22 novembre 2009
Sherlock Holmes et l'ombre du M
Barral & Veys
Série Baker street tome 4
Delcourt
46 pages
Résumé:
Parvenu à Ceylan pour hériter des plantations de thé de son oncle, Clipton, accompagné de Holmes , Watson et Lestrade, prend connaissance des dernières dispositions testamentaires du riche planteur. Le retour en Angleterre doit se faire en six semaines et Clipton doit parvenir à se faire embaucher comme clown dans un cirque pour donner une représentation devant la Reine! Le groupe va aussi devoir affronter le terrible Moriarty, engagé par la Teawings pour empêcher Clipton d'hériter...
Mon commentaire:
Ce quatrième volume de la série Baker Street est en quelque sorte une suite directe à Sherlock Holmes et les hommes du Camellia. Il est d'ailleurs préférable de les lire ensemble ou alors rapprochés dans le temps, afin de mieux saisir tous les clins d'oeil et les allusions qui unissent les deux albums. On retrouve un peu moins cette continuité dans les premiers tomes. Nous retrouvons donc ici Clipton et Teawings, qui se battent en quelque sorte pour des plantations de thé. L'un en héritera s'il parvient à réussir les conditions stipulées dans l'héritage qui les accompagne, l'autre a intérêt à ce le premier n'hérite pas...
Toujours remplie d'humour, que ce soit à travers les personnages qui, sans être ridiculisés, prennent une certaine revanche sur l'oeuvre originale; ou à travers les noms et les événements, cette bande dessinée nous offre un moment bien agréable. On y retrouve aussi le célèbre ennemi de Holmes, Moriarty. Ce n'est pas ma préférée de la série, cependant elle demeure dans le même esprit que les autres. Humour et aventure sont donc au rendez-vous!
Il me reste le cinquième tome à découvrir. Une série à suivre, assurément!
19 novembre 2009
La vallée de la peur
Arthur Conan Doyle
Le livre de poche
256 pages
Résumé:
Sherlock Holmes vient à peine de déchiffrer un message codé le prévenant qu’un certain Douglas, de Birlstone Manor House, est en danger, qu’il apprend par l’inspecteur MacDonald de Scotland Yard que Douglas vient d’être sauvagement assassiné. Grâce au signataire du message, Sherlock Holmes sait que, derrière cette affaire, se trouve son ennemi juré : le professeur Moriarty, criminel génial et machiavélique. Accompagné de son fidèle Watson, Holmes se précipite à Birlstone...
Mon commentaire:
La vallée de la peur est un roman très intéressant. Il met en place les personnages, puis la demande d'aide de la police pour résoudre une affaire très étrange qui a eu lieu à Birlstone, dans un manoir entouré d'une douve. Sherlock Holmes et le Docteur Watson s'y rendent pour enquêter. La première partie nous raconte les recherches et les interrogatoires. Alors qu'on se rapproche du dénouement, cette partie prend fin et nous amène à la Vallée de la peur, aux États-Unis. C'est là que nous faisons connaissance avec Les Éclaireurs et principalement McMurdo, un jeune homme en provenance de Chicago, arrivé à Vermissa pour trouver du travail. Il est membre de l'Ordre ancien des Hommes libres, un regroupement d'hommes pour l'entraide, qui a plusieurs ramifications à travers les États-Unis. Il devra alors s'enregistrer à la loge de Vermissa. Nous sommes alors à deux pas de vivre avec lui ce qu'est La vallée de la peur...
Cette partie, qui constitue la plupart du roman, est très intéressante. Elle nous amène aux États-Unis, en 1875, à une époque où certaines régions éloignées offraient des rumeurs de travail et de conditions avantageuses pour les hommes prêts à travailler. La police avait du mal à assurer un certain contrôle et c'est ce portrait assez peu flatteur de certaines de ces régions que nous trace Arthur Conan Doyle. Si l'histoire sociale vous intéresse, on en retrouve beaucoup dans ce roman, même si c'est l'intrigue qui est à l'avant-plan. Beaucoup se sont rendus dans ces régions reculées en ayant l'espoir au coeur et ont rapidement déchanté. Le cadre de la Vallée de la peur nous amène à cette époque de l'histoire tout en nous offrant une intrigue captivante et un dénouement pour le moins inattendu. Le travail des Éclaireurs est terrible et les personnages vivent pour la plupart dans la peur. La Vallée porte particulièrement bien son nom...
