La bibliothèque d'Allie

Bienvenue dans ma bibliothèque! Auteurs, chroniques, littérature, extraits, dossiers, liens, etc. De tout pour vous donner le goût de lire!

19 novembre 2009

La vallée de la peur

valleepeurArthur Conan Doyle
Le livre de poche
256 pages

Résumé:

Sherlock Holmes vient à peine de déchiffrer un message codé le prévenant qu’un certain Douglas, de Birlstone Manor House, est en danger, qu’il apprend par l’inspecteur MacDonald de Scotland Yard que Douglas vient d’être sauvagement assassiné. Grâce au signataire du message, Sherlock Holmes sait que, derrière cette affaire, se trouve son ennemi juré : le professeur Moriarty, criminel génial et machiavélique. Accompagné de son fidèle Watson, Holmes se précipite à Birlstone...

Mon commentaire:

La vallée de la peur est un roman très intéressant. Il met en place les personnages, puis la demande d'aide de la police pour résoudre une affaire très étrange qui a eu lieu à Birlstone, dans un manoir entouré d'une douve. Sherlock Holmes et le Docteur Watson s'y rendent pour enquêter. La première partie nous raconte les recherches et les interrogatoires. Alors qu'on se rapproche du dénouement, cette partie prend fin et nous amène à la Vallée de la peur, aux États-Unis. C'est là que nous faisons connaissance avec Les Éclaireurs et principalement McMurdo, un jeune homme en provenance de Chicago, arrivé à Vermissa pour trouver du travail. Il est membre de l'Ordre ancien des Hommes libres, un regroupement d'hommes pour l'entraide, qui a plusieurs ramifications à travers les États-Unis. Il devra alors s'enregistrer à la loge de Vermissa. Nous sommes alors à deux pas de vivre avec lui ce qu'est La vallée de la peur...

Cette partie, qui constitue la plupart du roman, est très intéressante. Elle nous amène aux États-Unis, en 1875, à une époque où certaines régions éloignées offraient des rumeurs de travail et de conditions avantageuses pour les hommes prêts à travailler. La police avait du mal à assurer un certain contrôle et c'est ce portrait assez peu flatteur de certaines de ces régions que nous trace Arthur Conan Doyle. Si l'histoire sociale vous intéresse, on en retrouve beaucoup dans ce roman, même si c'est l'intrigue qui est à l'avant-plan. Beaucoup se sont rendus dans ces régions reculées en ayant l'espoir au coeur et ont rapidement déchanté. Le cadre de la Vallée de la peur nous amène à cette époque de l'histoire tout en nous offrant une intrigue captivante et un dénouement pour le moins inattendu. Le travail des Éclaireurs est terrible et les personnages vivent pour la plupart dans la peur. La Vallée porte particulièrement bien son nom...

Le cadre de ce roman est tout à fait dépaysant. Il me semble très différent des autres livres d'Arthur Conan Doyle mettant en scène Sherlock Holmes. On voit assez peu le détective lorsqu'on y réfléchit, l'essentiel de l'histoire nous est rapporté par écrit et met en scène d'autres personnages, dans un pays totalement différent de l'Angleterre. On retrouve Sherlock Holmes à la fin pour une rapide conclusion. L'intrigue est cependant, comme toujours, très recherchée et particulièrement bien rendue. La forme que prend le roman, en débutant par l'enquête et en offrant l'histoire du passé d'un personnage, nous permet en quelque sorte de lire une histoire dans l'histoire. C'est à la fin de cette partie que tous les morceaux du casse-tête se mettent en place... Un très bon roman!

Quelques extraits:

"Je m'intéresse à une affaire pour aider les fins de la justice et le travail de la police. Si je me tiens à l'écart de la police officielle, c'est d'abord parce qu'elle me tient à l'écart. Je n'ai nul désir de marquer des points à ses dépens. Cela dit [...] je revendique le droit de travailler selon mes méthodes personnelles et de vous communiquer en mon temps mes résultats... une fois complets, plutôt que par étapes."

"Je ne suis pas un admirateur forcené du sexe faible, comme vous le savez Watson, mais si j'en juge par mon expérience de la vie, peu de femmes éprouvant le moindre sentiment à l'égard de leur mari auraient accepté qu'une simple parole les éloignât du cadavre dudit mari. Si je me marie un jour, Watson, j'espère inspirer à ma femme un sentiment qui lui interdira de se laisser emmener par la femme de chambre quand mon cadavre sera à quelques mètres."

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26 octobre 2009

Ne le dites pas aux grands

neleditespasauxgrandsAlison Lurie
Rivages
253 pages

Résumé:

Winnie l'Ourson n'est pas un ouvrage habituellement considéré comme subversif, pas plus que Les Aventures de Tom Sawyer, Alice au pays des merveilles ou Peter Pan. Néanmoins, si de tels classiques apparemment anodins connaissent un succès durable, c'est en partie parce qu'ils font la satire de la société adulte et de ses conventions. Si les enfants forment une tribu à part, possédant une culture propre, ces ouvrages en sont les textes sacrés. Avec les contes de fées, les comptines et les histoires drôles, ils constituent la littérature clandestine de l'enfance.

