13 novembre 2009
Maudite poutine!
Charles-Alexandre Théorêt
Éditions Héliotrope
160 pages
Résumé:
De roulottes à patates en cantines, la poutine en a fait du chemin depuis son apparition dans le Québec rural des années 1950. Plus d'une fois qualifiée d'inexportable et suscitant souvent le dédain chez les plus raffinés, la poutine aurait pu rester une simple curiosité culinaire québécoise. Son originalité, son pouvoir d'attraction et son goût inégalable en ont décidé autrement. Aujourd'hui, alors que plusieurs grands chefs d'ici s'amusent à la réinterpréter, que des chansons lui rendent hommage, qu'à la grandeur du territoire les sortes de poutine se multiplient au gré de l'imagination débridée des restaurateurs, la voilà qui amorce une carrière internationale. Maudite poutine ! raconte l'histoire sans pareille de ce plat pittoresque.
Mon commentaire:
La poutine est une curiosité culinaire québécoise qui suscite à la fois la fierté et la honte. C'est un plat un peu "primitif", de fast-food, qui suscite parfois le dédain des gastronomes ou des touristes. La poutine est un plat qui a fait couler beaucoup d'encre, une étrange invention, mais connue de tous et appréciée par la majorité des gens d'ici. À peu près tous les restaurants de fast-food y compris les grandes chaînes nationales comme Mc Donald's offrent de la poutine sur leurs menus. Certaines salles à manger aussi. Chez moi, on en fait aussi à la maison de temps à autre. Le mélange fromage en grains / sauce brune / patates frites peut sembler étrange aux yeux des visiteurs ou des étrangers, alors que pour nous, ce plat fait tout simplement parti du paysage culinaire depuis bien longtemps.
Le livre très sympatique de Charles-Alexandre Théorêt a comme sous-titre "L'histoire approximative d'un plat populaire". Parce que l'histoire de ce plat n'est pas une science exacte. Plusieurs régions se battent depuis des années pour en obtenir la paternité. Qui a été le premier à l'offrir sur son menu? Qui l'a commercialisé? Drummondville et Warwick sont les deux plus féroces compétiteurs pour obtenir le titre de l'inventeur de la poutine (un restaurant de Drummondville a toutefois fait enregistrer ce nom pour lui!)
Le livre est intéressant puisqu'il nous parle de cette histoire s'étendant sur plusieurs régions. Il nous parle aussi du rapport de la poutine à l'étranger, de ceux qui ont eu l'idée de l'exporter (on retrouve aujourd'hui de la poutine aussi loin qu'à Séoul) et de ceux qui lui ont rendu hommage dans la littérature ou les chansons, comme le groupe Mes Aïeux ou alors dans l'album de Lucky Luke, La Belle Province. Succès, échecs, essais, notes, Maudite poutine! nous parle de ce plat tel qu'il est dans notre culture populaire. Il offre aussi des recettes et certains endroits où en déguster. Le livre est aussi l'occasion d'aborder l'identité culturelle et l'identité québécoise par rapport aux autres. Cet aspect est très intéressant. On parle de ceux qui aiment la poutine et de leurs détracteurs. Certains voient aussi dans ce plat populaire un met qui peut nous faire mal paraître, donner l'illusion que nous sommes inférieurs culinairement parlant. Cette comparaison touche à l'essai sociologique. Il y aurait beaucoup à creuser de ce côté là...
Je trouve intéressant pour un peuple, peu importe lequel, d'avoir des plats, des idées, des choses originales qui font parties de son patrimoine. Car que nous soyons amateurs de poutine ou que nous levons le nez sur ce plat populaire, il ne laisse pas indifférent et fera parti, à en voir la popularité toujours grandissante, de notre menu pour encore bien longtemps.
Maudite poutine! est un livre innovateur, amusant et très intéressant à lire. Il mélange l'histoire, la cuisine et la culture populaire, dans un ouvrage coloré et rempli de photos. Il a été bien apprécié à la maison!
04 novembre 2009
Les champignons
Beatrix Potter
Bibliothèque de l'Image
128 pages
Résumé:
"De toutes les choses impossibles à dessiner, je crois bien que la pire est un bon gros champignon." -Beatrix Potter
Mon commentaire:
Je m'intéresse plus ou moins à la mycologie. J'aime les champignons, mais pas au point d'aller en cueillir moi-même. Cependant, si je me suis intéressé à l'ouvrage de Beatrix Potter c'est essentiellement d'un point de vu littéraire et artistique.
