22 juin 2009
Paul à Québec
Michel Rabagliati
Série Paul tome 6
La Pastèque
187 pages
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Résumé:
Sixième tome des aventures de Paul. L’achat d’une première maison et la mort d’un proche sont au cœur de ce nouvel opus.
Mon commentaire:
J'aime le travail de Michel Rabagliati. Depuis le tout début. Ses bandes dessinées sont des instantanés de vie dans lesquels on se reconnaît assurément. Paul à Québec ne fait pas exception et en plus, c'est une histoire très touchante qui m'a fait verser quelques larmes. Cependant, dans l'univers de Paul il y a toujours place à l'humour, même si le sujet abordé n'est pas rose tous les jours. Ici, l'auteur nous parle d'une famille, celle de la femme de son alter-ego, Paul. Les retrouvailles entre les membres de la famille, les repas, les fêtes, on s'y retrouve beaucoup. Les petites blagues entre les membres d'une même famille, les activités qui les unissent, on retrouve l'esprit familial dans cette bande dessinée. Jusqu'à ce que Paul et sa conjointe soit confronté à l'inévitable: le vieillissement d'un parent, la maladie, le deuil.
Comme d'habitude, Michel Rabagliati sait doser à la perfection l'humour qui se glisse ici ou là, même dans les moments les plus difficiles. Comme dans la vie. Des fous rires imprévisibles aux larmes qu'on ne peut retenir, c'est une bande dessinée remplie d'émotions, comme je les aime. Lire Paul c'est aussi se retrouver un peu. Et c'est ce que j'aime profondément du travail de Rabagliati. Il nous parle de lui, mais aussi de nous. Il réussit toujours à venir me chercher, que ce soit par la nostalgie, le rire ou l'émotion.
Contrairement à beaucoup d'auteurs, je trouve qu'au fil des oeuvres de Michel Rabagliati, son travail prend de plus en plus d'ampleur, de qualité. Ses parutions sont toujours à surveiller, elles sont excellentes. J'ai beaucoup aimé la fin de cette histoire-ci, qui traite le deuil et la mort avec une infinie tendresse et un grand respect...
Michel Rabagliati est un incontournable. À lire absolument!
23 janvier 2009
Sous le signe du lion
Françoise Loranger
Leméac
490 pages
Résumé:
Françoise Loranger est née en 1913 et est décédée en 1995. Connue essentiellement pour ses pièces de théâtre, elle est aussi l'auteur de deux téléromans et d'un roman. Elle a souvent mis en scène le contraste entre le milieu bourgeois et celui de la classe moyenne (ou pauvre). Elle était issue elle-même de la bourgeoisie. Ses écrits sont encrés dans la réalité québécoise de l'époque et offrent un portrait très psychologique de ses personnages. Critiquant la société, ses écrits sont contestataires et ont créés la controverse à quelques reprises. Elle a donné des cours de création littéraire à l'Université Laval, a écrit pour la radio et a été directrice artistique pour le théâtre du Trident. En 1968 elle recevait le Prix du Gouverneur général du Canada.
Mon commentaire:
Dans les années 1950, Françoise Loranger termine l'écriture de Sous le signe du lion et le téléroman passe à la télévision en 1961, à Radio-Canada. L'histoire comprend alors 32 épisodes originaux de 30 minutes chacun. En 1997, le téléroman est adapté à nouveau pour la télévision et nous offre un nouveau portrait du lion, cette fois en 13 épisodes, toujours de 30 minutes. En 1970, Françoise Loranger reprend l'écriture de chacun des épisodes du scénario original, en ajoute l'équivalent d'un 33e épisode en vue de publication sous forme de livre. C'est de ce livre dont je vais vous parler.
