29 septembre 2009
Un vent de révolte

Yves Dupéré
Éditions JCL
386 pages
Résumé:
Quinze ans après la chute de la Nouvelle-France, les colonies britanniques en Amérique du nord s'enflamment. Jean Hébert de Courvais, jeune officier dans l'armée du roi Louis XVI, est persuadé que le Canada deviendra rapidement un enjeu principal de la guerre d'Indépendance. Appuyé par son père, Jean décide de quitter le Vieux Continent afin de participer à la libération de la contrée qui l'a vue naître. Pour sa part, sa soeur Alice oeuvre déjà au coeur de la capitale des rebelles : Philadelphie. Agissant à titre d'espionne du roi de France, lors de sa mission, elle manoeuvre dans le milieu bourgeois et croise des personnages clés des événements à venir.
Mon commentaire:
Je voulais lire Yves Dupéré depuis longtemps et c'est avec ce roman que je me suis lancée. Un vent de révolte est un roman historique intéressant, qui nous plonge dans une époque tourmentée: celle de la Guerre d'Indépendance, des années après la chute de la Nouvelle-France. Les enjeux politiques sont importants et de nombreux personnages gravitent autour des plus grands hommes de pouvoir du moment. Le roman a la particularité de mettre en scène, entre autres, deux jeunes femmes fonceuses et volontaires, qui n'ont pas froid aux yeux. Qu'il s'agisse de Geneviève, une jeune femme révoltée contre ce que les anglais ont fait subir à sa famille ou bien d'Alice, une française qui oeuvre dans l'espionnage, les deux femmes apportent un petit plus à l'histoire et leurs péripéties sont passionnantes.
Le roman est très bien documenté et nous offre une vue d'ensemble des ficelles du pouvoir de l'époque: les enjeux, ce que les élus étaient prêts à faire pour arriver à leurs fins, ainsi que les dessous de l'espionnage. Cette partie est très intéressante. Être espion dans les nouvelles colonies n'est pas de tout repos. Il faut des nerfs solides, qu'on soit une femme ou non. Certains n'hésitent pas à utiliser la menace ou carrément la torture pour parvenir à soutirer les secrets d'un agent.
L'auteur maîtrise parfaitement son sujet et son intrigue. Il y a toutefois beaucoup de personnages et il m'est arrivé de les mélanger quelques fois. Les péripéties cependant sont intéressantes, même si elles ne sont pas toujours roses. Certaines scènes de tortures sont franchement épouvantables, mais elles ne sont pas très nombreuses et on en comprend la raison. Elles servent aussi à esquisser un personnage qui est vil, cruel et qui n'hésite pas à sacrifier les autres pour parvenir à obtenir le pouvoir.
Un roman historique qui se lit avec beaucoup d'intérêt, particulièrement bien soigné en ce qui concerne l'aspect historique. Une rencontre réussie avec l'auteur, dont je renouvellerai probablement le plaisir, puisqu'il a deux autres romans à son actif.
02 septembre 2009
L'orpheline
Georges Lafontaine
Guy Saint-Jean éditeur
410 pages
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Résumé:
À la mort de sa mère, Agathe Lecours apprend qu’elle doit disperser les cendres de la défunte dans le lac Achigan. Cette tâche se transforme en casse-tête lorsque la jeune notaire découvre qu’il existe plusieurs lacs Achigan en Outaouais. Agathe se lance donc à la recherche de ses ancêtres avec pour seul indice une vieille photographie. Ses découvertes et rencontres, remontant jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, feront surgir du passé de vieux secrets, parfois honteux, que certains préféreraient enterrer pour toujours. Elle provoquera également la colère d’individus qui tenteront de dissuader la jeune femme de poursuivre ses fouilles indiscrètes…
Mon commentaire:
Ce roman est tout simplement passionnant! J'ai découvert Georges Lafontaine avec son roman Des cendres sur la glace. J'avais enchaîné avec la suite, Des cendres et du feu, puis avec Le parasite, un roman très différent des deux premiers. J'ai toujours adoré ses romans et je sais que j'aimerai les suivants. Georges Lafontaine écrit toujours sur des sujets qui m'intéressent, me passionnent ou qui piquent ma curiosité. La nature, l'amour et l'Histoire prennent une grande place dans ses romans. Georges Lafontaine est l'un de mes auteurs préférés. Je sais qu'en ouvrant l'un de ses livres je ne serai pas déçue.
L'orpheline ne fait pas exception à la règle. Le roman nous raconte en parallèle deux histoires, qui se recouperont au fil du temps. D'abord, il y a celle d'Agathe, en 2005. Agathe qui doit trouver le fameux lac où, selon les dernières volontés de sa mère, elle doit disperser ses cendres. Ce simple geste s'avère plus difficile que prévu et bouleversera la vie de la jeune femme. Sa venue à Bouchette est autant appréciée par certains qu'elle en dérange d'autres... Ensuite, il y a les passages historiques, se déroulant de 1938 à 1943, qui entrecoupent en quelque sorte les recherches d'Agathe. Ce qui est absolument captivant dans cette partie, c'est que l'auteur se base sur des faits réels: la présence d'espions allemands au Québec pendant la guerre, l'antisémitisme (parfois encouragée par le clergé) qui avait ses adeptes chez nous aussi, ainsi que la présence de sous-marins allemands dans le fleuve Saint-Laurent. Des faits historiques moins connus qui sont passionnants à découvrir.
Avec ce roman, nous plongeons dans la chronique d'un village au temps de la guerre. C'est aussi un fabuleux portrait de toute une époque, la façon dont fût perçue la guerre par les canadiens-français, qu'ils soient pour, contre, déserteurs, parents ou familles qui ont perdu un enfant à la guerre. Les chapitres où Agathe est le personnage principal nous mènent sur les pas de quelqu'un à la recherche de ses racines. Mais ses recherches généalogiques dérangent les habitants, qui préfèrent voir leurs secrets enterrés à tout jamais.
