30 novembre 2009
La guerre des lumières
Louis Émond
Soulières
130 pages
Résumé:
« – On lui demande de décorer sa maison, il refuse et, le lendemain, on lui apporte des décorations de Noël ! Vous ne trouvez pas ça un peu gros ? C’est presque de l’intimidation.
– Pas de l’intimidation, de l’intégration. On a donné aux Kosky l’occasion de s’intégrer à leur quartier par ce cadeau. (…) »
Jusqu’où les résidants de la rue des Carillons iront-ils pour forcer Nicolas Kosky à faire comme eux ? Faire valoir ses principes relève-t-il de l’humanité ou de l’entêtement ?
Mon commentaire:
L'auteur s'est inspiré de la crise du verglas de 1998 qui eu lieu au mois de janvier. Il s'est questionné à savoir si cette crise aurait été vécue différemment si elle avait eu lieu à Noël. C'est donc le point de départ à toute une réflexion sur la société de consommation, l'acceptation de l'autre, les différences et le respect.
Les Kosky sont de nouveaux venus dans la rue des Carillons. Ils viennent d'arriver au pays. Les autres habitants ont pour coutume de participer à un concours chaque année, concours dont ils sont lauréats, sur la rue la plus illuminée et la plus décorée. Cependant, la maison des Kosky jure dans ce décor de Noël grandeur nature: Nicolas Kosky refuse de la décorer. Pour leurs convictions et parce qu'ils ne veulent pas perdre la face au concours, certains habitants iront très loin pour faire valoir leurs idées...
Le roman est magnifiquement bien construit. Il met en scène en quelque sorte une mini-société en créant un voisinage pour le moins intéressant, avec ses meneurs, ceux dont la conscience est mise à rude épreuve et les nouveaux arrivants qui font face à l'intimidation et au chantage.
La guerre des lumières est une histoire parfaite pour susciter des questionnements et des débats, échanger sur nos valeurs et sur nos idées, qu'elles soient relatives à la fête de Noël et à notre façon de célébrer, à la surconsommation ou à nos liens avec les autres. Un roman profondément humain sur le respect. Ce roman est un petit bijou pour le temps des Fêtes. C'est une histoire qui saura toucher les adolescents comme les adultes. Il est trop peu connu à mon avis et gagne à être lu. L'écriture est d'autant plus de qualité qu'elle est agréable à lire. Une très belle découverte!
Quelques extraits:
"Les vraies raisons de fêter Noël n'existent plus. Et il m'apparaît de plus en plus clair que ceux qui les ont tuées sont ceux-là mêmes qui tenaient tant à les garder en vie." p.60
"Mon impuissance à faire reculer le mouvement enclenché par Ken Prescott, M. Ed et moi-même, me bouleversait. Noël que j'aimais de tout mon coeur, devenait, dans ma propre rue, un objet de discorde dont le champ de bataille était le terrain de nos voisins." p.60
"C'est la loi du conflit, de l'escalade symétrique. Chacun ajoute une pièce à l'édifice jusqu'à ce que tout s'écroule. Le conflit entre l'homme et son voisin puise sa source dans la certitude qu'ils ont tous les deux raison." p.95
28 août 2009
Les saisons vues par Schouster
Hélène Vachon
Les carnets de Schouster - 1
Foulire
80 pages
Résumé:
Qu'est-ce qu'une saison? Qu'est-ce qu'un hiver? Un printemps?
Si vous croyez que l'hiver, c'est de la neige qui tombe et l'été, du vert dans les arbres, si vous pensez que les saisons ne sont que de plates variations de climat, si vous affirmez naïvement que passer de - 30 degrés Celsius à + 30 degrés Celsius ne rend pas fou, compulsif, maniaque ou hyperactif... ce livre est pour vous.
Mon commentaire:
Les éditions Foulire sont les seules éditions au Québec à offrir un catalogue qui mise essentiellement sur l'humour. Leurs livres s'adressent aux jeunes, mais aussi aux moins jeunes et aux parents. Tous leurs livres sont drôles, amusants, loufoques, à lire en famille, à se prêter et à partager. Le personnage de Schouster, créé par Hélène Vachon, ne fait pas exception.
Schouster est un hybride, une créature à mi-chemin entre le chien et la fouine. Il nous ouvre ses carnets pour nous offrir un livre inclassable. Un essai? Un documentaire? Un roman? Un petit guide philosophique? Schouster c'est un peu tout cela à la fois et bien plus. Schouster nous offre un tour des saisons en sa compagnie. Il faut dire que ce petit livre est tout trouvé, la température étant le sujet de conversation numéro un des québécois. Le temps est aussi au coeur de nos vies et Schouster s'en moque aussi un peu.