Le cadre de ce roman est tout à fait dépaysant. Il me semble très différent des autres livres d'Arthur Conan Doyle mettant en scène Sherlock Holmes. On voit assez peu le détective lorsqu'on y réfléchit, l'essentiel de l'histoire nous est rapporté par écrit et met en scène d'autres personnages, dans un pays totalement différent de l'Angleterre. On retrouve Sherlock Holmes à la fin pour une rapide conclusion. L'intrigue est cependant, comme toujours, très recherchée et particulièrement bien rendue. La forme que prend le roman, en débutant par l'enquête et en offrant l'histoire du passé d'un personnage, nous permet en quelque sorte de lire une histoire dans l'histoire. C'est à la fin de cette partie que tous les morceaux du casse-tête se mettent en place... Un très bon roman!
Quelques extraits:
"Je m'intéresse à une affaire pour aider les fins de la justice et le travail de la police. Si je me tiens à l'écart de la police officielle, c'est d'abord parce qu'elle me tient à l'écart. Je n'ai nul désir de marquer des points à ses dépens. Cela dit [...] je revendique le droit de travailler selon mes méthodes personnelles et de vous communiquer en mon temps mes résultats... une fois complets, plutôt que par étapes."
"Je ne suis pas un admirateur forcené du sexe faible, comme vous le savez Watson, mais si j'en juge par mon expérience de la vie, peu de femmes éprouvant le moindre sentiment à l'égard de leur mari auraient accepté qu'une simple parole les éloignât du cadavre dudit mari. Si je me marie un jour, Watson, j'espère inspirer à ma femme un sentiment qui lui interdira de se laisser emmener par la femme de chambre quand mon cadavre sera à quelques mètres."
29 juillet 2009
Sherlock Holmes et le club des sports dangereux
Nicolas Barral & Pierre Veys
Série Baker Street tome 2
Delcourt
47 pages
Résumé:
Sans nul doute, connaissez-vous le plus célèbre duo de détectives d'outre Manche, Sherlock Holmes et son fidèle Watson. Mais connaissez-vous leurs véritables enquêtes enfin révélées par un autre duo, comble de l'ironie, des mangeurs de grenouilles. D'aucuns y verront un crime de lèse Majesté, les plus nombreux applaudiront à ces aventures hautes en couleurs, finement observées, souvent cocasses mais jamais vulgaires. Il était grand temps qu'on nous dise tout sur Sherlock Holmes!
Mon commentaire:
Le premier volet de cette série m'avait beaucoup plu et c'est avec plaisir que je me suis penchée sur le second. Dans cette histoire-ci, Holmes et Watson se retrouvent au sélect club des sports dangereux. Des bourgeois en manque de sensations fortes organisent toutes sortes de jeux farfelus et dangereux où certains perdent même la vie! On peut voir une sorte de parallèle humoristique entre ce club et les clubs pour hommes anglais qui étaient très célèbres à l'époque victorienne.
Watson, quant à lui, n'a pas beaucoup de chance d'être au service de Holmes, qui le traite souvent comme un moins que rien et n'hésite même pas à lui faire visiter le cachot pour sauver sa propre peau. Cependant, c'est toujours avec beaucoup d'humour et plusieurs clins d'oeil au "vrai" Sherlock Holmes qu'on suit les aventures des deux héros dans ces bandes dessinées plutôt intéressantes!
Un second volet réussit! Je me plonge bientôt dans le troisième...
28 juillet 2009
Sherlock Holmes n'a peur de rien
Nicolas Barral & Pierre Veys
Série Baker Street tome 1
Delcourt
47 pages
Résumé:
Saviez-vous que Watson doit une grande partie de sa popularité à une méduse ? Que Holmes pratique parfois le cambriolage ? Et seriez-vous capable de trouver un rapport entre un diable en boîte, un haltère, un réveil-matin, un cactus et une masse d'armes ? Non ? Eh bien plongez-vous dans les carnets secrets du Dr Watson!
Mon commentaire:
Après avoir lu et beaucoup aimé Dieu n'a pas réponse à tout j'ai eu envie de lire d'autres bd dessinées par Barral. Son coup de crayon me plaît bien. Je suis tombée sur la série Baker Street. Adorant Sherlock Holmes, c'était tout trouvé pour moi. Il faut savoir, avant toutes choses, que cette série ne transpose pas les écrits d'Arthur Conan Doyle en bulles. Il s'agit en fait d'une parodie du célèbre détective et de son accolite Watson.
