04 novembre 2009
Les champignons
Beatrix Potter
Bibliothèque de l'Image
128 pages
Résumé:
"De toutes les choses impossibles à dessiner, je crois bien que la pire est un bon gros champignon." -Beatrix Potter
Mon commentaire:
Je m'intéresse plus ou moins à la mycologie. J'aime les champignons, mais pas au point d'aller en cueillir moi-même. Cependant, si je me suis intéressé à l'ouvrage de Beatrix Potter c'est essentiellement d'un point de vu littéraire et artistique.
Avant de créer Pierre Lapin et tous les autres petits personnages de ses livres pour enfants, Beatrix Potter a d'abord été une naturaliste talentueuse. N'ayant reçu que peu d'éducation, elle s'est intéressée d'elle-même à la nature, la botanique, les animaux, l'archéologie. Ses travaux d'études sur les champignons étaient très avancés pour l'époque. La mycologie est essentiellement amateure à ce moment-là et l'étude, réservée aux hommes. Beatrix, à force de travail, d'esquisse, d'observation, découvre de nouvelles espèces alors inconnues. Elle travaille aussi ses dessins en y ajoutant le type de sol dans lesquels poussent les champignons, ce qui ne se faisait pas vraiment. Beatrix Potter s'intéresse à la germination des spores et sera la première en Grande-Bretagne à en faire germer.
Son oncle la présente au directeur des Jardins bontaniques de Kew. Elle y est reçue froidement. Ses travaux seront dénigrés. Elle est une femme, amateure de surcroît. Cet état lui ferme des portes. Elle ne peut même pas assister à la lecture de ses travaux en public. Elle ne peut pas les présenter elle-même et reste cantonnée à dessiner pour son plaisir. C'est cette frustration de sa condition qui l'amène à créer les livres pour enfant... et à devenir celle que l'on connaît aujourd'hui. Ses albums ont connus et connaissent encore aujourd'hui, un immense succès.
Beatrix Potter en est donc venue aux livres pour enfants en passant pas les champignons. Son livre illustré est d'ailleurs magnifiquement conçu. Chaque espèce est peinte et dessinée avec ses dimensions réelles et son apparence est celle d'un vrai champignon. Pas celle d'un dessin tout plat. Elle offre aussi des coupes de certains types de champignons et les dessine dans leurs sols respectifs. L'album en est véritablement un d'images. Le texte qui accompagne chaque planche est de M. Cailleux, maître de conférences au Musée d'histoire naturelle et de Madame Roquebert, professeur au même musée. Une petite introduction présentant Beatrix Potter et ses travaux complète le volume.
L'intérêt d'un tel volume aujourd'hui est essentiellement pour les amateurs de mycologie, d'art ou alors, ceux qui s'intéressent de près à Beatrix Potter, à ce qu'elle a été comme femme, comme artiste, mais aussi comme naturaliste, même si elle ne fut pas reconnue de son vivant. Aujourd'hui, certains de ses travaux sont toujours étudiés avec intérêt. En y réfléchissant bien, c'est assez paradoxal de penser qu'à l'époque de Beatrix Potter, ce livre qui est un vrai travail de naturaliste, fut boudé par les spécialistes comme étant du travail d'amateur, essentiellement parce que Beatrix était une femme. Je me demande ce qu'elle penserait de savoir que ses travaux, des années plus tard, se retrouvent même sur les tablettes de ma petite bibliothèque de village, au Québec...
02 août 2009
Train d'enfer
Trevor Ferguson
Pleine lune
300 pages
Résumé:
1964. Aux confins de la taïga, des ouvriers construisent le chemin de fer du Grand-Lac-des-Esclaves dans les Territoires du Nord-Ouest. C'est une véritable ruée vers l'or. Et l'occasion de s'en mettre plein les poches, pour quelques-uns. Sortis des asiles ou des prisons, coupés de la civilisation, ces esclaves de l'ère moderne peinent et suent sous la férule d'un contremaître véreux que Martin Bishop, le jeune contrôleur, osera défier au péril de sa vie quand sonnera l'heure de vérité.
