13 novembre 2009
Maudite poutine!
Charles-Alexandre Théorêt
Éditions Héliotrope
160 pages
Résumé:
De roulottes à patates en cantines, la poutine en a fait du chemin depuis son apparition dans le Québec rural des années 1950. Plus d'une fois qualifiée d'inexportable et suscitant souvent le dédain chez les plus raffinés, la poutine aurait pu rester une simple curiosité culinaire québécoise. Son originalité, son pouvoir d'attraction et son goût inégalable en ont décidé autrement. Aujourd'hui, alors que plusieurs grands chefs d'ici s'amusent à la réinterpréter, que des chansons lui rendent hommage, qu'à la grandeur du territoire les sortes de poutine se multiplient au gré de l'imagination débridée des restaurateurs, la voilà qui amorce une carrière internationale. Maudite poutine ! raconte l'histoire sans pareille de ce plat pittoresque.
Mon commentaire:
La poutine est une curiosité culinaire québécoise qui suscite à la fois la fierté et la honte. C'est un plat un peu "primitif", de fast-food, qui suscite parfois le dédain des gastronomes ou des touristes. La poutine est un plat qui a fait couler beaucoup d'encre, une étrange invention, mais connue de tous et appréciée par la majorité des gens d'ici. À peu près tous les restaurants de fast-food y compris les grandes chaînes nationales comme Mc Donald's offrent de la poutine sur leurs menus. Certaines salles à manger aussi. Chez moi, on en fait aussi à la maison de temps à autre. Le mélange fromage en grains / sauce brune / patates frites peut sembler étrange aux yeux des visiteurs ou des étrangers, alors que pour nous, ce plat fait tout simplement parti du paysage culinaire depuis bien longtemps.
Le livre très sympatique de Charles-Alexandre Théorêt a comme sous-titre "L'histoire approximative d'un plat populaire". Parce que l'histoire de ce plat n'est pas une science exacte. Plusieurs régions se battent depuis des années pour en obtenir la paternité. Qui a été le premier à l'offrir sur son menu? Qui l'a commercialisé? Drummondville et Warwick sont les deux plus féroces compétiteurs pour obtenir le titre de l'inventeur de la poutine (un restaurant de Drummondville a toutefois fait enregistrer ce nom pour lui!)
Le livre est intéressant puisqu'il nous parle de cette histoire s'étendant sur plusieurs régions. Il nous parle aussi du rapport de la poutine à l'étranger, de ceux qui ont eu l'idée de l'exporter (on retrouve aujourd'hui de la poutine aussi loin qu'à Séoul) et de ceux qui lui ont rendu hommage dans la littérature ou les chansons, comme le groupe Mes Aïeux ou alors dans l'album de Lucky Luke, La Belle Province. Succès, échecs, essais, notes, Maudite poutine! nous parle de ce plat tel qu'il est dans notre culture populaire. Il offre aussi des recettes et certains endroits où en déguster. Le livre est aussi l'occasion d'aborder l'identité culturelle et l'identité québécoise par rapport aux autres. Cet aspect est très intéressant. On parle de ceux qui aiment la poutine et de leurs détracteurs. Certains voient aussi dans ce plat populaire un met qui peut nous faire mal paraître, donner l'illusion que nous sommes inférieurs culinairement parlant. Cette comparaison touche à l'essai sociologique. Il y aurait beaucoup à creuser de ce côté là...
Je trouve intéressant pour un peuple, peu importe lequel, d'avoir des plats, des idées, des choses originales qui font parties de son patrimoine. Car que nous soyons amateurs de poutine ou que nous levons le nez sur ce plat populaire, il ne laisse pas indifférent et fera parti, à en voir la popularité toujours grandissante, de notre menu pour encore bien longtemps.
Maudite poutine! est un livre innovateur, amusant et très intéressant à lire. Il mélange l'histoire, la cuisine et la culture populaire, dans un ouvrage coloré et rempli de photos. Il a été bien apprécié à la maison!