Mon commentaire:

Cet essai passionnant s'attarde essentiellement à la littérature enfantine anglo-saxonne, couvrant une large période, mais s'attardant sur la littérature victorienne. Les analyses y sont donc toujours en lien avec cette époque et avec les moeurs couramment acceptés, même si les oeuvres présentées vont aussi au-delà de cette période, jusqu'en 1975. Le livre nous parle d'auteurs différents, en accompagnant chaque chapitre d'une petite biographie ponctuée d'extraits d'oeuvre ou de notes. Certains auteurs ont aujourd'hui sombré dans l'oubli. Leurs oeuvres n'ont pas traversé le temps. Elles étaient soit beaucoup trop moralisatrices, de piètre qualité, ou alors essentiellement alimentaires. D'autres auteurs ont réussis à sortir de l'anonymat tout en voyant leurs oeuvres presque dénaturées au fil des années. C'est le cas de Winnie l'ourson de A.A. Milne (dont peu de gens se souviennent de l'apparence originale de l'ours - qui était une ourse - et la véritable histoire de sa création - la vraie Winnie, appelée en fait Winnipeg, est d'origine canadienne). C'est aussi le cas de Peter Pan et d'Alice aux pays des merveilles, dont on a adapté l'oeuvre initiale au temps et aux valeurs d'aujourd'hui, tout en édulcorant le personnage. Il y a aussi des auteurs, en avance sur leur temps, qui sont encore lus aujourd'hui: Beatrix Potter et son Pierre Lapin, Frances Hodgon Burnett et sa Petite princesse ou son Jardin Secret.

En lisant cet essai on constate que la littérature enfantine se classe en quelque sorte en deux types: la littérature enfantine trop parfaite et ennuyante, qui met en scène des petits enfants modèles, des adultes autoritaires et une morale se voulant édifiante. La majorité des autres oeuvres qui n'entrent pas dans cette catégorie se retrouvent dans la littérature subversive. Une littérature où les enfants se salissent, transgressent les lois établies, s'amusent beaucoup, vivent des aventures et remettent en question l'ordre établi par les adultes. Plusieurs de ces livres ont reçu un accueil assez froid à leur parution. Bousculer les valeurs et l'éducation est loin d'être socialement acceptable. Edith Nesbit, avec la parution d'une série de livres subversifs pour enfants, en est un bon excemple. Elle met en scène les deux extrêmes du livre pour enfants dans une scène qui paraît tout à fait inoffensive aujourd'hui, mais qui avait de quoi choquer les esprits d'adultes bien pensants de l'époque:

"[Mathilda qui refuse de visiter sa tante, explique pourquoi] On la questionnerait sur son travail scolaire, sur ses notes, on lui demanderait si elle a été sage. Je ne m'explique pas pourquoi les grandes personnes ne voient pas le côté impertinent de ces questions. Supposez que vous répondiez: Je suis la meilleure de ma classe, tata, merci. Et maintenant, parlons un peu de toi. Ma chère tante, combien d'argent possèdes-tu, as-tu encore sermonné tes domestiques, où t'es-tu efforcée d'être gentille et patiente comme il convient de la part d'une tante bien élevée, dis-moi un peu ma chère?" p.122

Les livres pour enfants véhiculent souvent des propos qui ne sont pas clairement acceptés dans la société. C'est étrange que des livres pour enfants, se permettent de la fantaisie et des éclats, alors que ces deux excès ne sont pas couramment admis dans l'univers des adultes. Heureusement qu'il en est ainsi! C'est aussi ce qui fait souvent le succès commercial d'un livre ou qui, au contraire, attire les foudres. Plusieurs auteurs utilisent la théosophie, la psychologie et l'écologie dans leurs livres. Certains sont aussi en avancent sur leurs époques et font office de devins, en prédisant par exemple, ce que deviendra le monde, ou en créant un univers qui n'est pas encore d'actualité aujourd'hui.

Au XVIIIe et au XIXe siècle, plusieurs sommités du monde de l'enfance et de l'éducation voient dans les contes de fées et les livres pour enfants l'enseignement de la violence et de l'immoralité. Le désir de s'élever au-dessus de sa condition (les petits enfants pauvres deviennent riches, les jeunes filles sans le sou épousent des Princes avec de grandes fortunes, etc) n'est pas bien vu. Les contes de fées ont souvent une avance du point de vue social sur le reste du monde. Ce qui n'est pas acceptable dans la vie réelle, du moins selon les moeurs de l'époque (une femme qui travaille, qui a de l'ambition ou qui fait de l'exercice physique n'est pas bien vue) est tout à fait présent dans les livres dits "subversifs" pour la jeunesse.

L'essai aborde aussi le goût du fantastique chez les adolescents et la présence de lectures classiques comme ceux de Tolkien ou de Stevenson. Winnie l'ourson, par exemple, est populaire aujourd'hui même chez les adultes, qui même s'ils n'ont pas lu les livres originaux, connaissent le personnage et portent souvent toutes sortes d'objets à son effigie.

La majorité des textes qui composent cet essai sont captivants, que l'auteur nous parle d'auteurs toujours bien connus aujourd'hui ou non. Les petites biographies des auteurs sont remplies d'anecdotes intéressantes. Kate Greenaway par exemple, a entretenu une relation très étrange avec John Ruskin. Ce qui la motivait à dessiner des fillettes bien belles et bien sages est assez étonnant.

