La bibliothèque d'Allie

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18 juin 2009

Nos étés - L'esprit des vacances dans le bas du fleuve (1900-1930)

nosetesSébastien Brodeur
Trécarré
160 pages

Résumé:

Comme en témoignent les personnages de la série Nos étés, les vacanciers fréquentent depuis longtemps les paysages majestueux du Bas-Saint-Laurent. Le temps d'une saison, ils chantent, dansent et respirent avec ravissement un air pur ou se mêlent les arômes salins du grand fleuve et les parfums enchanteurs de la campagnes. Qu'ils courent les nombreuses soirées galantes ou ne cherchent qu'à se reposer sur les grèves paisibles, leur présence marquera à jamais ce charmant coin de pays. C'est leur histoire qui est ici relatée, L'histoire de la famille Desrochers, de leurs voisins les Belzile et de tous les autres villégiateurs venus d'aussi loin que Toronto ou New York pour admirer les beautés naturelles et rencontrer les gens de cette région exceptionnelle qui borde les rives du Saint-Laurent.

« Ici, respirons, roulons-nous sur l'herbe, attrapons les mouches, plongeons-nous dans la marée montante...»
Arthur Buies, 1873

Mon commentaire:

Nos étés c'est d'abord et avant tout une série télévisée racontant le destin de deux familles, dans le Bas-Saint-Laurent. Cette région était une destination très prisée des bourgeois au début des années 1900. Qu'on ait vu ou non la série, ce livre de Sébastien Brodeur demeure un ouvrage très intéressant pour qui se passionne pour l'histoire. À travers de nombreux aspects comme l'hébergement, les transports, les divertissements, on apprend à mieux connaître ceux qui venaient passer de longs mois de vacances dans le Bas-Saint-Laurent.

Le livre est construit en alternant des photographies tantôt issues des archives, tantôt tirées de la télésérie. On fait facilement la différence entre les deux puisque ces dernières sont en couleurs. Dans ce livre, on apprend une foule d'anecdotes intéressantes. Les vacances étaient avant tout réservées à une certaine élite, la plupart du temps de grandes familles anglaises. L'idée de partir en villégiature pendant de longs mois est d'ailleurs une idées typiquement anglaise. À l'époque, les journaux locaux tenaient une liste des faits et gestes de la région, indiquaient les arrivées et les départs de telle ou telle famille. La présence de certaines personnes respectées pouvaient faire la renommée d'un petit village qui devenait tout à coup la destination tendance. Certaines anecdotes sur l'idée qu'on se faisait des voitures, sur les convenances ou même le maillot de bain font certainement sourire aujourd'hui. J'ai été également étonnée d'apprendre que plusieurs familles de cultivateurs offraient leur maison en location aux plus nantis et convertissaient le "fournil" (sorte d'hangar ou de bâtiment de ferme) en maison estivale pour eux-même. L'arrivée des estivans étant une source de revenus non négligeable pour plusieurs familles de la région.

Nos étés est un très beau livre sur une certaine partie de notre histoire peu exploitée, celle du divertissement et du délassement, longtemps réservée à l'élite et la bourgeoisie. Alors que pour leur part, les classes moyennes et les plus pauvres, étaient plutôt au service de ces bourgeois qui venaient de loin et débarquaient pour plusieurs mois avec leurs domestiques et des tonnes de malles. Ce livre porte bien son sous-titre puisqu'il véhicule à merveille l'esprit des vacances d'une certaine époque et l'histoire estivale de toute une région.

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19 mai 2009

Resurrection Row

4resurrectionrowAnne Perry
Série Charlotte et Thomas Pitt tome 4
10/18
313 pages

Résumé:

"Bas les masques", tel paraît être le mot d'ordre d'Anne Perry dans la série de romans où elle met en scène son couple de héros "victoriens", l'inspecteur Thomas Pitt et son épouse Charlotte, les personnages de roman policier les plus pittoresques et attachants qui nous aient été donnés à découvrir ces dernières années. Dans le Londres de la fin du XIXè siècle qui sert de cadre à leurs exploits, c'est en effet le code hypocrite de bonne conduite de la société anglaise de l'époque qui se trouve singulièrement mis à mal, sa corruption et sa fausse respectabilité. Anne Perry ou le polar au vitriol : décapant!

Mon commentaire:

Ce quatrième volet des aventures de Charlotte et Thomas Pitt me semble encore plus abouti que les deux précédents. Au niveau de l'intérêt, je place ce roman au même pied d'égalité que le premier. L'histoire est très intéressante car elle présente en quelque sorte deux aspects différents. L'auteur nous mène sur les traces d'un criminel qui exhume des cadavres et s'amuse à les disséminer à travers différents quartiers. Nous suivons ces découvertes au fil du roman et de l'enquête de Thomas Pitt pour découvrir qui s'amuse à jouer avec les morts, que l'on retrouve dans les endroits les plus inusités. L'histoire nous offre parallèlement le portrait social des bas-fonds de Londres à travers un projet de loi qui tient à coeur à plusieurs personnages du roman. Cet aspect étant beaucoup plus développé me semble-t-il que dans les précédents tomes, je le trouve également plus intéressant. Les pages défilent à toute vitesse et plusieurs possibilités s'offrent au lecteur qui tente de découvrir le coupable. Personnellement, je ne trouve jamais. Anne Perry a le don de me plonger dans cette Angleterre Victorienne où j'ai l'impression de voyager, d'observer les comportements, les maisons, les robes, les mentalités, et où je me laisse totalement emberlificoter dans l'intrigue. Toujours, une excellente série!