Il nous fait rire en reprenant d'une page à l'autre, certains gags, comme celui de la tuque à pompon de la tante chevaline (!) et des moyens, au printemps par exemple, pendant la crue des eaux, pour s'en débarrasser (de la tuque, naturellement, pas de la tante!). C'est aussi un petit guide presque philosophique et rempli d'humour sur la façon qu'ont les gens de percevoir les saisons, d'en profiter (ou non), de les aimer ou de les détester. C'est très drôle, amusant et ça se lit avec grand plaisir, avec un sourire. Je vous suggère fortement cette lecture! Le texte est de qualité, le propos intelligent. À conseiller de 10 à 101 ans, tel que prescrit en quatrième de converture!
Il existe d'autres Carnets de Schouster dans la même collection, que je compte bien découvrir!
À noter que ce livre a été finaliste au Prix littéraire du Gouverneur général en 2007 et finaliste pour le Prix des abonnés des bibliothèques de Québec pour la même année.
Quelques extraits:
"Les saisons sont des phénomènes hybrides. En principe, ce sont des périodes de l'année caractérisées par un certain climat et une certaine couleur: l'hiver est blanc, l'été est vert, l'automne est rouge et jaune, et le printemps... on ne sait pas. [...] Les saisons ont en principe une durée égale: trois mois chacune. Voilà pour la règle. Mais comme toutes les règles, il y a des exceptions: l'hiver dure six mois, l'été, deux semaines, l'automne, plus ou moins trois mois et le printemps... bon." p.9
"La campagne aime plus l'hiver que la ville. Elle le laisse s'installer chez elle en paix. La ville, elle, le pourchasse avec d'énormes souffleuses qui sillonnent les rues pour en déloger le moindre brin de neige. Mais l'hiver s'en fiche, il revient tout le temps." p.25
"[Le printemps] c'est un entre-deux, une saison indécise qui, à force d'hésiter, passe à peu près inaperçue." p.28
04 août 2009
La pêche blanche
Lise Tremblay
Leméac
120 pages
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Résumé:
Derrière les mots et les personnages de La pêche blanche se cache une dure lecture de la vie défaite, comme un désespoir fini où pour deux frères, l'un à Chicoutimi et l'autre à San Diego, l'hiver de février n'est plus une réalité mais un état qu'on porte en soi. État d'où surgissent, des forces souterraines et souvent muettes de l'appartenance et du déracinement, des êtres d'une force infinie et pourtant tranquille, écrasés sous le poids de vivre dans cette mémoire lumineuse d'une enfance dont on n'est jamais à l'abri.
Mon commentaire:
La pêche blanche est au centre du roman. C'est aussi elle qui réunit les deux frères Simon et Robert, qu'à peu près tout sépare. La pêche blanche est un livre sur la famille, la solitude et l'hiver. Simon et Robert ont vécu une enfance difficile au Saguenay. Leur père est un symbole très fort de ce qu'a pu être toute une génération de pères à cette époque: un pilier de roc, sévère, sans émotion. Dès qu'il a pu, Simon a prit la fuite. Dans plusieurs pays. Sur de nombreuses routes. Il voyage, sac au dos. Il vit un peu ici, un peu là. Robert, un enseignant, s'est résigné au froid, à la vie. Il rend visite à ses parents une fois aux deux semaines. Il n'y est jamais à l'aise. Simon est libre. Robert a épousé sur le tard une femme pleine de principes, qui ne comprend pas la sensibilité de Robert. L'enfance de Robert se poursuit dans sa vie d'adulte et n'est que résignation. Il se résigne à son sort, en rêvant de pêche blanche et de maison rouge avec vue sur le Saguenay.
Les deux frères s'écrivent à l'occasion. Robert envoie des boîtes de livres à son frère. Leurs deux univers sont à des lieues l'un de l'autre. La pêche blanche est un livre sur l'enfance et sur les souvenirs qui unissent deux frères. C'est aussi un livre plein de tristesse et de résignation, où l'hiver de février n'en fini plus de neiger, jetant un baume glacé sur toutes les douleurs du coeur. Ou peut-être les exacerbe-t-il?
Dans le roman, il est fait mention à plusieurs reprises de romans que Robert envoie à Simon et de ces mêmes romans que Robert fait étudier à ses élèves. Il y a souvent une descriptions des livres, mais il y a peu de précision quant aux titres. J'aurais aimé savoir si ces livres sont une invention de l'auteur où s'ils existent réellement. Il n'y a aucune précision à cet effet. C'est bien dommage, j'aurais apprécié trouver un glossaire des livres dont il est fait mention, toujours s'ils existent, naturellement!
