La bibliothèque d'Allie

Bienvenue dans ma bibliothèque! Auteurs, chroniques, littérature, extraits, dossiers, liens, etc. De tout pour vous donner le goût de lire!

03 juin 2009

Libre et légère

libreetlegereEdith Wharton
Flammarion
207 pages

Résumé:

La jeune, belle et capricieuse Georgie renonce à son amour pour Guy Hastings afin d'épouser lord Breton, plus vieux d'une quarantaine d'années mais fort riche : tel est l'argument audacieux de ce premier court roman d'Edith Wharton écrit en 1877, à l'âge de quatorze ans. Oeuvre majeure entourée d'un parfum de soufre, Libre et légère surprend non seulement par sa maturité mais aussi parce qu'il contient en germe un grand nombre de thèmes whartoniens : l'impossibilité d'aimer son égal, l'horreur du mariage, la solitude de l'adolescence, le contraste entre la femme volontaire, née pour l'exception et la jeune fille modeste et vertueuse, promise à une vie normale.

Mon commentaire:

Libre et légère comporte deux textes qui sont intimement liés même s'ils ont été écrits à trente ans d'intervalle. Le premier texte, Libre et légère, a été écrit par Edith Wharton à l'âge de quatorze ans. Après la lecture d'un tel texte, on a du mal à croire qu'il a été écrit à un si jeune âge. Déjà, Wharton pose un regard critique sur le monde rempli de conventions qui l'entoure. Il faut dire que la jeune Edith, a déjà à l'époque cette maturité propre aux jeunes filles que l'ont préparait à devenir de parfaites épouses, le mariage étant souvent un des seuls buts de leur existence. L'époque et les cercles dans lesquels Wharton évoluaient lui font voir ce qu'on attend d'elle et les rouages qui composent les mariages. Ceci expliquant peut-être sa si grande maîtrise et sa capacité d'écriture déjà très développée. Ce court roman semble avoir hanté Edith Wharton puisqu'elle y revient trente ans plus tard en écrivant la nouvelle Expiation.

Ce second texte met en scène une femme vertueuse qui écrit un roman intitulé Libre et légère. Ce roman au titre sulfureux, laisse entrevoir une histoire choquante et cause du tourment dans l'entourage de l'écrivaine. En écrivant sur l'écriture, Wharton pose clairement la question de ce qui fait une bonne écrivaine, jusqu'à quel point doit-on se laisser aller dans son sujet. Jusqu'où doit-on l'aborder? Doit-on dire tout ce qu'on a à dire, au risque de déplaire ou de choquer? Expiation pose également l'idée de l'attente des critiques qui suivent la parution d'un premier roman. Libre et légère, écrit sous un pseudonyme masculin, ne semble pas avoir reçu de très bonnes critiques à sa parution, comme on peut en lire des extraits dans le livre. Mrs Fetherel dans Expiation est déçue de ce qu'on dit de son histoire. Expiation est en quelque sorte un retour sur les écrits de Wharton et sa condition de femme écrivaine dans une société remplie de conventions et de faux-semblants.

Il est intéressant d'avoir regroupé les deux textes sous une même couverture, puisque les deux me semblent vraiment liés. Libre et légère annonce déjà l'écrivain en devenir qu'a été Wharton. Expiation pose un regard et un questionnement sur l'écriture et ce qui compose les romans.
Un livre bien agréable à découvrir.

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22 mai 2009

Vera

VeraElizabeth von Arnim
Salvy
287 pages

Résumé:

Quelques mois après la mort mystérieuse de Vera, Everard Wemys se remarie avec Lucy, de vingt ans sa cadette. Mais le souvenir omniprésent de Vera, les doutes relatifs à sa mort font planer sur le couple, qui s'est installé à la campagne, dans la grande maison où eut lieu le drame, une ombre noire que ni l'un ni l'autre ne parviendront à chasser.

Mon commentaire:

Après avoir lu Vera, le beau-frère d'Elizabeth von Arnim a dit: " J'ai donné à mes enfants un conseil de prudence : n'épousez jamais une romancière ". Et après l'avoir lu à mon tour, je lui donne un peu raison! Quel roman! Vera est époustoufflant de maîtrise! Elizabeth von Arnim me fascine au fur et à mesure que je découvre ses oeuvres. Elle maîtrise à la perfection la psychologie de ses personnages pour nous offrir avec Vera, un roman qui donne le frisson. Une courte phrase résume à merveille l'esprit du livre. Nébuleuse pour qui n'a pas lu le roman, elle prend tout son sens quand on en connaît la trame:

"Que d'obstacles avons-nous rencontrés,
Avant d'être assis pour prendre notre thé."
p.210

Je trouve très difficile de parler de Vera sans en dévoiler l'intrigue. Si vous avez l'intention de le lire et que ce n'est pas déjà fait, ne lisez pas plus loin vous risquez d'être passablement déçus. Je crois que Vera tient beaucoup à la surprise que l'on éprouve au fil de la lecture.

Même si elles ne sont pas clairement définies (on le sent à la lecture), le roman est construit en deux parties. La première parle du temps avant le mariage. Elle peut sembler un peu longuette, cependant, elle met en place le décor et les personnages pour la suite. Lucy et Everard se rencontrent alors que les deux sont endeuillés. Everard a perdu sa femme dont la mort est nébuleuse et tous les journaux sont sur son cas. Lucy vient de perdre le seul homme de sa vie, son ami, son complice: son cher papa. Lucy est dans la toute jeune vingtaine et a l'air d'une enfant. Elle s'attache à Everard, un homme dans la quarantaine, comme elle le ferait avec un père remplaçant. Horrifiée quand il l'embrasse pour la première fois, elle croit avoir par la suite des sentiments pour lui et décide de l'épouser. C'est alors qu'Everard montre sa vraie nature... et que débute la seconde partie du livre.