Le roman est complété par des notes de l'auteur en fin de volume, nous expliquant ses recherches. Il démystifie la fiction du fait réel en nous présentant les personnages de son roman qui ont existés. Je trouve ce genre de dossier absolument captivant! Le sujet nous donne envie d'en savoir plus.
Un très bon moment de lecture. Vivement le prochain roman!
08 juin 2009
Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates
Mary Ann Shaffer & Annie Barrows
NiL éditions
390 pages
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Résumé:
Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique; celui d'un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l'occupant allemand: le "Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates". De lettre en lettre, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté débordante de charme, d'humour et d'humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey...
Mon commentaire:
Sitôt la dernière page tournée, j'avais envie de relire ce roman épistolaire exceptionnel. Pour moi, il n'en est rien de moins. Il est arrivé dans ma vie pendant un moment difficile. Il m'a permis de faire une escapade ailleurs, de rencontrer des personnages intéressants et de rire. Je l'ai emprunté. Je compte bien me l'acheter. J'ai passé des heures magnifiques à Guernesey, une petite île anglo-normande dont je ne connaissais même pas l'existence. Ce roman-bonbon est une lecture à la fois amusante, humaine, aux personnages inoubliables de bonté et de coeur. L'histoire, qui se passe après la guerre, pourrait être tragique. Même si les faits racontés le sont, le roman en est un d'espoir. J'avais envie de noter tous les passages pour les lire et les relire. Ce roman m'a fait pensé à 84 Charing Cross Road. Les lettres échangées sont impertinentes, amusantes, drôles. On a envie de faire comme Juliet, de prendre le bateau et de partir pour Guernesey, retrouver les membres du cercle littéraire.
Tout m'a plu dans le roman. Les personnages, la façon dont Dawsey et Juliet entrent en contact (je rêve moi aussi que quelqu'un m'écrive aprês avoir acheté un de mes bouquins vendus dans une bouquinerie d'occasion!), l'intrigue, les romans, les lettres... Si vous n'avez pas encore lu Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de grâce, lisez-le! L'histoire plaira à tous ceux qui aiment les livres et la simplicité de la vie.
Un petit mot sur les auteurs du livre. Mary Ann Shaffer a été bibliothécaire et libraire. On le sent dans son roman, l'amour des livres, l'amour des mots. Elle nous parle d'un univers qui nous est cher, nous, les lecteurs. Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est sont premier - et malheureusement dernier - roman. Elle est décédée en 2008, après avoir appris que son livre serait publié. Elle n'en connaîtra pas le succès mais je trouve réconfortant de savoir que son livre comble nombre de lecteurs. Annie Barrows est sa nièce, avec qui elle a écrit le livre. Elle est auteur de livres pour enfants.
Quelques extraits:
"Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas." p.21
"J'adore faire les librairies et rencontrer les libraires. C'est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour l'argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible. Il ne reste donc plus que l'amour des lecteurs et de la lecture pour les y pousser. Et l'idée d'avoir la primeur des nouveaux livres." p.28
"Lire de bons livres vous empêche d'apprécier les mauvais." p.80
"Savais-tu que Wilkie Collins avait entretenu deux foyers avec deux maîtresses et deux nichées d'enfants? Il devait avoir des soucis d'organisation terrifiants. Pas étonnant qu'il se soit adonné au laudanum." p.88
"Qu'est-ce que tu as bien pu raconter à Isola? Elle s'est arrêtée ici sur le chemin du manoir, où elle allait chercher Orgueil et préjugés, et m'a grondée de ne lui avoir pas parlé d'Elizabeth Bennet et de Mr. Darcy. Pourquoi ne lui avait-on pas dit qu'il existait des histoires d'amour sans hommes déséquilibrés, sans angoisse, sans mort et sans cimetières! Que lui avions-nous caché d'autres?". p.291
"Toute ma vie, j'ai cru que l'histoire se terminait quand le héros et l'héroïne annonçaient leur mariage. Et, après tout, ce qui est bien pour Jane Austen devrait suffire à tout le monde. Mais c'est faux." p.390
28 avril 2009
La valise d'Hana
Karen Levine
Hurtubise HMH
150 pages
Résumé:
Un jour, à Tokyo, Fumiko Ishioka, la directrice du Centre de l’Holocauste, reçoit une valise du camp de concentration d’Auschwitz. On peut y lire : Hana Brady, 16 mai 1931, et un mot allemand Waisenkind signifiant orpheline. Du coup, les questions surgissent : qui était cette mystérieuse Hana? Comment est-elle devenue orpheline? Et que lui est-il arrivé? Du Japon, Fumiko entreprend alors une enquête qui la conduit en Europe et au Canada. Elle refuse d’abandonner ses recherches, même quand celles-ci semblent aboutir à l’impasse. Sa ténacité se trouvera récompensée par une découverte aussi bouleversante qu’inattendue...
Mon commentaire:
Ce tout petit livre, accessible tant pour les jeunes que pour les adultes, recèle un petit bijou de compassion et de fraternité. Il raconte l'histoire vraie d'Hana, dont la valise a été retrouvée et envoyée au Japon à la demande d'une dame, Fumiko, qui souhaite apprendre aux petits japonais ce qu'est l'holocauste. Ce qui est le plus étonnant dans cette histoire, c'est que la valise d'Hana regroupera des gens de trois pays différents, de cultures différentes, mais tous unis par la même pensée: celle d'une petite fille, Hana, qui aimait le patinage et le ski... C'est un livre touchant d'humanité, raconté en alternance entre le présent, soit le travail et les recherches de Fumiko; et le passé, soit l'histoire personnelle d'Hana. L'ouvrage est agrémenté de différentes photos d'Hana et sa famille et de Fumiko et son groupe Les petites ailes. Une très belle façon de raconter l'holocauste aux plus jeunes, basé un peu sur le travail de recherche de Fumiko, et un émouvant récit sur ce que fut la guerre et le nazisme pour les enfants... Indispensable, pour ne pas oublier.
13 janvier 2009
Guerre et Paix

Léon Tolstoï
Folio en deux tomes
2078 pages
Résumé:
- Ah ! enlevez ces... enlevez donc ces... (Elle désignait les lunettes.)