La pêche blanche est le troisième livre de Lise Tremblay que je lis. J'avais adoré son recueil de nouvelles La héronnière. Je n'avais pas été très sensible à L'hiver de pluie, même si je réalisais la qualité de l'écriture. La pêche blanche est un roman quelque part entre les deux. Il possède tous les ingrédients qui me plaisaient de La héronnière, mais reprend aussi des thèmes de L'hiver de pluie. C'est un excellent livre que j'ai beaucoup aimé. Mon seul regret est que j'aurais dû me garder cette lecture pendant les longs mois d'hiver. L'auteur offre de magnifiques passages sur la saison froide et l'atmosphère est neigeuse, remplie du froid de février qui s'étire et ne se termine pas.
Quelques extraits:
"Je lis un roman que je pose souvent devant moi, pour le lire moins vite. Je le fais toujours avec les livres que j'aime. C'est une histoire qui me prend à la gorge. Une histoire du Nord. Un homme désoeuvré parcourant des États entiers pour aller combattre des incendies de forêt. J'avais moi aussi une histoire du Nord mais je n'y pensais jamais. Je me réfugiais dans celles des autres. Celles des Américains surtout, pour qui le nord était le Michigan. J'aimais la lenteur de ces romans. La langueur de l'automne permanent qui y règne. L'automne y est une très longue saison avant l'arrivée de la neige. Mon nord à moi était différent, il y avait les camions, l'alcool, mais en plus, le silence, le froid, la désespérance. Le mot venait de me traverser. La désespérance est un mot du nord, un mot qui se colle au nord, à l'inconfort qui dure des mois, au poids des vêtements, au vide, aux villages fantômes sur les rives du fleuve et que le vent traverse maintenant sans résistance, parce qu'il faut des hommes pour résister et que c'est dans cette résistance qu'ils trouvent leur raison de vivre. J'ai déserté depuis longtemps, mais l'état d'hiver, lui, est revenu s'installer chaque année. Je sais qu'on n'y échappe pas." p.14
"Je suis content d'être revenu en hiver. Ce qui m'a le plus étonné, c'est la lumière, la qualité de cette lumière. C'est inexplicable. Ça traverse tout, même l'âme." p.106
23 juillet 2009
Ce que le vent apporte
Jaime Martin
Dupuis Aire Libre
72 pages
Résumé:
Russie, 1916. Pour fuir la police tsariste, le jeune Alexandre accepte un poste de médecin au fin fond de l’Oural. Là-bas, l’homme qu’il remplace a été sauvagement assassiné. Mais ce n'est pas la première fois que la neige se trouve ensanglantée quand soufflent les vents mauvais. Ainsi, loin de la révolution rouge, la mission d'Alexandre tourne au roman noir.
Mon commentaire:
Pour empêcher d'avoir les autorités à ses trousses, on propose à Alexandre d'aller diriger un hôpital, tout en complétant sa formation de médecin. Dans le fin fond de l'Oural, c'est aux croyances d'un autre âge des gens qu'il est confronté. Alexandre est jeune. On le lui fait pas confiance. On croit aussi qu'il ne faut pas sortir par jour de grand vent car la mort rôde. Alexandre est exaspéré, son infirmier et bras droit encore plus. Comment soigner des gens qui croient encore toutes sortes de bêtises? Mais à mesure que les corps apparaissent, Alexandre est de plus en plus convaincu que quelque chose d'étrange se passe.
Cette bd est intéressante car elle met en scène les avancées de la médecine de l'époque et l'ambiance un peu glauque des premières opérations d'envergure. On y voit aussi les croyances dépassées des habitants de l'Oural et la violence sourde qui gronde en eux.
Le dessin exprime bien le froid russe et les conditions difficiles dans lesquelles doit oeuvrer Alexandre. Le dessin peut aussi très bien rendre les scènes de violence et de révolte du peuple.
Ce que le vent apporte n'est pas toujours ce que l'on souhaiterait... Beaucoup de choses mauvaises viennent avec le vent. C'est ce que démontre l'histoire d'Alexandre et des habitants de l'Oural. J'ai bien aimé cette bd qui combine médecine et croyances.
15 juillet 2009
L'hiver de pluie
Lise Tremblay
Bibliothèque Québécoise
120 pages
Résumé:
Une femme marche dans la ville, refaisant inlassablement le même parcours, sans autre but que celui de ne pas céder à l'inertie.
Mon commentaire:
Après avoir lu et beaucoup aimé La héronnière, un recueil de nouvelles, je me suis lancée dans le premier roman de l'auteur: L'hiver de pluie. Je réalise d'emblée deux choses avec cette lecture. Lise Tremblay a un véritable don pour les mots. Elle les maîtrise bien et fait passer, en quelques phrases, toute une atmosphère. Cependant, L'hiver de pluie me laisse une impression de grisaille, de tristesse, de mal de vivre très profond. Comme un hiver sans neige, un hiver de pluie, gris et froid. Cette lecture m'a dérangée. Je n'ai pas aimé l'atmosphère grise, urbaine, d'âmes désespérées, qui mènent une vie sans projet, sans lendemain, sans bonheur. C'est du moins ce que j'ai ressentis pendant ma lecture. L'hiver de pluie est un roman que je trouve vraiment triste. L'atmosphère qui s'en dégage respire l'attente. La narration est pour le moins étrange.
