microbes de toutes sortes qui prolifèrent. Kristina, par exemple, femme très propre, soigneuse, qui prend un soin jaloux de ses enfants, trouve pénible de vivre, entassés comme des animaux, dans une cale malodorante où pullullent les poux, la vermine et le scorbut. Même si tous les personnages me plaisent, avec leurs défauts et leurs qualités, je ne peux que m'identifier à Kristina. Par ses valeurs, sa droiture, son amour pour sa famille. Que ferais-je, à sa place?
L'écriture de Moberg est d'un réalisme saisissant. Chaque fois que je plonge dans l'un de ses livres, la magie opère dès le début. Je ne suis plus chez moi, mais plutôt sur une terre aride ou un bateau qui tangue. Je ne peux m'empêcher de me mettre à la place des personnages, de vivre avec eux leur périple. Le lecteur peut presque sentir le monde tanguer autour de lui, l'odeur viciée de l'air, le bruit de l'eau.
La religion est très présent dans ces livres. L'idée, à l'époque, que les poux et le mal de mer résultaient d'un manque de foi chrétienne m'a assommée. Beaucoup de choses "inexpliquées" étaient alors identifiées à la religion, au mal ou au bien.
Pour ceux qui ont lu le roman, la scène de l'apparition de l'oiseau sur le pont m'a beaucoup touchée. J'imagine qu'après autant de temps sur les mers à ne voir que de l'eau à perte de vue, l'apparition de l'oiseau (encore une fois relié à une sorte de divinité) a dû être un vrai miracle pour ces paysans habitués à fouler la terre...
Ce second tome rempli toutes mes attentes. Une série à découvrir, à lire et relire. Un petit bijou. Vivement que je reçoive le troisième tome!

Un extrait:

"Il avait de bonnes raisons de regretter le temps où la Charlotta était uniquement un navire de commerce et n'avait qu'une cargaison inerte. Il préférait de loin avoir sous le pont des marchandises plutôt que ce malcommode chargement vivant: les marchandises ne mouraient jamais, elles."
p.27

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28 mars 2008

La saga des émigrants tome 1: Au pays

saga_emigrants_1La saga des émigrants tome 1: Au pays - Vilhelm Mobergcoeur

Gaïa, 314 pages

Résumé:

Voici l'histoire des premiers pionniers suédois partis conquérir l'Amérique et comment leur vint l'idée de s'expatrier. Kristina et Karl Oskar, jeune couple héritier d'une terre aride qui ne parvient guère à nourrir leur huit bouches de la maisonnée. Robert, le frère de Karl Oskar, un contemplatif qui aspire à la liberté, mais placé comme valet de ferme alors qu'il ne rêve que de l'Amérique. Son compagnon d'infortune, Arvid L'illuminé Danjel Andreasson, digne héritier de son ancêtre condamné pour hérésie. Et la catin du village, Ulrika de Västergöhl, dont on se détourne quand on la croise, mais qu'on vibre de visiter la nuit, incognito...

Mon opinion:

Je viens de tourner la dernière page de ce premier tome de 8 (en grand format) de La saga des émigrants de Vilhelm Moberg et je suis impatiente de lire la suite! Comme je dois les commander à la bibliothèque nationale et que le délai est parfois long, mes billets sur cette saga s'échelonneront sur plusieurs mois. J'espère simplement ne pas perdre le fil, puisqu'il s'agit d'une saga vraiment captivante!
Vilhelm Moberg a un don de conteur indéniable. On entre dans ce monde aride, difficile, de la Suède du milieu du XIXe siècle, où les premiers paysans, usés et épuisés par le travail de la terre qui ne donne rien, décident de quitter leur pays... sans savoir que dans les années qui suivront, ils seront plus d'un million de Suédois à faire la même chose. Certains passages m'ont émue. Je me place dans la peau de ces hommes et de ces femmes qui, avec tant de bouches à nourir, trop d'heures de travail et si peu en retour, voient leur vie tomber dans un gouffre. Que fait-on lorsqu'on réalise qu'on a trop peu, qu'on est responsable d'enfants en bas âge qui meurs de faim et qu'on doit faire quelque chose. La décision de partir pour une terre inconnue, pleine de promesses se profile au bout du chemin... L'impasse dans lequel ils sont, la rudesse de la vie qui les mets à l'épreuve chaque jour. Il n'y a pas de place dans cette vie pour des gens rêveurs, comme Robert, qui veulent pouvoir profiter un peu des bonnes choses de la vie, sans avoir à se tuer à la tâche pour au fond, pas grand chose. Cette saga est une histoire d'espoir, d'amour, de la recherche d'une vie meilleure. C'est un témoignage sensible sur les millions d'émigrants partout dans le monde qui, à une époque, ont choisi de partir avec l'espoir de trouver une vie meilleure. Une vie à la hauteur de ce qu'ils croyaient avoir droit pour tout le travail accompli. Les mots de Moberg nous accompagnent tout au long de la vie de ces familles, de leurs questionnement, de ce qui les poussera à partir. Lorsqu'on prend finalement la décision, il faut penser au départ, à la préparation, au voyage. Mais les désillusions ne sont jamais bien loin...
J'ai adoré! Vraiment! Ces 314 pages se lisent toutes seules. On côtoie les personnages comme de vieux amis. On vibre avec eux au fil des pages. Je ne peux que vous conseiller ce merveilleux livre. Vivement que je reçoive la suite! Robert, Arvid, Kristina, Karl Oscar et leurs enfants me manquent déjà...
Un gros gros coup de coeur pour le premier tome de cette série. Je sens que la suite me plaira tout autant!