Mon commentaire:
J'ai eu envie de lire ce roman puisque le film paraîtra bientôt et il me semble prometteur. La photographie y semble d'ailleurs magnifique.
Train d'enfer est un roman dont la construction, lente, est dépourvu d'une certaine ponctuation en ce qui concerne les dialogues ou les virgules. On lit donc les phrases en un souffle et j'y vois un parallèle avec le sujet du livre. Ferguson nous parle de la taïga et d'un monde d'hommes au Grand-Lac-des-Esclaves. Il sait de quoi il parle, puisqu'il l'a vécu, de l'âge de 16 à 22 ans. Il a travaillé à la construction d'un chemin de fer plus ou moins au même endroit. Les camps de travail du chemin de fer, la promiscuité des hommes, l'impitoyable nature, il l'a vécu.
Le roman Train d'enfer fait vivre toute la violence des hommes. Martin Bishop y arrive en tant que contrôleur, avec des valeurs, des idéaux sur la vie et des principes. Il y fait office d'une âme pure qui sera souillée par la noirceur des hommes. Car ce roman est une vraie descente aux enfers. Cru et violent. Les personnages sont coupés de toute civilisation, ils vivent en marge de toutes les lois. Dans la taïga, il n'y a pas de policiers. Il n'y a personne pour surveiller le comportement de ces hommes, pour la plupart rejets de la société, issus des prisons ou d'asiles. Ils forment toutefois un petit groupe de travailleurs qui peut devenir impitoyable s'ils mettent quelqu'un à l'écart du groupe. Le contremaître fait la loi, sa propre loi, selon ses principes douteux. Martin Bishop fera tout pour tenter de lui tenir tête, malgré son très jeune âge. Mais son âme et ses idéaux seront éclaboussés par le sang et sa vie, maintes fois mise en jeu.
Train d'enfer est un roman déroutant, sur la noirceur de l'âme humaine. C'est un roman brut, à l'image du paysage dans lequel il nous amène. Sa lecture donne un peu le vertige tout en accaparant toute notre attention. L'homme n'y est pas représenté sous son plus beau jour. Son âme est grise, terne, habituée à la violence et au crime. Train d'enfer ne laisse certes pas indifférent, car il remue ce qu'il y a de plus sombre dans l'âme humaine. Un roman très noir, qui m'a pourtant beaucoup plu! Je découvrirai assurément d'autres romans de Ferguson prochainement.
À noter que l'auteur écrit aussi des romans policiers (excellents!) sous la plume de John Farrow. J'avais beaucoup aimé ma lecture de La ville de glace et de Le lac de glace. À découvrir.
Quelques extraits:
"Mon papa m'a toujours enseigné qu'il fallait être qui on est. C'est la chose la plus difficile pour laquelle on doit se battre, et le seul combat qui vaille la peine d'être gagné." p.78
"Voilà pourquoi je mène la vie que je mène dans un endroit comme celui-ci. Je vis dans un endroit où les banques et les bons à rien d'avocats ne sont pas légion et où un homme peut sans risque prophétiser sa propre vérité et où n'existe aucune société organisée pour décréter qu'il a tort ou même pour lui dire de rester tranquille et lui conseiller de ne se préoccuper que de sa propre frileuse paix. Je n'ai pas à me soucier de ma paix dans ce pays et j'en suis immensément reconnaissant." p.80
"Je me suis rendu compte que ton pire ennemi ce n'est pas le gardien. En prison ton ennemi c'est le bonhomme à côté de toi. Est-ce que tu crois ça, petit? Est-ce que tu sais que ton pire ennemi te regarde sans doute en pleine face?" p.163
"Ils m'appellent le contrôleur et disent que c'est moi qui consigne le temps. Sais-tu comment je compte le temps maintenant? Je compte les tombes que je creuse." p.205
En complément:
Le film, L'heure de vérité, réalisé par Louis Bélanger sort sur nos écrans sous peu. Vous pouvez visionner la bande annonce sur le site officiel.