L'écriture pour le théâtre est très vivante. L'auteur peut se permettre une évolution rapide à travers les réactions des personnages et les dialogues. J'aime le théâtre, surtout en lire, et je ne me lasse pas de découvrir une nouvelle pièce. Un téléroman qui passe du petit écran au livre ressemble en quelque sorte à une pièce de théâtre. Que des dialogues ou presque, quelques indications de lieux et d'émotions. L'histoire se déroule rapidement et permet des interactions entre les personnages que le roman n'offre pas nécessairement. Mon histoire d'amour avec les textes de Françoise Loranger date de plusieurs années déjà. D'abord avec plusieurs lectures et analyses de son oeuvres, puis par la diffusion de la seconde mouture de Sous le signe du lion. Plus de dix ans plus tard, il me reste toujours des images en tête, des répliques des personnages, des lieux, des couleurs, des émotions. Car Sous le signe du lion ne laisse pas indifférent...
Sous le signe du lion raconte le destin d'un p'tit gars de Sainte-Anne de Remington, Jérémie Martin, devenu un prospère homme d'affaires. Nous sommes dans les années 50-60 au Québec, à une époque où les anglophones ont entre les mains les grandes entreprises lucratives et où les francophones sont souvent "nés pour un petit pain". Jérémie Martin, issu d'une famille nombreuse et pauvre, dont le père estun peu lâche est décédé alors qu'il était encore adolescent, a juré de donner à sa mère et à ses frères et soeurs, une vie meilleure. Il a tant travaillé pour prouver au monde entier qu'il était mieux que son père, qu'il est maintenant multimillionnaire, à la tête d'entreprises lucratives. Au moment où débute l'histoire, Jérémie Martin vient d'enterrer sa femme Clothilde et revient des funérailles accompagné de ses enfants Laurent, Michel, Céline et Beaujeu.
"ALBERT. Monsieur?
JÉRÉMIE, sans aménité. Va dire à Maurice d'amener l'auto devant la porte. Je vais travailler.
ALBERT, étonné. Aujourd'hui?...
JÉRÉMIE. Et pourquoi pas aujourd'hui? Prends-tu ça pour un jour de fête? T'imagines-tu que l'argent, ça se gagne à rien faire? Quand on n'en a pas, faut travailler pour en gagner, et quand on en as, faut travailler pour le garder. Ça fait qu'on a jamais fini! Dépêche, dépêche..." p. 39
Jérémie Martin est un homme bourru, bête comme ses pieds, rude, agressif, qui fait trembler de peur son personnel, ses domestiques, ses employés et ses enfants. Il n'aime personne et tout le monde le déteste. Il a fait un mariage "de raison". Jérémie Martin n'a vécu que pour ses affaires et pour son argent. Il est riche, il a réussit. Il vit dans une belle et grande propriété anglaise du XIXe siècle avec une poignée de domestiques à son service. Et Annette. Annette qui l'a servit dans le passé et qui est revenue sous l'insistance de Clothilde, avant son décès. Annette qui est encore chez les Martin, avec sa fille Martine. Cette dernière sort d'un couvent pour jeunes filles, un diplôme d'enseignante en poche, mais sans aucune connaissance de la vie. Elle est effrontée, têtue et égoïste et cherche à comprendre les raisons qui ont poussées sa mère à revenir chez les Martin, alors qu'ils l'ont si mal traitée dans le passé. Et Martine fourre son nez partout, à la recherche de la vérité... Les écrits de Françoise Loranger ne sont pas réjouissants. Ils sont sombres, offrent des personnages troublés, tourmentés, en perpétuel questionnement. Les familles se déchirent, les couples ne se comprennent pas, le désespoir est tout proche, mais aussi l'espoir d'un bonheur. Les passions se déchaînent, l'amour et la haine se côtoient à chaque page.