Une femme, la narratrice, écrit des lettres à un homme, qu'elle classe dans un cartable rose. Elle ne les envoie pas. Elle écrit aussi des bribes de textes, sur toutes sortes de choses. Son travail d'écriture ne m'intéressait que très peu. C'est une femme qui marche tous les jours, un sac de plastique à la main contenant un livre de Jacques Poulin. Elle se promène d'un endroit à un autre, rend visite à des amis, tous aussi désoeuvrés qu'elle. Le texte est écrit d'un jet et prend une forme qui ne m'a plu.
Je n'ai donc pas aimé cette lecture, dans le sens où je n'ai pas pris plaisir à l'histoire et que les personnage m'ont laissée déprimée. Je ne comprends pas les préoccupations de la narratrice (de l'auteur?) et je trouve son regard sur le monde vraiment pathétique. Je peux apprécier un livre qui est négatif, mais quand j'en comprends les raisons. Dans ce cas-ci, je suis perplexe... Je n'ai pas aimé la forme confuse de ce roman, les moindres détails qui nous sont relatés. Ce n'est pas un roman où il se passe quelque chose, c'est un roman tout en demis-tons. On y crée une atmosphère en peignant le quotidien cru et froid. C'est très urbain. Très glacé. Ce genre de roman ne me plaît générallement pas. Cependant, pour réussir à transmettre toute cette grisaille au lecteur Lise Tremblay a indubitablement le don des mots et un réel talent d'écriture. Je poursuivrai donc ma découverte de son oeuvre. La soeur de Judith et La pêche blanche m'attendent...
Quelques extraits:
"La vieille ville, c'est une petit ville. On n'y est jamais seul. Jean-Louis dit toujours que l'enfer est dans les petites villes. Je pense que l'enfer est dans l'absence de solitude, dans l'impossibilité de se débarrasser de son identité et de toujours être reconnu, nommé, identifié. Les petites villes sont des enfers parce qu'elles obligent à tenir un rôle éternellement, sans sursis. Ceux qui viennent ici se connaissent depuis longtemps, souvent depuis qu'ils sont adolescents. Ils savent tous qu'ils sont vieux, ils sont ceux qui restent. Ils ne se regardent même plus, ils vont dans les bars parce qu'ils ne peuvent plus faire autrement." p.51
"Marthe a oublié une de ses écharpes sur le dossier d'une chaise, elle doit venir souvent. La cuisine sent la fumée de cigarette. [...] J'ai gardé mes bottes, j'ai les pieds humides, je devrais les enlever, sinon, je passerai le voyage à ne penser qu'à cela, qu'à mes pieds humides au fond de la voiture. Jean-Louis crie qu'il est prêt, que nous pouvons partir. Il est déjà dans l'escalier. Je traverse l'appartement pour le rejoindre. Il fait sombre. Le jour est tombé. Je suis inquiète." p.82
10 juillet 2009
Voyage en pays Mohawk: état de New York, Hiver 1634-1635
Harmen Meyndertsz Van den Bogaert
Illustré par George O'Connor
Dargaud
141 pages
Résumé:
Hiver 1634, un jeune commerçant quitte le poste avancé de la petite colonie hollandaise de file de Manhattan pour explorer le pays Iroquois, où la tribu Mohawk contrôle les principales routes commerciales. Harmen Meyndertsz Van den Bogaert et ses amis s'enfoncent dans ce qui est aujourd'hui l'Etat de New York, échangeant des outils et des armes contre un abri, de la nourriture ou des fourrures, et cherchent à établir de nouveaux liens d'amitié avec les Indiens. Tout au long de ce voyage, Van den Bogaert tient un journal, note ses peurs et ses succès, ainsi que les conditions extrêmes de cette aventure. Quatre siècles plus tard, cet authentique et rare document historique est adapté en bande dessinée avec le plus grand souci de fidélité à la réalité historique, et ramène à la vie une époque peu connue de l'histoire américaine.
Mon commentaire:
Harmen Meyndertsz Van den Bogaert a vraiment existé. C'est un jeune Hollandais qui, avec ses compagnons, s'enfonce dans les terres hostiles de ce qui est aujourd'hui l'état de New York, afin de créer de nouveaux liens avec les Indiens. Son voyage a lieu à l'hiver 1634-1635 et il tient un journal de son expédition. À défaut de trouver le journal de Van des Bogaert, un document rare et peu courant aujourd'hui, ce roman graphique de George O'Connor est une oeuvre très intéressante pour qui s'intéresse à l'histoire et aux indiens. Le texte de Van den Bogaert est à la base des illustrations de O'Connor. L'auteur prévient que tous les textes sont tel que Van den Bogaert les avait écrit à l'époque.