Pierre les enleva. Son regard n'était pas seulement étrange comme l'est d'ordinaire celui des gens qui enlèvent leurs lunettes, il était apeuré et interrogateur. Pierre voulut se pencher sur la main d'Hélène et la baiser, mais d'un mouvement rapide et brutal de la tête, elle s'empara de ses lèvres et y appuya les siennes. Le visage d'Hélène frappa désagréablement Pierre par son expression égarée.
«Lisez, relisez ces pages éternelles. N'espérez pas en trouver ailleurs l'équivalent» (Alain).
Mon commentaire:
Guerre et Paix est un monument. Au sens littéral comme au sens figuré. C'est un momument par le pavé qu'il nous offre (ou plutôt les pavés...) et par son contenu qui est tellement riche qu'il mériterait, selon moi, une relecture. Oui, je viens de passer à travers plus de 2000 pages de descriptions de batailles napoléennes et je parle déjà de relecture. Mais pas pour tout de suite, dans quelques années probablement.. Car Guerre et Paix, même s'il s'agit d'un roman touffu, complexe, descriptif, détaillé qui pourrait être indigeste, est tout simplement passionnant. Il faut cependant y mettre le temps et être motivé.
Léon Tolstoï a écrit des chapitres relativement courts et ses deux volumes sont séparés en nombreuses parties, ce qui facilite assurément la lecture. Mon édition (Folio) est agrémentée de dossiers, d'une préface, de notes et d'une notice qui m'ont beaucoup aidée dans ma compréhension de l'époque et de tout ce qui entoure l'écriture (et la traduction) de l'oeuvre. J'ai également fait plusieurs recherches pendant ma lecture, à différentes parties du roman. Je pense que c'est une lecture qui doit être active, sinon elle en devient très complexe. On doit comprendre ce que l'on lit et replacer l'histoire dans le cadre historique où elle se déroule. Tolstoï a investi beaucoup de lui-même dans ce roman. Ses écrits méritent donc qu'on y prenne le temps.
Le comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï, francisé en Léon Tolstoï (comme c'était la coutume de l'aristocratie russe de franciser les noms et de parler français) est né le 9 septembre 1828 à Iasnaïa Poliana. Ses parents sont décédés à quelques années d'intervalle, alors que les jeunes Tolstoï étaient encore en bas âge. En 1844, Léon Tolstoï entre à l'université, en faculté des langues orientales. Il modifie son parcours scolaire en passant à la faculté de droit avant d'abandonner ses études en 1847. Il partagera ensuite la vie des officiers d'artillerie, écrira des récits caucasiens de son expérience et travaille à son autobiographie romancée, Enfance. Plus tard, il est promu sous-lieutement à l'armée du Danube et affecté à l'armée de Crimée. En 1856, Tolstoï prend sa retraite de l'armée. Il s'installe dans sa ville de naissance, puis ouvrira une école où il instruit lui-même les enfants de ses paysans. Il faut savoir qu'en Russie à cette époque, le servage existe toujours, l'aristocratie ayant souvent de nombreuses terres et des paysans à son service. J'aime à penser que le conte pour enfant que Tolstoï a écrit, intitulé Philipok, est inspiré de son travail auprès des jeunes paysans russes. Mais sa vie pédagogique sera de courte durée. L'école est rapidement fermée. Tolstoï voyagera un peu à l'étranger, avant d'épouser, en 1862, la fille d'un médecin de Moscou, Sophie Andréïevna Bers. Elle a 20 ans. Tolstoï en a 34. La période qui suit est probablement la plus calme dans la vie tourmentée de Tolstoï. Il vit en campagne, apprécie la vie calme qu'il mène, se passionne pour l'agriculture et débutera l'écriture de Guerre et Paix. Tolstoï a été, toute sa vie durant, tourmenté par diverses questions existentielles. Il en est question dans ses écrits. Il a été critiqué à l'époque pour avoir pris position pour ses paysans, qu'il affranchit et a été surveillé par les autorités à quelques reprises pour ses prises de positions et ses écrits. L'église excommunie Tolstoï après la parution de Résurrection, un texte qui critique la religion et ses établissements. Tolstoï a toujours mis à profit son écriture pour comprendre le monde qui l'entourait et pour critiquer ce qu'il croyait injuste. C'était un homme difficile à cerner, aux croyances nombreuses et à contre-courant de son époque. On ressent son questionnement et sa quête spirituelle dans son écriture. C'était un solitaire excessif, qui était contre la peine capitale, pour la vie et deviendra même végétarien sur le tard. Il pronait la non-violence et le respect de la vie. En 1910, en route vers une destination qui nous est inconnue, Tolstoï tombe malade et mourra 10 jours plus tard.
Guerre et Paix est une fresque historique, racontant en quelque sorte les Guerres Napoléoniennes du point de vue russe. Alternant entre la société aristocratique de l'époque et les épisodes de guerre où tentent de survivre ceux qui sont envoyés au front, Tolstoï mêle à son histoire des considérations philosophiques et spirituelles sur la vie et la place de chacun dans le monde, ainsi que sa perception des Guerres et l'histoire qui les entoure. Il s'agit donc d'un récit touffu et complexe. À travers cinq familles aristocratiques nous assistons à des bals, des liaisons, des problèmes financiers, des jeunes filles qui fréquentent le monde à la recherche d'un mari, des hommes aux prises avec le jeu, l'alcool, des vies désincarnées ou au contraire, très riches. Nous fréquentont le beau monde, les dessous de la franc-maçonnerie, les relations d'une famille à l'autre, que vient perturber l'arrivée de la guerre et le départ au front pour plusieurs jeunes hommes de l'époque. À partir de ce moment, il y a la vie à la guerre, dictée, programmée; et celle de l'aristocratie, empreinte de faux-semblants, où il faut régler des problèmes, jongler avec les finances, gérer un domaine et faire un beau mariage. Tolstoï travaillera de 1863 à 1868 à l'écriture de ce livre. Considéré aujourd'hui comme un roman, il n'en était pas un à l'époque. Tolstoï lui-même ne souhaitait pas qu'on le considère comme tel.