Avant de créer Pierre Lapin et tous les autres petits personnages de ses livres pour enfants, Beatrix Potter a d'abord été une naturaliste talentueuse. N'ayant reçu que peu d'éducation, elle s'est intéressée d'elle-même à la nature, la botanique, les animaux, l'archéologie. Ses travaux d'études sur les champignons étaient très avancés pour l'époque. La mycologie est essentiellement amateure à ce moment-là et l'étude, réservée aux hommes. Beatrix, à force de travail, d'esquisse, d'observation, découvre de nouvelles espèces alors inconnues. Elle travaille aussi ses dessins en y ajoutant le type de sol dans lesquels poussent les champignons, ce qui ne se faisait pas vraiment. Beatrix Potter s'intéresse à la germination des spores et sera la première en Grande-Bretagne à en faire germer.
Son oncle la présente au directeur des Jardins bontaniques de Kew. Elle y est reçue froidement. Ses travaux seront dénigrés. Elle est une femme, amateure de surcroît. Cet état lui ferme des portes. Elle ne peut même pas assister à la lecture de ses travaux en public. Elle ne peut pas les présenter elle-même et reste cantonnée à dessiner pour son plaisir. C'est cette frustration de sa condition qui l'amène à créer les livres pour enfant... et à devenir celle que l'on connaît aujourd'hui. Ses albums ont connus et connaissent encore aujourd'hui, un immense succès.
Beatrix Potter en est donc venue aux livres pour enfants en passant pas les champignons. Son livre illustré est d'ailleurs magnifiquement conçu. Chaque espèce est peinte et dessinée avec ses dimensions réelles et son apparence est celle d'un vrai champignon. Pas celle d'un dessin tout plat. Elle offre aussi des coupes de certains types de champignons et les dessine dans leurs sols respectifs. L'album en est véritablement un d'images. Le texte qui accompagne chaque planche est de M. Cailleux, maître de conférences au Musée d'histoire naturelle et de Madame Roquebert, professeur au même musée. Une petite introduction présentant Beatrix Potter et ses travaux complète le volume.
L'intérêt d'un tel volume aujourd'hui est essentiellement pour les amateurs de mycologie, d'art ou alors, ceux qui s'intéressent de près à Beatrix Potter, à ce qu'elle a été comme femme, comme artiste, mais aussi comme naturaliste, même si elle ne fut pas reconnue de son vivant. Aujourd'hui, certains de ses travaux sont toujours étudiés avec intérêt. En y réfléchissant bien, c'est assez paradoxal de penser qu'à l'époque de Beatrix Potter, ce livre qui est un vrai travail de naturaliste, fut boudé par les spécialistes comme étant du travail d'amateur, essentiellement parce que Beatrix était une femme. Je me demande ce qu'elle penserait de savoir que ses travaux, des années plus tard, se retrouvent même sur les tablettes de ma petite bibliothèque de village, au Québec...
26 octobre 2009
Ne le dites pas aux grands
Alison Lurie
Rivages
253 pages
Résumé:
Winnie l'Ourson n'est pas un ouvrage habituellement considéré comme subversif, pas plus que Les Aventures de Tom Sawyer, Alice au pays des merveilles ou Peter Pan. Néanmoins, si de tels classiques apparemment anodins connaissent un succès durable, c'est en partie parce qu'ils font la satire de la société adulte et de ses conventions. Si les enfants forment une tribu à part, possédant une culture propre, ces ouvrages en sont les textes sacrés. Avec les contes de fées, les comptines et les histoires drôles, ils constituent la littérature clandestine de l'enfance.
Mon commentaire:
Cet essai passionnant s'attarde essentiellement à la littérature enfantine anglo-saxonne, couvrant une large période, mais s'attardant sur la littérature victorienne. Les analyses y sont donc toujours en lien avec cette époque et avec les moeurs couramment acceptés, même si les oeuvres présentées vont aussi au-delà de cette période, jusqu'en 1975. Le livre nous parle d'auteurs différents, en accompagnant chaque chapitre d'une petite biographie ponctuée d'extraits d'oeuvre ou de notes. Certains auteurs ont aujourd'hui sombré dans l'oubli. Leurs oeuvres n'ont pas traversé le temps. Elles étaient soit beaucoup trop moralisatrices, de piètre qualité, ou alors essentiellement alimentaires. D'autres auteurs ont réussis à sortir de l'anonymat tout en voyant leurs oeuvres presque dénaturées au fil des années. C'est le cas de Winnie l'ourson de A.A. Milne (dont peu de gens se souviennent de l'apparence originale de l'ours - qui était une ourse - et la véritable histoire de sa création - la vraie Winnie, appelée en fait Winnipeg, est d'origine canadienne). C'est aussi le cas de Peter Pan et d'Alice aux pays des merveilles, dont on a adapté l'oeuvre initiale au temps et aux valeurs d'aujourd'hui, tout en édulcorant le personnage. Il y a aussi des auteurs, en avance sur leur temps, qui sont encore lus aujourd'hui: Beatrix Potter et son Pierre Lapin, Frances Hodgon Burnett et sa Petite princesse ou son Jardin Secret.