Nous plogeons donc dans les forêts de l'état de New York, sur les traces des premiers commerçants avec les indiens et des premiers explorateurs en quête de liens commerciaux. C'est également l'occasion d'apprendre les us et coutumes des différentes tribus et de vivre, l'espace d'un hiver, la dure existence des hommes qui devaient combattre les éléments, la faim, le froid. À partir du texte original de Van den Bogaert, le dessin de George O'Connor donne une dimension plus humaine, moins académique à l'histoire de ces commerçants, et offre du même fait quelques clins d'oeil d'humour.
L'introduction et la postface, écrites par George O'Connor, sont très intéressantes et mettent en lumière le travail du dessinateur ainsi que sa découverte du journal de Van den Bogaert. Un petit lexique accompagne le tout. O'Connor rend un bel hommage à Van den Bogaert, dans les derniers paragraphes de sa postface.
J'ai beaucoup aimé ce livre, c'est une belle découverte qui donne envie d'en savoir plus sur cette époque de l'histoire et sur ce commerce qui liait les blancs des amérindiens.
26 novembre 2008
Du bon usage des étoiles
Dominique Fortier
Alto
344 pages
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Résumé:
Mai 1845, les navires Terror et Erebus, sous le commandement de sir John Franklin, partent à la conquête du mythique passage du Nord- Ouest avec, à leur bord, cent trente-trois hommes et suffisamment de provisions pour survivre trois ans aux rigueurs de l’Arctique. L’expédition doit permettre à l’Angleterre d’asseoir sa suprématie sur le reste du globe, mais les deux navires se trouvent bientôt prisonniers des glaces dans une immensité sauvage. Commence alors un nouveau voyage, immobile celui-là, au coeur de la nuit polaire et vers les profondeurs de l’être, dont Francis Crozier, commandant du Terror, rend compte dans son journal. Il se languit aussi de la belle Sophia, restée avec sa tante Jane Franklin à Londres, où les thés et les bals se succèdent en un tourbillon de mondanités.
Mon commentaire:
Dès l'annonce de ce livre par les éditions Alto, je l'ai acheté. Et je me le suis gardé jalousement jusqu'à ce que j'ai du temps devant moi pour lire et apprécier ce roman, que j'étais certaine d'aimer. Je ne me suis pas trompée. Tout dans ce livre me plaît. La couverture est vraiment belle. L'image à gauche ne lui rend pas justice. En fond, on peut observer des constellations, la parcelle d'une lettre et les bateaux, qui représentent le Terror et l'Eurebus. L'écriture coule de source, simple, mais si évocatrice du temps, des sentiments, de l'époque. Je ne peux que vous conseiller ce roman qui fut mon plus gros coup de coeur de 2008!
Nous sommes en Angleterre, en 1845. Sir John Franklin dirige l'Erebus alors que Francis Crozier s'occupe du Terror. Les deux navires doivent se diriger vers l'Arctique, en exploration, afin d'asseoir la position de l'Angleterre dans le monde. Ils en ont pour de très longs mois et doivent passer l'hiver dans les glaces. On assiste à l'embarquement, à l'arrivée près du pôle, au travail de Crozier qui enseigne la lecture et l'écriture à ses matelots qui ne savent pas lire, mais aussi des notions d'astronomie et de physique à ceux qui ont envie d'apprendre. Nous sommes témoins de ce que vivent les hommes de l'équipage du Terror et de l'Erebus, leur rencontre avec les Esquimaux, leurs recherches sur les glacier et leur périple dans le grand nord. L'auteur décrit merveilleusement bien la position de l'homme dans un si grand espace, sa petitesse face aux glaces imposantes, à la neige à perte de vue. Certains passages, tout en finesse et en poésie, décrivent à merveille le sentiment de l'homme face à la grandeur de la nature, à tout ce blanc, dans ses infinies variables, qui est partout et s'accroche à tout.
Pendant le voyage des hommes, les femmes restées au pays ne perdent pas leur temps. Issues de l'époque victorienne, ce sont des bourgeoises qui s'occupent en voyages, en dîners et en visites pour prendre le thé chez l'une et l'autre. Lady Jane, même si elle est une digne héritière de son époque, est un beau portrait de femme. Forte, indépendante, elle s'intéresse vivement au travail de son époux. Elle aime le grand air, la marche, l'escalade, elle tente même de rejoindre le bateau de son mari, afin de rentrer au pays avec lui, alors qu'elle se trouve aux États-Unis. C'est une femme de tête, qui aime lire les récits d'aventuriers, comprends les cartes et en dessine elle-même d'après le travail des autres. C'est aussi elle qui reprend les notes de bord de son mari en vue de publication.
