30 novembre 2009
La guerre des lumières
Louis Émond
Soulières
130 pages
Résumé:
« – On lui demande de décorer sa maison, il refuse et, le lendemain, on lui apporte des décorations de Noël ! Vous ne trouvez pas ça un peu gros ? C’est presque de l’intimidation.
– Pas de l’intimidation, de l’intégration. On a donné aux Kosky l’occasion de s’intégrer à leur quartier par ce cadeau. (…) »
Jusqu’où les résidants de la rue des Carillons iront-ils pour forcer Nicolas Kosky à faire comme eux ? Faire valoir ses principes relève-t-il de l’humanité ou de l’entêtement ?
Mon commentaire:
L'auteur s'est inspiré de la crise du verglas de 1998 qui eu lieu au mois de janvier. Il s'est questionné à savoir si cette crise aurait été vécue différemment si elle avait eu lieu à Noël. C'est donc le point de départ à toute une réflexion sur la société de consommation, l'acceptation de l'autre, les différences et le respect.
Les Kosky sont de nouveaux venus dans la rue des Carillons. Ils viennent d'arriver au pays. Les autres habitants ont pour coutume de participer à un concours chaque année, concours dont ils sont lauréats, sur la rue la plus illuminée et la plus décorée. Cependant, la maison des Kosky jure dans ce décor de Noël grandeur nature: Nicolas Kosky refuse de la décorer. Pour leurs convictions et parce qu'ils ne veulent pas perdre la face au concours, certains habitants iront très loin pour faire valoir leurs idées...
Le roman est magnifiquement bien construit. Il met en scène en quelque sorte une mini-société en créant un voisinage pour le moins intéressant, avec ses meneurs, ceux dont la conscience est mise à rude épreuve et les nouveaux arrivants qui font face à l'intimidation et au chantage.
La guerre des lumières est une histoire parfaite pour susciter des questionnements et des débats, échanger sur nos valeurs et sur nos idées, qu'elles soient relatives à la fête de Noël et à notre façon de célébrer, à la surconsommation ou à nos liens avec les autres. Un roman profondément humain sur le respect. Ce roman est un petit bijou pour le temps des Fêtes. C'est une histoire qui saura toucher les adolescents comme les adultes. Il est trop peu connu à mon avis et gagne à être lu. L'écriture est d'autant plus de qualité qu'elle est agréable à lire. Une très belle découverte!
Quelques extraits:
"Les vraies raisons de fêter Noël n'existent plus. Et il m'apparaît de plus en plus clair que ceux qui les ont tuées sont ceux-là mêmes qui tenaient tant à les garder en vie." p.60
"Mon impuissance à faire reculer le mouvement enclenché par Ken Prescott, M. Ed et moi-même, me bouleversait. Noël que j'aimais de tout mon coeur, devenait, dans ma propre rue, un objet de discorde dont le champ de bataille était le terrain de nos voisins." p.60
"C'est la loi du conflit, de l'escalade symétrique. Chacun ajoute une pièce à l'édifice jusqu'à ce que tout s'écroule. Le conflit entre l'homme et son voisin puise sa source dans la certitude qu'ils ont tous les deux raison." p.95
19 novembre 2009
La vallée de la peur
Arthur Conan Doyle
Le livre de poche
256 pages
Résumé:
Sherlock Holmes vient à peine de déchiffrer un message codé le prévenant qu’un certain Douglas, de Birlstone Manor House, est en danger, qu’il apprend par l’inspecteur MacDonald de Scotland Yard que Douglas vient d’être sauvagement assassiné. Grâce au signataire du message, Sherlock Holmes sait que, derrière cette affaire, se trouve son ennemi juré : le professeur Moriarty, criminel génial et machiavélique. Accompagné de son fidèle Watson, Holmes se précipite à Birlstone...
Mon commentaire:
La vallée de la peur est un roman très intéressant. Il met en place les personnages, puis la demande d'aide de la police pour résoudre une affaire très étrange qui a eu lieu à Birlstone, dans un manoir entouré d'une douve. Sherlock Holmes et le Docteur Watson s'y rendent pour enquêter. La première partie nous raconte les recherches et les interrogatoires. Alors qu'on se rapproche du dénouement, cette partie prend fin et nous amène à la Vallée de la peur, aux États-Unis. C'est là que nous faisons connaissance avec Les Éclaireurs et principalement McMurdo, un jeune homme en provenance de Chicago, arrivé à Vermissa pour trouver du travail. Il est membre de l'Ordre ancien des Hommes libres, un regroupement d'hommes pour l'entraide, qui a plusieurs ramifications à travers les États-Unis. Il devra alors s'enregistrer à la loge de Vermissa. Nous sommes alors à deux pas de vivre avec lui ce qu'est La vallée de la peur...
