La bibliothèque d'Allie

Bienvenue dans ma bibliothèque! Auteurs, chroniques, littérature, extraits, dossiers, liens, etc. De tout pour vous donner le goût de lire!

26 octobre 2009

Ne le dites pas aux grands

neleditespasauxgrandsAlison Lurie
Rivages
253 pages

Résumé:

Winnie l'Ourson n'est pas un ouvrage habituellement considéré comme subversif, pas plus que Les Aventures de Tom Sawyer, Alice au pays des merveilles ou Peter Pan. Néanmoins, si de tels classiques apparemment anodins connaissent un succès durable, c'est en partie parce qu'ils font la satire de la société adulte et de ses conventions. Si les enfants forment une tribu à part, possédant une culture propre, ces ouvrages en sont les textes sacrés. Avec les contes de fées, les comptines et les histoires drôles, ils constituent la littérature clandestine de l'enfance.

Mon commentaire:

Cet essai passionnant s'attarde essentiellement à la littérature enfantine anglo-saxonne, couvrant une large période, mais s'attardant sur la littérature victorienne. Les analyses y sont donc toujours en lien avec cette époque et avec les moeurs couramment acceptés, même si les oeuvres présentées vont aussi au-delà de cette période, jusqu'en 1975. Le livre nous parle d'auteurs différents, en accompagnant chaque chapitre d'une petite biographie ponctuée d'extraits d'oeuvre ou de notes. Certains auteurs ont aujourd'hui sombré dans l'oubli. Leurs oeuvres n'ont pas traversé le temps. Elles étaient soit beaucoup trop moralisatrices, de piètre qualité, ou alors essentiellement alimentaires. D'autres auteurs ont réussis à sortir de l'anonymat tout en voyant leurs oeuvres presque dénaturées au fil des années. C'est le cas de Winnie l'ourson de A.A. Milne (dont peu de gens se souviennent de l'apparence originale de l'ours - qui était une ourse - et la véritable histoire de sa création - la vraie Winnie, appelée en fait Winnipeg, est d'origine canadienne). C'est aussi le cas de Peter Pan et d'Alice aux pays des merveilles, dont on a adapté l'oeuvre initiale au temps et aux valeurs d'aujourd'hui, tout en édulcorant le personnage. Il y a aussi des auteurs, en avance sur leur temps, qui sont encore lus aujourd'hui: Beatrix Potter et son Pierre Lapin, Frances Hodgon Burnett et sa Petite princesse ou son Jardin Secret.

En lisant cet essai on constate que la littérature enfantine se classe en quelque sorte en deux types: la littérature enfantine trop parfaite et ennuyante, qui met en scène des petits enfants modèles, des adultes autoritaires et une morale se voulant édifiante. La majorité des autres oeuvres qui n'entrent pas dans cette catégorie se retrouvent dans la littérature subversive. Une littérature où les enfants se salissent, transgressent les lois établies, s'amusent beaucoup, vivent des aventures et remettent en question l'ordre établi par les adultes. Plusieurs de ces livres ont reçu un accueil assez froid à leur parution. Bousculer les valeurs et l'éducation est loin d'être socialement acceptable. Edith Nesbit, avec la parution d'une série de livres subversifs pour enfants, en est un bon excemple. Elle met en scène les deux extrêmes du livre pour enfants dans une scène qui paraît tout à fait inoffensive aujourd'hui, mais qui avait de quoi choquer les esprits d'adultes bien pensants de l'époque:

"[Mathilda qui refuse de visiter sa tante, explique pourquoi] On la questionnerait sur son travail scolaire, sur ses notes, on lui demanderait si elle a été sage. Je ne m'explique pas pourquoi les grandes personnes ne voient pas le côté impertinent de ces questions. Supposez que vous répondiez: Je suis la meilleure de ma classe, tata, merci. Et maintenant, parlons un peu de toi. Ma chère tante, combien d'argent possèdes-tu, as-tu encore sermonné tes domestiques, où t'es-tu efforcée d'être gentille et patiente comme il convient de la part d'une tante bien élevée, dis-moi un peu ma chère?" p.122

Les livres pour enfants véhiculent souvent des propos qui ne sont pas clairement acceptés dans la société. C'est étrange que des livres pour enfants, se permettent de la fantaisie et des éclats, alors que ces deux excès ne sont pas couramment admis dans l'univers des adultes. Heureusement qu'il en est ainsi! C'est aussi ce qui fait souvent le succès commercial d'un livre ou qui, au contraire, attire les foudres. Plusieurs auteurs utilisent la théosophie, la psychologie et l'écologie dans leurs livres. Certains sont aussi en avancent sur leurs époques et font office de devins, en prédisant par exemple, ce que deviendra le monde, ou en créant un univers qui n'est pas encore d'actualité aujourd'hui.

Au XVIIIe et au XIXe siècle, plusieurs sommités du monde de l'enfance et de l'éducation voient dans les contes de fées et les livres pour enfants l'enseignement de la violence et de l'immoralité. Le désir de s'élever au-dessus de sa condition (les petits enfants pauvres deviennent riches, les jeunes filles sans le sou épousent des Princes avec de grandes fortunes, etc) n'est pas bien vu. Les contes de fées ont souvent une avance du point de vue social sur le reste du monde. Ce qui n'est pas acceptable dans la vie réelle, du moins selon les moeurs de l'époque (une femme qui travaille, qui a de l'ambition ou qui fait de l'exercice physique n'est pas bien vue) est tout à fait présent dans les livres dits "subversifs" pour la jeunesse.