Dans cet album, Watson fait une fixation sur les méduses (que cuisine la gouvernante, aux câpres, s'il vous plaît) et est un alcoolique chronique et notoire. Sherlock Holmes n'est pas le plus humble des hommes et peut parfois être exaspérant. Que dire de l'inspecteur Lestrade qui s'appuie entièrement sur Holmes pour résoudre ses affaires (et est de ce fait légèrement envahissant)? Ou de Moriarty, qui naturellement, est de la partie pour mettre des bâtons dans les roues de Holmes?
On y retrouve l'ambiance très britannique et victorienne de l'époque de Sherlock Holmes. Les gags sont plutôt bien réussis et amusants. On passe vraiment un bon moment avec cette bd. Je lirai bientôt la suite, les deux prochains albums m'attendent sagement dans ma bibliothèque!
À noter que cette bd a remporté le prix Groom 99, décerné par la Société Sherlock Holmes de France.
26 juillet 2009
La traduction est une histoire d'amour
Jacques Poulin
Leméac / Actes Sud
131 pages
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Résumé:
Un vieil écrivain, monsieur Waterman, vit à Québec dans une tour. Sa traductrice, la jeune Marine, est une Irlandaise aux cheveux roux et aux yeux verts; elle habite un chalet à l'île d'Orléans, parmi les chats, les ratons laveurs, les hérons bleus et les chevaux de course à la retraite. Entre ces deux personnages se tisse une relation amoureuse peu ordinaire: elle naît sur la Piste de l'Oregon, grandit avec leur passion commune pour la musique des mots et atteint sa maturité dans une enquête sur une mystérieuse adolescente qui leur met le coeur à l'envers.
Mon commentaire:
Avec ce livre, j'ai fais les choses dans le désordre. J'aurais dû lire celui-ci, avant de lire L'anglais n'est pas une langue magique. Ce dernier est en fait un beau complément à La traduction est une histoire d'amour. On y retrouve les mêmes personnages, mais un narrateur différent.
La traduction est une histoire d'amour est un livre magnifique, comme seul sait les écrire Jacques Poulin. Plus je lis ses romans, plus j'aime son univers, son écriture tout en finesse, en douceur. Il fait vivre une atmosphère qu'il décrit en quelques lignes, quelques pages. Ses personnages sont tous profondément humains, avec cette touche de poésie qui les caractérise. Poulin manipule les mots avec une douceur infinie et nous livre des histoires qui laissent une marque et qu'on ne peut oublier.
Jacques Poulin a ses détracteurs qui lui reprochent de toujours écrire le même livre. Mais Poulin a aussi ses inconditionnels, dont je fais partie, qui l'aiment d'amour. Retrouver ses livres c'est retrouver des chats, d'autres livres, l'acte profond de l'écriture et la ville de Québec, ou ses environs. Poulin voit dans les petites choses de la vie, matière à de grandes choses. C'est son regard qui me fascine et me rejoint et que je retrouve chaque fois avec un plaisir infini.
Beaucoup d'éléments dans ce livre m'ont fait réfléchir et sourire aussi. Jack Waterman étant l'alter égo de Jacques Poulin, j'ai souvent le sentiment que l'auteur nous parle de lui à travers Waterman. Ici, quelques notes qui me font penser tout de suite à Poulin, surtout lorsqu'on sait que c'est un écrivain qui se tient dans l'ombre et n'aime pas être au premier plan.
"Dès le début, monsieur Waterman était sur ses gardes. S'il acceptait de répondre aux questions, c'était uniquement parce que son éditeur lui avait tordu le bras; il aurait préféré ne pas s'immiscer entre le lecteur et le livre." p.85
Si j'étais écrivain, probablement que je serais comme ça. Je suis trop sauvage pour devenir un personnage public. Jacques Poulin a une réputation semblable, mais quand il nous adopte, il est d'une bonté infinie. Comme en témoigne un journaliste dans un billet que j'aime beaucoup ou encore dans un autre, ici. D'ailleurs, on entend parler beaucoup des romans de Jacques Poulin, mais très peu de l'écrivain. Étant un peu comme lui, préférant rester à l'écart, je comprends l'idée qu'il se fait d'un roman, d'un écrivain. Je me sens proche de lui, ou de ses personnages, c'est selon. Jacques Poulin, tout comme son personnage Jack Waterman, sont tout ce qu'il y a de plus simples. Ses romans le sont aussi, tout en véhiculant la petite musique des mots qui vient me chercher chaque fois. La traduction est une histoire d'amour ne fait pas exception. Et quel titre magnifique, tout comme L'anglais n'est pas une langue magique.