Cette partie, qui constitue la plupart du roman, est très intéressante. Elle nous amène aux États-Unis, en 1875, à une époque où certaines régions éloignées offraient des rumeurs de travail et de conditions avantageuses pour les hommes prêts à travailler. La police avait du mal à assurer un certain contrôle et c'est ce portrait assez peu flatteur de certaines de ces régions que nous trace Arthur Conan Doyle. Si l'histoire sociale vous intéresse, on en retrouve beaucoup dans ce roman, même si c'est l'intrigue qui est à l'avant-plan. Beaucoup se sont rendus dans ces régions reculées en ayant l'espoir au coeur et ont rapidement déchanté. Le cadre de la Vallée de la peur nous amène à cette époque de l'histoire tout en nous offrant une intrigue captivante et un dénouement pour le moins inattendu. Le travail des Éclaireurs est terrible et les personnages vivent pour la plupart dans la peur. La Vallée porte particulièrement bien son nom...
Le cadre de ce roman est tout à fait dépaysant. Il me semble très différent des autres livres d'Arthur Conan Doyle mettant en scène Sherlock Holmes. On voit assez peu le détective lorsqu'on y réfléchit, l'essentiel de l'histoire nous est rapporté par écrit et met en scène d'autres personnages, dans un pays totalement différent de l'Angleterre. On retrouve Sherlock Holmes à la fin pour une rapide conclusion. L'intrigue est cependant, comme toujours, très recherchée et particulièrement bien rendue. La forme que prend le roman, en débutant par l'enquête et en offrant l'histoire du passé d'un personnage, nous permet en quelque sorte de lire une histoire dans l'histoire. C'est à la fin de cette partie que tous les morceaux du casse-tête se mettent en place... Un très bon roman!
Quelques extraits:
"Je m'intéresse à une affaire pour aider les fins de la justice et le travail de la police. Si je me tiens à l'écart de la police officielle, c'est d'abord parce qu'elle me tient à l'écart. Je n'ai nul désir de marquer des points à ses dépens. Cela dit [...] je revendique le droit de travailler selon mes méthodes personnelles et de vous communiquer en mon temps mes résultats... une fois complets, plutôt que par étapes."
"Je ne suis pas un admirateur forcené du sexe faible, comme vous le savez Watson, mais si j'en juge par mon expérience de la vie, peu de femmes éprouvant le moindre sentiment à l'égard de leur mari auraient accepté qu'une simple parole les éloignât du cadavre dudit mari. Si je me marie un jour, Watson, j'espère inspirer à ma femme un sentiment qui lui interdira de se laisser emmener par la femme de chambre quand mon cadavre sera à quelques mètres."
08 novembre 2009
Les mystères d'Udolphe
Ann Radcliffe
Folio Gallimard
905 pages
Résumé:
Émilie explore le château mystérieux, chandelle à la main, à minuit. La menace (surnaturelle?) est partout présente. Les séquestrations, les tortures ne sont pas loin. Quel est le dessein du maître des lieux? Quels sentiments éprouve la jeune fille pour son tuteur et geôlier? Qui épousera-t-elle, après cette quête de soi à travers les corridors du château, qui ressemblent à ceux de l'inconscient?
Mon commentaire:
Les mystères d'Udolphe, roman gothique qui marqua son époque, a été publié en 1794. Une courte biographie se retrouve dans la section des dossiers. Vous pouvez la consulter ici.
Les mystères d'Udolphe raconte la vie d'une jeune femme pure et innocente, Emilie. Le roman est sensé se dérouler en 1584, mais tout au long de ma lecture, j'ai eu le sentiment de lire un roman de l'époque de Jane Austen. Emilie a toujours eu une enfance rangée et heureuse, à la campagne, à La vallée, un magnifique domaine. Quand elle perd ses parents et se retrouve orpheline, elle est prise en charge par sa tante et son mari, le terrible Montoni, qui veut l'éloigner de La Vallée. Il la prend en quelque sorte en otage et l'amène à Udolphe, un château mystérieux rempli de couloirs, de secrets et de revenants. Au fil des pages, la pression est insoutenable sur cette pauvre Emilie qui se voit confinée au château sans aucun espoir pour le futur. D'autant plus qu'à cette époque, l'Italie est déchirée par les guerres civiles. Les invasions de château, les brigands et les criminels sont légion.