L'essai aborde aussi le goût du fantastique chez les adolescents et la présence de lectures classiques comme ceux de Tolkien ou de Stevenson. Winnie l'ourson, par exemple, est populaire aujourd'hui même chez les adultes, qui même s'ils n'ont pas lu les livres originaux, connaissent le personnage et portent souvent toutes sortes d'objets à son effigie.

La majorité des textes qui composent cet essai sont captivants, que l'auteur nous parle d'auteurs toujours bien connus aujourd'hui ou non. Les petites biographies des auteurs sont remplies d'anecdotes intéressantes. Kate Greenaway par exemple, a entretenu une relation très étrange avec John Ruskin. Ce qui la motivait à dessiner des fillettes bien belles et bien sages est assez étonnant.

Beaucoup d'oeuvres sont analysées selon les motivations ou la vie de leur auteur. Plusieurs d'entre eux ont vécu des enfances malheureuses, difficiles ou ont subies des pertes pénibles. Leurs vies ne sont pas toujours un chemin de croix, mais elles sont suffisamment remplies d'événements malheureux pour forcer l'imagination des auteurs et le goût de prolonger l'enfance encore un peu. Certains comme James M. Barrie et Ford Madox Ford perdent en quelque sorte leurs illusions lorsque le public à qui s'adressent en premier lieu leurs livres - souvent leurs enfants ou les enfants dont ils s'occupent - grandissent et délaissent les univers qui ont été créés pour eux.

Ne le dites pas aux grands est un intéressant essai, très abordable, sur la littérature enfantine, essentiellement anglo-saxonne. Le livre parle d'auteurs variés, de toutes les époques, mais se concentre sur l'époque victorienne, où beaucoup de choses ont changées. La seule chose qui m'attriste, c'est que certains auteurs ne sont pas traduits en français alors que d'autres, ne sont connus aujourd'hui qu'à cause des adaptations édulcorées qui ont popularisé les personnages. Les livres originaux (les Winnie l'ourson par exemple, ceux de A.A. Milne et non pas ceux de Disney) sont difficiles à trouver.

Ne le dites pas aux grands est bien écrit, facile à lire. La construction par chapitres traitant d'auteurs différents et de genre m'a beaucoup plu. Une très belle découverte, qui me conforte dans mon goût pour la littérature jeunesse et mon plaisir d'en lire régulièrement.

Un extrait:

"Les livres d'enfants sont depuis longtemps la brebis galeuse de la littérature dite sérieuse; tout comme les romans policiers et les westerns, c'est essentiellement l'affaire de spécialistes, de folkloristes ou de sentimentaux souffrant de la nostalgie du passé. Dans les bibliothèques, ces ouvrages sont rassemblés dans une pièce séparée ou mis en quarantaine sur des rayons portant la rubrique: Divers." p.205

"Trop souvent, en laissant derrière nous la culture tribale de l'enfance, avec ses récits et ses poèmes volontiers subversifs, nous perdons tout à fait ces joies instinctives: l'imagination créatrice, l'émotion spontanée, la libre expression et le pouvoir de percevoir notre monde comme un monde merveilleux." p.231

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27 septembre 2009

La bibliothèque fantôme

bibliofantomeDavid Melling
Éditions Imagine
32 pages

Résumé:

Imaginons un monde sans livres, sans histoires... Dans La Bibliothèque fantôme, David Melling nous transporte dans un monde étrange où de charmants fantômes, qui adorent la lecture, doivent emprunter des livres aux enfants, car ils n'en possèdent aucun. Laissons-nous fasciner et, avec une petite fille appelée Mine, plongeons dans cet univers empreint de magie.

Mon commentaire:

La bibliothèque fantôme est une histoire originale et fantaisiste sur le goût de lire et l'envie de créer et de partager des histoires. C'est un album amusant et divertissant, qui mise sur l'imagination des jeunes lecteurs. L'histoire est celle de Mine, une petite fille en pyjama et des fantômes Chiche, Andouille et Flaque. Les fantômes et la petite Mine feront connaissance à cause de leur amour pour les livres.

L'album est intéressant du point de vue visuel. Outre les jolies illustrations, le texte est amplifié ou fantaisiste selon le déroulement de l'histoire. Pendant l'histoire, Mine lira pour les fantômes. Son histoire n'est pas racontée et est seulement illustrée sur deux pages. Les enfants peuvent se l'imaginer d'après les dessins et la raconter à leur façon. Les fantômes sont illustrés de manière loufoques et peuvent même dédramatiser la peur qu'aurait un enfant de la nuit et des fantômes. Ils sont si amusants, difficile après la lecture de cet album d'en avoir peur!

Un texte intéressant à tout point de vue: il est divertissant, amusant et stimulera l'imagination et le goût de la lecture!