Quelques extraits:

"Ce garçon a un caractère en or et, surtout, il ne se donne pas de grands airs, ce qui nous change du voisinage! Bien sûr, ses manières sont désastreuses, sans parler de son physique et de son accoutrement! Mais que voulez-vous, l'argent rachète une foule de péchés.
-Et la gentillesse encore davantage, souligna Charlotte.
-Voyons, ma chère, dans notre monde on ne juge que sur l'apparence et non sur la réalité."
p.113

"Carlisle le conduisit un peu plus loin, là où une demi-douzaine de gamins décousaient des pantalons; certains ne devaient pas avoir plus de quatre ans.
-Trois de ceux-là sont à Bessie, expliqua Carlisle. Regardez-les. Avant, ils travaillaient chez eux, à domicile; mais la construction de la nouvelle voie de chemin de fer a nécessité l'évacuation des taudis. Leur maison a été rasée. Le mari de Bessie et ses aînés fabriquaient des boîtes d'allumettes - deux pence et demi pour cent quarante-quatre allumettes et, avec ça, ils étaient obligés d'acheter eux-même la pâte et la ficelle. Autrefois, Bessie travaillait pour l'usine d'allumettes Bryant & Mays. Elle souffre aujourd'hui de phosphorisme chronique, une nécrose de la mâchoire causée par le phosphore, ce qui explique sa curieuse façon de parler. Elle a seulement trois ans de plus que Lady Alicia. Vous ne l'auriez jamais cru, n'est-ce pas?
C'en était trop pour Dominic, qui murmure, épouvanté:
-Je voudrais sortir d'ici...
-Eux aussi, vous savez..."
p.167

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30 avril 2009

Une affaire de charme

affairedecharmeEdith Wharton
J'ai lu
157 pages

Résumé:

L'épouse d'un professeur respecté d'une ville universitaire et puritaine entrevoit le grand amour avec un jeune Anglais de passage... Une femme du monde confond le jour de sa permanente avec celui du départ en bateau de son amant... Un homme demande à un ami peintre de faire le portrait de la femme dont il est amoureux... Tout l'art d'Edith Wharton est présent dans ces sept nouvelles.

Mon commentaire:

J'aime beaucoup Edith Wharton. J'ai lu d'elle des romans et des novellas, mais jamais de nouvelles. Il faut croire que Wharton excellait dans tous les genres littéraires car ces nouvelles sont toutes de bonne qualité et très intéressantes à lire. Le recueil en contient sept, qui mettent toujours une femme au centre de l'histoire. Qu'elle soit personnage principal ou secondaire, tout vient et provient de son rôle à elle. Beaucoup de nouvelles parlent du couple ou de la séduction et quelques autres sont remplies de touches d'humour ici et là. La première nouvelle fait un peu office d'exception puisqu'elle raconte le quotidien d'une femme bien seule. Voici quelques mots sur chacune des histoires de ce recueil:

La vue de Mrs Manstey
Probablement l'histoire la plus triste, celle d'une vieille dame qui a pour toute compagne, qu'une grande fenêtre qui lui offre une vue magnifique sur un coin de jardin et une parcelle de ciel... Touchant. Aimant la nature, je me suis beaucoup retrouvée chez elle...

La plénitude de la vie
Une femme décède et rencontre l'Esprit. Elle fait le point sur sa vie et fait un choix très spécial. C'est une petite histoire sur la vie et une morale sur les choix qu'on fait.

Le tableau mouvant
Une nouvelle très très étrange sur un homme qui fait peindre le portrait de sa femme. Ce tableau le suivra tout au long de sa vie... Je ne peux en dire plus de crainte de vendre le dénouement qui est assez bizarre et surprenant.

Le prétexte
Mrs Ramson tombe amoureuse d'un jeune anglais qui séjourne chez elle et son mari. Sa rigide morale la tourmente tout le temps que dure cette "relation". Cependant, bien après les événements, elle apprend certains faits qui la laissent ébahie. Certaines scènes sont assez cocasses.

Le diagnostic
Une histoire de couple et d'un diagnostic médical qui va tout gâcher... Assez amusant aussi, si on aime l'ironie.

La permanente
Une femme confond le jour de sa permanente avec le départ de son amant. Le revirement de situation est assez intéressant!

Une affaire de charme
La nouvelle qui termine le recueil et lui donne en même temps son titre est bien amusante car elle met en scène un mari aux prises avec la famille de son épouse. Une belle-famille dont les membres semblent croître à la vitesse de l'éclair et prendre toute la place (et l'argent) disponible!

Edith Wharton est toujours égale à elle-même avec ces nouvelles. Elle nous offre le quotidien de gens de la bourgeoisie américaine, aux prises avec leurs petits problèmes de coeur, d'argent, de tourments qui nous paraissent à nous bien légers. Elle égratigne au passage ce qu'elle connaissait elle-même de ce monde et nous offre l'occasion de rire un peu de ses personnages. J'aime beaucoup son écriture. Une auteure dont je poursuis la découverte avec grand plaisir.

Un extrait:

"Elle était certaine qu'aucune de ses aïeules n'avait bouclé ses mèches ni favorisé une rougeur. Une rougeur, vraiment? Avaient-elles eu une seule occasion de rougir dans leurs vies figées? Et elle-même, grands dieux, qu'avait-elle donc? Elle s'assit dans le dur rocking-chair d'acajou, près de sa table d'ouvrage, et tâcha de se ressaisir. Dès l'enfance on lui avait appris à "se ressaisir" - mais il ne lui était jamais encore arrivé de sentir ses petites émotions et ses petites aspirations aussi largement dispersées, ni perdues de la sorte dans une étendue vague et inexplorée. Jusqu'alors, elles étaient restées soigneusement classées en catégories aisément accessibles sur les hauts rayonnages parfaitement rangés de sa conscience morale. Et maintenant... maintenant, pour la première fois, elles avaient besoin d'être remises en place..." p.56

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20 avril 2009

Le crime de Paragon Walk

3crimeparagonwalkAnne Perry
Série Charlotte et Thomas Pitt tome 3
10/18
315 pages

Résumé:

Un crime sordide vient troubler la quiétude huppée de Paragon Walk. Tandis que l'inspecteur Pitt, chargé de l'affaire, se heurte à l'hostilité et au mutisme des résidents du quartier, son épouse Charlotte, assistée de sa sœur Emily, la charmante Lady Ashworth, ne se laisse pas intimider par cette omerta de classe. De garden-parties en soirées, elles font tomber un à un les masques de l'élite. Les façades respectables de Paragon Walk se lézarderont peu à peu pour exposer à cet infaillible trio de détectives leurs inavouables secrets et mensonges.