29 septembre 2009
Un vent de révolte

Yves Dupéré
Éditions JCL
386 pages
Résumé:
Quinze ans après la chute de la Nouvelle-France, les colonies britanniques en Amérique du nord s'enflamment. Jean Hébert de Courvais, jeune officier dans l'armée du roi Louis XVI, est persuadé que le Canada deviendra rapidement un enjeu principal de la guerre d'Indépendance. Appuyé par son père, Jean décide de quitter le Vieux Continent afin de participer à la libération de la contrée qui l'a vue naître. Pour sa part, sa soeur Alice oeuvre déjà au coeur de la capitale des rebelles : Philadelphie. Agissant à titre d'espionne du roi de France, lors de sa mission, elle manoeuvre dans le milieu bourgeois et croise des personnages clés des événements à venir.
Mon commentaire:
Je voulais lire Yves Dupéré depuis longtemps et c'est avec ce roman que je me suis lancée. Un vent de révolte est un roman historique intéressant, qui nous plonge dans une époque tourmentée: celle de la Guerre d'Indépendance, des années après la chute de la Nouvelle-France. Les enjeux politiques sont importants et de nombreux personnages gravitent autour des plus grands hommes de pouvoir du moment. Le roman a la particularité de mettre en scène, entre autres, deux jeunes femmes fonceuses et volontaires, qui n'ont pas froid aux yeux. Qu'il s'agisse de Geneviève, une jeune femme révoltée contre ce que les anglais ont fait subir à sa famille ou bien d'Alice, une française qui oeuvre dans l'espionnage, les deux femmes apportent un petit plus à l'histoire et leurs péripéties sont passionnantes.
Le roman est très bien documenté et nous offre une vue d'ensemble des ficelles du pouvoir de l'époque: les enjeux, ce que les élus étaient prêts à faire pour arriver à leurs fins, ainsi que les dessous de l'espionnage. Cette partie est très intéressante. Être espion dans les nouvelles colonies n'est pas de tout repos. Il faut des nerfs solides, qu'on soit une femme ou non. Certains n'hésitent pas à utiliser la menace ou carrément la torture pour parvenir à soutirer les secrets d'un agent.
L'auteur maîtrise parfaitement son sujet et son intrigue. Il y a toutefois beaucoup de personnages et il m'est arrivé de les mélanger quelques fois. Les péripéties cependant sont intéressantes, même si elles ne sont pas toujours roses. Certaines scènes de tortures sont franchement épouvantables, mais elles ne sont pas très nombreuses et on en comprend la raison. Elles servent aussi à esquisser un personnage qui est vil, cruel et qui n'hésite pas à sacrifier les autres pour parvenir à obtenir le pouvoir.
Un roman historique qui se lit avec beaucoup d'intérêt, particulièrement bien soigné en ce qui concerne l'aspect historique. Une rencontre réussie avec l'auteur, dont je renouvellerai probablement le plaisir, puisqu'il a deux autres romans à son actif.
02 septembre 2009
L'orpheline
Georges Lafontaine
Guy Saint-Jean éditeur
410 pages
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Résumé:
À la mort de sa mère, Agathe Lecours apprend qu’elle doit disperser les cendres de la défunte dans le lac Achigan. Cette tâche se transforme en casse-tête lorsque la jeune notaire découvre qu’il existe plusieurs lacs Achigan en Outaouais. Agathe se lance donc à la recherche de ses ancêtres avec pour seul indice une vieille photographie. Ses découvertes et rencontres, remontant jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, feront surgir du passé de vieux secrets, parfois honteux, que certains préféreraient enterrer pour toujours. Elle provoquera également la colère d’individus qui tenteront de dissuader la jeune femme de poursuivre ses fouilles indiscrètes…
Mon commentaire:
Ce roman est tout simplement passionnant! J'ai découvert Georges Lafontaine avec son roman Des cendres sur la glace. J'avais enchaîné avec la suite, Des cendres et du feu, puis avec Le parasite, un roman très différent des deux premiers. J'ai toujours adoré ses romans et je sais que j'aimerai les suivants. Georges Lafontaine écrit toujours sur des sujets qui m'intéressent, me passionnent ou qui piquent ma curiosité. La nature, l'amour et l'Histoire prennent une grande place dans ses romans. Georges Lafontaine est l'un de mes auteurs préférés. Je sais qu'en ouvrant l'un de ses livres je ne serai pas déçue.