En lisant cet essai on constate que la littérature enfantine se classe en quelque sorte en deux types: la littérature enfantine trop parfaite et ennuyante, qui met en scène des petits enfants modèles, des adultes autoritaires et une morale se voulant édifiante. La majorité des autres oeuvres qui n'entrent pas dans cette catégorie se retrouvent dans la littérature subversive. Une littérature où les enfants se salissent, transgressent les lois établies, s'amusent beaucoup, vivent des aventures et remettent en question l'ordre établi par les adultes. Plusieurs de ces livres ont reçu un accueil assez froid à leur parution. Bousculer les valeurs et l'éducation est loin d'être socialement acceptable. Edith Nesbit, avec la parution d'une série de livres subversifs pour enfants, en est un bon excemple. Elle met en scène les deux extrêmes du livre pour enfants dans une scène qui paraît tout à fait inoffensive aujourd'hui, mais qui avait de quoi choquer les esprits d'adultes bien pensants de l'époque:
"[Mathilda qui refuse de visiter sa tante, explique pourquoi] On la questionnerait sur son travail scolaire, sur ses notes, on lui demanderait si elle a été sage. Je ne m'explique pas pourquoi les grandes personnes ne voient pas le côté impertinent de ces questions. Supposez que vous répondiez: Je suis la meilleure de ma classe, tata, merci. Et maintenant, parlons un peu de toi. Ma chère tante, combien d'argent possèdes-tu, as-tu encore sermonné tes domestiques, où t'es-tu efforcée d'être gentille et patiente comme il convient de la part d'une tante bien élevée, dis-moi un peu ma chère?" p.122
Les livres pour enfants véhiculent souvent des propos qui ne sont pas clairement acceptés dans la société. C'est étrange que des livres pour enfants, se permettent de la fantaisie et des éclats, alors que ces deux excès ne sont pas couramment admis dans l'univers des adultes. Heureusement qu'il en est ainsi! C'est aussi ce qui fait souvent le succès commercial d'un livre ou qui, au contraire, attire les foudres. Plusieurs auteurs utilisent la théosophie, la psychologie et l'écologie dans leurs livres. Certains sont aussi en avancent sur leurs époques et font office de devins, en prédisant par exemple, ce que deviendra le monde, ou en créant un univers qui n'est pas encore d'actualité aujourd'hui.
Au XVIIIe et au XIXe siècle, plusieurs sommités du monde de l'enfance et de l'éducation voient dans les contes de fées et les livres pour enfants l'enseignement de la violence et de l'immoralité. Le désir de s'élever au-dessus de sa condition (les petits enfants pauvres deviennent riches, les jeunes filles sans le sou épousent des Princes avec de grandes fortunes, etc) n'est pas bien vu. Les contes de fées ont souvent une avance du point de vue social sur le reste du monde. Ce qui n'est pas acceptable dans la vie réelle, du moins selon les moeurs de l'époque (une femme qui travaille, qui a de l'ambition ou qui fait de l'exercice physique n'est pas bien vue) est tout à fait présent dans les livres dits "subversifs" pour la jeunesse.
L'essai aborde aussi le goût du fantastique chez les adolescents et la présence de lectures classiques comme ceux de Tolkien ou de Stevenson. Winnie l'ourson, par exemple, est populaire aujourd'hui même chez les adultes, qui même s'ils n'ont pas lu les livres originaux, connaissent le personnage et portent souvent toutes sortes d'objets à son effigie.
La majorité des textes qui composent cet essai sont captivants, que l'auteur nous parle d'auteurs toujours bien connus aujourd'hui ou non. Les petites biographies des auteurs sont remplies d'anecdotes intéressantes. Kate Greenaway par exemple, a entretenu une relation très étrange avec John Ruskin. Ce qui la motivait à dessiner des fillettes bien belles et bien sages est assez étonnant.
Beaucoup d'oeuvres sont analysées selon les motivations ou la vie de leur auteur. Plusieurs d'entre eux ont vécu des enfances malheureuses, difficiles ou ont subies des pertes pénibles. Leurs vies ne sont pas toujours un chemin de croix, mais elles sont suffisamment remplies d'événements malheureux pour forcer l'imagination des auteurs et le goût de prolonger l'enfance encore un peu. Certains comme James M. Barrie et Ford Madox Ford perdent en quelque sorte leurs illusions lorsque le public à qui s'adressent en premier lieu leurs livres - souvent leurs enfants ou les enfants dont ils s'occupent - grandissent et délaissent les univers qui ont été créés pour eux.