Mon commentaire:

Au fil des différents romans qui composent cette série, nous prenons plaisir à côtoyer et voir évoluer les personnages principaux: Thomas et Charlotte Pitt ainsi que la soeur de Charlotte, Emily et son mari Georges. Leurs couples évoluent, changent, leurs familles s'agrandissent. Anne Perry nous offre un portrait des familles bourgeoises de cette époque, confinées dans les rigides conventions qu'impose cette société. La famille d'Emily évolue dans cette sphère confinée et dégoulinante d'hypocrisie, alors que Charlotte doit composer avec un revenu moindre de femme de policier et du dédain que suscite sa position d'inférieure. Cependant, je trouve adorable sa relation avec Thomas, qui est sincère et empreinte d'amour. Ils forment en quelque sorte un roc solide contre les aléas de la vie, un refuge pour Thomas contre les crimes qui peuplent ses journées, un réconfort pour Charlotte qui sait qu'elle est aimée profondément. Chez Anne Perry, tout le plaisir de la lecture repose en deux choses: un talent certain pour nous plonger dans un cadre victorien et nous faire revivre les visites de l'après-midi et l'heure du thé; et le talent de construire des trames policières bien ficelées. Ce tome renferme également quelques scènes ou commentaires mordants sur la société bourgeoise, qui sont très drôles. Il n'y a qu'à penser à la scène où Charlotte envoie valser un seau d'eau à travers la pièce... en pleine visite de courtoisie! J'adore!

Un extrait:

"Puis il songea aux taudis crasseux, grouillants, qui s'agglutinaient juste derrière ces rues imposantes, où le crime était un moyen de survie, où les petits enfants apprenaient à voler sitôt qu'ils savaient marcher et où seuls les rusés ou les forts parvenaient à l'âge adulte. Mais à Paragon Walk, tout cela était déplacé. Ici, un crime était un événement choquant, insolite, et, bien entendu, ils cherchaient tous à le désavouer." p.49

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27 mars 2009

Le mystère de Callander Square

2mysterecallandersquareAnne Perry
Série Charlotte et Thomas Pitt tome 2
10/18
382 pages

Résumé:

" Les amoureux de la fiction historique et policière doivent absolument connaître cette nouvelle série qui se déroule dans l'Angleterre de la reine Victoria. Une ambiance d'époque lourde de sensualité, une écriture et des dialogues de haute tenue, une description des classes sociales parfaitement convaincante et des personnages profondément humains ; voilà qui rend la lecture des romans d'Anne Perry absolument inoubliable. "

Mon commentaire:

La seconde enquête de l'inspecteur Thomas et de son intrépide épouse Charlotte nous amène à Callander Square, dans une rue très bourgeoise. Deux cadavres de bébés sont découverts enterrés dans le parc du Square. Thomas Pitt enquête, aidé de Charlotte qui s'introduit dans les maisons du quartier pour aider son mari. À trop remuer, on révèle des secrets où tous et chacun cache un squelette dans son placard... Toujours aussi bon cette série victorienne où abondent les secrets des bourgeois, les conventions qui sont à l'origine de beaucoup de cachotteries entre les personnages. Anne Perry comme toujours, mène de main de maître son histoire et nous offre quelques bonnes surprises au fil de l'enquête. Vraiment, une très bonne série!

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24 mars 2009

L'étrangleur de Cater Street

etrangleurcaterstreetAnne Perry
Série Charlotte et Thomas Pitt tome 1
10/18
381 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

L’indomptable Charlotte Ellison, qui n’est pas du genre à sacrifier aux codes des jeunes filles de bonne famille, chaque jour dévore les faits divers les plus sordides de la presse. Le Londres des années 1880 n’en manque pas. Notre Sherlock Holmes en jupons se lance dans une enquête périlleuse pour venir au secours du très agaçant inspecteur Thomas Pitt.

Mon commentaire:

Quelle série délicieuse! Du moins, à la lumière de ce premier tome, qui est tout simplement captivant! Le roman nous plonge dans l'Angleterre victorienne, étouffée sous les conventions de la bourgeoisie. C'est par ce premier volet que tout commence: la rencontre entre l'inspecteur Pitt et la jeune Charlotte au caractère frondeur, qui ne cadre pas avec son époque. Charlotte est même une tare pour sa famille, avec ses réflexions qui ne sont pas "dignes d'une femme" et sa propension à la curiosité. Le roman est très intéressant surtout si on aime l'histoire et plus principalement l'époque victorienne. Nous y sommes littéralement plongés! L'intrigue aussi est très réussie. Je n'ai pas réussis à cerner l'auteur des crimes avant la fin. Les ficelles se nouent et se dénouent et cette lecture est une merveilleuse découverte! Une série à suivre, assurément!

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23 janvier 2009

Sous le signe du lion

souslesignedulionFrançoise Loranger
Leméac
490 pages

Résumé:

Françoise Loranger est née en 1913 et est décédée en 1995. Connue essentiellement pour ses pièces de théâtre, elle est aussi l'auteur de deux téléromans et d'un roman. Elle a souvent mis en scène le contraste entre le milieu bourgeois et celui de la classe moyenne (ou pauvre). Elle était issue elle-même de la bourgeoisie. Ses écrits sont encrés dans la réalité québécoise de l'époque et offrent un portrait très psychologique de ses personnages. Critiquant la société, ses écrits sont contestataires et ont créés la controverse à quelques reprises. Elle a donné des cours de création littéraire à l'Université Laval, a écrit pour la radio et a été directrice artistique pour le théâtre du Trident. En 1968 elle recevait le Prix du Gouverneur général du Canada.

Mon commentaire:

Dans les années 1950, Françoise Loranger termine l'écriture de Sous le signe du lion et le téléroman passe à la télévision en 1961, à Radio-Canada. L'histoire comprend alors 32 épisodes originaux de 30 minutes chacun. En 1997, le téléroman est adapté à nouveau pour la télévision et nous offre un nouveau portrait du lion, cette fois en 13 épisodes, toujours de 30 minutes. En 1970, Françoise Loranger reprend l'écriture de chacun des épisodes du scénario original, en ajoute l'équivalent d'un 33e épisode en vue de publication sous forme de livre. C'est de ce livre dont je vais vous parler.

L'écriture pour le théâtre est très vivante. L'auteur peut se permettre une évolution rapide à travers les réactions des personnages et les dialogues. J'aime le théâtre, surtout en lire, et je ne me lasse pas de découvrir une nouvelle pièce. Un téléroman qui passe du petit écran au livre ressemble en quelque sorte à une pièce de théâtre. Que des dialogues ou presque, quelques indications de lieux et d'émotions. L'histoire se déroule rapidement et permet des interactions entre les personnages que le roman n'offre pas nécessairement. Mon histoire d'amour avec les textes de Françoise Loranger date de plusieurs années déjà. D'abord avec plusieurs lectures et analyses de son oeuvres, puis par la diffusion de la seconde mouture de Sous le signe du lion. Plus de dix ans plus tard, il me reste toujours des images en tête, des répliques des personnages, des lieux, des couleurs, des émotions. Car Sous le signe du lion ne laisse pas indifférent...