Un roman que j'ai énormément aimé, dont j'ai étiré la lecture pour faire durer le plaisir.
En quatrième de couverture, on décrit ce roman en deux phrases. Je vous les partage, car je trouve qu'elles correspondent tout à fait à l'idée que j'ai de ce livre (et de Poulin, également):
"L'écriture de Jacques Poulin est toujours une rencontre heureuse. Ce nouveau roman, tout félin, est porté par la chaleur d'une émotion contenue, la douceur d'une amitié silencieuse."
Quelques extraits:
"Ma chambre étant petite et envahie par le bruit des voisins, j'ai pris l'habitude de travailler dans les bibliothèques publiques. La plus proche était celle de l'Institut Canadien, dont l'entrée se trouvait rue Sainte-Angèle. Juste à côté, il y avait également la bibliothèque du Morrin College, paisible et très émouvante avec ses boiseries couleur de miel, l'odeur des vieux livres, l'escalier en colimaçon, la longue mezzanine en bois verni, le bureau ayant appartenu à sir George-Étienne Cartier. L'immeuble était une ancienne prison et, lorsque le nordet faisait gémir les murs, je croyais entendre les détenus qui avaient croupi dans les cellules du sous-sol." p.25
"En cas de doute, fonce tête baissée!" p.83
09 juillet 2009
Jane Austen à Scargrave Manor
Stephanie Barron
Série Jane Austen tome 1
Le Masque (Labyrinthe)
445 pages
Résumé:
Isobel Payne, comme beaucoup de jeunes filles désargentées de son époque, a fait un mariage de raison avec le vieux lord Scargrave. En un jour elle voit disparaître ses ennuis financiers mais aussi ses rêves d’amour romantique. Jusqu’à ce qu’elle fasse la connaissance du charmant neveu de son mari. Mais voilà que lord Scargrave meurt brutalement, laissant la jeune femme dans une situation délicate. Avec une si jeune et jolie veuve, les méchantes langues ont vite fait de se déchaîner. Jane Austen viendra au secours de son amie Isobel mais aura fort à faire pour éviter le scandale et la protéger des médisants qui jugent la mort du lord un peu trop opportune...
Mon commentaire:
C'est tout d'abord la mention de Jane Austen qui m'a attirée vers cette série de romans policiers. C'est d'ailleurs cette mention qui attire ou attirera nombre de lecteurs vers les livres de Stephanie Barron. L'idée de faire de Jane Austen, le personnage central de romans, d'autant plus qu'il s'agit de mystères à résoudre, est alléchant. Surtout en sachant qu'Austen ne compte pas des centaines d'oeuvres à son actif et que les amateurs aiment bien retrouver leur auteur favorite, même dans la peau d'une Sherlock Holmes en jupons.
Pour commencer, j'ai bien aimé cette lecture. Mais, car il y a un mais: je trouve que l'on associe rapidement Jane Austen à toutes les sauces. L'idée de Stephanie Barron est excellente. Quelques points, cependant, m'ont dérangée un peu au tout début de ma lecture. Il y a quelques longueurs interminables avant qu'il se passe quelque chose de mémorable et c'est là où le bat blesse: j'aurais pu abandonner ma lecture avant le milieu du livre, là où les choses intéressantes se passent et où enfin il y a un peu d'action. Et c'est paradoxal parce que là où Jane Austen excellait, soit de raconter des choses banales du quotidien - l'heure du thé, la préparation de bals, de mariages - Stephanie Barron a un peu de mal à conduire son histoire. Le roman devient donc intéressant à presque la moitié de l'histoire seulement. Un autre point: l'auteur dit avoir trouvé des journaux d'Austen dans un sous-sol et les avoir simplement retranscrit en réécrivant l'histoire. Ce que j'ai pour ma part beaucoup de mal à croire... Je n'ai d'ailleurs rien trouvé à ce sujet. Il ne s'agit en fait que de fiction, ce qui pourrait porter à confusion et leurrer le lecteur non averti.