Ce roman, dès qu'on le commence, fait beaucoup penser à la Rebecca de Daphné Du Maurier. Les deux livres ont des points communs, même s'ils s'avèrent totalement différents. Le titre, déjà, qui fait référence dans les deux cas à la première épouse décédée. Mais alors que dans le roman de Du Maurier la seconde épouse commence à détester la place que prend l'ombre et le fantôme de Rebecca, dans Vera, Lucy se fait en quelque sorte une alliée du souvenir de cette femme qui hante encore la maison, contre Everard qui s'avère être une vraie brute. Pas une simple brute. Everard est bien pire... C'est un homme à cheval sur des principes boiteux, très désireux que sa maison soit tenue en ordre et selon ses goûts. Il parle à sa femme comme à une enfant trop gâtée qu'on trouve exaspérante, exige de ses domestiques des choses absolument épouvantables, et donne des ordres qui sont souvent un non-sens. Sa façon d'être donne le frisson, car on a l'impression de voir en lui une bombe à retardement. Il n'y a qu'à penser à la fixation qu'il fait des dates, des heures, de son anniversaire... Tout doit être calculé et planifié à la seconde près. Il minute le temps que prennent ses employés à répondre lorsqu'il sonne. Il a préalablement fait le trajet lui-même pour s'assurer du temps requis... Auprès d'Everard le quotidien prend l'ampleur d'un parcours du combattant. Seulement, Lucy ne le sait pas encore tout à fait...

Je me suis glissée dans ce roman jusqu'à prendre la place de Lucy. Plusieurs fois pendant ma lecture j'ai écarquillé les yeux d'étonnement. Je me suis surprise à appréhender anxieusement tous les mouvements que pourrait faire Everard, toutes les situations où il pourrait réagir, intervenir. Everard est un personnage profondément détestable, alors qu'on ne peut que se prendre d'affection pour Lucy, même si elle est parfois si naïve, si enfantine. Et l'estomac noué, on se questionne. Car à partir de la seconde moitié du roman, c'est un vrai suspense. En découvrant la folie d'Everard, on se demande comment l'auteur terminera ce livre... La fin, abrupte, est glaçante... si on se plaît à imaginer la suite. C'est ce que j'aime chez von Arnim, ses fins sont achevées, mais sans l'être trop, et laissent place à une certaine imagination. On aime ou non. Moi, je suis conquise.

Vera est un vrai petit bijou de cruauté. Un roman que j'ai adoré, qui génère énormément d'émotions. Même s'il s'agit d'une histoire très sombre, c'est à lire, assurément!

Quelques extraits:

"Après tout, pensa-t-elle en contemplant le reflet des flammes sur le parquet bien ciré, seuls les gens qui ont du tempérament peuvent épouser ceux qui en ont. Ils se comprennent, se disent les même choses, se les renvoient comme des fusées de feu d'artifice, savent exactement combien de temps cela durera, et la violence de leurs émotions leur évite de connaître la mortelle solitude où se trouvent ceux qui ne savent pas s'emporter.
La solitude.
Elle leva la tête et, du regard, parcourut la pièce. Non, elle n'était pas seule. Il y avait toujours...
Brusquement, elle se dirigea vers la petite bibliothèque de Vera, et prit les livres, un à un, vite, voracement, lisant les titres, tournant les pages avec une sorte de frénésie, afin de savoir, afin de comprendre, Vera..."
p.180

"Le livre, tombé des mains de Lucy, était encore ouvert, à ses pieds. Si c'est là le soin qu'elle prend des livres, il ferait bien de réfléchir avant de lui confier la clef de la bibliothèque vitrée, pensa-t-il. C'était un livre de Vera. Vera, de toute façon, ne prenait aucun soin de ses livres; elle ne cessait de les relire. Il se pencha, afin d'en voir le titre, voir ce à quoi Lucy avait pu attacher plus de prix qu'à sa conduite envers son mari, durant cette journée. Les hauts de Hurlevent. Il ne l'avait jamais lu, mais il se souvint d'avoir entendu dire que c'était une histoire morbide. Elle aurait pu trouver mieux à faire pour meubler cette première journée dans sa nouvelle demeure que de le laisser seul pour lire un roman morbide!" p.190

"Au petit déjeuner, il annonça à Twite, qui sursautait chaque fois qu'on lui adressait la parole: "Mrs Wemyss arrive aujourd'hui."
Le cerveau de Twite fonctionnait très lentement, ce qui était dû au fait qu'il passait le plus clair de son temps à sommeiller dans son sous-sol. Pendant quelques minutes - il en tressaillit - , il pensa que Monsieur avait oublié que Madame était morte. Devait-il le lui rappeler? Cruel dilemme... Heureusement, il se souvint à temps de l'existence de la nouvelle Mrs Wemyss, et put encore dire: "
Bien, Monsieur", sans trop hésiter." p.245

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17 mai 2009

Mr Skeffington

mrSkeffingtonElizabeth von Arnim
Salvy
419 pages

Résumé:

Lady Frances Skeffington - Fanny pour ses amis - va avoir cinquante ans. Elle vit dans l'un des quartiers les plus chics de Londres, entourée de domestiques. Elle a divorcé il y a vingt ans de Job Skeffingtion, un juif richissime qui, depuis, a quitté Londres. Mais son souvenir ne cesse de la hanter. Son médecin lui conseille de revoir ce mari longtemps oublié, et de revoir les amants qui l'ont accompagnée au long de sa vie.

Mon commentaire:

Le résumé de l'histoire n'est certes pas fantastique et ne donne pas vraiment envie de lire le roman. Les premiers chapitres sont un peu longuets, avant que l'on comprenne ce qui motive Fanny et ce que sera son parcours. Fanny a peur de vieillir. Elle a connu la gloire et la beauté dans les cercles bourgeois, a été adulée par tous les hommes et ne manquait pas de prétendants. Elle n'a cependant jamais voulu se remarier et à l'aube de la cinquantaine, elle constate que sa beauté se fane, qu'elle n'a ni mari, ni enfants, et rien devant elle qui la fasse espérer et profiter de la seconde moitié de sa vie.