Sous le signe du lion raconte le destin d'un p'tit gars de Sainte-Anne de Remington, Jérémie Martin, devenu un prospère homme d'affaires. Nous sommes dans les années 50-60 au Québec, à une époque où les anglophones ont entre les mains les grandes entreprises lucratives et où les francophones sont souvent "nés pour un petit pain". Jérémie Martin, issu d'une famille nombreuse et pauvre, dont le père estun peu lâche est décédé alors qu'il était encore adolescent, a juré de donner à sa mère et à ses frères et soeurs, une vie meilleure. Il a tant travaillé pour prouver au monde entier qu'il était mieux que son père, qu'il est maintenant multimillionnaire, à la tête d'entreprises lucratives. Au moment où débute l'histoire, Jérémie Martin vient d'enterrer sa femme Clothilde et revient des funérailles accompagné de ses enfants Laurent, Michel, Céline et Beaujeu.

"ALBERT. Monsieur?
JÉRÉMIE, sans aménité. Va dire à Maurice d'amener l'auto devant la porte. Je vais travailler.
ALBERT, étonné. Aujourd'hui?...
JÉRÉMIE. Et pourquoi pas aujourd'hui? Prends-tu ça pour un jour de fête? T'imagines-tu que l'argent, ça se gagne à rien faire? Quand on n'en a pas, faut travailler pour en gagner, et quand on en as, faut travailler pour le garder. Ça fait qu'on a jamais fini! Dépêche, dépêche..." p. 39

Jérémie Martin est un homme bourru, bête comme ses pieds, rude, agressif, qui fait trembler de peur son personnel, ses domestiques, ses employés et ses enfants. Il n'aime personne et tout le monde le déteste. Il a fait un mariage "de raison". Jérémie Martin n'a vécu que pour ses affaires et pour son argent. Il est riche, il a réussit. Il vit dans une belle et grande propriété anglaise du XIXe siècle avec une poignée de domestiques à son service. Et Annette. Annette qui l'a servit dans le passé et qui est revenue sous l'insistance de Clothilde, avant son décès. Annette qui est encore chez les Martin, avec sa fille Martine. Cette dernière sort d'un couvent pour jeunes filles, un diplôme d'enseignante en poche, mais sans aucune connaissance de la vie. Elle est effrontée, têtue et égoïste et cherche à comprendre les raisons qui ont poussées sa mère à revenir chez les Martin, alors qu'ils l'ont si mal traitée dans le passé. Et Martine fourre son nez partout, à la recherche de la vérité... Les écrits de Françoise Loranger ne sont pas réjouissants. Ils sont sombres, offrent des personnages troublés, tourmentés, en perpétuel questionnement. Les familles se déchirent, les couples ne se comprennent pas, le désespoir est tout proche, mais aussi l'espoir d'un bonheur. Les passions se déchaînent, l'amour et la haine se côtoient à chaque page.

Et pourtant, l'écriture est profondément troublante, puisqu'elle remet en question tant de choses! On lit Sous le signe du lion avec avidité. Pour comprendre, pour savoir. On n'en sort pas indemme. Qu'est-ce qui poussent les personnages à être ce qu'ils sont? Ce texte en est un de modernité. Trop moderne pour l'époque, et même encore aujourd'hui, il soulève des questions que la société préfère ne pas voir. Il n'y a qu'à penser aux propos touchant l'euthanasie par exemple ou les propos entourant les dernières volontés d'une mourante et de ceux qui restent par la suite et doivent concilier avec ce qui est. Ce texte est dérangeant puisqu'il remet en doute l'être humain, ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui est convenu de ce qui est un sacrilège. C'est aussi un portrait d'une époque, des familles (trop) nombreuses et de la place de la femme au sein de la société, surtout si elle est née pauvre. Son choix n'était certes pas des plus vaste... Il y a aussi toute la place que prend l'argent dans le texte, pour chacun des personnages. Ceux qui, comme Jérémie, ne vivent que pour l'argent (et l'hypothétique héritage de la mère décédée). Il y a ceux pour qui l'argent est tout espoir, pour terminer des études interrompues, pour faire vivre la famille ou pour acquérir une indépendance, un nom, au sein de la société. Et il y a aussi un moment où, malgré tout, on en vient à remettre en question l'argent, le bonheur.

Sous le signe du lion offre un regard sur un Québec qui a, certes évolué depuis le temps, mais qui est encore frileux concernant certaines positions. Les temps ont changés, mais pas tant que ça. Que sommes-nous prêts à accepter en tant que société? Qu'est-ce qui nous rend libre, indépendant, heureux? Que choisis t-on encore aujourd'hui? L'argent, le pouvoir ou le bonheur? Les personnages de cette histoire sont tous profondément humains. Ils remettent à plusieurs égards leur vie en question, leur spiritualité, la position qu'ils ont dans le monde. Que ce soit Martine, "née pour un petit pain" et qui veut s'élever au-dessus de son rang (et à qui on le reproche), ou alors sa mère, Annette, qui semble tant conventionnelle, mais qui aime sans condition, presque maladivement. Ou alors Beaujeu, qui a tout: la position, l'argent, l'amour, le métier d'avocat, mais qui se remet en question lorsqu'il rencontre Mounier... Beaujeu gagne parfaitement bien sa vie. C'est un avocat reconnu. Il gagne toutes ses causes. Mais à quel prix? À quel prix sommes-nous qui nous sommes et agissons-nous comme nous le faisons?

Sous le signe du lion est un texte dense, une critique de la société mais aussi une quête personnelle et spirituelle. Ce sont des questionnements qui restent parfois sans réponse. Ce sont des vies ébranlées quand les secrets enfouis depuis des années refont soudainement surface... C'est un texte qui gagne à être relu aujourd'hui, qu'on connaisse ou non le téléroman qui a été précédemment diffusé. L'histoire, remise dans son contexte social et politique de l'époque, est encore plus dérangeante. On comprend que Françoise Loranger souhaitait ébranler les idées reçues. Des années plus tard, son texte demeure toujours aussi riche, aussi fort.