L'orpheline ne fait pas exception à la règle. Le roman nous raconte en parallèle deux histoires, qui se recouperont au fil du temps. D'abord, il y a celle d'Agathe, en 2005. Agathe qui doit trouver le fameux lac où, selon les dernières volontés de sa mère, elle doit disperser ses cendres. Ce simple geste s'avère plus difficile que prévu et bouleversera la vie de la jeune femme. Sa venue à Bouchette est autant appréciée par certains qu'elle en dérange d'autres... Ensuite, il y a les passages historiques, se déroulant de 1938 à 1943, qui entrecoupent en quelque sorte les recherches d'Agathe. Ce qui est absolument captivant dans cette partie, c'est que l'auteur se base sur des faits réels: la présence d'espions allemands au Québec pendant la guerre, l'antisémitisme (parfois encouragée par le clergé) qui avait ses adeptes chez nous aussi, ainsi que la présence de sous-marins allemands dans le fleuve Saint-Laurent. Des faits historiques moins connus qui sont passionnants à découvrir.
Avec ce roman, nous plongeons dans la chronique d'un village au temps de la guerre. C'est aussi un fabuleux portrait de toute une époque, la façon dont fût perçue la guerre par les canadiens-français, qu'ils soient pour, contre, déserteurs, parents ou familles qui ont perdu un enfant à la guerre. Les chapitres où Agathe est le personnage principal nous mènent sur les pas de quelqu'un à la recherche de ses racines. Mais ses recherches généalogiques dérangent les habitants, qui préfèrent voir leurs secrets enterrés à tout jamais.
Le roman est complété par des notes de l'auteur en fin de volume, nous expliquant ses recherches. Il démystifie la fiction du fait réel en nous présentant les personnages de son roman qui ont existés. Je trouve ce genre de dossier absolument captivant! Le sujet nous donne envie d'en savoir plus.
Un très bon moment de lecture. Vivement le prochain roman!
13 août 2009
L'été de l'île de Grâce
Madeleine Ouellette-Michalska
Québec/Amérique
351 pages
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Résumé:
À l'époque des grandes épidémies du siècle dernier, des milliers d'immigrants débarquaient à la station de quarantaine de la Grosse-Île, située à une trentaine de milles en aval de Québec. Pour des milliers d'entre eux, cette île déserte, qui avait déjà porté le nom d'île de Grâce, fut l'île de la souffrance et de la mort.
Mon commentaire:
Ce roman est une fabuleuse découverte! Immensément riche, il offre des heures de lecture captivante pour qui s'intéresse à Grosse-Île et au sort des gens qui y ont vécus, le temps de quelques semaines, d'une saison. Ce roman met en scène Milroy, un médecin envoyé sur l'île pour y être le directeur médical. Il y a aussi sa famille, qu'on aperçoit à plusieurs reprises. Les personnages sont profondément humains, très fouillés, complexes. Ils ont des faiblesses, des sentiments, des espoirs. Ils sont particulièrement bien décrits et l'auteur nous donne l'impression de les connaître véritablement. Autour de Milroy gravite aussi Persévérance, une "vieille fille" qui passe sa vie au service des autres. Le temps d'un été, elle doit s'occuper de la maison du docteur sur l'île, préparer les repas, fournir aide et réconfort. Elle connaît très bien les herbes et concocte toutes sortes de sirops et de remèdes pourvus de vertus miraculeuses. Plus tard, dans le roman, se joindra à eux un européen, inventeur d'un fluide guérisseur, hautain et imbu de lui-même. Il est détestable, mais avec l'aide de Persévérance, nous apprenons à le connaître et même, à l'apprécier!
Les personnages sont inoubliables. Difficile de les laisser partir, lorsque la lecture est terminée. Ils ont des doutes, des aspirations. Ils sont des rocs dans la misère humaine qui les entoure, mais en même temps, parfois faibles, comme peuvent l'être les humains. Ils sont pleins de contradictions et ne demandent qu'à vivre et à faire de leur mieux pour abréger la souffrance des autres.