L'histoire de Mr Skeffington est moins lumineuse que celle d'Avril enchanté par exemple. Mais même avec un sujet qui ne m'intéresse pas vraiment, l'auteur a réussis à me captiver et c'est avec plaisir que j'ai lu cette histoire. L'écriture de von Arnim est remplie d'anecdotes et même si l'humour y est plus subtil, son talent est de réussir à créer une atmosphère qui rejoind ses précédents romans et des personnages haut en couleurs, parfois amusants, quelques fois pitoyables. Fanny n'est pas à proprement parler un personnage attachant. Elle est tourmentée par elle-même et ne se rend pas toujours compte du mal qu'elle peut faire autour d'elle. Par moment elle est exaspérante, par d'autres elle est préoccupée ou même amusante. Certaines scènes valent la peine, il n'y a qu'à penser à la party organisée chez Fanny ou certaines scènes chez ses amants. La fin du livre est tout à fait à mon goût et laisse place à plusieurs interprétations de l'événement, à plusieurs niveaux de compréhension. J'aime les fins que donne von Arnim à ses livres.

Mr Skeffington est le dernier roman d'Elizabeth von Arnim. Son personnage de Fanny est cruel et cynique envers les femmes de son âge et la vieillesse. Elle cache une profonde aversion pour ce qu'elle voit changer en elle en vieillissant. En sachant qu'Elizabeth a connu un premier mari qui est décédé, s'est remariée avant de divorcer, je me demande si les préoccupations de Fanny dans le roman ne sont pas un peu celles de von Arnim... Même s'il s'agit d'un roman, on ne peut s'empêcher de faire le lien, en sachant que les écrits de von Arnim sont toujours très autobiographiques...

Quelques extraits:

"C'est une situation sans issue que de tenter de faire disparaître quelqu'un qui n'est pas là." p.28

"Voulait-il la punir de l'avoir appelé "chéri" devant Audrey? Si c'était le cas, alors il n'était plus le Jim qu'elle avait connu, et plus vite elle quitterait cette maison, mieux ce serait. Elle n'était pas faite pour les cercles de famille. Qu'on la laisse rentrer à Londres et se débrouiller toute seule avec ses problèmes! Et puis, quand l'hôte est contrarié, l'hôtesse bouleversée, la mère de l'hôtesse soupçonneuse et le père un inlassable bavard, il est temps, pour l'invitée, de partir." p.195

"Bien des maris avaient dû encaisser des coups pires qu'une mèche qui tombe! Ce n'est pas pour ses cheveux qu'un homme épouse une femme dans la cinquantaine. Seul un imbécile ou un tout jeune homme pourrait s'imaginer qu'à cet âge une femme ne commençât pas à tomber en lambeaux..." p.350

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07 octobre 2008

Les Watson

watsonJane Austen
Christian Bourgeois
53 pages

Résumé:

Après le décès de son oncle, Emma Watson, une jeune fille élevée par de riches parents, se voit contrainte de revenir dans sa famille.

Mon commentaire:

Les Watson est un roman inachevé de Jane Austen. Elle en commença l'écriture en 1803 et on croit qu'elle l'abandonna à la mort de son père. Elle ne l'a jamais repris et c'est bien dommage, puisque tout dans ce livre aurait pu devenir une histoire aussi intéressante que ses autres romans. L'histoire, même incomplète, mérite tout de même notre attention.  Emma Watson revient dans sa famille au début du roman. À l'époque, de nombreux enfants de familles "pauvres" étaient envoyés en "adoption" chez de la riche parenté, afin de parfaire leur éducation et de soulager un peu les parents. Cette façon de faire était assez courante à l'époque. On le voit d'ailleurs dans Mansfield Park, avec le personnage de Fanny. Et c'est aussi le cas d'Emma Watson. La tante qui l'a élevée s'est remarié et a quitté le pays, emportant avec elle l'héritage que tous espérait pour Emma. La jeune fille revient donc vers sa famille, qu'elle redécouvre après des années d'absence. Son père, clergyman, a la santé chancelante. Ses frères et soeurs ne correspondent pas à l'idée qu'elle se faisait d'eux. Elle ne se sent pas à sa place au sein des autres Watson, sauf peut-être auprès de sa soeur Elizabeth qui est accueillante et de bon conseil. Au début du roman, Emma est invitée à un bal, où elle attire l'attention de Lord Osborne, mais aussi de Tom Musgrave, un jeune homme peu recommandable, bourreau des coeurs. Les quelques scènes qui suivent parlent essentiellement des rencontres entre les jeunes gens.

Les Watson, par la trame qu'il laisse supposer, soit celle d'une jeune fille courtisée par deux jeunes hommes, me rappelle érnomément l'histoire d'Evelina  de Fanny Burney. On se laisse totalement emporter par l'histoire, par l'héroïne, qui a un peu de tout ce qui est plaisant dans chaque personnage féminin d'Austen. On peut extrapoler sur la suite de l'histoire, sur les choix qu'aura à faire Emma, mais malheureusement, on ne peut que l'imaginer puisque cette histoire se termine abruptement. Elle est tristement restée inachevée... Dans l'édition que j'avais entre les mains, de nombreuses notes très intéressantes ont été ajoutées pour plusieurs paragraphes, par Margaret Drobble. Elles complètent le récit et donne un peu de relief à ce roman resté sans note finale.

Quelques extraits:

"C'est une chose bien difficile pour une femme que de résister aux flatteries d'un homme quand il est décidé à lui plaire." p.124

"Les maux qui avaient surgi après la mort de son oncle n'étaient ni insignifiants ni prêts à diminuer, et quand elle s'était librement laissée aller à opposer le passé au présent, elle recherchait l'occupation intellectuelle, la dissipation des idées noires que seule peut procurer la lecture et se tournait, reconnaissante, vers un livre." p.142

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22 août 2008

L'Italien ou le confessionnal des pénitents noirs

italienAnn Radcliffe
Marabout (pour l'illustration)
Disponible aux éditions Bouquins
dans le recueil Romans terrifiants

Résumé:

Une mère machiavélique souhaite empêcher son fils de se marier avec une jeune fille qui n'est pas de son rang.