Quelques extraits:

"JÉRÉMIE. Quelqu'un m'a dit aujourd'hui que si j'avais apporté à ma vie personnelle autant de soin et d'attention que j'en avais apporté à mes affaires, j'aurais été l'homme le plus heureux du monde. [...] On veut tous être heureux, bien sûr, mais on veut l'être par surcroît! Autrement dit, sans faire d'efforts. Au moment de décider de sa vie, on se dit: moi je veux être médecin, avocat, homme d'affaires, n'importe quoi; mais personne pense: moi je veux d'abord être un homme heureux.
PHILIPPE. Mais... même en admettant qu'on y pense il faut bien gagner sa vie! Être heureux, ce n'est pas un métier!
JÉRÉMIE. Non, mais ça pourrait être un but. Or, c'en est même pas un! La preuve, c'est qu'il y a pas un homme qui pense à organiser sa vie en fonction du bonheur, comme on le fait en fonction de devenir riche ou puissant par exemple..." p.82-83

"ANNETTE. Vous parlez toujours des morts comme s'ils étaient morts pour vrai, finis, inexistants!... Ils sont vivants vous savez... D'une autre façon que nous autres, et ailleurs... mais vivants; tandis que vous et moi il nous reste encore à mourir..." p.335

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13 janvier 2009

Guerre et Paix

guerretpaix1guerretpaix2Léon Tolstoï
Folio en deux tomes
2078 pages

Résumé:

- Ah ! enlevez ces... enlevez donc ces... (Elle désignait les lunettes.)
Pierre les enleva. Son regard n'était pas seulement étrange comme l'est d'ordinaire celui des gens qui enlèvent leurs lunettes, il était apeuré et interrogateur. Pierre voulut se pencher sur la main d'Hélène et la baiser, mais d'un mouvement rapide et brutal de la tête, elle s'empara de ses lèvres et y appuya les siennes. Le visage d'Hélène frappa désagréablement Pierre par son expression égarée.

«Lisez, relisez ces pages éternelles. N'espérez pas en trouver ailleurs l'équivalent» (Alain).

Mon commentaire:

Guerre et Paix est un monument. Au sens littéral comme au sens figuré. C'est un momument par le pavé qu'il nous offre (ou plutôt les pavés...) et par son contenu qui est tellement riche qu'il mériterait, selon moi, une relecture. Oui, je viens de passer à travers plus de 2000 pages de descriptions de batailles napoléennes et je parle déjà de relecture. Mais pas pour tout de suite, dans quelques années probablement.. Car Guerre et Paix, même s'il s'agit d'un roman touffu, complexe, descriptif, détaillé qui pourrait être indigeste, est tout simplement passionnant. Il faut cependant y mettre le temps et être motivé.

Léon Tolstoï a écrit des chapitres relativement courts et ses deux volumes sont séparés en nombreuses parties, ce qui facilite assurément la lecture. Mon édition (Folio) est agrémentée de dossiers, d'une préface, de notes et d'une notice qui m'ont beaucoup aidée dans ma compréhension de l'époque et de tout ce qui entoure l'écriture (et la traduction) de l'oeuvre. J'ai également fait plusieurs recherches pendant ma lecture, à différentes parties du roman. Je pense que c'est une lecture qui doit être active, sinon elle en devient très complexe. On doit comprendre ce que l'on lit et replacer l'histoire dans le cadre historique où elle se déroule. Tolstoï a investi beaucoup de lui-même dans ce roman. Ses écrits méritent donc qu'on y prenne le temps.

Le comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï, francisé en Léon Tolstoï (comme c'était la coutume de l'aristocratie russe de franciser les noms et de parler français) est né le 9 septembre 1828 à Iasnaïa Poliana. Ses parents sont décédés à quelques années d'intervalle, alors que les jeunes Tolstoï étaient encore en bas âge. En 1844, Léon Tolstoï entre à l'université, en faculté des langues orientales. Il modifie son parcours scolaire en passant à la faculté de droit avant d'abandonner ses études en 1847. Il partagera ensuite la vie des officiers d'artillerie, écrira des récits caucasiens de son expérience et travaille à son autobiographie romancée, Enfance. Plus tard, il est promu sous-lieutement à l'armée du Danube et affecté à l'armée de Crimée. En 1856, Tolstoï prend sa retraite de l'armée. Il s'installe dans sa ville de naissance, puis ouvrira une école où il instruit lui-même les enfants de ses paysans. Il faut savoir qu'en Russie à cette époque, le servage existe toujours, l'aristocratie ayant souvent de nombreuses terres et des paysans à son service. J'aime à penser que le conte pour enfant que Tolstoï a écrit, intitulé Philipok, est inspiré de son travail auprès des jeunes paysans russes. Mais sa vie pédagogique sera de courte durée. L'école est rapidement fermée. Tolstoï voyagera un peu à l'étranger, avant d'épouser, en 1862, la fille d'un médecin de Moscou, Sophie Andréïevna Bers. Elle a 20 ans. Tolstoï en a 34. La période qui suit est probablement la plus calme dans la vie tourmentée de Tolstoï. Il vit en campagne, apprécie la vie calme qu'il mène, se passionne pour l'agriculture et débutera l'écriture de Guerre et Paix. Tolstoï a été, toute sa vie durant, tourmenté par diverses questions existentielles. Il en est question dans ses écrits. Il a été critiqué à l'époque pour avoir pris position pour ses paysans, qu'il affranchit et a été surveillé par les autorités à quelques reprises pour ses prises de positions et ses écrits. L'église excommunie Tolstoï après la parution de Résurrection, un texte qui critique la religion et ses établissements. Tolstoï a toujours mis à profit son écriture pour comprendre le monde qui l'entourait et pour critiquer ce qu'il croyait injuste. C'était un homme difficile à cerner, aux croyances nombreuses et à contre-courant de son époque. On ressent son questionnement et sa quête spirituelle dans son écriture. C'était un solitaire excessif, qui était contre la peine capitale, pour la vie et deviendra même végétarien sur le tard. Il pronait la non-violence et le respect de la vie. En 1910, en route vers une destination qui nous est inconnue, Tolstoï tombe malade et mourra 10 jours plus tard.