26 juillet 2009
La traduction est une histoire d'amour
Jacques Poulin
Leméac / Actes Sud
131 pages
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Résumé:
Un vieil écrivain, monsieur Waterman, vit à Québec dans une tour. Sa traductrice, la jeune Marine, est une Irlandaise aux cheveux roux et aux yeux verts; elle habite un chalet à l'île d'Orléans, parmi les chats, les ratons laveurs, les hérons bleus et les chevaux de course à la retraite. Entre ces deux personnages se tisse une relation amoureuse peu ordinaire: elle naît sur la Piste de l'Oregon, grandit avec leur passion commune pour la musique des mots et atteint sa maturité dans une enquête sur une mystérieuse adolescente qui leur met le coeur à l'envers.
Mon commentaire:
Avec ce livre, j'ai fais les choses dans le désordre. J'aurais dû lire celui-ci, avant de lire L'anglais n'est pas une langue magique. Ce dernier est en fait un beau complément à La traduction est une histoire d'amour. On y retrouve les mêmes personnages, mais un narrateur différent.
La traduction est une histoire d'amour est un livre magnifique, comme seul sait les écrire Jacques Poulin. Plus je lis ses romans, plus j'aime son univers, son écriture tout en finesse, en douceur. Il fait vivre une atmosphère qu'il décrit en quelques lignes, quelques pages. Ses personnages sont tous profondément humains, avec cette touche de poésie qui les caractérise. Poulin manipule les mots avec une douceur infinie et nous livre des histoires qui laissent une marque et qu'on ne peut oublier.
Jacques Poulin a ses détracteurs qui lui reprochent de toujours écrire le même livre. Mais Poulin a aussi ses inconditionnels, dont je fais partie, qui l'aiment d'amour. Retrouver ses livres c'est retrouver des chats, d'autres livres, l'acte profond de l'écriture et la ville de Québec, ou ses environs. Poulin voit dans les petites choses de la vie, matière à de grandes choses. C'est son regard qui me fascine et me rejoint et que je retrouve chaque fois avec un plaisir infini.
Beaucoup d'éléments dans ce livre m'ont fait réfléchir et sourire aussi. Jack Waterman étant l'alter égo de Jacques Poulin, j'ai souvent le sentiment que l'auteur nous parle de lui à travers Waterman. Ici, quelques notes qui me font penser tout de suite à Poulin, surtout lorsqu'on sait que c'est un écrivain qui se tient dans l'ombre et n'aime pas être au premier plan.
"Dès le début, monsieur Waterman était sur ses gardes. S'il acceptait de répondre aux questions, c'était uniquement parce que son éditeur lui avait tordu le bras; il aurait préféré ne pas s'immiscer entre le lecteur et le livre." p.85
Si j'étais écrivain, probablement que je serais comme ça. Je suis trop sauvage pour devenir un personnage public. Jacques Poulin a une réputation semblable, mais quand il nous adopte, il est d'une bonté infinie. Comme en témoigne un journaliste dans un billet que j'aime beaucoup ou encore dans un autre, ici. D'ailleurs, on entend parler beaucoup des romans de Jacques Poulin, mais très peu de l'écrivain. Étant un peu comme lui, préférant rester à l'écart, je comprends l'idée qu'il se fait d'un roman, d'un écrivain. Je me sens proche de lui, ou de ses personnages, c'est selon. Jacques Poulin, tout comme son personnage Jack Waterman, sont tout ce qu'il y a de plus simples. Ses romans le sont aussi, tout en véhiculant la petite musique des mots qui vient me chercher chaque fois. La traduction est une histoire d'amour ne fait pas exception. Et quel titre magnifique, tout comme L'anglais n'est pas une langue magique.
Un roman que j'ai énormément aimé, dont j'ai étiré la lecture pour faire durer le plaisir.