Et pourtant, l'écriture est profondément troublante, puisqu'elle remet en question tant de choses! On lit Sous le signe du lion avec avidité. Pour comprendre, pour savoir. On n'en sort pas indemme. Qu'est-ce qui poussent les personnages à être ce qu'ils sont? Ce texte en est un de modernité. Trop moderne pour l'époque, et même encore aujourd'hui, il soulève des questions que la société préfère ne pas voir. Il n'y a qu'à penser aux propos touchant l'euthanasie par exemple ou les propos entourant les dernières volontés d'une mourante et de ceux qui restent par la suite et doivent concilier avec ce qui est. Ce texte est dérangeant puisqu'il remet en doute l'être humain, ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui est convenu de ce qui est un sacrilège. C'est aussi un portrait d'une époque, des familles (trop) nombreuses et de la place de la femme au sein de la société, surtout si elle est née pauvre. Son choix n'était certes pas des plus vaste... Il y a aussi toute la place que prend l'argent dans le texte, pour chacun des personnages. Ceux qui, comme Jérémie, ne vivent que pour l'argent (et l'hypothétique héritage de la mère décédée). Il y a ceux pour qui l'argent est tout espoir, pour terminer des études interrompues, pour faire vivre la famille ou pour acquérir une indépendance, un nom, au sein de la société. Et il y a aussi un moment où, malgré tout, on en vient à remettre en question l'argent, le bonheur.
Sous le signe du lion offre un regard sur un Québec qui a, certes évolué depuis le temps, mais qui est encore frileux concernant certaines positions. Les temps ont changés, mais pas tant que ça. Que sommes-nous prêts à accepter en tant que société? Qu'est-ce qui nous rend libre, indépendant, heureux? Que choisis t-on encore aujourd'hui? L'argent, le pouvoir ou le bonheur? Les personnages de cette histoire sont tous profondément humains. Ils remettent à plusieurs égards leur vie en question, leur spiritualité, la position qu'ils ont dans le monde. Que ce soit Martine, "née pour un petit pain" et qui veut s'élever au-dessus de son rang (et à qui on le reproche), ou alors sa mère, Annette, qui semble tant conventionnelle, mais qui aime sans condition, presque maladivement. Ou alors Beaujeu, qui a tout: la position, l'argent, l'amour, le métier d'avocat, mais qui se remet en question lorsqu'il rencontre Mounier... Beaujeu gagne parfaitement bien sa vie. C'est un avocat reconnu. Il gagne toutes ses causes. Mais à quel prix? À quel prix sommes-nous qui nous sommes et agissons-nous comme nous le faisons?
Sous le signe du lion est un texte dense, une critique de la société mais aussi une quête personnelle et spirituelle. Ce sont des questionnements qui restent parfois sans réponse. Ce sont des vies ébranlées quand les secrets enfouis depuis des années refont soudainement surface... C'est un texte qui gagne à être relu aujourd'hui, qu'on connaisse ou non le téléroman qui a été précédemment diffusé. L'histoire, remise dans son contexte social et politique de l'époque, est encore plus dérangeante. On comprend que Françoise Loranger souhaitait ébranler les idées reçues. Des années plus tard, son texte demeure toujours aussi riche, aussi fort.
Quelques extraits:
"JÉRÉMIE. Quelqu'un m'a dit aujourd'hui que si j'avais apporté à ma vie personnelle autant de soin et d'attention que j'en avais apporté à mes affaires, j'aurais été l'homme le plus heureux du monde. [...] On veut tous être heureux, bien sûr, mais on veut l'être par surcroît! Autrement dit, sans faire d'efforts. Au moment de décider de sa vie, on se dit: moi je veux être médecin, avocat, homme d'affaires, n'importe quoi; mais personne pense: moi je veux d'abord être un homme heureux.
PHILIPPE. Mais... même en admettant qu'on y pense il faut bien gagner sa vie! Être heureux, ce n'est pas un métier!
JÉRÉMIE. Non, mais ça pourrait être un but. Or, c'en est même pas un! La preuve, c'est qu'il y a pas un homme qui pense à organiser sa vie en fonction du bonheur, comme on le fait en fonction de devenir riche ou puissant par exemple..." p.82-83
"ANNETTE. Vous parlez toujours des morts comme s'ils étaient morts pour vrai, finis, inexistants!... Ils sont vivants vous savez... D'une autre façon que nous autres, et ailleurs... mais vivants; tandis que vous et moi il nous reste encore à mourir..." p.335
07 juin 2008
Green Manor 3: Fantaisies meurtrières
Bodart & Vehlmann
Série Green Manor tome 3
Dupuis
48 pages
Résumé:
C'est le savoir-vivre qui distingue l'assassin de sa victime!