À noter que la Saga des Émigrants a été élue "Meilleur roman Suédois de ce siècle".

Quelques extraits:

"Chaque jour de ces trois années, Kristina et lui avaient trimé sans ménager la sueur de leur front. Ils avaient espéré que leur sort s'améliorerait et il avait empiré. Mais ils ne pouvaient rien au temps qu'il faisait, pas plus qu'à ce qu'il advenait du bétail. Karl Oskar pensait qu'ils se tireraient d'affaire s'ils restaient en bonne santé et conservaient toutes leurs forces, afin d'être capables de travailler. Il était maintenant obligé d'admetter que l'homme ne peut assurer son salut par le travail, sur cette terre."
p.42                              

"Les deux époux étaient maintenant d'accord: ils allaient chercher un bateau sur lequel embarquer le printemps suivant. Leur décision était prise. Elle allait influer sur le cours futur de leurs existence, à tous deux, mais aussi de celle de leurs enfants. À travers ceux-ci, elle se répercuterait dans les temps et les générations à venir. En la prenant, ils choisissaient l'endroit où naîtraient, un jour, leurs petits-enfants et les enfants de leurs petits-enfants."
p.185

"Une seule fois, Nils lui dit sur un ton de doux reproche:
-Tu emmènes bien du monde avec toi.
-On va être six.
-Plus que ça. Tu oublies de compter tes descendants."
p.215

Un roman indispensable. À lire absoluement!

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22 février 2008

Virginia

virginiaVirginia - Jens Christian Grondahl

Gallimard, 110 pages

Résumé:

" Plus tard, lorsqu'ils prirent le petit déjeuner, elle fit comme si de rien n'était, affichant son habituel sourire bien élevé. Et peut-être n'y avait-il rien... Son oncle expliqua qu'il avait entendu dire qu'un avion anglais s'était écrasé non loin, sur la côte, au nord. Il existe une photo, prise le jour même ou le lendemain par un photographe local. Un soldat allemand monte la garde près de la carcasse de l'avion abattu, on distingue à peine les arceaux tordus de la verrière du cockpit et un morceau d'aile avec une double ligne pointillée qui s'arrête là où les tôles rivetées ont été pliées et cassées. Il y a également deux cercles concentriques sur l'aile : les cocardes de la Royal Air Force. "
Nous sommes en 1943, et les bruits de la guerre n'épargnent pas même cette grande demeure bourgeoise, construite à l'écart d'un hameau au bord de la mer du Nord. Ses propriétaires, un couple sans enfants, accueillent leur jeune neveu de quatorze ans, mais aussi la fille adolescente de la couturière de Madame, pour la mettre à l'abri des bombardements qui menacent Copenhague. Lorsqu'un avion s'écrase non loin de là dans les dunes, un drame silencieux va se nouer entre les deux adolescents et un pilote britannique...