En quatrième de couverture, on décrit ce roman en deux phrases. Je vous les partage, car je trouve qu'elles correspondent tout à fait à l'idée que j'ai de ce livre (et de Poulin, également):
"L'écriture de Jacques Poulin est toujours une rencontre heureuse. Ce nouveau roman, tout félin, est porté par la chaleur d'une émotion contenue, la douceur d'une amitié silencieuse."
Quelques extraits:
"Ma chambre étant petite et envahie par le bruit des voisins, j'ai pris l'habitude de travailler dans les bibliothèques publiques. La plus proche était celle de l'Institut Canadien, dont l'entrée se trouvait rue Sainte-Angèle. Juste à côté, il y avait également la bibliothèque du Morrin College, paisible et très émouvante avec ses boiseries couleur de miel, l'odeur des vieux livres, l'escalier en colimaçon, la longue mezzanine en bois verni, le bureau ayant appartenu à sir George-Étienne Cartier. L'immeuble était une ancienne prison et, lorsque le nordet faisait gémir les murs, je croyais entendre les détenus qui avaient croupi dans les cellules du sous-sol." p.25
"En cas de doute, fonce tête baissée!" p.83
24 juillet 2009
Espèces menacées
David Ratte
Série Toxic Planet tome 2
Paquet
46 pages
Résumé:
On vous l'avait bien dit! À force de faire tourner les usines à fond et de polluer sans réfléchir, tout le monde est obligé de porter des masques à gaz. Et c'est pas prêt de s'arranger...
Mon commentaire:
Après avoir lu le premier volet et avoir bien apprécié, j'ai décidé de poursuivre la série avec le second volet, Espèces menacées. Toujours dans la même veine, on n'abandonne pas un concept qui fonctionne bien. J'ai trouvé que les blagues et les enjeux de cette histoire sont plus poussées, plus noires un peu. L'auteur nous remet en pleine face des habitudes et des réflexions largement utilisées dans la société.
On retrouve le couple du premier album, dont la fille est devenue une fervente écologiste radicale. Les conversations des personnages sont souvent absurdes mais donnent à réfléchir, sans moraliser. On se retrouve donc face à soi-même, à nos façons d'agir face à la planète et cette bd ne peut que nous conscientiser d'avantage. Il faudrait la faire lire aux politiciens en place... Une bonne série!
À noter que cet album est imprimé sur du papier provenant de forêt gérées durablement. Ce que je remarque de plus en plus en matière de livres et qui est indubitablement une excellente chose. Dans ce cas-ci, cette façon de faire est tout à fait en accord avec le sujet du livre.
13 juillet 2009
La héronnière
Lise Tremblay
Leméac
108 pages
Résumé:
Les histoires de La héronnière mettent en scène un village en perdition où se cachent, sous les mensonges du quotidien, des drames qui viennent bouscouler la vie de ses habitants. Dans un décor de chasse, de marais et de pourvoirues, les armes de la vie peuvent-elles défendre les habitants contre leurs propres démons?
Mon commentaire:
La héronnière est en fait un recueil de nouvelles, qui se lit presque comme un roman, puisque toutes les histoires sont liées entre elles et se passent dans le même village. Un village qu'on ne nomme pas et qui pourrait être n'importe où. Là où la nature fait partie intégrante des choses. Cette nature, et surtout l'homme qui y vit, peut être aussi belle que cruelle. Tout au long du recueil, nous sommes témoins du lien très ténu qui unit les estivants et les touristes, aux natifs du village. Entre ceux qui qui y sont nés, ceux qui s'y installent à un âge avancé, ceux qui y retournent et ceux qui veulent fuir, toutes sortes de petits détails font que le quotidien, tout à coup, bascule. Les gens se jugent, se détestent, les commérages vont bon train, la vie de village n'est pas de tout repos. Là-bas, tout le monde sait tout, mais personne ne dit rien. "Ceux du dehors" l'apprennent à leurs dépends...