Mon commentaire:

L'Italien ou le confessionnal des pénitents noirs est un roman gothique d'Ann Radcliffe. On y retrouve la passion amoureuse, la relation impossible et ponctuée d'entraves au bonheur, un jeune homme fougueux qui fait tout pour celle qu'il aime, des moines noirs encapuchonnés, des églises mystérieuses, des châteaux en ruines, des cachots, le couperet de l'inquisition, des religieuses, des vêtements ensanglantés, les tables de torture qui ne sont jamais bien loin, bref, tous les éléments pour faire frissonner le lecteur. D'ailleurs, frissonne-t-on toujours, des siècles plus tard, à la lecture de cette histoire? Oui et non. L'italien a un certain charme. Un texte et une écriture qui se rapproche d'Austen ou des romans de cette époque, mais une histoire beaucoup plus noire, naturellement. On ne décrit pas les tortures ou le sang qui y est versé. Tout est dans l'esquisse d'une atmosphère noire et mystérieuse. C'est donc très intéressant à lire, même si le texte a un peu vieillit. On lui confère un charme surrané intéressant pour le lecteur d'aujourd'hui. L'histoire peut donner le sentiment de tourner légèrement en rond. Elle raconte essentiellement la rencontre d'un jeune homme, Vivaldi, fils de marquis et ayant une haute position dans le monde, et d'une jeune fille, Elena, à la naissance de basse condition et au passé inconnu. La mère de Vivaldi qui apprend les desseins de son fils de demander la main d'Elena fera tout pour contrecarrer ses plans et sauver la réputation de sa famille.

L'essentiel de L'Italien, c'est cela. La mère folle qui veut empêcher à tout prix le mariage de son fils avec quelqu'un qui n'est pas de son rang. Et à partir de là, l'intrigue se dénoue sur le mystère de la naissance d'Elena, sur les gens qui tentent tout pour mettre des bâtons dans les roues du couple. Sur les religieux et l'inquisition qui se mettent de la partie. Sur les doutes d'Elena qui, à cause de toutes les difficultés, demande à Vivaldi du temps pour réfléchir. Je crois qu'il faut se replacer dans le contexte de l'époque et des moeurs, de l'omniprésence de la religion pour apprécier réellement ce roman. Au lecteur d'aujourd'hui, il peut paraître un peu tiré par les cheveux, surtout lorsque les événement s'enchaînent à tel point qu'on a l'impression que tout est trop bien synchronisé. Outre le gothique et le roman noir, on peut voir aussi dans L'Italien, une sorte de roman d'aventures. Ces grandes chevauchées dans les contrées désolées à la recherche d'un endroit où se cacher, ces combats pour défendre sa peau et ces enlèvements à répétition sont dignes des meilleures scènes d'action.

Cette lecture, qui a suivi celle de Northanger Abbey, à défaut de mettre la main sur Udolpho, a été une belle découverte et me donne envie de me replonger dans d'autres romans gothiques. On voit très bien qu'il s'agit de l'ancêtre du roman d'horreur, même si aujourd'hui, certaines scènes nous font parfois sourire. Le talent de Radcliffe est toutefois bien présent et nous offre tout de même une atmosphère noire et étrange. Elle peut être source de frissons, si on laisse, comme Catherine, voguer un peu notre imagination...

Citation:

"La marquise demeura pensive et silencieuse. Son âme n'était pas encore familiarisée avec le crime et l'action que Schenodi lui faisait entrevoir l'épouvantait. Elle n'osait y arrêter sa pensée, encore moins l'appeler par son nom. Cependant son orgueil était si irrité et son désir de vengeance si ardent que ces passions soulevaient dans son âme une véritable tempête, prête à emporter tout ce qui y restait d'humain." p.155

"Puis, après tout cela, lorsqu'elle venait à penser au peu de probabilité que vivaldi parvînt jamais à découvrir sa retraite, la vive douleur qu'elle en ressentait montrait assez qu'elle craignait bien plus de le perdre que d'acheter sa présence par les plus cruels sacrifices et que, de tous les sentiments qui luttaient dans son âme, le plus puissant était encore son amour." p.117

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20 août 2008

Northanger Abbey

northangerabbeyJane Austen
10/18
285 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Jane Austen jugeait désuet l'engouement de son héroïne Catherine Morland pour les terrifiants châteaux moyenâgeux de Mrs. Radcliffe et les abbayes en ruine du préromantisme anglais. Parodie du roman gothique, satire pleine de saveur de la société anglaise qui prenait ses eaux à Bath, Northanger Abbey est aussi le roman très austenien du mariage et très moderne du « double jeu ».

Mon commentaire:

Catherine est une jeune fille de dix-sept ans. Elle vit à la campagne, avec sa famille. Jeune fille plutôt ingrate, les années ont fait d'elle une belle jeune femme prête à faire son entrée dans le monde. Elle suivra donc les Allen à Bath, histoire de voir de quoi retourne la société. On dénote dans le texte, deux parties à Northanger Abbey. La première, se déroule essentiellement à Bath. Les bals et les thés sont l'essentiel de l'intrigue. On y fait des rencontres plus ou moins intéressantes, on observe les jeunes gens, on scrute l'assistance à la recherche d'amis ou d'une quelconque personne digne de notre intérêt et parfois, on danse un peu. Mrs Allen découvre alors une vieille amie à elle, Mrs, Thorpe, accompagnée de ses enfants, alors que Catherine fait la connaissance de Mr Tilney, qui suscite son intérêt. Catherine se lit aussi d'amitié avec Isabelle Thorpe, qui tente de la lier à son frère, John Thorpe. Ce dernier n'attire que le mépris de Catherine et on la comprend bien!