"Au-delà de Milan, le pays portait le caractère d'un ravage plus affreux. Tout alors y paraissait tranquille; mais ce repos était celui de la mort sur des traits qui conservent encore la hideuse empreinte des dernières convulsions." p.254
Le roman raconte les aventures et mésaventures d'Emilie, de la France à l'Italie, avec à la fois l'homme qui fait battre son coeur, ses domestiques et femme de compagnie, ses amis qu'elle rencontre au fil du temps et ses ennemis, qui sont de plus en plus nombreux. Entre les châteaux et les voyages, Emilie devra affronter ses sentiments, son geôlier, se battre pour recouvrer ses bien et faire face à plus d'un fantôme! Les revenants et les secrets mystérieux sont une bonne part de ce roman gothique. Toutefois, même si certaines scènes sont marquantes (le voile noir, la tour où se trouve Madame Montoni ou encore, la chambre de la marquise) Ann Radcliffe a opté pour une explication rationelle des événements.
Il est d'ailleurs intéressant de comparer Udolphe à Northanger Abbey de Jane Austen. Le second roman se voulant une parodie du premier, on retrouve dans les deux le thème récurrent de l'imagination débridée. Dans Northanger Abbey, Catherine lit Les mystères d'Udolphe et son imagination lui fait croire toutes sortes de choses sur l'abbaye où elle séjourne. Dans Udolphe, Emilie aime les livres, mais ce ne sont pas vraiment eux qui lui offrent l'occasion de s'enflammer l'imagination. Elle vit trop d'évenements brutaux et violents pour que sa raison prenne le pas sur son imagination. Alors elle se contente de croire ce qui semble être. Une imagination fertile au service d'une âme sensible ne peut que produire des malentendus et de grossières erreurs...
Les mystères d'Udolphe est-il encore effrayant aujourd'hui? Oui et non. Si l'on compare ce livre très descriptif qui s'attarde sur les paysages et les sentiments, aux productions d'horreur d'aujourd'hui, il est très peu terrifiant et les deux ou trois scènes qui donnent le frisson paraissent bien légères par rapport à ce que nos yeux contemporains sont habitués de voir et de lire. C'est de cette façon que l'on constate aussi que notre seuil de tolérance est beaucoup plus haut aujourd'hui face à l'horreur, qu'il pouvait l'être à l'époque. Cependant, si on se replace dans le contexte d'écriture de ce roman, il peut procurer quelques frissons. Udolphe est un roman issu du préromantisme. Il priorise les sentiments à la raison, la sensibilité à la rationalité. Il met en avant les sentiments et la nature pour chercher à stimuler la rêverie chez le lecteur. Nous avons donc droit à de longues descriptions du paysage, des scènes courtoises, les bonnes manières, qui tendent à rendre le texte lent et sensible. Le temps s'écoule doucement, au gré des journées de contemplations et des promenades. Ces scènes contribuent à rendre l'histoire inoffensive si bien que lorsque les événements s'enchaînent, que les éléments gothiques tels des revenants ou des visions interviennent, tout cela contribue à frapper l'imagination du lecteur et à offrir quelques surprises. Et pourquoi pas un ou deux frissons, si on s'offre le luxe de laisser vagabonder notre imagination.
Le personnage d'Emilie est assez intéressant si on le replace dans son contexte. Tout d'abord, c'est une jeune fille issue d'une famille où la tranquilité, un bonheur simple et des lieux bucoliques sont à la base de tout. Elle a été protégée du monde. Sa rencontre avec Montoni, véritable brute sanguinaire, la plonge dans un monde qu'elle ne doutait même pas. L'auteur en a fait une héroïne qui s'évanouit souvent, qu'on doit relever et rafraîchir régulièrement. C'est une jeune fille au bonheur exalté ou à la sensibilité exarcerbée, toujours au bord des larmes. Cependant, sans excuser son comportement un peu enfantin et fragile, il demeure qu'elle fait tout de même face à tout ce qui l'attend. Ce n'est pas une héroïne modèle, mais elle reste en symbiose avec la façon dont elle a été élevée.
Le titre du roman, Les mystères d'Udolphe, est plutôt curieux. Le volume est divisé en quatre livres. Udolphe ne prend qu'un quart, peut-être un peu plus, du roman. Les scènes à ce château tardent à arriver et ne sont pas l'objet même de l'histoire. Il se produit énormément d'autres choses. Le titre laisse penser que tout tourne autour d'Udolphe, alors que ce n'est en fait qu'un événement parmis d'autres. J'ai d'ailleurs une préférence pour les secrets entourant le château de la Marquise à ceux de Montoni et d'Udolphe.
Il est aussi intéressant de faire une parenthèse avec L'Italien, ou le confessionnal des pénitents noirs, un autre roman d'Ann Radcliffe que j'ai lu il y a un moment. Les deux racontent en quelque sorte une histoire similaire. Udolphe est un sacré pavé alors que L'Italien se lit assez rapidement. L'Italien met en scène les desseins d'une mère infâme, alors que Udolphe a son Montoni qui ne donne pas sa place non plus. Dans l'un comme l'autre des romans, un jeune couple devra faire face au diable incarné qui fait tout pour contrecarrer leur amour. Ils vivront des questionnements sur la relation qui les unie et devront faire face à des gens malintentionnés qui souhaitent les séparer.