Ce recueil est vraiment très intéressant. C'est mon premier contact avec la plume de Lise Tremblay et ce n'est certainement pas le dernier! Sa façon de nous démontrer que sous les apparences se cachent parfois beaucoup de choses que l'on ignore me plaît beaucoup. Les nouvelles sont toutes, à mon avis, d'égale qualité. L'auteur parle beaucoup de ce qui oppose la campagne et la ville, en donnant la parole essentiellement à ceux de la campagne. Elle parle aussi de l'amitié, qui unit les hommes et les femmes, de l'amour-amitié, des secrets que l'on cache pour protéger quelqu'un, des rencontres que l'on fait et de l'exclusion de l'étranger.
On peut, je crois, percevoir ces nouvelles comme traitant le village et ses habitants de façon négative. Sauf que j'y ai perçu beaucoup plus que cela. J'ai vécu à la ville pendant plus de vingt ans. Je vis maintenant dans un minuscule village depuis quelques années. Et même si le portrait que Lise Tremblay trace du village de son histoire est grossit à la loupe et qu'il s'agit de fiction, on y retrouve tout de même certaines choses qui opposent les citadins aux villageois, certaines mentalités, certaines idées.
J'ai adoré ce recueil. Je le conseille. Pour ma part, j'ai envie de plonger dans l'oeuvre de Lise Tremblay. Je crois que j'ai de belles heures de lectures qui m'attendent.
Un extrait:
"Depuis que ce Symposium existait, il fallait bien le dire, même si je ne raffole pas des touristes, cela avait rapporté beaucoup d'argent. Pendant la fin de semaine, toutes les pourvoiries et les gîtes étaient pleins et l'événement commençait à avoir une renommée provinciale. Plusieurs personnes revenaient pendant l'été pour faire de la bicyclette et observer les oiseaux. La chasse ça ne suffisait plus. Le maire n'arrêtait pas de le dire: "Pas de touristes, plus de village."
23 juin 2009
Anne... la maison aux pignons verts
Lucy Maud Montgomery
Série Anne tome 1
Québec Amérique
374 pages
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Résumé:
Sur le quai de la gare, Marilla et Matthew attendent l'orphelin qui les aidera sur leur ferme. C'est une rouquine aux yeux pétillants qui se présente... Jouir de la magie des mots, rire de ses propres défauts, s'émerveiller face à la nature, découvrir un coin de pays pittoresque, voilà ce qui nous attend dans ce roman inoubliable.
Mon commentaire:
Je connaissais Anne à travers la télévision, mais je n'avais jamais abordé le classique de Lucy Maud Montgomery. C'est chose faite et c'est un véritable coup de coeur! Anne est une enfant pétillante, remplie de magie, qui continue de s'émerveiller même à l'aube de l'âge adulte. Anne c'est l'enfant qui sommeille en chacun de nous, c'est le feu d'artifices de notre imagination, c'est la beauté de la nature et des réflexions qui charment tout le monde, y compris Marilla qui, à contrecoeur au début, décide finallement de garder Anne près d'elle. L'univers d'Anne est féérique.
Anne est une fillette bourrée d'imagination, romantique à souhait, qui sait rendre intéressant une simple anecdote ou donner un côté théâtral à la vie, tout simplement. Elle sait se faire aimer de tous, même en étant incroyablement maladroite et en enchaînant les bévues et les oublis. Elle donne le sourire à ses détracteurs, qui finissent par la prendre en affection avec ses manières spontanées et son bavardage incessant. Puisant dans son imagination débordante, c'est ce qui lui a permit de survivre d'une famille d'accueil à une autre, en passant par l'orphelinat, jusqu'à se retrouver à Green Gables (Pignons verts). Là-bas, elle fait le bonheur de Matthew et même de Marilla, qui ne veut se laisser aller à ses sentiments, mais qui tombe elle aussi sous le charme de la petite rouquine.