Beaucoup d'oeuvres sont analysées selon les motivations ou la vie de leur auteur. Plusieurs d'entre eux ont vécu des enfances malheureuses, difficiles ou ont subies des pertes pénibles. Leurs vies ne sont pas toujours un chemin de croix, mais elles sont suffisamment remplies d'événements malheureux pour forcer l'imagination des auteurs et le goût de prolonger l'enfance encore un peu. Certains comme James M. Barrie et Ford Madox Ford perdent en quelque sorte leurs illusions lorsque le public à qui s'adressent en premier lieu leurs livres - souvent leurs enfants ou les enfants dont ils s'occupent - grandissent et délaissent les univers qui ont été créés pour eux.

Ne le dites pas aux grands est un intéressant essai, très abordable, sur la littérature enfantine, essentiellement anglo-saxonne. Le livre parle d'auteurs variés, de toutes les époques, mais se concentre sur l'époque victorienne, où beaucoup de choses ont changées. La seule chose qui m'attriste, c'est que certains auteurs ne sont pas traduits en français alors que d'autres, ne sont connus aujourd'hui qu'à cause des adaptations édulcorées qui ont popularisé les personnages. Les livres originaux (les Winnie l'ourson par exemple, ceux de A.A. Milne et non pas ceux de Disney) sont difficiles à trouver.

Ne le dites pas aux grands est bien écrit, facile à lire. La construction par chapitres traitant d'auteurs différents et de genre m'a beaucoup plu. Une très belle découverte, qui me conforte dans mon goût pour la littérature jeunesse et mon plaisir d'en lire régulièrement.

Un extrait:

"Les livres d'enfants sont depuis longtemps la brebis galeuse de la littérature dite sérieuse; tout comme les romans policiers et les westerns, c'est essentiellement l'affaire de spécialistes, de folkloristes ou de sentimentaux souffrant de la nostalgie du passé. Dans les bibliothèques, ces ouvrages sont rassemblés dans une pièce séparée ou mis en quarantaine sur des rayons portant la rubrique: Divers." p.205

"Trop souvent, en laissant derrière nous la culture tribale de l'enfance, avec ses récits et ses poèmes volontiers subversifs, nous perdons tout à fait ces joies instinctives: l'imagination créatrice, l'émotion spontanée, la libre expression et le pouvoir de percevoir notre monde comme un monde merveilleux." p.231

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20 juillet 2009

Dewey

deweyVicki Myron avec la collaboration de Bret Witter
Jean-Claude Gawsewitch
346 pages

Résumé:

Comment un chat abandonné est-il devenu le symbole de l'Amérique d'aujourd'hui ? Comment a-t-il pu redonner vie à des dizaines d'enfants ? C'est cette histoire vraie, émouvante et rocambolesque que nous conte l'auteur. Par un matin d'hiver, Vicki Myron, attirée par des cris déchirants, découvre un chaton frigorifié dans la boîte aux lettres de la bibliothèque où elle travaille. Après l'avoir réchauffé, Vicki et ses collègues, conquis, décident de l'adopter. Dewey deviendra vite la mascotte de la bibliothèque et l'emblème de la ville de Spencer. Pendant 19 ans, Dewey, grand amateur de cheesebugers, d'ailes de poulet et fan de télévision, va révolutionner cette petite ville ! Il va apprendre à sourire aux enfants handicapés, attendrir les hommes d'affaires... et devenir le chouchou des médias, au point que les télés du monde entier viendront le filmer ! Vicki Myron, la bibliothécaire qui a partagé sa vie, nous raconte l'aventure extraordinaire de ce chat hors du commun. Dewey est décédé en 2006 d'une tumeur à l'estomac.

Mon commentaire:

Dewey est le système de classification des livres en bibliothèque. Un nom tout trouvé pour un chat récupéré dans une boîte aux lettres, qui a passé sa vie dans une bibliothèque. De sa découverte, à son adoption, de sa présence dans la ville de Spencer durement touchée par la récession jusqu'à sa popularité et ses derniers jours, Vicki Myron, ancienne responsable de la bibliothèque nous raconte la vie de ce chat hors du commun. Dewey n'avait pas une vie extraordinaire. Il était chat de bibliothèque. Il y a passé sa vie. Mais il a fait une différence pour beaucoup de lecteurs et son histoire a su toucher des gens du monde entier.

Le livre de Vicki Myron nous raconte la vie de Dewey, en parallèle avec la sienne et avec l'histoire de la petite ville de Spencer. On comprend alors toute la place qu'a pu prendre le chat Dewey dans l'existence de Vicki, dans celle des responsables de la bibliothèque et dans la petite ville qui l'a adopté. C'est aussi l'occasion pour Vicki de nous raconter son histoire très personnelle (et difficile) et de son parcours aux côtés de Dewey. Quiconque aime les animaux et partage sa vie avec une petite bête se sentira concerné par l'histoire de Dewey. On comprend alors l'attachement que toute une ville a pu avoir pour cette boule de poil rousse. Dewey a vécu 19 ans. Ses derniers moments nous sont racontés et ils m'ont émue aux larmes, ayant moi aussi perdu un animal qui m'était cher il y a peu.