Il n'existe pas, à ma connaissance, d'adaptation cinématographique d'Udolphe. On se demande bien pourquoi, puisque ce pavé est un vrai roman d'aventures et se transposerait merveilleusement bien au cinéma. En tous les cas, Les mystères d'Udolphe est une lecture qui fut très intéressante, que j'ai énormément aimée et qui donne envie de poursuivre la découverte des romans gothiques.
J'ai pris beaucoup de plaisir à en parcourir les pages. Aimant les belles descriptions de paysages et de voyage, je n'ai personnellement pas trouvé de longueurs à ce roman. J'ai aussi lu tout ce que j'ai pu trouver autour du préromantisme, de cette façon de décrire les choses et d'Ann Radcliffe. On peut d'ailleurs, en replaçant le livre dans son contexte, comprendre qu'il ait fait couler beaucoup d'encre à sa parution! Ce n'est pas le type de lecture qu'on aurait tendance à prescrire à une jeune fille de bonne famille. Un livre qui peut effrayer par sa longueur et par ses descriptions, mais qui est étonnament très abordable et très intéressant à lire. Je le conseille fortement, même si je suis consciente qu'il peut en rebuter plus d'un.
En terminant, quelques mots au sujet des traductions disponibles des Mystères d'Udolphe. L'éditions chez Gallimard, en Folio, est probablement la plus complète de celles existant en langue française. Elle offre 905 pages et s'accompagne d'une préface intéressante, de notes sur le texte et d'un dossier. Nous devons cette traduction à Victorine de Chastenay, en 1797. Cette dame, dont la vie et le travail d'écriture nous est raconté à la fin du roman, a énormément de points en commun avec l'héroïne, Emilie. Cette parenthèse est très intéressante. Pour l'édition Folio, Maurice Lévy a révisé le texte. Le texte de base est donc celui de Victorinne. Les erreurs de traduction ou les interprétations erronées ont été corrigées par Lévy. Si on le compare à l'édition originale anglaise, il subsiste toutefois deux choses que Victorinne de Chastenay n'a pas cru bon de traduire. Tout d'abord, les vers choisis par Radcliffe en épigraphe à ses chapitres n'apparaissent pas dans la version française. N'apparaissent pas non plus les traductions des poèmes qui se glissent à travers le texte original. Je ne sais pas jusqu'à quel point ces éléments sont intéressants et apportent quelque chose au récit. C'est un peu dommage de ne pas les avoir, cependant après avoir parcouru quelques commentaires sur l'édition anglaise, plusieurs lecteurs ont carrément passé par-dessus ces poèmes pour se concentrer sur le texte. D'autres éditions ont été publiées des Mystères d'Udolphe, mais elles sont soient tronquées d'un nombre important de chapitres, soient beaucoup trop modernisées pour soit-disant "plaire au lecteur d'aujourd'hui". Cependant le texte originale en perd toute son essence...
Quelques extraits:
"En cultivant son esprit, Saint-Aubert lui avait assuré un refuge contre l'ennui et l'oisiveté. La dissipation, les brillants amusements, les distractions de la société dont sa position la séparait, ne lui étaient point nécessaires." p.168
"Hélas! je conçois bien à présent que la force du courage est préférable aux grâces de la sensibilité. Je m'efforcerai d'accomplir ma promesse; je ne me livrerai pas à d'inutiles lamentations et j'essairai de souffrir sans faiblesse l'oppresson que je ne puis éviter." p.296
"Emilie regarda le château avec une sorte d'effroi, quand elle sut que c'était celui de Montoni. Quoique élcairé maintenant par le soleil couchant, la gothique grandeur de son architecture, ses antiques murailles de pierre grise, en faisaient un objet imposant et sinistre. La lumière s'affaiblit insensiblement sur les murs, et ne répandit qu'une teinte de pourpre qui, s'effaçaant à son tour, laissa les montagnes, le château et tous les objets environnants dans la plus profonde obscurité." p.312
"Qui donc a pu inventer les couvents? Qui donc a pu le premier persuader à des humains de s'y rendre, et, prenant la religion pour prétexte, les éloigner de tous les objets qui l'inspirent?" p.633
"Sûrement, il est quelque magie dans la fortune, qui fait courir à sa suite les personnes même quand elles n'en bénéficient pas! Combien il est étrange qu'un sot ou un fripon soit traité, moyennant sa fortune, avec plus d'égards qu'un homme de bien, qu'un sage réduit à la pauvreté!" p.767
En complément:
Voici un extrait intéressant issu d'une parodie des Mystères d'Udolphe où le personnage principal parle du roman en disant:
"Quel roman! C'est le beau idéal de la laideur souterraine. Comme ils sont gais auprès de celui-là tous les triste ouvrages du même auteur! Jamais Ann Radcliffe n'a fait plus de dépenses de frayeur que dans Udolphe. Chaque page semble tourner avec accompaghement de ferrailles; chaque ligne est sablée avec de la poudre de tombe; chaque lettre est un oeil éteint qui regarde le lecteur. Un homme nerveux ne peut dormir dans une chambre habitée par ces quatre volumes sulfureux; il est obligé de les exiler, dans l'intérêt de son sommeil."