Un petit clin d'oeil à la première page du livre comprenant les données de catalogage: elle est présentée comme une carte de bibliothèque étampée de différentes dates (dont le 0 novembre et le 32 octobre!)
Il est aussi indiqué que ce livre est la propriété de la bibliothèque fantôme et qu'il doit être rapporté avant... minuit! Amusant.

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26 juillet 2009

La traduction est une histoire d'amour

traductionhistoiredamourJacques Poulin
Leméac / Actes Sud
131 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Un vieil écrivain, monsieur Waterman, vit à Québec dans une tour. Sa traductrice, la jeune Marine, est une Irlandaise aux cheveux roux et aux yeux verts; elle habite un chalet à l'île d'Orléans, parmi les chats, les ratons laveurs, les hérons bleus et les chevaux de course à la retraite. Entre ces deux personnages se tisse une relation amoureuse peu ordinaire: elle naît sur la Piste de l'Oregon, grandit avec leur passion commune pour la musique des mots et atteint sa maturité dans une enquête sur une mystérieuse adolescente qui leur met le coeur à l'envers.

Mon commentaire:

Avec ce livre, j'ai fais les choses dans le désordre. J'aurais dû lire celui-ci, avant de lire L'anglais n'est pas une langue magique. Ce dernier est en fait un beau complément à La traduction est une histoire d'amour. On y retrouve les mêmes personnages, mais un narrateur différent.

La traduction est une histoire d'amour est un livre magnifique, comme seul sait les écrire Jacques Poulin. Plus je lis ses romans, plus j'aime son univers, son écriture tout en finesse, en douceur. Il fait vivre une atmosphère qu'il décrit en quelques lignes, quelques pages. Ses personnages sont tous profondément humains, avec cette touche de poésie qui les caractérise. Poulin manipule les mots avec une douceur infinie et nous livre des histoires qui laissent une marque et qu'on ne peut oublier.

Jacques Poulin a ses détracteurs qui lui reprochent de toujours écrire le même livre. Mais Poulin a aussi ses inconditionnels, dont je fais partie, qui l'aiment d'amour. Retrouver ses livres c'est retrouver des chats, d'autres livres, l'acte profond de l'écriture et la ville de Québec, ou ses environs. Poulin voit dans les petites choses de la vie, matière à de grandes choses. C'est son regard qui me fascine et me rejoint et que je retrouve chaque fois avec un plaisir infini.

Beaucoup d'éléments dans ce livre m'ont fait réfléchir et sourire aussi. Jack Waterman étant l'alter égo de Jacques Poulin, j'ai souvent le sentiment que l'auteur nous parle de lui à travers Waterman. Ici, quelques notes qui me font penser tout de suite à Poulin, surtout lorsqu'on sait que c'est un écrivain qui se tient dans l'ombre et n'aime pas être au premier plan.

"Dès le début, monsieur Waterman était sur ses gardes. S'il acceptait de répondre aux questions, c'était uniquement parce que son éditeur lui avait tordu le bras; il aurait préféré ne pas s'immiscer entre le lecteur et le livre." p.85

Si j'étais écrivain, probablement que je serais comme ça. Je suis trop sauvage pour devenir un personnage public. Jacques Poulin a une réputation semblable, mais quand il nous adopte, il est d'une bonté infinie. Comme en témoigne un journaliste dans un billet que j'aime beaucoup ou encore dans un autre, ici. D'ailleurs, on entend parler beaucoup des romans de Jacques Poulin, mais très peu de l'écrivain. Étant un peu comme lui, préférant rester à l'écart, je comprends l'idée qu'il se fait d'un roman, d'un écrivain. Je me sens proche de lui, ou de ses personnages, c'est selon. Jacques Poulin, tout comme son personnage Jack Waterman, sont tout ce qu'il y a de plus simples. Ses romans le sont aussi, tout en véhiculant la petite musique des mots qui vient me chercher chaque fois. La traduction est une histoire d'amour ne fait pas exception. Et quel titre magnifique, tout comme L'anglais n'est pas une langue magique.

Un roman que j'ai énormément aimé, dont j'ai étiré la lecture pour faire durer le plaisir.

En quatrième de couverture, on décrit ce roman en deux phrases. Je vous les partage, car je trouve qu'elles correspondent tout à fait à l'idée que j'ai de ce livre (et de Poulin, également):

"L'écriture de Jacques Poulin est toujours une rencontre heureuse. Ce nouveau roman, tout félin, est porté par la chaleur d'une émotion contenue, la douceur d'une amitié silencieuse."