Le livre est parsemé de listes en tout genre, des tâches incombant à Dewey en tant que chat de bibliothèque, jusqu'à ses repas favoris. Nous avons aussi droit à plusieurs photographies. La lecture est bien intéressante puisqu'elle combine deux de mes passions: les livres (et mon travail en bibliothèque) et les animaux. Ce livre avait donc tout pour me plaire! L'écriture est simple, à la fois biographique (lorsque Vicki parle d'elle-même ou de Dewey) et historique (lorsqu'il s'agit de la ville de Spencer et de son évolution).

Une lecture que j'ai bien aimé et qui m'a permis de faire la rencontre de Dewey, un chat de bibliothèque bien particulier!

Quelques extraits:

"Quand les temps sont durs, soit vous formez un front uni pour vous en sortir, soit vous vous effondrez. C'est vrai pour les familles, les villes et même les peuples." p.84

"Une bonne bibliothèque n'est pas nécessairement grande ou belle. Elle n'a pas besoin des meilleurs équipements, du personnel le plus efficace ou du plus grand nombre d'utilisateurs. Une bonne bibliothèque est prévoyante. Elle est impliquée dans la vie de sa ville au point de se rendre indispensable. Une bonne bibliothèque n'est jamais remarquée par personne, simplement parce qu'elle est toujours là, et qu'elle fournit toujours ce dont on a besoin." p.151

"Trouvez votre place. Soyez heureux de ce que vous avez. Traitez tout le monde avec gentillesse. Ayez une bonne vie. Ce ne sont pas les choses matérielles qui comptent, mais l'amour. Et on ne peut jamais prévoir l'amour." p.341

En complément:

Il existe deux sites web sur Dewey.
Celui sur Hachette, qui parle du chat mais aussi du livre. Et le site web officiel de Dewey, avec même un fan club! Les deux offrent un beau complément à la lecture puisqu'on peut y voir des photos de Dewey, tel qu'on le décrit dans le livre! Sur le site web officiel, on peut également voir une sculpture en bronze de Dewey, absolument magnifique! (J'en voudrais bien une pour ma bibliothèque!)

On peut aussi trouver sur IronFrog, une carte des chats de bibliothèque dans le monde! Avant la lecture de ce livre, je ne savais même pas que ces chats existaient et surtout, qu'il y en avait autant!

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10 juillet 2009

Voyage en pays Mohawk: état de New York, Hiver 1634-1635

voyageenpaysmohawkHarmen Meyndertsz Van den Bogaert
Illustré par George O'Connor
Dargaud
141 pages

Résumé:

Hiver 1634, un jeune commerçant quitte le poste avancé de la petite colonie hollandaise de file de Manhattan pour explorer le pays Iroquois, où la tribu Mohawk contrôle les principales routes commerciales. Harmen Meyndertsz Van den Bogaert et ses amis s'enfoncent dans ce qui est aujourd'hui l'Etat de New York, échangeant des outils et des armes contre un abri, de la nourriture ou des fourrures, et cherchent à établir de nouveaux liens d'amitié avec les Indiens. Tout au long de ce voyage, Van den Bogaert tient un journal, note ses peurs et ses succès, ainsi que les conditions extrêmes de cette aventure. Quatre siècles plus tard, cet authentique et rare document historique est adapté en bande dessinée avec le plus grand souci de fidélité à la réalité historique, et ramène à la vie une époque peu connue de l'histoire américaine.

Mon commentaire:

Harmen Meyndertsz Van den Bogaert a vraiment existé. C'est un jeune Hollandais qui, avec ses compagnons, s'enfonce dans les terres hostiles de ce qui est aujourd'hui l'état de New York, afin de créer de nouveaux liens avec les Indiens. Son voyage a lieu à l'hiver 1634-1635 et il tient un journal de son expédition. À défaut de trouver le journal de Van des Bogaert, un document rare et peu courant aujourd'hui, ce roman graphique de George O'Connor est une oeuvre très intéressante pour qui s'intéresse à l'histoire et aux indiens. Le texte de Van den Bogaert est à la base des illustrations de O'Connor. L'auteur prévient que tous les textes sont tel que Van den Bogaert les avait écrit à l'époque.

Nous plogeons donc dans les forêts de l'état de New York, sur les traces des premiers commerçants avec les indiens et des premiers explorateurs en quête de liens commerciaux. C'est également l'occasion d'apprendre les us et coutumes des différentes tribus et de vivre, l'espace d'un hiver, la dure existence des hommes qui devaient combattre les éléments, la faim, le froid. À partir du texte original de Van den Bogaert, le dessin de George O'Connor donne une dimension plus humaine, moins académique à l'histoire de ces commerçants, et offre du même fait quelques clins d'oeil d'humour.

L'introduction et la postface, écrites par George O'Connor, sont très intéressantes et mettent en lumière le travail du dessinateur ainsi que sa découverte du journal de Van den Bogaert. Un petit lexique accompagne le tout. O'Connor rend un bel hommage à Van den Bogaert, dans les derniers paragraphes de sa postface.

J'ai beaucoup aimé ce livre, c'est une belle découverte qui donne envie d'en savoir plus sur cette époque de l'histoire et sur ce commerce qui liait les blancs des amérindiens.