Après Bath, la seconde partie du roman se déroule essentiellement dans la famille Tilney. Catherine reçoit l'invitation d'accompagner les membres de cette famille à Northanger Abbey. Catherine est une jeune fille qui lit beaucoup de romans. Jane Austen semble critiquer en quelque sorte les gens qui méprisent les romans, alors que d'un autre côté, elle se moque un peu de son héroïne qui vibre à la lecture d'histoires sombres et laisse son imagination s'affoler. Catherine est attachante. Naïve, nouvellement entrée dans la société, elle ne sait pas toujours comment réagir et se fie beaucoup à son jugement, tout en demandant conseil aux gens qui l'entourent. Elle adore les livres, particulièrement Udolpho (Les mystères du château d'Udolphe) d'Ann Radcliffe. Elle en parle à qui veut bien l'écouter et se fait une idée romantique des châteaux, des abbayes, des pièces secrètes et de tout ce que peut contenir un roman gothique. Cette habitude à laisser vagabonder son imagination, me plaît beaucoup chez Catherine, même si elle se retrouve parfois dans des situations plutôt embarrassantes. Étant plutôt impressionnable et ayant l'imagination très fertile, je me suis retrouvée en Catherine. Elle me semble d'autant plus être un personnage très intéressant.

Northanger Abbey est une parodie du roman gothique. Jane Austen se moque un peu de la naïveté de Catherine et de sa propension à imaginer toutes sortes de choses à partir des romans qu'elle lit. C'est un excellent roman parodique, puisqu'Austen réussit à nous entraîner à la suite de ce que découvre Catherine, de ses peurs et de son imagination galopante, avant de nous faire tomber d'aussi haut que son personnage. Toutefois, même si Northanger Abbey semble plus léger que ses autres romans, il n'en est pas moins une critique aride de la société de Bath, des manières de l'époque, de l'hypocrisie ambiante, des mariages qui se veulent souvent "arrangés" et qui doivent être monétairement intéressants pour complaire aux familles. Northanger Abbey donne définitivement envie de lire des romans gothiques de l'époque. Une petite liste est d'ailleurs founie en plein coeur du roman, offerte par l'amie de Catherine, qui plonge dans son carnet à la recherche des titres qu'elle a noté... titres malheureusement impossible à trouver en français. Il faudra se contenter de lire et relire Radcliffe, Lewis et cie!

Quelques extraits:

"-...il y a l'abbaye que vous devez tellement aimer! Lorsqu'on a été habitué à vivre dans une abbaye, un banal presbytère doit paraître bien terne!
Il sourit et lui dit:
-Vous vous faites une idée bien flatteuse de l'abbaye...
-Oh, oui. N'est-ce pas un vieux monument très beau, exactement comme on en voit dans les livres?
-Et êtes-vous prête à affronter toutes les horreurs que peut renfermer une demeure comme "celles qu'on voit dans les livres"?"
p.170

"Elle pensait encore à ce qu'elle avait pu ressentir ou faire sous l'empire d'une absurde terreur, et il lui apparut bientôt clairement qu'elle n'avait cessé, dans toute cette affaire, de s'abuser volontairement. Elle avait inventé cette histoire de toutes pièces, n'écoutant que son imagination, résolue à s'alarmer de tout, donnant de l'importance à des détails insignifiants, interprétant le moindre fait dans un sens toujours identique, dans le seul but de satisfaire l'ardent désir, qu'elle nourrissait avant même de pénétrer dans l'abbaye, d'avoir affreusement peur." p.217

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09 août 2008

Evelina, ou l'entrée d'une jeune personne dans le monde

evelinaFanny Burney
Éditions José Corti, Les romantiques
450 pages

Résumé:

Fanny Burney emprunte la forme épistolaire des grandes œuvres de Richardson pour nous raconter l’entrée d’une jeune provinciale de dix-sept ans dans la haute société londonienne. L’intrigue progresse d’incidents cocasses en menues catastrophes, jusqu’au terme de ce voyage initiatique où l’amour et l’estime triomphent du préjugé de classe. On reconnaît là le thème auquel Jane Austen donnera une éclatante illustration dans Orgueil et préjugés quelque trente ans plus tard.

Mon commentaire:

Quand on lit Fanny, on ne peut s'empêcher de penser un peu à Jane. Dans son roman épistolaire Evelina, la quatrième de couverture ainsi que la préface font ouvertement allusion aux écrits des deux femmes. À l'époque de Fanny, le roman était encore un genre trouble, surtout s'il était écrit par des femmes. On affectionne pour les femmes une éducation tranquille, faite de dessin, d'aquarelle, de l'apprentissage du piano, de passe-temps délicats, de broderies, de couture, bref, de toutes ces choses qui forment le caractère des femmes pour en faire de jeunes filles accomplies, bonnes à marier. Les lectures étaient encouragées, mais pas n'importe quelles lectures. À quinze ans, sous la pression de sa belle-mère, Fanny brûlera tous ses écrits. Elle rêve d'être lue, mais a peur du scandale. La réputation d'une jeune dame est si vite entachée...

Fanny se frotte un moment au théâtre, à la comédie. Puis écrit son premier roman, Evelina. Elle écrit ce roman en croyant ne faire qu'un petit livre de la trame de ceux qu'elle a brûlés jadis. Ce roman prendra de l'ampleur, pour devenir un roman épistolaire de plus de 440 pages (pour l'édition française). Elle choisit, tout comme Jane Austen l'avait fait aussi, de publier son livre anonymement. Jane n'avait mit dans la confidence que sa soeur Cassandra. Fanny, en parle à Susan, sa soeur, mais formera également autour d'Evelina, un complot familial serré. Fanny modifiera son écriture pour le manuscrit d'Evelina, pour plus de précautions. Son frère Charles sera l'intermédiaire entre Fanny et l'éditeur, avant que leur cousin Edward prenne la relève. L'éditeur doit faire suivre tout courrier dans un lieu anonyme, un café. À l'image de l'humour de ses romans, Fanny surprendra ses propres parents en pleine lecture d'Evelina. Son père dira même que c'est "le meilleur roman qu'il connaisse", alors que l'auteur est devant lui et qu'il l'ignore...