"Qu'est-ce que La Guerre et la Paix? Ce n'est pas un roman, moins encore un poème, moins encore une chronique historique. La Guerre et la Paix est ce qu'a voulu et pu exprimer l'auteur dans la forme où cela s'est exprimé."
On a reproché à Tolstoï sont fatalisme historique, sa théorie qui dit que les décisions personnelles de chacun n'ont pas beaucoup d'importance dans le cours des événements. Guerre et Paix n'est pas un roman où règne la gaieté. Les couples se font et se défont, les mariages sont mal assortis, les Guerres sont difficiles, les intentions ne sont pas toujours très nobles. L'aristocratie cache son lot de zones sombres où il ne fait pas toujours bon aller. Face au comportement de certains de leur contemporains, on peut donc percevoir et comprendre les grands questionnements de certains des personnages face à leur spiritualité et à la place qu'ils ont ici bas. Paru tout d'abord en feuilleton dans la revue Le Messager Russe de 1865 à 1868, Guerre et Paix s'intitulait alors 1805. On constate que Tolstoï savait parfaitement ce qu'il adviendrait de son histoire et quelle ligne il souhaite lui donner, car l'écriture et la parution en feuilleton se faisait simultanément. Le livre paru en six volumes en 1869 et fut réduit à quatre volumes en 1873. Dès le début, certains volumes sont déjà épuisés et connaissent des rééditions successives. En 1970 une traduction allemande du texte paraissait déjà. Le succès est instantané. On lit Guerre et Paix partout, on en parle partout, même dans les milieux qui ne sont pas très lettrés. Les critiques et les opinions sur ce livre sont dythirambiques. Mais Tolstoï s'en détourne vite, en disant "...qu'il n'écrira plus jamais de telles sornettes."
Dès le début de ma lecture, ce ne sont pas les considérations politiques ou les grands discours spirituels qui m'ont posés problème, mais bien les personnages. Tolstoï met en scène dans Guerre et Paix une panoplie de personnages, tous partiellement ou abondamment décrits. Ils sont si nombreux qu'il faut parfois s'y reprendre à deux fois avant de savoir qui est qui. Il faut savoir que Tolstoï a mit en scène 559 personnages dans les deux tomes de Guerre et Paix, de la noblesse aux soldats en passant par les valets, des Princes, des pauvres, des commis, des aristocrates, des hommes, des femmes, des enfants, des paysans, etc.
Dans ce roman, les plus importants comme les plus insignifiants ont droit à une description, une mise en contexte, des informations sur leur famille, leur passé, leur apparence physique. Tolstoï élabore abondamment sur chacun d'eux, si bien qu'il est parfois difficile de savoir qui exactement est au centre de l'histoire. Certains ne nous sont présentés qu'une seule fois, alors que d'autres reviennent sporadiquement. Une poignée de personnages sont au coeur du récit. Plusieurs portent également le même prénom et à l'occasion, comme c'était la coutume en russie, on utilise des "surnoms" affectueux pour désigner l'autre. Ce qui fait énormément de noms à se rappeler avant d'avoir suffisamment entamé le roman pour savoir où l'on va et surtout... avec qui! Pour être en mesure de suivre correctement le roman, j'ai collé au début de mon volume une liste des principaux personnages. Cette liste m'a été d'un grand secours au début de ma lecture, avant de me familiariser avec chacun. Je vous la transmet plus bas, si vous souhaitez à votre tour vous lancez dans la lecture de Guerre et Paix. Entre parenthèses, vous trouverez les autres noms et surnoms de ces personnages. À noter qu'il peut y avoir de légères différences selon la langue et l'édition que vous avez entre les mains, mais l'essentiel est là. En italique, il s'agit du lien familial qui unit les personnages au chef de famille.
Liste des principaux personnages de Guerre et Paix
Famille Bezoukhov
Comte Kiril Vladimirovich Bezoukhov
Pierre Bezoukhov (Pyotr, Pétia, Pétroucha, Pétrouchka, Pétegnka) son fils
Famille Kouraguine
Prince Vassili
Prince Anatole, le fils aîné
Prince Ippolite, le fils cadet
Princesse Hélène (Elena, Liolia) sa fille
Famille Bolkonsky
Prince Nicolas Anreyevich (Nikolai, Andrei Bolkonsky)
Prince André (Andrioucha, Andrei, Andreich) son fils
Princesse Marie (Macha, Machégnka) sa fille
Princesse Lise (Lisa), la femme d'André
Prince Nicolas Andreyevich (Nikolai) le fils d'André et Lise
Famille Rostov
Comte Ilya
Comtesse Natacha Rostov (Nathalie, Nathalia, Natachka) sa femme
Comte Nicolas Ilych (Nicolégnka, Nicolouchka, Kolia) le fils aîné
Comte Pierre (Pétia, Pyotr, Pétroucha, Pétrouchka, Pétegnka) le fils cadet
Comtesse Véra, la fille aînée
Comtesse Natacha (Nathalie, Nathalia, Natachka) la fille cadette
Sonia (Sophie) la cousine
Famille Droubetskoï
Princesse Anna Mikhaïlovna Droubetskoï
Prince Boris Droubetskoï, son fils
Les scènes de Guerre mettent également en scène Alexandre 1er et Napoléon, ainsi que d'autres personnages qui ont réellement existés. Lors de la parution de l'ouvrage, nombreux lecteurs tentaient de découvrir qui se cachaient derrière le Prince André par exemple ou derrière d'autres personnages. Derrière la comtesse Natacha se cache Tatiana Bers, la jeune belle-soeur de Tolstoï. Pierre Bézoukhov sera en quelque sorte l'alter-égo de Tolstoï. On ressent bien d'ailleurs toute la réflexion de Tolstoï à travers les questionnements de Pierre et à travers le journal que celui-ci écrit dans le roman. Tolstoï a tenu également son journal, à partir de 1847. Mais pour les autres personnages, comme le dit Tolstoï lui-même:
"André Bolkonsky, comme tout personnage de roman, n'est personne."