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09 juillet 2009

Jane Austen à Scargrave Manor

janeausten1scargravemanorStephanie Barron
Série Jane Austen tome 1
Le Masque (Labyrinthe)
445 pages

Résumé:

Isobel Payne, comme beaucoup de jeunes filles désargentées de son époque, a fait un mariage de raison avec le vieux lord Scargrave. En un jour elle voit disparaître ses ennuis financiers mais aussi ses rêves d’amour romantique. Jusqu’à ce qu’elle fasse la connaissance du charmant neveu de son mari. Mais voilà que lord Scargrave meurt brutalement, laissant la jeune femme dans une situation délicate. Avec une si jeune et jolie veuve, les méchantes langues ont vite fait de se déchaîner. Jane Austen viendra au secours de son amie Isobel mais aura fort à faire pour éviter le scandale et la protéger des médisants qui jugent la mort du lord un peu trop opportune...

Mon commentaire:

C'est tout d'abord la mention de Jane Austen qui m'a attirée vers cette série de romans policiers. C'est d'ailleurs cette mention qui attire ou attirera nombre de lecteurs vers les livres de Stephanie Barron. L'idée de faire de Jane Austen, le personnage central de romans, d'autant plus qu'il s'agit de mystères à résoudre, est alléchant. Surtout en sachant qu'Austen ne compte pas des centaines d'oeuvres à son actif et que les amateurs aiment bien retrouver leur auteur favorite, même dans la peau d'une Sherlock Holmes en jupons.

Pour commencer, j'ai bien aimé cette lecture. Mais, car il y a un mais: je trouve que l'on associe rapidement Jane Austen à toutes les sauces. L'idée de Stephanie Barron est excellente. Quelques points, cependant, m'ont dérangée un peu au tout début de ma lecture. Il y a quelques longueurs interminables avant qu'il se passe quelque chose de mémorable et c'est là où le bat blesse: j'aurais pu abandonner ma lecture avant le milieu du livre, là où les choses intéressantes se passent et où enfin il y a un peu d'action. Et c'est paradoxal parce que là où Jane Austen excellait, soit de raconter des choses banales du quotidien - l'heure du thé, la préparation de bals, de mariages - Stephanie Barron a un peu de mal à conduire son histoire. Le roman devient donc intéressant à presque la moitié de l'histoire seulement. Un autre point: l'auteur dit avoir trouvé des journaux d'Austen dans un sous-sol et les avoir simplement retranscrit en réécrivant l'histoire. Ce que j'ai pour ma part beaucoup de mal à croire... Je n'ai d'ailleurs rien trouvé à ce sujet. Il ne s'agit en fait que de fiction, ce qui pourrait porter à confusion et leurrer le lecteur non averti.

Le roman en lui-même est un bon divertissement, une lecture très agréable. J'ai cependant trouvé que Jane Austen en était plutôt un prétexte, qu'un véritable personnage fouillé et travaillé. Oui, on retrouve certains traits d'Austen dans le roman. Austen écrit aussi à sa soeur, Cassandra, comme elle le faisait régulièrement de son vivant. On a également droit à des notes en bas de page pour nous informer sur certaines coutumes ou objets de l'époque d'Austen. Tout ça est donc bien intéressant. Cependant, ce n'est pas suffisamment poussé à mon goût. Le personnage d'Austen aurait très bien pu être n'importe quelle jeune femme de son époque. Il n'y a pas, à mon sens, suffisamment d'éléments pour pouvoir croire coûte que coûte que le roman a été conçu véritablement autour de Jane Austen. Quand on passe un peu par-dessus cette promesse de renouer en quelque sorte avec l'écrivain, on est alors en mesure d'apprécier le roman pour ce qu'il est: une bonne enquête historique. On a aussi droit à d'intéressantes scènes de procès selon les moeurs de l'époque.

C'est de cette façon que j'ai donc abordé ma lecture, lorsque j'ai constaté la forme et l'écriture du roman. Ce qui fait que je l'ai apprécié pour un bon petit roman d'enquête historique, teinté d'humour (surtout à partir de la seconde partie) mais non pas pour une sorte de mise en scène de ce que l'on sait de la vie de Jane Austen. N'empêche, Scargrave Manor regorge de possibles criminels (tous ont un mobile pour les actes posés) et les secrets ressurgissent au fil des pages, en même temps que les cadavres...

Je lirai les autres romans de la série, puisqu'ils sont divertissants et agréables, mais je ne les conseille pas spécialement à quelqu'un qui s'attend à y retrouver toute l'essence de ce que l'on aime tant de cette chère Jane. C'est plutôt une enquête intéressante qui nous plonge dans l'époque d'Austen.