Certains passages sont captivants. Persévérance est une femme adorable et sa cuisine aux herbes m'a beaucoup intéressée. L'impuissance de Milroy et des médecins de l'île face au peu d'aide qu'ils reçoivent du gouverneur nous touche profondément. Les bateaux arrivent par centaine, les immigrants malades s'entassent partout, des des conditions effroyables et pourtant, même s'il n'y a plus de place, Milroy et ses coéquipiers doivent les accueillir. Ils font des miracles les mains vides. Pendant ma lecture, j'ai souvent pensé à ces médecins qui ont oeuvrés sur l'île. À ceux qui y sont passés. Ce roman est criant de vérité. On y croit. On vit, l'espace d'un moment, nous aussi Grosse-Île en période d'épidémie.
L'été de l'île de Grâce est un roman lent, qui met en place l'histoire, les personnages, le temps qui passe. Il est construit comme un roman, mais presque à mi-chemin avec le documentaire. Le livre est une mine d'informations incroyables sur la vie sur l'île, sur la médecine qui y était pratiquée, sur la "fièvre des bateaux", la navigation et sur les sentiments qui ont pu traverser les gens qui y ont réellement vécus. C'est un roman rempli d'humanité, très touchant, tragique aussi. C'est un hymne à la vie qui continue, au temps qui passe et à tout ceux, connus ou non, qui ont fait de l'histoire ce qu'elle est aujourd'hui.
Quelques extraits:
"Partageant la croyance de l'époque, le capitaine Clark avait donné ordre à ses artilleurs de tirer plusieurs coups de canon pour chasser l'odeur pestilentielle apportée par les immigrants." p. 45
"Le capitaine Clark répéta pour la troisième fois que trente voiliers atteindraient bientôt la Grosse-Île. Le docteur Milroy s'appuya sur un coude, se demandant s'il avait bien entendu: non pas huit vaisseaux d'affilée comme la dernière fois, mais trente. Le cauchemar recommençait, en plus terrible. Trente voiliers d'un coup, c'était plus que ce que la plus extravagante prévision ne leur eût jamais permis d'entrevoir. Au bas mot, cela représentait huit à neuf mille personnes, deux fois plus de gens qu'il n'en fallait à l'une des municipalités riveraines pour acquérir le statut de cité. Où caserait-il tous ces immigrants, alors que tous les lits disponibles étaient occupés? Sans abris, comment pourraient-ils accueillir ceux et celles qui débarqueraient là-bas, déçus de ne pas trouver l'Amérique qui roule sur l'or, l'Amérique où triomphent la liberté et tous les bonheurs espérés?". p.56
"En temps d'épidémie vous connaissez la répartition des tâches: un quart de la population tombe malade, un autre quart meurt, la moitié restante prend soin des premiers et enterre les seconds." p.135
En complément:
Ce roman est l'un des plus beaux que j'ai pu lire sur Grosse-Île. Toutefois, il existe d'autres romans très intéressants sur le sujet, qui abordent les choses d'un autre point de vue ou d'une autre façon. Je vous suggère tout d'abord le très beau documentaire d'Anne Renaud. Le roman Fièvre d'Andre Barrett nous parle aussi de l'île du point de vue d'un médecin. Monsieur John de Guy Dessureault, raconte l'île du point de vue d'un enfant. En terminant, vous pouvez visiter virtuellement Grosse-Île et en apprendre plus sur cette période tragique de notre histoire.
10 juillet 2009
Voyage en pays Mohawk: état de New York, Hiver 1634-1635
Harmen Meyndertsz Van den Bogaert
Illustré par George O'Connor
Dargaud
141 pages
Résumé:
Hiver 1634, un jeune commerçant quitte le poste avancé de la petite colonie hollandaise de file de Manhattan pour explorer le pays Iroquois, où la tribu Mohawk contrôle les principales routes commerciales. Harmen Meyndertsz Van den Bogaert et ses amis s'enfoncent dans ce qui est aujourd'hui l'Etat de New York, échangeant des outils et des armes contre un abri, de la nourriture ou des fourrures, et cherchent à établir de nouveaux liens d'amitié avec les Indiens. Tout au long de ce voyage, Van den Bogaert tient un journal, note ses peurs et ses succès, ainsi que les conditions extrêmes de cette aventure. Quatre siècles plus tard, cet authentique et rare document historique est adapté en bande dessinée avec le plus grand souci de fidélité à la réalité historique, et ramène à la vie une époque peu connue de l'histoire américaine.