La critique de l'oeuvre de Fanny Burney est élogieuse. On la qualifie de pétillante, de divertissante et d'agréable. Le paradoxe le plus étonnant entre Jane et Fanny, est leur rapport à la reconnaissance. Fanny, lorsqu'elle fût démasquée, fût très appréciée et son travail a été reconnu de son vivant. Elle a connu la popularité de ses écrits. Qu'en est-il aujourd'hui? Elle a sombré peu à peu dans l'oubli populaire et ses oeuvres ne sont pas éditées en français, sauf Evelina qu'on peut dénicher plus ou moins facilement. Elle est difficile à trouver en librairie, voire inconnue de la plupart des gens. Jane Austen ne goûta pas vraiment la gloire de son vivant. Elle a connu des débuts difficiles, puis a publié certains succès, qui lui ont amené l'admiration et un peu d'argent. Mais pas autant que Fanny. Pourtant, Jane Austen a marqué l'imagination de nombre de lecteurs. Ses romans sont populaires encore aujourd'hui, ils se trouvent facilement en librairie, sont traduits en plusieurs langues, et ses histoires sont adaptées pour le petit et le grand écran. Jane Austen aimait les oeuvres de Fanny Burney. Elle en fait une sorte d'hommage dans Northanger Abbey. Son roman le plus populaire, Orgueil et préjugés, est inspiré quelque peu d'Evelina. On retrouve également un Mr Willoughby dans Raison et sentiments (1811), alors que c'est un personnage central d'Evelina (1768).

Evelina est une jeune fille issue d'une lignée familiale reconnue, avec une grande fortune. Son histoire familiale est trouble. Mr Evelyn, un anglais, épousa une française, Mme Duval. Ils eurent une fille, Miss Evelyn. À la mort de Mr Evelyn, elle fût confiée par testament au révérand Mr Villars, car le père considérait sa femme comme inapte à pourvoir à l'éducation d'une jeune fille. Miss Evelyn se maria à Lord Belmont qui, lorsqu'il apprit que la forune de la famille ne lui revenait pas, brûla ses papiers de mariage et abandonna Miss Evelyn. Elle était alors enceinte, accoucha d'une enfant, Evelina, avant de mourir en couches. L'enfant fût confiée à Mr Villars, qui s'en occupa jusqu'à ce qu'elle soit en âge de faire son entrée dans le monde. Le roman débute alors qu'Evelina reçoit une invitation à se rendre près de Londres pour y visiter de la parenté. Elle quitte sa campagne pour se frotter au grand monde, avec peu d'espoir pour l'avenir, puisqu'elle est privée de toute sa fortune. Elle rencontrera sa grand-mère, la colorée Mme Duval. Les 440 pages du romans portent ensuite sur ses rencontres, sur ses sorties et sur sa famille aux manières discutables.

Lire Evelina aujourd'hui nous fait découvrir un récit à la fois semblable et différent des oeuvres d'Austen. Evelina est un roman épistolaire. Austen s'est essayée à ce genre avec Lady Susan. Austen et Burney apprécient toutes deux l'humour et elles critiquent aisément la société qui les entoure. Chez Austen, cet humour est plus mordant, avec des réparties étonnantes et cinglantes pour l'époque. Son écriture est aussi, à mon sens, plus raffinée. Chez Burney, on frôle par moment le burelesque. Elle a écrit des comédies pour le théâtre et on le sent dans son écriture, du moins dans Evelina. Je ne raffole pas du burelesque. Et dans Evelina, on voit souvent les personnages se quereller. Ils manquent parfois de classe ou de bonnes manières, mais leur attitude est poussée à l'extrème. On n'a qu'à penser à l'acharnement du Capitaine sur Mme Duval ou alors les discordes incessantes dans la famille d'Evelina.

Mon intérêt pour ce livre résidait surtout en la découverte de l'auteur qu'on compare aisément à Jane Austen. Le titre complet, Evelina, ou l'entrée d'une jeune personne dans le monde, laisse entendre qu'on assistera aux bals, aux thés, aux sorties mondaines, aux rencontres avec des jeunes hommes. Comme on dit qu'Austen puisa dans ce livre son inspiration pour Orgueil et préjugés, je m'attendais à y retrouver cette sorte de raffinement qui me plaît tant chez Austen. Le burelesque est de beaucoup plus présent chez Fanny Burney que ces belles descriptions élégantes. Beaucoup de disputes, de manque de tact, de personnages grossiers peuplent l'histoire. Après des centaines de pages de ce régime, la lecture m'a semblée plutôt lourde. Les personnages n'ont rien d'aussi attachants que ceux que créaient Austen. Le Mr Willoughby d'Evelina est bien différent de celui de Raison et sentiments. Evelina est douce, réservée, maladroite. On ne comprend pas toujours sa façon de se comporter. Elle côtoie la société de gens qui la méprise et se moquent d'elle alors qu'elle pourrait, ma foi, rentrer chez elle et retrouver la paix, ainsi que son bienfaiteur, Mr Villars. Mr Lord Orville et Evelina Anville sont des créations plutôt pâles à côté des éclatants Mr Darcy et Elizabeth Bennet.

Alors, doit-on lire ou non Fanny Burney? Je dirais, malgré tout que oui. Elle reste le témoin privilégiée d'une époque, un auteur qui projette un certain regard sur son temps et qui critique la société qui l'entoure. Est-ce aussi captivant que ce que savait faire Austen? Non, je ne crois pas. Est-ce la raison pour laquelle Austen est toujours très lue et très accessible aujourd'hui, alors que Fanny Burney est tombée peu à peu dans l'oubli? Peut-être bien...