Guerre et Paix m'a accompagné pendant de nombreuses semaines. Lire ce pavé prend du temps et de l'énergie. Ce n'est pas un texte nécessairement facile, même si l'écriture m'a énormément surprise. Elle est relativement simple à aborder. Le traducteur de mon édition, Boris de Schloezer, qui signe d'ailleurs une brillante préface, a effectué un travail colossal dont on ne peut que louanger le résultat. Des notes réfèrent en fin de volume afin de comprendre toutes les nuances du langage, allant des précisions géographiques aux surnoms donnés familièrement aux personnages. Les passages sur la guerre ou sur les nombreux questionnements de l'existence méritent, malgré leur aspect parfois difficile, qu'on s'y attarde. Tolstoï était un fin psychologue et un écrivain doué pour rendre à merveille les sentiments humains. Il puise au plus profond de l'âme de ses personnages pour en ressortir ce qu'il y a de plus sombre, de plus beau, de plus ambigü, les sentiments les plus vils, l'honneur, la honte et le courage. Le questionnement aussi, surtout. Qu'est-ce que la vie? Que nous apporte-t-elle? Vaut-elle la peine d'être vécue? On ressent à travers Guerre et Paix, les questionnements personnels de Tolstoï. Peut-être parce que lui-même avait une existence difficile, qu'il est à même de décrire merveilleusement bien les tourments de l'âme de ses personnages. Car rien n'est plus difficile à comprendre et à analyser que l'homme. Ce que Tolstoï, à travers plus de 2000 pages, a réussis à faire avec brio.
Quelques extraits:
"Un pas seulement au-delà de cette ligne semblable à celle qui sépare les vivants des morts, et c'est l'inconnu, la souffrance, la mort? Et qu'y a-t-il là-bas?" p.240
"...que dois-je faire si je n'aspire à rien d'autre qu'à la gloire et à l'amour des hommes" p.435 "Qui pouvait être là et parler de lui, cela lui était à cette minute complètement indifférent; il était simplement heureux que des gens se fussent arrêtés auprès de lui, et désirait seulement qu'on le secourût, qu'on le fît revenir à la vie, cette vie qui lui semblait si belle, parce qu'à présent il la comprenait tout différemment." p.479
"Nicolas suivit le premier traîneau; les autres s'ébranlèrent à leur tour en grinçant. Sur le chemin étraoit, on prit d'abord le petit trot. Tant qu'on longea le parc, les ombres des arbres dénudés coupaient fréquemment la route et voilaient la clarté de la lune; mais dès qu'on eut franchi la clôture, la plaine neigeuse , étincelant, comme des diamants aux reflets bleuâtres, s'étendit de toutes parts à l'infini, inondée de lumière." page 858
"...il n'y a rien de certain que le néant de tout ce que je comprends et la grandeur de quelque chose d'incompréhensible mais d'essentiel!" p.482
26 octobre 2008
Déserteurs et insoumis: Les canadiens français et la justice militaire, 1914-1918
Patrick Bouvier
Éditions Athéna
149 pages
Résumé:
Ce volume analyse pour la première fois le phénomène de la désertion des Canadiens lors de la Première Guerre mondiale, tout en posant un regard sur le processus judiciaire enclenché pour punir ces " criminels ". Combien de militaires ont été condamnés ? Quelles furent les peines encourues par ceux qui ont défié la loi militaire ? Ces peines étaient-elles en relation avec ce que les différents codes et lois militaires prévoyaient ? Seuls 61 Canadiens français ont été reconnus coupables de désertion ou de tentative de désertion. de ce nombre, sept ont été fusillés par un peloton d'exécution après avoir été condamnés à la peine capitale. Que représente aujourd'hui ce petit nombre ? Ne permet-il pas d'infirmer les rumeurs persistantes voulant que les militaires francophones aient déserté en très grand nombre ?
Mon commentaire:
Cet essai est extrait d'un mémoire de maîtrise intitulé Première Guerre mondiale, justice militaire et désertion des Canadiens français. Il existe très peu de livres sur le sujet de la désertion au Canada, principalement en ce qui concerne les francophones. L'auteur du livre a eu du mal à trouver de l'information. Beaucoup de dossiers de militaires sont incomplets ou alors, inexistants. Le "personnage" du déserteur est encore pourtant bien présent dans l'imaginaire collectif québécois. C'est un héros, puisqu'il défie les lois militaires; mais c'est aussi un lâche, puisqu'il déserte et ne veut ou ne peut faire face à la guerre. Je pense qu'entre les deux, extrêmes, il y a beaucoup à connaître. Les Canadiens français n'étaient pas à proprement parler contre la guerre. On comprenait que chacun devait faire sa part. Plusieurs jeunes se sont enrôlés, avides d'aventure ou pour changer un peu de vie. Ce sont en fait surtout des événements internes, sans lien apparant avec la guerre, qui ont braqués les francophones contre la guerre.