Mon commentaire:
Harmen Meyndertsz Van den Bogaert a vraiment existé. C'est un jeune Hollandais qui, avec ses compagnons, s'enfonce dans les terres hostiles de ce qui est aujourd'hui l'état de New York, afin de créer de nouveaux liens avec les Indiens. Son voyage a lieu à l'hiver 1634-1635 et il tient un journal de son expédition. À défaut de trouver le journal de Van des Bogaert, un document rare et peu courant aujourd'hui, ce roman graphique de George O'Connor est une oeuvre très intéressante pour qui s'intéresse à l'histoire et aux indiens. Le texte de Van den Bogaert est à la base des illustrations de O'Connor. L'auteur prévient que tous les textes sont tel que Van den Bogaert les avait écrit à l'époque.
Nous plogeons donc dans les forêts de l'état de New York, sur les traces des premiers commerçants avec les indiens et des premiers explorateurs en quête de liens commerciaux. C'est également l'occasion d'apprendre les us et coutumes des différentes tribus et de vivre, l'espace d'un hiver, la dure existence des hommes qui devaient combattre les éléments, la faim, le froid. À partir du texte original de Van den Bogaert, le dessin de George O'Connor donne une dimension plus humaine, moins académique à l'histoire de ces commerçants, et offre du même fait quelques clins d'oeil d'humour.
L'introduction et la postface, écrites par George O'Connor, sont très intéressantes et mettent en lumière le travail du dessinateur ainsi que sa découverte du journal de Van den Bogaert. Un petit lexique accompagne le tout. O'Connor rend un bel hommage à Van den Bogaert, dans les derniers paragraphes de sa postface.
J'ai beaucoup aimé ce livre, c'est une belle découverte qui donne envie d'en savoir plus sur cette époque de l'histoire et sur ce commerce qui liait les blancs des amérindiens.
25 juin 2009
La Grosse île: terre de chagrin et d'espoir
Anne Renaud
Les éditions Homard
24 pages
Résumé:
De 1832 à 1937, plus de quatre millions de personnes ont traversé l’Atlantique jusqu’au port de Québec dans le rêve de se créer une vie meilleure dans le Nouveau Monde. Durant cette période, une petite île appelée la Grosse-Île, située à 50 kilomètres en aval du port, a servi de station de quarantaine. Elle avait pour mission d’éviter que les passagers des navires ne répandent des maladies sur le continent. Ce livre retrace l’histoire de l’île qui a servi à la fois de porte d’entrée et de cimetière pour les milliers de gens qui ont accosté sur ses rives, et des ouvriers de l’île dévoués qui les ont accueillis.
Mon commentaire:
Cet album, d'abord conçu pour la jeunesse, est très intéressant pour tous. Le texte est assez concis, mais le livre peut être lu avec plaisir pour les jeunes à partir de 8 ans environ. Les adultes y trouveront leur compte dans la mise en page soignée et l'occasion de voir en images un peu de la vie des émigrants irlandais qui ont quitté leur pays en quête d'une vie meilleure de ce côté-ci de l'océan. Des guerres Napoléoniennes jusqu'au lieu de mémoire qu'est aujourd'hui Grosse-Île, l'auteur nous plonge sur les mers et nous explique les débuts de l'île. À l'époque, la traversée en bateau jusqu'ici dure en moyenne de six à dix semaines. Les irlandais quittent en masse leur pays avec l'espoir au coeur, car le mildiou attaque leurs récoltes. Grosse-Île est d'abord une station de quarantaine pour les bateaux arrivant au Canada. Le choléra sévit sur les navires et les médecins ne savent pas comment se transmet la maladie. Ils examinent rapidement les passagers et délivrent un certificat sanitaire au navire. Mais plusieurs passagers tombent malades après avoir franchit le poste de quarantaine et la propagation augmente dans les colonies.