Il y a aussi de belles scènes très victoriennes, comme lorsque lady Jane achète son thé d'un "courtier en essences rares", Mr T. On nous parle alors de thés et on a l'impression de plonger littéralement à l'époque victorienne, dans un riche salon, et de choisir, auprès de Lady Jane, les meilleures feuilles qui feront les plus goûteux nectars...Le roman contient aussi quelques clins d'oeil littéraires, comme par exemple lorsqu'on fait allusion à Mr Darcy qui batifole dans la mare aux canards... ou de Mr Bingley, endormi par terre... Il faut savoir que les Mr Darcy et Mr Bingley du livre sont les chiens de lady Jane!
Le roman est aussi l'histoire d'un grand amour non partagé, d'un homme au loin qui se languit de celle qu'il aime, alors qu'elle, elle ne le remarque même pas. Le passage où ils parlent des étoiles est infiniment romantique... Dans ce qu'elle nous raconte, l'auteur ne s'éternise pas en longues descriptions inutiles. Tout est là. Tout est dit, l'instant de quelques mots, de quelques pages. Les chapitres sont courts, mais offrent l'essentiel aussi bien que de petits détails accolés au récit. Elle nous offre des fragments de la vie de ses personnages, au fil du temps qui passe, d'un côté de l'océan comme de l'autre. Et les étoiles sont là, au-dessus des personnages. Elles guident les uns, elle font rêvasser les autres, elles rendent nostalgique d'un temps passé. Du bon usage des étoiles est, comme le présente si bien la quatrième de couverture, un patchwork. L'auteur a mit bout à bout des parcelles de roman, une pièce de théâtre intitulée Le voyage dans la lune, un poème (Les voiles ou le triomphe de la constance), une recette de plum-pudding, le menu du réveillon de Noël, une partition de musique, des mathématiques, des lettres, des extraits de journaux de bord, etc. Le passage d'une section à une autre se fait aisément.
Avec tout ce qu'il contient, pour ses mots et sa très belle façon d'écrire, Dominique Fortier m'a fait voyagé. Dans le temps et de par le monde. Après avoir terminé la dernière page, j'ai eu l'impression que tout était passé trop rapidement et j'ai eu envie, tout de suite, de relire ce roman. Les dernières pages sont empreintes de tristesse. La fin, inéluctable. Brusquement, tout s'arrête. Mais les derniers mots, imagés, prennent tout leur sens et nous font comprendre toute l'ampleur de l'attente qui afflige les femmes de marins restées au pays. Dominique Fortier, même si elle a beaucoup écrit, édité et traduit, en est à son premier roman. Et quel magnifique roman! Elle a su rendre dans une histoire tout ce que j'aime d'un livre: de l'aventure; des personnages ni bons ni méchants, plutôt très humains; des scènes qui parlent de l'époque victorienne; du thé à profusion; des chiens; la glace, l'hiver et le froid; une atmosphère bourgeoise et feutrée... L'écriture de Dominique Fortier respire le calme. On entre dans son roman comme si on s'y glissait, doucement, sans bruit. Pour moi, c'est un grand coup de coeur. Un livre que je relirai, un premier roman très bien maîtrisé. Je ne souhaite qu'une seule chose: que Dominique Fortier reprenne rapidement la plume!
Quelques extraits:
"Tandis que nous poursuivons notre traversée de l'Atlantique, étonnament calme pour cette période de l'année, je me souviens de ces navigateurs d'hier terrorisés à l'idée d'atteindre un jour le bout de la Terre et de sombrer dans le vide, et qui pourtant s'aventuraient dans des eaux inconnues, poussés par quelque soif de découverte qui tenaille l'être humain depuis la nuit des temps, par quelque besoin de braver l'inconnu, d'élucider le mystère de ce qui échappe insolemment à la compréhension ou à la maîtrise de l'homme, désir auquel visent sans doute à répondre toute science et toute religion." p.23
"Il est vrai que, de constitution plutôt fragile, le courtier en essences rares n'avait jamais posé le pied sur le pont d'un navire [...] mais ses émissaires lui rapportaient, en même temps que les soieries, les plantes médicinales et les mille et un thés qu'il irait offrir à sa clientèle choyée, des provisions d'histoires sur les contrées visitées, leurs habitants, les us et coutumes de ceux-ci, si bien qu'il avait parfois l'impression d'avoir personnellement arpenté en long et en large Cathay et Bombay." p.77
03 novembre 2008
Klondyke: aventure dorée 1891-1919
Éliane Doré
Édité par Éliane Doré
133 pages
Résumé:
Perdue par l’exploration d’un passé devenu subitement émouvant, mon grand-père habite intensément mes pensées. Orpailleur du temps, valeureux pionnier vivant à l’extrême une vie trépidante aux mille défis. Il réalisa son ultime rêve, découvrit ce précieux métal : L’OR.