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01 août 2008

Rebecca

rebeccaDaphné Du Maurier
Le livre de poche
384 pages

CoupdeCoeur

Résumé:

Dès les premières heures à Manderley, somptueuse demeure de l'ouest de l'Angleterre, le souvenir de celle qu'elle a remplacée s'impose à la jeune femme que vient d'épouser Maxim De Winter. Rebecca, morte noyée, continue d'exercer sur tous une influence à la limite du morbide. La nouvelle Mme De Winter, timide, effacée, inexpérimentée, se débat de son mieux contre l'angoisse qui l'envahit, mais la lutte contre le fantôme de Rebecca est par trop inégale.

Mon commentaire:

"J'ai rêvé l'autre nuit que je retournais à Manderley."

Ainsi débute l'histoire de la narratrice, future deuxième Mrs de Winter, dont on ne saura pas le prénom, sauf qu'il est comme une plume et plaît bien à Maxim. Jeune femme de compagnie d'une dame exubérante qui parle beaucoup trop, la narratrice rencontre à l'hôtel, Mr de Winter (Maxim) venu y fuir la perte de sa femme, Rebecca. On apprend qu'elle s'est noyée. Maxim et la narratrice feront plus ample connaissance, sortiront et dîneront régulièrement ensemble, jusqu'à ce que Maxim lui demande de l'épouser. Elle accepte et les deux entrent à Manderley. Maxim est plus âgé que la narratrice. Il a toujours vécu dans un milieu aisé. Leurs différences sont palpables. La nouvelle Mrs de Winter ne sait pas se conduire avec les employés de la maison. Elle est mal à l'aise. Elle ne sait pas comment occuper ses journées. Elle n'a aucune assurance, ne sait pas tenir une maison de cette importance et se voit comparée à Rebecca dans tout ses faits et gestes, pas les employés de Manderley. Elle commet impairs sur impairs et l'intendante, Mrs Danvers, ne lui facilite pas les choses.

Dès qu'on pousse la porte de Manderley, on déteste Mrs Danvers. Cruelle, mesquine, méchante, folle à lier, elle fait tout pour rendre la vie impossible à Mrs de Winter et à lui faire sentir qu'elle est de trop. La scène du costume de bal par exemple ou la scène de la chambre dans l'aile condamnée sont absoluement terribles. Manderley est un endroit merveilleux, si ce n'était pas des gens qui y vivent. Manderley cache de mystérieux secrets. Mais cette grande et magnifique maison est avant tout terriblement raffinée, avec ses petits salons, sa bibliothèque, son petit bureau. Les jardins extérieurs qu'on y décrits font rêver. On sent la mer et le picotement du sel d'un côté de la maison, alors que de l'autre, les bois, les allées de fleurs odorantes et la petite crique sont des endroits charmants.
Charmants? Ils le seraient bien plus si l'ombre de Rebecca ne planait pas sur tout. Dans le choix des fleurs, dans leur parfum, dans l'abri à bateaux, dans le choix de la décoration de chaque pièce, dans les menus que Mrs de Winter doit approuver chaque jour. Rebecca est partout. On croirait parfois qu'elle est toujours là et que d'un instant à l'autre, elle rentrera dans une pièce et s'installera, comme si elle n'était pas morte.

Le talent de Daphné Du Maurier dans ce roman, réside à sa capacité de créer une atmosphère et à son pouvoir d'évocation. Le lecteur peut pratiquement sentir les fleurs de Manderley. Il sent aussi le malaise ambiant, qui augmente au fil des pages, selon le comportement des domestiques. On a aussi l'impression que Rebecca plane sur tout, que son fantôme se terre dans les coins les plus sombres de Manderley. On frissonne. Parce le Manderley qui semblait si merveilleux, nous semble tout à coup inquiétant...

Rebecca a été porté à l'écran en 1940 par nul autre qu'Alfred Hitchcock. Ce film a remporté à l'époque deux Oscars et a été en nomination pour 9 autres. J'aime beaucoup Hitchcock, mais je n'ai encore jamais vu le film. Je serais cependant curieuse de voir ce qu'on pourrait faire de ce livre aujourd'hui...

Quelques citations:

"Le bonheur n'est pas un objet à posséder, c'est une qualité de pensée, un état d'âme." p.12

"...je rentre souriante et fraîche pour prendre ma part des menus rites de notre goûter. L'ordonnance n'en varie jamais. Deux toasts beurrés pour chacun et du thé de Chine. Sur ce balcon net, blanchi par des siècles de soleil, je songe à l'heure du thé de Manderley et à la table dressée devant la cheminée de la bibliothèque. La porte s'ouvrant toute grande à quatre heures et demie tapant et l'apparition du plateau d'argent, de la bouilloire, de la nappe blanche. Jasper repliait ses oreilles d'épagneul et feignait l'indifférence à l'arrivée des gâteaux. Quel déploiement de choses succulentes, mais comme nous mangions peu!" p.14

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29 juillet 2008

Raison et sentiments

raisonetsentimentsJane Austen
10/18
382 pages

Résumé:

Raison et sentiments sont joués par deux sueurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l'imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIè siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent.

Mon commentaire:

Marianne et Elinor Dashwood sont deux soeurs. Marianne représente le sentiment. Elinor la raison.
Marianne est passionnée, exaltée. Ses sentiments sont toujours vécus pleinement, parfois trop. Elle souffre? Elle entretient sa douleur et se morfond pendant nombre de jours. Elle est heureuse? Sa joie explose au delà des conventions jusqu'à mettre, parfois, son entourage dans l'embarras. Elle dit ce qu'elle pense. Elle vit ses émotions à fleur de peau et peine à se contrôler. Elle confond le rêve et la réalité. Elinor est le calme et la sagesse personnifiée. Elle est droite, décrypte les comportements de son entourage et démasque ceux qui ne sont pas foncièrement bons. Elle lit aisément ce que certains tentent de cacher. Elle gère ses émotions, ses sentiments et passe parfois pour quelqu'un de froid. On ne sait pas toujours ce qu'elle pense. Elle souffre en silence ou ressent de la joie sans que ses émotions transparaissent. Les deux soeurs ne se comprennent pas toujours sur ce point, mais sont pourtant très proches l'une de l'autre.