Le livre est très intéressant puisque c'est l'occasion de voir des affiches de l'époque, des objets utilisés par les émigrants, d'en apprendre plus sur les moeurs et coutumes, sur la médecine, mais aussi sur les différents narives. On apprend entre autre que le Jeanie Johnston avait à son bord un médecin aux aguets, qui insistait sur l'hygiène et le grand air. Il fera 16 traversées et aucun de ses passagers ne sera malade. Ce qui est d'autant plus rare que de nombreux navires sont rebaptisés les "navires-cercueils"...
Un fait qui m'a également étonnée et auquel je n'avais jamais pensé, c'est que de nombreux employés travaillent dans l'île et qu'une douzaine de familles, avec leurs enfants, y vivent. Ils ont une école, entretiennent les bâtiments et élèvent des animaux. Après le passage des émigrants, l'île aura plusieurs vocations, avant de devenir un site historique en 1974. Les dernières pages du livre y sont consacrés.
Lieu de tristesse, de mort pour plusieurs, étape vers une nouvelle vie pour d'autres, Grosse-Île est un lieu chargé d'histoire que je souhaite ardemment pouvoir visiter un jour...
En complément:
Pour d'autres livres sur Grosse-Île, cliquez ici. Des nouveaux titres s'ajouteront au fil du temps.
Faites une visite virtuelle de Grosse Île.
21 juin 2009
Rapide blanc
Pascal Blanchet
La Pastèque
150 pages
Résumé:
Rapide-Blanc se trouve aux abords de la rivière Saint-Maurice et d'un barrage hydro-électrique. À l'époque, ce «village de compagnie» avait été érigé par la Shawinigan Water and Power à l’intention des ouvriers de l’entreprise. Isolés en forêt, les gens devaient donc habiter sur place. Il y avait une petite station de ski, une église, un magasin général; bref, c'était un microcosme d'un véritable village. Dans les années 70, le village a été démantelé. Aujourd'hui, il reste encore sept ou huit maisons en brique. Un village fantôme, comme on en trouve des dizaines sur le bord des rivières du Nord québécois.
Mon commentaire:
Rapide Blanc est un petit village créé de toutes pièces par la Shawinigan Water and Power Company à une soixantaine de kilomètres au nord de La Tuque. Ce village abritait en fait une centrale électrique construite autour de 1930. Pour inciter des travailleurs à s'y rendre, la compagnie fit construire un beau village. Celui-ci fut fermé en 1971 par Hydro-Québec, victime en quelque sorte des progrès de la technologie. Le village abrita au cours de sa courte existence environ une cinquantaine de maison et 250 personnes.
L'album de Pascal Blanchet nous raconte en accéléré l'histoire de ce village, de sa conception jusqu'à sa fermeture. Il retrace à travers ses images très graphiques et une économie de mots, tout ce que fut Rapide Blanc. C'est un album très intéressant puisqu'il nous parle d'un sujet qui existe peu, celui des villages fantômes, mais surtout, de ceux qui y ont habités et des raisons pour lesquelles ils ont dû quitter leurs maisons. À mi-chemin entre la bande dessinée et l'album (car il n'y a pas de bulles ni de case mais le livre utilise une page pour une image) Pascal Blanchet fait revivre tout un monde aujourd'hui disparu. C'est un livre qui vaut la peine, un peu court toutefois, mais qui me donne envie de découvrir les autres oeuvres de l'auteur: La fugue et Bologne.
En complément:
Je vous invite à visiter le site du Rapide-Blanc, qui recrée à l'aide de photos historiques et d'articles de journaux la vie dans ce petit village.