L'univers d'Anne est rempli de poésie, de notes sur la nature, les fleurs, la vie à Green Gables. Anne aime les livres et rêvasser en regardant par la fenêtre du pignon est, là où se trouve sa chambre. En quelques phrases, Lucy Maud Montgomery nous rend tout de suite sympathique sa jeune héroïne et nous plonge dans un univers enchanteur, à Avonlea. L'écriture est limpide, rafraîchissante, à l'image d'Anne. On a l'impression d'être nous aussi à Green Gables et de partager la vie d'Anne et des siens. Certains chapitres sont drôles et amusant, d'autres sont plus émouvants.
Les histoires d'Anne se poursuivent à travers plusieurs autres tomes et l'univers d'Avonlea nous est raconté à travers quantité d'autres romans et recueils de nouvelles que je compte bien lire au fil du temps. Cette rencontre avec Lucy Maud Montgomery en est une magnifique, sa petite Anne étant une enfant magique qui a su me charmer dès ses premières interventions dans le roman.
À découvrir, à lire, assurément! Un grand classique magnifique!
Quelques extraits:
"Vous ne vous imaginez jamais que les choses sont différentes de la réalité?", demanda Anne, les yeux écarquillés.
"Non."
"Oh!" Anne poussa un profond soupir. "Oh, mademoiselle, oh Marilla, si vous saviez ce que vous perdez!" p.65
"Marilla sentait confusément, sans rien y pouvoir changer, que tout cela méritait les plus sérieux reproches, mais elle était incapable d'en faire, car, incontestablement, certaines choses qu'Anne venait de dire, en particulier à propos des sermons du pasteur et des prières de M. Bell, correspondaient exactement à ce qu'elle avait toujours pensé, en son for intérieur, depuis des années, sans jamais osé le dire. Il lui sembla même que ces pensées critiques intimes qu'elle n'avait jamais exprimées venaient de prendre une forme concrète et accusatrice, en la personne de ce petit bout d'humanité abandonnée qui ne manquait pas d'audace." p. 98
"... espérer quelque chose, c'est déjà ressentir la moitié du plaisir que cette chose vous procurera", s'exclama Anne. "Il se peut qu'elle ne se produise pas, mais il vous restera toujours le plaisir de l'avoir espérée. Mme Lynde dit "Bienheureux ceux qui ne s'attendent à rien, car ils ne seront pas déçus." Mais je pense, moi, qu'il est pire de ne s'attendre à rien que d'être déçu." p.114
"Il y a en moi beaucoup d'Anne différentes. Je pense, parfois, que c'est pour cette raison que je cause tant de problèmes à tout le monde. Si j'étais une seule et unique Anne, ce serait certainement plus pratique pour les autres, mais ce ne serait pas aussi passionnant." p.196
"Marilla, n'est-il pas merveilleux de penser que demain commence une journée dépourvue de bêtises?
"Je te fais confiance pour remédier à cela", dit Marilla, "tu n'as pas ta pareille pour commettre des bêtises, Anne."
"Oui, je ne le sais que trop bien", admit Anne, tristement. "Mais Marilla, n'as-tu pas remarqué quelque chose d'encourageant? Je ne fais jamais la même bêtise deux fois."
"Je me demande où est l'avantage, puisque tu en inventes toujours de nouvelles."
"Mais, oh, Marilla, ne comprends-tu pas? Il doit bien y avoir une limite au nombre de bêtises qu'une personne peut inventer, et, quand j'aurai atteint cette limite, ce sera terminé. Tu ne peux savoir à quel point cela me réconforte." p.214
En complément:
Un site web en français sur Lucy Maud Montgomery.
Le site officiel d'Anne of Green Gables.
Celui sur les 100 ans de l'histoire d'Anne.
Un dossier d'archives et plusieurs vidéos sur le phénomène Anne .
20 juin 2009
Milieu naturel
David Ratte
Série Toxic Planet tome 1
Paquet
55 pages
Résumé:
On vous l'avait bien dit ! A force de faire tourner les usines à fond et de polluer sans réfléchir, tout le monde est obligé de porter des masques à gaz. ET c'est pas prêt de s'arranger... Bienvenue sur Toxic Planet !