Ne le dites pas aux grands est un intéressant essai, très abordable, sur la littérature enfantine, essentiellement anglo-saxonne. Le livre parle d'auteurs variés, de toutes les époques, mais se concentre sur l'époque victorienne, où beaucoup de choses ont changées. La seule chose qui m'attriste, c'est que certains auteurs ne sont pas traduits en français alors que d'autres, ne sont connus aujourd'hui qu'à cause des adaptations édulcorées qui ont popularisé les personnages. Les livres originaux (les Winnie l'ourson par exemple, ceux de A.A. Milne et non pas ceux de Disney) sont difficiles à trouver.
Ne le dites pas aux grands est bien écrit, facile à lire. La construction par chapitres traitant d'auteurs différents et de genre m'a beaucoup plu. Une très belle découverte, qui me conforte dans mon goût pour la littérature jeunesse et mon plaisir d'en lire régulièrement.
Un extrait:
"Les livres d'enfants sont depuis longtemps la brebis galeuse de la littérature dite sérieuse; tout comme les romans policiers et les westerns, c'est essentiellement l'affaire de spécialistes, de folkloristes ou de sentimentaux souffrant de la nostalgie du passé. Dans les bibliothèques, ces ouvrages sont rassemblés dans une pièce séparée ou mis en quarantaine sur des rayons portant la rubrique: Divers." p.205
"Trop souvent, en laissant derrière nous la culture tribale de l'enfance, avec ses récits et ses poèmes volontiers subversifs, nous perdons tout à fait ces joies instinctives: l'imagination créatrice, l'émotion spontanée, la libre expression et le pouvoir de percevoir notre monde comme un monde merveilleux." p.231
12 octobre 2009
Le violon: à la découverte d'un instrument
Barrie Carson Turner
Éditions Gautier-Languereau
48 pages
Résumé:
Un livre passionnant pour ceux que le violon fascine, mais aussi une véritable source d'information pour tous les jeunes musiciens, débutants ou initiés.
Mon commentaire:
Ce livre, classé jeunesse mais s'adressant plutôt à tous, est un magnifique ouvrage carré, coloré, accompagné d'un cd de musique. Il nous offre tout d'abord un aperçu de l'instrument en abordant la famille des violons et des instruments à cordes, les ensembles instrumentaux, la fabrication d'un violon, l'histoire de l'instrument en passant des luthiers aux interprètes.
La seconde partie du livre peut être accompagnée par le cd, qui contient douze pièces. Chacune d'entre elles est liée à son compositeur. Le livre nous offre donc une capsule "sur le cd" par compositeur, avec des informations sur la pièce que nous allons entendre. Une courte biographie du compositeur, des reproductions d'oeuvres, de partitions et de portraits complètent chaque page. Nous suivons donc le parcours de Vivaldi, Bach, Tartini, Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Saint-Saëns, Tchaïkovski et Dvořák. À la toute fin, nous avons droit à un tour d'horizon des plus grands interprètes d'hier et d'aujourd'hui.
C'est un volume très intéressant pour quiconque souhaite s'initier au violon, en apprendre plus sur cet instrument et s'offrir également la musique. Le cd est de qualité et le choix des pièces, plutôt judicieux. J'aurais aimé retrouver plus de violonistes connus dans la section des interprètes (comme Angèle Dubeau par exemple), mais le livre se contente de survoler les biographies. C'est toutefois un très bel ouvrage, agréable à feuilleter pour s'initier. Il s'adresse aux jeunes et aux adultes.
09 octobre 2009
Le sport vu par Schouster
Hélène Vachon
Série Les carnets de Schouster -3
Foulire
92 pages
Résumé:
Que dois-je privilégier, le corps ou l’esprit?... Pourquoi pratiquer un sport?... Quel sport pratiquer?... Quel genre de sportif suis-je?... Autant de questions existentielles épineuses auxquelles Schouster répond sans ambages, y prenant même un certain malin plaisir.
Mon commentaire:
Après le carnet 1 que j'avais beaucoup aimé et le carnet 2, quelque peu dans la même veine, voici le troisième carnet de Schouster, cet hybride philosophe, qui écrit des carnets humoristiques sur les choses essentielles de la vie. Dans ce nouveau carnet, Schouster nous parle du sport. L'auteur tente de répondre à différentes questions autour du sport: la différence entre le corps et l'esprit, quel sport choisir?, pourquoi faire du sport?, quel sportif est-on?