Mon commentaire:
Pierre-Louis Doré, le grand-père de l'auteur, a connu le Klondike et la ruée vers l'or. Jeune homme avide d'aventures et de déplacements, il s'est marié sur le tard, avant de quitter momentanément sa famille, pour vivre la grande aventure de l'or. L'auteur a conservé le "livre de vie" de son grand-père, sorte de journal de bord où leur périple, à Pierre-Louis et ses amis, est raconté, à travers des cartes, des anecdotes. C'est en se basant sur cette histoire, qu'Éliane Doré a écrit ce très beau roman. Loin de nous offrir une narration linéaire, le lecteur a droit à quelques belles photographies d'époque, à des lettres que s'échangent Pierre-Louis et sa douce Mélina, restée au pays, aux aventures vécues en tant qu'orpailleur ou auprès des autochtones.
La vie sauvage et les aventures titillent Pierre-Louis, qui ne peut rester en place. Avec l'idée d'aider sa famille, il part vers le Yukon, afin de faire fortune. La rumeur circule rapidement que le Yukon et ses berges regorgent d'or. La chance sourit à Pierre-Louis, qui partira et reviendra les poches pleines d'or, qu'il offrira à Mélina. Mais l'appel du grand nord est trop fort et Pierre-Louis repart en expédition. Cette deuxième aventure sera marquée par nombre d'événements... La vie change rapidement dans le grand nord. Les gens arrivent par milliers, tous plus désireux les uns des autres de repartir riches comme crésus. La ruée vers l'or est un attrait très fort dans l'imaginaire collectif. C'est l'occasion aussi pour les profiteurs de faire de l'argent et de vendre des produits devenus rares à prix fort. La ruée vers l'or, c'est chacun pour soi. Mais il y a quand même des gens dévoués, qui aideront Pierre-Louis et ses amis, à se sortir de situations désespérées...
Véritable roman d'aventure, à mi-chemin entre le roman historique et le récit de vie, ce livre est véritablement très intéressant. Une lecture très plaisante, qui m'a donné l'occasion de voyager... de ma bibliothèque! Une belle aventure que ce court roman basé sur une vie, elle, bien réelle...
À noter qu'il existe deux autres livres en lien avec celui-ci, tous deux biographiques: Héritage Doré et Marie-Ève Doré se dévoile que je compte lire prochainement.
Une citation:
Une phrase du roman, qui m'est restée longtemps en tête, tant parce qu'elle sonne vraie que parce que c'est une belle leçon de vie:
"L'homme meurt une première fois, quand il perd son enthousiasme." p.63
En complément:
Vous pouvez visiter le site web personnel de l'auteur.
Je vous suggère également la visite d'un site très riche sur l'histoire du Yukon, La note francophone du Yukon
Puis, pourquoi ne pas vous mettre dans la peau d'un prospecteur, avec La ruée vers l'or du Klondike du Musée virtuel du Canada. Bonne visite!
22 octobre 2008
Vargöld: le temps des loups
Jacques Lazure
VLB éditeur
430 pages
Résumé:
Décembre 1828. Dans les forêts de la Haute-Gatineau, un crime d'une barbarie sans nom a été commis. Les bûcherons, épouvantés par ce meurtre d'apparence surnaturelle, réclament la présence d'un prêtre. C'est le jeune abbé Antoine Verreau, exorciste reconnu, qui est mandaté pour aller mener l'enquête et tenter de calmer les travailleurs. Sur place, l'abbé constate que la tension est grande parmi les bûcherons : entre la superstition des uns, la haine des autres, la crainte du Malin et le mépris de l'autorité religieuse, Antoine Verreau comprend vite qu'il ne lui suffira pas de bénir la forêt pour apaiser les esprits terrifiés. Peu à peu, des questions surgissent : quelqu'un a-t-il intérêt à camoufler ce crime en le faisant passer pour l'oeuvre du Diable ? Ces rumeurs de loups-garous, de fantômes, de magie noire visent-elles à brouiller les pistes ? Au lieu de s'éclaircir, le mystère s'épaissit au fur et à mesure que d'autres meurtres inexplicables s'ajoutent au premier.