Mon opinion:

Virginia est le premier roman de Grondahl que je lis. Quelle jolie découverte! L'auteur nous livre un texte à l'écriture fine, juste, dépouillée. L'histoire, empreinte d'une certaine douceur, nous plonge dans l'atmosphère d'un été étouffant pendant la guerre, où les avions et les bombes survolent une maison de vacances. Deux jeunes partageront un "secret" qui se révélera marquant pour eux et ne les quittera pas pendant des années. C'est une rencontre fortuite, des années plus tard, qui leur fera comprendre plusieurs choses...
J'ai du mal à parler de ce roman qui est plutôt court, mais qui m'a beaucoup apporté. J'ai aimé le style, l'atmosphère, l'écriture, les personnages, le cadre, le narrateur... bref c'est une histoire qui se lit très bien, mais qui nous laisse un petit quelque chose lorsqu'on tourne la dernière page. Un auteur que j'aimerais lire à nouveau pour la justesse de son style.

Un extrait:

"...c'est parfois une corvée de tuer le temps lorsqu'on est à la retraite. Les jours et les heures du calendrier réclament d'être remplis, ils se moquent par quoi, du moment que le vide soit comblé. Même si les années passent plus vite quand on vieillit, les jours paraissent parfois longs et pénibles, avec des ornières qu'il faut contourner."
p.73

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20 février 2008

Naïf. Super.

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Naïf. Super. - Erlend Loe

Gaïa, 264 pages

Résumé:

Battu au croquet par son frère, un jeune homme voit sa vie s'effondrer le jour de ses vingt-cinq ans. Plus rien ne fait sens. En effet, ce n'est pas évident quand on sait une flopée d'informations inutiles, quand on n'a pas de petite copine mais un bon ami trop loin et un mauvais ami trop près, et surtout quand on apprend que le temps va plus vite en haut qu'en bas de l'Empire State Building. Quelle plaie !
Il faut alors repartir à zéro. Mais comment ? En optant pour la simplicité : dresser la liste de ce qu'on possède et de ce qu'on ne possède pas, acheter un ballon rouge et le lancer contre le mur toute la journée, lire un ouvrage de vulgarisation scientifique sur la création du monde. Puisque, comme se demandait Leibniz : " Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? "

Mon opinion:

Le narrateur est un jeune homme qui se remet en question comme on l'a déjà tous fait. Qui suis-je? Que représente ma vie? Où vais-je? Qu'est-ce que je vais devenir? Sauf que l'auteur pousse le sujet à l'extrême et le traitement qu'il fait d'un sujet universel et commun est plutôt original. Le narrateur est parfois étrange dans ses fixations et sa façon de voir la vie. Il affronte les choses avec inquiétude, se pose continuellement des questions sur tout, se compare aux autres et cherche à savoir s'il est normal. Il a la manie des listes en tout genre et pose beaucoup de question qui suscitent souvent un sourire. Sa relation par télécopieur interposé avec son ami expatrié m'a beaucoup fait sourire. Naïf. Super. est un roman amusant, sympathique, léger, mais pas incontournable. Le texte et le style ne sont pas marquants. La partie qui nous montre des extraits des recherches au catalogue de la bibliothèque de New York m'a plutôt ennuyée. La fin est précipitée. Cependant, en général, c'est un petit roman qui se lit bien. L'humour y est parfois un peu facile, mais j'ai aimé quand même. Entre deux lectures un peu lourdes, c'est parfois agréable de trouver des lectures plus légères.

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11 janvier 2008

Le jour avant le lendemain

jour_avant_le_lendemainLe jour avant le lendemain - Jørn Rielcoeur

Gaïa, 202 pages

Résumé:

Dans le nord-est du Groenland, la tribu de Katingak est sur le point de rejoindre le camp d'été. Pour Ninioq, le temps sera venu de faire ses adieux au monde des vivants. Mais Tornarssuk, le maître de tout, en a décidé autrement. Comme après chaque saison de chasse, il faut aller faire sécher le poisson et la viande sur la petite île de Neqe. Et c'est à elle, la doyenne de la tribu, et à son petit-fils Manik qu'échoit cette mission. Sur cette terre hostile et malgré son grand âge, Ninioq doit prendre soin de l'enfant. Jour après jour, elle apprend au fils de son fils les gestes de la vie et lui transmet les traditions et les légendes de la tribu. Mais quelque chose s'est passé Ninioq le sent. Depuis quelques semaines déjà, ils auraient dû revenir les chercher. Un malheur est-il arrivé ? II faut qu'elle sache, qu'elle aille à leur rencontre, qu'elle retrouve les siens...