18 juin 2009
Nos étés - L'esprit des vacances dans le bas du fleuve (1900-1930)
Sébastien Brodeur
Trécarré
160 pages
Résumé:
Comme en témoignent les personnages de la série Nos étés, les vacanciers fréquentent depuis longtemps les paysages majestueux du Bas-Saint-Laurent. Le temps d'une saison, ils chantent, dansent et respirent avec ravissement un air pur ou se mêlent les arômes salins du grand fleuve et les parfums enchanteurs de la campagnes. Qu'ils courent les nombreuses soirées galantes ou ne cherchent qu'à se reposer sur les grèves paisibles, leur présence marquera à jamais ce charmant coin de pays. C'est leur histoire qui est ici relatée, L'histoire de la famille Desrochers, de leurs voisins les Belzile et de tous les autres villégiateurs venus d'aussi loin que Toronto ou New York pour admirer les beautés naturelles et rencontrer les gens de cette région exceptionnelle qui borde les rives du Saint-Laurent.
« Ici, respirons, roulons-nous sur l'herbe, attrapons les mouches, plongeons-nous dans la marée montante...»
Arthur Buies, 1873
Mon commentaire:
Nos étés c'est d'abord et avant tout une série télévisée racontant le destin de deux familles, dans le Bas-Saint-Laurent. Cette région était une destination très prisée des bourgeois au début des années 1900. Qu'on ait vu ou non la série, ce livre de Sébastien Brodeur demeure un ouvrage très intéressant pour qui se passionne pour l'histoire. À travers de nombreux aspects comme l'hébergement, les transports, les divertissements, on apprend à mieux connaître ceux qui venaient passer de longs mois de vacances dans le Bas-Saint-Laurent.
Le livre est construit en alternant des photographies tantôt issues des archives, tantôt tirées de la télésérie. On fait facilement la différence entre les deux puisque ces dernières sont en couleurs. Dans ce livre, on apprend une foule d'anecdotes intéressantes. Les vacances étaient avant tout réservées à une certaine élite, la plupart du temps de grandes familles anglaises. L'idée de partir en villégiature pendant de longs mois est d'ailleurs une idées typiquement anglaise. À l'époque, les journaux locaux tenaient une liste des faits et gestes de la région, indiquaient les arrivées et les départs de telle ou telle famille. La présence de certaines personnes respectées pouvaient faire la renommée d'un petit village qui devenait tout à coup la destination tendance. Certaines anecdotes sur l'idée qu'on se faisait des voitures, sur les convenances ou même le maillot de bain font certainement sourire aujourd'hui. J'ai été également étonnée d'apprendre que plusieurs familles de cultivateurs offraient leur maison en location aux plus nantis et convertissaient le "fournil" (sorte d'hangar ou de bâtiment de ferme) en maison estivale pour eux-même. L'arrivée des estivans étant une source de revenus non négligeable pour plusieurs familles de la région.
Nos étés est un très beau livre sur une certaine partie de notre histoire peu exploitée, celle du divertissement et du délassement, longtemps réservée à l'élite et la bourgeoisie. Alors que pour leur part, les classes moyennes et les plus pauvres, étaient plutôt au service de ces bourgeois qui venaient de loin et débarquaient pour plusieurs mois avec leurs domestiques et des tonnes de malles. Ce livre porte bien son sous-titre puisqu'il véhicule à merveille l'esprit des vacances d'une certaine époque et l'histoire estivale de toute une région.
17 avril 2009
Les 7 filles d'Avalon
Isa-Belle Granger
Éditions Michel Quintin
477 pages
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Résumé:
Éloise se rend en Angleterre pour aller faire sa maîtrise en littérature anglaise à la prestigieuse Université de Bristol. Pour elle, c'est le début d'une passionnante quête de secrets entourant Guenièvre et le roi Arthur, les héros de sa légende préférée. Pourtant, là-bas, bien des surprises l'attendent, à commencer par l'arrogance et la froideur que lui témoigne Wallegh, son directeur de thèse. Entraînée dans une valse où s'entremêlent le présent et le passé, la jeune fille voit son univers basculer quand elle découvre la prophétie des sept filles d'Avalon et le sombre secret de Wallegh. Dès lors, le rêve d'Éloise se transforme en cauchemar...