Joseph Méry, Le château d'Udolphe, Les nuits anglaises, 1840.
04 octobre 2009
Sonate en fou mineur
Eloi Paré
Guy Saint-Jean éditeur
337 pages
Résumé:
Pascal est un compositeur doué, rongé par le désir de composer une sonate, un chef-d'oeuvre qui le propulsera au sommet de son art. Pour y parvenir, il occupe plusieurs petits boulots jusqu'à ce qu'il décroche un emploi de rêve : gardien de nuit à l'institut Saint-Martin, un hôpital psychiatrique. Là, dans le silence de la nuit, son inspiration pourra éclore sans entrave, croit-il ; il n'aura plus qu'à la laisser courir sur son piano le matin venu. C'est dans cet endroit étrange, où les couloirs résonnent de bruits lugubres et sinistres, qu'il fait la connaissance de Tristan, un jeune homme interné à cause d'une histoire sordide. Prisonnier de l'hôpital depuis sept ans, celui-ci tente de convaincre Pascal qu'il est sain d'esprit et qu'il doit à tout prix être libéré. Intrigué, le musicien-gardien se fait prendre au jeu des questions que Tristan lui impose. Et chaque nuit, Pascal alimente le jeune homme d'anecdotes banales, tranches de vie sans intérêt, qui pourtant captivent son auditeur. Ainsi s'installe une relation toute particulière où chacun devient indispensable à l'autre. Puis, les récits du gardien prennent une dimension insoupçonnée lorsqu'ils révèlent l'existence d'Agathe Dumas. Pascal devient alors bien malgré lui l'instigateur d'une relation épistolaire entre le patient et la jeune femme, chacun envoûté par l'existence de l'autre. Et c'est parmi tous ces méandres que le compositeur trouvera la « clé » de l'inspiration qu'il espérait tant, à un moment aussi surprenant qu'inattendu...
Mon commentaire:
Quel roman intrigant! L'histoire de Sonate en fou mineur est remplie de voies différentes à explorer au cours de notre lecture, voies qui nous mènent à différentes parties de la vie de Pascal. C'est un roman touffu, complexe et très bien écrit. Surtout qu'il s'agit d'un premier roman! C'est étonnant, puisqu'on a l'impression de se frotter à un écrivain qui n'en est pas à son premier livre. L'histoire est bien menée et parfaitement maîtrisée, même si on se demande souvent où l'auteur nous mène.
À partir d'une trame qui pourrait paraître assez mince (celle d'un compositeur en manque de composition), Eloi Paré mêle plusieurs intigues à son histoire pour nous offrir un roman qui attise la curiosité. Pascal trouve un emploi alimentaire dans une institution psychiatrique. Il y est gardien de nuit et la description du lieu de son travail (et des mesures de sécurité qui y sont employées) donne le frisson. Il découvre, en même temps que nous, ses étranges patients. Il fait aussi la connaissance de Tristan, avec qui il développe une amitié qui le conduira à composer sa musique.
Autour d'eux gravitent une foule de personnages, une fille qui écrit un roman, des familles étranges et complexes, une riche mélomane, une maison délabrée et toujours, le travail à l'institut. Il est difficile de raconter ce qui s'y passe, puisque les événements s'enchaînent et que c'est un roman à lire pour vraiment découvrir ce qu'il en est. Tout est dans l'atmosphère et l'imagination des personnages. Difficile de tout inclure dans un simple résumé.
Sonate en fou mineur a été une lecture très prenante. Pascal en vient à un moment à créer dans sa vie des événements à raconter à Tristan. Ces rebondissements attisent ce qu'il faut de curiosité pour tourner rapidement les pages et plonger littéralement dans cette histoire atypique. L'écriture est fluide. Le traitement du sujet est original. Et surtout, c'est un bon roman qui traite de la création, qu'elle soit reliée à la musique, à l'écriture ou à l'art. En espérant que ce premier roman ne soit pas le dernier, un auteur à surveiller et pour moi, une très très belle découverte!
03 octobre 2009
Ça déménage!