Ce carnet (qui comme les deux autres en a aussi le format) est dans le même style que les précédents. C'est un essai en quelque sorte sur le monde du sport, surtout en lien avec le corps humain et l'esprit sportif, en philosophie et en humour. J'aime beaucoup, comme d'habitude! L'auteur a un humour particulier, qui me plaît. Il est aussi intéressant de lire les livres dans l'ordre, puisque certaines blagues reviennent d'un carnet à l'autre. Vivement le prochain!
Un extrait:
"L'aspirant sportif est doué d'un sens inné du sacrifice. C'est un obsessif en quête d'absolu, manie qui se traduit par une profonde aversion pour le vide. Chaque minute non consacrée à l'exercice est une minute perdue. En hiver, l'aspirant fait du ski, du patin, de la raquette, de la motoneige, de la planche à neige; en été, il fait du ski nautique, du patin à roues alignées, du vélo, de la moto, de la course à pied, de la natation, de la plongée sous-marine... En automne, il attend l'hiver, aiguise ses skis, cire ses patins, lubrifie ses raquettes et farte sa motoneige; au printemps, il attend l'été, nettoie sa piscine, dort dans sa piscine, fait du vélo dans sa piscine, s'achète de nouvelles palmes et débouche son tuba." p.47
31 août 2009
Comment créer des liens entre humains sans s'entretuer
Hélène Vachon
Les carnets de Schouster - 3
Foulire
90 pages
Résumé:
S'inspirant du monde animal, supposément plus doué que l'Homme pour la paix, ce guide humoristique propose diverses tactiques pour faciliter la cohabitation pacifique: courtoisie, indifférence, mimétisme, caouflage, fuite... sans oublier le sourire!
Mon commentaire:
Le premier livre de cette série des Carnets de Schouster, pouvait s'adresser aux jeunes lecteurs comme aux adultes. Celui-ci s'adresse beaucoup plus aux adultes et n'intéressera pas vraiment les enfants. Le langage est moins accessible aussi pour eux. Ce petit guide, toujours écrit par Schouster, nous explique comment entretenir des liens avec les autres, en se basant sur le règne animal et la façon dont les différentes espèces cohabitent. Le petit livre, quoique moins drôle que Les saisons vues par Schouster, est quand même humoristique et compare l'homme à l'animal. Il faut savoir rire de soi et aimer le type d'humour de l'auteur, qui moi me convient parfaitement.
Le guide s'inspire de la vie de tous les jours, versus le monde animal, pour nous donner des conseils en toute situation afin de fraterniser avec nos semblables et créer de l'harmonie autour de nous. Naturellement, les conseils sont à prendre au second degré, ils sont parfois loufoques.
Ce carnet est assez intéressant, peut-être moins réussit que le premier, Les saisons, mais amusant tout de même. La conclusion de ce guide est habilement écrite et reprend plusieurs choses du guide qui font sourire. Il me reste à mettre la main sur le deuxième carnet de la série, que j'espère lire bientôt.
Quelques extraits:
"Côté adaptation au milieu ambiant, aucun être humain n'arrive à la cheville du ver de terre. Connaissez-vous une seule personne capable, comme lui, de vivre à 250 dans un mètre carré de terre sans s'énerver?" p.23
"[L'homme] est la seule créature terrestre à vouloir être heureux sans savoir comment faire." p.47
28 août 2009
Les saisons vues par Schouster
Hélène Vachon
Les carnets de Schouster - 1
Foulire
80 pages
Résumé:
Qu'est-ce qu'une saison? Qu'est-ce qu'un hiver? Un printemps?
Si vous croyez que l'hiver, c'est de la neige qui tombe et l'été, du vert dans les arbres, si vous pensez que les saisons ne sont que de plates variations de climat, si vous affirmez naïvement que passer de - 30 degrés Celsius à + 30 degrés Celsius ne rend pas fou, compulsif, maniaque ou hyperactif... ce livre est pour vous.
Mon commentaire:
Les éditions Foulire sont les seules éditions au Québec à offrir un catalogue qui mise essentiellement sur l'humour. Leurs livres s'adressent aux jeunes, mais aussi aux moins jeunes et aux parents. Tous leurs livres sont drôles, amusants, loufoques, à lire en famille, à se prêter et à partager. Le personnage de Schouster, créé par Hélène Vachon, ne fait pas exception.