Guerre et Paix est une fresque historique, racontant en quelque sorte les Guerres Napoléoniennes du point de vue russe. Alternant entre la société aristocratique de l'époque et les épisodes de guerre où tentent de survivre ceux qui sont envoyés au front, Tolstoï mêle à son histoire des considérations philosophiques et spirituelles sur la vie et la place de chacun dans le monde, ainsi que sa perception des Guerres et l'histoire qui les entoure. Il s'agit donc d'un récit touffu et complexe. À travers cinq familles aristocratiques nous assistons à des bals, des liaisons, des problèmes financiers, des jeunes filles qui fréquentent le monde à la recherche d'un mari, des hommes aux prises avec le jeu, l'alcool, des vies désincarnées ou au contraire, très riches. Nous fréquentont le beau monde, les dessous de la franc-maçonnerie, les relations d'une famille à l'autre, que vient perturber l'arrivée de la guerre et le départ au front pour plusieurs jeunes hommes de l'époque. À partir de ce moment, il y a la vie à la guerre, dictée, programmée; et celle de l'aristocratie, empreinte de faux-semblants, où il faut régler des problèmes, jongler avec les finances, gérer un domaine et faire un beau mariage. Tolstoï travaillera de 1863 à 1868 à l'écriture de ce livre. Considéré aujourd'hui comme un roman, il n'en était pas un à l'époque. Tolstoï lui-même ne souhaitait pas qu'on le considère comme tel.

"Qu'est-ce que La Guerre et la Paix? Ce n'est pas un roman, moins encore un poème, moins encore une chronique historique. La Guerre et la Paix est ce qu'a voulu et pu exprimer l'auteur dans la forme où cela s'est exprimé."

On a reproché à Tolstoï sont fatalisme historique, sa théorie qui dit que les décisions personnelles de chacun n'ont pas beaucoup d'importance dans le cours des événements. Guerre et Paix n'est pas un roman où règne la gaieté. Les couples se font et se défont, les mariages sont mal assortis, les Guerres sont difficiles, les intentions ne sont pas toujours très nobles. L'aristocratie cache son lot de zones sombres où il ne fait pas toujours bon aller. Face au comportement de certains de leur contemporains, on peut donc percevoir et comprendre les grands questionnements de certains des personnages face à leur spiritualité et à la place qu'ils ont ici bas. Paru tout d'abord en feuilleton dans la revue Le Messager Russe de 1865 à 1868, Guerre et Paix s'intitulait alors 1805. On constate que Tolstoï savait parfaitement ce qu'il adviendrait de son histoire et quelle ligne il souhaite lui donner, car l'écriture et la parution en feuilleton se faisait simultanément. Le livre paru en six volumes en 1869 et fut réduit à quatre volumes en 1873. Dès le début, certains volumes sont déjà épuisés et connaissent des rééditions successives. En 1970 une traduction allemande du texte paraissait déjà. Le succès est instantané. On lit Guerre et Paix partout, on en parle partout, même dans les milieux qui ne sont pas très lettrés. Les critiques et les opinions sur ce livre sont dythirambiques. Mais Tolstoï s'en détourne vite, en disant "...qu'il n'écrira plus jamais de telles sornettes."

Dès le début de ma lecture, ce ne sont pas les considérations politiques ou les grands discours spirituels qui m'ont posés problème, mais bien les personnages. Tolstoï met en scène dans Guerre et Paix une panoplie de personnages, tous partiellement ou abondamment décrits. Ils sont si nombreux qu'il faut parfois s'y reprendre à deux fois avant de savoir qui est qui. Il faut savoir que Tolstoï a mit en scène 559 personnages dans les deux tomes de Guerre et Paix, de la noblesse aux soldats en passant par les valets, des Princes, des pauvres, des commis, des aristocrates, des hommes, des femmes, des enfants, des paysans, etc.
Dans ce roman, les plus importants comme les plus insignifiants ont droit à une description, une mise en contexte, des informations sur leur famille, leur passé, leur apparence physique. Tolstoï élabore abondamment sur chacun d'eux, si bien qu'il est parfois difficile de savoir qui exactement est au centre de l'histoire. Certains ne nous sont présentés qu'une seule fois, alors que d'autres reviennent sporadiquement. Une poignée de personnages sont au coeur du récit. Plusieurs portent également le même prénom et à l'occasion, comme c'était la coutume en russie, on utilise des "surnoms" affectueux pour désigner l'autre. Ce qui fait énormément de noms à se rappeler avant d'avoir suffisamment entamé le roman pour savoir où l'on va et surtout... avec qui! Pour être en mesure de suivre correctement le roman, j'ai collé au début de mon volume une liste des principaux personnages. Cette liste m'a été d'un grand secours au début de ma lecture, avant de me familiariser avec chacun. Je vous la transmet plus bas, si vous souhaitez à votre tour vous lancez dans la lecture de Guerre et Paix. Entre parenthèses, vous trouverez les autres noms et surnoms de ces personnages. À noter qu'il peut y avoir de légères différences selon la langue et l'édition que vous avez entre les mains, mais l'essentiel est là. En italique, il s'agit du lien familial qui unit les personnages au chef de famille.

Liste des principaux personnages de Guerre et Paix

Famille Bezoukhov
Comte Kiril Vladimirovich Bezoukhov
Pierre Bezoukhov (Pyotr, Pétia, Pétroucha, Pétrouchka, Pétegnka) son fils

Famille Kouraguine
Prince Vassili
Prince Anatole, le fils aîné
Prince Ippolite, le fils cadet
Princesse Hélène (Elena, Liolia) sa fille

Famille Bolkonsky
Prince Nicolas Anreyevich (Nikolai, Andrei Bolkonsky)
Prince André (Andrioucha, Andrei, Andreich) son fils
Princesse Marie (Macha, Machégnka) sa fille
Princesse Lise (Lisa), la femme d'André
Prince Nicolas Andreyevich (Nikolai) le fils d'André et Lise

Famille Rostov
Comte Ilya
Comtesse Natacha Rostov (Nathalie, Nathalia, Natachka) sa femme
Comte Nicolas Ilych (Nicolégnka, Nicolouchka, Kolia) le fils aîné
Comte Pierre (Pétia, Pyotr, Pétroucha, Pétrouchka, Pétegnka) le fils cadet
Comtesse Véra, la fille aînée
Comtesse Natacha (Nathalie, Nathalia, Natachka) la fille cadette
Sonia (Sophie) la cousine

Famille Droubetskoï
Princesse Anna Mikhaïlovna Droubetskoï
Prince Boris Droubetskoï, son fils

Les scènes de Guerre mettent également en scène Alexandre 1er et Napoléon, ainsi que d'autres personnages qui ont réellement existés. Lors de la parution de l'ouvrage, nombreux lecteurs tentaient de découvrir qui se cachaient derrière le Prince André par exemple ou derrière d'autres personnages. Derrière la comtesse Natacha se cache Tatiana Bers, la jeune belle-soeur de Tolstoï. Pierre Bézoukhov sera en quelque sorte l'alter-égo de Tolstoï. On ressent bien d'ailleurs toute la réflexion de Tolstoï à travers les questionnements de Pierre et à travers le journal que celui-ci écrit dans le roman. Tolstoï a tenu également son journal, à partir de 1847. Mais pour les autres personnages, comme le dit Tolstoï lui-même:

"André Bolkonsky, comme tout personnage de roman, n'est personne."