"Les Canadiens français n'ont jamais partagé l'enthousiasme de leurs compatriotes anglophones pour la guerre; ils n'éprouvent aucune affection particulière pour la Grande-Bretagne et leur lien avec la France séculière est bien ténu." extrait d'Une histoire générale du Canada, éditions du Boréal, 1990, Craig Brown
Dans la tête des Canadiens français, cette guerre est la guerre des autres et non pas la leur. Aller se faire tuer au front pour les autres, ne les tente pas beaucoup... Je crois aussi que, de par notre situation démographique et par notre culture, nous sommes en général moins prompt à faire la guerre. C'est à partir du peu d'enthousiasme des Canadiens de faire la guerre, qu'a été créée la loi concernant le service militaire. Les hommes sont appelés à se présenter aux autorités militaires, ce qu'on appelle la conscription. Partout au pays, cette nouvelle est assez mal accueillie. Des manifestations violentes sont organisées. Un bureau d'exemption est mis en place, mais il croule sous les demandes. Les hommes ne veulent pas aller à la guerre. Environ 93% d'entre eux font une demande d'exemption. Suite à cette insoumission de la population, une loi sera adoptée, mettant fin aux demandes d'exemption et annulant celles déjà accordées. Les raisons de désertions sont nombreuses. On ne croit pas à la cause. On ne veut pas se soumettre à ces lois. On ne veut pas faire la guerre, quitter ses parents, sa famille, une amoureuse ou son pays. Certains souffrent aussi de chocs nerveux, qui n'ont pas été traités. Des cours martiales sont instaurées. On juge les déserteurs et les insoumis de façon inadéquate. Les sentences ne sont pas les mêmes pour tous et pour les mêmes fautes, différentes sentences sont appliquées. Les gens qui jugent en cours ne sont pas toujours compétents pour le faire. Certains hommes seront fusillés, mesure extrême prêchant par l'exemple. Ces épisodes sont de tristes taches dans notre histoire. Mais, malheureusement, quelle guerre ne l'est pas?
L'essai de Patrick Bouvier est très didactique. Il rappelle des faits, des chiffres et des données. Il s'agit toutefois d'une lecture éclairante sur la désertion. Comme l'auteur, je souhaite qu'un jour des historiens creusent le sujet pour nous offrir leur travail, à travers des cas vécus et des faits historiques tirés du peu d'archives disponibles.
Dans un tout autre médium, mais traitant du même sujet, je vous suggère le film de Simon Lavoie, Le déserteur. Un film émouvant, magnifique, puissant, dont la photographie est très belle.
17 octobre 2008
Chercher fortune en Nouvelle-France
Jean-Pierre Hardy
Libre expression
208 pages
Résumé:
Au XVIIe siècle, au péril de leur vie, de jeunes aventuriers à la recherche d'un monde meilleur ont déserté les Vieux Pays et bravé la mer des Ténèbres, l'océan Atlantique, pour chercher fortune en Nouvelle-France. S'ils survivaient à la traversée, ils affrontaient alors les sombres mais giboyeuses forêts d'Amérique pour se tailler une terre qui leur permettrait d'assurer leur pain quotidien avant de partir à la découverte de ce grand territoire vierge, d'en faire la conquête et de fonder un vaste empire commercial sur la traite des fourrures... Ce livre, c'est l'histoire d'hommes et de femmes en quête d'une vie meilleure...
Mon commentaire:
Quel livre formidable! Il y a un travail colossal qui se cache derrière ces deux cents quelques pages. Comment alors, écrire un billet à la hauteur de ce livre captivant, qui m'a accompagné pendant des semaines, à raison de quelques pages chaque jour et d'un carnet de notes bien rempli? Jean-Pierre Hardy est ethnologue et historien. Il travaille au Musée canadien des civilisations comme chercheur et conservateur. Son livre, Chercher fortune en Nouvelle-France nous amène sur les traces des premiers arrivants au pays. Conçu comme un petit musée, le texte du livre est complété par des images de pièces anciennes: extraits de livres, journaux, affiches, peintures, meubles, articles ménagers, instruments de musique, plans de maisons, vêtements, documents d'archives, pour ne nommer que ceux-là. J'ai découvert énormément de choses à travers ces pages. Je ferai un petit tour d'horizon des différents chapitres, mais tout d'abord, j'ai envie de parler d'un peintre que je ne connaissais pas du tout et que le livre m'a fait découvrir. Il s'agit de Louis Le Nain, un peintre français, dont on retrouve quelques oeuvres dans le livre. Il a peint, certes, des français, mais la vie des premiers colons, arrivés des Vieux Pays, ressemblent bien à ce que Louis Le Nain a peint.
Chercher fortune en Nouvelle-France est partagé en dix grands chapitres, chacun traitant d'un aspect de la vie quotidienne en Nouvelle-France.
Gagner sa vie en Nouvelle-France, nous parle de l'arrivée des premiers colons, de leur installation, du travail à la ville et à la campagne, de la façon de vivre les différentes saisons, du développement des entreprises, des artisans et du commerce des fourrures. Cette section aborde également le sujet des domestiques et des esclaves, sujet qui m'intéresse particulièrement.
Se loger en Nouvelle-France, fait état des maisons de campagne, des maisons de ville, du mobilier dont on a encore des traces aujourd'hui, essentiellement à travers les inventaires après décès. Cette section nous parle aussi de l'arrivée salutaire du poêle en fonte et du travail des colons pour construire des bâtiments aptent à faire face au climat rigoureux.
Se vêtir en Nouvelle-France, nous parle de l'héritage français, des modes de l'époque, des adaptations que les paysans ont du faire à leurs vêtements pour affronter le climat d'ici. Ils ont aussi été influencés par les vêtements amérindiens et la façon de les concevoir.
Manger et boire en Nouvelle-France nous parle de l'alimentation de base des premiers colons, de l'importance du pain dans leur régime alimentaire, des gras, de leurs jardins, des élevages, de la chasse et de l'heure des différents repas. Par exemple, les institutions religieuses dînaient générallement vers 10h, pour souper à 16h, car elles se couchaient tôt. La vaisselle utilisée ainsi que les menus lors de célébrations sont également abordés. Comme la religion est très présente en Nouvelle-France, l'auteur nous parle également l'importance des jeûnes, instaurés par l'église. Ils couvrent une très grande partie de l'année, avec toutes sortes de restrictions alimentaires. À noter que le castor, considéré comme un "poisson" alors, ne compte pas comme de la viande et est donc permis!
Se déplacer en Nouvelle-France fait état des routes maritimes de l'époque et de leur importance. On parle essentiellement des voies d'explorations et des voies utilisées pour le commerce. Les calèches, carrioles et autres véhicules sur roues servent également à une certaine élite. Les amérindiens utilisent beaucoup le canot et les raquettes. On voit les premières créations de ce que deviendront les Chemins du Roi.