Quelques extraits:

"Ma chambre étant petite et envahie par le bruit des voisins, j'ai pris l'habitude de travailler dans les bibliothèques publiques. La plus proche était celle de l'Institut Canadien, dont l'entrée se trouvait rue Sainte-Angèle. Juste à côté, il y avait également la bibliothèque du Morrin College, paisible et très émouvante avec ses boiseries couleur de miel, l'odeur des vieux livres, l'escalier en colimaçon, la longue mezzanine en bois verni, le bureau ayant appartenu à sir George-Étienne Cartier. L'immeuble était une ancienne prison et, lorsque le nordet faisait gémir les murs, je croyais entendre les détenus qui avaient croupi dans les cellules du sous-sol." p.25

"En cas de doute, fonce tête baissée!" p.83

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20 juillet 2009

Dewey

deweyVicki Myron avec la collaboration de Bret Witter
Jean-Claude Gawsewitch
346 pages

Résumé:

Comment un chat abandonné est-il devenu le symbole de l'Amérique d'aujourd'hui ? Comment a-t-il pu redonner vie à des dizaines d'enfants ? C'est cette histoire vraie, émouvante et rocambolesque que nous conte l'auteur. Par un matin d'hiver, Vicki Myron, attirée par des cris déchirants, découvre un chaton frigorifié dans la boîte aux lettres de la bibliothèque où elle travaille. Après l'avoir réchauffé, Vicki et ses collègues, conquis, décident de l'adopter. Dewey deviendra vite la mascotte de la bibliothèque et l'emblème de la ville de Spencer. Pendant 19 ans, Dewey, grand amateur de cheesebugers, d'ailes de poulet et fan de télévision, va révolutionner cette petite ville ! Il va apprendre à sourire aux enfants handicapés, attendrir les hommes d'affaires... et devenir le chouchou des médias, au point que les télés du monde entier viendront le filmer ! Vicki Myron, la bibliothécaire qui a partagé sa vie, nous raconte l'aventure extraordinaire de ce chat hors du commun. Dewey est décédé en 2006 d'une tumeur à l'estomac.

Mon commentaire:

Dewey est le système de classification des livres en bibliothèque. Un nom tout trouvé pour un chat récupéré dans une boîte aux lettres, qui a passé sa vie dans une bibliothèque. De sa découverte, à son adoption, de sa présence dans la ville de Spencer durement touchée par la récession jusqu'à sa popularité et ses derniers jours, Vicki Myron, ancienne responsable de la bibliothèque nous raconte la vie de ce chat hors du commun. Dewey n'avait pas une vie extraordinaire. Il était chat de bibliothèque. Il y a passé sa vie. Mais il a fait une différence pour beaucoup de lecteurs et son histoire a su toucher des gens du monde entier.

Le livre de Vicki Myron nous raconte la vie de Dewey, en parallèle avec la sienne et avec l'histoire de la petite ville de Spencer. On comprend alors toute la place qu'a pu prendre le chat Dewey dans l'existence de Vicki, dans celle des responsables de la bibliothèque et dans la petite ville qui l'a adopté. C'est aussi l'occasion pour Vicki de nous raconter son histoire très personnelle (et difficile) et de son parcours aux côtés de Dewey. Quiconque aime les animaux et partage sa vie avec une petite bête se sentira concerné par l'histoire de Dewey. On comprend alors l'attachement que toute une ville a pu avoir pour cette boule de poil rousse. Dewey a vécu 19 ans. Ses derniers moments nous sont racontés et ils m'ont émue aux larmes, ayant moi aussi perdu un animal qui m'était cher il y a peu.

Le livre est parsemé de listes en tout genre, des tâches incombant à Dewey en tant que chat de bibliothèque, jusqu'à ses repas favoris. Nous avons aussi droit à plusieurs photographies. La lecture est bien intéressante puisqu'elle combine deux de mes passions: les livres (et mon travail en bibliothèque) et les animaux. Ce livre avait donc tout pour me plaire! L'écriture est simple, à la fois biographique (lorsque Vicki parle d'elle-même ou de Dewey) et historique (lorsqu'il s'agit de la ville de Spencer et de son évolution).

Une lecture que j'ai bien aimé et qui m'a permis de faire la rencontre de Dewey, un chat de bibliothèque bien particulier!

Quelques extraits:

"Quand les temps sont durs, soit vous formez un front uni pour vous en sortir, soit vous vous effondrez. C'est vrai pour les familles, les villes et même les peuples." p.84

"Une bonne bibliothèque n'est pas nécessairement grande ou belle. Elle n'a pas besoin des meilleurs équipements, du personnel le plus efficace ou du plus grand nombre d'utilisateurs. Une bonne bibliothèque est prévoyante. Elle est impliquée dans la vie de sa ville au point de se rendre indispensable. Une bonne bibliothèque n'est jamais remarquée par personne, simplement parce qu'elle est toujours là, et qu'elle fournit toujours ce dont on a besoin." p.151

"Trouvez votre place. Soyez heureux de ce que vous avez. Traitez tout le monde avec gentillesse. Ayez une bonne vie. Ce ne sont pas les choses matérielles qui comptent, mais l'amour. Et on ne peut jamais prévoir l'amour." p.341

En complément:

Il existe deux sites web sur Dewey.
Celui sur Hachette, qui parle du chat mais aussi du livre. Et le site web officiel de Dewey, avec même un fan club! Les deux offrent un beau complément à la lecture puisqu'on peut y voir des photos de Dewey, tel qu'on le décrit dans le livre! Sur le site web officiel, on peut également voir une sculpture en bronze de Dewey, absolument magnifique! (J'en voudrais bien une pour ma bibliothèque!)

On peut aussi trouver sur IronFrog, une carte des chats de bibliothèque dans le monde! Avant la lecture de ce livre, je ne savais même pas que ces chats existaient et surtout, qu'il y en avait autant!