Mon commentaire:
J'aime énormément cette série remplie d'un humour très noir. Ce troisième volet contient cinq "nouvelles" policières sous forme de bande dessinée. On croise toutes sortes de gens au club très sélect de Green Manor qui ont des raisons ou qui connaissent des gens qui ont des raisons de tuer quelqu'un d'autre... Comme toujours, l'atmosphère qui entoure les nouvelles est très collet monté, très ancrée dans les conventions victoriennes. Ça me plaît beaucoup! Vivement un nouvel album!
Green Manor tome 1: Assassins et gentlemen
Green manor tome 2: De l'inconvénient d'être mort
24 mars 2008
Sur les traces de Lou Adams
Josée Plourde
La courte échelle
88 pages
Résumé:
Je suis au cimetière avec mon amie Anne. Pendant qu'elle s'éloigne du côté de la tombe de son père, moi je me promène en lisant les épitaphes sur les pierres. Certaines sont très anciennes. Tiens, celle-ci: "1850-1899. Lou, ta main dans la mienne dans le val aux fraisiers. Adieu encore. V.F.A. et A." C'est la tombe d'un dénommé Lou Adams. Une histoire d'amour, peut-être... Je ne sais pas pourquoi, ces quelques phrases m'intriguent. Quelque chose de familier... Pourtant, Lou Adams, ça ne me dit rien. Mais le val aux fraisiers, je crois connaître. Je sens qu'il y a un mystère là-dessous.
Mon commentaire:
Claude et Anne sont deux jeunes filles particulièrement attachantes. Elles sont de grandes amies, presque des soeurs, aiment les gâteaux et les gourmandises, se passionnent pour les mystères et ont en commun d'avoir toutes deux perdues leur père. C'est d'ailleurs ce chagrin qui les a réunies. Elles ont l'habitude de se rendre sur la tombe du père de Claude, puis partiront dans la ville voisine pour offrir à Anne l'occasion de voir la tombe du sien. C'est à partir de là que tout commence...
Ce roman jeunesse aborde le deuil, principalement le chemin qui mène à la guérison et à l'acception de la perte de l'autre, tout en offrant aux jeunes lecteurs une quête et un roman mystérieux. Le roman est particulièrement bien écrit, l'histoire tien bien la route, les personnages sont attachants. En plus de proposer une histoire mystérieuse et une quête, le roman se complète en abordant le sujet douloureux du deuil. Je le conseille tout particulièrement aux jeunes lecteurs qui devraient apprécier.
Les magnifiques illustrations de la couverture et du roman sont de Doris Barrette.
Un extrait:
"La présence de ceux qui ont disparus, je pense que c'est dans la puissance de notre souvenir qu'on la retrouve, dans ce qu'ils nous ont laissé de leur façon d'être et de faire."
p.46
À partir de 9 ans.
17 mars 2008
La liste
Jennifer Tremblay
Éditions de la Bagnole
56 pages
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Résumé:
Une femme nous accueille, seule, dans sa cuisine. Sa voisine est morte. Et peut-être par la faute même de celle qui, assise inconfortablement devant nous, nous racontera son histoire. "Je n'ai pas levé la main sur elle", nous dit la femme d'entrée de jeu. Mais a-t-elle seulement levé le petit doigt pour lui venir en aide?