Mon opinion:

Ce roman magnifique, rempli de douceur et de violence, mais surtout, d'une grande humanité, a été écrit par l'auteur suite une certaine découverte lors d'un séjour au Groenland.
À travers les légendes et les histoires racontées d'une génération à l'autre, les membres de la tribu apprennent la vie. Ils ont des rituels bien à eux, qui nous semblent parfois bien singuliers, mais cette immersion dans leur monde m'a beaucoup intéressée. C'est si différent de nous. La perception qu'ils ont de la nature et des animaux, de la terre et de ses habitants est bien particulière. C'est un roman sur la jeunesse et la vieillesse, la vie et la mort. Le passage de la vie à la mort est d'ailleurs vécu avec sérénité par ce peuple, comme une étape naturelle de la vie. Le lecteur est témoin des tâches quotidiennes de la tribu, des relations qu'ils entretiennent entre eux. La relation entre Ninioq et son petit-fils Manik est touchante et empreinte de tendresse. C'est un récit parfois dur, rude. C'est la loi de la vie, de la mort qui prévaut. On tue pour se nourrir et survivre. Les animaux sont des amis (les chiens qui tiennent compagnie, les phoques et les poissons pour la survie) ou de cruels prédateurs (les loups et les ours). Une violence sourde surgit parfois lorsque la vie des membres de la tribu est en danger...
Le jour avant le lendemain est un récit qui m'a touchée. Les personnages sont humains. L'écriture est simple, dépouillée, parfois presque poétique.
Un texte magnifique qui me donne envie de lire à nouveau Jorn Riel.

Quelques extraits:

"L'inquiétude faisait naître en elle des pensées. Il lui semblait se tenir au bord de la vie et plonger son regard dans un abîme béant de vide. Et elle comprenait que le vide était la somme de ce qui avait été, les restes estompés des mutations des hommes."
p.11

"Soudain elle comprenait beaucoup de choses, car elle avait appris à connaître une part inconnue d'elle-même. La sauvagerie, la soif de sang et la fureur. Les loups avaient été impitoyables. Comme elle-même. Comme les hommes partout dans le monde et comme les esprits du grand bateau. La vie était combat et mort, cruauté et angoisse, mélangés à une joie tout à fait inexplicable, la joie du simple fait de vivre."
p.188

Ce livre a été lu dans le cadre du clubLectureBloggueuses et également pour le challengeabc2008. Une pierre, deux coups!

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11 décembre 2007

Bienvenue à Rovaniemi

bienvenue_a_rovaniemiBienvenue à Rovaniemi - Jari Tervo

10/18, 416 pages

Résumé:

Bienvenue à Rovaniemi, village du père Noël, point de jonction de la pègre russe et finlandaise, des flics véreux et des pasteurs perfides, des mères de famille au bout du rouleau et des éleveurs de rennes. Massepain Räikkönen, un gangster local, a été tué. S'ensuit une ahurissante enquête de voisinage, un kaléidoscope furieux de personnages drolatiques, de la petite Sarah qui découvre le corps aux ambulanciers qui règlent leurs comptes à proximité du cadavre encore chaud, en passant par l'arrière-grand-mère du défunt, obsédée par L'Enfer de Dante. S'inscrivant dans la lignée des mauvais garçons de la littérature finlandaise, Jari Tervo combat la dépression à coups de gueule et de gnôle. Un univers truculent et haut en couleur.

Mon opinion:

Alors, que dire de ce livre? Je n'ai pas détesté ma lecture, c'est par moment plutôt agréable, mais je suis contente de ne pas avoir acheté ce livre. C'est un roman un peu déjanté, des personnages loufoques, de l'action plutôt bizarre, et une ville qui a carrément perdue la carte. Les habitants de Rovaniemi sont étranges, dans leurs petites et grandes folies. Ils représentent le genre humain d'un extrême à l'autre. On sourit souvent, toutefois je trouve que plus de 400 pages de ce traitement, ça devient un peu indigeste.
Chaque chapitre donne la parole à un personnage différent. Ils ont tous un lien entre eux, qu'on découvre au fil des pages. Le langage est parfois vulgaire, les réflexions des personnages (surtout les hommes) souvent primitives.
Je suis donc mitigée. La quatrième de couverture (de l'édition grand format) compare Jari Tervo à Arto Paasilinna. Je ne suis pas d'accord. Bienvenue à Rovaniemi n'a pour moi, absolument rien à voir avec, par exemple, Le lièvre de Vatanen...
Je suis un peu déçue, puisque le résumé promettait et la couverture est très attirante! Je ne crois pas relire cet auteur, s'il publie autre chose. Mais je sais que ce livre plaira à certains lecteurs. Pour moi, ça n'a fonctionné qu'à moitié...