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08 juin 2009

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

cerclelitterairedesamateursdepluchuresdepatatesMary Ann Shaffer & Annie Barrows
NiL éditions
390 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique; celui d'un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l'occupant allemand: le "Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates". De lettre en lettre, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté débordante de charme, d'humour et d'humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey...

Mon commentaire:

Sitôt la dernière page tournée, j'avais envie de relire ce roman épistolaire exceptionnel. Pour moi, il n'en est rien de moins. Il est arrivé dans ma vie pendant un moment difficile. Il m'a permis de faire une escapade ailleurs, de rencontrer des personnages intéressants et de rire. Je l'ai emprunté. Je compte bien me l'acheter. J'ai passé des heures magnifiques à Guernesey, une petite île anglo-normande dont je ne connaissais même pas l'existence. Ce roman-bonbon est une lecture à la fois amusante, humaine, aux personnages inoubliables de bonté et de coeur. L'histoire, qui se passe après la guerre, pourrait être tragique. Même si les faits racontés le sont, le roman en est un d'espoir. J'avais envie de noter tous les passages pour les lire et les relire. Ce roman m'a fait pensé à 84 Charing Cross Road. Les lettres échangées sont impertinentes, amusantes, drôles. On a envie de faire comme Juliet, de prendre le bateau et de partir pour Guernesey, retrouver les membres du cercle littéraire.

Tout m'a plu dans le roman. Les personnages, la façon dont Dawsey et Juliet entrent en contact (je rêve moi aussi que quelqu'un m'écrive aprês avoir acheté un de mes bouquins vendus dans une bouquinerie d'occasion!), l'intrigue, les romans, les lettres... Si vous n'avez pas encore lu Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de grâce, lisez-le! L'histoire plaira à tous ceux qui aiment les livres et la simplicité de la vie.

Un petit mot sur les auteurs du livre. Mary Ann Shaffer a été bibliothécaire et libraire. On le sent dans son roman, l'amour des livres, l'amour des mots. Elle nous parle d'un univers qui nous est cher, nous, les lecteurs. Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est sont premier - et malheureusement dernier - roman. Elle est décédée en 2008, après avoir appris que son livre serait publié. Elle n'en connaîtra pas le succès mais je trouve réconfortant de savoir que son livre comble nombre de lecteurs. Annie Barrows est sa nièce, avec qui elle a écrit le livre. Elle est auteur de livres pour enfants.

Quelques extraits:

"Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas." p.21

"J'adore faire les librairies et rencontrer les libraires. C'est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour l'argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible. Il ne reste donc plus que l'amour des lecteurs et de la lecture pour les y pousser. Et l'idée d'avoir la primeur des nouveaux livres." p.28

"Lire de bons livres vous empêche d'apprécier les mauvais." p.80

"Savais-tu que Wilkie Collins avait entretenu deux foyers avec deux maîtresses et deux nichées d'enfants? Il devait avoir des soucis d'organisation terrifiants. Pas étonnant qu'il se soit adonné au laudanum." p.88

"Qu'est-ce que tu as bien pu raconter à Isola? Elle s'est arrêtée ici sur le chemin du manoir, où elle allait chercher Orgueil et préjugés, et m'a grondée de ne lui avoir pas parlé d'Elizabeth Bennet et de Mr. Darcy. Pourquoi ne lui avait-on pas dit qu'il existait des histoires d'amour sans hommes déséquilibrés, sans angoisse, sans mort et sans cimetières! Que lui avions-nous caché d'autres?". p.291

"Toute ma vie, j'ai cru que l'histoire se terminait quand le héros et l'héroïne annonçaient leur mariage. Et, après tout, ce qui est bien pour Jane Austen devrait suffire à tout le monde. Mais c'est faux." p.390

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03 juin 2009

Libre et légère

libreetlegereEdith Wharton
Flammarion
207 pages

Résumé:

La jeune, belle et capricieuse Georgie renonce à son amour pour Guy Hastings afin d'épouser lord Breton, plus vieux d'une quarantaine d'années mais fort riche : tel est l'argument audacieux de ce premier court roman d'Edith Wharton écrit en 1877, à l'âge de quatorze ans. Oeuvre majeure entourée d'un parfum de soufre, Libre et légère surprend non seulement par sa maturité mais aussi parce qu'il contient en germe un grand nombre de thèmes whartoniens : l'impossibilité d'aimer son égal, l'horreur du mariage, la solitude de l'adolescence, le contraste entre la femme volontaire, née pour l'exception et la jeune fille modeste et vertueuse, promise à une vie normale.

Mon commentaire:

Libre et légère comporte deux textes qui sont intimement liés même s'ils ont été écrits à trente ans d'intervalle. Le premier texte, Libre et légère, a été écrit par Edith Wharton à l'âge de quatorze ans. Après la lecture d'un tel texte, on a du mal à croire qu'il a été écrit à un si jeune âge. Déjà, Wharton pose un regard critique sur le monde rempli de conventions qui l'entoure. Il faut dire que la jeune Edith, a déjà à l'époque cette maturité propre aux jeunes filles que l'ont préparait à devenir de parfaites épouses, le mariage étant souvent un des seuls buts de leur existence. L'époque et les cercles dans lesquels Wharton évoluaient lui font voir ce qu'on attend d'elle et les rouages qui composent les mariages. Ceci expliquant peut-être sa si grande maîtrise et sa capacité d'écriture déjà très développée. Ce court roman semble avoir hanté Edith Wharton puisqu'elle y revient trente ans plus tard en écrivant la nouvelle Expiation.