Le roman en lui-même est un bon divertissement, une lecture très agréable. J'ai cependant trouvé que Jane Austen en était plutôt un prétexte, qu'un véritable personnage fouillé et travaillé. Oui, on retrouve certains traits d'Austen dans le roman. Austen écrit aussi à sa soeur, Cassandra, comme elle le faisait régulièrement de son vivant. On a également droit à des notes en bas de page pour nous informer sur certaines coutumes ou objets de l'époque d'Austen. Tout ça est donc bien intéressant. Cependant, ce n'est pas suffisamment poussé à mon goût. Le personnage d'Austen aurait très bien pu être n'importe quelle jeune femme de son époque. Il n'y a pas, à mon sens, suffisamment d'éléments pour pouvoir croire coûte que coûte que le roman a été conçu véritablement autour de Jane Austen. Quand on passe un peu par-dessus cette promesse de renouer en quelque sorte avec l'écrivain, on est alors en mesure d'apprécier le roman pour ce qu'il est: une bonne enquête historique. On a aussi droit à d'intéressantes scènes de procès selon les moeurs de l'époque.
C'est de cette façon que j'ai donc abordé ma lecture, lorsque j'ai constaté la forme et l'écriture du roman. Ce qui fait que je l'ai apprécié pour un bon petit roman d'enquête historique, teinté d'humour (surtout à partir de la seconde partie) mais non pas pour une sorte de mise en scène de ce que l'on sait de la vie de Jane Austen. N'empêche, Scargrave Manor regorge de possibles criminels (tous ont un mobile pour les actes posés) et les secrets ressurgissent au fil des pages, en même temps que les cadavres...
Je lirai les autres romans de la série, puisqu'ils sont divertissants et agréables, mais je ne les conseille pas spécialement à quelqu'un qui s'attend à y retrouver toute l'essence de ce que l'on aime tant de cette chère Jane. C'est plutôt une enquête intéressante qui nous plonge dans l'époque d'Austen.
Un extrait:
"Qu'une dame bien née, intelligente et douée de discernement, puisse ainsi se retrouver mêlée à un scandale doit être pour nous tous matière à réflexion. Nul ne peut être certain que le vent de la fortune soufflera toujours du bon côté; de fait, nous passons la majeure partie de notre vie à essayer de nous mettre à l'abri de ses caprices. Les femmes, dont les vertus s'accompagnent d'une fragilité épargnée au sexe fort, sont plus exposées à être les victimes des bourrasques du hasard." p.18
"-Ma chère Jane, [...] j'ai la nette impression que vous vous êtes installée chez de drôles de gens.
-Vous me surprenez, Henry, répondis-je. Le meurtre n'est donc point l'un de ces jeux destinés à distraire les hôtes que l'on reçoit dans sa maison de campagne pour les fêtes de Noël?" p.398
19 mai 2009
Resurrection Row
Anne Perry
Série Charlotte et Thomas Pitt tome 4
10/18
313 pages
Résumé:
"Bas les masques", tel paraît être le mot d'ordre d'Anne Perry dans la série de romans où elle met en scène son couple de héros "victoriens", l'inspecteur Thomas Pitt et son épouse Charlotte, les personnages de roman policier les plus pittoresques et attachants qui nous aient été donnés à découvrir ces dernières années. Dans le Londres de la fin du XIXè siècle qui sert de cadre à leurs exploits, c'est en effet le code hypocrite de bonne conduite de la société anglaise de l'époque qui se trouve singulièrement mis à mal, sa corruption et sa fausse respectabilité. Anne Perry ou le polar au vitriol : décapant!
Mon commentaire:
Ce quatrième volet des aventures de Charlotte et Thomas Pitt me semble encore plus abouti que les deux précédents. Au niveau de l'intérêt, je place ce roman au même pied d'égalité que le premier. L'histoire est très intéressante car elle présente en quelque sorte deux aspects différents. L'auteur nous mène sur les traces d'un criminel qui exhume des cadavres et s'amuse à les disséminer à travers différents quartiers. Nous suivons ces découvertes au fil du roman et de l'enquête de Thomas Pitt pour découvrir qui s'amuse à jouer avec les morts, que l'on retrouve dans les endroits les plus inusités. L'histoire nous offre parallèlement le portrait social des bas-fonds de Londres à travers un projet de loi qui tient à coeur à plusieurs personnages du roman. Cet aspect étant beaucoup plus développé me semble-t-il que dans les précédents tomes, je le trouve également plus intéressant. Les pages défilent à toute vitesse et plusieurs possibilités s'offrent au lecteur qui tente de découvrir le coupable. Personnellement, je ne trouve jamais. Anne Perry a le don de me plonger dans cette Angleterre Victorienne où j'ai l'impression de voyager, d'observer les comportements, les maisons, les robes, les mentalités, et où je me laisse totalement emberlificoter dans l'intrigue. Toujours, une excellente série!