India Desjardins
Série Le journal d'Aurélie Laflamme tome 6
Les Intouchables
329 pages
Résumé:
Avant de célébrer son seizième anniversaire, Aurélie Laflamme a plusieurs choses à faire : terminer sa quatrième secondaire (obligatoire selon la loi), se trouver un travail (obligatoire selon sa mère), faire des boîtes (obligatoire selon les déménageurs) et, surtout, rester zen. De plus, elle doit se préparer mentalement à aller passer quelques jours en camping (une activité qu'elle déteste) avec ses grands-parents Charbonneau. Et si elle décidait d'y rester afin d'apprivoiser la vie sauvage? Après tout, malgré la présence d'animaux potentiellement dangereux, l'absence de connexion Internet et les araignées géantes, le grand air peut être bénéfique à tout le monde (surtout quand on veut s'éloigner d'une nouvelle maison dans laquelle on n'a pas envie d'habiter...). Même si les grands changements sont parfois terrifiants, il est temps qu'Aurélie mette ses craintes en boîte, emballe ses souvenirs et se tourne vers l'avenir.
Mon commentaire:
Ce sixième tome est rempli de changements pour Aurélie. Elle vieillit et se doit d'être plus responsable et d'affronter la vie. Elle se questionne beaucoup sur son avenir. Elle doit maintenant déménager avec sa mère et l'amoureux de celle-ci, ce qui ne l'enchante pas beaucoup car elle laisse derrière elle, la maison où son père a vécu. Elle a l'impression d'y laisser du même coup tous ses souvenirs. Elle s'éloigne de Tommy, où elle n'avait qu'à traverser une pelouse pour se rendre quand ça n'allait pas. Elle devra aussi trouver un travail pour commencer à être plus responsable (et pouvoir alléger un peu l'argent de poche que lui donne sa mère, pour s'en faire elle-même). Beaucoup de changements donc, et un été passé en camping, elle qui déteste ça!
Un bon tome, de qualité égale à la plupart des livres de cette série, rempli d'humour, de questionnements et de légèreté.
Un extrait:
"Si c'est vrai qu'on choisit soi-même son destin, à quoi je pensais quand j'ai choisi le mien?" p.283
02 octobre 2009
Championne
India Desjardins
Série Le journal d'Aurélie Laflamme tome 5
Les Intouchables
291 pages
Résumé:
Tout va bien dans la vie d’Aurélie Laflamme! Dans sa famille, c’est l’harmonie totale (si on exclut les divergences d’opinion qu’elle entretient toujours avec sa mère au sujet du ménage). En plus, depuis qu’elle sort avec un gars populaire, sa vie sociale est complètement chamboulée. De nouveaux amis, le respect de ses pairs, des sorties, l’immunité quand elle fait des blagues en classe… Que pourrait-elle demander de mieux?
Rien. À part peut-être un pouvoir paranormal lui permettant de se dédoubler. Car en plus d’apprendre à concilier vies scolaire, familiale, amoureuse et sociale, elle devra s’ouvrir à de nouveaux champs d’intérêt (les sports pratiqués par son chum), soigner son image (pour bien s’intégrer à son nouveau groupe), mais, surtout, rester elle-même (pas facile dans ce tourbillon). Pour une fille qui n’a jamais été spécialiste des mathématiques, Aurélie additionne les succès, soustrait quelques amis, se sent divisée et multiplie les complications!
Mon commentaire:
Aurélie a maintenant un nouveau chum, un gars populaire. Elle devient du même coup populaire par ricochet. Elle qui a toujours passé inarperçue se fait maintenant saluer par des gens qu'elle connaît à peine et a aussi des nouveaux amis. Ou plutôt, les amis de son amoureux. Elle doit composer eux (qui finissent par toujours passer avant tout) et avec ses anciens amis qu'elle délaisse un peu. Elle réalise qu'elle devient peu à peu quelqu'un qu'elle n'est pas et que son amoureux et elle, n'ont pas grand chose en commun.
Ce n'est pas mon tome préféré (quoique la scène du dentiste est vraiment drôle) mais je dirais que ce roman aborde une thématique importante chez les jeunes: les premières amours et la façon de gérer sa relation. Trop de jeunes filles délaissent qui elles sont au profit de l'autre. Je trouve que c'est bien intégré au journal sans apporter de leçon moralisatrice.