Ce second texte met en scène une femme vertueuse qui écrit un roman intitulé Libre et légère. Ce roman au titre sulfureux, laisse entrevoir une histoire choquante et cause du tourment dans l'entourage de l'écrivaine. En écrivant sur l'écriture, Wharton pose clairement la question de ce qui fait une bonne écrivaine, jusqu'à quel point doit-on se laisser aller dans son sujet. Jusqu'où doit-on l'aborder? Doit-on dire tout ce qu'on a à dire, au risque de déplaire ou de choquer? Expiation pose également l'idée de l'attente des critiques qui suivent la parution d'un premier roman. Libre et légère, écrit sous un pseudonyme masculin, ne semble pas avoir reçu de très bonnes critiques à sa parution, comme on peut en lire des extraits dans le livre. Mrs Fetherel dans Expiation est déçue de ce qu'on dit de son histoire. Expiation est en quelque sorte un retour sur les écrits de Wharton et sa condition de femme écrivaine dans une société remplie de conventions et de faux-semblants.

Il est intéressant d'avoir regroupé les deux textes sous une même couverture, puisque les deux me semblent vraiment liés. Libre et légère annonce déjà l'écrivain en devenir qu'a été Wharton. Expiation pose un regard et un questionnement sur l'écriture et ce qui compose les romans.
Un livre bien agréable à découvrir.

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24 mai 2009

L'anglais n'est pas une langue magique

anglaisnestpasunelanguemagiqueJacques Poulin
Leméac / Actes Sud
155 pages

Résumé:

Francis, le petit frère de l'écrivain Jack Waterman, est " lecteur sur demande ". Un coup de fil et il arrive chez vous dans sa Mini Cooper. Il aime les textes qui parlent des Indiens, de la traite des fourrures, de la place immense que le français a déjà occupé en Amérique. Sa cliente principale est Limoilou, une jeune fille de Québec qui porte encore aux poignets les cicatrices qu'elle avait à la fin de La traduction est une histoire d'amour. Les mots que lit Francis ont parfois des vertus thérapeutiques. Le petit frère serait presque heureux, mais il y a ce rendez-vous manqué avec une mystérieuse femme, et la " Police montée " qui le prend en filature devant les Plaines d'Abraham où la Nouvelle-France est tombée jadis aux mains de l'Angleterre...

Mon commentaire:

Lire Jacques Poulin, c'est retrouver un univers qui m'est cher et que je connais bien. Un univers peuplé de livres, d'écriture, de lecture, de chats et de la ville de Québec. C'est aussi un univers tout en douceur, une écriture limpide comme de l'eau claire. J'aime profondément tous les écrits de Poulin, car j'ai le sentiment qu'il me parle à travers ses personnages. Ses mots résonnent en moi comme de bons amis que l'on retrouve. Ce roman, même s'il est très court, ne fait pas exception. On retrouve pleins de personnages entrevus dans d'autres de ses romans. On savoure des extraits de livres et des paroles de chansons. À cause de Poulin, j'ai envie de lire les aventures de Lewis et Clark. Dans L'anglais n'est pas une langue magique (ce que j'aime ce titre et tout ce qu'il représente!), on côtoie un écrivain, une jeune fille qui s'éveille au pouvoir des mots, un lecteur sur demande. Lire Poulin ne se décrit pas. Si on aime, c'est passionnément et c'est une rencontre avec un auteur et ses mots qui nous touchent beaucoup...

La couverture qui me plaît bien, est un détail de la toile du peintre québécois Ozias Leduc, Le Jeune Élève (1894).

Un extrait:

"Le copain était assis à côté du lit, sur une chaise droite, et lui caressait la main. Je me tenais debout, accoudé sur l'aooui de la fenêtre, pour profiter de la lumi`re naturelle. Couchée sur le dos, Chloé avait l'air de dormir. Elle était sous perfusion et un moniteur surveillait son activité cérébrale, mais elle respirait par elle-même. Je me trouvais dans une situation nouvelle. Le mot coma, d'après mon Petit Robert, veut dire "sommeil profond". En réalité, la fille était égarée dans un pays étrange dont on ne savait presque rien. On pouvait seulement dire qu'elle reposait quelque part entre la vie et la mort, et qu'un jour elle aurait à choisir un monde plutôt que l'autre. Mon travail consistait à influencer son choix. Pour y arriver, je n'avais rien d'autre que les mots." p.99

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17 avril 2009

Les 7 filles d'Avalon

septfillesdavalonIsa-Belle Granger
Éditions Michel Quintin
477 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Éloise se rend en Angleterre pour aller faire sa maîtrise en littérature anglaise à la prestigieuse Université de Bristol. Pour elle, c'est le début d'une passionnante quête de secrets entourant Guenièvre et le roi Arthur, les héros de sa légende préférée. Pourtant, là-bas, bien des surprises l'attendent, à commencer par l'arrogance et la froideur que lui témoigne Wallegh, son directeur de thèse. Entraînée dans une valse où s'entremêlent le présent et le passé, la jeune fille voit son univers basculer quand elle découvre la prophétie des sept filles d'Avalon et le sombre secret de Wallegh. Dès lors, le rêve d'Éloise se transforme en cauchemar...