Ce livre a été lu pour le Challenge 2007.

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03 août 2007

Retour en Islande

retour_en_islandeRetour en Islande - Ólafur Jóhann Ólafssoncoeur

Seuil, 296 pages

Résumé:

Disa s’apprête à retourner dans son Islande natale après vingt ans d'exil en Angleterre, où elle dirige de main de maître les cuisines de sa belle auberge. Préparatifs, repas d'adieux, dernière inspection de la maison et des objets familiers, transfert en voiture, traversée en mer, chaque étape de son voyage ouvre les vannes à un flot de souvenirs que sa vie si bien ordonnée avait pu lui faire croire enfouis. Au fil de constants allers et retours dans le temps se dessinent son enfance en Islande, son apprentissage passionné de l'art culinaire, ses premières amours avec Jakob, le juif allemand qui mourra dans un camp de concentration, ses années au service d'un banquier dont le fils lui fera un enfant qu'elle sera contrainte d'abandonner à la naissance. C'est ce fils à présent adulte qui motive le voyage de Disa ; se sachant condamnée par une terrible maladie, elle veut le voir avant de mourir.

Mon opinion:

Décidément, la littérature Scandinave me séduit de plus en plus. Je ne saurais dire ce qui m'a plu dans ce roman, trouvé au hasard. J'ai aimé l'écriture, très belle et un peu triste à la fois. J'ai aimé la construction du roman, qui fait état de la vie de Disa à travers ses souvenirs proches ou lointains. Les chapitres nous racontent ce qu'elle est, dans le désordre. Rien n'est chronologique et pourtant, je ne m'y suis pas du tout sentie perdue pendant ma lecture. Au contraire. L'auteur maîtrise à merveille ce style d'écriture et on se laisse guider au fil des pages. Les chapitres sont courts, remplis d'extraits de lettres, d'anecdotes, de rencontres, de petits instantanés de la vie de Disa, de son enfance à son apprentissage en cuisine, jusqu'à l'ouverture de son auberge. La description de l'endroit me fait rêver. Tout dans l'écriture transpire la nature et les paysages Islandais avec, toujours, une pointe de tristesse... La vie de Disa n'a pas toujours été facile et pourtant, l'auteur nous offre tout de même un très beau roman...
Un très beau roman, que j'ai lu lentement, avec l'envie qu'il se prolonge encore un peu...

Quelques extraits:

"La cheminée résonne des crépitements familiers du feu, et l'arôme des pommes au four d'hier soir flotte encore dans la cuisine. Le ciel s'éveille. J'aperçois une vague roseur à l'est. Ma chienne semble avoir pressenti mon départ. Au lieu d'être allongée les yeux clos devant le foyer selon son habitude au petit matin, elle me suit partout dans la maison. Je suis la seule debout, ayant mal dormi comme chaque fois que j'ai failli entreprendre ce voyage. Cette fois-ci je suis bien décidée. Quoi qu'il arrive, je ne me permettrai pas de changer d'avis maintenant."
p.9

"Je crois que les hommes redoutent la mort plus que les femmes. Personnellement, je ne crains pas la fin. Advienne que pourra, je ne serai guère informée à ce sujet. Après la mort, seul le vide m'accueillera. En d'autres termes, je ne m'attends pas à trouver quoi que ce soit de l'autre côté, pas même un semblant d'obscurité, juste le néant, le rien. Certes, je serais plus que ravie si le Tout-Puissant m'envoyait une brochure du Paradis (l'autre destination possible m'intéresse moins), offrant de belles photos et des descriptions détaillées des délices qui nous sont réservées, à nous les élus. Mais n'ayant jamais reçu pareil message, par courrier ou en rêve, je devrai sans doute me résigner à l'idée qu'à la mort succédera le néant."
p.64

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17 juillet 2007

Le moindre des mondes

moindre_des_mondesLe moindre des mondes - Sjón

Rivages, 122 pages

Résumé:

Un jour tout blanc de neige et de glace, le révérend Baldur Skuggason part à la chasse, fusil à l'épaule, fureur au ventre. Pendant ce temps Friðrik le botaniste cloue un cercueil, celui d'Abba, handicapée de naissance. Ces trois personnages, la bête féroce, le lettré et la douce enfant vont de façon étonnante mêler leur histoire.