Un extrait:

"Qu'une dame bien née, intelligente et douée de discernement, puisse ainsi se retrouver mêlée à un scandale doit être pour nous tous matière à réflexion. Nul ne peut être certain que le vent de la fortune soufflera toujours du bon côté; de fait, nous passons la majeure partie de notre vie à essayer de nous mettre à l'abri de ses caprices. Les femmes, dont les vertus s'accompagnent d'une fragilité épargnée au sexe fort, sont plus exposées à être les victimes des bourrasques du hasard." p.18

"-Ma chère Jane, [...] j'ai la nette impression que vous vous êtes installée chez de drôles de gens.
-Vous me surprenez, Henry, répondis-je. Le meurtre n'est donc point l'un de ces jeux destinés à distraire les hôtes que l'on reçoit dans sa maison de campagne pour les fêtes de Noël?"
p.398

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12 juin 2009

Dahlia

dahliaBarbara McClintock
Circonflexe
32 pages

Résumé:

Charlotte vit toutes sortes d'aventures avec Bruno, son ours en peluche. Jusqu'à ce qu'un beau matin, un colis arrive pour elle. Dans la boîte, il y a une poupée...

Mon commentaire:

C'est d'abord le dessin vieillot, à l'ancienne, qui m'a attiré. L'histoire raconte la vie de Charlotte, une petite fille, qui aime jouer dans la boue, ramasser des insectes, grimper aux arbres. Elle n'a pas de poupée et ne les aime pas. Elle me fait terriblement penser à moi lorsque j'étais petite. Un jour, tante Alice lui envoie une poupée. Charlotte est un peu contrariée puisqu'elle croit que cette poupée va l'empêcher de mener la vie qu'elle mène avec Bruno, son ours en peluche. Mais Charlotte découvrira que même une poupée peut avoir les mêmes jeux qu'elle...
Cet album est en fait une belle façon d'aborder la façon dont on présente les jouets aux garçons comme aux filles. J'y vois une forme de représentation de ce que l'on s'attend d'une petite fille... alors qu'au fond le plus important pour les enfants est de s'amuser. La tante Alice est un beau personnage de vieille femme, qu'on croit dure et sévère... alors qu'elle nous révèle une petite surprise. Un joli album aux airs d'antan.

Un extrait:

"Nous aimons faire des trous dans la terre et grimper aux arbres, confia Charlotte à la poupée. Pas de petites réceptions pour le goûter, pas de promenades en landau bordé de franfreluches. Il va falloir t'habituer à notre façon de vivre."

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08 juin 2009

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

cerclelitterairedesamateursdepluchuresdepatatesMary Ann Shaffer & Annie Barrows
NiL éditions
390 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique; celui d'un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l'occupant allemand: le "Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates". De lettre en lettre, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté débordante de charme, d'humour et d'humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey...

Mon commentaire:

Sitôt la dernière page tournée, j'avais envie de relire ce roman épistolaire exceptionnel. Pour moi, il n'en est rien de moins. Il est arrivé dans ma vie pendant un moment difficile. Il m'a permis de faire une escapade ailleurs, de rencontrer des personnages intéressants et de rire. Je l'ai emprunté. Je compte bien me l'acheter. J'ai passé des heures magnifiques à Guernesey, une petite île anglo-normande dont je ne connaissais même pas l'existence. Ce roman-bonbon est une lecture à la fois amusante, humaine, aux personnages inoubliables de bonté et de coeur. L'histoire, qui se passe après la guerre, pourrait être tragique. Même si les faits racontés le sont, le roman en est un d'espoir. J'avais envie de noter tous les passages pour les lire et les relire. Ce roman m'a fait pensé à 84 Charing Cross Road. Les lettres échangées sont impertinentes, amusantes, drôles. On a envie de faire comme Juliet, de prendre le bateau et de partir pour Guernesey, retrouver les membres du cercle littéraire.

Tout m'a plu dans le roman. Les personnages, la façon dont Dawsey et Juliet entrent en contact (je rêve moi aussi que quelqu'un m'écrive aprês avoir acheté un de mes bouquins vendus dans une bouquinerie d'occasion!), l'intrigue, les romans, les lettres... Si vous n'avez pas encore lu Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de grâce, lisez-le! L'histoire plaira à tous ceux qui aiment les livres et la simplicité de la vie.

Un petit mot sur les auteurs du livre. Mary Ann Shaffer a été bibliothécaire et libraire. On le sent dans son roman, l'amour des livres, l'amour des mots. Elle nous parle d'un univers qui nous est cher, nous, les lecteurs. Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est sont premier - et malheureusement dernier - roman. Elle est décédée en 2008, après avoir appris que son livre serait publié. Elle n'en connaîtra pas le succès mais je trouve réconfortant de savoir que son livre comble nombre de lecteurs. Annie Barrows est sa nièce, avec qui elle a écrit le livre. Elle est auteur de livres pour enfants.

Quelques extraits:

"Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas." p.21

"J'adore faire les librairies et rencontrer les libraires. C'est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour l'argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible. Il ne reste donc plus que l'amour des lecteurs et de la lecture pour les y pousser. Et l'idée d'avoir la primeur des nouveaux livres." p.28

"Lire de bons livres vous empêche d'apprécier les mauvais." p.80

"Savais-tu que Wilkie Collins avait entretenu deux foyers avec deux maîtresses et deux nichées d'enfants? Il devait avoir des soucis d'organisation terrifiants. Pas étonnant qu'il se soit adonné au laudanum." p.88

"Qu'est-ce que tu as bien pu raconter à Isola? Elle s'est arrêtée ici sur le chemin du manoir, où elle allait chercher Orgueil et préjugés, et m'a grondée de ne lui avoir pas parlé d'Elizabeth Bennet et de Mr. Darcy. Pourquoi ne lui avait-on pas dit qu'il existait des histoires d'amour sans hommes déséquilibrés, sans angoisse, sans mort et sans cimetières! Que lui avions-nous caché d'autres?". p.291