Mon commentaire:

Quelle aventure que la lecture de ce roman! Incroyablement bien documenté, l'histoire d'Éloise et de ce qu'elle découvrira à la lumière de ses recherches pour son mémoire de maîtrise se forme sous nos yeux ébahis au fil des pages. Mêlant adroitement différentes légendes aux grandes lignes de la religion catholique et aux différents mythes, l'auteur nous offre une histoire complexe, touffue, que l'on découvre en même temps que l'héroïne au fil de ses recherches. Ses idées sur ce qui lui est dévoilé nous sont partagées également à travers les pages de son journal, reproduites au fil du récit. L'écriture est vive, elle donne beaucoup d'ampleur et de détails à l'histoire tout en nous poussant à savoir ce qui se cache derrière la prophétie. Le contraste entre la culture anglaise et québécoise est intéressante et il y a aussi beaucoup de clins d'oeil à ce sujet. Même s'il s'agit d'un roman fantastique faisant survenir toutes sortes de théories sur l'Histoire et les légendes, les personnages sont très crédibles et très attachants. L'atmosphère feutrée du Manoir, de ses secrets, du personnel, de la bibliothèque, l'heure du thé autour de scones tout chauds et de théories élaborées entre Éloise et Philip donne un ton des plus intéressant au roman et complète bien la quête principale. J'ai passé d'excellents moments de lecture avec cette histoire, qui regroupe beaucoup de choses qui me plaisent: les légendes,la littérature, l'Angleterre, les croyances, l'histoire... Une très belle découverte! Je compte bien récidiver et lire les deux autres romans d'Isa-Belle Granger.

22 novembre 2008

100 romans de première urgence pour (presque) tout soigner

100romansStéphanie Janicot
Albin Michel
126 pages

Résumé:

Cet ouvrage est indiqué chez l'adolescent et l'adulte dans divers traitements liés au sens à donner à sa vie, pour certains handicaps et traumatismes et toutes pathologies d'ordre amoureux. Si vous êtes : Harcelés par votre patron ; Amoureux de quelqu'un qui s'en fiche ; Malmenés par la vie ; Atteints d'un handicap ; Ou d'une maladie grave ; Incapables de vous lever le matin ; Dépassés par vos enfants ; Ecrasés par vos parents ; Accros à la cigarette ; Désespérément seuls ; Poursuivis par la scoumoune ; Jaloux, frigides, impuissants, moches, ou déprimés, etc. Il y a toujours un roman pour vous soulager.

Mon commentaire:

Lire guérit!. Voilà la phrase clé de ce guide, qui apparaît également en quatrième de couverture. Naturellement, je ne peux qu'être d'accord! Comme lectrice, j'aime qu'un autre lecteur me parle de livres. Et Stéphanie Janicot le fait de façon si originale! En partant de maux généraux et de différents symptômes (une enfance difficile, un handicap, l'abandon d'un enfant, des relations familiales difficiles, des problèmes de couple, de travail, dépression, ennui, hypocondrie, boulimie, maladie, dépendance et même le pire de tout: ne pas aimer lire!) l'auteur nous suggère différents romans. Souvent des classiques, lorsque c'est possible, parfois de la littérature contemporaine, tout en échappant aux best-sellers et à tout ce qui est trop connu. On a donc l'occasion de lire ou relire des classiques ou alors, de découvrir des romans qui se sont perdus dans la masse des publications ou dont on n'a jamais entendu parler. Stéphanie Janicot ne prétend pas guérir les maux ou enlever tout mal de vivre. Elle le dit elle-même, certains problèmes doivent être traités par un médecin. Mais si elle peut éviter à certains lecteurs une séance chez un psychologue, alors que la littérature regorge de cas d'exemples et de matière à réflexion sur la vie et l'humanité, pourquoi ne pas tenter le moins onéreux des deux?

Nous voilà donc à lire une prescription de 100 romans. Ils sont, souvent, là pour nous démontrer des cas de figure ou des moyens de comparer la vie de personnages, à notre propre vie. L'on constate alors que la nôtre est beaucoup moins dramatique que celle de nombreux personnages, surtout lorsqu'on lit des classiques! L'auteur offre le symptômes, parfois le diagnostic, les remèdes et quelques fois, des contre-indications. Toujours avec un peu d'humour. Elle nous parle de ces livres qu'elle a lu, tout en simplicité, assortis d'un résumé de l'histoire, de commentaires sur les personnages, en rapport avec le symptômes et finallement, de petits conseils bien littéraires. Si ce livre-ci ne fonctionne pas, il y a toujours celui-ci et celui-là. De quoi alimenter bien des heures de belles lectures (et oublier pendant quelques temps, les maux qui nous tourmentent). Et puis, comment ne pas apprécier une lectrice qui prescrit Jane Austen ou Tolstoï pour toutes sortes de tourments? Un livre a déguster tranquillement, parfait pour offrir (ou s'offrir)!