Mon commentaire:
Avant même l'histoire, la première chose qui nous marque en choissant ce livre c'est sa couverture. Comme elle est terrifiante! Il s'agit d'un détail d'une oeuvre de Matthias Grünewald, La tentation de Saint Antoine. Grünewald est un artiste et ingénieur allemand, né vers 1475-1480. Son oeuvre est essentiellement religieuse et on y retrouve de nombreux symboles. Ce qui transparaît le plus de ses oeuvres est essentiellement sa fascination pour la cruauté et son imaginaire fantastique peuplé de monstres et de personnages inquiétants. Ce qui est amusant, c'est que la couverture, lorsqu'on connaît un peu l'histoire de ce tableau, prend tout son sens à la lecture du roman...
Nous sommes en décembre 1828, à l'aube de Noël. Le personnage principal, membre du clergé, se nomme Antoine. Il est reconnu pour être un exorciste de talent, même s'il doute un peu de lui-même. Son supérieur le mandate de partir dans les forêts de la Haute-Gatineau. Un crime, barbare, a été commis près d'un camp de bûcherons où travaillent une vingtaine d'hommes, au profit de la Bains Lumber Company. Antoine s'y rend, à contrecoeur. C'est un citadin, enseignant au Petit Séminaire de Montréal. Il a l'habitude des livres, beaucoup plus que des hommes. Un bûcherons Irlandais, Hans Mulligan, vient le chercher pour l'amener au camp. Les deux hommes passeront la nuit dans une petite cabane de bois où Antoine aura une première vision, qu'il gardera pour lui. Les deux hommes feront une halte à Wrightstown, la future ville de Hull, avant d'arriver au camp de bûcherons. Son arrivée est pour nous l'occasion de vivre un peu la vie et le mode de fonctionnement des hommes de bois de l'époque. Le travail était rude. La vie des bûcherons mise à rude épreuve. Ils devaient combattre le froid. Endurer le travail physique éprouvant. Et être à l'écart de leur famille pendant de longs mois, pour réussir à apporter un salaire décent à leurs femmes et leurs enfants. On voit également, à partir de l'arrivée d'Antoine au camp, toute l'emprise qu'avait le clergé sur les hommes. Les peurs avivées par les superstitions, les croyances, les légendes et les contes. Les gens craignaient le malin. Il pouvait se cacher partout, prendre l'apparence de pratiquement n'importe quoi ou... de n'importe qui. Un moment après l'arrivée d'Antoine, on lui montre avec crainte le lieu du crime. C'est essentiellement la raison de sa venue parmis les bûcherons. Antoine est sous le choc. Les circonstances du crime sont ambigües. C'est à n'y rien comprendre. À partir de cet instant, les hommes ne sont plus en sécurité. Le malin a prit possession de la forêt. Et tout le monde est témoin de choses très étranges...
Avec ce roman, Jacques Lazure se place à la hauteur des conteurs du XIXe siècle. Il mène le lecteur par le bout du nez, en lui faisant vivre de fortes émotions. Il passe du conte, au roman fantastique, avant de plonger dans le roman d'épouvante. Il met en scène le clergé, la religion, nos croyances. L'histoire qu'il nous raconte est troublante, sanglante, terriblement terrifiante. Nos repères sont brouillés. Et c'est là, l'art d'un grand conteur. Un livre étonnant, dont la lecture m'a beaucoup plu.
Un extrait:
"À quoi servait la religion, à quoi servait Dieu quand il fallait se débrouiller pour survivre à la faim, à la nuit? Prier n'était pas suffisant, même dans une région habitée par le Diable..." p.277
16 août 2008
Saga des émigrants 4: Dans la forêt du Minnesota
Vilhelm Moberg
Série La saga des émigrants tome 4
Gaïa
381 pages
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Résumé:
Les émigrants arrivents au Minnesota. Ils doivent maintenant construire un toit au-dessus de leur tête pour être prêt pour l'hiver, rude, qui s'annonce...
Mon commentaire:
Les émigrants ont enfin rejoind le Minnesota. Ils sont arrivés plus tard que prévu, puisque la traversée avec la Charlotta a duré plus longtemps. Leur route à travers l'Amérique aussi. Ils ne se doutaient pas que le pays pouvait être si vaste à parcourir. Ils doivent maintenant choisir leurs terres (tout le système pour obtenir des terres à l'époque est très bien expliqué) afin de s'installer convenablement avant l'hiver. Le temps presse car le froid et la neige seront bientôt là! Le groupe du départ a été réduit depuis le début de l'aventure, mais les suédois se tiennent et se regroupent afin de s'entraider avant l'hiver. Il faut fournir à chaque famille un toit sur la tête, un peu de nourriture avec le peu d'argent qu'il reste, afin que tout le monde puisse survivre jusqu'au printemps, où l'on pourra enfin défricher les terres, semer et faire des récoltes. Ce tome s'attarde essentiellement sur le premier hiver passé au pays, sur la survie, tout simplement et l'entraide.