Guerre et Paix m'a accompagné pendant de nombreuses semaines. Lire ce pavé prend du temps et de l'énergie. Ce n'est pas un texte nécessairement facile, même si l'écriture m'a énormément surprise. Elle est relativement simple à aborder. Le traducteur de mon édition, Boris de Schloezer, qui signe d'ailleurs une brillante préface, a effectué un travail colossal dont on ne peut que louanger le résultat. Des notes réfèrent en fin de volume afin de comprendre toutes les nuances du langage, allant des précisions géographiques aux surnoms donnés familièrement aux personnages. Les passages sur la guerre ou sur les nombreux questionnements de l'existence méritent, malgré leur aspect parfois difficile, qu'on s'y attarde. Tolstoï était un fin psychologue et un écrivain doué pour rendre à merveille les sentiments humains. Il puise au plus profond de l'âme de ses personnages pour en ressortir ce qu'il y a de plus sombre, de plus beau, de plus ambigü, les sentiments les plus vils, l'honneur, la honte et le courage. Le questionnement aussi, surtout. Qu'est-ce que la vie? Que nous apporte-t-elle? Vaut-elle la peine d'être vécue? On ressent à travers Guerre et Paix, les questionnements personnels de Tolstoï. Peut-être parce que lui-même avait une existence difficile, qu'il est à même de décrire merveilleusement bien les tourments de l'âme de ses personnages. Car rien n'est plus difficile à comprendre et à analyser que l'homme. Ce que Tolstoï, à travers plus de 2000 pages, a réussis à faire avec brio.

Quelques extraits:

"Un pas seulement au-delà de cette ligne semblable à celle qui sépare les vivants des morts, et c'est l'inconnu, la souffrance, la mort? Et qu'y a-t-il là-bas?" p.240

"...que dois-je faire si je n'aspire à rien d'autre qu'à la gloire et à l'amour des hommes" p.435

"Qui pouvait être là et parler de lui, cela lui était à cette minute complètement indifférent; il était simplement heureux que des gens se fussent arrêtés auprès de lui, et désirait seulement qu'on le secourût, qu'on le fît revenir à la vie, cette vie qui lui semblait si belle, parce qu'à présent il la comprenait tout différemment." p.479

"Anna Pavlovna continuait à donner des soirées comme seule elle savait en organiser, des soirées où se réunissait, selon sa propre expression, la crème de la véritable bonne société, la fine fleur de l'essence intellectuelle de la société de Pétersbourg. L'attrait de ces soirées ne tenait pas seulement au choix exquis des invités mais à ce qu'Anna Pavlovna leur offrait chaque fois, comme sur un plateau, quelque nouvelle personnalité intéressante, et aussi à ce que nulle part ailleurs on ne pouvait se rendre compte aussi nettement, aussi sûrement, de la température que marquait le thermomètre politique dans les milieux légitimistes de la cour." page 596

"Nicolas suivit le premier traîneau; les autres s'ébranlèrent à leur tour en grinçant. Sur le chemin étraoit, on prit d'abord le petit trot. Tant qu'on longea le parc, les ombres des arbres dénudés coupaient fréquemment la route et voilaient la clarté de la lune; mais dès qu'on eut franchi la clôture, la plaine neigeuse , étincelant, comme des diamants aux reflets bleuâtres, s'étendit de toutes parts à l'infini, inondée de lumière." page 858

"...il n'y a rien de certain que le néant de tout ce que je comprends et la grandeur de quelque chose d'incompréhensible mais d'essentiel!" p.482

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22 décembre 2008

La détective de Noël

detectivedeneolAnne Perry
10/18
167 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Pour Mariah Ellison, la grand-mère acariâtre et austère de Charlotte Pitt, ces fêtes de Noël s'annoncent comme un véritable cauchemar ! Être exilée contre son gré chez son ancienne belle-fille, au bord de la Manche, avait déjà mis ses nerfs à rude épreuve, la voilà maintenant obligée de supporter l'arrivée d'une invitée de dernière minute, Maude Barrington. Cette aventurière a passé sa vie à parcourir le monde et, selon Mariah, l'existence même de cette personne est une insulte aux convenances victoriennes. Mais elle ne pourra s'empêcher d'être touchée par sa joie de vivre. Lorsqu'elle découvre un matin son corps sans vie, son sang ne fait qu'un tour. Le médecin conclut à une mort naturelle, mais, pour Mariah Ellison, cela ne fait aucun doute, Maude a été empoisonnée. Dans le plus grand secret, elle décide d'enquêter sur-le-champ et se rend dans la famille de la victime...

Mon commentaire:

Anne Perry a écrit nombre de livres (et plusieurs séries) se déroulant entre autres à l'époque victorienne. Depuis quelques années, elle nous offre des contes de Noël policiers. J'ai pu mettre la main sur son troisième conte. Ils peuvent se lire séparément sans problème car ce sont des histoires uniques. Cependant, il est agréable de voir que certains personnages en lien avec ceux d'autres séries se retrouvent dans ces contes de Noël. Celui-ci, par exemple, met en scène Mariah Ellison, une vieille grand-mère acariâtre. Qui est-elle? Nulle autre que la grand-mère de Charlotte Pitt, l'héroïne bien connue de près d'une trentaine de livres d'Anne Perry! Mariah Ellison donc, vit avec la soeur de Charlotte, Emily. Elle et son mari doivent passer les Fêtes de Noël en France, sur une invitation reçue par des amis. La grand-mère n'est pas invitée et elle est reléguée chez la mère d'Emily et Charlotte, Caroline, qui est en fait la belle-fille de Mariah. Caroline est une femme un peu "excentrique" selon les goûts de Mariah. Elle vit avec son nouveau mari, Joshua, qui n'est pas vraiment du goût de Mariah non plus! Les Fêtes s'annoncent bien sombres, d'autant plus qu'ils sont exilés sur des landes désertiques près de la mer et qu'à la dernière minute, ils sont obligés d'accueillir avec eux une invitée imprévue: Maude Barrington. Cette femme est une aventurière qui a passé les quarante dernières années de sa vie à parcourir le monde, courir et monter chevaux et chameaux comme un homme, a vécu dans le désert et vivait en concubinage avec son amoureux, ce qui est choquant et très mal vu à l'époque. Mariah, qui est une femme pleine de principes (et de préjugés) l'accueille froidement. Le lendemain matin, cependant, on découvre le cadavre raide mort de Maude dans son lit. Mariah est déstabilisée. Elle constate que malgré sa froideur envers Maude la veille, elle a éprouvé une certaine curiosité et un grand intérêt pour les histoire qu'elle racontait. Soupçonnant que quelque chose ne tourne pas rond dans le décès de la voyageuse, elle décide de faire sa petite enquête...