Quelques extraits:
"Ce garçon a un caractère en or et, surtout, il ne se donne pas de grands airs, ce qui nous change du voisinage! Bien sûr, ses manières sont désastreuses, sans parler de son physique et de son accoutrement! Mais que voulez-vous, l'argent rachète une foule de péchés.
-Et la gentillesse encore davantage, souligna Charlotte.
-Voyons, ma chère, dans notre monde on ne juge que sur l'apparence et non sur la réalité." p.113
"Carlisle le conduisit un peu plus loin, là où une demi-douzaine de gamins décousaient des pantalons; certains ne devaient pas avoir plus de quatre ans.
-Trois de ceux-là sont à Bessie, expliqua Carlisle. Regardez-les. Avant, ils travaillaient chez eux, à domicile; mais la construction de la nouvelle voie de chemin de fer a nécessité l'évacuation des taudis. Leur maison a été rasée. Le mari de Bessie et ses aînés fabriquaient des boîtes d'allumettes - deux pence et demi pour cent quarante-quatre allumettes et, avec ça, ils étaient obligés d'acheter eux-même la pâte et la ficelle. Autrefois, Bessie travaillait pour l'usine d'allumettes Bryant & Mays. Elle souffre aujourd'hui de phosphorisme chronique, une nécrose de la mâchoire causée par le phosphore, ce qui explique sa curieuse façon de parler. Elle a seulement trois ans de plus que Lady Alicia. Vous ne l'auriez jamais cru, n'est-ce pas?
C'en était trop pour Dominic, qui murmure, épouvanté:
-Je voudrais sortir d'ici...
-Eux aussi, vous savez..." p.167
20 avril 2009
Le crime de Paragon Walk
Anne Perry
Série Charlotte et Thomas Pitt tome 3
10/18
315 pages
Résumé:
Un crime sordide vient troubler la quiétude huppée de Paragon Walk. Tandis que l'inspecteur Pitt, chargé de l'affaire, se heurte à l'hostilité et au mutisme des résidents du quartier, son épouse Charlotte, assistée de sa sœur Emily, la charmante Lady Ashworth, ne se laisse pas intimider par cette omerta de classe. De garden-parties en soirées, elles font tomber un à un les masques de l'élite. Les façades respectables de Paragon Walk se lézarderont peu à peu pour exposer à cet infaillible trio de détectives leurs inavouables secrets et mensonges.
Mon commentaire:
Au fil des différents romans qui composent cette série, nous prenons plaisir à côtoyer et voir évoluer les personnages principaux: Thomas et Charlotte Pitt ainsi que la soeur de Charlotte, Emily et son mari Georges. Leurs couples évoluent, changent, leurs familles s'agrandissent. Anne Perry nous offre un portrait des familles bourgeoises de cette époque, confinées dans les rigides conventions qu'impose cette société. La famille d'Emily évolue dans cette sphère confinée et dégoulinante d'hypocrisie, alors que Charlotte doit composer avec un revenu moindre de femme de policier et du dédain que suscite sa position d'inférieure. Cependant, je trouve adorable sa relation avec Thomas, qui est sincère et empreinte d'amour. Ils forment en quelque sorte un roc solide contre les aléas de la vie, un refuge pour Thomas contre les crimes qui peuplent ses journées, un réconfort pour Charlotte qui sait qu'elle est aimée profondément. Chez Anne Perry, tout le plaisir de la lecture repose en deux choses: un talent certain pour nous plonger dans un cadre victorien et nous faire revivre les visites de l'après-midi et l'heure du thé; et le talent de construire des trames policières bien ficelées. Ce tome renferme également quelques scènes ou commentaires mordants sur la société bourgeoise, qui sont très drôles. Il n'y a qu'à penser à la scène où Charlotte envoie valser un seau d'eau à travers la pièce... en pleine visite de courtoisie! J'adore!