Mon commentaire:
Difficile de classer ce livre dans un genre particulier. Court roman? Monologue? Récit? Théâtre? Ce court texte est un peu tout cela à la fois. L'écriture est franche, tranchée. La liste d'épicerie scande le monologue au rythme des choses à faire, à acheter, à réparer. Une femme nous raconte sa vie. Le brouhaha de son quotidien. Elle nous amène dans le bourdonnement incessant de sa tête, de ses pensées, de sa maison. Son mari qu'elle a poussé à la campagne pour l'avoir tout à elle, mais qui passe ses journées sur la route. Ses enfants qui pleurent, qui crient. Sa voisine qui prend de la place, une place que la femme du récit n'est pas toujours prête à lui laisser. Ce récit nous demande: quelle est notre responsabilité face aux autres? Face aux voisins, aux amis, à ceux qui nous entourent? Nous avons une place dans leur vie, avons-nous aussi une responsabilité collective face à eux? Une petite demande de sa voisine, Caroline, sera engloutie dans la masse des choses du quotidien, perdue dans ces listes qui n'en finissent plus.
J'ai adoré. Le propos n'est certes pas joyeux, mais combien réel. J'ai vraiment aimé la forme de ce court récit. L'idée est originale. La construction est intéressante et très actuelle. Le livre se lit d'un trait, rapidement. Le lecteur est tout de suite happé par l'écriture hachée. L'histoire, quant à elle, nous retourne en pleine face notre vie de fou d'aujourd'hui, comme une rafale de vent... Je suis très sensible à l'écriture de Jennifer Tremblay qui m'a énormément plu. J'espère qu'elle écrira à nouveau. Je compte bien lire son premier roman, Tout ce qui brille.
Un extrait:
"Je n'ai pas levé la main sur elle.
Je n'ai pas payé quelqu'un.
Entrez chez elle et assassinez-la.
Et pourtant c'est comme si.
On dirait que je l'ai tuée.
Je suis responsable de sa mort.
Je ne pense pas si je n'avais pas été sur son chemin elle ne serait pas morte.
J'était sur son chemin pour éviter qu'elle meure.
Elle est morte.
J'ai failli à mon devoir."
p.11
06 février 2008
De sang-froid
Truman Capote
Folio
506 pages
Résumé:
« Il était midi au cœur du désert de Mojave. Assis sur une valise de paille, Perry jouait de l'harmonica. Dick était debout au bord d'une grande route noire, la Route 66, les yeux fixés sur le vide immaculé comme si l'intensité de son regard pouvait forcer des automobilistes à se montrer. Il en passait très peu, et nul d'entre eux ne s'arrêtait pour les auto-stoppeurs... Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l'argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert. »
Mon commentaire:
Une amie m'a offert ce livre en m'indiquant que c'était une de ces histoires qui ne la quittait plus depuis sa lecture. C'est de cette façon-là que je décrirais ce livre. Une fois refermé, on ne l'oublie pas... On repense à la famille, aux tueurs, à certaines valeurs... J'ai lu que l'auteur n'a plus jamais été le même après avoir écrit et enquêté sur ces crimes. J'imagine que vivre pendant des années, immergé dans cette histoire, à côtoyer les témoins et les criminels, ça laisse des traces...
De sang-froid raconte l'histoire d'un crime qui s'est réellement produit. Le récit est détaillé. Il alterne entre la vie des tueurs et celle de la famille et de leur entourage. Il met en relief la violence et le peu de considération pour la vie, versus la douceur et l'aspiration à une vie calme et rangée. Le contraste est saisissant. Truman Capote a fait de ce livre un travail minutieux de recherche. Le lecteur a l'impression d'assister aux événements qui ont précédés le crime, aux meurtres puis à la cavale des criminels, à leur arrestation puis leur procès. L'intérêt de ce livre n'est pas de savoir qui a fait le coup, mais plutôt de suivre à la façon d'un documentaire, ce qui s'est produit. À mesure que Dick et Perry se rapprochent des Clutter, la tension augmente pour le lecteur. Surtout parce qu'on sait ce qui va se passer et qu'on sait qu'il s'agit d'une histoire vraie. À certains moments, je sentais un malaise face à ce qui nous était raconté. Les souvenirs de Dick et Perry par exemple. L'un d'entre eux a eu une enfance plutôt normale avec des parents qui sont toujours ensembles, alors que l'autre a eu une enfance à problèmes et a baigné dans le crime très jeune. Qu'est-ce qui fait basculer quelqu'un dans la folie, dans l'impardonnable, dans le mépris de la vie humaine au point de tuer?