Mon commentaire:
Cette série de bandes dessinées traite de l'écologie poussée à son extrême. Les personnages vivent dans un monde extrêmement pollué et doivent porter des masques à gaz en permanence. Ce qui laisse la place à de nombreux gags sur la vie qu'ils mènent, les problèmes à se reconnaître l'un l'autre et les réflexions qu'ils ont par exemple au musée, devant un arbre, dont on explique aux visiteurs qu'il poussait librement et aléatoirement sur la planète, avant...
C'est donc un album ironique, qui se veut un regard à la fois plein d'humour et une vision apocalyptique de ce que pourrait être éventuellement notre planète si on n'en prend pas soin plus qu'il ne le faut... Le premier album est à la hauteur, en offrant dans la moitié du haut de chaque page des cases de bd et une petite histoire en bas de chaque page à la manière d'un flip book lorsqu'on tourne les pages. Cette bande dessinée m'a suffisamment intéressée pour que je récidive plus tard avec la suite. Le sujet est original et traité de belle façon. Ça me plaît beaucoup.
En complément:
Le site de Toxic Planet, malheureusement très peu mis à jour...
17 juin 2009
La mystérieuse Frances Rain
Margaret Buffie
Éditions Pierre Tisseyre
293 pages
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Résumé:
Lizzie a quinze ans, un nouveau beau-père qu'elle déteste et une famille qui se dispute sans arrêt. Comme chaque année, elle rejoint le chalet de sa grand-mère au bord du lac, où elle doit passer l'été. Le site est enchanteur. Pour échapper à sa famille, Lizzie part explorer une petite île oubliée. La découverte qu'elle y fera est étonnante!
Mon commentaire:
Ce roman est l'un de mes livres jeunesse préférés. Je l'ai lu vers l'âge de l'héroïne, peut-être même un peu plus jeune. Il m'avait fait voyager au bord d'un lac le temps d'un été en ville caniculaire. Je l'ai relu depuis à quelques reprises et c'est une histoire qui me plaît toujours beaucoup. Ce roman n'est malheureusement plus très connu et pourtant il le devrait. L'écriture est très simple, agréable.
L'histoire raconte la vie de Lizzie, une adolescente à la croisée des chemins. Trop jeune pour certaines choses, trop vieille pour d'autres, elle se cherche et se découvre tranquillement. Elle n'a plus trop envie de passer tout l'été près de sa famille et décide de s'échapper vers le lac et ses îles. C'est un roman sur le détachement que tout jeune doit faire avec ses parents un jour ou l'autre. Sauf que sur l'île, la découverte qu'elle fera l'amènera à jeter un autre oeil sur elle et sa famille et à comprendre certaines choses...
L'auteur utilise un brin de fantastique et un peu d'histoire pour agrémenter son roman et pour faire rêver ses lecteurs. Le chalet de la grand-mère semble tout simplement idyllique et donne envie d'être en vacances. Lizzie est un personnage intéressant et attachant, avec ses questionnements et ses rêves. Son exploration de l'île est une vraie aventure!
Un livre moins connu aujourd'hui, à découvrir assurément car il réserve de beaux moments de lecture! À noter que ce livre a remporté une panoplie de prix largement mérités.
En complément:
Le site web de l'auteur (en anglais)
07 avril 2009
Le festin de l'orque
Stuart Harrison
Albin Michel
347 pages
Résumé:
Saint George. Une île au large des côtes du Maine, un lieu préservé où l'on vient chercher la paix, où l'homme vit en harmonie avec une nature à la fois généreuse et redoutable. Un fragile équilibre, rompu par un coup de feu dans la nuit et la mystérieuse disparition d'un marin pêcheur. Derrière le doute et la suspicion qui peu à peu rongent la petite communauté; se cache un terrible secret, partagé par deux femmes et un homme bien décidé à élucider le mystère. Tandis que la tension monte et que s'exacerbent les passions, les thons bleus qui sont la richesse de l'île reviennent dans le golfe, suivis de leurs prédateurs naturels: les orques.