Combattre en Nouvelle-France traite des combats qui ont comme déclenchement, la plupart du temps, la revendication des terres. Il y a aussi les combats entre les iroquois et les blancs. Ces derniers trouvent parfois des alliés chez les amérindiens. Une grande section fait état des forts et des forteresses, des armes de l'époque et de l'utilisation du territoire, de sa protection.
Condamner en Nouvelle-France m'a particulièrement intéressé. On nous parle des principaux crimes commis et des sanctions qui se veulent exemplaires. La violence est très présente en Nouvelle-France et on n'hésite pas à soumettre les criminels à des peines qui frappent l'imagination des citoyens, afin d'offrir des exemples publiques des conséquences d'un crime et de décourager les autres d'en faire autant. Les prisons, les bourreaux et les suplices sont aussi abordés. Une anecdote intéressante: les avocats à l'époque n'avaient pas le droit de pratiquer leur métier sous prétexte qu'ils ne font que prolonger inutilement les causes...
Se soigner en Nouvelle-France est également un aspect qui m'a très intéressée. L'accouchement est une affaire de femmes. Le médecin n'intervient jamais, sauf en cas de complications graves.
Le sucre d'érable est envoyé en quantité en France. Il est réputé pour aider à soulager les maux de gorge et de poitrine. Cette section fait état des épidémies, des balbutiements de la médecine qui se contente souvent de purger le corps par l'administration de vomitifs, de lavements et de saignées, plutôt que de le guérir. Il n'existait que peu de méthodes pour anesthésier un corps malade avant une opération. Heureux celui qui avait les moyens de s'offrir alcool et opium, autrement, on n'hésitait pas à scier à vif un bras souffrant d'engelures sévères ou de gangrène... La médecine fait peur à l'époque, et on le comprend. Les gens meurent parfois d'infection suite à une intervention. La médecine de l'époque a tout de même de quoi donner quelques frissons...
S'instruire en Nouvelle-France nous parle de la création des écoles, de l'instruction différente donnée aux garçons et aux filles. À cette époque, il n'y a pas d'imprimerie, de librairie et encore moins de bibliothèque publique. Les bibliothèque privées se contruisent tranquilement. Les livres nous arrivent de France et sont parfois recopiés à la main. Ce chapitre se consacre beaucoup à l'instruction, mais également à la culture de l'époque: la musique (essentiellement religieuse), les chants, l'apprentissage d'un métier.
Sauver son âme en Nouvelle-France nous raconte le rôle de l'église au Nouveau Monde à cette époque. La ferveur religieuse était très forte, puisque les rituels religieux étaient partie prenante de la vie quotidienne. On encourageait les reliquaires, les prières, les dévotions, la confession, tout pour sauver son âme de pauvre pécheur. Il est intéressant de voir que les Croix de chemin que l'on trouve encore aujourd'hui, ont fait leur apparition en Nouvelle-France. Même en voyage, les colons s'arrêtaient pour prier Dieu. Ce chapitre fait aussi une petite incursion du côté du malin, en nous parlant de l'intervention du "magique", tel qu'on le croyait à l'époque, de Satan, qui plane sur tout et chacun; et de la sorcellerie, qui a été très peu présente ici, mais tout de même.
J'ai lu ce beau livre pendant plusieurs semaines, en m'offrant chaque soir quelques pages, pour me laisser le temps de relire certains passages, revoir certaines images et surtout apprécier à sa juste valeur tout le travail de l'auteur. Entre les différents chapitres, il y a trois actes, où l'on nous offre une petite histoire sur les premiers arrivants. Ces très beaux textes sont l'oeuvre de la conjointe de l'auteur, Nicole Castéran. Chercher fortune en Nouvelle-France nous offre un panorama des débuts de notre pays, à travers de nombreux éléments de la vie quotidienne. En trois parties, de l'arrivée des premiers colons où survivre est la priorité; en passant par l'aventure que constitue le Nouveau Monde; ainsi que la création et le développement d'une société nouvelle, ce livre se veut un regard sur des années d'Histoire qui constituent notre passé. Il s'agit d'un livre idéal pour débuter des lectures sur le sujet, puisqu'il est complet et offre un tour d'horizon sur de multiples sujets. Une magnifique découverte, un voyage dans le temps réellement captivant!
17 septembre 2008
Spirit Lake
Sylvie Brien
Gallimard Scripto
237 pages
Résumé:
Québec, 13 mai 1915, Dans l'infirmerie ou camp de détention de Spirit Lake. Peter Gaganoyitch agonise sur un lit de camp. Il n'a que quatorze ans. Comment en est-il arrivé là ? Trois mois plus tôt, il débarquait au Canada, avec Iwan, son frère, et sa grand-mère adorée fuyant la guerre et l'Autriche-Hongrie. Ils pensaient atteindre un nouveau paradis... Comment un jeune garçon, interné au milieu d'un no man's land de glace, utilise miraculeusement ses qualités humaines, son imagination. Et comprend que le bonheur se choisit chaque matin, au saut du lit, comme un vêtement. Un magnifique roman, une magistrale leçon de vie
Mon commentaire:
Spirit Lake relate la vie de réfugiés exédiés dans le camp de détention de Spirit Lake, au nord du Québec. Considérés comme des ennemis, ils ont été enfermés au camp de travail, avec tout ce qui accompagne cette détention: nourriture pauvre et insuffisante, travail rude, conditions difficiles et situation géographique pénible aux gens non équipés pour affronter les rigueurs de l'hiver. À partir d'une partie de notre histoire, Sylvie Brien donne vie à Peter, un jeune réfugié qui est tout de suite pris en grippe au camp par un des capitaines. À force d'aide, d'imagination, et d'un brin de fantastique Peter croira que l'avenir peut s'annoncer positif, même à travers les plus pénibles épreuves. L'histoire est construite en alternant passé et présent, pour nous faire comprendre par où Peter - et les autres détenus de Spirit Lake - ont pu passer. Rempli d'émotion, ce roman nous offre une leçon de vie et de courage.
En complément:
Une visite intéressante à travers l'histoire sur le site non officiel du Camp de Spirit Lake.