Schouster est un hybride, une créature à mi-chemin entre le chien et la fouine. Il nous ouvre ses carnets pour nous offrir un livre inclassable. Un essai? Un documentaire? Un roman? Un petit guide philosophique? Schouster c'est un peu tout cela à la fois et bien plus. Schouster nous offre un tour des saisons en sa compagnie. Il faut dire que ce petit livre est tout trouvé, la température étant le sujet de conversation numéro un des québécois. Le temps est aussi au coeur de nos vies et Schouster s'en moque aussi un peu.
Il nous fait rire en reprenant d'une page à l'autre, certains gags, comme celui de la tuque à pompon de la tante chevaline (!) et des moyens, au printemps par exemple, pendant la crue des eaux, pour s'en débarrasser (de la tuque, naturellement, pas de la tante!). C'est aussi un petit guide presque philosophique et rempli d'humour sur la façon qu'ont les gens de percevoir les saisons, d'en profiter (ou non), de les aimer ou de les détester. C'est très drôle, amusant et ça se lit avec grand plaisir, avec un sourire. Je vous suggère fortement cette lecture! Le texte est de qualité, le propos intelligent. À conseiller de 10 à 101 ans, tel que prescrit en quatrième de converture!
Il existe d'autres Carnets de Schouster dans la même collection, que je compte bien découvrir!
À noter que ce livre a été finaliste au Prix littéraire du Gouverneur général en 2007 et finaliste pour le Prix des abonnés des bibliothèques de Québec pour la même année.
Quelques extraits:
"Les saisons sont des phénomènes hybrides. En principe, ce sont des périodes de l'année caractérisées par un certain climat et une certaine couleur: l'hiver est blanc, l'été est vert, l'automne est rouge et jaune, et le printemps... on ne sait pas. [...] Les saisons ont en principe une durée égale: trois mois chacune. Voilà pour la règle. Mais comme toutes les règles, il y a des exceptions: l'hiver dure six mois, l'été, deux semaines, l'automne, plus ou moins trois mois et le printemps... bon." p.9
"La campagne aime plus l'hiver que la ville. Elle le laisse s'installer chez elle en paix. La ville, elle, le pourchasse avec d'énormes souffleuses qui sillonnent les rues pour en déloger le moindre brin de neige. Mais l'hiver s'en fiche, il revient tout le temps." p.25
"[Le printemps] c'est un entre-deux, une saison indécise qui, à force d'hésiter, passe à peu près inaperçue." p.28
02 mars 2009
De la maladie
Virginia Woolf
Rivages poche
64 pages
Résumé:
Dans ce court texte écrit en 1926 pour la revue de T. S. Eliot, Virginia Woolf s’interroge sur cette expérience particulière dont personne ne parle, dont le langage peine à rendre compte mais que tout le monde connaît : la maladie. Lorsqu’on tombe malade, constate-t-elle, la vie normale interrompt son cours réglé pour laisser place à un état de contemplation où le corps reprend ses droits et où l’univers apparaît soudain dans son indifférence totale à la vie humaine.
Mon commentaire:
Un tout petit livre, qui n'est ni un roman, ni un essai, mais plutôt une commande parue dans le journal d'un ami de Virginia Woolf. Elle y parle de la relation de l'homme à la maladie, mais principalement de la présence de l'état d'être malade dans la littérature. C'est aussi un petit livre sur la contemplation qu'offre le corps du malade lorsqu'il est en repos forcé, cloué au lit par la maladie. Un livre qui plaira essentiellement à ceux qui connaissent déjà l'univers de Woolf.
Quelques citations
"Lorsque nous y réfléchissons, comme les circonstances nous y forcent bien souvent, il nous semble soudain pour le moins étonnant que la maladie ne figure pas à côté de l’amour, de la lutte et de la jalousie, parmi les thèmes majeurs de la littérature."
"Il est admirable de relever que les poètes tirent la religion de la nature, que les gens vivent à la campagne pour que les plantes leur enseignent la vertu." p.41
"Lorsque nous sommes malades, les mots semblent doués d'une qualité mystique." p.49
"La maladie, en nous privant de nos moyens, nous pousse à saisir l'essentiel." p.12
21 décembre 2008
Le temps des Fêtes au Québec
Raymond Montpetit
Éditions de l'Homme
285 pages
Résumé:
Depuis plus de quatre siècles, on entend le long des rives du Saint-Laurent retentir chaque hiver les voeux de "Joyeux Noël" et de "Bonne et jeureuse Année!" Si, au début de la colonie, ils n'étaient prononcés que par une poignée d'explorateurs, ces voeux s'échangent maintenant entre des millions de personnes, parents ou amis. Peu d'historiens se sont penchés sur l'étude du Temps des Fêtes au Québec. Pourtant, cet événement définit un style de vie et une culture particulière. À l'aide de textes et de documents iconographiques d'époque, du début de la colonie au 19e siècle, Le temps des Fêtes au Québec trace un portrait de ce que sont les Québécois quand il s'agit de fêter, ce que d'évidence, ils savent faire.