01 octobre 2009
Le monde à l'envers
India Desjardins
Série Le journal d'Aurélie Laflamme tome 4
Les Intouchables
310 pages
Résumé:
Un vent de changement souffle dans la vie d’Aurélie Laflamme. Son école privée-de-filles-avec-uniforme ayant fermé, elle se voit contrainte (après avoir perdu un féroce combat de roche-papier-ciseaux contre sa meilleure amie Kat) de fréquenter une école publique-sans-uniformeet-remplie-de-garçons. Aurélie est désormais aux prises avec un problème quotidien et apparemment insoluble, dont elle n’avait jamais mesuré la portée auparavant: quoi porter ce matin? (Horreur!) Après tout, elle devra être en possession de tous ses moyens pour affronter sa plus récente pire ennemie, qui ne sait même pas qu’elle a acquis ce statut peu enviable: la nouvelle blonde de son ex-amoureux, Nicolas. Comme si ce n’était pas assez, sa mère semble souffrir d’une maladie étrange qui l’oblige à parler à la première personne du pluriel, et son chum François Blais (alias Satan réincarné) est de plus en plus envahissant, ce qui devient tout à fait insupportable. Pendant que le climat de la planète se déchaîne, les émotions d’Aurélie menacent aussi d’exploser.
Mon commentaire:
Ce quatrième tome est, probablement avec le premier, l'un de mes préférés. Il est plus émouvant et Aurélie est confrontée à plus d'une problématique. Elle doit changer d'école et s'adapter à son nouveau milieu "avec des garçons". Elle doit tranquillement penser à son avenir (ou du moins à ses choix de cours qui s'en viennent) et on sent que ça la tourmente pas mal. J'ai d'ailleurs trouvé que l'on choisissait beaucoup trop tôt la voie vers notre avenir, sans avoir expérimenté grand chose... on retrouve un peu cette problématique dans ce roman. À sa nouvelle école, elle doit aussi gérer ses amis (les anciens et les nouveaux), ses amours, le taxage (sa mère l'a rendu craintive avec ça).
Ce roman est plus émouvant que les précédents. Aurélie vieillit, sa vie change, et elle a peur de ne pas faire de place dans son monde au souvenir de son père décédé. Elle a besoin d'en parler mais a peur de rendre sa mère triste. La fin du roman est très belle et touchante. Aurélie se cherche, mais à force d'accomplir ce qu'elle n'osait pas, elle finira par trouver sa voie. Elle ose enfin exprimer ce qu'elle ressent face à sa nouvelle famille et ce qu'elle vit.
J'ai vraiment beaucoup aimé ce tome, plus sensible que les précédents.
30 septembre 2009
Un été chez ma grand-mère
India Desjardins
Série Le journal d'Aurélie Laflamme tome 3
Les Intouchables
302 pages
Résumé:
À l’aube de ses quinze ans, Aurélie Laflamme a pris une décision: celle de devenir plus mature.
Plus question de se laisser envahir par toutes sortes d’émotions incontrôlables! Peu importe sa rupture avec Nicolas, ses mauvais résultats scolaires et le fait que sa mère s’en aille passer l’été avec son nouveau chum (possiblement diabolique) de l’autre côté de l’Atlantique, Aurélie, en consommant tout le chocolat qu’elle peut trouver, réussit à rester zen. Alors que sa meilleure amie Kat passe un mois dans un camp d’équitation et que son voisin Tommy se rend dans sa ville natale passer quelques semaines avec sa mère, Aurélie s’en va à la campagne chez sa grand-mère. Convaincue - à tort - que la campagne est synonyme de calme plat, réussirat-elle à conserver son sang-froid devant toutes les péripéties qui l’attendent?
Mon commentaire:
Toujours très bon cette série! Dans ce troisième tome, Aurélie vit la séparation d'avec ses amis pour l'été. Elle sera exilée à la campagne alors que Kat et Tommy seront aussi à l'extérieur de la ville. C'est l'occasion pour Aurélie d'aller passer du temps avec sa grand-mère, la mère de son père. Elle y va à contrecoeur, persuadée qu'elle s'ennuiera à mourir. Sa grand-mère lui fera voir les choses d'une autre façon...
Ce tome-ci est l'occasion d'approfondir les relations entre différentes générations. Apprendre à connaître l'autre, à découvrir son univers. Sa grand-mère, même si elle n'est pas de la même génération qu'Aurélie, est pas mal plus cool que l'adolescente le pensait. Aurélie aura aussi l'impression de retrouver une part de son père décédé en côtoyant sa grand-mère...
Toujours avec humour, l'auteur nous livre une autre page d'une journal d'Aurélie, qui doit, en plus de ses vacances, combattre sa dépendance au chocolat! Elle fera en quelque sorte un pacte avec sa grand-mère pour y arriver.
Une lecture agréable, toujours remplie d'humour.
29 septembre 2009
Un vent de révolte

Yves Dupéré
Éditions JCL
386 pages
Résumé:
Quinze ans après la chute de la Nouvelle-France, les colonies britanniques en Amérique du nord s'enflamment. Jean Hébert de Courvais, jeune officier dans l'armée du roi Louis XVI, est persuadé que le Canada deviendra rapidement un enjeu principal de la guerre d'Indépendance. Appuyé par son père, Jean décide de quitter le Vieux Continent afin de participer à la libération de la contrée qui l'a vue naître. Pour sa part, sa soeur Alice oeuvre déjà au coeur de la capitale des rebelles : Philadelphie. Agissant à titre d'espionne du roi de France, lors de sa mission, elle manoeuvre dans le milieu bourgeois et croise des personnages clés des événements à venir.