D'ailleurs, ce n'est pas le médecin du roman Le treizième conte qui prescrivit à sa patiente une dose de Sherlock Holmes tous les jours jusqu'à guérison? :)

Un extrait:

"Ce que nous apprennent ces livres, c'est justement que cette complétude n'existe pas. Une vie n'est qu'une vie, parmi d'autres qui auraient pu être. Il est impossible de décider à l'avance de ce qui a du prix: est-ce la liberté? est-ce l'attachement? Trouver son propre équilibre est l'oeuvre de toute une existence. On ne peut qu'écouter (ou lire) les expériences des autres, non pour les copier, mais pour réfléchir sur la sienne et, éventuellement, rectifier le tir." p.128

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11 novembre 2008

Crèmes et châtiments

cremesetchatimentsAnne Martinetti & François Rivière
JC Lattès
164 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Agatha Christie aimait la vie et les bonnes choses, et savait faire des plats les plus alléchants de redoutables armes du crime. Au cœur des 66 romans de cette " duchesse de la mort ", le moindre verre de brandy peut se révéler fatal, le sandwich au concombre le plus banal vous envoyer ad patres... Dans les quelque 80 recettes de Crèmes et châtiments, point d'arsenic ni de strychnine, mais les plus exquis tours de main de la cuisine britannique - des muffins à la marmelade d'oranges ou à l'originale tourte de Darthmouth -, tout l'art du breakfast à l'anglaise et de la vraie cérémonie du thé revisitée par l'auteur de romans policiers le plus lu dans le monde et interprété par deux passionnés de son œuvre.

Mon commentaire:

Agatha Christie est devenue un personnage mondialement connue. Passée maître dans l'art d'entretenir le mystère, elle excellait à inventer mille et une façon de se débarrasser de son prochain... fictivement bien entendu! Elle a élaboré autant de crimes qui auraient pu être parfaits, sans le concours de ses deux fins limiers: Miss Marple et Hercule Poirot. Doit-on voir dans le choix des noms de ses personnages - Poirot et Marple (presque Maple) - un clin d'oeil à la grande gourmande qu'était Agatha Christie? Chez Agatha Christie, l'heure du thé est souvent l'heure du crime. Les sandwiches au concombre, les rondelles de citron dans les tasses de thés, les fabuleuses petites pâtisseries cachent bien souvent un poison mortel pour qui se laissera tenter. Les pots de marmelades et les plum puddings sont plus souvent qu'autrement, utilisés à d'autres fins que celui d'offrir une petite douceur...

Le livre que nous offrent Martinetti et Rivière, deux grands amateurs des oeuvres d'Agatha Christie, est plus qu'un simple livre de recettes. C'est un voyage en Angleterre, au pays de la Reine du crime, à l'heure délicieuse du "five o'clock tea"...Le visuel du livre, tant que son contenu, est très alléchant. On a l'impression de se retrouver autour d'une table bien garnie, sur des fauteuils en organdi, à papoter autour d'une tasse de thé et des montagnes de pâtisseries délicieuses, recouvertes de crème du Devon... Ce livre est tout simplement magnifique! Les titres des différents chapitres annoncent tout de suite la couleur: Breakfast à Torquay, Les délices de Greenway, Les douceurs d'Hercule Poirot, Tea time chez miss Marple, Agatha autour du monde... Chaque section est précédée de quelques pages biographiques et d'anecdotes sur la vie d'Agatha, son oeuvre ou son rapport à la cuisine, qu'elle adorait. Pour chaque recette, de petits extraits de ses romans sont offerts au lecteur, extraits qui correspondent au plat proposé.

En tournant la dernière page, j'ai eu soudain envie de boire mon thé dans des petits tasses en porcelaine fleurie, de confectionner des christmas puddings, des tartelettes au mincemeat, de la marmelade sur des scones encore chauds et... de lire et relire tous les romans d'Agatha! Un très, très beau livre que je suggère fortement aux amateurs d'Agatha Christie et à ceux qui rêvent en évoquant l'heure du thé à l'anglaise...

Quelques extraits:

"Je ne connais rien au maniement des armes à feu, disait-elle. C'est la raison pour laquelle je tue mes personnages avec des poisons, car ceux-ci possèdent l'avantage d'être propres et c'est cela qui excite mon imagination." p.10

"Ashfield, la maison natale d'Agatha, résonne tôt le matin du service de la première tasse de thé apportée au chevet des maître par une soubrette au tablier et à la coiffe amidonnés. Plus tard, la romancière, de retour avec mari et enfant dans le décor de son enfance enchanteresse, instaurera le rituel du "tea for dogs" - thé pour chiens - autorisant ses gentils compagnons à venir se vautrer sur son lit au mépris du breuvage fort et sucré contenu dans la tasse en Wedgwood..." p.16

"L'eau n'avait pas encore commencé de frémir quand elle la versa sur le thé, mais la pauvre miss Somers ne savait jamais au juste si l'eau frémissait ou ne frémissait pas. C'était là un des mille et un handicaps qui la pénalisaient dans l'existence." p.20, extrait d'Une poignée de seigle.

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