Sous des allures de policier victorien, Anne Perry offre avec ce conte de Noël (parce que c'est aussi un conte), une histoire agréable dont la lecture m'a vraiment beaucoup plu! J'ai passé un excellent moment et le personnage de la grand-mère Mariah, autant il peut être détestable, autant on fini réellement par s'y attacher. Un peu comme ce vieux Monsieur Scrooge. C'est d'autant plus une très belle et intéressante découverte que je n'avais jamais eu le plaisir de lire Anne Perry. C'est chose faite et ce ne sera pas la dernière!

Une citation:

"Elle n'avait pas été aussi courtoise depuis des années, et, malgré une forte envie de se moquer d'elle-même, ça l'amusait plutôt. C'était comme faire une pas en dehors de sa vie, une curieuse liberté par rapport à ce que les autres attendaient d'elle et à ses échecs du passé." p.122

"Je vous présente tous mes voeux et vous souhaite de vous souvenir des bonnes choses du passé tout en gardant de l'espoir en l'avenir." p.146

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19 décembre 2008

Le fantôme de Canterville et autres contes

fantomedecantervilleOscar Wilde
Le livre de poche
180 pages

Résumé:

Un ministre américain et sa famille achètent à Lord Canterville son château et tout ce qu'il contient... fantôme compris. Mais la famille Otis n'a vraiment pas peur des fantômes. Alors, lorsqu'un spectre qui a l'habitude de terroriser tout le monde se trouve confronté à deux jumeaux qui ne pensent qu'à lui jouer de mauvais tours, il est plus que déconcerté.  D'autres contes s'ajoutent à cette première histoire.

Mon commentaire:

Oscar Wilde a une une vie pour le moins originale. Né en 1854, il a tôt fait de se créer une personnalité de dandy qui profitait de la vie. Cette dernière, toutefois, ne l'a pas épargné. Personnage coloré, aimant le raffinement, la beauté sous toutes ses formes, il a également vécu un procès et a fait de la prison. Il a tenté de se ranger en ayant une vie stable, une femme et des enfants. Mais la nature fougueuse de Wilde prend le dessus sur toutes ses bonnes résolutions. Il fréquente des gens peu recommandables, abuse de la boisson et meurt, finallement en 1900, après une vie mouvementée. Il a laissé à la postérité de la poésie, quelques pièces de théâtre, des nouvelles et des contes surtout, ainsi qu'un roman: Le portrait de Dorian Gray. Les nouvelles et les contes de Wilde sont une bonne façon d'aborder son oeuvre. Celles qui constituent ce recueil ont été écrites dans la période la plus calme de sa vie, à l'époque de son mariage et de la vie de famille. Elles sont le portrait d'une société bourgeoise, teinté d'ironie.

Voici donc les histoires que comprend ce recueil:

Le fantôme de Canterville
La famille Otis vient d'aménager dans un grand manoir, celui de Canterville. L'ancien propriétaire les informe de la présence d'un fantôme, mais la famille n'en fait aucun cas... jusqu'à ce que d'étranges bruits se fassent entendre et qu'une tache de sang indélébile apparaît au beau milieu du salon!
On croit tout d'abord qu'il s'agit d'une énième histoire de fantômes, cependant tout le talent de Wilde est de tourner l'histoire en satire. Le fantôme n'a aucune crédibilité face à la famille nullement appeurée. On lui suggère même de huiler ses chaînes, en lui fournissant le produit pour le faire, afin qu'il cesse de faire inutilement du bruit!
L'histoire qui passe tour à tour d'une histoire de fantôme à une farce, se termine par un mariage et un grand repos pour le spectre.

Le crime de Lord Arthur Savile
Cette nouvelle est particulièrement réussie. Elle commence dans un salon bourgeois où Lady Windermere présente à tous son chiromancien. Pour plaire à la Lady, celui-ci entreprend de lire les lignes de la main des nombreux invités. Il prédit toutes sortes de choses à chacun, avant de prendre la main de Lord Arthur Savile, de pâlir, trembler, bafouiller et se sauver. Le Lord est terrifié et moyennant un montant d'argent réussis à soutirer ce que le chiromancien a vu...
Je n'en dis pas plus, sinon je gâcherais le plaisir de la découverte. Cette nouvelle est terrifiante à cause du sujet qu'elle exploite: le destin et la finalité qui est la nôtre. J'ai beaucoup aimé car tout est écrit de façon ironique. Le désespoir de Lord Arthur Savile est palpable au lecteur...

Le millionnaire modèle
Le millionnaire modèle se veut une sorte de conte moral sur l'argent et ses pouvoirs. C'est l'histoire d'un jeune homme qui assiste à une pose chez son ami artiste-peintre. Ce dernier peint un mendiant, en haillons. Ayant pitié du mendiant, le jeune homme lui offre de l'argent... sans savoir à quel point son geste aura des conséquences sur son avenir!

Le sphinx sans secret
Cette histoire est celle de deux hommes qui se rencontrent. L'un d'eux parle d'une femme de sa connaissance et de ses faits et gestes très étranges qui l'entourent...

Oscar Wilde a un talent indéniable de conteur. On sourit, on lit avec avidité, on veut naturellement connaître la suite. Les situations qu'il décrit ne sont pas toujours celles que l'on pense et c'est là tout son talent. Toutefois, certaines de ses chutes me laissent dubitative, surtout en ce qui concerne ses deux plus courtes nouvelles, Le millionnaire modèle et Le sphinx sans secret. Mais ça ne m'a pas empêchée du tout d'apprécier cette lecture. C'est une belle découverte pour moi. Les deux premières nouvelles, les plus connues (Le fantôme de Canterville ainsi que Le crime de Lord Arthur Savile) sont quant à moi les plus réussies des quatre. Les deux suivantes sont de courtes esquisses, agréables mais non marquantes. Quoique le revirement de situation dans Le millionnaire modèle m'a énormément plu!

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