Le livre de Capote ne prend pas vraiment parti. Il nous fait voir ce qui s'est produit, le résultat du procès, la fin. Ce qui laisse le plus perplexe c'est de constater les moments d'humanité que font voir les tueurs. Derrière la folie meurtrière il y a aussi l'être humain. Il y a des décisions humaines. Il y a la peine de mort et sa remise ou non en question. De sang-froid bouscule beaucoup de choses. Il remet en cause des valeurs et des jugements en analysant d'une certaine façon un crime impardonnable.
J'ai beaucoup aimé. Je vous conseille ce livre. Il bouscule beaucoup de choses et ne laisse pas indifférent...
Quelques extraits:
"Jusqu'à un matin de la mi-novembre 1959, peu d'Américains - en fait peu d'habitants du Kansas - avaient jamais entendu parler de Holcomb. Comme les eaux de la rivière, comme les automobilistes sur la grand-route, et comme les trains jaunes qui filent à la vitesse de l'éclair sur les rails du Santa Fe, la tragédie, sous forme d'événements exceptionnels, ne s'était jamais arrêtée là." p.18
"... c'est tout ce que j'ai vu. Seulement, quand j'y repense, je crois qu'il devait y avoir quelqu'un de caché là. Peut-être parmi les arbres. Quelqu'un qui attendait simplement que je parte." p.87
"Ici, d'après le propriétaire d'une quincaillerie de Garden City, les serrures et les verrous sont les articles qui se vendent le mieux. Les gens se fichent pas mal de la marque; tout ce qu'ils veulent, c'est que ça tienne. L'imagination, bien sûr, peut ouvrir n'importe quelle porte, tourner la clé et laisser entrer la terreur." p.136
"L'Ennemi était toute personne qu'il désirait être ou qui avait quelque chose qu'il voulait avoir." p.299
18 septembre 2007
Les quatre saisons: Maëva
Luc Désilets
Série Les quatre saisons tome 1
Guy Saint-Jean Éditeur
167 pages
Résumé:
Quand l'automne frappe à la porte...
Antoine, Guillaume, Laurent et Didier, des amis de longue date, se rencontrent régulièrement à Tadoussac, année après année: un point de ralliement semblable à un repas qu'une famille partage. Ils ont des passions communes: le kayak, le besoin de vivre intensément, la bonne chère, le vin, le plein air, l'aventure et le risque. Entre autres, un risque et une idée folle qui, une décennie plus tôt, les a soudés autour d'un pacte, d'une entente amorale...
Maëva se retrouvera parachutée sur le parcours d'Antoine et l'équilibre du groupe sera irrémédiablement rompu. Et la vie ne sera plus jamais la même.
Mon commentaire:
L'écriture de Luc Désilets est tout en douceur. Son roman, le premier d'une série de quatre calqué sur le passage des saisons, nous parle de l'amour, de l'amitié et de la nature. C'est un roman très humain, rempli des hauts et des bas de la vie, vécus à travers une indéfectible amitié qui unit quatre hommes bien différents. À la lecture, on ressent un fort sentiment humain de partage, la description d'un grand amour, une belle et forte amitié à l'épreuve du temps. Maëva, c'est un roman sur la vie, sur ce qui s'offre à nous, sur les liens qui unissent les gens. Ce n'est pas un roman parfait, mais l'auteur a su, par son évocation de beaux sentiments humains et par la description de magnifiques paysages, rendre son histoire attachante et titiller ma sensibilité. Parfois rempli de bonheur, parfois émouvant ou un peu triste, Les quatre saisons c'est un peu tout cela à la fois. J'ai apprécié ce premier tome et j'ai bien hâte de découvrir les suivants.