"Toute ma vie, j'ai cru que l'histoire se terminait quand le héros et l'héroïne annonçaient leur mariage. Et, après tout, ce qui est bien pour Jane Austen devrait suffire à tout le monde. Mais c'est faux." p.390

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03 juin 2009

Libre et légère

libreetlegereEdith Wharton
Flammarion
207 pages

Résumé:

La jeune, belle et capricieuse Georgie renonce à son amour pour Guy Hastings afin d'épouser lord Breton, plus vieux d'une quarantaine d'années mais fort riche : tel est l'argument audacieux de ce premier court roman d'Edith Wharton écrit en 1877, à l'âge de quatorze ans. Oeuvre majeure entourée d'un parfum de soufre, Libre et légère surprend non seulement par sa maturité mais aussi parce qu'il contient en germe un grand nombre de thèmes whartoniens : l'impossibilité d'aimer son égal, l'horreur du mariage, la solitude de l'adolescence, le contraste entre la femme volontaire, née pour l'exception et la jeune fille modeste et vertueuse, promise à une vie normale.

Mon commentaire:

Libre et légère comporte deux textes qui sont intimement liés même s'ils ont été écrits à trente ans d'intervalle. Le premier texte, Libre et légère, a été écrit par Edith Wharton à l'âge de quatorze ans. Après la lecture d'un tel texte, on a du mal à croire qu'il a été écrit à un si jeune âge. Déjà, Wharton pose un regard critique sur le monde rempli de conventions qui l'entoure. Il faut dire que la jeune Edith, a déjà à l'époque cette maturité propre aux jeunes filles que l'ont préparait à devenir de parfaites épouses, le mariage étant souvent un des seuls buts de leur existence. L'époque et les cercles dans lesquels Wharton évoluaient lui font voir ce qu'on attend d'elle et les rouages qui composent les mariages. Ceci expliquant peut-être sa si grande maîtrise et sa capacité d'écriture déjà très développée. Ce court roman semble avoir hanté Edith Wharton puisqu'elle y revient trente ans plus tard en écrivant la nouvelle Expiation.

Ce second texte met en scène une femme vertueuse qui écrit un roman intitulé Libre et légère. Ce roman au titre sulfureux, laisse entrevoir une histoire choquante et cause du tourment dans l'entourage de l'écrivaine. En écrivant sur l'écriture, Wharton pose clairement la question de ce qui fait une bonne écrivaine, jusqu'à quel point doit-on se laisser aller dans son sujet. Jusqu'où doit-on l'aborder? Doit-on dire tout ce qu'on a à dire, au risque de déplaire ou de choquer? Expiation pose également l'idée de l'attente des critiques qui suivent la parution d'un premier roman. Libre et légère, écrit sous un pseudonyme masculin, ne semble pas avoir reçu de très bonnes critiques à sa parution, comme on peut en lire des extraits dans le livre. Mrs Fetherel dans Expiation est déçue de ce qu'on dit de son histoire. Expiation est en quelque sorte un retour sur les écrits de Wharton et sa condition de femme écrivaine dans une société remplie de conventions et de faux-semblants.

Il est intéressant d'avoir regroupé les deux textes sous une même couverture, puisque les deux me semblent vraiment liés. Libre et légère annonce déjà l'écrivain en devenir qu'a été Wharton. Expiation pose un regard et un questionnement sur l'écriture et ce qui compose les romans.
Un livre bien agréable à découvrir.

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30 avril 2009

Une affaire de charme

affairedecharmeEdith Wharton
J'ai lu
157 pages

Résumé:

L'épouse d'un professeur respecté d'une ville universitaire et puritaine entrevoit le grand amour avec un jeune Anglais de passage... Une femme du monde confond le jour de sa permanente avec celui du départ en bateau de son amant... Un homme demande à un ami peintre de faire le portrait de la femme dont il est amoureux... Tout l'art d'Edith Wharton est présent dans ces sept nouvelles.

Mon commentaire:

J'aime beaucoup Edith Wharton. J'ai lu d'elle des romans et des novellas, mais jamais de nouvelles. Il faut croire que Wharton excellait dans tous les genres littéraires car ces nouvelles sont toutes de bonne qualité et très intéressantes à lire. Le recueil en contient sept, qui mettent toujours une femme au centre de l'histoire. Qu'elle soit personnage principal ou secondaire, tout vient et provient de son rôle à elle. Beaucoup de nouvelles parlent du couple ou de la séduction et quelques autres sont remplies de touches d'humour ici et là. La première nouvelle fait un peu office d'exception puisqu'elle raconte le quotidien d'une femme bien seule. Voici quelques mots sur chacune des histoires de ce recueil:

La vue de Mrs Manstey
Probablement l'histoire la plus triste, celle d'une vieille dame qui a pour toute compagne, qu'une grande fenêtre qui lui offre une vue magnifique sur un coin de jardin et une parcelle de ciel... Touchant. Aimant la nature, je me suis beaucoup retrouvée chez elle...