À la mort de leur père, elles se retrouvent avec leur mère et leur soeur Margaret, à chercher un autre endroit où loger. Leur frère, né d'un premier mariage de Mr. Dashwood, le père; et sous les conseils de son épouse Fanny, fait tout pour chasser les femmes Dahswood de leur domaine. Elles s'installent donc dans un petit cottage en location dans le Devonshire, sur l'invitation d'un de leurs cousins. À partir de ce moment, trois hommes évolueront dans l'entourage des soeurs Dashwood: Willoughby, Edward et le colonel Brandon. Chacun ont leurs petits secrets. L'intrigue tourne principalement autour des relations qu'entretiennent chacun des trois hommes avec les Dashwood et leur société. Les deux soeurs devront faire face à une situation analogue: la trahison de celui qu'elles aiment. Leur amour inspirera de douces rêveries, même pour Elinor qui semble si fermée aux sentiments. Il sera aussi l'objet de toutes leurs désillusions, leur tristesse, leurs attentes et leurs espoirs. Et entre les deux, qui triomphera? La raison? Le sentiment?

Raison et sentiments est un roman qui porte très bien son titre puisqu'il met en scène la raison d'Elinor, versus les sentiments de Marianne. Le contraste entre les deux façons d'aborder les événements est bien présent tout au long du récit. Le contraste entre les deux soeurs aussi. On vibre avec Marianne. On doute avec Elinor. On se pose des questions sur tous et chacun. Et au moment où l'on s'en attend le moins, la magie de la plume d'Austen agit, comme toujours, pour nous offrir une histoire raffinée, romanesque, qu'on n'oublie pas. Rempli de musique - Marianne est une musicienne accomplie -, de livres, de lettres, de rencontres et de thés, ce roman d'Austen est raffiné, toujours aussi cinglant dans sa critique de la société et du caractère des personnages et nous offre un moment de lecture délicat et captivant.

Une citation:

"Tout l'après-midi, elle continua à s'abandonner aux mêmes sentiments. Elle joua tous les airs favoris qu'elle avait coutume de jouer à Willoughby, tous ceux dans lesquels ils avaient si souvent uni leurs voix et se tint devant l'instrument, contemplant chaque ligne de musique qu'il avait copié pour elle, jusqu'à ce que son coeur fût accablé par la tristesse; et elle continua chaque jour à entretenir ainsi sa douleur. Elle passait de nombreuses heures à son piano, occupée alternativement à chanter et à sangloter, la voix souvent totalement étouffée par les larmes. Dans les livres aussi bien qu'en musique, elle recherchait le tourment qu'un contraste entre le présent et le passé ne pouvait manquer de lui fournir." p.86

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16 mai 2008

Nuit et jour

nuitetjourVirginia Woolf
Flammarion
405 pages

Résumé:

Passions et réticences pour les quatre héros - dans la vingtaine, de milieux différents - du second roman de Virginia Woolf. Cette histoire évoque la prise de conscience féminine dans l'Angleterre du début du siècle (qui n'a pas encore reconnu aux femmes le droit de voter) et toutes les grandes questions posées par l'amour, la vie quotidienne, l'équilibre entre les sexes, la solitude.

Mon commentaire:

J'ai envie de parler de ce roman de Virginia Woolf, un de ses moins connu il me semble, même s'il fut pour moi une lecture difficile. Je l'ai abandonné avant la fin, mais j'ai tout de même envie de glisser quelques mots sur ce livre.

Nuit et jour (Night and day) est le deuxième roman de Virginia Woolf. Il a été publié en 1919 et a reçu en général une très bonne critique. L'histoire raconte en quelque sorte les échanges, les points de vue, la différence entre les hommes et les femmes à travers quatre principaux personnages: Katherine, Mary, William et Ralph. Le roman est en quelque sorte la recherche d'un équilibre entre les sexes, la réduction de l'espace qui tient les hommes et les femmes éloignés. C'est un roman sur la condition féminine, thème très cher à Virginia.

Virginia Woolf admirait beaucoup Jane Austen. Elle en parle régulièrement dans son journal. Il existe de nombreuses citations d'elle traitant de l'oeuvre et de la vie d'Austen. Nuit et jour, qui se veut une oeuvre romanesque, s'inspire directement de Jane Austen, tant par sa facture très classique, que par son sujet et son écriture. On peut donc voir ce roman comme une sorte d'hommage direct de Virginia Woolf à Jane Austen. J'aime beaucoup Woolf et j'adore Austen. C'est donc ce parallère qui m'a attirée vers ce roman. Alors, qu'est-ce qui n'a pas fonctionné pour que je l'abandonne?

J'aime le style un peu tortué de Woolf. Ses grandes questions sur l'existence, sur la femme. J'aime l'humour et la société telle que la dépeint Austen. Je m'attendais un peu à une contraction des deux, ce qui n'est pas tout à fait ça. Je dois l'avouer, j'ai eu du mal à m'habituer à un tel roman venant de Woolf. Trop classique, il ne colle pas à l'idée que j'ai de Woolf ni à ce que j'aime de ses oeuvres. Et même s'il s'agit d'un hommage à Austen, je n'y ai pas non plus retrouvé ce qui me plaît chez elle. J'avais trop d'attentes, je m'étais fait une fausse idée du roman. Je n'étais pas dans une condition propice à l'apprécier, même si l'idée de Nuit et jour me séduit toujours et que je reprendrai probablement ma lecture un de ces jours.

Je garde donc ce billet ouvert, en quelque sorte, afin de le reprendre, un jour, quand j'aurai le temps et le courage de me réattaquer à Nuit et jour...

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