Quelques extraits:
"Je crois qu'on aime vraiment d'amour qu'une seule fois dans une vie. C'est tout. Avant, ce n'est que de la pratique." p.109
"La nature est toujours égale à elle-même." p.113
04 septembre 2007
Désert Américain
Percival Everett
Actes Sud
318 pages
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Résumé:
Professeur à l'université de Los Angeles, marié et père de famille, et convaincu, à l'heure des funestes bilans de la quarantaine, de n'être qu'un loser, Théodore Larue est en route vers son suicide quand un camion, le heurtant de plein fouet, projette son corps à travers le pare-brise, le laissant fort proprement décapité. Certes dépossédé de l'ultime initiative de son existence, l'ex-candidat au suicide est cependant bien mort, conformément à ses vœux. De diligents services funéraires, soucieux d'en faire un cadavre présentable prêt à devenir l'objet de clignes funérailles, recousent tête et corps à la va-vite, mais voici qu'au beau milieu de la cérémonie Ted se redresse et s'assied dans son cercueil... Face à ce mort encore vivant, une terreur sacrée s'empare de la petite famille de Ted, cernée de toutes parts par le brasier des fantasmes collectifs qu'attise une hystérie médiatique à son comble. Bien que passablement traumatisé lui aussi, Ted trouve des avantages à sa nouvelle et monstrueuse situation il se sent plus puissant, plus aimant, plus généreux, les sens et l'esprit bien plus aiguisés que naguère. C'est alors que, quelques jours seulement après son retour au foyer, Ted est enlevé par les sbires de l'inquiétante secte chrétienne dirigée par Big Daddy, qui voit en lui l'incarnation du diable. Si, fort de ses nouveaux pouvoirs, Ted parvient à s'échapper, ce n'est que pour mieux tomber entre les mains des services secrets américains qui l'incarcèrent dans les tréfonds d'un laboratoire du Nouveau-Mexique afin que son étrange cas soit examiné par les plus éminentes autorités scientifiques...
Mon commentaire:
J'ai lu peu de bons commentaires sur ce roman alors que personnellement, j'ai beaucoup aimé! J'ai apprécié l'écriture de Percival Everett, l'humour noir avec lequel il décrit les situations cocasses dans lesquelles il place ses personnages, son originalité. J'ai trouvé une certaine fraîcheur dans sa façon d'écrire cette satire de la société américaine. Ce roman parle beaucoup du fanatisme religieux (qui m'intéresse particulièrement en littérature, puisque tellement de gens se laissent prendre dans les mailles de la religion poussée à l'extrême). Il parle aussi du gouvernement et des secrets d'états, du manque de jugement de la société et de la difficulté à accepter ceux qui sont différents ou qui nous offre une autre vision de la vie qui semble inacceptable aux yeux de beaucoup de gens. Certains de ces gens différents de nous sont encore ostracisés aujourd'hui ou alors, mis sur un piedestal. C'est notre vision de la société que Percival Everett remet en question à travers le personnage de Théorode Larue. Le roman commence plus légèrement et devient de plus en plus grave au fil des pages. Une histoire étonnante, pour un auteur que j'ai très envie de lire à nouveau! C'est une belle découverte pour moi, un livre dévoré en quelques heures à peine.
Je me souviens [Vivre le deuil]
Jennifer Moore-Mallinos, illustré par Marta Fabrega
Héritage Jeunesse
31 pages
Résumé:
Nous naissons, nous vivons, puis nous devons mourir. Il en va de même pour nos animaux domestiques. Ce livre parle de l'amour et des joies que nous apportent nos animaux, puis de l'impact que peut avoir la perte d'un animal domestique sur une famille, en particulier sur les enfants. La mort d'un animal domestique est souvent la première expérience de chagrin pour un enfant Lorsque cela se produit, l'enfant ressent un certain nombre de sentiments inconnus et qu'il ne comprend pas. Ce livre encourage les enfants qui sont en proie au chagrin à faire le premier pas pour en sortir en leur donnant l'occasion d'explorer les sentiments de perte et de tristesse dont ils sont envahis.