Mon commentaire:
Il existe quantité de livres sur la fête de Noël. Celui-ci, même s'il date de 1978, est particulièrement intéressant car il traite des premières traces de Noël en Nouvelle-France, jusqu'à leur évolution selon différents phénomènes: guerres, conquête, industrialisation, urbanisation, religion, etc. Les premières traces de la fête de Noël au Canada remontent à l'arrivée de Jacques Cartier en 1534. Les journaux et notes de l'époque parlent peu de festivités. Le scorbut faisant des ravages parmi les équipages, moins du quart des premiers explorateurs survivent aux hivers canadiens. Les hivers sont donc sombres et il n'y a pas de place pour la fête. En 1606, l'expédition de Pierre Chauvin fait état de bonne chère et d'abondance de viande. L'hiver et la période des Fêtes est donc marquée par du bon temps, principalement à cause des victuailles disponibles. Cependant, les descriptions de festivités sont très rares et on doit attendre 1624 pour en trouver quelques traces, principalement dû au fait du cercle social des premiers arrivants qui s'agrandit: Samuel de Champlain restait à Québec avec sa jeune épouse et leur entourage se voit augmenté de quelques nouvelles familles. On sait, par exemple, que le groupe fêta les Rois en 1624.
Le volume est rempli d'anecdotes intéressantes. Par exemple, la coutume voulait qu'au Nouvel An, les hommes visitent les voisins et la parenté. Ils prenaient alors un petit verre, une collation et offraient leurs bons voeux. Ils se devaient d'embrasser la femme de la maison... à chaque visite. Celle-ci préparait à manger et à boire pour les visiteurs.
Pour Noël, La revue Populaire de décembre 1925 présentait un menu typique du temps des Fêtes: des cretons, un ragoût de boulettes de porc frais, des tourtières, des patés de porc frais, du boudin, des beignes et des biscuits à la mélasse! Avec le temps et l'industrialisation, les repas sont modifiés. De nombreuses publicités de Coca-Cola ou de soupe en boîte Campbell's vantent les mérites de la famille et du temps sauvé dans la cuisine pour toute ménagère qui se respecte (et donc, plus de temps à passer dans les magasins!). Certaines offres ou slogans font vraiment sourire aujourd'hui.
La tradition de décorer un arbre de Noël nous viendrait d'Allemagne et prend sa source en Alsace. Le premier arbre de Noël décoré au Québec aurait été celui d'une maison de Sorel, en 1781, par un général Allemand. Alors qu'au Jour de l'An, la tradition, qui a longtemps perdurée, était celle, sacrée, de la bénédiction paternelle. À l'époque, le Temps des Fêtes au Québec est ponctué de trois périodes de réjouissances: Noël, qui est principalement un jour religieux où l'on va à l'église et où nous prions; le Nouvel An qui est l'occasion d'échanger des voeux, de faire des visites et, pour les enfants, de recevoir des cadeaux dans un bas; et finallement les Rois, ponctué de réjouissances, de repas festifs et de gâteau des Rois.
Sous l'influence anglaise ainsi qu'à cause de l'urbanisation qui modifie les coutumes, les réjouissances du Nouvel An se retrouvent peu à peu à être célébrées le jour de Noël. Les présents sont offerts à Noël et la fête devient moins religieuse. De nombreux articles de prêtres et de curés dans les journaux invitent à la prudence et au retour à une meilleure conduite. Les danses, bals, boisson, soirées festives où l'on se couche tard, sont vus d'un mauvais oeil. Le Nouvel An devient celui des visites familiales et la fête des Rois tombe peu à peu dans l'oubli, probablement parce que cette fête prolongeait d'une autre semaine le temps des Fêtes, ce que ne peuvent plus se permettrent les gens de la ville qui travaillent à l'usine. On commence alors à idéaliser le temps des Fêtes campagnard, celui de notre enfance... Mais le temps et l'industrialisation ont raison des traditions. Ces modifications apportées aux Fêtes ont encore cours aujourd'hui: Noël est une fête sociale, sous le signe des grands repas et des cadeaux; le Nouvel An devient une fête pour s'amuser et les Rois ne sont pratiquement plus fêtés au Québec.
Rempli de gravures, d'extraits de journaux, de contes, d'articles, de citations, Le temps des Fêtes au Québec est un livre très intéressant qui nous plonge au coeur des Fêtes passées, afin de mieux comprendre les Fêtes présentes.