La plénitude de la vie
Une femme décède et rencontre l'Esprit. Elle fait le point sur sa vie et fait un choix très spécial. C'est une petite histoire sur la vie et une morale sur les choix qu'on fait.

Le tableau mouvant
Une nouvelle très très étrange sur un homme qui fait peindre le portrait de sa femme. Ce tableau le suivra tout au long de sa vie... Je ne peux en dire plus de crainte de vendre le dénouement qui est assez bizarre et surprenant.

Le prétexte
Mrs Ramson tombe amoureuse d'un jeune anglais qui séjourne chez elle et son mari. Sa rigide morale la tourmente tout le temps que dure cette "relation". Cependant, bien après les événements, elle apprend certains faits qui la laissent ébahie. Certaines scènes sont assez cocasses.

Le diagnostic
Une histoire de couple et d'un diagnostic médical qui va tout gâcher... Assez amusant aussi, si on aime l'ironie.

La permanente
Une femme confond le jour de sa permanente avec le départ de son amant. Le revirement de situation est assez intéressant!

Une affaire de charme
La nouvelle qui termine le recueil et lui donne en même temps son titre est bien amusante car elle met en scène un mari aux prises avec la famille de son épouse. Une belle-famille dont les membres semblent croître à la vitesse de l'éclair et prendre toute la place (et l'argent) disponible!

Edith Wharton est toujours égale à elle-même avec ces nouvelles. Elle nous offre le quotidien de gens de la bourgeoisie américaine, aux prises avec leurs petits problèmes de coeur, d'argent, de tourments qui nous paraissent à nous bien légers. Elle égratigne au passage ce qu'elle connaissait elle-même de ce monde et nous offre l'occasion de rire un peu de ses personnages. J'aime beaucoup son écriture. Une auteure dont je poursuis la découverte avec grand plaisir.

Un extrait:

"Elle était certaine qu'aucune de ses aïeules n'avait bouclé ses mèches ni favorisé une rougeur. Une rougeur, vraiment? Avaient-elles eu une seule occasion de rougir dans leurs vies figées? Et elle-même, grands dieux, qu'avait-elle donc? Elle s'assit dans le dur rocking-chair d'acajou, près de sa table d'ouvrage, et tâcha de se ressaisir. Dès l'enfance on lui avait appris à "se ressaisir" - mais il ne lui était jamais encore arrivé de sentir ses petites émotions et ses petites aspirations aussi largement dispersées, ni perdues de la sorte dans une étendue vague et inexplorée. Jusqu'alors, elles étaient restées soigneusement classées en catégories aisément accessibles sur les hauts rayonnages parfaitement rangés de sa conscience morale. Et maintenant... maintenant, pour la première fois, elles avaient besoin d'être remises en place..." p.56

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07 avril 2009

Le festin de l'orque

festindelorqueStuart Harrison
Albin Michel
347 pages

Résumé:

Saint George. Une île au large des côtes du Maine, un lieu préservé où l'on vient chercher la paix, où l'homme vit en harmonie avec une nature à la fois généreuse et redoutable. Un fragile équilibre, rompu par un coup de feu dans la nuit et la mystérieuse disparition d'un marin pêcheur. Derrière le doute et la suspicion qui peu à peu rongent la petite communauté; se cache un terrible secret, partagé par deux femmes et un homme bien décidé à élucider le mystère. Tandis que la tension monte et que s'exacerbent les passions, les thons bleus qui sont la richesse de l'île reviennent dans le golfe, suivis de leurs prédateurs naturels: les orques.

Mon commentaire:

Les romans de Stuart Harrison parlent toujours de la nature. Les hommes et les animaux sont toujours très proches et les grands espaces, qu'ils soient marins ou de glace, font partis prenante du roman. J'avais beaucoup apprécié ma lecture du premier roman de l'auteur, Le faucon des neiges. Ce roman-ci est dans la même veine, même si le premier demeure mon préféré. Nous abandonnons les espaces glacés et les oiseaux pour côtoyer la mer, les pêcheurs et des bancs de thons et d'orques. Le roman est construit comme une enquête dont les fils se dénouent à la toute fin de l'histoire. En arrière-plan, nous sommes témoins de la vie d'un petit village de pêcheurs, déchiré entre le progrès qui mènerait à la construction d'hôtels de vacanciers qui pourraient leur donner un gagne-pain plus profitable, et l'amour de la pêche, de la nature, de la tranquilité, qui n'a aucun prix pour certain. Même si le poisson se fait rare. Même si des amis de longue date se déchirent et se querellent sur l'avenir de leur village. Un bon roman, un décor enchanteur et un suspense qui conserve bien l'intérêt. Vivement un prochain roman de Stuart Harrison!

Une citation:

"Peu importait le tournant que prendrait sa vie personnelle, elle aimerait toujours son île, et la mer. Son refuge c'était le paysage, la solitude des criques boisées qui bordaient la côte, l'océan aux mille costumes qui la nourrissait et qui changeait de couleur avec les saisons, les jours, et même avec le passage d'un nuage. Elle respectait l'océan, le cycle de la vie en son sein et alentour, et elle avait toujours su que, si elle le traitait avec respect, si elle ne lui prenait que ce qu'il pouvait se permettre de perdre, il la protégerait." p.122

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