Mon commentaire:
Voilà un album touchant, vrai, avec de belles illustrations dynamiques. C'est un livre très bien construit qui parle du souvenir de celui qui nous a quitté, du plaisir à se remémorer ce qu'il a été pour nous, son passage dans notre vie, la douleur qui nous prend et nous fait souffrir, puis la voie vers la guérison. On n'oublie pas, mais on guérit. La douleur est moins forte. C'est un album indispensable car il aborde ce qui est souvent le premier deuil de l'enfant: la perte de son animal. Un très bel album, très juste.
06 août 2007
La consolation des grands espaces
Gretel Ehrlich
10/18
171 pages
Résumé:
À la suite d'un deuil, Gretel Ehrlich, scénariste à Hollywood, part à la recherche d'un lieu où abriter sa douleur. Ce sera le Wyoming. De cette existence au cœur d'une nature presque intacte, en compagnie de bergers et de cowboys auprès desquels elle va redonner un sens à sa vie, est née La Consolation des grands espaces. À la manière de Walden ou la Vie dans les bois de Thoreau ou de Pèlerinage à Tinker Creek d'Annie Dillard, cette peinture d'une Amérique insoupçonnée est aussi le récit d'une expérience essentielle, d'une renaissance bouleversante, vécue dans le souffle vivifiant d'espaces vierges où l'auteur découvre enfin le sentiment de faire partie d'un tout.
Mon commentaire:
Après ma lecture d'Une année à la campagne de Sue Hubbell (que j'avais adoré), on m'a conseillé nombre de livres semblables dont celui-ci. Les deux livres ont en commun le rapport de l'homme à la nature et le changement de mode de vie de son auteur: le départ de la ville pour les grands espaces ou la campagne. Même si La consolation des grands espaces est intéressant et se lit très bien, ses mots ne m'ont pas autant touchée que ceux de Sue Hubbell. Le récit de Gretel Ehrlich c'est tout d'abord son histoire, son deuil, qui l'a amené à demeurer au Wyoming. Puis, à travers la description de la vie aride des grandes plaines de l'Ouest, c'est un pan de l'histoire américaine et de ses cowboys qu'elle nous offre, un panorama à travers un paysage plus grand que nature. Les pâturages y côtoient les sols arides et ingrats. Le livre parle beaucoup du rapport de l'homme à la nature, de la flore et de la faune de l'Ouest, de la vie dure des bergers et des cowboys qui doivent promener leur bétail sur des kilomètres, dans des conditions souvent difficiles ou précaires. Ce mode de vie est fascinant pour qui n'en connaît rien. Nous sommes très loin de la vie en ville où tout est à portée de main. Cette histoire me donne l'impression de revenir dans le temps, lorsque l'homme dépendait totalement de la Terre, des saisons, des cultures et des animaux.
Il me tarde maintenant de mettre la main sur d'autres volumes du genre, que je pense à Pete Fromm et son récit sur les Rocheuses, à Thoreau dans les bois ou à Annie Dillard à Tinker Creek. Malheureusement, ma bibliothèque ne les a pas...
Quelques extraits:
"Le Wyomig est un clochard: au lieu des belles granges spacieuses et des demeures victoriennes, on voit des casemates, des remises à ras du sol, des cabanes en rondins, des campements et des palissades - bouts de planches assemblés par miracle. Les gens d'ici sont fiers de vivre dans cet endroit austère qui évoque la légende de l'Ouest - et ils sont bien décidés à ne pas sacrifier leur avenir aux intérêts des compagnies minières."
"L'automne nous enseigne que tout accomplissement est aussi une mort; que la maturité est une forme de déliquescence. Les saules, à force de rester près de l'eau, commencent à rouiller. Les feuilles sont des verbes qui conjuguent les saisons."
Gretel Ehrlich fait allusion au livre Pionniers et Willa Cather au début de son récit. Je l'ai ajouté à ma bibliothèque. Un livre à lire prochainement.