Mon commentaire:
Les romans de Stuart Harrison parlent toujours de la nature. Les hommes et les animaux sont toujours très proches et les grands espaces, qu'ils soient marins ou de glace, font partis prenante du roman. J'avais beaucoup apprécié ma lecture du premier roman de l'auteur, Le faucon des neiges. Ce roman-ci est dans la même veine, même si le premier demeure mon préféré. Nous abandonnons les espaces glacés et les oiseaux pour côtoyer la mer, les pêcheurs et des bancs de thons et d'orques. Le roman est construit comme une enquête dont les fils se dénouent à la toute fin de l'histoire. En arrière-plan, nous sommes témoins de la vie d'un petit village de pêcheurs, déchiré entre le progrès qui mènerait à la construction d'hôtels de vacanciers qui pourraient leur donner un gagne-pain plus profitable, et l'amour de la pêche, de la nature, de la tranquilité, qui n'a aucun prix pour certain. Même si le poisson se fait rare. Même si des amis de longue date se déchirent et se querellent sur l'avenir de leur village. Un bon roman, un décor enchanteur et un suspense qui conserve bien l'intérêt. Vivement un prochain roman de Stuart Harrison!
Une citation:
"Peu importait le tournant que prendrait sa vie personnelle, elle aimerait toujours son île, et la mer. Son refuge c'était le paysage, la solitude des criques boisées qui bordaient la côte, l'océan aux mille costumes qui la nourrissait et qui changeait de couleur avec les saisons, les jours, et même avec le passage d'un nuage. Elle respectait l'océan, le cycle de la vie en son sein et alentour, et elle avait toujours su que, si elle le traitait avec respect, si elle ne lui prenait que ce qu'il pouvait se permettre de perdre, il la protégerait." p.122
14 mars 2009
Jeanne, fille du Roy
Suzanne Martel
Fides
253 pages
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Résumé:
Élevée par un grand-père braconnier, puis par des religieuses, Jeanne Chatel quitte la France pour faire partie du premier contingent de jeunes filles à marier qui font la traversée vers le Nouveau Monde. En échange d'un droit de passage et d'une dot, les « filles du Roy » ont une seule mission: peupler la Nouvelle-France. À Ville-Marie, Jeanne épouse, sans même avoir remarqué la couleur de ses yeux, le seigneur Simon de Rouville. C'est dans une cabane en bois rond, en pleine forêt, que Jeanne découvre, en même temps que l'amour, les rigueurs de l'hiver et les défis des grands espaces canadiens.
Mon commentaire:
La quatrième de couverture de mon édition débute ainsi: "Armée d'une poêle à frire et d'un sens de l'humour à toute épreuve, Jeanne Chatel affronte la vie rude de la Nouvelle-France en 1670." Cette phrase m'amuse car elle résume bien le roman ainsi que le caractère de son insolente héroïne qui défie les conventions et affronte la vie avec un optimisme à toute épreuve. Jeanne, élevée par un trappeur, dans une maison en ruines, et qui n'a jamais pu entrer dans le moule d'un couvent français, se voit offrir l'opportunité de partir coloniser le Nouveau-Monde en tant que Fille du Roy. Elle guidera elle-même son destin en se "sacrifiant" au profit d'une de ses amies... La voilà sur les rivières du Québec, avec son nouveau mari, qui la croit douce, soumise et réservée... C'est sans compter l'impétuosité et la joie de vivre qui anime Jeanne et qui donnera vie à tout ce qu'elle touchera!
Ce roman est un vrai coup de coeur! Lu d'une traite en une soirée, je n'ai pas vu les heures passer. Véritable roman d'aventure, Jeanne est un personnage tout simplement délicieux! Courageuse, inventive, elle passe à travers la vie et les épreuves avec une sagesse et une bonne humeur admirable. Ses aventures à travers la colonisation de notre pays sont captivantes. Roman d'émotions, d'amour, d'aventure, d'histoire, c'est une lecture agréable et très prenante, une plongée dans l'Histoire! Une belle découverte!