04 septembre 2008
Saga des émigrants 8: Dernière lettre au pays natal
Vilhelm Moberg
Série La Saga des émigrants tome 8
Gaïa
279 pages
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Résumé:
Alors que la guerre entre le Nord et le Sud fait rage dans des Etats d'Amérique en pleine expansion, les Suédois venus s'installer dans le Minnesota au bord du lac Ki-Chi-Saga prennent racine. La colonie s'accroît, et la plus grande confusion règne en matière de religion. Tandis que les colons du Minnesota prospèrent sur des terres qu'ils croient dûment acquises, la révolte gronde. Le 17 août 1862, les tribus sioux se soulèvent. Affamés, dépossédés de leurs terres et abusés par le gouvernement du Minnoseta qui ne leur a pas versé à temps la somme promise en échange de leurs territoires, les Indiens engagent leurs représailles. Un terrible massacre, parti des terres les plus reculées et remontant la vallée de la rivière Minnesota. Les riverains du lac Ki-Chi-Saga, bien qu'avertis du danger par le soldat William J. Sturgis et sa fantastique chevauchée, verront la mort de près. Karl Oskar est bien conscient du danger imminent : mais peut-il quitter le chevet de sa bien-aimée Kristina, alors que celle-ci est gravement affaiblie par une nouvelle grossesse ? Dans un pays à feu et à sang, mais où la nouvelle génération se mêle peu à peu, jusqu'à en oublier sa langue d'origine, à celle issue d'autres pays d'Europe, La dernière lettre au pays natal voit les paysans suédois de Ljuder, définitivement émigrés, parvenus au terme de leur voyage.
Mon commentaire:
Déjà la fin! La guerre sévit entre les états du nord et ceux du sud. Les Sioux, eux, se rebellent et attaquent sans prévenir les émigrants. Le gouvernement devait leur donner des indemnités pour les terres qu'ils ont dû libérer aux émigrants, indemintés qu'ils n'ont pas reçu. Les Sioux se vengent et massacrent les paysans. Karl Oskar envoi ses enfants en lieu sûr et s'occupe de sa femme, qui se remet difficilement d'un autre accouchement. Les événements s'enchaînent et on sent la fin qui approche. Il ne reste que quelques pages... jusqu'à cette fameuse dernière lettre envoyée en Suède. Touchante. Triste. Mais qui complète bien la série et termine, à sa façon, le cycle de la vie...
Cette excellente série, qui mérite amplement d'être découverte, existe aussi en cinq tomes dans la version du Livre de poche. Je ne peux que conseiller la lecture de l'histoire de ces paysans Suédois qui ont vécus une aventure sans pareille, en quête d'une vie meilleure... Cette saga est un témoignage sans pareil de toute une partie de l'histoire américaine et suédoise, soit celle de l'émigration de centaines de milliers de suédois vers le Nouveau monde, en quête de terres fertiles et d'une vie meilleure. Une série absolument bouleversante, qui m'a fait sourire, espérer, pleurer... Plusieurs images de certaines scènes me restent toujours à l'esprit. Il m'arrive fréquemment de repenser aux personnages comme à de vieux amis... C'est une lecture très marquante. Une saga incontournable, à lire absolument!
14 août 2008
Au clair de l'amour
Kit Pearson
Série Norah et Gavin tome 2
Éditions Pierre Tisseyre
310 pages
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Résumé:
Norah, jeune invitée de guerre avec son frère, passe l'été avec une famille canadienne au bord d'un lac.
Mon commentaire:
Ce roman jeunesse raconte l'été d'une jeune invitée de guerre, Norah, qui vit au Canada avec son petit frère Gavin. Les deux jeunes anglais ont été invités pour échapper un peu à la guerre qui fait rage dans leur pays. Ils sont accueillit par deux femmes, issues de la bourgeoisie, et partent en vacances avec elles. Elles rejoignent toute leur famille dans une grande maison au bord d'un lac. Norah et Gavin sont donc entourés d'adultes, d'enfants et de jeunes de leur âge. Pour Norah, c'est l'été des découvertes. Au bord de l'eau, elle apprivoise la nature, mais aussi la vie dans une famille nombreuse, entre les vieilles dames qui paressent au lit, les conseils des uns et des autres, les secrets, les amours d'été... Norah découvre sa féminité et les tourments d'un premier amour.
Ce roman, avec la seconde guerre mondiale qui fait rage en toile de fond, nous parle du conflit du point de vue européen, à travers les yeux de Norah, mais aussi du point de vue canadien à travers les idées des Drummond, la famille qui accueille Norah. Même s'il a été écrit il y a de nombreuses années, ce roman est actuel dans le questionnement des adolescents. C'est une lecture agréable, parfaite en vacances, qui sent l'été, l'eau et la nature. Kit Pearson nous happe dans son histoire et on ne ferme le roman que lorsqu'on a tourné la dernière page. Malheureusement, ce livre est plutôt difficile à trouver en français, puisqu'il ne semble plus édité. Il peut être trouvé plus ou moins facilement en bibliothèque ou alors en anglais, sous le titre Looking at the moon.
Ce livre a remporté le Manitoba Young Readers' Choice Award, alors que plusieurs autres volumes de Kit Pearson ont remporté de nombreux et prestigieux prix.
J'ai appris tout récemment que le livre Au clair de l'amour fait parti d'une trilogie. J'ai lu et relu ce livre lorsque j'étais plus jeune et je ne me suis jamais rendue compte qu'il y avait des suites. Au clair de l'amour est en fait le deuxième tome de l'histoire de Norah et Gavin, mais peut se lire séparément sans aucun problème.
Les titres de la trilogie, pour s'y retrouver:
Tome 1: Le ciel croule (The sky is falling)
Tome 2: Au clair de l'amour (Looking at the Moon)
Tome 3: Le chant de la lumière (The Lights Go on Again)
La trilogie complète a aussi été publiée en anglais sous le titre The guests of war trilogy.
Le site web très intéressant de l'auteur.