Un extrait:
"Puis il songea aux taudis crasseux, grouillants, qui s'agglutinaient juste derrière ces rues imposantes, où le crime était un moyen de survie, où les petits enfants apprenaient à voler sitôt qu'ils savaient marcher et où seuls les rusés ou les forts parvenaient à l'âge adulte. Mais à Paragon Walk, tout cela était déplacé. Ici, un crime était un événement choquant, insolite, et, bien entendu, ils cherchaient tous à le désavouer." p.49
07 avril 2009
Le festin de l'orque
Stuart Harrison
Albin Michel
347 pages
Résumé:
Saint George. Une île au large des côtes du Maine, un lieu préservé où l'on vient chercher la paix, où l'homme vit en harmonie avec une nature à la fois généreuse et redoutable. Un fragile équilibre, rompu par un coup de feu dans la nuit et la mystérieuse disparition d'un marin pêcheur. Derrière le doute et la suspicion qui peu à peu rongent la petite communauté; se cache un terrible secret, partagé par deux femmes et un homme bien décidé à élucider le mystère. Tandis que la tension monte et que s'exacerbent les passions, les thons bleus qui sont la richesse de l'île reviennent dans le golfe, suivis de leurs prédateurs naturels: les orques.
Mon commentaire:
Les romans de Stuart Harrison parlent toujours de la nature. Les hommes et les animaux sont toujours très proches et les grands espaces, qu'ils soient marins ou de glace, font partis prenante du roman. J'avais beaucoup apprécié ma lecture du premier roman de l'auteur, Le faucon des neiges. Ce roman-ci est dans la même veine, même si le premier demeure mon préféré. Nous abandonnons les espaces glacés et les oiseaux pour côtoyer la mer, les pêcheurs et des bancs de thons et d'orques. Le roman est construit comme une enquête dont les fils se dénouent à la toute fin de l'histoire. En arrière-plan, nous sommes témoins de la vie d'un petit village de pêcheurs, déchiré entre le progrès qui mènerait à la construction d'hôtels de vacanciers qui pourraient leur donner un gagne-pain plus profitable, et l'amour de la pêche, de la nature, de la tranquilité, qui n'a aucun prix pour certain. Même si le poisson se fait rare. Même si des amis de longue date se déchirent et se querellent sur l'avenir de leur village. Un bon roman, un décor enchanteur et un suspense qui conserve bien l'intérêt. Vivement un prochain roman de Stuart Harrison!
Une citation:
"Peu importait le tournant que prendrait sa vie personnelle, elle aimerait toujours son île, et la mer. Son refuge c'était le paysage, la solitude des criques boisées qui bordaient la côte, l'océan aux mille costumes qui la nourrissait et qui changeait de couleur avec les saisons, les jours, et même avec le passage d'un nuage. Elle respectait l'océan, le cycle de la vie en son sein et alentour, et elle avait toujours su que, si elle le traitait avec respect, si elle ne lui prenait que ce qu'il pouvait se permettre de perdre, il la protégerait." p.122
27 mars 2009
Le mystère de Callander Square
Anne Perry
Série Charlotte et Thomas Pitt tome 2
10/18
382 pages
Résumé:
" Les amoureux de la fiction historique et policière doivent absolument connaître cette nouvelle série qui se déroule dans l'Angleterre de la reine Victoria. Une ambiance d'époque lourde de sensualité, une écriture et des dialogues de haute tenue, une description des classes sociales parfaitement convaincante et des personnages profondément humains ; voilà qui rend la lecture des romans d'Anne Perry absolument inoubliable. "
Mon commentaire:
La seconde enquête de l'inspecteur Thomas et de son intrépide épouse Charlotte nous amène à Callander Square, dans une rue très bourgeoise. Deux cadavres de bébés sont découverts enterrés dans le parc du Square. Thomas Pitt enquête, aidé de Charlotte qui s'introduit dans les maisons du quartier pour aider son mari. À trop remuer, on révèle des secrets où tous et chacun cache un squelette dans son placard... Toujours aussi bon cette série victorienne où abondent les secrets des bourgeois, les conventions qui sont à l'origine de beaucoup de cachotteries entre les personnages. Anne Perry comme toujours, mène de main de maître son histoire et nous offre quelques bonnes surprises au fil de l'enquête. Vraiment, une très bonne série!