Mon opinion:

Voilà un roman que je voulais lire depuis sa sortie. L'illustration de la couverture m'a littéralement séduite. C'est calme, c'est zen. Le roman est court. Bref, l'objet livre m'attirait déjà. Le roman est étrange et lyrique. Le moindre des mondes est à la fois un récit métaphorique et un conte mythique. L'atmosphère rappelle les légendes folkloriques Islandaises. La construction du roman, de quelques lignes à quelques paragraphes par page, contribue à augmenter l'impression de solitude des personnages. La présence des contrées froides et hostiles sont si bien décrites qu'on y ressent presque siffler le froid vent du Nord... Dans une économie de mots, Sjón (de son vrai nom Sigurjon B. Sigurdsson) excelle dans la concision tout en sachant rendre à merveille les lieux et les personnages. Les pages 50 à 53 contiennent un beau passage sur le thé et la transmission du plaisir de ce breuvage, extrait trop long pour être reporté ici.
Le moindre des mondes, tant dans l'écriture que dans la forme du roman, m'a rappelé les récits teintés du folklore de Selma Lagerlöf. Je suis heureuse de l'avoir lu.

Un extrait:

"Soleil des revenants: telle est l'appellation que donnent les poètes à leur amie la lune; elle ne saurait mieux convenir qu'en cette nuit où sa pâle clarté cendrée baigne la touffe d'arbres sur la pente qui surplombe la ferme de Brekka. Ce petit bois était le plus grand plaisir d'Abba et de Friðrik et peu de choses leur valurent d'être autant la risée de ceux de Dalur que l'entretien de ce bosquet; même si les gens se moquaient de la plupart des tâches auxquelles ils se livraient."
p.79

À noter que ce livre a remporté en 2005 la plus haute distinction des pays du Nord, le Prix littéraire du Conseil Nordique. L'auteur est un des paroliers de Björk.

8.5/10

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12 juin 2007

Tea-bag

tea_bagTea-bag - Henning Mankell

Seuil, 329 pages

Résumé:

Tea-bag, jeune Nigériane, traverse l'Europe à pied, persuadée que tout là-haut, en Suède, une porte s'ouvrira pour elle. Tania, venue de Smolensk, a franchi la Baltique à la rame, portée par le même espoir. Leïla est arrivée d'Iran alors qu'elle était enfant. Ensemble elles se démènent pour survivre dans une banlieue de Göteborg où elles ont échoué par hasard. Pendant ce temps, le célèbre auteur Jesper Humlin, qui attend l'inspiration en surveillant son bronzage et le cours de ses actions en Bourse, tente d'échapper à la tyrannie de sa petite amie et de sa mère. Le jour où sa trajectoire croise celle de Tea-Bag, Tania et Leïla, c'est le choc. Il découvre l'existence d'une Suède inconnue, clandestine, comme un double " en négatif " de la Suède officielle, laquelle ignore tout de la première. Aussitôt il envisage de détourner leurs expériences à ses propres fins. Mais les jeunes filles n'ont pas dit leur dernier mot...

Mon opinion:

Je connais bien les romans policiers de Mankell, dont il existe même une série télé que j'aime beaucoup. Tea-Bag est le premier roman traitant d'Afrique et d'immigration que je lis de Mankell. On retrouve dans ce livre les préoccupations de l'auteur et une certaine sensibilité face à ces nouveaux Suédois venus d'ailleurs, qui ne l'ont pas eu facile. Le roman est intéressant tant par sa forme et par sa narration. Tea-bag aborde un thème très actuel et est souvent touchant. Mankell évite de nombreux pièges dans lequel aurait pu tomber le roman et nous offre un récit sur la condition de réfugié, par les yeux de trois femmes. Cette façon de conduire l'histoire apporte le recul nécessaire pour éviter de sombrer dans le mélodrame. Il y a un certain humour, les personnages sont colorés et le roman est aussi une critique de la société (on n'a qu'à penser au personnage de Jesper par exemple). Il s'agit donc d'un roman qui se lit bien, sur un sujet actuel et intéressant. Et puis surtout, Mankell, à travers Tea-bag, redonne une voix à ceux qui n'en ont plus.