Mon commentaire:
Je voulais lire Yves Dupéré depuis longtemps et c'est avec ce roman que je me suis lancée. Un vent de révolte est un roman historique intéressant, qui nous plonge dans une époque tourmentée: celle de la Guerre d'Indépendance, des années après la chute de la Nouvelle-France. Les enjeux politiques sont importants et de nombreux personnages gravitent autour des plus grands hommes de pouvoir du moment. Le roman a la particularité de mettre en scène, entre autres, deux jeunes femmes fonceuses et volontaires, qui n'ont pas froid aux yeux. Qu'il s'agisse de Geneviève, une jeune femme révoltée contre ce que les anglais ont fait subir à sa famille ou bien d'Alice, une française qui oeuvre dans l'espionnage, les deux femmes apportent un petit plus à l'histoire et leurs péripéties sont passionnantes.
Le roman est très bien documenté et nous offre une vue d'ensemble des ficelles du pouvoir de l'époque: les enjeux, ce que les élus étaient prêts à faire pour arriver à leurs fins, ainsi que les dessous de l'espionnage. Cette partie est très intéressante. Être espion dans les nouvelles colonies n'est pas de tout repos. Il faut des nerfs solides, qu'on soit une femme ou non. Certains n'hésitent pas à utiliser la menace ou carrément la torture pour parvenir à soutirer les secrets d'un agent.
L'auteur maîtrise parfaitement son sujet et son intrigue. Il y a toutefois beaucoup de personnages et il m'est arrivé de les mélanger quelques fois. Les péripéties cependant sont intéressantes, même si elles ne sont pas toujours roses. Certaines scènes de tortures sont franchement épouvantables, mais elles ne sont pas très nombreuses et on en comprend la raison. Elles servent aussi à esquisser un personnage qui est vil, cruel et qui n'hésite pas à sacrifier les autres pour parvenir à obtenir le pouvoir.
Un roman historique qui se lit avec beaucoup d'intérêt, particulièrement bien soigné en ce qui concerne l'aspect historique. Une rencontre réussie avec l'auteur, dont je renouvellerai probablement le plaisir, puisqu'il a deux autres romans à son actif.
07 septembre 2009
Sur le point de craquer!
India Desjardins
Série Le journal d'Aurélie Laflamme tome 2
Les Intouchables
248 pages
Résumé:
Aurélie n'en peut plus ! Sa mère cherche l'amour sur Internet, et Aurélie s'inquiète: elle pourrait tomber sur des maniaques ! Quant à sa meilleure amie, Kat, elle est en plein chagrin d'amour, se révolte contre tous les gars de la terre et propose à Aurélie un pacte de célibat qui les liera jusqu'à la fin du secondaire ! Mais le coeur d'Aurélie balance entre la proposition de son amie et ses sentiments de plus en plus forts pour Nicolas. Pour couronner le tout, son nouveau voisin se montre plutôt envahissant, et elle a une montagne de travail à faire pour améliorer ses résultats scolaires... Pas étonnant qu'elle soit sur le point de craquer !
Mon commentaire:
Dans ce second volet du journal d'Aurélie, la jeune adolescente vit toutes sortes de choses, que ce soit avec son premier amour, Nicolas, avec sa meilleure amie Kat qui se remet à peine d'une rupture douloureuse ou avec sa mère qui cherche l'amour sur Internet! Aurélie n'en peut plus et est sur le point de craquer! Elle travaille fort à l'école pour maintenir sa place dans le groupe enrichi mais un événement la bouleversera et lui donnera envie de se laisser aller...
Comme dans le premier tome, l'auteur reprend à merveille le monde adolescent et les sentiments vécus à cet âge-là à travers des personnages très attachants. On ne peut que se retrouver chez Aurélie, que ce soit des parcelles de notre adolescence passée ou ce que vivent les jeunes de notre entourage. L'intérêt du journal d'Aurélie est aussi de tracer un portrait de l'adolescence tout en humour, ce qui rend la lecture intéressante et dédramatise certaines situations. La vie d'Aurélie est celle d'un peu toutes les adolescentes et sa relation avec les autres est toujours complexe, comme le sont les relations à l'adolescence. Comme dans le premier tome, il y a aussi beaucoup de références culturelles qui sont appréciées des adolescents (musique, livres, cinéma).
J'ai naturellement beaucoup aimé ce deuxième tome. La lecture est très agréable et très rafraîchissante. Je lirai la suite bientôt!