Mon commentaire:
Quelle aventure que la lecture de ce roman! Incroyablement bien documenté, l'histoire d'Éloise et de ce qu'elle découvrira à la lumière de ses recherches pour son mémoire de maîtrise se forme sous nos yeux ébahis au fil des pages. Mêlant adroitement différentes légendes aux grandes lignes de la religion catholique et aux différents mythes, l'auteur nous offre une histoire complexe, touffue, que l'on découvre en même temps que l'héroïne au fil de ses recherches. Ses idées sur ce qui lui est dévoilé nous sont partagées également à travers les pages de son journal, reproduites au fil du récit. L'écriture est vive, elle donne beaucoup d'ampleur et de détails à l'histoire tout en nous poussant à savoir ce qui se cache derrière la prophétie. Le contraste entre la culture anglaise et québécoise est intéressante et il y a aussi beaucoup de clins d'oeil à ce sujet. Même s'il s'agit d'un roman fantastique faisant survenir toutes sortes de théories sur l'Histoire et les légendes, les personnages sont très crédibles et très attachants. L'atmosphère feutrée du Manoir, de ses secrets, du personnel, de la bibliothèque, l'heure du thé autour de scones tout chauds et de théories élaborées entre Éloise et Philip donne un ton des plus intéressant au roman et complète bien la quête principale. J'ai passé d'excellents moments de lecture avec cette histoire, qui regroupe beaucoup de choses qui me plaisent: les légendes,la littérature, l'Angleterre, les croyances, l'histoire... Une très belle découverte! Je compte bien récidiver et lire les deux autres romans d'Isa-Belle Granger.
29 mars 2009
15 février 1839: lettres d'un patriote condamné à mort
Chevalier de Lorimier
Agone / Comeau & Nadeau
125 pages
Résumé:
Puisse mon exécution et celle de mes compagnons d'échafaud vous être utiles.
Puissent-elles vous démontrer ce que vous devez attendre du gouvernement anglais. Je n'ai plus que quelques heures à vivre, mais j'ai voulu partager ce temps précieux entre mes devoirs religieux et ceux à mes compatriotes. Pour eux, je meurs sur le gibet de la mort infâme du meurtrier, pour eux je me sépare de mes jeunes enfants, de mon épouse, sans autre appui que mon industrie et pour eux je meurs en m'écriant : Vive la Liberté, Vive l'Indépendance.
Chevalier de Lorimier " Au-delà des lettres de Chevalier de Lorimier, il y a son combat. Et nous devons apprendre les leçons de l'Histoire pour ne pas répéter les mêmes erreurs. " Pierre Falardeau.
Mon commentaire:
15 février 1839. Date de la pendaison de plusieurs patriotes qui se sont battus pour faire valoir les droits des francophones. Emprisonnés pour leurs idéaux, certains ont été exportés dans des colonies pénitenciaires en Australie par exemple. D'autres ont été pendus. Chevalier de Lorimier est l'un d'entre eux. Ce recueil de lettres regroupent celles qu'il a écrite dans sa cellule, avant sa mort. Il sait qu'il va mourir, la date est fixée. Il livrera des lettres touchantes à ses amis, à sa femme bien-aimée, à sa famille, ainsi qu'un testament politique, sûrement le texte le plus connu de De Lorimier. Ses lettres sont profondément émouvantes et font vibrer la fibre de la justice en nous. On ressent toute la conviction de De Lorimier pour la cause, sa tristesse de mourir en laissant sa femme et ses enfants, mais la conviction de le faire pour son pays. Un recueil de lettres à lire, pour se souvenir...
Deux extraits:
"Dans le peu de temps qui s'est écoulé depuis le jour de l'union sacrée de mon mariage à celui de ma mort, tu m'as fait, chère épouse, jouir du vrai bonheur, tu m'as tout prodigué amitié, tendresse et sincérité. Aujourd'hui des assassins avides de sang viennent m'arracher de tes bras, ils ne pourront jamais m'ôter de ton coeur, j'en ai la conviction."
Lettre de Chevalier de Lorimier à sa femme Henriette Cadieux, p.68
Chevalier de Lorimier fut exécuté à Montréal avec ses compagnons Charles Hindenlang, Amable Daunais, François Nicolas et Pierre-Rémi Narbonne le 15 février 1839, vers neuf heures du matin. Sur l'échafaud, Hindenlang lança à la foule le cri de "Vive la liberté!". Chevalier de Lorimier sourit et approuva de la tête. Puis la trappe tomba.
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