Quelques extraits:

"Être en fuite, cela voulait dire être seul."
p.8

"Je crois que personne ne comprend vraiment ce que cela signifie d'être en fuite. Être contraint à un moment donné, de se lever, de tout quitter et de courir pour sa vie. Cette nuit-là, quand je suis partie, j'avais la sensation que toutes mes pensées, tous mes souvenirs, pendouillaient derrière moi comme un cordon ombilical sanguinolent qui refusait de se rompre, alors que j'étais déjà loin du village. Personne ne peut comprendre ce que c'est - à moins d'avoir été soi-même chassé, contraint de fuir des hommes, ou des armes, ou des ombres qui menacent de tuer. La terreur nue, on ne peut pas la communiquer, on ne peut pas la décrire. Comment expliquer à quelqu'un  l'effet que ça fait de courir droit devant soi, en pleine nuit, pourchassé par la mort, la douleur, l'avilissement?"
p.276

"On peut être mort bien que vivant et vivant bien qu'on soit mort."
p.291

8.5/10

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22 mars 2006

La fille du directeur de cirque

fille_directeur_cirqueLa fille du directeur de cirque - Jostein Gaarder

Seuil, 267 pages

Résumé:

"Petter, surnommé l'araignée, invente des histoires pour les romanciers en panne d'inspiration. Il devient riche et puissant, donc gênant.
La Fille du directeur de cirque, c'est l'histoire de quelqu'un (l'auteur du Monde de Sophie, Jostein Gaarder) qui raconte à quelqu'un (le lecteur) l'histoire de quelqu'un (l'araignée), racontant une histoire à quelqu'un (X, l'écrivain), lequel la re-reraconte à quelqu'un (le lecteur fictionnel). Mais qui veut donc éliminer l'araignée ? "

Mon opinion:

Il y a quelques années, j'ai tenté de lire Le monde de Sophie du même auteur. Je n'ai jamais réussis à dépasser la moitié. C'est avec réticence que j'ai tenté cet autre roman de Gaardner qui me semblait assez intéressant. J'ai faillit abandonner à la moitié, encore une fois. Cependant, je l'ai terminé. La première partie du roman, où le personnage principal raconte son enfance, m'a plutôt ennuyée. Oui, cette section est plutôt essentielle pour en venir au fait principal, elle permet de comprendre un peu plus le personnage, mais le ton du narrateur m'agaçait. Froid, distant, très centré sur lui-même, j'ai souvent eu envie de refermer le livre. J'ai aussi noté plusieurs répétitions dont je me serais bien passée. Finallement, la seconde partie est plus intéressante, puisqu'elle nous raconte le "travail" de Petter, ses clients, sa façon de fonctionner. Ici et là dans le récit, le lecteur a droit à des synopsis des histoires créées par Petter (histoires bien intéressantes et qui m'auraient pour la plupart captivées si elles étaient transposées sous forme de roman). Ces synopsis sont parfois plus intéressants que le roman de Gaarder lui-même! La fille du directeur de cirque n'est pas nécessairement un mauvais roman. L'idée principale de l'aide-écrivain m'a bien plue, mais après deux livres de Jostein Gaarder, je pense que son écriture n'est pas vraiment pour moi. Ça ne me touche pas et j'y retrouve une sorte de froideur, que j'ai du mal à décrire, mais qui m'ennuie souvent. Les divagations du narrateur m'ont fait sauter quelques pages, ici et là. Cependant, je reconnais que certains passages sont de vraies petites perles, que j'ai relus avec plaisir et qu'il y a matière à réflexion dans plusieurs passages du roman.

Quelques extraits:

"En période de floraison littéraire, les écrivains emploient beaucoup de leur force spirituelle à démontrer que d'autres écrivains ne tiennent pas la route. À la fin des années soixante-dix, la place commençait à manquer dans les écuries d'écrivains, or lorsque les stalles deviennent exiguës, les animaux se mettent à mordre. Quand des agriculteurs produisent trop de beurre ou de blé, ils se débarrassent de l'excédent. Quand des écrivains produisent trop de textes, ils se débarrassent les uns des autres."
p.161

"Nous appartenons à une espèce verbeuse. Nous produisons plus de culture que nous ne pouvons en consommer."
p.161

6/10

Posté par Allie à 12:24 - Roman Scandinave - Commentaires [8] - Permalien [#]



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