Quelques extraits:
"La fête est un temps fort de la culture: longtemps à l'avance prévue et préméditée, elle est aussi longtemps après, remémorée et racontée. Quand elle se produit, passé, présent et avenir sont en elle autrement articulés qu'à l'ordinaire, ce qui fait de la fête un moment qui se sait et se veut exceptionnel." p.13
"Il y a fort à parier que pour tous, les Noëls de notre enfance resteront toujours des souvenirs à l'égard desquels les Noëls d'aujourd'hui ne font que pâle figure et faible résonnance..." p.275
22 novembre 2008
100 romans de première urgence pour (presque) tout soigner
Stéphanie Janicot
Albin Michel
126 pages
Résumé:
Cet ouvrage est indiqué chez l'adolescent et l'adulte dans divers traitements liés au sens à donner à sa vie, pour certains handicaps et traumatismes et toutes pathologies d'ordre amoureux. Si vous êtes : Harcelés par votre patron ; Amoureux de quelqu'un qui s'en fiche ; Malmenés par la vie ; Atteints d'un handicap ; Ou d'une maladie grave ; Incapables de vous lever le matin ; Dépassés par vos enfants ; Ecrasés par vos parents ; Accros à la cigarette ; Désespérément seuls ; Poursuivis par la scoumoune ; Jaloux, frigides, impuissants, moches, ou déprimés, etc. Il y a toujours un roman pour vous soulager.
Mon commentaire:
Lire guérit!. Voilà la phrase clé de ce guide, qui apparaît également en quatrième de couverture. Naturellement, je ne peux qu'être d'accord! Comme lectrice, j'aime qu'un autre lecteur me parle de livres. Et Stéphanie Janicot le fait de façon si originale! En partant de maux généraux et de différents symptômes (une enfance difficile, un handicap, l'abandon d'un enfant, des relations familiales difficiles, des problèmes de couple, de travail, dépression, ennui, hypocondrie, boulimie, maladie, dépendance et même le pire de tout: ne pas aimer lire!) l'auteur nous suggère différents romans. Souvent des classiques, lorsque c'est possible, parfois de la littérature contemporaine, tout en échappant aux best-sellers et à tout ce qui est trop connu. On a donc l'occasion de lire ou relire des classiques ou alors, de découvrir des romans qui se sont perdus dans la masse des publications ou dont on n'a jamais entendu parler. Stéphanie Janicot ne prétend pas guérir les maux ou enlever tout mal de vivre. Elle le dit elle-même, certains problèmes doivent être traités par un médecin. Mais si elle peut éviter à certains lecteurs une séance chez un psychologue, alors que la littérature regorge de cas d'exemples et de matière à réflexion sur la vie et l'humanité, pourquoi ne pas tenter le moins onéreux des deux?
Nous voilà donc à lire une prescription de 100 romans. Ils sont, souvent, là pour nous démontrer des cas de figure ou des moyens de comparer la vie de personnages, à notre propre vie. L'on constate alors que la nôtre est beaucoup moins dramatique que celle de nombreux personnages, surtout lorsqu'on lit des classiques! L'auteur offre le symptômes, parfois le diagnostic, les remèdes et quelques fois, des contre-indications. Toujours avec un peu d'humour. Elle nous parle de ces livres qu'elle a lu, tout en simplicité, assortis d'un résumé de l'histoire, de commentaires sur les personnages, en rapport avec le symptômes et finallement, de petits conseils bien littéraires. Si ce livre-ci ne fonctionne pas, il y a toujours celui-ci et celui-là. De quoi alimenter bien des heures de belles lectures (et oublier pendant quelques temps, les maux qui nous tourmentent). Et puis, comment ne pas apprécier une lectrice qui prescrit Jane Austen ou Tolstoï pour toutes sortes de tourments? Un livre a déguster tranquillement, parfait pour offrir (ou s'offrir)!
D'ailleurs, ce n'est pas le médecin du roman Le treizième conte qui prescrivit à sa patiente une dose de Sherlock Holmes tous les jours jusqu'à guérison? :)
Un extrait:
"Ce que nous apprennent ces livres, c'est justement que cette complétude n'existe pas. Une vie n'est qu'une vie, parmi d'autres qui auraient pu être. Il est impossible de décider à l'avance de ce qui a du prix: est-ce la liberté? est-ce l'attachement? Trouver son propre équilibre est l'oeuvre de toute une existence. On ne peut qu'écouter (ou lire) les expériences des autres, non pour les copier, mais pour réfléchir sur la sienne et, éventuellement, rectifier le tir." p.128






